INÉVITABLE
Inévitable, quand elle est impossible !
Ce serait à ne pas y croire, si nous ne citions ici textuellement cet incroyable article :
«c LA CUKRR8 EST INEVITABLE *. TOUT Y PRECIPITE. Seulement le caractère de la guerre peut être différent, selon les circonstances qui la feront éclater. Demain, elle sera une question de nécessité; aujourd'hui, elle est une question de morale.
» En effet, par les traités de Vienne, nous sommes ^rants de tescis-' tence politique de la Pologne, garants de ses droits, garants de ses libertés. Or, dans tout contrat, le garant est responsable, et, s'il se prête à l'ineiécution du contrat, il se met en faillite avec le signataire principal : il devient complice des méfaits.
» Ainsi , dans Tétat actuel des choses, en acceptant on silence les abominations du statu quo, nous sommes simplement compuces des ramiuu, DBS Biuuais et dis massacsbuis. Mourawieff est notre agent; car nous sommes partie contracUnte dans le traité qui lait du caar
LA QUESTION POLONAISE m
un roi de Pologne, et fi nous ne savons pas faire eiëcuter les conditions auiquelles est attachée cette royauté, nous acciptoxs la
SOLIDABITI DB TOUS LU CSIMKS.
» Sig^né : ilias beg3(Ault. »
Condamner ainsi la France comme solidaire de fous les crimes qu'on flélrit, la condamner comme complice des pendeurSy des brûleurs, des massacreurs qu'on dénonce chaque soir à l'indignation publique, voilà l'œuvre à laquelle se complaît l'orgueil patriotique de MM. les rédacteurs de YOpinion nalionale, qui ne sont heureusement plus les rédacteurs de la Presie !
Et ceux qui vomissent en ces termes sur leur pays l'injure et l'opprobre, ce sont les hommes qui, à tout propos et hors de propos , ont sous la plume ou à la bouche le mot : nalionalUé !
Ces messieurs ne pourraient-ils donc être Polonais sans cesser d'être Français ?
Ne pourraient-ils donc plaindre et honorer la Pologne sans insulter et déshonorer la France, sans la trainer dans la boue, comme ils disent ?
Et pour vouer ainsi la France à la honte, à l'infamie, sur quoi se fondent-ils t
Ils se fondent sur les traités de Vienne, dont ils prétendent que la France est responsable en qualité de garant !
La France garant responsable des traités de 1815, que la première elle a foulés sous ses pieds en 1831, lors du siège d'Anvers; qu'elle a mis en lambeaux en 1852, quand le prince Louis Bonaparte, sous le nom de Napoléon m, est monté sur le trône de Napoléon I*', son oncle ; enfin qu'elle a mis au pilon en 1859 lorsqu'elle a donné la Lombardie au roi Victor-Emmanuel !
C'est trop fort ! c'est par trop se moquer de ses lecteurs ! C'est vraiment les supposer trop ignorants, trop oublieux ou trop bêles !
Mais admettons que la France n'ait rien fait de ce qu'elle a fait si glorieusement; admettons que la France ait scrupu-
leusement respecté ces traités de 1815, faits contre elle, ces traités de 1815 dont le jonmal de M. Guéroult prétend qu'elle est responsable en qualité de garant ; admettons enfin que le passé n'écrase pas de tout son poids les avoués de YOpinUm nationale : de quoi la France serait-elle le garant respousabie envers la Pologne ?
Avoués qui occupez pour la Pologne , produisez votre titre :
Le voici :
ACTS SU 002IGSÈ8 DB Tltimi DU 9 JUIN 1816.
« ABT. 4«^ Le duché de Yarsovie, à rexcepUon des proyinces et districts dont il a été autrement disposé dans les articles suivants, est réuni à rempice de Russie. Il y sera lié irrévocablement par u Constitution , pour être possédé par S. M. l'empereur de toutes les Rttssies , ses héritiers et successeur:* à perpétuité. Sa Majesté Impériale se réserve de donner à cet Etat, jouissant d'une administration distincte, Textenaion intérieure qu'elle jugera convenable. Elle prendra avec ses autres titres celui de czar, roi de Pologne , eo»formément au protocole usité et consacré pour les titres attachés à ses autres possessions.
j» Les Polonais, st^ets respectifs de la Russie, de V Autriche ei de la Prusse, obtiendront une bspréskntation bt bbs institutions matioxaus, réglées d'après le mode d'existence politique que chacun des gaucemements auxquels ils appartiennent jugera utile et cosvsaABLB de leur accorder. »
Que vaut ce titre ?
Voici ce qu'en disait au Sénat, le 19 mars 1863, M. Billault:
ic Les traités de 1815, que beaucoup de gens invo^ent, ces tmiiés sont-ils eui«4nêmes un remède à cette situation? Ils ont promis» et, à ce point de vue , ils ont constitué un engagement eitérieur vis-àvis des puissances européennes qui Tout signé ; ils ont promis aux peuples de Pologne des institutions et une représentation nationales. Mais à cette promesse leur texte ajoute immédiatement : « d'après U 9 mode d'existence politique que chacun des gowaemements auxquds ils » appartiennent jugera utile et comve;«abls de leur accorder^ » Cette phrase , qui réduisait la promesse k une sorte de concession facultative dans son étendue , a été l'objet , entre les puissances , d'une discussion indéfinie e^ jusqu'à présent sans soumoH* Pendant que l'Europe ou plutôt les puissances libérales de l'Europe disaient:
Yotis èles oUigéft par les traites à constituer une représentation et une administra lion séparée» et nationales, on répondait : Oui, mah dans le mode d'existence politique que nous jugerons utils bt comybvABLi, et les détails ne sont qu'une question intérieure qui ne regarde pas Fétrasger. »
Voici ce qu'en avait dit, vingt-deux ans auparavant, le !•' octobre 1831, lord Heytesbury, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg, dans une dépêche à lord Palmerston :
a Les stipulations du traité de Vienne sont d'une nature si yagub et si gbhéialk , qu'un changement complbt et radical pourrait être apporté à la condition politique de la Pologne sans qu'aucune de ces stipulations eût été ¥ioLBB.
» ... On m'a toujours assuré que les stipulations du traité de Vienne seraient strictement observées, mais cette assurance 4ie réduit A PBU DB CHOSB OU A BiBH, Car Ics Stipulations elles-mêmes se réduisent
A PBU DB CflOSB OU A BIBN. »
Et c'est pour rappeler la Russie au respect de stipulations qui se réduisent a peu de chose ou a rien , selon lord Heytesbury, qui ont été l'objet d*une discussion indéfinie jusqu'à PRÉSENT SANS SOLUTION, sclou M. Billault, que les avoués de Y Opinion nationale voudraient lancer la France contre la Russie dans un procès dont le canon serait le souverain juge I
Encore si ces avoués, aussi guerroyeurs que pointilleux, étaient de bonne foi ! Mais ils ne sont pas de bonne foi : ils savent parfaitement, quand ils invoquent les traités de Vienne contre la Russie, que les Polonais leurs clients n£ veulent pas entendre parler de la Pologne du congrès, de la Pologne de 1815; que par ce mot: la Pologne, ils entendent uniquement, exclusivement, absolument la Pologne de 1772, la Pologne avant le premier partage du 7/18 septembre 1773. (I)