‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 111 sur 122 · NI ACTION ISOLÉE NI ACTION COMMUNE · texte numérisé non relu

NI ACTION ISOLÉE NI ACTION COMMUNE

10 octobre 1863.

L'action isolée est abandonnée; Faction commune doit être abandonnée à son tour.

LA POLOGNE SOUS LA PROTECTION DE L^EUROPE eSt Un titre

qui fait de TefTet, placé en tête de la première colonne d'un journal; mais c'est un titre vide sous lequel il n'y a rien, et l'article signé Paulin Limayrac en est la preuve manifeste.

Voilà huit mois, huit longs mois que l'Europe protège la Pologne !

Qu'a produit cette protection ?

A-t-elle sauvé la vie à un seul Polonais ?

— Non.

A-t-elle obtenu de la Russie la promesse de faire plus que la Russie spontanément ne comptait faire, ne se préparait à faire, n'avait commencé à faire ?

— Non.

A-t-cUe acquis des moyens d'action nouveaux qui attestent qu'elle sera plus efficace dans l'avenir que dans le passé ?

— Non.

LA POLOGNE SOUS LA PROTECTION DE l'europe n'ost donc qu'un titre imposteur qui n'a pas même le mérite d'être nouveau, car voilà huit mois qu'il est le thème de toutes les variations exécutées, d'après la France, par les deux virtuoses qui se nomment le Constitutionnel et le Pays,

La protection de la Pologne par l'Europe n'a servi jusqu'à

ce jour qu'à donner aux Polonais des espérances qui ont encouragé la lutte, qui ont prolongera résistance, qui ont empêché les bandes de se dissoudre ; elle n'a pas mtoie aerri à leur donner des armes.

La protection de la Pologne par TEurope n'a réussi finalement qu'à faire vivre le gouvernement anonyme et qu'à faire tuer un nombre plus considérable de Polonais.

Les faits sont des faits ; contre eux les paroles ne sont rien et ne prouvent rien.

Qu'il ne soit donc plus question ni de la protection de la Pologne par l'Europe, ni du concert européen, ni de l'action commune !

Ah ! l'harmonieux concert européen, qui, après huit mois de dissonances, n'a jamais pu parvenir à se mettre d'accord sur la rédaction d'une note identique !

Ah! l'imposante action commune, qui n'a jamais pu aboutir de la part de l'Angleterre, de l'Autriche et de la France qu'à l'envoi de dépèches séparées!

Action commune, concert européen, protection de la Pologne par l'Europe , avouez donc que, jusqu'à ce jour, vous n'avez servi qu*àf donner à la Russie des prétextes, sinon des motifs, de suspendre et de retarder l'entier accomplissement des mesures réparatrices qu'elle était en voie d'exécuter !

Action commune, concert européen, protection de la Pologne pai* TEurope, convenez que vous n'avez fait que surexciter en Bussie le sentiment national et dynastique ; qu'y étouffer, y dissiper tous les mécontentements, toutes les irritations, toutes les résistances que l'abolition du servage, cette grande mesure, y avait fait nattre, et qui s'étaient ajournés au 4 mars 1863 pour éclater! Au lieu d'affaiblir la Russie, vous l'avez donc fortifiée, d'abord en la rendant plus compacte, ensuite en faisant oublier leurs blessures profondes aux nombreuses parties blessées par les réformes, enfin en opérant une diver^on salutaire à l'intérieur par l'extérieur. Action commune, concert européen,

proteclion de la Pologne par l*Europe, voilà votre œuvre, tonte votre œavre ! S*il vous plaît de vous en glorifier et d*en triompher» ce ne sera pas nous qui tous en empêcherons , mais aussi ce ne sera pas nous que les grands articles et que les petites phrases de M. Paulin Limayrac, dans le Omsiiiu'- Uomnel, abuseront.

Nous dirions que Tahandon de Faction isolée est à Tabandon de Faction commune ce que le commencement est à la fin, si l'action commune avait jamais existé autrement qu'en apparence, qu'en style de dépèdies et qu'en titres d'articles de journaux.

Qui dit action dit actes.

Si l'action commune eût sincèrement, sérieusement existé, elle se fût hAtée de se traduire, sans aucun retard, d'abord par le rappel motivé des trois ambassadeurs d'Angleterre , d'Autriche et de France; ensuite, par la reconnaissance opportune des Polonais en qualité de belligérants, reconnaissance impliquant l'envoi d'armes expédiées sans aucun risque jusqu'à Varsovie et au delà par Trieste, Vienne et Gracovie; enfin, et au besoin, par une exécution militaire dont l'Autriche, ayant derrière elle en rései*ve et prêts à agir les escadres de l'Angleterre et les bataillons de la France, eût été chargée, au nom de toutes les puissances qui avaient répondu à l'appel de la diplomatie.

L'action commune n'ayant rien fait, absolument rien que de rivaliser d'impuissance avec le journalisme, nous sommes fondé à soutenir et à conclure qu'elle n'a jamais réellement existé.

L'action isolée étant souverainement condamnée et paraissant définitivement abandonnée, quelle sera et quelle doit être désormais la conduite du gouvernement français? Il est trop sérieux pour se laisser bercer longtemps par les phrases cadencées «t balancées de M. Paulin Limayrac, ne voulant ni guerre hoiordeuse ni pmx camfromeiiante. Il est trop sérieux pour ne pas reconnaître qu'il est des situations qui ont un terme qu'on ne peut dépasser.

Il y a un nœud.

l'action isolée n'a pas voulu le trancher. l'action commune n'a pas réussi à le dénouer. C'est le cas ou jamais d'y substituer ce que nous appellerons, pour ne pas changer de vocabulaire, l'action

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