C ALLIANCE DE VOTKB DYNASTIE ET DE LA LIBERTÉ
Ce n'est pas encore le mouvement démontré par le mouvement ; mais il semble que tout soit prêt et qu'il n'y ait plus que le signal à donner pour confondre les calomniateurs qui, dans les deux camps opposés, camp des senfiies et camp des hostiles, répètent à l'unisson qu'empire et liberté sont incompatibles et inconciliables.
Pourquoi donc et en quoi donc l'empire et la liberté seraient-ils inconciliables et incompatibles ?
Est*ce que l'empire n'a pas pour base le suffrage universel?Bst-ce que 7,482,863 électeurs, sur 7,780,307 votants, ne se sont pas prononcés pour l'empire le 20 novembre 1852 ? Nous connaissons l'objection qui nous sera faite à voix basse et que nous allons répéter .à voix haute. L'objection consiste à dire qu'en l'an de pouvoir 1852, la liberté de la presse, la liberté de réunion n'existant pas, la liberté du vote a manqué de garantie et de sanction. Oui, nous en convenons, cette objection serait grave si l'élection du 20 novembre 1852, si l'élection du 20 décembre t851 n'avaient pas été précédées l'une et l'autre par l'élection du 10 décembre 1848, laquelle a eu lien, on ne le contestera pas, en plein exercice de la liberté de k presse , de la liberté d'affichage, de la liberté de colportage, de la liberté de réunion, ce qui ne l'a pas empêchée de réunir 5,562,834 suffrages contre 1,469,166 voix données au général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif. Soyons de bonne foi : est-ce que de l'élection du 10 décembre il n'est pas juste d'inférer que, la liberté de la presse et la liberté de réunion existant en
1852 au même degré qu'en 1848, l'élection du 20 novembre eût été également assurée? Le courant qui, en 1848, avait entraîné les masses, malgré tous les efforts tentés pour les contenir et les retenir, était-il, en 1852, moins profond, moins rapide? Mais, si l'objection que nous venons d'exposer paraissait sans consistance, elle n'est pas sans importance, en ce point qu'elle prouve qu'affaiblir par une déflance le principe qu'on personnifie, c'est s'affaiblir soi-même et risquer de mettre le doute à la place de la certitude. Si en novembre 1852 la liberté de la presse et la liberté de réunion eussent existé comme en décembre 1848, il est incontestable que, devant l'histoire, l'empire y eût encore gagné, alors même qu'il y eût perdu un million de voix, car au jour du dernier jugement terrestre, ce ne sont plus les considérations et les nombres qui pèsent, ce sont les principes et les actes. Aussi, pour les élections prochaines, serait-il, à notre avis, d'une bonne et grande politique, tout à fait digne du grand nom de Napoléon , qu'elles fussent comme la femme de César, qu'elles ne pussent pas même être soupçonnées; qu'elles se fissent en toute liberté, en toute sincérité, sous la double garantie de la liberté de la presse et de la liberté de réunion, telles que ces deux libertés existèrent en avril et en décembre 1848, ainsi qu'en mai 1849. L'opposition parlementaire, qui se compose actuellement de 5 députés sur 267, se décuplàt-elle et fût-elle de 50, où serait le danger? où serait seulement l'inconvénient? En vérité, de si près que nops y regardions, nous ne le voyons pas. Mais ce que nous voyons, c'est le prestige, c'est la force que l'empire puiserait dans une politique nouvelle qui lui permettrait de dire hautement: c Désormais, la France, qui marchait derrière l'Angleterre, la Belgique et la Suisse, n'a plus rien à envier aux autres nations; il n'en est plus aucune qui la devance ou la dépasse en liberté. C'est à la fois la nation la plus libre et la plus forte. »
Il faudrait ne point connaître la France pour n'être pas sûr, cent fois sûr que si l'abrogalion de toutes les mesures
restrictives qui ont été mises à Texercice de la liberté de la presse et de la liberté de réunion avait lieu, le dernier jour de la dernière session législative, sur Finiliativc de l'empereur, les élections nouvelles seraient marquées au coin de l'enthousiasme le plus profond et de la confiance la plus étendue. Cette grande mesiure, qui paraîtrait si hardie, et qui le serait si peu, que serait-elle, en définitive? Elle ne serait que le strict accomplissement de la volonté dernière de l'empereur Napoléon I*', dictant au général Bertrand ces paroles authentiques adressées au roi Joseph : c Dites à mon fils qu'il se rappelle avant tout qu'il » est Français, et qu'il donne a la nation autant de liberté
> QUE JE LUI AI DONNÉ d'ÉGALITÉ. »
Il n'est pas toujours au pouvoir d'un gouvernement de garantir la paix, mais il est toujours en son pouvoir de donner la liberté. S'il est rare qu'on n'abusepas de la liberté qu'on a conquise, il est plus rare encore qu'on abuse de la liberté qu'on a acquise. La liberté que l'on conquiert, c'est la révolution; la liberté que l'on acquiert, c'est la civilisalion. Aussi, pour la France, vaudrait-il mieux qu'elle la reçût que de la prendre.
Arrière, arrière les calomniateurs ! Non , la liberté et l'empire ne sont point incompatibles et inconciliables. Nous en avons pour garant les paroles de Napoléon V' à son fils, paroles que nous venons de citer, les paroles de son frère le roi Joseph , les paroles enfin de Napoléon III , que nous allons rapporter.
