LA LIBERTE INCONSÉQUENTE
4 mars 186'7.
Par le temps où nous vivons, tel que l'ont fait les progrès de la science appliquée au perfectionnement des voies de circulation et de transport, toute restriction mise à Texercîce de la liberté porte avec elle le double sceau de Tîmpuissance et de Tinconséquence : de Timpuissance, car elle n'empêche rien; de l'inconséquence, car elle ne sert qu'à donner un attrait de plus à la liberté défendue.
Il est interdit à M. Eugène Pelletan, Français, de faire à Paris ce que M. Charles Dickens , Anglais, est autorisé à y faire ; il lui est interdit de donner ce qu'en Angleterre et en Amérique on désigne sous le nom de lectures. Que fait M. Eugène Pelletan? Il part de France, ce grand pays où la liberté est petite, et se rend en Belgique, ce petit pays où la liberté est grande. Il s'y organise, de ville en ville, des lectures, des conférences, et toujours avec un succès croissant. Nos voisins battent des mains et s'applaudissent de ce que la Belgique est ainsi mieux partagée que la France, à qui il n'est pas permis de se livrer au plaisir d'entendre des écrivains, des orateurs, des professeurs dont le talent cependant l'honore et ajoute à l'éclat de sa renommée littéraire. C'est de la sorte que la révocation de l'édit de Nantes a profilé à l'étranger par tous les progrès que les protestants y ont portés avec eux. L'intolérance, qu'elle s'applique à la liberté de parler ou à la liberté de croire, n'est pas plus
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variée dans ses eflfets que dans ses moyens, et Texpérience ne l'instruit guère.
Toute opposition à part, nous le demandons à ceux qui auront devant Thistoire la responsabilité d'actes dont la connaissance ne monte probablement pas jusqu'au chef d'État, d'actes qu'on aura, dans quelques années, peine à s'expli^t quer, qu'on aura même peine à croire, est-il bon que la France donne ainsi à l'étranger le spectacle qu'elle y donne quand on s'y presse pour applaudir M. Eugène Pelletan et H. Jules Simon, d'autant plus vivement que leur parole est traitée à Paris comme si elle avait la puissance d'y faire écrouler, par l'éclat de son retentissement, le mur d'enceinte des fortifications?
11 mars 1863.
Les réunions succèdent aux réunions en vue des élections prochaînes. Ceux qui paraissent y attacher l'importance la plus grande sont précisément ceux qui mettent le plus d'empressement à les réduire aux proportions de co* teries ayant la prétention de dicter au suffrage universel ses chdix et ses exclusions.
Si nous avions un mot d'ordre à donner, ce mot d'ordre serait celui-ci : Aucune immixtion d'aucun gouvernement, ni officiel ni officieux, dans les élections; entière liberté du suffrage universel !
Nous voudrions que M. de Persigny osât faire ce que fit en 1831 Casimir Perier, et ce qui fut le commencement de sa gloire et de sa force ; nous voudrions que M. le ministre de l'intérieur prescrivit hautement et sincèrement à tous ses agents— préfets, sous-préfets, maires— de demeurer strictement neutres et de respecter scrupuleusenient l'entière liberté des électeurs. Mais nous voudrions aussi que les meneurs qui s'arrogent un droit qu'ils ne tiennent que d'eux seuls s'abstinssent de toutes menées, qui, si elles réussissaient, auraient pour effet de changer le suffrage universel et direct en élection indirecte et à deux degrés.
Les électeurs sont-ils donc un troupeau qui ait besoin de bergers?
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Prenez garde, messieurs, à la réponse que vous ferez!
Si vous dites oui , la nécessité de la houlette gouvernementale est, par vous-mêmes qui la blâmez, admise et justifiée.
Si vous dites non, alors de quoi vous mêlez-vous? De qui tenez-vous vos pouvoir-s? quels sont-ils î sur quoi se fondent-ils? Montrez-les!
Nous sommes pour le suffrage universel ; donc nous ne sommes pas pour l'élection à deux degrés, pas plus en fait qu'en droit. Qu'elle soit déguisée par l'opposition ou avouée par le gouvernement, nous n'en voulons pas plus dans le premier cas que dans le second. Le langage que nous tenons en mars 1863, c'est celui que nous tenions en mars 1848 quand nous protestions à la fois et contre les déplorables circulaires de M. Gamot, alors ministre de rinstructîon publique, et contre les blâmables usurfiations de tous œs comités sans titre qui ne servirent qu'à égarer les électeurs et à faire dégénérer l'élection en confusion.
Des deux paris — gouvernement et oppoi^ilion — respect scrupuleux de la liberté électorale individuelle ! Voilà , en matière d'élections générales, notre programme, tout notre programme.
