LA REVANCHE CELTIQUE
L'énergie de Lloyd George se trouve aujourd'hui à la tête de l'Angleterre. Un Celte, du pays de Galles. De là cet esprit de prompte résolution au milieu des difficultés et des épreuves de toute sorte, de là cet enthousiasme inépuisable, teinté d'une ironie qui ne dépasse jamais certaines limites, de là le « feu sacré » et le charme allègre de toute sa personne.
Une énergie coulant de la même source, celle de Douglas Haigh, se trouve à la tête des armées anglaises. Encore un Celte, mais d'Ecosse. Par- # tout les mêmes qualités: une vue que n'arrête nul obstacle présent, une volonté forte non seulement de la certitude abstraite d'arriver où il faut, mais de toute l'impétueuse ardeur que donne la vision claire, concrète du but impossible à échapper.
Ils ne prennent nul plaisir à forger des plans extraordinaires, comme tant de théoriciens de la politique et de la guerre dont le monde est si riche. Mais ils excellent à secouer les consciences, à réveiller les âmes, d'autant plus forts, d'autant plus heureux qu'ils réussissent par leurs efforts à communiquer aux autres, à leur donner toute leur ardeur. Ils savent rendre le sacrifice facile, le
regret inconnu, alors même que sacrifice est synonyme de douleur. L'un et Pautre résument parfaitement les généreuses qualités de leur race : acharnée dans la lutte, gaie dans Pamitié, dévouée, altruiste jusqu'au total oubli de soi-même, naturellement portée vers ceux qu'une même pensée dirige. Grande âme chevaleresque et ardente, heureuse d'offrir sa puissance et sa vie dès qu'une noble cause exige de nous tous les efforts, donc toute la vie ! Elle se voue à toute tâche religieusement, solennellement, sans y mettre pourtant aucune raideur.
Les soldats de la France respirent la même atmosphère morale, ceux-là mêmes pour lesquels la religiosité prend la forme plus vague, mais peutêtre plus puissante encore, d'un déal mystique de Justice et de Liberté.
L'Allemand, avec tout ce qui le caractérise, n'est pas seulement l'ennemi, mais la négation d'une telle âme. Ce qui est solennel le laisse froid, son cœur étant incapable de ressentir profondément le sublime, le mystériëux qui s'en dégagent. Le sourire — philosophie de la vie — ne fleurit jamais sur ses lèvres ; il ne sait que les crisper dans une mauvaise grimace de haine ou les ouvrir aux gros éclats d'un rire vulgaire — ivresse d'un moment. Mystique, il l'est, en vérité, mais il ne parvient jamais aux hauteurs où l'homme participe de la grandeur ineffable de Dieu ; chez lui la religion est une dévotion qui plie genou