Voici en quels termes le roi Joseph, dépositaire de la pensée et de la volonté de Napoléon I*', les a consignées dans ses Mémoires :
.(V La trop longue dictature de Napoléon Ta fait méconnaître; mais elle fut prolongée par Tobstination de» ennemis de la Révolution, qui prétendirent détruire en lui le principe de la souveraineté nationale dont il émanait. A la paix générale, le suffjrage universel, la liberté de la presse et toutes les garanties de Téternelle prospérité d'une grande nation qui étaient dans la pensée de Napoléon l'eussent dévoilé tout entier à la France iet en eussent fait le plus grand homme de
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l'histoire. Sa peoiëe tout entière m'a été connue, mon devoir est de la proclamer hautement. Je suis convaincu que Nap^oléon voulait laisser une monarchie constitutionnelle sur les bases de la représentation nationale, celle de l'égalité et de la liberté.
» Un homme d'autant de génie ne pouvait vouloir que ce qui était convenable au peuple français, et, s'il vivait aujourd'hui, il rendrait la France aussi heureuse par ses institutions que l'heureux pays que j'habite (les États-Unis), qui prouve que les institutions libérales rendent les peuples heureux et sages. Le Gode Napoléon dépose en faveur des intentions libérales de son auteur.
» Napoléon avait pris les mot&pour détruire les choses; il me disait souvent : « // me faut encore dix ans pour donner une entière liberté. » Il était élève de Platon et des philosophes, et cependant il me répétait souvent : « Je ne fais pas ce que je veux, mais ce que je peux; les « Anglais me forcent à vivre au jour le jour. » Il lui a manqué dix ans de paix générale. »
S*il suffit de bien parler de la liberté pour la bien comprendre, nous pouvons sans crainte affirmer ici que jamais elle n'a été mieux comprise que par Tempereur Napolé(m III, et seront de notre avis tous ceux qui liront ces admirables lignes, que devraient apprendre et savoir par cc»ir tous les Français :
ft La liberté suivra la même marche que la religion chrétienne. Arme de mort pour la vieille société païenoe, le christianisme a excité pendant longtemps la crainte et la haine des peuples; puis, à force de martyres et de persécutions, la religion du Christ a pénétré dans les esprits et dans les consciences; bientôt elle eut à ses ordres des armées et des rois; Constantin et Charlemagne la promenèrent triomphante en Europe* Alors la religion déposa ses armes de guerre ; elle dévoila à tous les yeux les principes d'ordre et de paix qu'elle renfermait, et devint l'élément organisateur des sociétés, à l'appui même du pouvoir. Il en sera ainsi de la liberté. Elle a déjà eu les mêmes phases. En 1798, elle effraya les peaples autant que les souverains; puis, ayant revêtu des formes plus douces, elle s'inainiia partout à la suite de nos bataillons. En 1815, tous les partis adoptèrent son drapeau, et s'étayant de la force morale', ils se couvrirent de ses couleurs. L'adoption n'était pas sincère ; la liberté fut obligée de reprendre son armure de guerre. Avec la lutte reparurent les craintes. Espérons que bientôt elles cesseront, et que la liberté revêtira ses habits de fête pour ne plus les quitter. »
Cette mémorable page n'est pas la seule que nous pourrions citer ; nous pourrions encore y ajouter :
« Le plus difficile n'est pas d'acquérir la liberté , c'est de la conserver; et comment la conserver lorsque ceui qui devraient la défendre Tattaqueiit sans cesse? Ce n'est plus seulement la force brutale qui commande ou la trahison qui tue , c'est un esprit de doctrine qui détruit tout germe vital. C'est cet esprit qui, peu inquiet de Thonneur de la France, a tout abandonné à la penr d'une anarchie qui n'était pas à craindre ou d'une guerre que nous ne pouvions redouter. C'est une fausse idée d'utilité que celle qui sacrifie mille avantages réels pour un inconvénient ou imaginaire ou de peu d'importance. Elle tendrait donc à priver les hommes dit feu parce qu'il incendie et de l'eau parce qu'elle inonde. Ah! pourquoi la belle révolution de Juillet a-t-elle été flétrie par des hommes qui , redoutant de planter l'arbre de la liberté, ne veulent qu'en greffer les rameaux sur un tronc que les siècles ont pourri et dont la civilisation ne veut plus! »
Puis celle-là :
« L'agitation qui règne dans tous les pays , l'amour de la liberté qui s'est emparé de tous les esprits, l'énergie que la confiance dans une bonne cause a mise dans toutes les âmes, tous les indices d'un désir impérieux nous mèneront à un bon résultat; oui, le jour viendra, et peut-être n'est-il pas loin, où la vertu triomphera de l'intrigue, oii le mérite aura plus de force que les préjugés, oii la gloire couronnera la liberté. Pour arriver à ce but, chacun a rêvé des moyens différents; je crois qu'on ne peut y parvenir qu'en réuoissaiit les deux causes populaires, celle de Napoléon II et celle de la République : le fils du grand homme est le seul représentant de la plus grande gloire , comme la République celui de la plus grande liberté. »
JPuis celte autre :
N La liberté est comme un fleuve : pour qu'elle apporte l'abondance et non la dévastation, il faut qu'on lui creuse un lit large et profond. Si , dans son cours régulier et majestueux , elle reste dans ses limites naturelles, les pays qu'elle traverse bénissent son passage; mais si elle vient comme un torrent qui déborde, on la regarde comme le plus terrible des fléaux; elle éveille toutes les haines, et Ton voit alors des hommes, dans leur prévention, repousser la liberté parce qu'elle détruit, comme si l'on devait bannir le feu parce qu'il brûle et l'eau parce qu'elle inonde. »