Le gouvernement, nous ne le nions pas, — nons ne nions jamais ce qui est la vérité, — le gouvernement aurait tout intérêt à l'adopter, car la possession, surtout en France, est un avantage, un avantage immense qui à lui seul suffirait à assurer la réélection de la presque totalité des députés actuels. Or comme, à l'exception des Cinq, tous, même ceux qui avaient parlé contre lui dans la discussion de l'adresse, ont voté pour lui, quel intérêt le gouvernement a-t-il à jeter son influence dans la mêlée électorale f Les élections prochaines ne seront la mesure de la conservation de sa force, de sa popularité, de son prestige, que si elles ont été indépendantes et sincères. Toute élection génfr> raie qui a été viciée, soit par l'intimidation, soit par la corruption, peut profiter dans le présent, mais elle nuit toujours
dans Favenir. Les élections générales de 1846 et <ravril 1848 «ont là pour attester la vérité de cette opinion. SI M. Guizot eût fait en 1846 ce que Casimir Pericr avait fait en 1831, le régime constitutionnel de 1830 serait encore debout; il n'eût pas péri. Si le gouvernement provisoire eût laissé, en 1848, au suffrage universel toute liberté de s'exprimer; s'il n*eût pas envoyé commissaires sur commissaires, — commissairi's ordinaires, commissaires généraux, commissaires extraordinaires, commissaires suprêmes, — il n*eût ipas pro*voqué la réaction qui n'a pas tardé à se produire contre la république; il ne se fût pas couvert d'une tache qui lui sera toiqours reprochée ; i^ n'eût pas donné contre lui une arme qui ûte aujourd'hui toute puissance, tout crédit aux républicains quand ils reprodient inconsidérément au gouvernement du 2 décembre d'avoir fait ou de faire ce qu'ils ont fait eux-mêmes, le considérant sans doute comme légitime et se justifiant de l'acte par Tintention*
L'ot)position ne saurait s'abuser ! fille ne peut pas espérer qu'elle changera la majorité l^slative (de notre temps on disait parlementaire, mais il parait que c'est un mot dont on ne se sert plus ) en minorité et la minorité actuelle en ffiajorité. Tout ce qu'eUe peut espérer, c'est de doubler on de tripler le chiffre des Cinq, qui, rompant le faisceau révolutionnaire de l'abstention, ont eu le mérite d'aller résolument s'asseoir sur les bancs du Corps législatif, y arborant le drapeau de l'opposition constitutionnelle et y défendant pied à pied le tertre de la liberté et l'argent des contribuables.
En ce maigre état de choses, ce que l'opposition a & faire par la voie de ses joumaux , et non autrement , est ce qu'il y a de plus simple : c'est d'ériger en principe, d'dMMrd la réélection des Cinq qui l'ont |)ersonniôée pafulant six années «ans défaillance ni défection ; ensuite et partout ailleurs la nomination de députés qui sachent parler, en remplacement de députés ne sadiant que voter.
Aux candidats qui se présenteront aux élections générales
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prochaines, que les électeurs ne demandent pas : A quel parti, à quelle opinion appartenez-vous ? Mais que les électeurs leur demandent : Savez-vous parler? Si les candidats ne savent pas parler, que les électeurs les écartent et donnent leurs voix fût-ce à M. Odilon Barrot, fûl-ce àM. Thiers, fût-ce & M. Guizot, fût-ce à M. Duchâtel, fût-ce à H. Berryer, fût-ce à M. Gamier-Pagès, fût-ce à M. de Montalembert, fût-ce à toute autre notabilité oratoire, ayant accepté la candidature aux termes du sénatus-consulte du 19 février 1858.
Puisqu'on ne peut pas raisonnablement espérer de grossir sensiblement la minorité législative, ce qu'il y a à faire ressort de soi-même et n'a besoin de l'action d'aucun comité usurpateur et directeur : c'est d'élargir le terrain de la discussion en appelant à siéger au Corps législatif tous les orateurs, sans distinction de partis, sans distinction d'opinions, qu'il sera possible d'y faire entrer.
A défaut de la majorité des votes, à laquelle l'opposition ne peut prétendre, ce qu'elle doit chercher, c'est d'avoir avec elle et pour elle la majorité des meilleures raisons éloquemment déduites, et, s'il est possible, la raison !
Si les élections prochaines ne sont pas encore le triomphe de la liberté, que du moins elles soient le triomphe et l'exercice du droit de discussion !
18 mars 1868.
L'opposition est un mot qui réunit, en France, les opinions les plus opposées entre elles, puisqu'il comprend l'opinion légitimiste, l'opinion orléaniste, l'opinion fusioniste, l'opinion antifusioniste, l'opinion cléricale, et, enfin, l'opinion républicaine, depuis la nuance la plus affaiblie jusqu'à la nuance la plus tranchée. Chacune de ces opinions, autant que le décret sur la presse loi permet de s'exprimer, compte
dans le journalisme au moins un organe. L'opposition ne se composant ainsi que de divergences, l'opposition n'ayant absolument aucune homogénéité, on se demande comment et à quel titre elle pourrait former un comité directeur électoral ? A proprement parler, il y a en France des oppositions, mais il n'y a pas une opposition. Les oppositions ont toutes, ou presque toutes, leur représentation; mais l'opposition n'a pas et ne saurait avoir la sienne. Des oppositions qui s'excluent ne sauraient s'allier; des oppositions compri* mées, qui, le jour ménie où l'une d'elles ferait explosion et triompherait, se tourneraient aussitôt contre celle-ci pour la vaincre, la désarmer, l'étouffer, peuvent se coaliser pour combattre, mais elles ne sauraient s'accorder pour diriger.
Que des assemblées électorales préparatoires aient lieu pour y entendre les divers candidats et choisir entre eux : c'est le droit de réunion, nous le revendiquons, nous l'avons toujours revendiqué, nous le revendiquerons toujours ; mais que quelques individus s'érigent d'eux-mêmes en comité de salut public électoral, — favorisant à leur gré tel candidat, proscrivant tel autre, — et prétendent imposer les choix qu'ils ont faits aux électeurs mis ainsi en suspicion et en tutelle, ce n'est plus le droit, c'est l'usurpation; nous ne rayons jamais admise, nous ne l'admettrons jamais.
Les oppositions sont représentées par leurs journaux ; c'est à leurs journaux à faire connaître le candidat qui, dans chaque circonscription électorale, leur parait le plus capable, le plus digne de personnifier chacune d'elles au Corps législatif. Les journaux qui demeurent sur la brèche pendant toute la durée d'une législature à l'autre ne doivent pas souffrir qu'un comité sans pouvoirs les écarte sans façon au moment des élections, et vienne ainsi croquer les marrons qu'ils auront tirés du feu.
