‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 121 sur 122 · LES QUESTIONS DE LAN D'AJOURNEMENT · texte numérisé non relu

LES QUESTIONS DE LAN D'AJOURNEMENT

passant au budget les frais de TexpéditiOD par pertes et gloire ! Mais peut-être y aurait-il une sdulion moins contraire et plus naturelle ! Nous avons sous les yeux le passage suivant du message de 1861 du président Lincoln :

« Le Meiique devrait être une république riche, prospère et flo* liftsante; U possède un vaste territoire, nu sol fertile, un sous-sol abondant en trésors minéraux. Il occupe une importante position entre le golfe et l'Océan pour des routes de transit et de commerce. £st-il possible qu'un tel pays soit abandonné à l'anarchie et à la ruine sans que d'autre côté il soit fait quelque effort pour le délivrer et le sauver? Les nations commerçantes du monde, qui ont tant d'intérêts liés avec le Mexique, resteront-elles indifférentes à ce résultat? Les États-Unis surtout , qui doivent avoir avec le Mexique la plus forte partie des relations commerciales, laisseront-ils ce voisin immédiat se détruire lui-même et les ruiner? Sans appui de quelque part, le Mexique ne saurait reprendre sa position parmi les nations, ni entrer daas une carrière féconde en bons résultats. Cette assistance , exigée à la fois par son intérêt et par celui du commerce en général , c'est au gouvernement des États-Unis à la lui donner, à raison de son Toisinage immédiat et en vertu de notre politique btâblie, incompatiblb

Avec L'iNTKlVBNTlOn d'UNK PUISSANCE EUBOPXEN NE QUELCONQUE DANS LES ArFAlKES

jSTéaiECRBS DE CETTE BEPUBLiQUB. Le mondc entier connaît déjà tous nos griefs contre le Mexique, tout citoyen américain eu doit être ému. Un gouvernement qui ne peut ni ne vent réprimer de tels attentats déserte tous ses devoirs. »

Écrit en 1 861 , écrit avant Texpédition française au Mexique, ce passage du message américain n*en est que plus significatif; il indique ce qu'on doit craindre et ce qu'on pourrait faire. Puisque les fédéraux attachent une si grande importance à leurs relations commerciales avec le Mexique, puisqu'ils n'admettent pas l'intervention cFune puissance euwpéenru quelconque dans ses affaires intérieures, puisque enfin ils se considèrent comme obligés à lui porter assistance... eh bien, qu'ils remboui*sent à la France tout ce que lui auront coûté l'expédition et l'occupation du Mexique, et qu'ils l'annexent h rUnion fédérale! On ne le fera pas. On va encore dire que cette solution est trop absolue. Si l'on en trouve une qui soit plus facilement exécutable, nous applaudirons des deux mains. Mais la cherchera-t-on ? la trouvera-t-on?

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Parlons de la^uestion de la Pologne !

Est-elle plus avancée le 31 décembre 1863 que le 6 fé* Yrier 1863, jour de la première déclaration de M. Billault? Cette déclaration était très-brève , en voici les termes :

« La France n*a perdu aucune de ses vieiHes symfMthies pour la Pologne; mais elle pense, et ]e gouvernement français pense avec e]le, que l'autonomie de ce royaume aurait plus à attendre des sentiments généreux et libéraux de l'empereur actuel de Russie, que d'une tentative insurrectionnelle dont les efforts ne feront qu'appeler de nouveaux désastres sur ce malheureux pays. Le gouvernement de l'empereur est trop sensé pour donner par de vaines paroles un aliment trompeur à des passions insurrectionnelles, et il est trop jaloux de sa dignité, de celle de la France, pour laisser répéter pendant quinze ans dans une adresse des paroles inutiles et des protestations vaines. »

Depuis le 6 février 1863 , des fleuves de sang ont coulé entre la Pologne et la Russie, des montagnes de cadavres se sont élevées entre les deux pays, frontières plus infranchis* sables que toutes les vieilles frontières naturelles! La question s'est aggravée, elle n'a point avancé... L'action commune a échoué sous toutes les formes, donnant pleine» ment raison à toutes nos prévisions, taxées d'exagération. L'action commune ne pouvait réussir, car elle allait contre la nature des choses; il n'y avait de pratique et de raison* nable que l'entente préalable cnti*e l'Âulriche, la Prusse et la Russie, proposée parle prince GortschakofT dans sa dépêche du 14 juillet 1863; entente préalable que la Presse fut seule à soutenir contre tous les journaux unis qui l'attaquèrent, qualifiant la proposition d'ironique et d'injurieuse. Certes, cette proposition si loyale et si sensée de l'entente préalable à trois eût été accueillie par l'Angleterre ei par FAutriche, si, dans la question de la Pologne, ces deux puissances n'eussent vu que le suprême effort d'une nation partagée, au lieu d'y voir exclusivement le moyen de rompre Tentente cordiale qui, après le congrès de Paris de 1856, s'était si heureusement établie entre les deux empereurs Alexandre II et Napoléon III. Ce qui a lieu d'étonner, c'est que les journaux français tout dévoués à la cause italienne aient