Puis cette incontestable yérité :
« Il n'y a jamais eu chez les peuples libres de gouvernement asscs fort pour réprimer longtemps la liberté à l'intérieur sans donner la gloire au dehors. »
Si Ton rapproche ces glorifications réitérées de la liberté du dernier discours prononcé par rempereur, il ne paraîtra
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téméraire à personne d'en conclure que la liberté, la liberté entière, la liberté prochaine est au fond de la pensée impériale, et que la liberté en sortira tout à coup et sans restriction, comme en est sortie l'amnistie le 16 août 1859, au moment où Ton s'y attendait le moins. Qu'il en soit ainsi, et, cette fois, ces paroles datées d'Arenenberg, 2iuillet 1838, seront une vérité :
if Républicain», juftie-milieu, légitimistes, tous ceux qui veulent un gouvernement fort, une liberté réelle, une attitude gouvernementale imposante, tous ceux-là, dis-je, sont napoléonistes , qu'ils s'en rendent compte ou non. »
On le voit, l'alliance de l'empire avec la liberté dont parle le projet d'adresse du Corps législatif, loin d'être en désaccord avec la pensée impériale, est, au contraire, en parfait accord avec elle. Qu'est-ce que l'empire, étant la liberté, aurait à redouter d'elle? A cette question, nous trouvons la réponse toute faite en ces termes par l'emi^ereur luimême :
ff Le gouvernement de Napoléon, plus que tout autre, pouvait supporter la liberté, par cette unique raison que la liberté eût raffermi son trône , tandis qu'elle renverse les trônes qui n'ont pas de base solide. La liberté eût affermi sa puissance, parce que Na|>o!éon avait établi tout ce qui doit précéder la liberté; parce que son pouvoir reposait sur la masse entière de la nation; parce que ses intérêts étaient les mêmes que ceux du peuple ; parce qu'enfin la confiance la plus entière régnait entre gouvernant et gouvernés. »
et Napoléon nous menait k la liberté, comme le soc de fer qni creuse les sillons prépare la fertilité des campagnes. »
e C'était un but immense d'habituer la nation à la véritable liberté, en créant une administration loyale, probe et juste, qui eût rejeté loin d'elle les errements des gouvernements du passé, qui croyaient ne pouvoir contre-balancer les institutions libérales qu'en dominant les masses par l'intimidation et en gagnant les chefs par la corruption.
» C'était un but immense d'assurer la tranquillité du foyer domestique et de retremper les caractères en élargissant les garanties qni' protègent la liberté individuelle, en réunissant les hommes par l'association , en leur apprenant que la véritable indépendance est la soumission à une loi consentie par tous. »
« Le malheur du règne de l'empereur Napoléon est de n'avoir pu recueillir tout ce qu'il avait semé : c'est d'avoir délivré la France avant d'avoir pu la rendre libre. »
Qu'est-ce que la liberté rétablie par l'empire aurait à redouter de lui? A cette question, nous trouvons encore la réponse également toute faite par l'empereur :
«r Nos besoioi $ont régalilë et la liberté ; notre nature c'est d'être les ardents promoteurs de la civilisation; notre condition d'existence est d'être forts afin de défendre notre indépendance. Ainsi donc, pour être libres, indépendants et forts, il nous faut un pouvoir national, c'est-à-dire un pouvoir dont tous les éléments se retrempent dans le peuple, seule source de tout ce qui est grand et généreux. »
« L'harmonie entre le gouvernement et les gouvernés ne peut exister que de deux manières : lorsque le peuple se laisse gouverner par la volonté d'un seul , ^Ôu lorsque le chef gouverne d'après la volonté de tous. Dans le premier cas, c'est le despotisme; dans le second , c'est la liberté. La tranquillité de l'un est le silence des tom< beaux ; la tranquillité de l'autre est la sérénité d'un ciel pur. »
Essayera-t-on de dire que ce sont là des généralités qui, par leur vague, échappent à la nécessité de l'application ? Si une pareille objection nous était inconsidérément faite, nous y répondrions péremptoirement par les citations suivantes, qui, celles-ci, sont très-précises :
<c La liberté est un vain mot, si l'on ne peut exprimer librement par écrit ses pensées et ses opinions. »
« La liberté de la presse permettant k chacun de faire connaître ses opinions , on écrit aujourd'hui ce qu'on se serait contenté de penser autrefois, et la persuasion d'un meilleur avenir stimule toutes les capacités, quelque faibles qu'elles soient. Une des raisons qui encouragent les patriotes à écrire, c'est le désir ardent d'améliorer la con<dîtion des peuples, car si l'on jette un coup d'œil sur les ^destinées des diverses nations, on recule d'épouvante et l'on élève alors la voix pour défendre les droits de la raison et de l'humanité. En effet, que voit-on partout? Le bien-être de tous sacrifié non aux besoins , mais aux caprices d'un petit nombre. Partout deux partis en présence : l'un qui marche vers l'avenir pour atteindre l'utile, l'autre qui se cramponne au paésé pour conserver les abus. Là , on voit un despote qoi opprime; ici, un élu du peuple qui corrompt; là, un peuple esclave qui meurt pour acquérir son indépendance; ici, un peuple libre qui languit parce qu'on lui dérobe sa victoire. »
a Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière; le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits, i»
a Le cautionnement pour les feuilles périodiques est aboli. »
« La liberté de la presse n'eàt servi qu'à mettre en évidence la
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grandeur des conceptions de Napoléon, qu'à proclamer les bienfaits de son règne. Général, consul, empereur, ayant tout fait pour le pays, eût-il craint qu'on lui reprochât des conquêtes qui n'avaient eu pour résultat que la prospérité et la grandeur de la France , que la paix An monde? Non, ce n'était pas un gouvernement resplendissant de lauriers civils et militaires qui pouvait redouter le grand jour! Plus une autorité a de force morale, moins l'emploi de la force matérielle lui est nécessaire; plus l'opinion lui confère de pouvoir, plus elle peut se dispenser d'en faire usage. »
«r II faut régner ou par la force morale ou par la force brutale. »
«r Le peuple français donne asile aux étrangers bannis de leur pays pour la cause de la liberté. »
« Au lieu de s'efforcer d'introduire en France la constitution aristocratique de l'Angleterre, nous voudrions que nos hommes d'État adoptassent de la Grande-Bretagne les institutions qui protègent lu liberté individuelle, qui développent l'esprit d'association et forment l'esprit de légalité. »
a En Angleterre, la plupart des questions importantes, avant d'ètie portées au Parlement, ont été approfondies et discutées dans une foule de réunions publiques ou privées qui sont comme autant de rouages qui épluchent, broient et pétrissent la matière politique avant qu'elle passe sous le grand laminoir parlementaire. »
<t Le droit d'association est la base fondamentale d'un gouvernement représentatif. »
« Ne devon»4ious pas rougir )en songeant q«e même l'Irlande , la malheureuse Irlande , jouit, sous certains rapports, d'une plus grande liberté que la France de Juillet ? Ici , par exemple , vingt personnes ne peuvent se réunir sans l'autorisation de la police, tandis que, dans la patrie d'O'Connell , des milliers d'hommes se rassemblent, discutent leurs intérêts, menacent les fondements de l'empire britannique, sans qu'un ministre ose violer la loi qui protège, en Angleterre, le droit d'association. Répétons-le donc en terminant, la France n'est point constituée selon ses moeurs, ses intérêts, tes besoins; ni le pouvoir ni la liberté ne sont solidement constitués. »
a Ce ne sont pas seulement les lois qui protègent les citoyens, c'est aussi la manière dont elles sont exécutées, c'est la manière dont le gouvernement exerce le pouvoir. En Angleterre , l'autorité n'est jamais passionnée : ses allures sont modérées et toujours légales; aussi n'y oonnaît-on pas les violations du domicile d'un citoyen , aniquelles on est si sujet en France, sous le nom de visites domiciliaires ; on resi^ecte le secret des familles en laissant intactes les coricspondances ; on ne gêne en rien la première des libertés, celle d'aller oti bon vous semble-, car on n'exige de penonne ces passeports, invention oppressive du comité de salut public , et qui sont on embarras et un obstacle pour les citoyens paisiUes, sans arrêter eu aucune façon ceux qui veulent tromper la vigilance de Tautorilé. »
« Ce qui assure encore la in»erté, c*est l'organisation de la police, qui , au lieu de provoquer afin de punir , prévient les crimes et évite les peines. »
« En France, où l'on se montre si jaloux de tout ce qui touche à l'égalité et à l'honneur national , on ne s'attache pas reli(;îeusement à la liberté individuelle. Qu'on trouble la tranquillité des citoyens» qu'on viole leur domicile, qu'on leur fosse subir pendant des mois entiers un emprisonnement préventif, enfiu qu'on méprise les garanties individuelles, quelques hommes généreux élèveront la voii, mais l'opinion publique restera éalme et impassible tant que vous n*éveil« lerez pas une passion politique. »
« Là gît la plus grande raison de la violence du pouvoir; il peut être arbitraire, parce qu'il ne trouve pas de frein qui l'arrête. En Angleterre, au contraire, les passions politiques cessent devant une violation du droit coombi an. C'est que l'Angleterre est un pays légal, et que la France ne l'est pas encore devenue; c'est que l'Angleterre est un pays fortement constitué, taudis que la France lutte tour à tour, depuis quarante ans, contre les révolutions et les conlre-révo- InSions , et que la religion des principes y est ii créer. »
Ces abondantes citations, que nous pourrions multiplier presque à l'infini, doivent suffire, nous le supposons, pour montrer que le Corps législatif est complètement dans l'esprit de la politique napoléonienne quand il clôt son adresse par l'alliance de l'empire et de la liberté..
Ces citations, nous l'espérons, fermeront enfin la bouche à tous les calomniateurs de l'empire, adversaires déclarés et' adversaires déguisés de la liberté : les premiers s'opposant ouvertement à la liberté importée, les seconds concluant hypocritement à la liberté différée.
M. le comte de Persigny a représenté pendant plusieurs années la France en Angleterre ; ministre de l'intérieur, il ne peut vouloir qu'en France la liberté soit plus longtemps à l'état de monopole conféré à quelques membres du Sénat et du Corps législatif, pouvant y dire impunément ce qu'il ne serait permis à personne autre de dire particulièrement dans un journal, sans l'exposer auK critiques d'avertissement, de suspension, de suppression.