Nous comprenons qu'on ne veuille subir aucun joug ; mais nous ne comprenons pas que, se redressant superbement contre l'un, on se plie docilement sous l'autre ; que discutant avec une sévérité confinant quelquefois à l'injustice les
actes du gouvernement, on ne discute pas les prétentions de ces meneurs sans autres droits que ceux qu'ils se sont arrogés, sans autres titres que les brevets de grands électeurs I qu'ils se fabriquent dans l'ombre et qu'ensuite ils se décernent avec éclat.
Nous n'avons jamais été d'avis que la profondeur d'une ornière fût une raison pour empêcher qu'on la comblât. 'An contraire, plus elle est profonde et plus il nous paratt utile de la faire disparaître, afin qu'on n'y verse plus. . On crie très-volontiers en France contre l'oppression, mais on n'y crie pas contra les oppressions !
Que de sortes d'oppressions cependant on subit, et dont on pourrait s'affranchir sans barricades, sans tués, sans blessés, sans état de siège, sans conseils de guerre, sans poursuites et sans condamnations des tribunaux, sans amendes et sans prison ! Le pouvant impunément, comment ne le fait-on pas? Comment n'y songe-t-on même pas ? Par on mot s* explique la chose. Ce mot s'écrit ainsi : Routine.
Les petites tyrannies sont l'école des grandes; c'est en cédant directement à celles-là qu'on encourage celles-ci. Commençons par nous afTranchir des petites ! Ce sera toujours un commencement.
Ce cri de l'indépendance électorale, nous devions nous y attendre, ne sera pas répété même par les journaux qui passent pour les plus sympathiques à la liberté ; ^ils pouvaient l'étouffer, ils rétoufleraient ; ce qui prouvera une fais de plus que de vanter la liberté est plus facile que de la pratiquer, que de creuser romîère est pLxxÈ commun que de la combler.
lie Temp$^ de sa plus grosse voix, nous interpelle en ces termes : c Pourquoi désarmer l'opposition ? »
Où donc le Temps a-t-il vu que nous ayons proposé de désarmer l'of^osition î Avons-nous proposé aux rédacteurs du Temps de rendre leur plume et d'appliquer le réghne du silence à l'œuvre électorale? Non, c*est le contraire préciflément que nous avons proposé. Que detnandons - nous ?
Nous demandons que les journaux qui représentent les oppositions continuent de les représenter activement , et cessent d'abdiquer passivement devant une usurpation que rien ne légilime.
A cet acte d'affranchissement, le Temps répond par cet acte de foi : « Nous croyons qu'il y a en dehors de Topposi- » tion ofliciellement constituée, et qui parle publiquement, » des groupes d'honmies uulariiés à faire entendre leurs » conseils et à user énergiquement de leur influence dans le » concours électoral. »
Nous reprenons et nous disons :
Autorisés ! Par qui ?
Conseils! A quel titre ?
Inflaence! Laquelle?
Point de phrases! Des noms et des faits.
S'il y a des hommes, formés ou non en groupes, plus autorisés que vous et nous à faire entendre leurs conseils, qu'ils se nomment et qu'ils les donnent publiquement ! Si leurs conseils sont bons, on les suivra; s'ils sont douteux, on les discutera; s'ils sont mauvais, on les rejettera.
Si ces hommes ont une influence personnelle, que cette influence se produise franchement au grand jour! Qu'elle y soit vérifiée et pesée î Si cette influence est réelle, si elle est Dléritée, alors elle pèsera son poids, tout son poids, mais rien que son poids. Ce sera justice.
Cette influence légitime, nous sommes tout prêt à la reconnaître; nous ne repoussons que celle qui voudrait qu'on la reconnût et qu'on la procls[màt souveraine sur sa seule parole.
Nous ne voulons pas d'une influence uniquement tirée de l'ombre et du mystère.
Nous ne voulons pas convertir le suffrage universel en franc-maçonnerie électorale.
Point de francs-maçons du suffrage universel !
Point de grand mattre des élections de France !
Point de bandeaux mis sur les yeux des électeurs !
Point de ténèbres !
Où ne règne pas la publicité ne règne pas la liberté.
Si la France, retournant en arrière, veut d*un grand électeur et si elle veut que ce grand électeur s'appelle Carnet, qu'elle le nomme, mais qu'il ne se nomme pas !
De bonne foi, quelle confiance éclairée voulez-vous que des électeurs sérieux accordent aux conseils d'un grand maître ténébreux qui , professant et pratiquant l'abstention électorale, leur dil : Allez voter, faites-vous élire, conformez-vous au sénatùs- consulte du 10 janvier 1858; faites ce que je ne fais pas, ne faites pas ce que je fais, ne vous abstenez pas ?
Soyez conséquent, monsieur!
Si vous avez la prétention de diriger les élections de Paris, commencez donc par renier votre doctrine de l'abstention, qui, si elle eût prévalu, aurait eu pour effet de tenir les portes du Corps législatif hermétiquement fermées à MM. Darimon, Favre, Hénon, Ollivier et Picard.
Mais alors, avant de prétendre conduire les électeurs, apprenez donc à vous conduire vous-même. N'érigez pas le lendemain en piécepte le contraire de l'exemple donné par vous la veille.
Si, au contraire, vous avez la prétention de demeurer fidèle à votre doctrine de l'ubstenlion, observez-la donô, abstenez-vous de vous mêler de ce qui ne saurait plus vous regarder.
U faut que vous choisissiez : ou de vous abstenir entièrement, ou de vous démentir hautement.
