‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 18 sur 122 · DE LÀ DÉCENTRALISATION · texte numérisé non relu

DE LÀ DÉCENTRALISATION

peot être considérée, quoi qu'en pense le conseil d*Ëtat, comme la loi de la décentralisation par la loi de la civilisation.

24 juillet 1863.

Depuis que la question de la décentralisation a été mise à Tordre du jour par la lettre de l'empereur à M. Rouher, que de niaiseries, que d'inepties se disent, s'écrivent, s'impriment, se lisent, se débitent f Cependant quelle question plus simple? Il n'y a qu'à passer au crible d'un examen sérieux et approfondi les rapports nécessaires et réciproques de l'Ëtat à la commune et de la commune à l'État, en sup* primant tout ce qui est superfluités et complications. Circonscrivez l'action de l'État et étendez l'action de la corn* mune : là est le problème; il n'est ni dans la résurrection des anciennes provinces ni dans la réduction du nombre des départements. Ce qu'il faut, c'est agrandir et affranchir la commune; ce qu'il faut surtout, c'est resserrer le lien trop détendu entre la commune natale et l'individu natif. Tout individu qui s'est illustré devrait avoir grandi dans la pensée et dans le désir qu'il aura, après sa mort, une statue dans sa commune natale ; tout individu qui s'est enrichi devrait avoir grandi dans la pensée de ne pas oublier, avant de mourir, de laisser à sa commune natale un legs qui y fasse bénir sa mémoire. S'il est une indifférence funeste, s'il est une indifférence qu'on doit combattre, c'est Yindiffércnce en tnaUère de commune. La commune est le premier nœud de l'écheveau social, si emmêlé. On ne le démêlera qu'en commençant par elle. En commençant par le commencement, on sera tout étonné de la facilité et de la rapidité avec lesquelles on arrivera à" la fin , c'est-à-dire à la solution, l'une après l'autre, de toutes les questions sociales.

La statue de Paillet, du grand avocat et de l'homme de bien , érigée dans sa ville natale, est un exemple qu'il ne

faut pas laisser passer inaperçu , parce qu'il doit stimuler le légitime orgueil de tous ceux qui sont qn droit d'espérer la môme illustration. Par exemple, est-ce qu'un groupe en marbre des trois Dnpin n'illustrerait pas à juste titre la commune de Varzy, dans le département de la Nièvre, où ils sont nés? Quel legs aussi se justifierait mieux qu'un legs fait par eux à leur commune natale et y. perpétuant leur souvenir? Le meilleur usage que, le plus souvent , on pourrait faire de la quotité disponible stipulée par l'article 913 du Code civil, ne serait-ce pas de l'employer en un legs fait à sa commune natale? On y pense trop rarement. Il suffirait que quelques exemples marquants en fussent donnés pour que ces exemples ne tardassent pas à être suivis et à devenir un usage général. Cet usage général serait un vrai progrès social, le plus grand pas fait dans les voies de la véritable décentralisation. Essayer de tirer le gouvernement français de l'ornière bureaucratique, c'est bien; mais ce n'est pas assez. Simplifions l'administration, mais illustrons la commune. Donnons à Soissons beaucoup d'imitateurs et, pour qu'elle soit digne de lui , rendons ainsi éloquente et bienfaisante la statue de Paillet !

27 janvier I8G3.

La France tourne dans un cercle vicieux et dangereux d*où il serait prudent qu'elle sortit. On ne prétend pas que la France soit, par Tintelligence et la pensée, inférieure à FAngleterre sa rivale, ni à la Belgique et à la Suisse ses voisines contigues, et qu'elle ait moins de droits que ces États à la possession et à l'exercice de l'entière liberté; mais on prétend que la liberté est incompatible avec l'existence de partis dynastiques ou antidynastiques, et qu'aussi longtemps que les trois partis, légitimiste, orléaniste et républicain , subsisteront en France, le règne de la liberté comme en Angleterre n'y sera point possible.

Qu'y a-t-il de vrai dans ce lieu commun que nous nous souvenons d'avoir combattu à outrance, il y a dix ans, sans que cela l'ait le moindrement affaibli et aucunement empêché de fleurir à la première page de ceux des journaux dont la mission est de persister à le considérer comme un argument sans réplique?

C'est ce que nous allons examiner avec autant do confiance dans l'avenir que le passé a dû' nous en léguer.

Dans un pays soumis au gouvernement d'un chef héréditaire, surtout si ce chef de dynastie a été élu par le suffrage universel, les partis dynastiques ou ^ntidynastiques n'ont de raisoa d'être, de raison d'espérerj de raison de lutter, de raison de triompher, que s'ils promettent de donner ce que

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refuse ou ce que fait trop longtemps attendre ce chef de dynastie ou ce chef de gouvernement.

Des exemples feront peut-être mieux comprendre notre pensée que les raisonnements; citons donc des exemples.

Supposons que l'égalité civile, que Fégalité de tous devant la loi n'existât pas en France; le parti qui promettrait de la donner intéresserait incontestablement à son triomphe tous ceux qui aspireraient à cette égalité et qui la considéreraient comme un progrès politique. D'où vient qu'aucun parti — parti légitimiste , parti orléaniste , parti républicain — ne se soit fait de la revendication de l'égalité civile une arme politique? C'est que, s'il la promettait, on lui rirait au nez en lui disant : Qu'est-ce donc que vous nous promettez là? Vous nous promettez ce que nous avons! Rentrez dans la tombe et dans l'oubli.

Supposons que le double vote ou que le cens électoral qui, dans leur temps, passèrent pour de si grosses et de si graves questions, n'aient point été balayés par deux révolutions : la révolution de 1830 et la révolution de 1848; le parti qui promettrait à tous les Français Agés de vingt et un ans le droit d'élire et même le droit d'être élus, pourrait espérer de rallier autour de son drapeau tous ceux qui , privés de ces deux droits, seraient fondés à se considérer comme des ilotes politiques. D'où vient que parti légitimiste, parti orléaniste, parti républicain, sont maintenant désarmés devant l'urne électorale? C'est qu'aucun d'eux ne peut promettre plus que ce qu'a donné le suffrage universel, proclamé en 1848, restreint en 1850, mais rétabli en 1851.

Supposons maintenant que la liberté, comme en Angleterre, comme en Belgique, comme en Suisse, existe en France, non pas seulement h l'état de fait et de tolérance, mais à l'état de droit et de garantie : que deviendraient, nous le demandons, les trois partis : parti légitimiste, parti orléaniste, parti républicain? Quelle raison d'être et de subsister conserveraient-ils? Quelle chance et quelle arme leur resteraient ? — Aucune.

