‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 10 sur 122 · AU «DB · texte numérisé non relu

AU «DB

Michigan.

10 Virginie,

Floride.

11 Cantine du Nord.

lowa.

12 Candine dm Smd.

Texas.

13 Géorgie.

Wlsconsin

Alahama.

Californie.

Louisiane.

Orégon.

A l'ouot.

Minnesota.

Tennessee.

Kansas.

Territoires : Washington, Utah, Nebraska, Nouveau- Mexique, Arrisona, Indien, lesquels attendaient et attendent encore, pour être admis comme États dans TUnion, le nombre d'habitants nécessaire.

Les treize États, tel que l'État de Virginie, capitale Richmond, dont nous avons imprimé les noms en UaUque, sont ceux qui ont passé dans les rangs de l'armée confédérée.

Les vingt et un autres États sont ceux qui n'ont pas quitté les rangs de l'armée fédérale.

Nous avons imprimé en petites cAPiTàLEs le nom du seul ËÈBÀ {l£ar;]and) qui» sans avoir encore déserté l'armée fédérale pour entrer dans les rangs de l'armée confédérée» est considéré cependant comme de fidélité douteuse.

Pour les distinguer, nous avons numéroté de un à treize les treise États fondateurs de l'Union américaine» les treize Ébits signataires du pacte fédéral conclu le 9 juillet 1778, à Philaddphie, sous ce titre : € articles de GonPÉDÉRàTioif et d'union PEapÉruELLB entre les États de New-Hampshire» Massacfausets, Rhode^sland et établissements de Providence, GonnecUcut, New- York, Nev^-Jersey, Pensylvanie, Dela-

ware, Maryland, Virginie, Caroline septentrionale, Caroline méridionale et Géorgie. *

Pour compléter les indications qui précèdent, nous allons faire connaître dans quel ordre chronologique les treize États dont se composait primitivement TUnion américaine se sont successivement élevés de treize à Irente-qualre :

1791. Le Vermont détaché de New- York pour se former en quatorzième État.

1796. Le Kentucky délaché de la Virginie, et le Tennessee détaché de la Caroline du Nord.

1802. L'Ohio.

1803. La Louisiane achetée à la France.

1816. L*Indiana.

1817. Le Mississipi séparé de la Géorgie.

1818. L'Illinois.

1819. L*Âlabama détaclié de la Géorgie.

1820. Le Maine détaché du Massachusets.

1821. Le Missouri détaché de la Louisiane. 1836. Le Michigan et FÂrkansas.

1845. La Floride et Flowa.

1846. Le Texas et le Wisconsin.

1848. La Californie et FOrégon.

1849. Le Minnesota.

1854. Le Kansas.

Après l'élection, le 6 novembre 1860, du président Lincoln, qu'ont demandé les États à esclaves, présentement désignés sous ce nom : les États confédérés? — Ils ont demandé la séparation volontaire; ils ont demandé à cesser de faire partie de l'Union, dont le drapeau étoile porte pour devise : E pluribus unum. Que leur a-t-il été répondu? Il leur a été répondu qu'ayant adhéré au pacte fédéral du 9 juillet 1778, que s'étant développés, fortifiés, enrichis à l'ombre de ce pacte, ils n'avaient droit ni de le dénouer ni de le rompre; que toute tentative de. séparation de leur part serait qualifiée d'acte de rébellion et traitée comme tel.

Dans son message de 1861 , le président Lincoln , pour justifier la guerre fratricide entre le Nord et le Sud, ne mettait pas en avant c la facilité des rivières à traverser et Tabsence d'une frontière nationale; » il disait : c ilfimê sawfertUnion, et tous les moyens qui doivent conduire à ce but doivent être employés. » Dans un pays où le divorce entre le mari et la femme est admis, pour nous servir de la comparaison employée par le président Lincoln dans son Message de 1862, si la séparation volontaire demandée par le Sud eût été amiablement acceptée par le Nord , que fût-il arrivé ? A cette question que nous posons, le président Lincoln répond : c Le fait de la séparation eût enlevé à la section qui se fût séparée tout droit & réclamer Texécution de la clause des esclaves fugitifs. » Dès qu1l y avait séparation Yolontaire demandée par le Sud , Tobligation relative aux esclaves fugitifs cessait de lier le Nord et tombait ainsi : c'était la condamnation , c'était l'abolition de l'esdavage par lui-même.

Si le Sud se plaignait, le Nord était fondé & lui dire : Vous ayez préféré la conservation de l'esclavage au maintien de l'Union, vous avez demandé la séparation volontaire, vous l'avez obtenue; vous n'avez donc plus le droit d'invoquer le § 2 de l'article 4 du pacte fédéral , ainsi conçu : c Si quel- » que personne coupable ou accusée de trahison , de félonie » ou d'autre délit considérable dans un des États , fuit les » poursuites de la justice et est trouvée dans quelque » autre des États unis, elle sera, sur la demande du gou- .» yemeur ou de la puissance executive de TÉtat dont elle » se sera évadée , délivrée et renvoyée audit État dans » la juridiction duquel elle devra être jugée. » Vous êtes sans qualité pour invoquer la^ loi de 1850 contre lés fugitifs! Si vous craignez que vos esclaves ne s'enfuient, faites sans retard ce qui est nécessaire pour les attacher à leur travail, sans contrainte, sans violences, sans humiliations, sans châtiments corporels, sans fouet qui leur mette la chair en lambeaux; adoucissez leur sort, traitez-les en

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mineurs, mais en hommes, non en bêtes de somme; feôleslear entrevoir, ce jour fftt-il lointain, le jonr de leur libé* ralion; enfin, chercher et Toas tronverer nn mo4e de rédemption graduelle; ceci vous regarde, fons, Toire conscience et votre intérêt; ceci ne nous regarde pas. Quiconque Batt et vit sur notre sol libre est tîbre; quiconque y vient et Y demenre, immigré oo fugitif, blanc ou noir, est libre. Bevanf l'humanité , devant la postérité, nous ne répondons pas de vos actes, mais nous répondons des nôtres, et nous voulons qu'ils soient conformes à la liberté qui nous a faits ce que nous^ sommes, qui de 3,900,000 habitants nous éleva à 31,500,000 de 1790 à 1860. Au § 2 de Farticle 11 que vous invoquez, nous opposons ce passage dn § I** do même article : c Le peuple de chaque État pewra librement entrer 9 dans chacun des autres Ëtats et en sortir. »-

Conformément à notre invariable méthode d'examen et de* discussion , qui consiste à ne jamais laisser à Técart aucune hypothèse, nous allons admettre que le Sud ail répondu k ce langage pacifique du Nord par une invasion afrmée sur le sol libre doué de la vertu de transformer en homme affranchi Feselave fugitif. Nécessairement, û eût fallu que le Nord repoussât la force par la force : c'eût toujours été la guerre. Oui, nous en convenons, c'eût toujours été la guerre, mais sans rien qui jelâl sur elle une ombre défavorable, sans rien qui permit de dire qu'il s'agissait moins de la part du Nord d'une question de principe et d'hunianité que d'une question de tarif et de rivalité. Le Nord n'attaquait point dans le Sud l'esclavage ; il se bornait, i défendre chez lui la liberté et à l'y protéger. Alors le Nord aurait eu pour lui tous les noirs, sans cependant qu*il se donnèt l'odieux de les convier, de les provoquer à la guerre servile. Lorsqu*ils fussent venus à lui, il tes eût couverts de sa main bienfaisante, il les eût abrités derrière ses canons ; H les eût armés, il les eût exercés, il les eût disciplinés, il tes eût conduits an feu : rien de pins. C'eût été assez, nous n'^en doutons point, pour que le Sud ne tardât pas à capi-

tnler et à demander à rentirer Ains lUnion fédérale. S nous nous égaron» en raiaorniaiit ainsi, que ceux qui connaissent les États-Unis présentement séparés, quf ont visité le Nord et le Sud, qui ont fait de la question une étude approfondie et impartiale, veuillent bien nous dire en quoi nous nous trompons. Nos lecteurs profiteront de la leçon qui nous sera donnée. En tout cas, on ne contestera point que Tordre d'idées dans lequel nous raisonnons ne soit le plus simple, car il retranche dn débat la qualification de rebelles qui le complique ; il laisse complélement à Técart les deux prétentions opposées ; prétenlioDr des États souirerains et prétention de ITnion fédérale ; il laisse même à l'écart le maintien ou rabolLtion de Tesclavage ;, toute la question se réduit à ces termes étroits, incontestables: Le Nord libre chez lui, mattre chez lui. Le Nord attaqué à main armée se défendant à main armée. Le Sud aggravant le tort de Toppressibn par le tort de Fagression. Le Sud m'is au ban de TEurope.