Et c'est devant cet habile meneur qui s'est ainsi placé entre deux inconséquences, ne pouvant éviter l'une qu'en tombant dans l'autre, que le T^mpt voudrait que s'effaçassent les journaux et que se missent à genoux les chefs naturels de l'opposition constitutionnelle, ceux qui l'ont fondée en bravant tous les désaveux, ceux qui l'ont personnifiée, ceux qui lui ont consacré six années de labeurs et de luttes, ceux qui lui ont donné une présence et une voix sans lesquelles
elle fût restée absente et muette au Corps législatif; voix qui a retenti en France et en Europe !
En vérité, ce serait trop fort si cela était moins risible !
Si nous pouvions admettre que le safTrage universel dût être le suiïragc dirigé, il n'y aurait qu'un seul comité électoral directeur de l'opposition constitutionnelle qui nous paraîtrait avoir régulièrement les pouvoirs nécessaires pour siéger et délibérer en cette qualité : ce serait un comité composé des cinq élus personnifiant l'opposition électorale et agissant d'accord avec tous les journaux de Paris et des départements qui y représentent les diverses oppositions.
Tout autre comité que celui-là ne sera jamais qu'une usurpation ; moins que cela, ne sera jamais qu'une coterie.
N'insistons pas plus longuement sur ce point; s'il le faut, nous y reviendrons, car nous sommes loin d'avoir épuisé le sujet. Passons à un autre point contre lequel le Temps et YOpinion nalùmale s'exclament à l'unisson. Qu'avonsnous donc dit de si discordant? Nous avons dit que, la question de scrutin étant absolument insignifiante dans une Assemblée législative où la majorité est à la minorité comme 267 sont à 5, ou comme 2G2 seraient à 10, l'utile, le juste, l'important, ce serait que le droit de discussion y fût aussi entier que possible. La fin de ce moyen , quelle est-elle? C'est de ne présenter pour candidats dans les circonscriptions électorales où l'opposition constitutionnelle a une chance de l'emporter que des orateurs doués de rhabileté et de l'autorité de parole les plus grandes possible.
« Singulier moyen de ralliement que de livrer le sort de » l'élection au goût littéraire des électeurs ! > s'écrie le Temps, ce fin railleur.
Et VOpinion nationale d'ajouter :
< Il faut être doué à la fois d'une grande admiration pour » le talent de la parole et d'une bien magnifique indiffé- 9 rence sui* le fond même des opinions à faire prévaloir,
> pour conseiller aux électeurs de nommer indislincteriient
> H. Odilon Barrot ou M. de Montalembert, M. Garnier-
» Pages ou M. Guizot. S*il ne s'agissait que d'organiser un » concert de virtuoses hors ligne, nous conceTrions cet » éclectisme; mais quand il s'agit d'incliner dans un sens
> ou dans un autre la politique de la France, de décider de » ses actes les plus sérieux, de penser dans un sens progressif
> ou rétrograde à Rome, à Varsovie, sans parler de b poii-
> tique et des libertés intérieures, cette neutralité absohie 1 observée entre les deux grands courants qui se partagent » le monde des esprits et celui des intérêts, cette admiration » pour l'art de la parolo, indépendamment de la peasée » qu'elle exprime, est quelque chose qui nous dépasse et » nous confond. 11 ne s'agit pas seulement de bien, dire, il 9 s'agit encore et surtout de savoir ce qu'on dira; car il y a » des actes au bout de ces paroles, et des actes diamétrale- » ment opposés, suivant qu'on se fera représenter par des » députés bien disants, de telle ou telle opinion. La pensée » avant la parole, le fond avant la forme, la politique avant » l'art , la nature des convictions avant le dilettantisme » oratoire, — tel nous parait être, en matière d'élections, la » hiérarchie légitime des causes de préférence, la raison » déternunante des choix. »
Au fond de cette longue tirade, qu'y a-t4l? rien, rien, absolument rien. Ce sont toujours les mêmes licax oommans stéréotypés depuis 1815; c'est toujours ta même prétention à l'infaillibilité, à la possession exclusive delà vérité unique. Ne seriez-vous donc les ennemis du pape que par la raison que les contrefacteurs sont les ennemis de l'inventeur, et réciproquement? Lorsque vous êtes en désaccord, soit avec M. Barrot, soit avec M. Guizot, soit même avec M. de Monlalembert, qui prouve que ce soit vous qui ayez raison ? Si vous êtes en désaccord avec M. de Monlalembert sur l'unité de Tltalie, n'êtes-vous pas d'accord avec lui sur l'indépendance de la Pologne ? Sur quoi vous fondezvous, dites-le, pour exclure de l'Assemblée législative des opinions indépendantes qui diffèrent des vôtres? Toujours l'intolérance au lieu de la liberté l Toujours, sous une forme
