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Et de tout il en a été ainsi, même de la liberté du commerce des grains, si longtemps flétrie des plus sévères qualifications, et pour laquelle il semblait, en 1863, que la langue française n'eût pas assez de mots élogieux !
Il y a trois mois à peine, n*avons-nous pas entendu le même ministre français exalter éloquemment la réforme commerciale qu'il avait dédaigneusement repoussée en 1850, imitant en cela Robert Peet, qui avait commencé par combattre Richard Gobden et par le traiter d'agitateur insensé et d'esprit chimérique ?
Étymologiquement, Utopie est le nom d'un pays qui n'existe pas; communément. Utopie signifie : Plan de gouvernement imaginaire. Pour avoir mérité le titre de c POLITIQUE DB l'utopie », par lequel il vous a plu de nous désigner à l'attention de vos lecteurs, qu'avons-nous donc proposé d'imaginaire? qu'avons-nous donc proposé qui n'existât pas ?
Est-ce que la liberté de la presse est une liberté imaginaire ? Est-ce qu'elle n'existe pas en Angleterre, en Belgique, en Italie, en Suisse?
Est-ce qu'en temps de paix, l'armée française a toujours été composée de sept contingents annuels de 100,000 hommes chacun ? Est-ce que de 1818 à 1824, il ne lui a pas suffi de six contingents de chacun 40,000 hommes ? Ceci doit vous satisfaire, car c'est de l'histoire. En 1814, la conscription avait été abolie: est-ce que de 1814 à 1818 l'enrôlement volontaire n'a pas été Yùnique mode en vigueur ? Est-ce que ce mode n'est pas soumis en ce moment, sur les rives du
me parait vérifiée ; elle e«l tafKtamment bonne ; la Chambre aciuelle est respectable et composée d'hommes de valeur, quoiqu'ils aient quelques préju|*ts; le seul inconvénient que j« trooTe au sufFrage nniversel, c'est qu'il ne laisse plnt rien à faire.
( Déclaraiion dans la commission de Constitution , rapi>elée à la tribune
de l'Assemblée nationale, le *2*2 mai IS&Q, {lar M. Canei.)
M. LE PRiHCS DE JoiNTiLLc : Il est prouvé pour moi qae l'expérience du snf-
firage universel est bonne et favorable a l'ordre et à la propriété.... Une autorité
qui |)arle au nom du saflra(*e universel, il faut en convenir, c'est la senlc qui
puisse aauver le ptys.
PotomaCy à Tépreuve la plus difficile qu'il ait jamais eu à traverser : l'obligation de former et d'entretenir une armée d'un million. d'hommes? Est-ce que les armées permanentes ont existé de toute éternité? Est-ce qu'elles ne datent pas seulement de 1444? Est-ce qu'une armée graduellement et considérablement réduite serait une conception imaginaire ? Napoléon I*' a écrit : c A la paix, j'aurais amené 1 tous les souverains à n'avoir plus que leur simple garde. » Napoléon III a imprimé: c On parle de combats éternels, 1 de luttes interminables, et cependant il serait facile de 9 consolider la paix pour toujours ; qu'ils consultent les » rapports et les mœurs des diverses nations entre elles, » qu'ils leur donnent leur nationalité et les institutions 1 qu'elles résument, et ils auront trouvé la vraie balance 1 politique. Alors tous les peuples seront frères, et ils s'em- 9 brasseront à la face de la tyrannie détrônée, de la terre 9 consolée et de l'humanité conservée. » Nous citons nos autorités; citez-nous donc les vôtres, et expliquez -vous. Direz-vous que ces paroles, que vous nous avez contraint de rapporter pour abriter les nôtres, sont celles c rum depenseiirSj mais de rêveurs » ?