Donc, si Ton veut anéantir d*un seul coup ces trois partis, rien n*e&t plus simple, plus facile, plus sûr. U n'y a qu'à donner à la France une liberté de laquelle ils ne puissent pas dire qu'ils lui en donneront une plus grande, ou mieux garantie.

Pourquoi la France ne revendique-t-elle plus Tégaiité ?

-- Parce que la France Ta.

— Pourquoi la France revendique-t-elle la liberté?

— Parce que la France ne Ta pas et qu'elle est humiliée d'entendre dire qu'elle ne l'a pas, lorsque l'Angleterre, la Belgique et la Suisse l'ont.

Que la liberté soit rendue à la France, et la France ne la revendiquera plus 1

La France n'ayant plus lien à revendiquer, ni égalité civile, ni égalité électorale, ni liberté politique, les partis n'auraient plus rien à lui promettre. N'ayant plus rien à lui promettre, ils disparaîtraient d'eux-mêmes comme les effets qui n'ont plus de cause.

Donc, pom* restituer à la France la liberté de droit qu'elle revendique plus encore peut-être par orgueil national que par besoin individuel, il ne faut pas attendre que les partis dynastiques ou antidynastiques se soient éteints, ce qui pourrait n'arriver jamais ; ce qu'il faut, au contraire, c'est se hâter de donner à la France la liberté pour leur enlever toute raison d'être et pour ôter aux prétendants toute chance de revenir. Ils n'en auront plus aucune ni d'être ni de revenir dès qu'aucun d'eux ne pourra plus dire que 'sous les Napoléons la France a telle liberté de moins que sous les Bourbons, que sous les d'Orléans ou que sous la république ; que de leur temps telle liberté avait telle garantie de plus. Nous nous souvenons d'avoir entendu dire au président Louis-Napoléon, le 1*' octobre 1851, au palais de l'Elysée, ce mot mémorable : € Je ne veux pas être la branche » cadetU du suffrage universel. > Le mot était profond; l'expérience a prouvé qu'il était juste. Non moins juste serait celui-ci : 9. Je ne veux pas être la branclie cadeiU de la liberté

» politique. > Le lendemain du jour où Tempereur Napoléon in le dirait, il aurait achevé de dissoudre les anciens partis; ils n'auraient plus ni cocarde ni drapeau, ils n'auraient plus de programme. Que leur resterait-il à promettre ? Dès que les partis n'ont plus rien à promettre, ils meurent, ils sont morts.

La liberté n'existant pas : le comte de Ghambord peut la promettre sans la donner, le comte de Paris peut la promettre et la donner. La liberté existant : que peut donner le comte de Paris? que peut promettre le comte de Ghambord? Douée de ce degré d'évidence, comment la vérité n'ouvre-t-eile pas les yeux de tous ceux qui sont dévoués à la dynastie impériale? Gomment ne comprennent-ils pas que liberté deviendrait aussitôt synonyme de stabilité ?

La liberté ne doit pas être le couronnement de l'édifice ; elle en doit être le fondement. Si ce n'est pas la liberté qui eh est le fondement, sur quel fondement l'édifice reposera-t'il donc ?

Pour donner à la France la liberté anglaise, cette liberté sans restriction laissée à la manifestation de toutes les opinions, comme au développement de tous les intérêts, quel temps sera jamais plus propice ? Le chef de la dynastie nouvelle a la confiance des masses, parce qu'elles sentent instinctivement qu'il a pour elles une profonde sympathie. Il a été trois fois leur élu et chaque fois avec une majorité de plus en plus voisine de l'unanimité. 11 brille à leurs yeux d'un prestige 4ue les partis peuvent aifecter de traiter dédaigneusement, mais ne peuvent sincèrement nier. La république de 1848, qui avait commencé en calmant bien des terreurs, a fini par tromper bien des espérances, par dissiper bien des illusions, par condamner bien des idées. De 1848 à 1863, quatorze années de stabilité ont refroidi beaucoup d'ardeurs et créé beaucoup d'intérêts dout la pesanteur forme lest. Si, avec im tel concours de circonstances favorables, la liberté n'est pas possible en France, il ne faut pas espérer qu'elle l'y soit jamais. — Ou jamais, ou tout de suite!

£1 lorsque nous concluons ainsi, qu'on ne s* imagine pas que cette conclusion nous soit dictée par Timpatience ! Non; elle ne nous est dictée que par la prévoyance des événements et par la logique des choses. Personne moins que nous ne s'exagère la puissance si étroitement limitée de la liberté ; personne moins que nous n'a besoin d'une tolérance plus grande que celle dont nous jouissons ; conséqueihment, personne n'est plus désintéressé que nous dans cette revendication. Aussi, n'est-ce pas au nom de la liberté qne nous demandons ici la liberté, c'est au nom de l'égalité internationale.

La France, qui a fait tant d'efforts coûteux, heureux et glorieux pour ne pas rester au-dessous de l'industrie britannique, finirait par être profondément blessée dans ses sentiments d'égalité et de nationalité si l'Angleterre devait donner longtemps encore son nom à la liberté.

La Patrie se prononce en ces termes pour la liberté française par la révolte et la conquête :

« Li liberté tant enviëe, qui respecte toujours ]es bases principales sar lesquelles i*eposent la société et Je pouvoir, cette liberté, la France peut-elle l'avoir? C'est k elle de le dire, car il dépend d'elle de $e rassurer. Les gouvernements ne peuvent pas plus être les seuls dispensateurs des libertés publiques qu'ils ne doivent être les seuls promoteurs des forces vitales des peuples. C'est aux nations qu'il appartient de les conquérir et de les appliquer. »

La Patrie, qui s'abstient de dire comment il dépend de la France de s'assurer la liberté qui lui manque, ajoute :

« Malheureusement, en France, la liberté a été trop souvent, selon l'éloquente expression de l'empereur, « la torche qui incendie », plutôt que m le flambeau qui éclaire », Quand en Angleterre ses efforts sont toujours lents et mesurés, en France son action est violente; là elle construit, ici elle sape. »

Nous ne saurions laisser passer sans démenti cette dernière assertion, involontairement mensongère et marquée au

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coin d'un manque de mémoire ressemblant à s'y méprendre à de Vingratitude.

Oublieux et ingrats que tous êtes, dirons-nous à la Pairie, vous calomniez la liberté lorsque tous dites qu'en Angleterre elle construit et qu'en France elle « sape » ! Est-ce que ce n'est pas la liberté qui a ramené en France les Bonaparte exilés par deux dynasties se succédant sans s'éclairer et sans changer d'errements?. Est-ce que sans la liberté de 1848 l'empire de 1852 existerait? Est-ce que ce n'est pas die qui l'a fondé?