différente, la même histoire de Calvin et Servet ! Pourquoi n*y anrail-il donc que votre opposition qui fût représentée dans le Corps législatif? Pourquoi l'opposition de M. Thiers, pourquoi celle de M. Berryer n'y siégeraiént-ellos pas î Pourquoi mettriez-Tous hors la France électorale la partie de la France électorale que représentent M. Thiers et M. Berryer T Pourquoi n'y aurait-il qu'une cloche et qu'on son, que votre son et votre cloche? Est-ce que la liberté, la vérité, l'évidence n'oDf pa» tout à gagner à ce qu'âne question soit examinée sous toutes ses faces et aux pcunts de vue les plus opposés ? Si majorité et minorité législatives se balançaient, nous comprendrions votre langage, mais lorsqu'il y a entre elles un si immense écart, nous ne le comprenons pas, car ce n'est pltis le langage de la politique que vous parlez, c'est le langage de l'intolérance. Que parlez-vous c d'actes au bout des paroles » ? Alors que yous auriez réussi à multiplier par dix soit l'unité Jqles Favre, soit l'unité Emile Ollivier, soit l'unité Picard, à votre choix, qu'y aurail-il de changé aux actes ? Avez-voos donc déjà si vite oublié le vote de la dernière adresse, par deux cent quarante-cinq voix contre cinq, sans le plus petit amendement ? A quoi aboutissez-vous avec voire doctrine? Vous aboutissez à la restriction du suffrage universel ; vous aboutissez à l'excommunication électorale; vous aboutissez à l'intolérance politique! Nous, que voulons-nous ? Nous voulons, autant que le permettent les étroites limites de la Constitution et le morcellement électoral par circonscriptions, que toutes les oppositions qui auront une possibilité d'être représentées au Corps législatif y soldent admises par toutes les portes de la publicité ! Nous voulons être éclairé sur elles par elles. Nous voulons savoir ce qu'elles pensent de toutes les grandes questions où le gouvernement est d'un côté et où les oppositions sont de l'autre. Nous voulons savoir sur quels points les oppositions se divisent et sur quels points elles s'accordent. Nous voulons que la lumière soit mise dessus et non dessous le boisseau électoral* Nous ne traçons pas à l'égalité une ligne
au delà de laquelle nous lui disions : Tu n'iras pas plus loin! Nous admettons Tégalité politique au même titre que Fégalité civile; glorifiant celle-ci, nous ne flétrissons pas celle-là. Nous sommes opposé à toute proscription, qu'elle s'applique à des opinions ou qu'elle s'applique à des hommes. Nous admettons que toutes les opinions qu'admet la Constitution ont le même droit que la nôtre à la représentation nationale, s'il se trouve une majorité électorale pour l'y faire entrer. Nou» n'avons aucune prétention à l'infaillibilité. Nous savons qu'il ne suffit pas toujours de chercher le vrai pour le trouver. Nous ne croyons pas que les oppositions aient toujours raison et que les gouvernements aient toujours tort ; mais nous ne croyons pas non plus que les oppositions aient toujours tort et que les gouvernenfents aient toujours raison. Ce qu'il vous plaît d'appeler c éclectisme », nous l'appelons tolérance; ce qu'il vous plaît d'appeler € dilettantisme oratoire i, nous l'appelons liberté de discussion. Il suffit que la discussion soit une liberté, pour que nous la désirions pleine et sincère ; il suffit que la discussion soit un art illustrant un pays et un temps, pour que nous nous y intéressions comme à tout ce qui grandît l'homme et glorifie la société. Ne croyez pas que vous nous embarrassez en nous jetant à la face ces mots : c l'impuissance de » la discussion. » Nous ne combattons pas pour la puissance, nous combattons pour la liberté. La puissance n'a pas besoin qu'on combatte pour elle. Ou elle est, ou elle n'est pas. Si elle est, elle se défend d'elle-même, et c'est^en triomphant qu'elle se démontre. Mais si la discussion la plus éloquente ne change rien au vote des assemblées, quelle conclusion, dites-le-nous, en doit-on tirer?
Nous venons de répondre à ï Opinion nationale et au Temps, non pour changer leur opinion, nous savons que ce seiTiit peine perdue, mais pour vérifier sur nous-même et par nous-môme, aux yeux de nos lecteurs, jusqu'à quel point notre opinion était ferme et fondée. Maintenant, et pour finir, un mot à la France s'exprimant ainsi :
c Nous nous séparons d'une manière absolue de M. de
> Girardin, et nous sommes contre lui avec M. Guizot, avec
> M. Thîers, avec M. Berryer, avec M. Carnot, avec le gou- » vemement de l'empereur, avec tous ceux enfin qui , soit » au pouvoir, soit hors du pouvoir, reconnaissent la néces- » site de ne pas laisser flotter cette force immense au gré
> des impressions mobiles qui l'agiteraient et l'entralue- » raient. »
Si la victoire appartient aux gros bataillons, il est certain que h France, avec de si nombreux auTLiliaires, l'emportera sur la Presse, qui n'a de son côté, pour lutter contre tant d'adversaires, que Casimir Perier en 1831 , Lamartine en 1848 et rexpérience.
Le suffrage dirigé a perdu tous ceux qui ont eu la prétention de mettre un frein au suffrage libre.
Le suffrage dirigé a perdu le gouvernement constitutionnel aux mains de M. Guizot.
Le suffrage dirigé a perdu le gouvernement provisoire aux mains de MM. Ledru-Rollin et Carnot.
Le suffrage dirigé a coûté au général Cavaignac, le 10 décembre 1848, la présidence de la république.
Arrêtons-nous là.
La France veut des élections générales dirigées à la fois par les agents du gouvernement et par les comités de l'opposilion, ceux-ci faisant à ceux-là contre-poids. Ce que la Presse voudrait^ ce seraient des élections générales éclairées par la liberté de la presse et par la liberté de réunion.
Que nos lecteurs choisissent entre le suffrage dirigé et le suffrage éclairé, entre le suffrage indirect à deux degrés et le suffrage direct universel !
