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LES ALLIÉS DE I,' ALLEMAGNE

L'Allemagne ne tardera pas à trouver lourd le fardeau qu'elle se sera mis sur les bras. Que d'emprunts à souscrire, que de besoins à parer, que d'œuvres d'inimitable « Kultur » à encourager, patronnant toute la réclame déployée par ces ignares tapageurs ! Et si jamais la race germanique pensait avoir récupéré ses droits à l'estime des honnêtes gens, on lui montrera ses compromettants « amis », ses compagnons de la Grande Guerre, qui se chargeront de la souiller avec toute la désinvolture de leur vulgaire familiarité !

Ils seront les premiers à se plaindre, les premiers à crier, à réclamer, à exiger leur récompense. Récompense? Et de quoi donc? D'avoir sauvé l'Allemagne, parbleu!

En effet, personne ne voudra approcher de ces parasites. Bon gré, mal gré, ils resteront les comparses perpétuels de ceux avec lesquels ils essayé-, rent d'égorger l'humanité.

Et il n'y a pas de châtiment plus terrible, pour un peuple fier, que la dégradation irrémissible d'une alliance ignominieuse.

Jassy, le 20 août 191 7.

Neamnl Roman? s<\ An XII. NV227.

MESSAGE IMPÉRIAL

À l'occasion du troisième anniversaire de la guerre, l'Assyrien de Berlin a jeté au monde un cri de triomphe, parlant au nom du peuple qui lui est attaché par les lourdes chaînes de la complicité et dont les moignons sanglants jonchent la terre.

Certains pensent qu'il est sincère. « Il croit », disent-ils, à la mission que son peuple est appelé à remplir, étant le plus puissant de tous, le peuple élu, celui que « le Dieu de la victoire » protège; « il croit » que lui, « l'oint du Seigneur », représente ce peuple dont la volonté et l'intelligence, tendues dans un effort suprême, aspirent au but à lui assigné par la Providence. Souverain pasteur, empereur à la mode de Charlemagne, berger armé contre les loups d'un savant bâton de commandement, il vole aux quatre coins de la Mitteleuropa, dans un tourbillon d'invincible puissance, qui enlève aux plus braves toute velléité de résistance.

Mais il y a une difficulté. Un individu qui n'est pas atteint de monomanie, qui, abstraction faite de ses tares héréditaires — • au dix-neuvième siècle la Prusse compta un fou parmi ses rois, le propre frère de Guillaume Ier — parle le langage d'un homme normal et fait preuve d'une intelligence

MESSAGE IMPÉRIAL

assurément supérieure à celle d'un exemplaire commun de sa race, cet homme, dis-je, pour arriver à se pénétrer de la mission divine que lui et son peuple auraient à remplir, pour acquérir la certitude absolue d'une victoire indéfectible, soumet, au préalable, sa conscience et sa pensée aux assauts lancinants du doute et aux déchirements impitoyables de luttes intérieures, même si ces luttes n'aboutissent qu'à renforcer la certitude d'invincibilité, qui met au visage le masque d'airain du conquérant-né. Une grande conviction est faite, si je ne me trompe, d'un examen perpétuel, impitoyable, des éléments qui la composent, d'un douloureux et patient travail de conscience, au bout duquel la foi triomphe de toutes les contradictions intérieures, de tous les obstacles extérieurs, durcie et comme trempée au contact des choses.

Or, chez Guillaume II, rien de cette intéressante lutte intérieure qui, si discrète soit-elle, dévoile toujours le tréfonds d'une personnalité et vous fait hésiter, ne sachant s'il faut admirer le héros ou compatir aux douleurs de l'homme qui sacrifie tout au premier. — Il « pleure les morts », la vue de ses soldats « le remplit de fierté », son « cœur saigne » pour les disparus prisonniers chez l'ennemi , soumis, il le sait, mais il ne le dit point, à un régime infiniment meilleur que celui qu'il inflige aux malheureux tombés entre ses mains. La reconnaissance de la Patrie coule de ses lèvres sacrées.

Ayant eu connaissance des discours prononcés au Reichstag et répétant ce qu'il a déjà fait dire par le Chancelier, il affirme solennellement que « nul égoïsme vain » ne le pousse, qu'il n'a point en vue des buts de conquête et de domination, — il omet cette fois de dire qu'il ne les eut jamais. Il ne veut que « mener à bien la défense de la patrie » et il a l'inébranlable volonté de le faire, ainsi que toute la nation. Car, lorsqu'il parle, toute la nation parle par sa bouche, mais elle ne parle qu'alors. Or, vouloir c'est pouvoir.

D'ailleurs, volontiers il mettrait le sabre au fourreau, ce sabre à jamais souillé du sang de l'univers innocent, et que seule la flamme cuisante de la défaite ou le feu dévastateur de la révolution saurait purifier après l'avoir refondu. Il le ferait tout de suite, si les ennemis envieux de la prospérité de l'Empire « ne tendaient pas des griffes menaçantes pour s'emparer du sol allemand ». C'est donc sur l'ennemi que retombe toute la responsabilité, c'est lui qui (( a répondu par le mépris à ses paroles de paix », c'est lui qui « ridiculise le nom allemand dans le monde entier », c'est lui qui « prépare encore de terribles épreuves à la nation allemande ». A bon entendeur, salut! C'est l'ennemi qui veut la guerre; si, au lieu d'accepter la paix Hindenburg, il fait encore « durer les calamités de la guerre », eh bien ! « les coups les plus rudes seront pour lui et non pour nous » .

En effet, il est impossible que l'Allemand ne

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vainque pas; « il connaît sa force », « il est décidé de l'employer ». L'ennemi n'a-t-il pas « senti de nouveau comment l'Allemagne savait lutter et vaincre » ? La campagne de Galicie, modèle de loyauté et d'honneur, ne le lui prouva-t-elle point suffisamment? « La gloire allemande » lavée dans le sang brille d'un éclat singulier, car ce sang est toujours du sang ennemi ; du corps des Allemands sacrifiés ne s'écoule pas une goutte de sang, seuls jaillissent des rayons de gloire. Il y a de la « gloire allemande » à donner par brassées ! « Gloire » pour nourrir les affamés, « gloire » pour couvrir les vanu-pieds, « gloire » pour donner des yeux aux aveugles et des mains aux manchots, « gloire » pour sécher les larmes de ceux qui pleureront toujours. La source même delà « gloire » a parlé. Elle a la certitude de donner à ses « glorieux » un « Empire puissant et libre » en allongeant les lourdes chaînes de l'esclavage germanique au delà de ses frontières.

Tel est le message impérial. Le mensonge se cache sous chaque mot. Où est le mystique qui rêve d'un monde meilleur et plus pur? Où est le croyant qui élève, qui purifie tout, par l'ardeur de sa foi? Où est le visionnaire dont la vue porte au delà de la limite qu'il assigne comme but au troupeau qui le suit? Où est le sincère capable, sur la route arrosée de son propre sang — que lui importerait dès lors le sang des autres ! — d'avoir l'âme brisée et régénérée par une illumination

surhumaine, par une conversion sublime analogue à celle du chemin de Damas ?

En revanche, l'hypocrite religieux, impérial imitateur de Pvaspoutine, couvre le monceau sanglant des offrandes exigées par sa folie, sous le linceul de pourpre et d'or des paroles empruntées à l'Évangile auquel il ne croit pas.

Tel apparaît Guillaume II, sur le seuil de cette quatrième année de malheurs qu'il inflige à l'humanité.

Jassy, le 24 juillet 1917.

Neamul Romanesc. An XII. No 272.

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