Mais, fût-il vrai, ce qui ne l'est pas, fût-il vrai que la liberté en France y soit un inconvénient, même un péril, serait-ce un motif pour la sacrifier ?

A cette question, une autorité que la Pairie ne saurait récuser répond :

« C'est cet esprit qui, peu inquiet de l'honneur de la » France, a tout abandonné à la peur d'une anarchie qui » n'était pas à craindre... c'est une fausse idée que celle qui

> sacrifie mille avantages réels pour un inconvénient ou INAGl-

» NAiRE ou DE PEU D'IMPORTANCE. Elle tendrait donc à priver les

> hommes du feu parce qu'il incendie et de l'eau parce » qu'elle inonde ? »

La question est posée , il faut la vider.

Voilà trop longtemps qu'on porte indûment au compte de la liberté ce qui devrait être porté justement au compte de l'autorité! Finissons-en.

Nous nous adressons au journal la Patrie, qui élude, et nous lui disons : Éluder n'est pas répoudre. Répondez ou rétractez ces mots que vous avez imprimés : < En Angleterre » la liberté construit; en France elle sape. >

Montrez-nous donc en France ce que la liberté a sapé!

Est-ce la liberté, n'est-ce pas le désordre des finances qui a sapé le trône de Louis XYI ?

LA LIBERTÉ ANGLAISE i23

Est-ce la liberfé, n'est-ce pas la guerre qui a sapé le trAne de Napoléon I"?

Est-ce la liberté, n'est-ce pas la peur de la liberté qui a sapé le trône de Charles X ?

Est-ce la liberté, n'est-ce pas la même penr de la liberté qui a sapé le trône de Louis-Philippe ?

< La liberté anglaise, la liberté sans restriction laissée à la manifestation de toutes les opinions comme au développement de tous les intérêts, d etistait-elie en 1789?

Cette liberté existait-elle en 1814 et en 1815 ?

Existait-elle avant le 29 juillet 1830 ?

Existait-elle avant le 24 février 1848?

Répondez, répondez! Nous vous sommons de répondre au nom de la liberté par vous indignement calomniée.

En 1848, lorsque vous flattiez complaisamment la République, nous lui disions la vérité , et nous la lui avons dite assez crûment pour avoir acquis le droit de lui rendre publiquement justice sans courir le risque d'être accusé pour elle de partialité.

Or, la justice veut que nous reconnaissions et que vous reconnaissiez avec nous qu'il a dépendu de la république d'empêcher que l'élection du 10 décembre 1848 eût lieu. La république, au nom de sa conservation, pouvait suspendre la libellé de la presse. Elle pouvait restreindre la liberté du vote en décrétant l'înéligibilité des Bonaparte. Elle pouvait faire plus : elle pouvait, le lendemain des journées de juin, faire nommer le président de la république par acclamations de l'Assemblée nationale. Nous avons donc eu raison de vous dire que c'est la liberté qui a ramené en France les Bonaparte exilés, et que, sans la liberté de 1848 , l'empire de 1852 n'existerait pas. Pendant que vous souteniez à outrance la candidature du général Cavaignac, avons-nous eu, oui ou non , toute liberté de poser le premier et de défendre , sans lin seul jour de relâche , du 27 octobre au 10 décembre 1848, la candidature du prince Louis -Napoléon? Gomme vous n'avez pas usé, à cette époque, de la liberté dont nous

usions, il se peut que ces faits niaient point laissé de traces dans votre mémoire; il n'y a qu'un tel oubli qui puisse expliquer de votre part une telle phrase :

« La Presse noas rappeHe que c'est la liberté qui a rameDé la dynastie napoléonienne. C'est Jà une façon -toute particulière à la Presse d'apprécier les événements. »

A Foubli, joindrez-vous donc l'ignorance?

La Presse, sans se les approprier, avait cité ces belles paroles appliquées à la liberté : t On ne doit pas priver les 9 hommes du feu parce qu'it incendie, et de l'eau parce qu'elle » inonde. » Que faites-vous ? vous les qualifiez dédaigneusement de < théories que vous laissez de côté », les attribuant faussement à la Presse. Ignorant ! Rendez à César ce qui appartient à César. Rendez aussi à l'autorité ce qui appartient à l'autorilé, et ce qui n'appartient pas à la liberté. Continuez de dire qu'en Angleterre elle construit, mais ne dites plus qu'en France elle sape.

Cela est faux , et nous vous défions de prouver que cela soit vrai.

Selon la Patrie, c les gouvernements ne peuvent pas être » les seuls dispensateurs des libertés publiques. C est aux » nations qu'il appartient dé les conquérir. » M. Emile OUivîer, membre du Corps législatif, n'a pas la prétention de conquérir la liberté de réunion, pas même de Vacquérir; il se fût contenté d'obtenir l'aulorisation de convoquer une réunion publique dont l'objet non politique est défini dans la lettre suivante, adressée à M. le préfet de police :

« paris, 17 janvier 1863. » Monsieur le préfet,

» D'après la législation actuelle, aucune réunion publique ne peut avoir lieu sans une autorisation préalable; eu conséquence, je viens vous demander l'autorisation de convoquer une réunion publique, ayant pour but tpédai et exclusif de recueillir des sottscriptions en

laveur des ouTriera sans travail. Si, comme je Tespère, votre réponse est favorable, j'aurai l'honoeur de vous faire connaître le local choisi, le jour et l'heure, afin que vos a^^nu puissent constater que rien ne sera fait ou dit de contraire à l'ordre public et à la loi. » Agréez , etc.

M SMILI OLLITIEI, * Député, 29, nte Saini-Giiillmime. »

Cette autorisation, il n'a pu l'obtenir, ainsi qu'il le déclare en ces termes :

« Le dimanche, 35 janvier 1863, le commissaire de police de mon quartier est venu me dire qu'il était chargé, par M. le préfet de police , de m'annoncer verbalement que l'autorisation que je sollicitais ne m'était pas accordée.

» SMILI OLLITIEI. »

Que la Pairie veuille donc bien indiquer à M. Ollivier quelle voie il doit suivre, et comment il doit s'y prendre pour arriver à un exercice si simple d'une de ces « libertés publiques qu'il appartient aux nations de conquérir. » L'occasion est trop bonne pour que la PahU la laisse échapper.