Répéter sans raison ce qu'on a eu raison de dire il y a vingt ans, se boucher les oreilles, fermer les yeux et ne
tenir aucun compte des changements qui se sont opérés autour de soi, écrire sans réfléchir, ressasser sans fin des lieux communs sans nombre, est un reproche que beaucoup de journaux méritent trop souvent. Que penser, par exemple, de l'objection que nous adresse le Phare de la Loire, journal qui a la prétention d*ètre c l'une des sentinelles les plus avancées de la liberté? »
Celte objection, que nous nous permettrons de traiter de caduque, quoiqu'elle porte le seing du rédacteur en chef, M. V. Mangin, la voici textuellement : « La chose impor- » tante pour un pays est d'être représenté par des hommes à » convielion forte, et tant mieux sans doute s'ils sont orateurs. » Pourvu qu'on ne s'écarte pas de cette condition pi-emière, » nous concevons jusqu'à un certain point que l'opinion ne » s'absorbe pas dans la recherche de l'absolu. Mais adopter » un candidat uniquement pour son éloquence serait faire » jouer au suffrage universel le rôle aveugle de la Fortune, le priver d'un sens , lui laisser l'ouïe et lui bander les yeux. >
Lorsque majorité et minorité se balancent, lorsque la minorité a une chance — si faible que soit cette chance — de devenir majorité, et réciproquement, on comprend que € la chose importante pour un pays soit d'être représenté par des » hommes à conviction forte, plutôt encore que par des ora- > teurs »; mais, aux prochaines élections générales, tout ce qu'on peut raisonnablement espérer étant de porter de 5 à 10 le chiffre de la minorité — celui de la majorité fléchissant alors de 267 â 262, — - que pèseront et que vaudront vos c hommes à cmmction forte » ? ils pèseront ce que pèseraient 10 grammes mis dans le plateau d'une balance contre 262 grammes mis dans l'autre plateau; ils vaudront ce que valent dans un scrutin 10 contre 262. L'opposition aux élections prochaines fût-elle doublée et représentée par votre idéal, se composàt-eile de dix Carnots, que pèseraient et que vaudraient vos dix Carnots au dépouillement du scrutin? Quel retentissement auraient-ils au débat? Quelle clarté auraient-ils fait jaillir de la discussion? Quel
LES ÉLECTIONS GtlftRALES DE 4 863 479
compte tiendrait de leur magnétique silence la majorité endormie? Quel risque feraient-ils courir au larynx des deux ministres sans portefeuille T Quel éclat jetteraienlMls en France et en Europe sur le Corps législatif? Quelle importance enfin leur importance lui donnerait-elle? Par l'élection de dix^arnots, toutes les oppositions seraient-elles quintessenciées, ou bien n'accorderez- vous qu'à une seule opposition — l'opposition Camot, l'opposition qui s'abstient sans s'abstenir — le droit de faire partie de la représentation nationale? Quelle rertn nouvelle a donc acquise M. Garnot depuis 1849, depuis cette époque où le suffrage universel le laissa à sec, comme le reflux de l'Océan laisse à sec la plage que le flux a baignée? Le suffrage universel n'ayant plus voulu de lui, en quoi M. Carnot, plus qu'un autre, a-t-il qualité pour l'incarner en lui, et se constituer le grand maître maçonnique de l'atelier électoral?
Pour légitinner une prétention , il ne suffit pas de Favoir.
Qu'au lieu de nommer dix Camots, comme le voudrait le Phare de la Loire, les électeurs, personnifiant les diverses oppositions, s'appliquent à nommer des orateurs, alors l'écart immense entre 262 et 10 est tourné, il perd presque toute son importance, parce qu'alors ce n'est plus au vote qu'on s'attadie, mais au débat. Le vote n'est plus rien ou presque rien, le débat est tout ou presque tout. Or point d'orateurs, point de débat.
Bt pensez-vous donc, d'ailleurs, que si M Thiers, M. Berryer, M. de Montalembert, M. Barrot, M. Guizot — pour ne dter id prématurément aucuns noms nouveaux de jeunes orateurs — venaient aux élections prochaines dou^ Mer le nombre des Cinq, ces dix élus voteraient le projet d'adresse avee une c eonvictitm moln$ fcrîe » que vos dix Camots?
De quoi, brsve sentinelle avancée de la liberté, avez-vous donc peur?
Vous aurez le fcmd, tons aurez le vote, et de plus vous aurea: la forme, vous auDez la ^scnssion!
Prêcher la liberté esl bien, mais ce qui n'est pas moins bien c'est de pratiquer la tolérance.
Comme la gloire, la liberté a ses Chauvins.
Assez longtemps ont régné les lieux communs. Vienne donc enfin le règne des idées justes!
Un jour, trois colonnes et M. Flôquet n'ont pas suffi au Temps pour nous contredire; il lui a fallu deux jours, six colonnes et M. NefTtzer. Moins d'espace a été nécessaire à Y Opinion nationale, et son rédacteur en chef, M. Guéroult, y a mis moins de majesté. La France n'a plus insisté sûr le suffrage dirigé par les préfets et les comités , au lieu du suf< frage éclairé par la liberté de la presse et la liberté de réunion ; mais le vide dans le rang a tout de suite été comblé par le Siècle, qui, assimilant les candidats à des écoliers, leur dicte iuagistralement, question par question et mot à mot, en quels termes leur profession de foi électorale devra être rédigée, s'ils ne veulent pas s'exposer à être considérés comme suspects et à être exclus comme tels; c'est-à-dire que les candidats indépendants devront être dépendants. Expliquons cela. Us devront porter la tête haute et raide devant M. de Persigny et ses préfets, mais ils devront la porter basse et flexible devant M. Garnot et ses journaux. Ainsi, par exemple, si un candidat indépendant avait l'indépendance de penser et de dire que l'instruction primaire doit être c gratuite » , mais ne doit pas être <x ohUgaloire » , son nom serait immédiatement rayé de la liste des candidatures indépendantes, et l'appui du Siècle lui serait inexorablement retiré.