AtloBfr aiMkvant de ce qu'on ne manquera pas de nous dire. On nous dira : Mis au ban de TEnrope, cela n'eût pas empêché le Sud de vendre à l'Angleterre et à la France son coton* Non certes, cela ne l'en eût pas empêché ; l'Angleterre et la France n'eussent pas discontinué de le lui acheter.

Où donc est l'objection F

tfom la cherchons sans la trouver.

Oft done eflt été le mal que les intrombrahles ouvriers qui, en Angleterre et en France, vivent de llndustrie du coton n'y monrussent pas de faim, eux, leurs femmes et leurs enfants, et n'y maudissent pas le nom de la république, qui ëîaiî rorgueîl de tous ceux qni s'étaient habitués depuis soixante ans à associer respectueusement à son nom le nom de liberté, à Fes considérer comme inséparables Tune de Faulre?

Ifbus le demandons.

Où dbuc eût été le mal que la guerre , môme dans le Surf, y cansât moînyde désastres, y amoncelât moins de ruines?

Nous le demandons encore.

68 IftHli

Où donc enfin eût été le mal de localiser la lutte entre le Sud et le Nord, au lieu de runiversaliser, au lieu de lui faire franchir TOcéan, au lieu de l'étendre à TAngleterre, à la France, à l'Europe ?

Qu'on nous le dise !

20 décembre 1863.

Nous avons raisonné dans l'hypothèse de la séparation réclamée par le Sud et repoussée par le Nord, séparation déclarée c physiquement imposMle » par le président Lincoln, et néanmoins admise éventuellement par lui ; nous allons raisonner maintenant dans l'hypothèse où se yérifleraient ces paroles finales du Message :

«^ • Nous disons que nous sommes pour rUnion. Le monde n'onbUera pas que , tandis que nous disons cela , nous savons comment sauver l'Union. Le monde le sait, nous savons comment la sauver. C'est nous qui, ici même, en avons le pouvoir et en supportons la responsabilité. »

Nous allons supposer que le Nord l'a enfin, à tout prix, emporté.

C'est en vain que s'est fait entendre la voix de la France, parlant non pas comme nation médiatrice, mais comme nation civilisée ; parlant au nom de l'humanité, et demandant que cesse une guerre fratricide où les batailles se succèdent sans victoires, comme si la Victoire indignée avait honte de s'y mêler, comme si la Victoire, craignant de compromettre son nom, en répudiait la responsabilité; la lutte a continué entre les treize États abritant l'esclavage derrière leur souveraineté et les vingt et un États abritant l'Union derrière la Constitution. Le Sud, épuisé par tout le sang qu'il a perdu, écrasé par le poids de sa dette, étouffé sous ses innombrables balles de coton entassées, sans débouchés, bloqué hermétiquement de toutes parts, ayant à se défendre contre cinq cents bâtiments de guerre, bâtiments à vapeur, contre

cinquante-quatre canonnières cuirassées, contre une armée de 800,000 hommes, qui va encore être augmentée et portée à 1 million; le Sud, succombant sous le nombre, s*est déclaré vaincu et s*est soumis aux conditions du vainqueur : que va-t-il arriver ? Que vont être les rapports du vainqueur avec le vaincu, tous les deux parlant la même langue, tous les deux ayant sucé le même lait aux mamelles de la même mère ? Que fera le vainqueur pour faire oublier sa victoire au vaincu ? Que fera le vaincu pour éteindre en lui et en ses enfants Firritation de la défaite et accoutumer son front altier et le leur au poids et à la honte du joug ? Entre le vainqueur et le vaincu, quelle sera Tattitude, quelle sera lîf condition des 4,500,000 noirs pour lesquels Theure de la délivrance par la liberté aura sonné avant Theure de la libération par l'instruction, le travail et Fépargne ? Graves questions, questions préjudicielles qu*avant tout il eût fallu poser, avez-vous été nettement posées à la tribune du Con-» grès ? avez-vous été profondément étudiées par les ministres du président Lincoln ? avez-vous été librement discutées par la presse américaine ? avez-vous enfin été par tous sagement et honnêtement pesées ? Si les journaux américains du Nord et du Sud vous ont sérieusement débattues, comment ne vous ont-ils pas résolues ? Serait-il donc vrai qu'ils soient sans pouvoir, ainsi que le déclare le célèbre auteur de la Démocratie en Amérique, H. Alexis de Tocqueville, que les journaux français n'ont jamais réfuté If

Ge qui nous fait abhorrer la guerre, ce n'est pas seulement le sang humain qu'elle verse par torrents, fauchant de pré* férence les plus hautes têtes, les plus beaux épis; ce n'est pas seulement l'argent qu'elle détourne de ses canaux où il porterait l'abondance par le travail, la civilisation par le bien-être ; ce qui nous fait abhorrer la guerre plus encore peut-être, c^est qu'après avoir accablé le vaincu, elle pervertit le vainqueur, dont elle ne manque jamais de faire un oppresseur. La guerre est la source de laquelle ont jailli toutes les inégalités civiles, toutes les iniquités sociales. Commencer

Digitizectby VjOOQIC

par rexiermination el iiojr par la tyrannie est sa l»u Nul n*j échappe» £stTce que TA^nglelerre eDe^mèiBe, pays àe liberté, y a échappé? Vainqueur, le Nord laisfiera-t-ii au vaincu 4 le Sud, ses instilutioAS souveraines, sa xejprésenlation nationale, sa pai*licipation fédérale, la liberté de la tribune, la liberté de la presse, la liberté d*enseignemeiii, la liberté de réunion, la liberté d'association, ou les lui enlèvera-t-il ? S'il les lui laisse, ce qu'il aura renversé ne se relëvera-t-il pas contre lui ? S'il les lui enlève, l'Union fédérale aura-t-eUe deux lois et deux poids: une loi, la liberté, pour les vingt et un Ëlats victorieui^; une autre loi, la défiance, f^ur les treize États vaincus et traités en pays conquis ? Alors l'Union fédérale ne serait plus qu'un mensonge, si monstrueux qu'il ne saurait être durable, car il ne tarderait certes pas à se trouver^ au sein même des Ëtats oppresseurs, des >orateurs émus, des écrivains indignés qui prendraieol la défense et plaideraient la ^ause des États qppriutés. L'Union fédérale n'aura donc qu'une loi- Uais cette loi^ qoeUe ^aera^t-elle^ Avons-nous besoin de le dire? Avons-nous besoin àe tirer une iConséqnence qui se tire d'eUe-môme? Avons-nous besoin d'exbumer le passé k l'image ducpiel sera fiedt l'avenir, cet anneau de la mém^ cbalne.? Oui, i'Unîaa fédérale n'aura qu'une loi, la même pour tous les iàaJt^ sans distinction entre vaincus et vainiqueurs ; mais œUe loi, ce sera celle d'une égale domination exercée par un pouvoo* central 4étfiant, craintif» faroucbe, s'affaiblissant par tout ce qu'il leatera iK>tur se donner de la force, et devenant d'autant plus arbitraire qu'il se sentira plus faible, tombant enfin dans l'ornière du vieux monde, c'est-à-dire mettant au-dessus de la souveraineté individuelle le salut public. Plus de liberté de presse, plus de liberté de réunion, plus de liberté d'association, plus de liberté àe prédication, plus de liberté d'enseignement, plus de liberté de tribune, fdusde rejurésentation ni nationale ni fédérale, eaicore moins de Convention ! Voilà cependant où il est à craindre que la logique et la force 4es choses ne con-

émsewA l'iaconséquenee et rinsurfisance des hommes l PoibsÎŒM-BMis nons tromper dans nos prévisions ! Puisse l'iSH meose faute de a'aroir point accepté la séparation vokntaire demandée par le Sud n*étre pas une foule irréparable, JnooB« sâdénêment commise par le président lineoln et cmellemfiBl eifôéeparleNoi^d!