Nous avons accusé le journal la Patrie de manquer de mémoire; nous adresserons le même reproche au Journal des DébaU, s'exprimant ainsi :

« La presse libre agissait beaucoup sur le suffrage restreint^ on peut croire qu'elle était une des causes de sa mobilité. Agirait-elle autant sur le suffrage universel? Lui communiquerait-elle quelque chose de sa mobilité naturelle? Ou bien le suffrage univerael lui résisterait-il par sa masse? Gomment les deui forces, la force d'impulsion et la force de résistance, se comporteraient-eUes et se combineraient-elles l'une avec l'autre? Qu'est-ce que la stabilité conservatrice du suffrage universel impose de retenue et de restrictions à la vivacité créatrice de la presse? Toutes questions discutables. A Dieu ne plaise que nous disions qu'il y a la moindre incompatibilité entre la liberté de la presse et le suffrage universel; nous croyons, au contraire, que le libre exercice du suffrage universel a besoin du libre exercice de la presse; mais nous comprenons que le jeu de ces deux grandes forces, qui doivent s'aviver ou s'amortir l'une par

Jlautre, étonne et inquiète quelques esprits* Qtiant à nous, nous nous contentons de dire que l'expérience définitive de la stabilité dn suffrage universel n'est pas faite > tant que ce sufragenaptu M mit enface de la liberté de lapreue, »

Nous nous bornerons à poser à M. Saint-Marc Girardin cette simple question : Est-ce que le suffrage universel n'a pas été mis trois fois en face de la liberté de la presse, la première fois le 28 avril 1848, la seconde fois le 10 décembre 1848, et la troisième fois le 13 mai 1849? Est-ce que par sa sagesse trois fois éprouvée il n'a pas confondu tous ses détracteurs et rassuré H. Saint-Marc Girardin lui-même ?

M. Saint-Marc Girardin en convient en ces termes :

R Celui qui écrit ces lignes doit confesser qu'il était du nombre de ceux qui craignaient les effets du suffrage universel. Il le croyait favorable à Tanarcbie. L'erreur était bien grande. Rien n'est si peu mobile que le suffrage universel , si j'en juge par Teipérience de dix ans. // est Wat que l'expérience iCa pas été faite dans des amditions décisives. Il faut , en effet , quand on juge de la stabilité du suffrage universel, tenir compte aussi de l'immobilité relative de la presse. On peut croire , sans aucune témérité de pensée , que toute institution qui n'a pas été soumise à l'expérience d'une presse libre n'a pas encore dit son dernier mot. »

La presse était libre en 1848, elle était libre en 1849; donc l'expérience qui a été faite en 1848 et en 1849 du suffrage universel peut et doit être considérée comme ayant été' faite dans des conditions décisives. Assez de problèmes restent à résoudre, pour que nous ne remettions pas en question ceux qui sont résolus.

29 janvier 1868.

Cette fois pas de méprise! Nous nous h&tons de prévenir qu*il s'agit d^une pure hypothèse. Il y a Thypothèse de Ptolémée, l'hypothèse de Tycho-Brahé, l'hypothèse de Copernic; nous consentons à ce que l'hypothèse qui va suivre se nomme l'hypothèse de Girardin.

Voici notre hypothèse :

Nous supposons que la liberté britannique a été importée en France; nous supposons que, s'étant piquée d'amourpropre, la France n'a pas voulu que la liberté stimulée, que la liberté française restât en arrière de la liberté importée, de la liberté anglaise; nous supposons, enfin, qu'en France comme en Angleterre :

Peat être imprimeur qui veut.

Peut fonder un journal qui veut,

Peuvent se réunir qui veulent,

Peuvent s'associer qui veulent.

Peuvent chômer qui veulent.

Nous supposons donc qu'en France comme en Angleterre :

La liberté de la presse existe,

La liberté de l'imprimerie existe,

La liberté de réunion existe,

La liberté d'association existe,

La liberté de la grève existe.

A l'cBuvre les partis! vite à l'œuvre! Il n'y a pas de temps' à perdre.

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A tout seigneur tout honneur! Parti légitimiste» passez le premier. Vous avez déjà à Paris trois journaux qui vivent maigrement : peu d'abonnés, conséquemment peu d'annonces. Si TOUS en fondez de nouveaux, de quoi les malheureux vivront-ils? Et qu'y mettrez-vous de plus que ce que vous mettez dans les anciens? Voyons, que demandez- vous? Vous ne pouvez plus demander la liberté de la presse, puis* que vous l'avez.. Vous ne pouvez plus dire qu'on vous oblige de cacher voire drapeau dans votre poche, puisque vous pouvez l'arborer au grand jour. Vous demandez l'établissement de Henri V sur le trône de ses pères. Demandezle franchement. Ne vous contraignez pas. Nommez Henri V par son nom, et ne vous donnez plus la peine de l'appeler : l'Ordre. Mais pourquoi Henri V à la place de Napoléon III, sinon pour rétablir le droit d*atnesse et supprimer la liberté? Henri V fera-t-il la France plus grande, plus glorieuse que Napoléon III? Non. Que gagnerait donc la France au départ de Napoléon III et au retour de Henri V ? Parlez ! expliquezvous. Si c'est pour détruire la liberté rendue par Napoléon m que vous voulez ramener Henri V, que la liberté soit votre tombeau! ce sera justice.

Parti orléaniste, à votre tour! Vous êtes représenté à Paris par un journal qui est aussi embarrassé de savoir ce qu'il veut qu'il est embarrassé pour le dire. Il vante la liberté, mais quelle liberté vante-t-il? Une liberté si étroitement restreinte, si fortement garrottée, si impitoyablement mutilée, qu'on pourrait se demander pourquoi changer le décret du 17 février 1852 contre la loi du 9 septembre 1835? Napoléon III, reconnaissant que la France, puissance territoriale du premier ordre, ne pouvait pas rester puissance morale du troisième ordre, nous a fait les égaux des Anglais en liberté. Sa dynastie et la liberté étant désormais indissolublement unies, l'une assure l'autre. Que gagnerait la France au remplacement de Napoléon III par le petit-fils de Louis-Philippe, sinon le rétablissement du cens électoral et la suppression du suffrage universel ? Parlez ! expliquez -vous. Si c'est pour

reprendre à la France sa liberté petit à petit, comme vous l'avez fait de 1830 à 1848, restez où vous êtes et où vous avez mérité d'aller !

Parti républicain, à Paris, vous n'aviez plus de journal : vous allez pouvoir en fonder un; peut-être aura-t-il grand'peine à vivre par ses abonnés, mais, comme autrefois, vous le soutiendrez par des cotisations. Ne vous gônez pas. Le parti légitimiste n'étant plus contraint de s'appeler l'Ordre, nom transparent, vous ne serez plus obligé de vous appeler la Liberté , nom tout aussi transparent. Plus de masque ! plus de visière ! Vous pouvez combattre à visage découvert. Vous pouvez proposer la république ! Mais pourquoi la république au lieu de l'empire, si la liberté sous la république ne peut pas être plus entière et mieux garantie que sous l'empire? Qu'y gagnera la France, sinon les agitations d'une élection tous les quatre ou cinq ans? Parlez! expliquez-vous. Si c'est pour vous diviser, si c'est pour vous proscrire alternativement, renoncez, renoncez à toute prétention au pouvoir et bornez-vous à défendre en toute matière et en toute circonstance l'intérêt du nombre le plus grand contre l'intérêt du nombre le plus petit, le droit contre le privilège, la règle contre l'exception, le juste et le vrai contre l'injuste et le faux, de telle sorte que naturellement l'empire, dans l'intérêt même de sa perpétuité, prenne sur vous son point d'appui.