Voici comment en l'an d'opposition 1863 sont comprises la liberté des opinions et la liberté des élections !
Mais ne tombons dans aucune exagération et ne commettons aucune omission. Hàtons-nous d'ajouter que le Siècle
Teat bien permettre à tous les candidats indépendants de demander que < toutes nos voies de communication soient » complétées, depuis la voie ferrée jusqu'au chemin vicinal, i Le Siècle ajoute : c II faut songer à prévenir ces chômages ' » qui font périodiquement souffrir des milliers d'ouvriers, i Mais le Siècle n'indique pas par quels moyens. Les candidats auraient-ils donc la liberté de se prononcer, les uns pour la tutelle gouvernementale, les autres pour la liberté économique ? Nous prions le Sièck de vouloir bien s'expliquer sur ce nœud que jusqu'à ce jour n'ont pu dénouer, même trancher, ni la liberté économique, comme en Angleterre , ni la tutelle gouvernementale , comme en France. M. Havin est Irop réservé, trop loyal, pour avoir posé la question sans posséder le secret de la résoudre. Il nous le fera certainement connaître. Le programme des c hommes à conviction forte > ne doit rien contenir de faible.
Peu dé mots nous suffiront pour répondre à Y Opinion nationale. M. Guéroult serait c bien aise de voir arriver à la » Chambre plutôt ses amis que des antagonistes politiques. > Il semblerait qu'une telle réponse fût toute simple ! Elle est cependant moins simple qu'elle ne le parait. Si M. Guéroult peut les nommer, qu'il nomme donc les hommes politiques dont il est l'ami! M. Guéroult est-il l'ami et le candidat de M. Camot? M. Carnot est-il le candidat et l'ami de M. Guéroult? M. le grand maître du Grand-Orient électoral a-t-il convié le rédacteur en chef de YOpinion nationale à venir s*asseoir dans le Temple ? L'a-t-il admis à la Lumière ?
Nous sommes pour la liberté de la presse, pour la liberté de réunion, pour la discussion, pour la publicité. M. Guéroult leur préfère les comités, les coteries , l'ombre et l'intolérance; c'est son droit! Si cela lui plaît, qu'il comitaille! Entière et réciproque liberté.
L'espace est rare, économisons-le et arrivons vite aux six colonnes du Temps, rangées sous deux titres. Titre I** : db L'opposmoN LmÉRALE. Titre II : les comités et les journaux. Dans le premier article, beaucoup de phrases, Tune contre-
disant l'autre, finalement pour ne rien dire. Vainement avons-nous cherché une objection saisissable dans cet amas de contradictions. D'ordinaire, rendons-lui cette justice, M. NefiflEer est moins obscur et plus ferme. Mais peut-être trouverons-nous dans son article du lendemain ce que nous avons inutilement cherché dans son article de la veille. Les jours se succèdent, mais tous ne se ressemblent pas. Telle cause peut vous faire perdre une lucidité que le sommeil d'uue bonne nuit peut vous rendre.
A la bonae heure ! voici une accusation précise qui ne trébuche pas, qui ne se contredit pas, qui ne tombe pas dans -le vague, qui ne se perd pas dans la teinte grise. M. Nefitzer nous accuse de nous escrimer oontre des « moulins k vent. » Le mot n'est pas poli pour M. Garnot. Oui ou non , existe-t-il \m comité ayant la prétention de pei*s(mmfier . l'Opposition, c'est-à-dire touteslesoppositions; de se substituer à l'aotion des journaux , et de dicter aux électeqrs c légalement mécontents », selon l'expression de M. NefRzer, les choix qu'ils devront faire aous peine d'être accusés de manquer d'indépendance et de patriotisme! La preuve que ce comité existe, rendrons-nous à M. Nefilzer, c'est que vous raisonner déjà dans l'hypothèse où le Grand Mystagogue, où M. Garnot vous apportera une liste : Vous dites : c Noêu » eçmidérenmi C9mme un devoir de déférence de la publier. » Vous ajoutez :f Ce qui ne retranchera rien ènotre droit de la discuter. » En effet, cela ne retiajichera rien à votre droit, mais vous ne l'exercerez pas! Pour en avoir l'assurance, il suffit de nous souvenir de 1849 et de 1850. En ce temps, de pareilles listes, ténébreusement dressées, étaient apportées à tous les journaux démocratiques , et leur étaient imposées sous peine d'être mis à l'index et de porter devant la France Rectorale la responsabilité des scissions qu'un refus ferait naître et des échecs qui, avec ou sans fondement, seraioit imputés à ces fidssions*
L'expérience du passé plaide pour nous eontre vous.
Nous connaissons l'ordre de la marche pour l'avoir suU.
Soyez franc ! soyez net ! Il ne s*agit pas , vous le savez bien , de comités électoraux couvrant la France, de comités en nombre au moins égal au nombre des circonscriptions, de comités représentant chacun une opinion; il s'agit d*un Comité professant le dogme Gamot, et soumettant les candidats avant de les admettre à l'épreuve sous laquelle M. Thiers, avec autant de dignité que de raison, vient de refuser de fléchir le genou et de baisser la tète. Toute opinion dominatrice a son Boulanger quand elle n'a pas son Camot, et son Gamot quand elle n*a pas son Boulanger. L'un et l'autre se valent et tous deux étaient admirablement nés pour remplir, en d'autres temps, l'office de grand inquisiteur.
Ni Boulanger, ni Gamot ! ni Camot , ni Boulanger ! Le6 électeurs, pour savoir à quoi s'en tenir sur le talent de M. Thiers, sur le talent de M. Jules Favre, sur le talent de M. Picard, sur le talent de M. Oliiviér, n'ont pas besoin que M. Thiers soit poinçonné comme un couvert d'argent par M. Boulanger, ni M. Jules Favre poinçonné par M. Camot. Le grand avantage du talent , c'est qu'il porte avec lui-même sa marque et sa garantie.