22 déctmbre 1862.

liberté violée, Hberlé vengée; i?iérité méconnue, vérité reconnae. Ce n*est jajnais ^'une question de temps. Le président Lincoln, eu repoaasHtt au nom du Mord la séparaiion voloiilaire que deuuuidait le Sud, a violé une liberté, méconnu me vérité et créé un état de choses si grave dans toutes les liypoâièaes, si inextricable, que toute médîatiofi de la part de T Angleterre, de la France et de la Russie, même toutes les trois d'aocord, n'eût abonti qu'à l'impink sance et n'eût été qu'une complication de plus, fl y a des fiantes irréparables. Celle commise par le président Lincoln est de ce nombre. Son éleclion aura été funeste et son passage au pouvoir désastreux. U a ^ arrogaart -quatid il eêt fallu se montrer concîRant; il a été téméraire quand H eût Eailtt être circonspect; il a été irrésolu quand il eût fallu être résoki; penumnifiaiit par son électîou TaboUtion de l'esclavage, il n'a pas oième été rhonuBe du principe, il l'a subai^ dduné aa maintifii de rOnion; il n'a vu ^'elle «t lui « tout saciiâé. Il a tout compromis et tout iMissé. il n'a iémm qu'à obscurcir la qneatiou et qif à tourner contre ie Nord les i^mpatbies de lHwrope qni lui étaiest acquises, fie aamUen peu s'ien esl^il fallu. Tan dernier, que la guerre maritime i outrance n'éclatàlcntreleslitBts unionisCesetle royautne-wii de la fiFasBd(^rBretllgne? A quel prix l'n-t-il écartée? H ne Fn écartée qu'a» foîx da désavieu du commandant iftu San ifaeîul» et de la restitution de flesprisonnkr s, MM. Maflon etlSliéelil.

Chaque pas qu'il a fait a été marqué par une chute; chaque déclaration qu*il a lancée a été un démenti qu*il s*est donné. Le général Frémont s*élait hautement prononcé contre l'esclavage dans une proclamation demeurée mémorable, où il Taisait appel au soulèvement des esclaves pour qu'ils lui fussent une diversion, un appui, une force. Le président Lincoln le désavoue, le blâme, lui retire son commandement. Un an s'écoule, et le président Lincoln, dans sa proclamation comminatoire du 22 septembre 1862, tient le même langage, fait le même appel qu'une année auparavant il a désavoué et blftmé. Seulement, le président Lincoln, qui avait destitué le général Frémont, ne se traite pas avec la même rigueur; il ne donne pas sa démission; il garde la présidence, qu'il n'a pas mérité cependant de conserver. Enfin, il vient de donner sa mesure par le projet de résolution qui sert de conclusion à son Message de 1862. Quelle courte mesure! Dans ce projet de résolution, il, est dit :

<t Chacun des États oii l'esclavage subsiste qui abolira cette iHSTiTUTioR à un moDient quelcouque, avant le V^ janvier de l'an 1900, recevra des États-Unis compensation dans la ferme d'un titre de dette des États-Unis portant intérêt au taux de chaque esclave qui j existait lors du huitième recensement des États-Unis. Ijc Congrès pourra allouer des crédits et prendre d'autres dispositions pour coloniser les personnes de couleur libres, avec leur consentement, sur des points quelconques situés hors des États-Unis. »

Ce projet d'amendement à la Constitution fttt-il bon, qu'il serait tardif. Le président Lincoln finit par où il eût dû commencer. C'était avant que la guerre édatàt, c'était avant qu'elle eût coûté dix milliards aux deux parties belligérantes qu'il fallait, sans hésiter, sans ajourner, sans marchander, offrir aux États à esclaves de les désintéresser pécuniairement, de les indemniser largement. Ce que la guerre a déjà coûté , ce qu'elle coûtera encore , eût été cela de moins à inscrire au grand-livre de la dette des États-Unis, si l'offre eût été acceptée. La froideur avec laquelle le Message a été accueilli par la presse de New- York est pleinement justifiée. C'est avec raison que le journal VEvetUng Post a protesté en

ces termes contre le délai de trente-sept ans laissé jusqu'au 1» janvier 1900:

« Affranchir les hommes graduellement, c'est couper la queue d*un dikn pouce par pouce et décupler ainsi set souffrances; c'est la plut dangereuse et la plut perturbatrice de toutet let méthodes, c'est autti la moÎDt ei&cace. Si l'etclavage ett une malédiction, et nous le pro* clamons tel, si le maintien en est incompatible, ainsi que l'affirme le président, avec celui de l'Union, il faut le détruire sans .plut tarder. Une nation n'a pat le droit de léguer une malédiction à ta postérité. Un légitlateur n'a pat le droit de tacrifier un teul inttant let intérêtt d'une classe particulière (Celle des propriétaires d'esclaves surtout!) à l'intégrité et au salut du pays. »

r/est également avec raison que le Messager de New-York a fait remarquer que Tamendement proposé par le président Lincoln, pris dans son sens littéral, condamnait à la perpétuité de la serritiîde la génération actuelle des esclaves. II accorde un délai de trente-sept ans pour la réparation d*une iniquité sociale, comme si le législateur avait droit de vie et de mort sur toute une classe de la société , comme si les progrès de la civilisation dépendaient de son libre arbitre et de son initiative.

La Tribune s*écrie : c Mieux valait en finir tout d'un coup h a On le sait : d*accord avec Texpérience, nous ne sommes ni pour les demi-mesures ni pour les compromis; ils n'ont jamais servi qu'à perdre ce qu'ils avaient la prétention de sauver. Nous serions donc de l'avis de la Tribune, si la séparation volontaire du Sud n'eût pas été une meilleure solution que l'abolition forcée de l'esclavage.

La séparation volontaire du Sud acceptée, consommée, eût infailliblement amené les États séparatistes —le nombre des esclaves fugitifs croissant toujours — à prier les États unionistes de leur venir en aide. Alors ceux-ci eussent pu dire à ceux-là : Soit, nous consentons à vous venir en aide , mais à la condition qu'une convention entre nous sera signée, et' qu'à dater du jour de la signature de celte convention , tout enfant qui nattra d'un esclave naîtra libre ; vous reconnaîtrez à tout esclave le droit de se racheter de

resclarage |)ar le traTaîi; le prix de sa rédemplkm ëeoa d'avance fixé; une caisse d'exonération, sous ce (itre: Cmisu ff exonération du travail serviU, ser^ instituée; vous y verserez chaque année une domine par tète d'esclave; ^etie sonuae variera selon l'âge et le sexe de l'esclave, confonnément à on tarif qui sera dressé et adopté; la Caisse d'exonération du travail servile profilera, en cas de mort avant libération de l'esclave, de toutes les annuités qui y auront été versées; dès que les annuités versées et accrues par la puissance de rîntérôt composé s^éîèveront à la moitié du prix marqué pour la rédemption d'un esclave, les États unionistes verseront dans la Caisse l'autre moitié, tous toucberei le tout, et le jour où vous donnerez quittance, l'esclave, ainsi libéré, sera immédiatement libre de fait et de droit.

Ce n'eût été là ni une demi-mesure, ni un compromis, ni nn acte de violence , ni nn fait de spoliation ; c'eût été là , du moins nous le croyons, une conciliati<m des intérêts dans laquelle tous eussent trouvé leur compte : le propriétaire indemnisé, l'esclave lit>éré, le travail continué, rhumanité exaucée, la civilisation satisfaite; tous, hormis la guerre et ks maavaises passions.

26 décembre 1862.