Les cinq députés de l'opposition ont déposé six amendements au projet d'adresse : ces six amendements ont été
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imprimés et distribués ; ils ont été reproduits par tous les journaux; ils vont servir de sujet à des discoure que reproduiront également tous les journaux, sans en excepter le Moniteur universel, lequel est lu partons les fonctionnaires et placardé sur tous les murs. La publicité sera donc complète, et Ton peut assurer d'avance que MM. Jules Favre , Hénon , Darimon, Picard, Emile Ollivier sauront diie tout ce qu'il y a à dire : — sur la liberté dont jouissent l'Angleterre, la Belgique et la Suisse, et dont est encore privée la France, puissance cependant du premier ordre par le chiffre de sa population, l'étendue de son territoire, l'éclat de son passé, le nombre de ses victoires, la supériorité de son intelligence, de son industrie et de son commerce, l'illustration de ses hommes d'État, de ses généraux, de ses écrivains, de ses artistes, de ses savants; — sur le Mexique, où l'héroïsme de nos soldats et de nos marins est aux prises avec deux ennemis, qui sont l'absence des voies de communication et la maladie; — sur Rome et l'Italie, où la question de la souveraineté du peuple, aux prises avec la souveraineté du pape, ne peut se vider que par le rappel de nos troupes et la séparation de l'État et de l'Église ;— sur les coalitions, à l'écart desquelles le gouvernement doit rester en France comme il y reste en Angleterre ; — sur Paris et Lyon, où la perception de l'impôt doit rentrer sous la loi commune ; — sur les élections, dans lesquelles le gouvernement doit s'abstenir scrupuleusement d'intervenir, afin que l'opinion publique consultée réponde aussi exactement que le comporte Te mécanisme du suffrage universel tel qu'il fonctionne sous le régime du morcellement électoral.
Qu'est-ce donc que la liberté de la presse la plus entière apprendrait de plus à la France que ce que vont lui dire les cinq députés de l'opposition parlementaire? Bien, certainement rien. Et cependant cela n'empêchera pas tous les journaux qui s'impriment hors de la France de s'apitoyer sur ce que les Français y sont totalement privés de liberté. Si cela est vrai en droit, cela est faux en fait, et nous le prou-
TOUS aTec une certaine fierté, d'autant plus satisfaite qu'elle a été plus vivement blessée dans un récent voyage que nous avons fait en Belgique.
L'empire n'aurait donc rien à perdre, rien à risquer; au contraire, il aurait tout à gagner à ce que la liberté de fait fût convertie en liberté de droit! Ainsi se consommerait indissolublement cTalliance de la dynastie avec la liberté», selon le dernier mot de l'adresse.
13 février 1863.
Le 24 novembre 1860, il nous en souvient encore, la langueur politique parut, ce jour-là, devoir se dissiper pour faire place de nouveau à la vie politique... On s'abordait, les uns, le visage épanoui, en se disant : Quel heureux retour! nous allons avoir la liberté; les autres, le front assombri, en disant : Quelle dangereuse inconséquence ! nous allons avoir l'anarchie.
Espérances et craintes ont été également trompées.
Gela devait être.
Demain la liberté de la presse, la liberté de réunion, telles que nous les revendiquons, seraient rendues à la France qu'il en serait pareillement ainsi : craintes et espérances seraient également trompées.
Rien de plus étroitement limité par elle-même que la liberté. Elle n'a ni les vertus qu'on croit ni les dangers qu'on craint.
Il semblerait, à voir l'effroi de certaines gens , dans le nombre desquels sont certains journalistes très -surfaits, que la liberté de tout dire a des hauteurs et des profondeurs insondables, qu'elle est sans bornes, sans horizon. Sur les points et dans les pays où la liberté de tout dire existe, il n'y a qu'à la mesurer pour vérifier combien elle est étroite, peu profonde et peu haute.
Glorificateurs des lois de septembre 1835 et de mai 1819,
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par opposition au décret de février 1852, n'aTez^vons donc jamais ouvert un journal anglais, un journal beige, un journal suisse?
Où existe la liberté de tout dire impunément, qu'est^e qu'on dit donc de si inimaginable, de si redoutable, de si révoltant, de si inquiétant, de si étrange, de si inouï, de si nouveau?
De toute liberté qui n'existe pas là où d'autres libertés existent il en est ainsi ; elle donne lieu aux mêmes exagératiqns.
En Angleterre , où tout le monde a le droit de publier un journal, de posséder une imprimerie, de convoquer un meeting, proposez d'accorder aux Français dans le royaume-uni le droit que les Anglais ont en France, le droit d'acquérir et de posséder une maison, un jardin, un champ, une ferme, un domaine, une terre, un château, une forêt! A l'exception de la voix de deux de nos amis, Richard Cobden et John Bright , il n'y aurait qu'une voix pour s'écrier avec épouvante, dans le Parlement et hors du Parlement, dans la presse et hors de la presse , qu'accorder aux Français un tel droit, ce serait introduire l'invasion déguisée et indirecte de F Angleterre par la France, que ce serait consommer la déchéance, la conquête, la dénationalisation de la Grande-Bretagne!
Est-ce que la France, où les Anglais pourraiait acquérir les trois quarte du sol et plus encore, s'ils avaient assez d'argent pour les payer, est envahie par les Anglais?