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pris si facilement le change sur la question polonaise. Pouf avoir voulu courir, contrairement au proverbe, deux nationalités à la fois, ils ont perdu Tune et mis l'autre en péril ! Avant de songer à^ ressusciter la nationalité polonaise, il fallait fonder inébranlablement la nationalité italienne. C'était facile et sans périls lorsque France et Russie marchaient d'accord. L'œuvre ne serait plus aussi exempte de dangers et de difficultés, maintenant que l'Autriche, prévoyant le coup et le parant, a réussi à séparer la France de la Russie. Il faut reconnaître que l'Autriche a été aussi habile en 1863 qu'elle avait été malheureuse en 1859! Elle avait contre elle tous ceux des journaux français qui étaient dévoués à la cause italienne, lis étaient un obstacle, elle en avait fait un moyen. Ils ont joué son jeu : ils ont lâché la proie pour l'ombre, Fltalie pour la Pologne. Ils prétendaient isoler la Russie ; c'est la France qui a été isolée. Cherchant toujours le vrai, cherchant toujours le simple , la Presse avait proposé cette solution : La Pologne libre DANS la Russie libre. Nous n'avons pas laissé ignorer à nos lecteurs le dédain qui accueillit notre proposition. Il n'y eut qu'un cri contre elle dans tout le journalisme austrofrançais. Ne valait-il pas mieux cependant la Pologne libre dans la Russie libre que la Pologne amnistiée par la Russie pacifiée ?

Parlons de la question du Danemark et de ses duchés !

A quoi aura servi le traité du 8 mai 1852, conclu à Londres? Il aura servi à ce à quoi- servent tous les traités : il aura servi à violenter les faits et à fausser les principes. Où les principes sont respectés , où les faits ne sont pas violentés, les traités sont inutiles. La question entre le Holstein et le Danemark est une question intérieure, au même titre que la question entre la Pologne et la Russie. Ce n'est japiais sans complication et sans danger que d'une question intérieure on fait une question internationale. Abaissée aux termes de question intérieure, la question des duchés se vidait d'elle-même; élevée aux termes de ques-

tien internationale, elle est inextricable. Si rAutriche et la Prusse se [H*ononcent pour les dachés contre le Danemarit, à qnel titre garderont-elles par la violence : Vénétie, Hongrie, Grallicie, duché de Posen? Si elles se prononcent pour le Danemark contre les dachés, que devient l'autorité de la Diète germanique? que deviennent ses ordres? Si l'Angle* terre, qoi brûla Copenhague en 1807, prête main-forte aa Danemark en 1864, c*est la guerre contre 1* Allemagne; si l'Angleterre abandonne le Danemaiit, que vaut le traité conclu à Londres le 8 mai 1852? que vaut la force des traités? Qu'on en convienne donc! hors de la politique dont la Presiô a formulé les quatre préceptes, point de solution.

Parlons de la question de Grèce !

Quel plus frap^Kint exempte qu'on ne doit jamais rien faire à demi ? Mieux vaut ne rien faire. Tout roi des Hel^ lènes qui ne donnera pas à la Grèce moderne, aride et nue, la Thessalie et l'Ëpire, campera à Athènes, mais il n'y régnera pas. Le roi Othon et le roi Georges ont suivi, pour arriver au trône, le même chemin. Infailliblement, le chemin qu'a suivi le roi Othon pour partir sera le même que suivra le roi Georges ! On ne ressuscite pas parliellement une nation.

A titre de transition entre l'extérieur et l'intérieur, par^ Ions de la question de l'Algérie !

Depuis la lettre de l'empereur à M. le maréchal Pélissier, lettre insérée au Moniteur du 7 février 1863, quel pas en avant a fait la civilisation indigène ? quel pas en avant a fait l'immigration française? Où en est la colonisation? Est-€lle en voie de progrès ? Non ; elle en est toujours à l'état d'ocoipation. Ceci n'est point une critique ; c'est un fait auquel, nous le croyons, il n'est |kis au pouvoir de Tempereur et de ses ministres de rien changer. Il faut que toute conquête s'expie, même la plus légitime. Elle ne s'amnistie que parla prescription des siècles. L'Algérie est à la France ce que l'Irlande est à l'Angleterre, ce que la Pologne est à la Russie, ce que la Yénétie est à l'Autriche. Si Tidée du Ciongrès avait

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