Le Progrès^ de Lyon, nous pose cette question :

« Les Étott du Sad avaient-ik Je droit de se séparer violemsent de rUnioD, oui ou non? M. Lincoln a-l-il «a tort ou raison en von- Imt Jes contraindre à respecter le pacte fédérât de 1778 qu'ils trouvaient encore fort bon il y a quatre ans? C'est sur ce terrain qu'U faut se placer, et alors nous demanderons à M. de Girardin qu'il déelore s'il est pour la liberté €t l'nnion, avec les bomnies du Vovà'; •u pour la sécession et l'esclavage, avec le Poyr, la FÉtitie, le CmmAh U^onnel et la France ? »

Peu importait, oni ou non, qu'un teste de GonstitntioB 4 la niain, les Etals du Sud eussent ou n'eussent pas le droit

LA QUESTIOJJ AMÉRICAINE 75

4efleflëpMer TkdeiDQieiit de rUnian. lis proposaient «le s*en séparer amiablemenL La qiïestUm^ la vraie 4|iiesiian écail de amr si les Éiats du Mord avaient plus de raifaos d'accepter la proposition que de ia repousser. Ils devaient raocepter sans baianoer ; c'esl là notre lOfiiwiQ^ car dans les deux cas : le cas oà les £iats aàparatistes cottsommeraieDt .par la force leur séparation, et le cas où ils seraient vaincus par les&als imîâiMfltes, la«îtiiaiftda était «égaieaaeni fiiisse» puisqu'il n'y a pas d'exemple d*une guerre dvîleoù le vainqueiMV imposant sa loi au vaincu , ne Tait subie lui-même. Une guerre civile ne se termine pas aussi proinptement qu'une guerre internationale. Dans une guerre internationale, le peuple qui a été battu et qui le reconnaît signe généralement une convention par laquelle il s'oblige à rembourser tout ou partie des frais de la guerre, à doBoer certaines garanties 4iiii*SQat sliptilées» et quelquefois à^^éder jine portion de son iernioîre. Alors le plus foit se retire et rentre trtompbale- Bieot chez hii. Fort et faible vivent séparément chez oix. Dans une guerre civile , après que le plus fort a imposé sa voloQté aa plus laïUe, le faible qui a succombé et le fort qui a triomphé restent en présence l'un de l'autre, contraints de vivre eaaemble. Le vainquem" ne peut pas demander au laÎBca le reiaboursement des frais de la i^nerre, car appauvrir et aflaiUir le vaioca ce serait appauvrir et affaiblir le nÛQfueur, mnqueur et vaincu étant les deux moitiés d'un tout qui s'appelle un peuple.

One les États du Sud dissent aa non fondés à demander ia séparation^ nous persistons A penser que les Ëtats du Nord devaient i'aficonler. En l'accordant, ils étaient pleinement déchargés de la solidarité que faisait peser sur eux le mainiien de l'esclavage dans les États du Sud. Us en déclinaient ainsi haulement la responsabilité.

Le Prvgrèt ocmfbud ce que nous distinguons. Nous sommes pour la liberté «ans démarcation entre le blanc et le noir ; dûDC nous sommes contre l'esclavage et contre les esdavagisteSy qu'<Mi ne saurait assez flétrir ; mais nous sommes,

et nous n'éprouvons nul embarras à le déclarer, pour la sécession volontaire contre l'union forcée.

Nous n'acceptons pas le problème dans ces termes où l'a posé l'incapacité du président Lincoln :

c Émancipation des noirs ou extermination des blancs. »

Un plus habile que le président Lincoln l'eût posé en ces termes :

c Émancipation des noirs sans extermination des blancs. »

Ces termes-là sont les nôtres.

29 décembre 1862.

Une intervention de l'Europe! une intervention de la France !^ quel titre? de quelle nature? Une intervention diplomatique ! A quoi aboutirait-elle ? elle n'aboutirait qu'à la confusion de la diplomatie, à la constatation une fois de plus de son impuissance. Une intervention armée! comment opérerait-elle? Ce ne pourrait être qu'en mitraillant fédéraux et confédérés.

Certes, la proposition de médiation dont M. Drouyn de Lhuys a pris l'initiative était dictée par un sentiment louable, par le sentiment de tristesse et d'horreur que cette longue guerre fratricide nous fait éprouver à tous; mais à quoi eussent abouti c Ui bon$ offices » de l'Angleterre, de la France et de la Russie ? Eussent-ils abouti au maintien ou à l'abolition de l'esclavage? Certainement, ces c bons offices » n'eussent pas proposé le maintien de l'esclavage; alors, qu*eussent-ils fait? Eussent-ils pu imposer aux États unionistes un sacrifice pécuniaire plus grand que le remboursement en titres de rente du prix des esclaves? C'est ce que les États unionistes viennent d'offrir aux États séparatistes, et cette proposition du président Lincoln n'a pas fait tomber les armes des mains des soldats confédérés. Elle n'a pas même eu pour résultat de provoquer la signature d'un

armistice !-Nou8 l'avons dit et nous le répétons : en repoussant la séparation volontaire demandée par les États du Sud, laquelle n'eût été qu'une séparation temporaire, le président Lincoln a commis une faute qu'il n'est au pouvoir d'aucune puissance médiatrice de réparer. Est-ce à dire cependant qu'il n'y ait rien à tenter? Telle n'est point notre opinion. Il y a au contraire une grande chose à accomplir, c'est de profiter de l'enseignement qui découle de cette guerre fratricide, c'est de la faire servir au triomphe tardif de ce grand principe : rcspbct sur msii comme sue tebbk bb LA FBOPBiérÉ PBivÉE ENi<iKMiE, ct, commc conséqueucc ou corollaire : ihteediction de bloquer les pobts de commebcb. Que l'Angleterre, émue par la misère, la faim , la souffrance de ses ouvriers, reconnaissant son erreur et se frappant la poitrine, se réunisse à la France, à la Russie, même à la Belgique, à la Suisse, à toute l'Allemagne, pour signifier au président Lincoln qu'elle accepte en 1863 la proposition faite en 1 856 par le président Pierce, proposition qu'elle a eu le tort de rejeter, tort qu'elle confesse hautement, l'évidence lui ayant ouvert les yeux et le remords s'étant fait entendre à sa conscience! Y aurait-il lieu de craindre qu'à son tour le président Lincoln retirât ou désavouAt la proposition du président Pierce ? Non, un refus de la part du président Lincoln ne serait point à craindre, car, lui aussi, a commis une faute qu'il serait trop heureux de racheter à ce prix aux yeux de l'Europe.

Si cette idée est juste, simple, pratique, réparatrice, et si le journalisme est une puissance, ainsi qu'il le prétend, qu'il la fasse donc servir à l'acceptation par les deux mondes de cette nouvelle Déclaration des droits de la mer!

LA POLITIQUE NOUTELLE

?0 dëcembre 1863.

La politique nouvelle, celle qui aspire à mettre iSn au vieil antagonisme de nations à nations et même de peuples à gouvernements; celle qui tend à substituer Tesprit de réciprocité àTesprit de rivalité; ceUe qui voit dans la liberté du commerce, la liberté initiale, la lil>eFté génératriee de toutes les autres libertés, la plus sûre garantie de la paiK et Tallégement le plus efficace de Timpôt;, cette politique représentée en Angleterre par nos deux honorables et intrépides amis Richaid Cobden et John Bright, ne s'y dément jamais et ne laisse passer aucune occasion de s'affirmer. Le 16 décembre 1862, un meeting a été tenu à Midburst, sur une proposition relative à la détresse des distj'icts où le coton* manque aux mains qui le filent cl qui le tissent Voici comment s'est exprimé celui qui a refusé le titre de sir pour garder dans sa glorieuse simplicité et dans sa j^te popularité le nom de Uichard Cobden :

et La famine actoeUe du coloi» me ipeni Àti*e attribuée aux tauses qu'ont quelquefois prédites ceux qui ont discuté le danger de notre dépendance du travail esclave pour rapprovisionnement du coton. Elle provient d*une guerre entre deuï communautés blanches de l'Amérique. Les nègres ne sont pas intervenus; mais un belligérant blanc a bloqué les ports d'un autre belligérant blanc, et ils ont fermé le passage au coton en reropêchant d'atteindre sa destination, qui était le Lancashire et d'autres districts manufacturiers. Je ne m'étendrai pas longuement aujourd'hui sur ce sujet, mais je dirai eu

paatMit ifiic îe sim conplétcmeni opywé è œ syt^ne <• gocrte fsi inflige à de paiiihlt» neutres 4et cliâtîiBe»to ptas lévères qii'asx beHigérants eux-mêmes. Je n'ortivnâ p«s dMis iwt éncMMii è ect égard, mais je puis bien vous dire que c'est nous, en Angleterre, qui wtmn9€m$Êmce système as bioeus eêmmserciamx , maigre la tendante de r opinion publique du monde, !^iottê le vofonA mamiCAant apfli^^ à notre cas, et ses effets sont teJs qu'ils éveilleront, j« L'espère, Tatlenffon sur la nécessité de le modifier. »

La vieille politique agressive et peureuse, voulant se mêler à fout et n'aboutissant à rien, cherchant les q:Uestioiis et fuyant les solutions, multipliant les difficultés sans enaplar nir aucune, entassant inconséquences sur inconséquences^ tombant dans toutes'les contradictions» n'ayant pour se giûr der aucun principe; ici opposant le principe au fait, et là k fait au principe; la vieille politique est à bout de voies, bientôt elle sera à bout d'hommes. Elle est caduque» L'abandon des tles Ioniennes est le premier des derniers soupirs qu'dfe est en train de rendre.

