LE DROIT DE RÉUNION
et cela est facile à expliquer. Aussitôt qu'une opinion a acquis un sérieux degré de consistance dans un meeting ou dans une succession de meetings, le gouYernement, s'il n*est ni aveugle ni sourd , est averti à temps et sait ce qu'il a à faire pour prévenir une révolulion , moins que cela même , une insurrection, moins que cela encore, une émeute. Sans la liberté de la presse, sans la liberté de réunion, comment vériQer le poids de telle opinion comparée à telle autre ? Quelle valeur assigner à ce mot : l'opinion publique ? L'empereur Napoléon à Sainte-Hélène la définissait ainsi : c L'opi-
> nion pubUque est une puissance invisible, mystérieuse, à
> laquelle rien ne résiste ; rien n'est plus mobile, plus vague » et plus fort, et, toute capricieuse qu'elle est, elle est » cependant vraie, raisonnable, juste, beaucoup plus souvent » qu'on ne pense. > (18 novembre 1815.) Mais si l'opinion est si mobile, si vague, si capricieuse, comment discerner quand elle a pour elle ou quand elle a contre elle la raison et la vérité? Cette difficulté n'est-elle pas un motif qui plaide fortement en faveur de la liberté de réunion, de cette dernière* liberté dont le Moniteur universel reconnaît et proclame l'utilité ?
20 janvier 1863.
M. l'évêque d'Orléans vient de publier, en faveur des ouvriei-s sans travail, un mandement où justice est rendue en ces termes à la liberté de la presse et au droit de réunion :
« Plus libre en Angleterre, aidée par des correspondances , des réU" nions, des comités que rien n'entrave, la presse a produit, par la sainte agitation de la charité, d'immenses résultats. En France , elle a fait ce qu'eUe a pu. »
On voit que la liberté de réunion, qui avait déjà trouvé dans le Moniteur universel un avocat imprévu , en trouve un second dans M. l'évêque d'Orléans. Si ce n'est pas par sa légilûnité que la liberté triomphera , ce sera par son utilité. Qu'importe, pourvu qu'elle triomphe!