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LA PRIMAUTÉ FRANÇAISE

La grossière pensée du matérialisme allemand, bigarrée de l'outrecuidante philosophie de Nietzsche, proclame que l'avenir appartient aux Allemands. Pour arriver à ses fins, la bête blonde « avait besoin d'autre chose que de la teinte de ses cheveux » ; il lui fallait le nombre, l'énergie physique, une organisation appropriée, des moyens techniques réalisés par un labeur minutieux, acharné, qui arrachait aux découvertes faites par les autres tout ce qu'elles pouvaient donner.

Le principe directeur était celui qu'on applique dans l'élevage. Qu'il s'agît de l'homme ou de tout autre animal utile, on procédait de la même manière. Vous vient-il jamais l'idée de vous inquiéter de la valeur morale que pourraient représenter les canards ou les lapins ? Tout ce que vous demandez, c'est qu'il y en ait le plus grand nombre possible, que leur santé soit parfaite, qu'ils répondent, en un mot, à l'usage auquel ils sont destinés. Rien de plus. Et, théoriquement parlant, y a-t-il une différence entre le lapin ou le canard et cet animal bipède dont l'État a besoin, l'État qui, pour atteindre son but, non seulement n'est p&s, mais ne doit pas être humain?

Toute conception qui détourne l'homme de la fin à laquelle il a été destiné — et, à ma connaissance, aucune théorie sur la création du monde ne nous a appris que l'homme a été créé avec le numéro d'un compartiment déterminé — toute conception de ce genre, aussi « scientifique » qu'elle soit, ne fait qu'animaliser l'homme, le ravaler au rang de la bête et rabaisser la race qui s'en inspire bien au-dessous de toutes celles qui pensent tout bonnement, tout simplement, que l'homme a été créé à l'image de Dieu, pour vivre sa vie en faisant son devoir envers la mère nature et soi-même.

Les Allemands devraient se le tenir pour dit. Non seulement ils sont incapables de vaincre, en tant que soldats ; mais en tant qu'hommes, ils ne peuvent prétendre à la première place parmi les peuples. Ils ne le peuvent pas, pour l'unique, mais capital motif, qu'ils ne sont pas des hommes, qu'ils ont réussi, grâce à leurs efforts répétés, à ne plus être des hommes.

La première place dans l'humanité appartiendra à la nation pour laquelle les Allemands de 19 14 ne trouvaient pas assez d'ironie ; à ces Français qui ont peu d'enfants, à ces Français minés par la maladie, à ces Français dont la vie de famille est dévoilée à tous par ces romans bons pour l'Orient ; à ces Français insouciants, légers, frivoles, capables tout au plus de divertir le vainqueur, au lendemain de son triomphe, par leur cabotinage

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