23 décembre 1963. «

Un meeting a eu lieu à Birmingham; dans ce meeting,, M. John Bright a. provoqué en ces termes la restitution de Gibraltar :

t Prenez Gibraltar pour exemple.

9 L'Angleterre s'est emparée de ce rocher quand nous n'étions pas en guerre avec rEspagne, et nous Tavons gardé contrairement à jDmeft les lois de la morale:. Je vais plus loin. Supposes que l'Angleterre soit maîtresse d'une manière lég «le e« régulière de cette sitaa» tion , et qu'elle apprenne que l'Espagne prépare une expédition de terre et de mer pour reprendre ce rocher, qui n'est d'aucune utUitc peur les fntérèts anglais; tout le monde sait ce qui arriverait.

> Husienn mitàsins oui déyà songé A délaisser ee coin de terre dispendiaux. Pour moi personneUemcnt, je désiresaîs que le gouvernement envoyât mon ami M. Cobden à Madrid, avec ordre de rendre Gibraltar â KEspagne comme n'étant d^aucune utilité pour l'Angleterre, et qui sert seulement à compromettre la bonne harmonie des deux nations. M. Cehdctt ebiienilvait certainement en retour un tntté de oomnerce

80 iseii

qui ouvrirait toutes les provinces de l'Espagne aux produits manufactures de l'Angleterre avec un droit de 10 pour 100, ce qui serait plus avantageux pour les deux nations. »

M. John Bright a raison, incontestablement raison. La restitution spontanée à TEspagne de Gibraltar, c de ce ro- » cher sans utilité pour les intérêts anglais, de ce coin de » terre dispendieux », loin d'être nuisible à la Grande-Bretagne, lui serait profitable, car ce quMl ferait perdre à la vieille politique de la féodalité maritime, il le ferait gagner à la nouvelle politique de la liberté commerciale, en même temps qu*il effacerait une des pages les plus honteuses de rhistoire britannique. Ce qui est inique et doit être à jamais flétri ne saurait être trop souvent rappelé. Rappelons donc comment Gibraltar a été pris, le 4 août 1784. L*amiral Rook, dans la guerre de succession allumée en Europe par le roi d'Espagne Charles II, ayant échoué dans son projet de prendre Barcelone, fait voile vers Gibraltar, où les Espagnols, confiants dans les fortifications naturelles de la place, n'avaient mis qu'une garnison de cent hommes. En effet, la flotte anglaise tire en vain quinze mille coups de canon sur Q0S rochers ; les Espagnols regardent en riant ces inutiles décharges; mais de hardis matelots se décident à tenter un coup de main : ils gravissent les rochers réputés inaccessi* blés; arrivés au sommet, ils trouvent les femmes de Gibraltar sorties, suivant leur coutume, pour aller visiter une chapelle dédiée à la Vierge; ils se saisissent d'elles. Les habitants, effrayés du sort réservé à leurs femmes, livrent la ville aux Anglais, qui depuis cette époque en sont toujours, restés mattres, malgré les efforts de l'Espagne pour leur faire perdre cette clef de la Méditerranée.

Il n'y a, dans l'histoire britannique, de page plus honteuse que celle du bombardement de Copenhague. Nous comprenons que l'Angleterre libre échangiste ait à cœur de les effacer et de les faire oublier. Le libre échange est une politique nouvelle qui a sa logique et ses conséquences.

Jamais, jamais l'Angleterre ne consentira à abandonner

Gibraltar! entendons-nous s'écrier beaucoup de nos lecteui^. C'est exactement ce qu'on disait de Cor fou, lorsque, le 5 avril 1855, le même orateur, l'intrépide et persévérant John Bright, repoussait énergiquement en plein Parlement l'orrre d'élever une forteresse à Sinope, eu disant : c Nout » aoons dépensé dks millions pour fortifier Cor/ou; faut-il donc 1 que nous ayons encore dans la mer Noire une forteresse » du même genre ?» Est-ce qu'il y a huit jours à peine, lorsqu'est arrivée la dépêche électrique annonçant l'abandon par l'Angleterre des lies Ioniennes, le lecteur incrédule en croyait ses yeux? Est-ce qu'il n'a point fallu, pour qu'il y crût enfin, que la nouvelle lui en fût confirmée sous toutes les formes et par toutes les voies? Eh bien, c'est encore à peine s'il y croit! Et cependant le Parlement des Sept-Iles va être convoqué, afin que la cession des îles Ioniennes sôit votée dans toutes les règles. La politique nouvelle o*en restera pas là. Il faut à la liberté des échanges la liberté des mers. Elle l'aura.

L'Angleterre libre échangiste, l'Angleterre achetant le coton brut pour le revendre ouvré, peut compter ce qu'il lui en coûte d'avoir été inconséquente lorsqu'elle a repoussé, il y a cinq ans, la proposition des États-Unis : l"" d'exempter la propriété privée de toute capture par des vaisseaux de guerre; 2"* l'abolition des blocus appliqués aux ports de commerce. Si l'Angleterre eût accepté à cette éi)oque la proposition des États-Unis, elle n'en serait pas réduite à manquer de colon et ses populations ne seraient pas condamnées à mourir de faim ; elle n'en serait pas réduite à l'humiliation de recevoir l'aumône de la chambre de commerce de New-York, une aumône, il est vrai, de 250,000 dollars, de 1,250,000 francs! En résumé, on le voit, qu'est-ce que la politique nouvelle ? C'est la logique des intérêts nouveaux, intérêts supérieurs à toutes les vieilles défiances, et qui finiront par éteindre toutes les anciennes rivalités.

Arrivant à la question américaine où la question du coton est doublée -de la question de l'esclavage, M. John Bright

a parlé d'exempter d'impôt pendant cinq ans les terres qoi seraient spécialement affectées dans l'Inde à la culture du coton , afin que l'Angleterre fût désormais affranchie de la nécessité de tirer son coton d'États qui combattent pour le maintien de l'esclayage. Amoindrir ainsi la question est périlleux, et c'est s'exposer à ce que les fitats du Sud redierchent si le sort de l'Hindou massacré sous la domination britannique est préférable à celui de resclave fouetté sous l'oppression du i^anteur américain? La question posée en ces termes doit être écartée. Que la culture du coton ait lieu partout où elle sera avantageuse! rien de mieux. C'est le droit commun de l'intérêt légitime. L'État, quel qu'il soît, n'a point à y intervenir. Ce que l'État a à faire, qu'il s'appelle la Oraiide-Bretagne, la Russie, la France ou autrement, c'est de reconnaître, c'est de travailler sans relâche à faire reconnaître par tous le droit coomian maritime; c'est de proclamer la liberté des mers.

ni

24 décembre tS62.

Tout par la civilisation, rien parla révolution ! c'est-à-dire tout par la patience, rien par la violence! avons-nous dit et ne nous lasserons-nous pas de répéter. En effet, la civilisation est une loi à laquelle les gouvernements, pas plus que les peuples, ne sauraient échapper. Entre eux, il n'y a plus que la différence existant entre deux montres : l'une qui retarde, l'autre qui avance. Égalité et liberté font partout leur chemin ; ici, petitement, lentement; là, plus grandement, plus rapidement; mais elles le font sûrement. Ainsi Ton écrit de Varsovie au Moniteur :

« Un ukase de l'emiiereur de Russie a ordoniié la suppression du droit de boucherie auquel étaient soumis les juifs. CeUe mesure, :iDnoncée par le grand-duc dans son discours au conseil d'État, esf un véritable bienfait peur les populations israélites , qui se trouvent ainsi déchargées d'un impdt considérable. Le droit de boucherie

sVIêviU, en effet, à 3S pour 100 de k T»lear de la TÎande, c*esuàdire que la viande, coûtant ■ux chrétiena SO gros la livre, était pajëe par les juifs 30 gros ou un florin de Pologne. La suppression du droit pour les boucheries juives a entraîné celle des droits pour tuer la volaille suivant ia loi moasïqne, droits qui s'élevaient de t è 24 gros par tète de volaille. L'impôt» aujourd'hui aboli, était affienné a« prix de 1 50,000 florins , sur lesquels le gouvernement accordait «ne somme de &0,000 florins pour Tentretien du culte Israélite. Ainsi que le grandniae l'avait annoncé, l'impôt sur les booeheriet juivei a été remplacé par une snrtaxe sur leii spirilnevx. La populatim juive, si nombreuse et si importante en Pologne, s'est partout montrée fort reconnaissante de l'intérêt que, dans cette circonstance, le gouvernement lui a témoigné. »

Dans la mesure qui précède, Fimpôt diminué n*est point ce qu*îl faut voir : c*est le pas vers Fégalilé fait spontanément par un gouvernement absolu.

