‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 110 sur 122 · I) MANIFESTE POLONAIS DU 3 JUILLET · texte numérisé non relu

I) MANIFESTE POLONAIS DU 3 JUILLET

« La Pologne défend set croyances religieuses et ses foyers domestiques , elle revendique sa liberté et son indépendance, et elle ne cessera de combattre que lorsqu'elle aura reconquis sur l'oppresseur ses frontières de 1772. Le gouvernement national a déclaré que la Pologne répudie toute transaction comme un suicidb, comme une trahison, et de la Vistule au Dnieper la nation tout entière a fait vœo de périr plutôt que de pactiser avec la domination étrangère.

» Entre la Pologne et le despotisme moscovite, c'est donc un duel à mort. Entre

Qu'ils ne parlent donc pas le langage du droit ! Qu'ils ôtent leur toque et leur robe, et mettent à la place la tunique et le képi! S'ils aiment tant la guerre, qu'ils prennent le chemin de fer de Cracovie, qu'ils aillent combattre, qu'ils aillent affronter et punir le général Mourawieff, qu'ils aillent grossir les bandes polonaises, qu'ils aillent en partager les privations, les souffrances et les dangers; mais qu'ils cessent d'insulter la France et ceux qui, comme nous, mettent au-dessus de l'indépendance de la Pologne la paix et la liberté de l'Europe !

Il est temps d'en finir avec ces prétendus amis de la Pologne, qui sont aux Polonais ce que les faucheurs sont aux épis... Ce n'est pas avec une plume que ces journalistes écrivent, c'est avec une faux.

le people chrciieo qui l'eil associa à loaa les progrès de la âvilisation moderne et revendique ses d|;t>its les |)]iis chers et les plus sacrés , et la liarliarie moogole qui représente la force brutale et foule ans pieds les lois hntnaines et divine*, il y « désormais un abîme de sang.

• L'Europe soofTrira-i-elle que rbumanité soit impunément violée? sooFfrira-t-elle qae cette guerre d extermination se prolonge, à la lionte étemelle du dii-nenvième siècle?

• Peuples de rOccidcot, entendes le cri d'alarme que pousse la nation nurlyre ! c'est sur son cadavre que le despotisme voudrait se frayer nn chemin au cœur de la civilisation ! Mais Dien est avec nous, et sa justice nous fera triompher !

» Signé : louis wolowski, présidant la réunion ; JOSEpn ordcca, membre et secrétaire du comité; acrilli boxoldi, kavibk

■KAIIICKI, I.ADISLA8 CZARTOBTtKI, sévUlN CALEXOWMLI, ALeXANOIIB OUTTRT. •

NI PAIX COMPROMETTANTE NI GUERRE AVENTyREUSE

7 octobre 1863.

Le Constitutionnel nous apporte un avertissement signé,.. de M. Paulin Limayrac ! La leçon nous est faite en ces termes sévèrement paternels :

« Il y t deux journaux à Paris qui, dans la question de Pologne, se sont placés aux deux pÀles opposés : l'un veut la guerre à tout prix; l'autre la paix a tout piix; l'un procède de la tradition révolutionnaire et l'avoue, c'est VOpinhn nationale; le second procède de la tradition doctrinaire, sans se l'avouer, c'est la Presse. La question de Pologne, répétoos-le, est entrée, par le refus de la Russie, dans une phase nouvelle, dont le premier incident a été la déclaration faite par le cooite Russell, touchant les traités de 1815. Sur ce TERRAIN NOUVEAU, Ic gouvernement français fera son devoir comme il Ta fait dans les négocii«tions qui viennent de finir'. Il ne s'arrêtera pas, comme M. de Girardin le lui conseille; il ne se précipitera pas,* comme le demande M. Guéroult. Les excitations passionnées, de quelque part qu'elles viennent, ne le feront pas se méprendre sur ce qu'il doit au soin de son honneur, pas plus que sur ce qu'il doit aux grands intérêts de la paix. La France conservatrice n'a pas plus à redouter une guerre aventureuse sous le négociateur de Yillafranca que la France libérale n'a à redouter une paix compromettante sous le vainqueur de Solferino. »

Ce que nous voulons, ce que nous avons toujours voulu, ce que nous poursuivons en 1863, ce que nous poursuivons depuis 1 836, c'est la paix systématisée, succédant à la paix armée.