Ce que seize souverains ont pu faire, le 12 juillet 1806, sous le nom d'ÉTATS confédérés du rhin, ce que, le 8 juin 1815, trente-huit États ont pu faire sous le nom de confédération GERMANIQUE, pouTquoi quclqucs souverains et quelques Ëtats de plus ne pourraient-ils pas le faire ? Est-ce que la Confédération germanique , est-ce que la Confédération helvétique sont des confédératfons imaginaires? Napoléon I«' a proclamé ainsi sa pensée le 22 avril 1815, en tête de l'acte additionnel: c Nous avions alors pour but d'organiser un grand système 9 FÉDÊRATiK EUROPÉEN, quo uous avious acccpté comme con- » foime à l'esprit du siècle et favorable aux progrès de la » civilisation. » Napoléon III a adhéré en ces termes au projet de fédération européenne de Henri IV, accepté par la reine Elisabeth : < Henri IV avait amené la plus grande Y partie de l'Europe à le seconder dans ses vues humani-
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» taires» et lomqne le fer d'on lâche assasân vint trancher » des jours si précieux, il rassemblait une immense armée,
> CÊmfosie de contingenîs européens, se proposiuit pour but, 1 non une conquête stérile, mais la paix universelle. Il allait 1 forcer TEspagne à reconnaître l'égalité et Tindépendance
> des nations, et il eût établi nue sorte d'aréopage destiné à » vider par la raison et non par la force brutale les que- 1 relies de peuple à peuple. » Si Tempereur Napoléon III, relisant ici ce que Napoléon ir a proclamé, ce qu'il a lan méme imprimé et réimprimé, reprenait l'œuvre de Henri IV et la pensée de Napoléon I*", et réussissait à l'imposer en Europe à tous les rois an nom de tous les peuples, traiteriezr V0U9 encore cette Confédération européenne de conception ima^maire et de c Politique de l'utopie »? Ce que la reine Elisabeth avait compris» Henri IV lui parlant, pourquoi la reine Victoria ne le comprendrait-elle pas. Napoléon III Jui tenant le même langage? Serions-nous donc, en 1863, après l'invention de la navigation à vapeur, des chemins de fer et des télégraphes électriques, moins avancés qu'il y a deux siècles et demi, avant ces trois inventions qui ont si consi* dérablement abrégé les distances qu'on pourrait dire qu'elles les ont supprimées sans tenir compte des frontières?
Vous dites, sans rien articuler, sans rien préciser, c'est votre habitude, vous dites : c La politique européenne a su » démenUr son impuissance en posant chacun des grands » problèmes dans les termes où l'avenir peut et doU les » résoudre. » Nous vous répondons : Si l'avenir, ce ministre de l'inconnu, peut et doit résoudre c les grands problèmes » que vous vous gardez d'énoncer, qui empêche le présent de les résoudre tout de suite ? Qui donne à croire et qui prouve que l'avenir aura une puissance que, selon vous, le présent n'aurait pas ? Prenez garde ! ce que vous avez dit là est la condamnation du présent et l'aveu de son impuissance, contre laquelle, au contraire, nous protestons énergiquement. Vous attaquez le présent , vous le calomniez ! Nous le défendons contre vous. Ce que l'avenir peut et doit, le pré-
sent le doit et le peut. La solution d'un problème n'a jamais été une question de temps; c'a toujours été une question de savoir. Ou vous savez ou vous ignorez. Si vous savez, pourquoi ajourner la solution ? Si vous ignorez, pourquoi prendre, au nom de l'avenir, des engagements que vous ne connaissez pas le moyen de tenir? Quand on ne sait pas comment résoudre une question, la prudence la plus élémentaire exige qu'on se garde de la poser. Il ne faut poser ou laisser poser que les questions qu'on peut résoudre et qu'on sait comment résoudre.
Vous terminez en disant : « Laissons donc à la philosophie » le soin de chercher dans des formules absolues le dernier 9 «M>< du progrès, i
Flatteur! qui, en nous appelant l'Impossible, en nous appelant la Politique de l'utopie, voudriez nous donner l'orgueil de croire que nous avons dit le « dernier mot du progrès » dans une énumération sommaire que nous avions I»resque honte de signer, tant elle nous paraissait incomplète et chétive, et au bas de laquelle nous n'avons apposé notre nom que pour obéir aux prescriptions de la loi.
Le dernier mot du progrès ! qui le sait ? qui le peut dire ? Est-ce que telle loi nouvelle, découverte par la science, appliquée par l'industrie, ne peut pas changer tous les rapports de peuples à peuples et de peuples à gouvernements ? Est-ce que les vrais rois> ceux qui gouvernent déjà à demi lenïonde et qui le gouverneront bientôt entièrement, sont ceux qui portent des couronnes d^or sur la tète ? Est-ce que ce ne sont pas ceux qui portent au front l'auréole du génie et qui ont pour ancêtres G(q>ernic et Galilée, les rois de la terre; Christophe Colomb et Améric Vespuce, les rois du nouveau monde; Fulton, le roi de la mer; Watt, le roi de la vapeur; Niepce et Daguerre, les rois de la lumière ; Franklin, le roi de la foudre; Lebon, le roi du gaz; Thomas Gray, le roi des chemins de fer; Galvani, Volta, Morse, Wheastone, les rois de l'électricité ?