De même que l'arbitraire engendre Farbitraire jusqu'au jour où l'arbitraire engendre la révolution, une bonne mesure ne tarde jamais à être suivie d'une autre ; on écrit encore au Moniteur :

m Saiot-Pëtertboorg , SO déeembre.

» Un ukase impérial , publié aujourd'hui , lève toutes les confiscations qui avaient été maintenues jusqu'à présent en Pologne. Les biens confisqués seront rendus aux Polonais rentrés dans leur pays, à ceux qui vivent dans Texil et même à ceux qui sont nés à l'étranger. »

Que la Russie ne s'arrête pas dans cette voie, et les Polonais finiront par comprendre qo'ao-dessns de ^indépendance est la liberté I

21 janvier IS63.

c Ismall-Pacha , le nouveau vice-roi d'Egypte, est accusé par le journal la/V«ire d'être dévoué à Falliance anglaise. »

C'est avec r^ret que nous voyons un nouveau journal emprunter an vieux vocabulaire politique ces vieiOes phrases creuses :

c Dévoué à l'influence anglaise. »

84 ld«8

€ Dévoué à rinfluence française. »

c Dévoué à rinfluence rasse. »

Qu'est-ce que cela veut dire?

La France^ sommée de s'expliquer, serait bien embarrassée de le faire.

Cela veut-il dire qu'Ismall-Pacha est prêt à vendre contre un plat de lentilles son droit d*afnesse, c'est-à-dire sa viceroyauté & l'Angleterre convoitant l'Egypte? Si cela ne vent pas dire cela, qu'est-ce que cela veut dire? Mais Ismaïl-Pacha préréràt-il aux tributs de l'Egypte une grosse inscription 3 pour 100 consolidés sur le grand-livre de la dette britannique, payable par semestres, qu'il ne suffirait pas qu'il le préférât pour en opérer le transfert. Est-ce que la Turquie suzeraine y donnerait son consentement? Finissons-en donc avec le vieux langage de la vieille politique! Il n'y a qu'une influence qui règne et qui règne exclusivement, c'est dans chaque État celle de ses intérêts. Les étudier, les connaître, les peser, en tenir exactement compte : voilà tout l'art de la politique moderne. Elle n'est pas infaillible, elle peut se tromper, mais elle ne peut plus tromper.

Puisque nous venons de parler de la vieille politique, du peu de compte qu'il en fallait tenir et du peu de cas qu'il en fallait faire, relevons donc un fait assez éclatant qu'aucun journal n'a encore relevé, et qui nous donne pleinement raison. Nous voulons parler du mariage du prince de Galles avec la princesse Alexandra de Danemark, qui a été signé le 15 janvier 1863.

Il semblerait, en vérité, que ce mariage soit ce qu'il y a de plus simple! S'il est si simple qu'il ne doive donner lieu à aucune observation, qu'est-ce que cela prouve? Gela prouve que le temps est passé des rancunes de peuples à peuples et môme de gouvernements à gouvernements, car, s'il y eut

jamais un fait qui dût déposer entre deux États une haine étemelle, assurément ce devait être le bombardement de Copenhague, en 1807, par les Anglais.

En 1807, qui eût prévu, qui eût pu prévoir que cinquantecinq ans après un pareil acte de barbarie, une princesse de la maison de Danemark épouserait à Copenhague un prince de la maison d'Angleterre? Et lorsque de tels faits se passent qui déconcertent ainsi toutes les prévisions, déjouent tous les calculs, font mentir toutes les probabilités, on se demande comment il se trouve encore des gouvernements qui au-dessus des principes mettent des protocoles, au risque, comme en Grèce, de jeter un peuple en révolution dans des complications inextricables!

Navigateurs qui vous appelez gouvernements et qui nous transportez à votre bord, au milieu des écueils, ayez donc une boussole !

7 janvier 1863.

Rédacteur du journal la France, vous nous appelez l'Impossible ! Nous TOUS appelons l'Impuissance, et dans ce mot , nous vous en prions, ne voyez rien qui vous soit personnel , rien qui soit un manque de courtoisie et de cordialité, lequel, s'il était fondé, vous donnerait sur nous un avantage que nous voulons bien partager, mais que nous ne voulons pas vous abandonner. A ce nom : l'Impossible, si nous avons opposé cet autre nom : l'Impuissance, c'est qu'il n'y avait pas d'autre terme plus juste pour caractériser la politique de l'Europe en l'an de caducité 1862, politique de complications qui, n'en dénouant aucune, les accumule toutes; politique de transition qui n'est plus l'ancienne politique territoriale, la politique qui consistait dans l'agrandissement des États par voie de conquêtes et de mariages, et qui n'est pas encore la nouvelle politique économique, la politique qui consiste dans le développement des peuples par voie de progrès et d'échanges; politique de contradiction qui fait appel i l'esprit de réciprocité sans éteindre l'esprit de rivalité, qui abaisse les tarifs de douane et qui ne réduit pas l'eflectif des armées, qui jette d'immenses ponts sur les fleuves et qui les arme de canons comme des forteresses, qui perce les monts et qui continue de les décorer du nom de frontières naturelles; politique de confusion qui attend l'homme, le code

et le vocabolaire qui ta dissiperont; politique de décomposition qui voit successivement tomber ua à un les anciens éléments dont elle était formée , sans les voir immédiatement remplacer par les principes qui en seront nécessairement la recomposition ; politique d^inconséqoeiioe qui voudrait , mais en vain, allier des droits qui s*exclaent, des droits dont l'arfirmation de Tun est Tinlirmation de i^antre; pcriitique d'imprévoyance qui flotte au gré des événements et au hasard des incidents, comme le navigateur qui , n^ayant ni gouvernail, ni tiousBole, ni cartes marines pour se reconnaître et se diriger, flotterait wol gré des vagues et au fiasard des écueils!

Vous nous appelez rimpossiUe! Vous n*ètes |)as le pre- , mier qui nous dorniiez ce nom; il nous avait déjà été donné, en 1847, par M. Gaieot, nous disant : c Vous voulez le pos- » sibie dans rimpossibk! » Le petit homme dlÊtat, le grand orateiur, lé profond historien de fa Cwiti9ëiiam, ne voyait pas ce que voyait le journaliste; le ministre ne voyait pas que rimpossîble, c'était rimmobiUté qu*il voulait fonder! Uim^ mobilité après deux révolutions interrompues! L'immobilité assise sur le vide d'une politique sans traditions, sans principes, sans idées! Creuser le lit d'une révolution poin* Tempècher de déborder lui paraissait llmpossible! En arrêter le cours lui paraissait le Possible ! N'avait-il donc jamais regardé couler un fleuve, qu'il pût se ntéprendre à ce point de croire' qu'en arrêter le court était le Possible, qu'en creuser le lit était l'Impossible? Même à son emboudiure, le fleuve ne s'arrête pas, il s*as8ocie à la mer et grandit avec elle. Arrêter un fleuve! le faire remonter à sa source! Quelle méprise! quel aveuglement ! mais aussi quelle fin! quelle expiation! Parce qu'il était content, le président tlu conseil du 29 oddire IMO, langage du temps, s'imaginait de trè&-bomie foi que tout le monde était satisfait ou devait l'être. Quel épa» et dangereux bandeau que le contentement! On ne voit plus que soi , on ne se donne plus la peine de penser que pour penser à soi; aussi, le moment où l'on

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croit atteindre le sommet est-il le moment où Ton est fatalement attiré par Tabtme. En efTet, qu'est-il arrivé du ministre qui raillait le journaliste? Il lui est arrivé ce qui lui avait été annoncé : il a été emporté par la révolution qu'il avait prétendu arrêter. Arrêter une révolution ! Aux révolutions comme aux 8euves, il faut une embouchure.