Nous venons de raisonner dans l'hypothèse où les trois partis, qui sont l'argument dont on se sert pour ajourner la liberté sous l'empire, auraient la plénitude de la liberté et en. useraient. Eh bien , nous le demandons, seraient-ils à craindre ? Est-ce qu'on ne les a pas vus à l'œuvre, de la fin de 1849 au commencement de 1851? A celte époque, quel langage faisaient entendre le parti légitimiste et le parti orléaniste, tramant laborieusement une fusion qui ne s'est jamais accomplie ? — Ils criaient à la licence de la presse; ils montaient à l'assaut de la tribime législative pour voter lois sur lois contre le droit d'écrire, contre le droit de* se

réunir, contre le droit de s'associer. C'était là leur manière de revendiquer la liberté. A cette époque» quel accord régnait dans les rangs du parti républicain? N'était-ce pas la division de la division parmi les chefs et la confusion de la confusion parmi les idées, conséquemment la faiblesse?

En résumé , à qui a profité cette liberté qualifiée d'anarchie par tous ceux dont le marasme est l'idéal? N'est-ce pas à l'élu du 10 décembre, à la consolidation et à l'augmentation de son pouvoir? Est-ce que la liberté qui donnait de la vie n'est pas préférable au marasme qui en retire? Est-ce que le marasme n'a pas plus de dangers que la liberté n'a de périls? Est-ce qu'entre le défaut de vie et l'excès de vie, y eût-il excès, on peut hésiter? Est-ce qu'en France, où le suffrage universel existe, où il a été improvisé, où il a devancé l'instruction populaire, les élections ne se font pas avec un ordre qui n'a jamais régné et qui ne règne pas encore en Angleterre, où cependant le suffrage universel n'existe pas?

Ne craignons donc point d'importer en France la liberté anglaise ! Elle y fondera la stabilité française.

6 février 1893.

Le projet d'adresse du Corps législatif se compose de neuf paragraphes :

Le premier paragraphe a été voté après un seul discours prononcé par M. le vicomte Anatole Lemercier, qui a cité plusieurs faits qui montrent dans quelles inconséquences on tombe quand on préfère la liberté de fait à la liberté de droit! Rien de plus dangereux pour un goavemement que le régime du bon plaisir^ car tout ce que vous avex accordé la veille se retourne contre vous le lendemain si vous refusez à on ce que vous avez octroyé à d'autres. Gomment l'expérience n'a-t-eUe pas encore appris aux gouveniema»ts que désormais leur œuvre devait être celle-ci : Dégag*cr de plus en plus leur respcNssabilité? Le moyen, l'unique moyen d'atteindre ce but, c'est qu'en tout et partout les honnmes gouvernent de mmns e& moins et tes principes de fAm en plus.

Après le vote du prenier paragraphe^ M. Emile OUivier a pris la parole sur le second^ et avec la modérati(Mi pleine de fermeté qui caractérise son talent, il a rétabli la vérité sur ce qui arail été dit inexactement de la liberté en Angleterre, avant que les jacobites eusseiU fait place aux vi^ighs et aux tories. A l'appui de ses affirmations, si elles eussent été contredites, M. Emile Ollivier eût pu citer l'irréfutable témoignage du souverain dont M. le comte de Persigny est le ministre, et s*appuyer sur les belles pages qui ont pour

titre : Fragmbnts historiques. La preuve qu'au temps où il y avait des jacobites la liberté existait en Angleterre, ce sont les lignes suivantes.

« A Textérieur, Guillaume a un ennemi redoutable qui toujours le menace. Jacques II a conservé Tlrlande, et il est soutenu par les armées du plus grand souverain d'Europe , dont les volontés sont presque toujours accomplies parce qu'il a des grands hommes pour lei exécuter... Ce n'est plus avec un pouvoir illimité comme celui d'Elisabeth , mais AVic la libibtb , que Guillaume doit organiser un pays en fermefUaiion.,, Quel moyen emploiera-t-il donc pour surmonter tant de difficultés? — Un seul! et il lui réussira : c'est de rester fidèle à la cause de la révolution qui Ta appelé, et de la faire triompher, à l'intérieur par sa justice, à l'extérieur par son counge... Guillaume lit satisfit aux exigences de son époque et rétablit la tranquillité publique; mais s'il eût suivi la politique des Sluarts, il eût été renversé, et les ennemis de la nation anglaise, en voyant encore de nouveaux besoins de changements , eussent accusé le peuple d'inconséquence et de légèreté, au lieu d'accuser les gouvernants d'aveuglement et de perfidie; ils eussent dit que l'Angleterre éuit une nation iHoouviaiiAtu, ils l'eussent appelée comme Jacques II la nomma dans ses Mémoires : u^ib nation empoisosnib... »

Ce que Jacques II disait de la nation anglaise, n'est-ce pas exactement ce que disent de la nation française tous les journaux qui, après avoir été de 1852 à 1862 pour la liberté supprimée» veulent bien admettre maintenant la liberté différée ? Une phrase nous a personnellement touché dans le discours de M. Emile OUivier, c'est celle-ci : t Ma der- » nière parole est un retour triste sur les efforts infructueux » que nous ayons faits depuis six ans dans cette assem- » blée pour défendre les principes auxquels» nous en sommes » convaincu, la France doit revenir un jour. » Ce retour triste est un sentiment qu'en effet il est impossible de ne pas éprouver quand on voit à combien peu servent, sous toutes les formes» les revendications de la liberté les moins suspectes et les plus calmes.