La paix systématisée exclut la paix à tout prix.

La paix à tout prix est une locution surannée qui appartient au vocabulaire des vieux partis antérieurs à Tère du libre échange et des chemins de fer. C'est une locution qui n'a plus de sens.

Entre rimmobilité et le mouvement, nous ne connaissions pas d'état intermédiaire. IL paraîtrait que M. Paulin Limayrac en a découvert un. Nous l'en félicitons, mais nous n'en félicitons pas les malheureux Polonais, qui se font exterminer depuis sept mois que la diplomatie, échangeant, dépêches contre dépèches, n'avance pas, ne recule pas, ne renonce pas... •

Mais en quoi donc consiste le terrain nouveau dont parle M. Paulin Limayrac et dont, selon lui, on serait redevable au discours de lord John RusselL? Ce terrain prétendu nouveau ne date pas de septembre 1863, il date de décembre 1846, et s'il appartient à quelqu'un, c'est d'abord à M. Guizot, et ensuite à lord Palmerston. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à compulser les archives du ministère des affaires étrangères.

Étrange chose! quand M. Paulin Limayrac, si docte qu'il soit, parle, nous trouvons que c'est M. Adolphe Guéroult qui a raison. En effet, si la France ne doit pas déclarer hautement qu'elle s'arrête afin d'arrêter la lutte et le carnage, ce qu'elle a de mieux à faire, c'est de se précipiter, comme le demande M. Guéroult et comme M. Limayrac trouve que M. Guéroult a tort de le demander.

Mais pourquoi la France se précipiterait-elle f Ne sait-elle pas qu'en effet sous le vainqueur de Solferino elle n'a point à redouter une paix compromettante ? C'est précisément la raison sur laquelle nous nous fondons pour repousser une guerre aventureuse.

Nous prenons la liberté de mettre sous les yeux de M. Paulin Limayrac les trois extraits suivants :

1. — Dépêche diplomatique de M, Gui%ot au comte de Flaktmli^ à Vienne, pour protester contre rincotporation de Krakome,

« Paris, 3 décembre 1846.

» Le gouvernement du roi ne fait donc qu'user d'un droit évident et en même temps il accomplit un devoir impérieux en protestant

solenneUement contre Im suppreisbn de k république de KrakoTie, ft€te pottU¥emeat contraire à la lettre comme au aena du traite de yienue du 9 juin 18 1&. Après les Icmguea et redoutables ar.itations qui ont si profondément ébranlé l'Europe, c'est par le respect des traités et de tous les droits qu'ils consacrent que Tordre européen s'est fondé eC se maintient. Aucune puissance ne peut s'en affranckir sans en affranchir en même temps toutes les autres. La France n'a pas donné l'eiemple d'une semblable atteinte à la politique de conservation et de paix. La France n'a pas oublié quels douloureux sacrifices lui ont imposés ces traités de 18t5. EUe pOÊorraU 4e rijwar d'un mete qui l'autùriserdit, par une juste réci/frocitét à me amsuUer déswrmeds que le calcul prévoyant de ses intérêts. Et c'est elle qui rappelle à l'observation iîdèle de ces traités les puissances qui en ont recueilli les principaux avantages! C'est elle qui se préoccupe surtout du maintien des droits acquis et du respect de rindépendance des États! v