Vous nous appelez Tlmpossible! Pour toute réponse» nous aurions pu nous contenter de transcrire au-dessous de votre article ces deux lignes si profondes et si vraies du vénérable collègue et du fidèle ami de fimmorlel Turgot, du minisire Malesherbes : c On ferait beaucoup plus de grandes choses, si » l'on en croyait moins d'impossibles, » Mais se retrancher ainsi derrière une citation eût paru esquiver un débat qui, vous avez raison de le dire, dépasse la mesure d'une individualité. Yidons-Ie donc jusqu'au fond, quoique vous ayez sur nous tous les avantages de la position unis à l'éclat de la forme.

Vous nous appelez l'Impossible! En quoi le sommes-nous? C'est ce que vous omettez de dire. Que voulons-nous? que demandons-nous? Nous demandons ce qu'il y a au monde de plus simple; nous demandons que la logique soit aux gouvernements ce qu'est aux bâtiments l'aplomb qui en fait la solidité; nous demandons que tout principe admis produise toutes ses conséquences; nous demandons que les principes et les actes ne se contredisent pas; nous demandons qu'en tout, partout et toujours, la vérité tende constamment à seMégager de l'erreur, celle-ci eût-elle la consécration du temps; nous demandons que le vrai et le faux ne s'allient jamais sciemment ; nous demandons que toute révolution acceptée sans bénéfice d'inventaire engage irrévocablement ceux qui en ont hérité, et qu'elle soit résolument conduite jusqu'où elle doit logiquement aller, pour s'éteindre d'elle-même et n'avoir plus aucune raison de recommencer; nous demandons que les questions posées de peuples à gouvernements et de peuples à peuples ne se décident plus ni à coups de scrutin ni à coups de fusil, ce qui est une manière de fausser les questions et non point de les résoudre; nous

demandons qu'au lieu de procéder révolutionnairement ou militairement , peuples et gouvernements procèdent désormais scientifiquement; nous demandons que la politique» qui fut un art compliqué par l'ambition des rois et par la giierre, devienne une science simplifiée par la liberté des peuples et par la paix; nous demandons qu'elle domine les incidents, au lieu de se laisser dominer par eux; nous demandons qu'elle se réduise à un petit nombre de préceptes invariablement observés; nous demandons que Timpré- Yoyance cesse de s'abriter mensongèremenl sous le nom usurpé de la Providence ; nous demandons qu'une Toulc de risques sociaux, qui créent et perpétuent l'instabilité politique et sociale; et qui pourraient être Tacilement les uns supprimés, les autres diminués, soient ceux-ci diminués et ceux-là supprimés ; nous demandons que les gouvernements abdiquent la tutelle des peuples qti n'ont plus besoin d'elle et qu'ils prennent le rôle, sinon le litre, de plénipotentiaires de la civilisation, stipulant pour elle; nous demandons qu'ils ne Tassent plus que ce qui ne peut être fait que par eux; nous demandons qu'ils soient de leur siècle avant d'êlre de leur pays, et qu'ils cessent d'être des tuteurs ombrageux pour devenir des civilisateurs actifs! Qu'y perdraient-ils? rien. Us y gagneraient, au contraire, en irresponsabilité et en stabilité tout ce qu'ils restitueraient en liberté. Ils n'auraient plus à craindre d'être changés, bouleversés, renversés, expulsés. Débarrassés des entraves qui les gênent, qui les humilient, qui les mécontentent, les peuples agiraient et ue s'agiteraient plus. L'émulation Téconde n'a pas de temps à perdre en agitations stériles, et la concurrence ne s'arrête point aux questions oiseuses. Dites qu'en tout ceci vous ne voyez rien de grand : point de batailles , point de victoires, point de conquêtes, point d'annexions, point d'interventions, point d'immixtions, point de médiations, point de complications, point de révolutions, les unes glorifiées, les antres domptées; rien enfin de tout ce qui constitue la poli-tique passée et présente; dites que c'est tout simplement le

modeste rë^ne de l'idée économique; dites qae c'est le possible dans le facile, mais ne dites plus qae c'est rimpossiUe ! En effet, où serait donc rim|>08sible que des peuples qui, dans la même heure, reçoivent d'innombrables télègramines en réponse à ceux qu*iis viennent d'expédier, qui ont presque enlièremènt scvprimé entre eux les délais de distance, qui s'empruntent tour à tour les uns aux autres les millions par centaines pour combler leurs déficits ou activer leurs travaux; qui se commanditent mutuellement, ceux-ci actionnaires de ceux-là et ceux-là actionnaires de ceux-ci ; qui exportent altemativement ce qu'ils ont de trop et importent ce qui leur manque ; qui s'assurent entre eux contre la disetle par ia liberté du commerce des grains, grâce à laquelle déjà il n'y a plus de famine ; qui » copient tous si servilement que dès que l'un retranche un bouton à son habit ou ajoute un volant à sa robe, tous les autres se croiraient ridicules s'ils ne se b&taicnt de l'imiter ; où serait donc l'impossible qu'ayant renoncé aux anciens costumes, aux anciennes coutumes, ils renonçassent aussi aux anciennes monnaies et aux anciennes mesures? Où serait donc l'impossible qu'ayant des rapports journaliers, ces rapports fussent réglés par les mêmes lois et ces lois interprétées par la même jurisprudence? Où serait donc Fimpossible qu'ayant des intérêts communs tous opposés à la guerre, ces intérêts élevassent un jour la voix plus haut que les tambours, plus haut même que les canons? Où serait donc enfin l'impossible que la féodalité européenne, qui s'est maintenue en se grandissant, en se nationalisimt, fit place à l'union européenne, comme la féodalité française a fait place à l'unité nationale ? Les peuples, assurément, ne demanderaient pas mieux, car tous y gagneraient ou plus de revenus ou moins d'impôts. Ne dites pas que jamais les gouvernements n'y consentiront, car ce serait les condamner. Et pourquoi donc n'y consentiraient-ils p?is? Prenez garde à ce que vous nous répondrez, car l'impossible s'effacerait pour vous mettre en présence de ce que le roi Henri lY avait

cpnça, de ce que l'empereur Napoléon I*' a écrit, de ce que rempereur Napoléon III a impruné aoua ee^titite : fUée

fuqfoléaniemu.

Noua TOUS appekmt l'Impuissance ; ai c^est A tort qoe nous «ous donnons ce nom, dilea-nous donc en qnoi la politiqva de votre journal différerait essentiellement de celle que nous avons vue succomker en France et chanceler en Europe?

Que proposez-nous i

Proposei-¥ons de donner à la presse Crançaise nne liberté égdie k celle dont jouissent la presse anglaise, la presse belge, la presse suisse» k presse italienne ? Non. Proposes* vous, tout au moins, de lui donner une liberté égale à celle que lui avaient laissée les lois de septembre 1835, ces lois qui furent mortelles au roi Louis-PbiÛppe, à qui elles firent le mal qu'on f»*ait à une personne attaquée de la variole si, au lieu d'aider la maladie à sortir, on commettait Timprudenee de la contraindre à rentrer 1 Non, vous ne le proposez pas, et vous avez raison : car entre la presse libre, pleinement libre, et la presse supprimée, totalement supprimée, il n'y a de place dans l'opposition que pour la presse hypocrite, conséquemment trompeuse* Si la liberté de la presse eût été^ntière, et si le droit de réunion eût existé sous Louis- Philippe, la république, dont il était alors défendu de prononcer le nom, n'eût pas rais un eamail dessus son bonnet, un masque sur sa figure et sa main devant sa bouche ; elle se fût montrée à visage nu, et la France, avertie à temps, ne se fût pas exposée, le 24 février, pour changer de ministre, à changer de gouvernement, et à passer en deux heures de la monarchie à la république.

Proposez-vous de réduire la dépense et l'effectif de l'armée, afin d'alléger le poids de la dette flottante, de mettre un terme aux découverts et de ne pas diminuer la dotation

des travaux publics, celte semence de la richesse nationale qui ne manque jamais de rendre un épi pour un grain ? Non.

Proposez-vous alors, pour utiliser une armée aussi nombreuse que vaillante, de refaire la carte de l'Europe à la pointe de l'épée ? Non,

Proposez-vous de tracer, entre le droit individuel et le droit dynastique, la ligne de démarcation qui mettra fin à leur antagonisme 'et les fera vivre en paix Tun à côté de l'autre parallèlement ? Non.