Si un Français ayant épousé une Anglaise pouvait hériter de son cottage, l'Angleterre se croirait en danger! Est-ce que la France est en péril parce qu'un Anglais qui a épousé une Française peut hériter de la terre et du château qu'elle a apportés dans la communauté?
Persistant dans la tâche que nous avons entreprise de réconcilier les gouvernements avec la liberté, nous venons de citer un exemple à l'appui' de notre doctrine sur les libertés, dont les plus braves s'efirayent puérilement; nous
nous tiendrons à celui-là, car il faudrait des volumes si nous voulions citer tous ceux qui se présentent en foule sons notre plume.
Mais, dira-t-on, pourquoi cette citation à l'occasion du vote de l'adresse du Corps législatif? Qu'y a-t-il de commun -entre elle et lui?
Vous aUez le savoir*
Il y a une justice qu'on doit rendre à H. le duc de Momy et qui lui est généralement rendue : il préside le Corps législatif plutôt en président anglais qu'en président français; il n'exagère pas l'autorité de la présidence; il laisse à peu près entière la liberté de tout dire. Il sait que ce qu'il empêcherait qu'on articulât, il ne pourrait pas empêcher qu'on l'insinuât; tout compte fait, et avec toute raison, il préfère l'articulation précise qu'on peut contredire , à l'insinuation perfide qu'on ne pourrait relever sans se blesser à ses pointes acérées. Eh bien, nous le demandons à tous nos lecteurs, sous les yeux desquels ont passé les comptes rendus fidèles des huit séances du Corps législatif, ces comptes rendus, quoiqu'ils ne fussent plus rédigés à la troisième personne, ontils ébranlé le tr6ne, la dynastie, la constitution, la société, l'ordre? ont-ils déchaîné la licence? ont-ils agité la rue? ontils mis en fermentation toutes les passions acres, toutes les idées fausses, toutes les convoitises haletantes, toutes les perversités rentrées? Ont-ils bouleversé, seulement affaibli, l'état de choses qui existait la veille du 24 novembre 1860? Entre ce qui existait le 23 novembre 1860 et ce qui existe le 13 février 1863, aperçoit-cm un grand changement, une grande difiérence? Un gouffre s'est-il creusé? Ce gouffre estil venu prouver que toutes les terreurs qui avaient débordé le 24 novembre 1860 n'étaient pas vaines; au contraire, qu'elles étaient fondées, très-fondées? Non, ces terreurs enfantines en ont été quittes pour l'émotion causée par un fantôme évanoui. Mais si ces terreurs imaginaires ont été trompées, les espérances nées le même jour ont eu le même sort et la même fin. La participation plus directe à la poli-
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tique générale du gouvernement accordée aux grands corps de l'Ëtat n'a rien changé au cours de cette politique; elle ne l'a ni arrêté, ni ralenti, ni activé, ni détourné. II a conti* nué de couler comme il coulait, sans être aucunement troublé par les discours tenus sur ses deux rives. La question de l'occupation de Rome par une armée étrangère a plutôt reculé vers 1849 qu'avancé vers 1859. La question. supérieure à l'occupation de Rome, la question de la séparation de l'État et de l'Église, déposée en germe dans un amendement de MM. Darimon, Favre,Hénon, OUivier et Picard, est restée au seuil de la discussion, sans même réussir à être nommée dans le débat. La liberté des mers, remise à Tordre du jour par la guerre entre le Nord et le Sud de l'ancienne Union américaine, n'a pas été plus favorisée que la liberté de conscience. Gomme en d'autres temps, l'esprit de critique et d'opposition l'a emporté sur l'esprit d'examen et de discussion. On s'est appesanti sur des détails et on a négligé les principes. Au lieu d'agrandir le débat, on l'a amoindri. Au lieu d'élargir la voie tracée par MM. OUivier et Darimon, ayons la franchise de le leur dire, MM. Picard et Favre l'ont rétrécie. Ils ont donné une importance exagérée à des faits se rattachant à l'expédition du Mexique, à des détails d'inscriptions et de circonscriptions électorales, à des scandales de polygérance d'un journal! Guerre de broussailles et fausse opposition. En vérité, si la France n'a pas d'autres griefs que ceux dont MM. Favre et Picard ont été l'un l'éloquente, l'autre la mordante expression, nous la félicitons hautement du gouvernement qu'elle a. Jamais elle n'en a eu de meilleur, et si elle se plaignait, elle aurait grand tort. Si c'est une faute d'être allée au Mexique, la France, soyons juste, ne l'a pas commise seule, puisqu'elle y est allée en compagnie de l'Angleterre et de l'Espagne; si c'est une faute d'y être restée, comment se fait-il que dans les Cortès le contraire ait été reproché aussi comme une faute au général Prim? En tout pays, en tout temps, les questions de conduite sont toujours les plus difficiles et les moins utiles à
traiter. D*abord» on ne peut pas empêcher que ce qui a été fait n'ait été Tait, et quoi qu'on eût fait, il y aurait toujours eu quelque chose à reprendre. Qui oserait prétendre que soimême on aurait fait mieux, eût-on fait autrement? C'est surtout quand une minorité indépendante est peu nombreuse , presque imperceptible, qu'à notre avis elle doit se tenir dans les hautes régions des principes les plus élevés. Elle se déconsidère par la menue opposition. Ce n'est point là de la grande politique, ce n'en est même pas de la petite. Le critique abaisse toujours l'orateur. Le penseur, au contraire, l'élève. Que M. Jules Favre, qui a un si grand et si beau talent, nous permette de lui dire qu'il avait à en faire dans la discussion de l'adresse du Corps législatif un meilleur et plus noble usage que celui qu'il en a fait. La comparaison a profité à M. Emile OUivier; en même temps que c'est justice, c'est pour l'avenir indication. Si le pouvoir a ses ornières, Topposition a aussi les siennes , et l'on ne saurait trop hautement encourager qui s'efforce d'en sortir.
