A ELLE
Mon adorée, tu es bien telle que je te désire, aimante et joyeuse. Comme tes
lèvres sont faites pour Tamour et le rire !
En lisant ton billet, je voyais à chaque mot les perles de ta bouche provocante. Je cueillais en imagination ces baisers que tu m'as volés. Je me faisais assez d'illusion pour croire qu'ils m'étaient rendus, et j'en avais le cœur ravi.
J'ai donc cette faveur suprême, en mon amour que je croyais à son plein de joie, de posséder une femme qui, à la beauté merveilleuse, à toutes les qualités de l'esprit, à toute la noblesse du cœur, à tant de trésors si rarement assemblés, est assez magicienne pour ajouter le rire, la gaieté, c'est-à-dire le don divin qui a fait en tout temps les héroïnes et les maîtresses incomparables.
Je suis gâté par la fortune et, si je n'avais la certitude de te voir, je craindrais d'être le jouet d'une hallucination»
.^AIENNE
Tu ne peux imaginer comme chaque jour, au réveil, je trouve mon amourgrandi, exalté. Qui donc disait que la possession arrête le développement de la passion?
Piètre et froid amoureux ! J'y ai puisé de nouvelles ardeurs, j'en tremble d'émotion, et, si j'étais à tes pieds, mon front te brûlerait les mains.
A LA MÊME
Un orage violent a tout à coup éclaté dans notre ciel pur. La secousse a été d'autant plus forte qu'elle agitait une atmosphère plus calme.
De quel droit celui qui vous trompe, Mélissandre, avec tant d'impertinente élégance, qui se bat pour des flUes, qui les entretient et les affiche, qui se fait en riant
Fapôtre des mauvaises mœurs, qui place rinfidélité (répète-t-il à chaque instant devant vous ) à la tète des vertus conjugales, de quel droit M. de Noves vous défend-il un sentiment qu'il croit être seulement de Tamitié? Je n'accepte pas pour vous cette tyrann^'o et je veux... Pardon, Mélissandre, ne t'irrite pas de mon emportement.
Tu me l'as dit avec ta grandeur d'âme, il ne faut nous laisser envahir ni par la tristesse, ni par la haine. Restons confiants dans la destinée, la fortune est pour nous.
Je veux me répéter sans cesse tes îières et douces paroles: « Ne songeons, dans répreuve, qu'à nos joies, et, quelque tempête qui se déchaîne, rappelons-nous que notre bonheur est fixé. »