M. Baroche, qui a mis dans sa réponse à M.OUiyier autant de talent et autant d'optimisme que M. Duchâtel répondant à M. Baroche en mettait, en 1847, au service des mêmes défiances, M. Baroche a laissé échapper cet aveu : « J'ai le » malheur... Thabitude de lire chaque matin à peu près tous » les journaux. »

M. Baroche a donc lu tout ce que nous avons eu l'inépuisable persistance d'écrire sur l'avantage qu'il y aurait, ' au point de vue de l'irresponsabililé gouveiiiementale , à substituer la décentralisation de la presse à la centralisation de la presse, et sur l'avantage qu'il y aurait, au point de vue de l'orgueil national , à substituer la liberté de droit à la liberté de fait, afin qu'à l'étranger, le Français qui y arrive n'y soit plus accueilli avec d'humiliantes doléances, feintes ou sincères, sur l'état d'oppression dans lequel il n'est pas vrai que nous soyons tombés en France, mais dans lequel il est vrai qu'on dit que nous sommes plongés. Si M. Baroche eût assisté comme nous et avec nous à certains congrès qui se sont tenus en Suisse et en Belgique, s'il eût entendu tout ce que nous y avons entendu dire avec d'accablantes apparences de vérité , s'il eût été témoin de l'accueil qui a é(é fait à nos protestations quand nous avons tenté de restreindre la part infiniment trop large faite aux exagérations, hors dés frontières, par l'imagination ou la passion, nous l'affirmons; nous ne craignons pas de l'affirmer, M. Baroche eût tenu au Corps législatif un tout autre langage : c'eût été celui de la fierté française réagissant vaillamment contre l'étranger, ce n'eût pas été celui d'une satisfaction par trop modeste. L'héritier du trône de Belgique, S. A. R. le duc de Brabant, assistait à Bruxelles, en septembre 1862, aux séances de Y Association internationale pour le progrès des sciences morales; le ministre de France n'y

assistait point. Qu'avait-il donc de plus important et de plus utile à faire ? N*était-il donc pas utile et important que la France connût exactement ce qu'on pense d'elle au dehors et ce qu'en, disent des hommes éclairés venus de tous les points de l'Europe, lorsqu'ils peuvent s'exprimer publiquement e( en toute liberté ?

Si la France, à la suite d'une bataille malheureuse, perdait le plus petit, le plus pauvre de ses départements, elle se croirait déshonorée, déchue /aux yeux de l'Europe! N'est-ce donc rien pour une grande nation telle que la France d'avoir perdu une grande part de la liberté dont elle a été en possession, ne fût-ce qu'une heure? N'est-ce donc rien pour la France, pour le Français, que d'être aux yeux de l'Europe et du m.onde, moins libre en 1862 qu'en 1848, et même qu'en 1847? La liberté eût-elle, ce que nous nions, la liberté eût-elle les périls «que M. Baroche lui impute sans les articuler, serait-ce une raison pour reculer devant eux, si l'hcmneur de la France était engagé & ce qu'elle les affrontât? La liberté, aux premiers jours de son efFervescence, bouillonnât-elle, ce qui n'aurait pas lieu, en émeutes qu'il fallût réprimer, dût-elle couler autant de sang qu'en coûte nous ne disons pas la plus petite guerre, nous disons la pins petite expédition lointaine , nous osons le demander à .M. Baroche, homme d'étude, homme de cabinet, homme de parole, homme de droit, car il n'est pas homme de canon rayé et de vaisseau cuirassé, comment se fait-il que lorsqu'il s'agit de guerre et que lorsqu'il s'agit de liberté, le goir^emement français ait deux poids et deux mesures : que, dans le premier cas^ il compte les périls pour si peu, et que, dans le second cas, il les compte pour autant ? Que , dans le premier cas, il soit si intrépide contre eux ; et que , dans le second cas, il le soit si peu? Que, dans le premier cas, plus les périls sont grands et plus il se croit obligé de les défler, de s'élever au-dessus d'eux, et que, dans le second cas, il suffit qu'ils soient imaginaires pour qu'il recule devant eux, quand il n'aurait qu'à marcher sur eux pour les dissiper?

Si M. Baroche, lecteur malheureux de malheureux journaux , n^avait eu à contredire que la voix d'un journaliste impuissant, «nous eussions peut-être compris la réponse qu*i] a faite au discours si modéré de M. Emile Ollivier, mais après les irréfutables pages que nous avons rappelées, que nous avons citées , que nous avons remises sous les yeux de M. le président du conseil d'État, son incompréhensible réponse, ne craignons point de le dire, est la négation de l'idée napoléonienne, parce qu'elle est l'oubli de la volonté dernière, de la volonté testamentaire de Napoléon I", volonté mûrie à Sainte -Hélène, de 1815 à 1821, par six années de méditations. Aurions- nous donc, nous simple écrivain , ne relevant que de nous seul , plus de confiance dans la parole des Napoléons et plus de respect pour elle que les hauts fonctionnaires qui paraissent en tenir si peu de compte? L'empereur Napoléon III, rendons-lui cette éclatante justice, n'a jamais renié, depuis 1852 , ce que le prince Louis-Napoléon Bonaparte a écrit avant 1848. Loin de là! il a fait réimprimer, en 1856, sans y rien changer, les trois volumes qui avaient paru en 1848. Il n'a pas mis en tête de ces volumes, réimprimés par Pion, édités par Amyot, ime préface au lecteur pour lui dire : « Ce que je pensais de la liberté, je ne le pense plus; ce que j'ai écrit en sa faveur, je ne l'écrirais plus; ce qu'en Suisse, en Angleterre, à « l'umversiié de Hem » , je considérais comme des vérités , éclairé maintenant par l'exercice du pouvoir, je le considère comme des erreurs et je le qualifie ainsi. Ayez foi en mes actes, mais u*ayez plus foi en mes écrits. Ils ont mérité le sort des écrits de Vauban, ils ont mérité le pilon. »

Non, non, l'empereur Napoléon III n'a jamais tracé de ligne de démarcation entre ce qu'il a écrit à deux époques très-différentes. Puisqu'il ne l'a point fait, nul, à sa place, n*a le droit de le faire. Tout ce qu'a dit M. Baroche est condamné par tout ce qu'a écrit l'empereur Napoléon III. Audessus de son discours, M. Baroche nous permettra de con* tinuer à mettre l'Évangile napoléonien. L'Idée napoléonienne

ne se bornait pas à admettre la liberté de la presse, la liberté de réunion , la sûreté de la personne et du domicile, rinviolabitilé du secret des lettres ; elle les revendiquait avec le même sentiment d'indignation patriotique et de fierté nationale blessée qui nous les fait réclamer, moins encore pour les Français que pour la France , moins encore pour notre garantie au dedans que pour notre honneur au dehors !