L'opposition, qui consiste à blâmer systématiquement tout ce qu'entreprend un gouvernement, uniquement parce qu'il l'a entrepris, qui aurait blâmé le contraire s'il eût fait le contraire, est une opposition caduque; elle a fait son temps. Partout elle s'use, partout elle tombe en lambeaux. Partout, ce qu'on veut, ce n'est plus que l'opposition triomphe parce qu'elle est l'opposition; mais que la raison ait raison, sur quelque banc qu'elle siège. Plus on avancera dans cette voie, trop peu frayée encore, et plus l'idéal de l'électeur dans l'élu sera non l'opposition, mais l'indépendance; non l'hostilité, mais la fermeté.
Telle est la puissance réunie de l'opinion publique , de la presse opposante et de la discussion parlementaire , qu'après huit jours de débats, le projet d'adresse a été adopté à la majorité de 245 voix contre 5, sans aucun amendement.
16 février 1863.
Le CùnstUutionnel s'empare avec ivresse de cette déclaration de M. Jules Favre dans Tune des dernières séances du Corps législatif : « S'il m'était permis d'exprimer ici un > vœu timide mais convaincu, je voudrais que l'électoral fût D subordonné à la connaissance de la lecture et de t écriture, et » que l'électeur pût signer de son nom l'expression de sa » volonté. »
Nous tenons pour irréfléchie et malheureuse cette dédaration de M. Jules Favre, qui lui a certainement échappé dans l'entraînement de l'improvisation et qui est la justification, sans qu'il l'ait voulu, de la loi du 31 mai 1850. Aussi la presse séquestrée en triompbe-t-elle avec des transports qui devraient être plus mesurés, car s'il est un journal qui doit garder de grands ménagements pour la loi du 31 mai, c'est le Constitutionnel, qui l'a défendue contre nous avec une intrépidité qu'il oublie aujourd'hui trop facilement quand il s'exprime ainsi :
«c Si rélectorat n'est pas un droit et s'il peut être subcrdonnë à certaines connaissances, pourquoi vous arrèlez-voas à la lecture et à l'écriture? Il serait plus logique d'exiger davantage, et le iMccalau^ réat es lettres, voire le baccalauréat es sciences, ne seraient pas de trop.
» Voilà doQcle principe da privilège restauré et remis en booneKr par un avocat véhément de la Révolution !
» Il n'y a pas là , du reste, de quoi nous surprendre beaucoup; les chefs de parti, quels qu'ils soient, qu'ils représentent des idées aristocratiques ou des sectes démocratiques, arrivent au même résultat :
ils te défient en. suffrage 4c tous, et Bon sani nifon, puisqu'il ne veut pas d'eux. C'est pour cela que ces chefs de parti cherchent toujours à créer un pays dans le pays , à établir des distinctions entre les classes et des fictions légales. M. Jules Favre n'a pas Ikit autrement que ses devanciers. Sous ce rapport , l'idée qu'il a émise a la naème origine que la fameuse loi du 31 mai , eewre de déjiamce et de réactûm imposée par r Assemblée législative au pouvoir exécutif d*àïorBy qui se hâta, comme on sait, de rendre le suffrage universel à luimême dès qu'il eut lui-même recouvré sa liberté. Et encore la loi du 31 mai était évidemment moins réactîoDiiaire , moins aristocntique que la doctrine de M. Jules Favre.
» Il n'en est pas moins singulier que ce soit au nom de la démocratie la plus avancée qu'on signifie au paysan et à l'ouvrier, ne sachant pas écrire, qu'ils ne méritent pas d'être électeurs. Comment, parée qu'ils n'ont pas reçu le bienfait de l'instractbn , le paysan et l'ouvrier. qui ont fait les campagnes de Crimée et d'Italie, qui ont payé l'impôt du sang et qui travaillent chaque jour à la prospérité publique, ne seraient pas citoyens comme vous! Étrange manière 9e comprendre la démocratie ! Par bonheur , il y a l'élu des huit millions de voles qui la comprend mieux, et les doctrines de M. Jules Favre ne sont pas aujourd'hui un danger pour le suffrage universel : elles ne prouvent qu'une chose, c'est que le gouvernement de l'empereur est la véritable démocratie, et que la révolution représentée par M. Jules Favre n'est qu'un mélange bizarre et confus d'idées démagogiques et d'idées doctrinaires.
