DEUX EXEMPLES
Le jour viendra — dans quelques mois, dans quelques années peut-être — où les diplomates auront à décider de la vie des peuples, en établissant la carte de l'Europe future.
Ils devront écouter — sous quelques formes qu'ils se présentent : discours, livres, journaux, mémoires etc. — les cris de nombreuses nationalités oubliées et opprimées, qui feront valoir leurs droits ou demanderont la récompense de leurs efforts. Dès maintenant, une publicité sans précédent se livre à une argumentation infinie et parfois, selon les besoins de la cause, ne craint pas de cacher la vérité sous un tissu de ruses et de mensonges. Car, en cette matière, ce ne sont pas ceux qui ont les plus justes revendications à faire qui crient le plus fort. Parmi les nations, comme parmi les hommes, il y en a qui claironnent leurs désirs les moins avouables; d'autres, murées dans une discrétion pouvant leur être fatale, s'abstiennent de mettre en avant leurs droits les plus élémentaires. Certaines trouveront à l'étranger d'excellents avocats, d'autres auront à se contenter de médiocres. Sans parler des problèmes que ne manqueront pas d'improviser ceux qui auront
tout intérêt à larder de difficultés nouvelles et inexistantes la politique de justice européenne.
Des juges munis de pouvoirs plus étendus que jamais (parce que jamais guerre plus terrible ne souleva d'intérêts plus considérables et plus variés, parce que, aussi, personne n'osera désormais déclencher un désastre qui aura coûté tant de vies et tant de richesses), des juges, dis-je, se trouveront devant un labyrinthe d'ethnographie et d'histoire, devant un chaos d'affirmations et de déductions.
Il n'est donc pas inutile, croyons-nous, de considérer les exemples fournis par l'histoire de certaines nations, auxquelles des traités antérieurs donnèrent la vie, l'unité et l'indépendance.
Aucun exemple n'est, à ce titre, plus instructil que celui de la Roumanie et de la Bulgarie.
Il y a environ trois quarts de siècle, la Russie de Nicolas Pavlovitch — État qui, à ce moment-là, poussé par le désir de dépouiller les autres en s'annexant des territoires, poursuivait le démembrement à son seul profit de l'Empire ottoman — fut vaincue par les puissances occidentales : France, Angleterre et Sardaigne — noyau de l'Italie de nos jours. Ces dernières voulurent créer ici, en Orient, un état de choses d'intérêt européen. Elles prirent des mesures — d'efficacité