Proposez-vous que ia France devienne la grande nation expérimentale de toutes les idées appelées à opérer la

C RÉGÉNÉRATION UNIVERSELLE, LA RÉGÉNÉRATION MODERNE? » CeS

mots ne sont pas de nous; ils sont de Tempereur Napoléon I". Sortis d'une telle bouche, ils ne sauraient être vides de sens et ne rien signifier. Est-ce là ce que vous proposez? Non.

Vous dites: c Au delà du Rhin, l'antagonisme de deux » grandes puissances , dans lesquelles se personnifient les » deux génies opposés de l'Allemagne, se complique de tous » les éléments que tend à introduire dans la Constitution » germanique le mouvement de l'opinion européenne. » Pour simplifier ce qui est compliqué, proposez-vous de convertir la Confédération germanique en Confédération européenne, ce qui réduirait à un faible contingent toutes les armées permanentes ? Non.

Vous dites : c En Russie s'accomplit une immense trans- » formation sociale, qui est pour l'avenir le point de départ » nécessaire d'une réorganisation des pouvoii*s politiques. » Proposez- vous autre chose que d'attendre sympathiquement la fin de l'expérience commencée sous le nom d'abolition du servage ? Proposez-vous à la Russie d'adopter la forme de gouvernement constitutionnel tel qu'il existe en France, sans la responsabilité ministérielle, de préférence à la forme de gouvernement constitutionnel anglais tel qu'il existe avec l'irresponsabilité royale? Lui proposez-vous de préférer la

responsabilité indirecte, qui permet à la couronne de se dégager aussi souvent qu'elle le veut, sans se contredire jamais, à la responsabilité directe, qui exige que la politique d*un règne soit identique à elle-même, du commencement à la' fin f Non.

Vous dites : c En Orient, les événements qui se succèdent » avertissent tour à tour l'Europe qu'il y a là de redoutables

> questions qui peuvent être assoupies , mais qui ne sont » point résolues, et qui ne sauraient être étouffées. » Proposez-vous de partager l'empire ottoman, dont la France, en 1854, d'accord avec l'Angleterre, a défendu l'intégrité au prix de la vie de cent mille Français et de quinze cents millions ajoutés à sa dette inscrite? Non.

Vous dites : c II n'est pas jusqu'à cette lointaine question » d'Amérique qui ne réagisse aujourd'hui douloureusement » en France, et qui ne pose devant nous le problème des

> souffrances à apaiser et de la misère à conjurer. » Témoin comme nous de l'impuissance de toutes les souscriptions, proposez-vous de transformer l'impôt en prime d'assurance contre tous les risques susceptibles d'être spécifiés et calculés? Proposez-vous de profiter de cette occasion propice pour reviser le droit maritime, si toutefois on peut donner ce nom à quelques dispositions incohérentes et incomplètes? Proposez* vous à l'Angleterre, convertie par l'évidence, de se rallier au principe qu'elle a repoussé en 1856 au Congrès de Paris? Proposez-vous de proclamer le respect sm* mer comme sur terre de la propriété privée, sans distinction entre propriété amie, propriété neutre ou propriété ennemie; sans différence entre la contrebande de guerre et les approvisionnements de paix? Proposez-vous d'interdire tout blocus d'aucun port de commerce? Non.

Vous dites : t Au delà des Alpes se pose le problème le » plus difficile de notre temps : la souveraineté politique du » saint-siége, qui est d'ordre universel, en face des droits

> victorieux de la nationalité italienne. > Pour résoudre ce problème, le plus difficile , dites-vous, proposez-vous la

séparation eotre r£tat et FÉglise? Proposeip-TOi» de rendre aa sainl-siége les États dont ritalie s'est agrandie à ses détiens? Non.

Que proposeB-Tons donc? Vous proposez d'occuper Rome indéfiniment... Ainsi, en résumé, Toilà àquoi se borne tout ce que tous proposez, soit en France, soit en Allemagne, soit en Russie, soit en Orient, soit en Italie. Rien de pi os! Or, fût-ce dans dix ans, fût-ce dans TÎngt ans, le jour tiendra où Tarmée française cessera d'occaper Rome. Que deviendra alors le souverain des États romains, le seul sonve^ rain en faveur de qui vous fassiez une proposition qui ne soit pas vague! Il sera d'autant plus abborré qu'il aura été plus longtemps imposé par une domination étrangère. Ce que vous proposes est donc à la f<»s l'Impuissance et l'Impossible.

Vous persistez, et, après nous aTOir appelé l'Impossible, vous nous appelez aujourd'hui c la Politiqne de l'utopie ».

IjCS gros titres, pas plus que les grands mots, ne nous imposent.

Vous dites: c C'est un profit et un honneur de discuter » avec un adversaire tel que M. de Girardin. Nous avons » affirmé contre Téminent publiciste la vérité tU la politique » éfe Vhktoire; il revendique aujourd'hui contre nous le droit 1 absolu de la politique de l'utopie, i

La vérité de la politique de tàistoire! Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce que Tbistoire ne se fait pas tous les jours? Est-ce que l'histoire de demain sera celle d'hier ? Est-ce que l'histoire s'arrête ? Est-ce que l'histoire est un seul moment immobile? Est-ce qu'elle n'est ouverte qu'aux batailles gagnées, ce qui veut aussi dire perdues, et qu'aux fautes commises dont un plus habile profite ? Est-ce qu'elle est fermée aux progrès accomplis qui la veille paraissaient l^utopie, et qui, dès qulls existent, semblent avoir totijoius

L'IMPUISSANCE n

existé? Esl-€e que, pour ne citer ici qu'on seul exemple, le saffrage unirersel, qoeTouset nous, stupéfaits d'admiration, aTcms vu décréter et foncHonner tout à coup en 1848 par la France, que vous et nous ayons m ensuite imiter et appliquer tout à coup en 1861 à Naples, à Palerme, à Florence, que vous et nous Toyons, en ce moment même, élire un roî à Athènes» et que tous et nous, peut-être, verrons faire le tour de l'Europe; est-ce que le suffrage universel, ce pn^ mier-né de la République, surnommé le Droit national, a toujours existé? Est-ce que, le 26 mars 1847, M. Guizot, président du conseil, ne disait pas dédaigneusemait de lui ce que vous dites courtoisement de nous le 8 janvier 1863 f Pauvre suffrage universel ! on ne te faisait pas même, en 1847, l'honneur de Rappeler Tabsolu; on f appelait Tabsurde! On disait de toi aTec haoteur : < // n'y m ptu de jmnr pomr le » suffrmjfê unwenel. > On ajoutait avec mépris : c La queeihn ne » mériie pas que je me détourne en ce moment de celle qui noue » oeet^ {l). » Honni par M. Guisot , tu étais renié par M. Barrot ! Peu de temps après, il est vrai, justice éclatante t'était rendue (2) ; mais pourquoi te la rendait-on ? c*est que tu étais le fait et que tu n'étais plus l'Idée i

(1) M. G01Z0T : Je le répète , le suffrage anîvertel a été plusieuri fois profeué, «leMaDclé i cette tribone. (IXnégAiiontaoa exiréoiitci.)

M. BAR&OT : Nous ovofu eombtÊUu U ëuffro^ mnwêrsil ; il n y a qu'u neabra de la droite (jui Tait proposé.

M. SERaTia : Cett jmoi. (Le 91 déeembre 1831.)

M. GOizof : ToMie ia'U(;t*Uiioo électorale abouâit à ces drax qaeatiooa : Qwk seroDi les électeurs? Comment se feront les élections? Sur la première de cet questions : Qnch seront les é!ecteurs? la France a été, de 1789 à 1817, dans un effort cooiinuel , Unidt |K>or réaliter, tantôt pour éluder, je ne dirai pat le principe du 8uffra(;e universel; le principe du suffrage universel est en toi-même si ABSURDE, qu'aucun de ses partisans mêmes n'ose Tacccpier et le soutenir tout entier. (Marques de dénégation à l'extrême gauche.) Personne.

M. GARHIBR- PAGES : Son jour viendra.

H. GUIZOT : // n'y a pas de Jour pour le su/frage universel. U n'y a pas de jour où tontes les créatures bumaines, quelles qu'elles soient, puissent être appelées à exercer des droits politiques. La question ne mérite pas que je me détourné en ce moment de celle qui nous occupe. (Adhésion au centre.)

Chambre des député» , séance du 26 mars 1847.

(S) M. THIERS : Je suis convrrii au sufh«{;e universel; e*esl «ne cImsc qui

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