» Le scrutin fermé pour un très^and nombre et le club rouvert pour tous, l'esprit rétrograde et l'esprit d'utopie, M. Guizot enté sur le citoyen Saint-Just; en d'autres termes, deux impossibilités dé* montrées l'une et l'autre par d'immenses catastrophes, telle est cette politique qui, pour ne pas rendre hommage au présent, caresse un passé et un avenir également impossibles , et qui , dans sa mauvaise humeur contre les chemins de fer, demande des diligences attelées de Chimères. »
Oui! cela est yrai, la loi du 31 mai fut c une oeuvbe de DÉFIANCE ET DE RÉACTION >; mais est-il aussi wai de dire qu'elle fut imposée au pouvoir exécutif par T Assemblée législative? C'est ce que nous nions de la manière la plus formelle. Le pouvoir exécutif, il l'a bien prouvé le 2 décembre 1851, fut toujours assez fort pour que l'Assemblée législative ne pût jamais rien lui imposer et surtout une 1<m qui allait naturellement soulever contre elle l'opposition de trois millions d'exclus; l'opposition dans l'Assemblée même d'une
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minorité formidable, l'opposition enfin de toute la presse républicaine, de toute la presse démocratique, de toute la presse indépendante et loyale.
Il est de maladroits défenseurs! •
La joie d*accabler de ses sarcasmes M. Jules Favre a fait oublier au Constitutionnel que la loi du 31 mai 1850 eut pour auteur M. Barocbe, alors ministre de Tintérieur, qui demanda même Turgencc, laquelle fut combattue en ces termes par M. Michel (de Bourges) : « Si j'en avais eu le » temps, j'aurais, en les jetant sur le papier, imposé des » limites aux sentiments que j'éprouve en présence d'une » loi au bout de laquelle j'entrevois les horreurs de la guerre » civile... »
,Un an après, le 24 mai 1851, il avait eu le temps d'y .bien réfléchir, M. Baroche, alors ministre des affaires étrangères, s'écriait avec orgueil à la tribune : « la loi du > 31 MAI EST LE DRAPEAU DU CABINET dout j'ai Thonnèur de » faire partie. »
Mais soyons généreux et modeste. Laissons derrière nous ces souvenirs que personnellement nous aurions trop grand avantage à rappeler, car ils montreraient combien nous avions raison de lutter alors de toute notre énergie contre les ministres dont la loi du 31 mai 1850 était le drapeau, drapeau abandonné aujourd'hui, mais qui cependant n'a pas cessé de les couvrir, puisqu'ils ont gardé le pouvoir qu'aurait dû logiquement leur faire perdre le retour du suffrage universel.
Ne parlons pas de M. Baroche qui aurait la douleur de nous lire; parlons de M. Jules Pavre.
Quand nous exprimons ici le regret que M. Jules Favre ait réhabilité la loi du 31 mai par une déclaration inconsidérée, nous sommes d'autant plus à notre aise pour exprimer ce regret que le vœu qu'il a émis avait été le nôtre avant d'être le sien.
D'accord avec un de nos collaborateurs, aujoui-d'hui conseiller d'État, M. Langlais, le 1*' mars 1848 nous ébauchions,
en toute bâte, sous ce titre : loi élbgtoralb provisoire, le projet suivant :
« Tout Français jouisMiit des droits civils et politiques, âgé de 9 vÎDgt et on ans accomplis et inscrit au rdie de Tune des quatre ji contributions directes , est électeur.
» Tout KLEcnut oitia bciiik Lui-«iMB son bulletin.
» Tout bulletin déclaré ilusiblb sera considéré comme nul et ne » sera pas compté.
» Tout électeur est éligible. »
Voici en quoi nous différons d'avis avec MM. Baroche et Favre :
Avant le 24 février 1848, pour être électeur, il fallait avoir vingt-cinq ans accomplis et payer 200 francs de contributions directes.
Nous reconnaissons que la loi a le droit d'étendre toute liberté, mais dès qu'une liberté a été acquise, possédée, exercée, nous n'admettons pas que la loi conserve le droit de la retirer ou de la restreindre, cette loi eût-elle été prématurée, cette liberté eût-elle des inconvénients, même des périls.
Toute liberté est une conquête ou une acquisition dont un peuple ne peut plus être dépotiillé que par une bataille perdue ou par un attentat coupable.
Le mandataire qui anéantit le droit du mandant détruit son mandat.
Le mandataire d'électeurs qui ont le malheur de ne savoir ni lire ni écrire n'a pas le droit de les effacer de la liste électorale sur laquelle ils étaient inscrits quand ils ont voté pour lui.
Le droit de vote leur est irrévocablement acquis. Nul, si ce n'est eux en encourant les rigueurs de certaines condamnations prévues, ne peut plus le leur enlever.
Il n'y a qu'une seule chose à faire pour effacer de la loi électorale l'imperfection que lui reproche M. Jules Favre, et qui la vicie, c'est d'élever l'instruction primaire à la hauteur d*un service public gratuit, comme le service de la justice,
et nom ajouterions comme le service des culles, si noas n'étions pas d'avis que chaque croyant doit rétribuer le sien»
Si l'on ne veut pas grossir le budget, assez gros déjà, qu^on supprime trente mille soldats et qu'on ajoute trente millions de francs à la dotation de l'instruction primaire 1
Nous ne sommes point ponr l'instniction primaire légalement obligatoire, maïs nous sommes pomr l'instruction primaire complètement gratuite.
Par l'instruction primaire plus étendue, on réformera la loi électorale sans attenter à l'égalité et à la liberté du Tote.
Puisque le Constitutionnel vient de s'éprendre d'une si grande et si subite tendresse pour l'ouvrier et le paysan , qu'il ne reste pas à mi-chemin, qu'il appuie donc notre proposition! Le bienfait de l'instruction ajouté an droit de vote élèvera le suffrage uniyersel sans le restreindre.