Nous le demandons à M. le président du conseil d'État , nous le lui demandons sans amertume, sans rancune, sans passion, sans récrimination, mais non Sânsune tristesse profonde, sans un abattement douloureux, quelle opinion veut*il qu'on se fasse & J'étranger, eu Angleterre , en Allemagne , en Autriche, en Belgique, en Italie, en Prusse, en Suisse, de la liberté de la presse et de la liberté de réunion, en France, lorsqu'on voit un membre du Corps législatif, M. Ollivier, à la modération duquel tous ses collègues sont unanimes pour rendre justice, qu'ils écoutent tous parler avec une attention sympathique, ne pouvoir obtenir de H. le ministre de l'intérieur ni l'autorisation de fonder un journal, ni l'autorisation de < convoquer une réunion publique ayant » pour but spécial et exclusif de recueillir des souscriptions » en faveur des ouvriers sans travail ? » Que pourra répondre le Français qui, au dehors, s'entendra dire avec raillerie ou avec compassion : c Pauvres Français qui n'avez plus de » liberté! » Quel poids auront ses paroles quand il répondra, comme nous avons essayé de le faire sans succès : < N'exagérez pas, nous sommes plus libres en France que vous ne le pensez et que vous ne le dites ? »

Le droit de réunion est une liberté anglaise dont M. Baroche a déclaré ne pas vouloir. S'il ne veut pas de la liberté de réunion, s'il ne veut pas de la liberté de la presse, de quelle liberté veut-il donc ?

Que faut-il entendre par la liberté anglaise proposée à la France comme modèle et comme but ? Ce n'était pas avant 1848, ce n'était pas avant 1852, c'est le 25 janvier 1863 que

l'empereur, s'adressant à la France, représentée par ses glorieux exposants, s'exprimait ainsi : t Vous avez dû être » frappés en Angleterre de cette liberté sans restriction lais-

> sée à la manifestation de toutes les opinions comme au » développement de tous les intérêts... Voilà à quelles con-

> ditions existent en Angleterre cette merveilleuse activité, » cette indépendance absolue. La France y parviendra aussi

> le jour où nous aurons consolidé les bases indispensables

> à rétablissement d'une entière liberté. Travaillons donc

> de tous nos efforts à imiter de si profitables exemples... » Comment la France profitera-t-elle de si profitables exemples, si elle demeure , en fait de liberté , sous le régime par trop protecteur de la prohibition ? Gommeut apprendra-t-elle à se réunir, si elle ne se réunit jamais? N'est-ce pas, au contraire, en se réunissant parfois dans un but spécial ne touchant à la politique qu'indirectement et que discrètement , qu'elle se formera à l'exercice calme et régulier du droit de réunion? M. Baroche craint que la liberté de réunion ne soit l'agglomération de vingt à trente mille personnes se battant non comme en Angleterre, « à coups de poing efà coups de

> bâton, mais avec des armés plus dangereuses et plus » funestes. » Quels sont les faits à la connaissance personnelle de M. Baroche qui ont pu lui donner de telles craintes? Est-ce qu'aux plus mauvais jours de 1848 on se battait dans les clubs? Est-ce qu'en novembre et décembre 1848, )es partisans du général Cavaignac sabraient les partisans de Louis-Napoléon ? Est-ce que ceux de Louis- Napoléon fusillaient ceux du général Cavaignac? Est-ce qu'ime seule rixe a fait verser à cette époque une seule goutte de sang ? Est-ce que ce n'est pas, au contraire, l'honneur de l'élection du 10 décembre 1848 d'avoir eu lieu sans baïonnettes, sans état de siège, en toute liberté de presse, en toute liberté de réunion? Et cependant, quelle épreuve fut jamais plus critique , conséquemment plus décisive ! Le pouvoir était aux mains de ceux qui avaient renversé un trône et qui craignaient que le retour des Bonaparte ne fût

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le rétablissement de la forme monarchique ; le pouvoir, par ses agents, faisait donc tout ce qu'il pouvait faire pour conjurer ce qu'il considérait comme un immense péril: de là certaines pressions aux prises avec de nombreuses défiances, qui auraient pu dégénérer les unes et les autres en provocations mutuelles et en explosion violente. Eh bien, rien de ce qui était à craindre ne s'est réalisé ; l'élection du 1 0 décembre s'est accomplie dans le calme le plus exemplaire et avec une sagesse que la liberté anglaise n'a jamais égalée ni dans ses meeUngs ni dans ses husUngs. Lorsque la France a montré que, même dans le plein exercice de la liberté, elle était au moins l'égale de l'Angleterre, sinon au-dessus d'elle , ne rabaissons pas la France au-dessous de T Angleterre, ne la rabaissons pas au-dessous de la Belgique, ne la rabaissons pas au-dessous de la Suisse, ne la faisons pas descendre au quatrième échelon de l'échelle de la liberté comparée ! De puissance territoriale du premier ordre n'en faisons pas une puissance libérale du quatrième ordre !

Que M. Baroche, qui aura le malheur de Ure ce qui précède, y réfléchisse de nouveau, et que l'impuissance de la presse sur lui serve du moins à le convertir à la liberté de la presse 1

Il va sans dire que l'amendement des cinq a été rejeté. Affermir chacun dans les convictions qu'il a sans en changer aucune, voilà à quoi sert la liberté de la tribune et de la presse! Où donc alors est le danger de laisser la parole à chacun, selon ses convictions?

n est des débats dans lesquels nous n'avons jamais h&te d'entrer, ce sont ceux où il n'est au pouvoir de personne de rien changer à ce qui a été fait. Autant il nous plaît d'examiner sous toutes ses faces une question à résoudre, autant il nous répugne de retourner le fer dans une plaie doulou-

reose. De l'avoiir, qui appartient à tout le inonde, nous faisons beaucoup de cas ; du passé, qui n'appartient à personne, nous en faisons très-peu. Habitué à regarder foujours devant nous, rairement il nous arrive de nous arrêter pour regarder en arrière. Quel est le gouvernement qui ne commet pas d'erreurs? Ce que nous voudrions seulement, c'est qu'elles lui servissent de leçons , c'est qu'elles fussent à l'expérience ce que la semence est à la récolte : c'est qu'elles l'éclairassent sur la nécessité de prendre pour guides des principes éprouvés, au lieu de prendre pour conseils des considérations trompeuses.

S on le voulait, la politique pourrait être ramenée à des préceptes très-simples et en fort petit nombre ! Pour être la première nation peut-être en Europe, qu'est-ce que la France aurait à faire? La France n'a qu'à s'ocoiper d'elle exclusivement; elle n'a qu'à développer par le travail toutes les d[K>ndantes richesses qu'offre son territoire, et par la liberté tontes les précieuses aptitudes que renferme sa population.