Courtisan, qui nous appelez l'Absolu! mais nous serions
trop glorieux de garder ce titre, si nous le méritions, car noqs nous souvenons d'avoir lu ce qui suit (tome III, page 14 des OEuvres de l'empereur Napoléon III) : « Ce qui dislingue » les grands hommes, ce qui enflamme leur ambition, ce » qui les rend absolus dans leurs volontés, c'est l'amour de » la vérité. »
Vous persistez à vous nommer modestement le Progrès et à nous appeler dédaigneusement l'Utopie! Mais sur quoi vous fondez-vous donc, nous vous le demandons, pour nous prendre et vous approprier un nom qui nous appartient, et nous en donner un autre qui ne nous appartient pas?
Quel progrès avez -vous jamais personnifié? De quel pro- -grès avez-vous jamais été le promoteur? De quel progrès avez-vous jamais été le défenseur? Cilez-en un seul; nous vous en défions.
Par la persistance que vous mettez à nous représenter comme un rêveur, vous nous forcez à faire ce que nous ne voulions pas faire, vous nous forcez à rappeler ici que vous et vos amis combattiez contre nous pour le maintien du suffrage restreint, quand nous combattions contre vous et contre eux pour le loyal rétablissement du suffrage universel. Le suffrage universel, si indignement trahi, si vivement attaqué, si inconsidérément calomnié jusqu'en décembre 1851, par tous les promoteurs et tous les défenseui^ de la loi du 31 mai 1850; le suffrage universel, sur lequel repose l'Empire depuis dix années révolues, n'élait-il donc qu'un rêve, n'était-il donc qu'une utopie? De vous et de ceux qui le combattiez, ou de nous qui le défendions, qui avait raison?
Vous nous forcez encore à rappeler ici que lorsque, après 1852, nous demandions l'abrogation des décrets de bannissement et d'expulsion, vous et vos amis combattiez
comme dangereuse celte proposition, qui est devenue l'amnistie du 16 août 1859. Trois années se sont écoulées depuis ce grand acte spontanément et noblement accompli, sans restrîclions, sans conditions, sans phrases : à quels périls, à quels excès, à quelles insurrections, à quelles conjuralions a-t-il donné naissance? De vous et de vos amis qui le repoussiez de tous vos efforts, ou de nous qui rappelions de tous nos vœux, qui avait raison?
Avions-nous tort, étions-nous un rêveur, un utopisle, lorsque seul, dans toule la presse française, nous osions demander que la parole donnée à Abd-el-Kader par le général de Lamoricière, ratifiée par M. le duc d'Aumale, fût loyalement tenue, même à tous risques, pour Tbonneur de la France? Depuis que cette parole a été tenue, le 19 oclo- . bre 1852, il y a de cela dix ans, la France a-t-elle eu lieu de regretter que le président de la république n*ait pas , craint de prendre sur lui la responsabilité de cet acte réparateur, responsabilité grave après les deux voles dérisoires de l'Assemblée législative (1)? Dites : n'étions-nous qu'un rêveur égaré par l'exagération du point d'honneur fiançais?
Avions -nous tort, n'étions - nous qu'un rêveur et un utopiste lorsque, dès 1832, nous prenions l'initiative de la réforme postale réalisée en i 839 pa r M. Rowland-Hill, lorsque nous la soutenions en 1847 comme rapporteur à la tribune de la Chambre des députés (2) ?
Avions -nous tort, n'élions-nous qu'un rêveur et un utopiste, lorsque, en 1836, nous imposions à tout le journalisme ameuté contre nous la réforme économique de la presse?
Avions-nous tort, n'étions-nous qu'un rêveur et qu'im uto-
(1) Proposiiion du général Fabvier de rendre Abd-cI-Kader à la liberté, préfcniée le 6 août 1840 et renToyëc déjrisoiremciit après la prorogation; et motion représentée le 5 août 1850 et renvoyée dérisoirenient pour la seconde fois après la prorogation.
(2) Ciymmistùm de la ré/orme postale : MM. Abbaluçci, président; de Falloux, secrétaire; de Beaumont, Poisat, Vejiii, marquis de Caslellanc, Devienne, de BaioneTÎHe, et Emile de Girardin, rapporteur.