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LA GUERRE ET LES PETITES NATIONS

Commencée avec la conviction qu'elle durerait quelques mois, la grande guerre se prolonge pendant des années, et, malgré les propositions de paix russes et toutes leurs conséquences, on n'en entrevoit pas encore la fin.

Il en résulte, pour les grands peuples qui défendent leurs intérêts actuels et tout leur avenir, une prolongation imprévue, un redoublement constant de tous les efforts. Se serait-on imaginé qu'il y eût au monde la somme d'énergie dépensée et qu'on dépense chaque jour? Du point de vue financier, on a fait appel aux plus infimes ressources ; on a employé les capacités militaires et civiles du plus modeste et du moins connu. Lorsqu'on disait que la guerre, à cette époque de démocratie, serait une « guerre de peuples », personne n'envisageait tout le développement que la réalité des choses allait donner à cette vérité. La grandeur des choses réalisées nous éblouit, et en même temps les conséquences douloureuses d'une fantastique dépense de forces nous effraient.

Bien que les exigences de la guerre aient dépassé les pronostics les plus exagérés, les grandes puissances ont résisté à l'épreuve. Elles disposaient,

en effet, de deux grandes ressources. Il n'y en a pas une qui ne possédât une industrie capable sinon de faire face à tous les besoins, du moins de parer aux plus impérieux, aux plus urgents ; aux moments décisifs, à certains tournants, elles ne se voyaient pas obligées d'attendre de l'étranger les moyens de continuer la lutte. La grande industrie avait toujours ses réserves et ses possibilités. Enfin, la production nationale assurait l'approvisionnement de la population. D'autre part, quelles que fussent les vicissitudes de la guerre, chacun des grands États — excepté l'Angleterre inattaquable — disposait d'un vaste territoire offrant plusieurs systèmes successifs de défense, de sorte que, si l'on venait à perdre l'un d'eux, il était toujours possible d'organiser la défense sur un autre.

C'est pourquoi les grands États sont de taille à braver la tempête, du moins pour un certain temps encore.

Tout autre est la situation des petits peuples qui, ay#nt des revendications, justifiées ou non, à faire valoir, ne pouvaient s'abstenir de prendre part à un conflit qui allait bouleverser la face du monde.

Sous tous les rapports, leurs moindres gestes dépendaient des autres. Armes et munitions leur venaient de l'étranger et, dans certains cas, la production étrangère fournissait même la nourriture indispensable. Si donc certaines routes ne leur étaient pas ouvertes, les petits peuples ne pou-

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