Pour être certainement la nation de l'Europe la plus forte et la plus riche, elle n'a besoin que d'être la plus laborieuse et la plus libre. Qu'elle achève toutes ses voies de circulation encore incomplètes, encore imparfaites ; qu'elle demande au crédit les moyens de réformer son régime fiscal, régime qui fait obstacle plus qu'on ne croit au libre essor de l'activité nationale ; qu'elle étende du centre à la circonférence, avec plus d'équité et moins de parcimonie, une civilisation dont il n'est pas juste, dont il n'est pas bon que Paris conserve trop longtemps le monopole au détriment des départements! Qu'elle fasse enfin ses affaires, et qu'elle les fasse bien, sans se mêler des affaires des autres peuples! S'ils font mal les leurs, tant pis pour eux. Qu'elle abandonne la vieille politique d'antagonisme, qui ne mène jamais qu'aux compUcalions et aux mécomptes, alors même que cette politique commence par prendre le chemin du succès ! Qu'elle dédaigne toutes ces petites rivalités d'influence que suscitent à distance des diplomates qui ont besoin, pour avancer, de faire parler

d'eux, et qui pour se faire cuire deux œufs mettraient le feu aux quatre coins du monde! Qu'elle renonce désormais à toutes ces expéditions coûteuses en Chine, en Gochînchine et ailleurs! Qu'elle rapporte du Mexique une nouvelle règle de conduite à l'égard de ceux de nos nationaux qui partent de France pour aller chercher fortune au loin ! Qu'au lieu de les inciter à porter avec eux le nom français dans des contrées où la civilisation ne leur présente point de garanties suffisantes, où la discorde règne, où les partis se disputent tour à tour le pouvoir pour se proscrire successivement, où le gouvernement n'a aucune stabilité, où le crédit est un leurre, où le commerce est une aventure, elle les avertisse, au contraire , que s'ils y vont , ce sera à leurs risques et périls, qu'ils n'auront point à compter sur la protection inconsidérée du drapeau français! Il faut être logique. Si l'on veut que l'État réduise au dedans de plus en plus ses attributions, il ne faut pas vouloir qu'il les étende au dehors sur tous les points du globe. C'est à l'individu à n'aller que là où il croit pouvoir se suffire à lui-même. Plus de solidarité ruineuse qui, pour protéger quelques marchands» arrache à. la charrue et à la pèche de vigoureux cultivateurs, d'habiles pécheurs, les convertit en soldats et en marins, et les transporte à deux mille, à quatre mille, à six mille lieues de leur commune pour y mourir de la dyssenteric, sans même avoir la consolation de ia gloire, que donnent le péril affronté, une bataille livrée, une victoire remportée!

M. Anatole Lemercier est pour le maintien de l'Union américaine; nous aussi, nous eussions bien voulu que l'Union ne se rompit jamais et qu'elle continuât toujours de montrer à l'Europe ce que la liberté, puissance attractive, peut faire en quelques années, de territoires peuplés d'ani-

maux féroces, couverts de forêts inaccessibles, sans chemins, sans maisons, sans villes, sans habitants. Mais il est des faits accomplis qu'il faut savoir accepter. Si l'union doit se rétablir entre le Nord et le Sud des États désunis , ce ne sera plus, ce ne peut plus être qu'après que la séparation aura été consommée de droit comme de fait, et que l'expérience en aura révélé tous les inconvénients aux séparatistes, dont il est possible qu'elle trahisse les espérances. M. Anatole Lemercier voudrait que la France fit entendre ses conseils au Sud pour lui prouver qu'elle ne le reconnaîtra pas, et au Nord pour obtenir des concessions. Le mot de concessions est aussi facile à dire à une tribune qu'à écrire dans un journal; mais, ce qui est moins facile, c'est de lui donner une signification précise. Quelles concessions le Nord peut-il 'faire au Sud? C'est ce que M. Anatole Lemercier n'a point précisé, par une excellente raison, c'est que les préciser lui eût été impossible. Il n'est malheureusement pas au pouvoir, du Nord d'offrir ni d'accepter aucune concession. Ce que veut le Sud, c'est la séparation. Il faut ou l'accepter ou la refuser. Il n'y a plus de compromis possibles; et d'ailleurs à quoi ont servi les compromis? Tant de coups de canon se tirent encore, tant de cadavres entassés ont formé un mont tumulaire trop élevé .entre ie Nord et le Sud pour que les conseils de la France aient aucune chance d'être entendus ! Telle que la question est posée, il n'y a plus qu'une bataille décisive qui puisse la trancher. Où la raison a perdu son empire, ii n'y a plus que la force qui conserve le sien.

Un amendement se proposant pour objet d'encourager SOT une large échelle la culture du coton en Algérie et au Sénégal, avait été présenté par un grand nombre de députés, qui se sont empressés de le retirer après quelques mots de H. le ministre sans portefeuille Magne; nous n'en regret-

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tons pas le retrait, parce que noas ne croyons pas que la question du coton* soit simplement une question de culture du coton. Si Rouen souffre cruellement de la priration de coton, est*ce que Lyon ne souffrirait pas non moins cruellement de la cessation d'échanges avec l'Amérique le jour bù la France serait en mesure de s'approvisionner par ellemême de coton, qu'elle aurait produit dans ses colonies? L'échange établi a ses lois dans lesquelles les États ne sauraient trop soigneusement se garder d'intervenir, de peur de les fausser ou d'y jeter la |)ertoil>ation. C'est au commerce, c'est à l'industrie, c'est à la spéculation, c'est à l'initiative individuelle de tenter, à ses risques et périls, ce qu'elle juge avantageux d'entreprendre. Si elle trouve qu'il est plus avantageux de planter que d'acheter, qu'elle plante ! Si elle trouve qu'il est plus avantageux d^acheter que de planter, qu'elle achète! A chacun son œuvre; celle de l'Ëtat, ce n'est point de ^associer à l'initiative individuelle , c'est de s'élever au-dessus d'elle dans la haute région des principes immuables; c'est de lui assurer sous toutes les formes, et, s'il est possible, sur tous les points du globe, une liberté qui ne soit pas précaire, une liberté qui soit une base inébranlable, une liberté sur laquelle le commerce puisse assurer ses opérations, sans avt>ir à craindre qu'elle loi soit retirée ou diminuée, une liberté enfin qui soit la table de probabilités de tous ses calculs! Si rentière liberté des mers existait, si elle était inviolablement garantie, si elle était l'entière liberté des échanges, que de risques existant encore disparaîtraient! que de questions paraissant encore inexplicables se simplifieraient et se dénoueraient d'elles-mêmes! En 1863, nous ne voyons que le coton qui nous manque. N'oublions pas que le blé, qui nous a souvent manqué, pourrait nous manquer encore. SoavenoosHioœ que l'Amérique, qui nous achetait nos étoffes de soie, nous vendait ses sacs de farine, et qu'avec le prix des soieries que noas lui vendions, nous lui payions le prix du Ué que nous lui achetions. Politique! politique! si tu faisais sagement, tu

changerais ton nom, ta t'appellerais Économie, et tu substituerais au pouvoir le savoir, à l'autorité la liberté.

LiiiERTÉ est le dernier mot de l'adresse du Corps législatif. S'adressant à l'empereur, elle conclut en ces termes :

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