‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 13 sur 122 · GS · texte numérisé non relu

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Vous dites : c Nous séparons énergiquement ce que vous » confondez : — l'unité nationale, qui consacre et garantit » le droit de tous les peuples, et Funité de l'Europe, qui ne ^ serait que leur abaissement dans une commune servitude; » -— la réduction des armées permanentes, qui allège les 1 charges du Trésor sans rien enlever à la puissance pu- » blique, et leur abolition, qui livrerait l'État à tous les coups » imprévus de la force; — la tolérance religieuse, qui assure » la dignité de la conscience individuelle, et l'athéisme légal, » qui proscrirait Dieu de la conscience publique; — la liberté i limitée de la presse, qui organise et définit la responsabi- » lité des écrivains, et sa liberté illimitée qui introduirait » dans le monde politique l'impunité de l'empoisonnement ; ^ — l'extension enfin du suffrage cherchant dans les cou- » ches populaires, si profondes et si vastes, une participation » nouvelle ft tous les grands actes de la vie nationale, et la » souveraineté de l'individualisme, qui donnerait la dictature 1» pour contre-poids à l'anarchie. »

D'abord nous vous répondons : Nous ne séparons rien , car nous n'avons rien confondu: puis, nous allons vous le prouver en procédant à l'examen sommaire de chacun de vos cinq chefs d'accusation. Premièrement, l'unité de l'Europe serait la liberté de l'Europe, car en réunissant les intérêts de tous les peuples l'unité ne porterait atteinte aux droits d'aucun; tous, au contraire , jouiraient des garanties dont jouissent les peuples les plus favorisés : c'est désigner l'Angleterre, la Belgique et la Suisse. Deuxièmement, Tabolition des armées permanentes n'aurait lieu qu'après que leur réduction graduelle en aurait démontré la possibilité sans aucun danger, et ce danger existerait d'autant moins qu'une gendarmerie plus considérable aurait été plus fortement et plus largement constituée. Le gendarme, c'est mieux que le soldat et mieux que le garde national, c'est à la fois le soldat de la paix et de Tordre; il a femme et enfants, ce qui ne le rend pas moins courageux devant le péril quand il faut l'affronter. Troisièmement, la séparation

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de l'État et de FÉglise, la suppression du budget de Tincrédulité ne serait pas l'athéisme légal, la proscription de Dieu. Est-ce que Dieu est proscrit des États-Unis, où la séparation de l'État et de l'Église existe? Est-ce que l'athéisme légal règne à Washington, à Ricbmond? Est-ce que la religion, ce n'est pas l'amour de Dieu? est-ce que l'amour peut être impersonnel? Est-ce que l'État, être impersonnel, peut aimer? Forcer un État d'aimer, n'est-ce pas tomber du yrai dans le factice? n'est-ce pas créer un Élat Vaucanson, un État automate, un État priant mécaniquement? L'individu seul peut prier, selon qu'il en ressent le besoin. Quatrièmement, l'impunité de la presse ne serait pas l'impunité de l'empoisonnement, car il n'y a rien de pareil, rien de commun , quoi qu'en ait dit un autre journal que la France^ entre la strychnine et l'écrit. La preuve, c'est que le prince Louis Bonaparte, élu président de la république le 10 décembre 1848, vit encore; c'est qu'il n'a nullement été empoisonné, que nous sachions, par tous les journaux ligués contre lui, à l'exception de deux, en octobre, novembre et décembre 1848; par tous les libelles fabriqués contre lui et même contre nous, expédiés par ballots dans les mallesposte dont on retardait les départs, par toutes les ignobles caricatures coloriées et non coloriées placardées par centaines de mille, sur tous les murs des mairies, des églises et des écoles de France? Si la liberté de la presse était, ainsi que vous le dites, la liberté de l'empoisonnement, comment expliqueriez-YOUS que tant de poison ayant été administré sous toutes les formes et à toutes les doses, le candidat et ses électeurs, tous empoisonnés, ne s'en soient que mieux portés, ainsi que l'a attesté le scrutin du 10 décembre 1848, avec une évidence que jamais rien n'avait égalée? Encore une autre preuve non moins éclatante que la liberté de la presse n'est pas l'empoisonnement, c'est que, dans la circonstance la plus grave et la plus solennelle, six jours avant que le scrutin du 21 novembre 1852 prononçât sur le remplacement de la République par l'Empire, le prétendant au

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trône impérial eut l'heureuse et loyale audace de faire insérer au Moniteur du 15 novembre 1852 et de faire reproduire par tous les journaux de France les quatre protestations datées de Frohsdorf, de Londres et de Jersey, la première de ces proclamations signée : Henri; la seconde signée : le ComiU révolutionnmire; la troisième signée : la Société la Révolution; la quatrième signée : Victor Bugo, Fonberteaux, Philippe Faute. Si Tinjure, si l'offense, si la diffamation agissaient comme agissent l'arsenic et la strychnine, le président Louis- Napoléon eût succombé, en proie aux plus violentes convulr sions, et n*eût jamais été l'empereur Napoléon III. Au lieu d'avoir pour lui 7,482,863 suffrages sur 7,780,307 votants, il les eût eus contre lui. Vous et votre honorable confrère le rédacteur en chef du Tempt^ renoncez donc à assimiler les journalistes aux empoisonneurs et à les ériger en apothicaires. Ce n'est pas nous qui faisons la confusion, c'est vous qui la faites quand vous confondez les journalistes et les pharmaciens. Cinquièmement enfin, car nous ne voulons laisser sans réponse aucun de vos cinq cheEs d'accusation, < la souveraineté de l'individualisme, » que vous nous reprochez de vouloir, qu'est-ce que c'est donc de plus que le suffrage universel scrupuleusement respecté? Le suffrage universel, n'est-ce pas ie droit individuel de vote? Gomment concevoir le droit individuel dévote sans concevoir en même temps tous les moyens de l'exercer consciencieusement, judicieusement, en parfaite connaissance de cause, ce qui implique la liberté de la presse et la liberté de réunion , que c toute dictatm*e, toute anarchie » ne manquent jamais de supprimer; ce qui est la preuve la pins évidente et la plus incontestable que l'anarchie et la dictature n'ont pas déplus redoutables ennemies que la liberté de la presse et que la liberté de réunion, de cette liberté dont vous avez hi , il y a deux jours, l'apologie dans le Moniteur unifotrêel?

Vous résumez, dites-vous, toute votre discussion par ces mots : « Nous disons à M. de Girardin : Vous êtes pour l'uto- 1 pie contre le progrès, nous sommes pour le progrès contre

> Tutopie. 9 Nous résumons la nôtre en vous disant : Écartons Tutopie, elle n*a rien à faire entre vous et nous dans ce, débat; cessez, cessez de dire que vous êtes pour le progrès, puisque vous ne pouvez pas le définir et ne savez comment le préciser. Non, vous n'êtes pas pour le progrès contre l'utopie ; vous êtes pour l'ornière contre le rail.

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