II. — Dépêche diplomatique de lord P aimer ston au vicomte Ponsomby à Vienne, pour protester contre l'incorporation de Krakovie,

a En addition aux arguments que Votre Excellence a reçu instruction d'opposer à la destruction proposée de l'indépendance de l'État de Krakovie et à son annexion à l'Autriche , j'invite Votre Excellence à signaler au gouvernement autrichien qu'une semblable mesure ne serait non-seulement pas justifiée par une impérieuse nécessité, et tout en violant le traité de Vienne, mais qu'elle occasionnerait le plus grand tort au commerce de l'Europe et qu'elle serait surtout préjudiciable aux intérêts commerciaux de la Grande- Bretagne. Il doit être évident pour le gouvernement autrichien que le sentiment de l'atteinte portée aux intérêts matériels de ce pays tendrait incontestablement à augmenter la désapprobation * de la nation anglaise par ce qu'elle considérerait injuste en soi-même et en désaccord avec les stipulations des traités. »

III. — Dépêche diplomatique du prince de Mettemich eu réponse aux deux dépêches précédetdes, adressée au comte d'Apponyi, ambassadeur à Paris, et au comte de Dietrichstern, ambassadeur à Londres.

m Foreiçn Office, 7 décembre 1846.

» La mesure que S. M. l'empereur a prise, de concert avec LL* MM. l'empeveur de Russie et le roi de Prusse, par rapport à Krakovie, l'a été dans le sentiment des droits qui compétent et des devoirs qui incombent à Sa Majesté Impériale:

» De ses droits, — parce que l'empereur, en foisant insérer le traité du 8 mai 1815 dans le recez général du congrès, n'a pas entendu céder à tous les cosignataires de cet acte un droit Appartenant exclusivement aux parties contractantes du traité du S nuii ;

» De ses devoirs, — parce que ceui que Se Majesté avait à remplir envers les peuples confiés par la Providence à ses soins ne loi auraient pas permis de rétablir un corps politique qui, après avoir contrevenu pendant une longue série d'années aux conditions sur le respect desquelles son indépendance avait été fondée, a fini par sacrifier l'existence politique qui lui avait été donnée à des projets insurrectionnels, hostiles à tout ordre gouvernemental et social.

» L'empereur, tout en regrettant vivement qu'il y ait une différence d'opinion entre les cabinets anglais et français et les trois cours au sujet du point de droit dans cette question, ne s'en flatte pas moins que leurs vues se rencontrent dans la résolution commone à toutes les cours, d'observer et de faire observer scrupuleusemeot les traités dans le véritable sens de leur lettre et de leur esprit. »

Que pense M. Paulin Limayrac de la dépèche de H. Guizot du 3 décembre 1846, compai*ée au discours de lord Russell du 28 septembre 1863? Que pense M. Paulin Limayrac de la réponse du prince de Metternich , comparée à la réponse du prince Gorlchakoff?

M. Paulin Limayrac, comme c'est son usage, échapperat-il à la difficulté de la réponse par la majesté du silence ? D'avance nous répondons oui.

On nous dit :

Avant la paix de Villafranca, avant le discours du 29 Juillet 1859, il y avait eu Magenta et Solferino I .

Nous répondons :

Oui sans doute ; mais aussi il y avait eu un appel de Tempereur Napoléon m à tous les Italiens, des Alpes à l'Adriatique; le sang français avait abondamment coulé, sans parler de tout l'argent français qui avait été dépensé.

Le gouvernement français n'a pas fait d'appel aux Polonais pour qu'ils se soulevassent contre le gouTcrnement russe. Le sang des soldats français, qui avait coulé sur les bords du Tessin, n'a pas coulé sur les bords de la Vrstule. L'empereur des Français, pour déclarer hautement qu'il renonce à une guerre où il n'aurait ayec lui ni l'Angleterre

défiante ni TAutriche embarrassée , n'a donc pas besoin d'avoir remporté sur les Russes deux victoires, pas même une!

La France est libre, pleinement libre... Des sympathies qui attachent ne sont pas des engagements qui obligent. La France, vis-à-vis de la Pologne, n'a de liens que les sympathies.

Et lorsque ces sympathies qu'on dit si vives ne se sont traduites que par les souscriptions dérisoires du SièeU, de la Patrie et de Y Opinion nationale, ces trois journaux voudraient les convertir en engagement d'honneur risquant de coûter à la France cinq cent mille soldats et deux milliards !

Non, cent fois non.

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