En résaroé , et pour empêcher le débat de s'égarer, de quoi s'agit-il ?
Il s'agit de savoir si les oppositions feront ce qu'elles blâment le gouvernement de faire ; il s'agit de savoir si elles laisseront l'accès de la législature plus ouvert aux « hommes ^ dévoués qu'aux hommes éclairés » (expressions de la réponse de M. Thiers à M. Boulanger) ; il s'agit de savoir si elles préféreront les hommes renfermant silencieusement, hermétiquement, dans leur poitrine leurs < convictions fortes » aux hommes d'opinions divergentes , mais doués à un haut degré du talent de les exprimer dans une assemblée où ce ne sera qu'à force d'art, où ce ne sera qu'à force de modération, soit réelle, soit apparente, qu'on parviendra à se faire écouter d'une majorité contraire , d'une majorité voisine de runanimité.
Le Temps, YOpùmn naiianak et le SièeU sont parfaitement
libres d'écrire sur leur bannière électorale : ÉUetiont des Médiocrités silencieuses; nous n'effacerons pas de la n6tre ces mots qu'elle porte : Élections des Supériorités oratoires.
ku\ Médiocrités silencieuses il faut des comités, sans lesquels elles n'auraient aucune chance d'être élues; aux Supériorités oratoires il n'en faut pas ; elles n'en ont point besoin.
Quand on ne peut pas avoir pour soi la quantité , au moins faut-il tout faire pour avoir avec soi la qualité.
Dans une assemblée où viennent se poser et se débattre toutes les questions : questions de législation» questions d'administration, questions de crédit et de finances, questions de politique intérieure et questions de politique extérieure, quelle est la qualité qu'il importe d'autant plus d'acquérir que^ la minorité sera plus faible numériquement? N'est-ce pas précisément la qualité qui manque à M. Gamot portant M. Havin, et à'H. Havin portant M. Garnot?
On voit bien que ce n'est plus M. de Sacy qui dirige le Journal des Débals; ce journal (lotte selon le caprice de ses rédacteurs, se contredisant l'un l'autre. H. de Sacy eût certainement trouvé qu'une raillerie en trois colonnes risquait d'être plus lourde encore qu'elle n'était longue. A propos de quoi cette raillerie? A propos du comité électoral formé et présidé par M. Garnot. Pour qu'il en ait pris aussi ardemment la défense hier soir, il faut que le Journal des Débats n'y ait pas assisté hier matin. S'il y eût assisté, il eût. vu jusqu'à quel degré de triste ridicule pouvait aller l'imr puissance entre gens se réunissant avec la prétention de diriger les autres et étant hors d'état de se diriger euxmêmes, ne pouvant tomber d'accord ni sur un nom, ni sur une idée; se séparant comme ils étaient venus, sans avoir délibéré sur rien, ni rien décidé, si ce n'est que le comité se réunirait de nouveau... pour accoucher... de quoi? d*un
autre comité, lequel aulre comité accouchera vraisemblablement à son tour d'un sous-comité, lequel sous-comité se composera finalement et exclusivement de M. Carnot, assisié de deux secrétaires. N'eût-il pas été plus court et plus simple de commencer tout de suite par là? Certainement, si le Jt^urnal des Débals, qui aime à railler, eût assisté à ce tohu-bohu, il se Tût moqué de ce qui était risible et ne se fût pas moqué de ce qui est sérieux. Il n'eût pas gravement pris parti pour des masques.
Car, enfin, de quoi s'agit-il dans tout ce bruit électoral qui se fait autour de M. Camot, dieu du silence et de l'abstention? Faat-il le dire? il s'agit tout simplement d'éliminer Tun des Cinq, pour mettre à sa place M. Havin , rédacteur en chef du Siècle. Il ne s'agit de rien de plus ni de rien autre chose. Il ne suffit pas à M. Havin d'être élu dans le département de la xManche, dont fait partie Thorigny-sur-Vire; il veut encore, et obstinément, être élu à Paris. Il lui faut, c'est le moins, une double élection. A cette condition seulement, l'opposition dite démocratique aura le concours du Sikle. Sinon, non. Là, nous voyons distinctement une question de personnes, mais là nous ne voyons pas clairement une question de principes. Il est vrai que nous sommes myope et nous l'avouons. Que gagnera la circonscription électorale que représente M. Picard à n'avoir plus M.. Picard pour député et à avoir à sa place M* Havin? Pourquoi M. Havin tient-il absolument à cette circonscription plutôt qu'à l'une des cinq autres, actuellement représentées par des députés appartenant à la majorité des 267 contre les 5 ? M. Havin y tient parce qu'il dit que c'est celle où il a le plus de chances , attendu que c'est celle où le Sièek compte le plus grand nombre d'abonnés. Politiquement, est-ce une raison efficiente, une raison suffisante, une raison péremptoire? Cette raison valait-elle qu'on divisât l'opposition constitutionnelle déjà si faible numériquement, cette opposition dont les Cinq sont les fondateurs et qu'ils ont personnifiée pendant six années? Sans la prétention excessive
et subversive de M. Havin, Faccord qui existait entre tous les journaux démocratiques n'eût pas été troublé. Simple et facUe eût été leur tâche ! Elle eût consisté à combattre les candidats que le gouvernement eût opposés à MM. Darimon, Favre, Hénon, Oilivier et Picard, et à appuyer dans tes autres circonscriptions les candidats qui se fussent présentés avec le plus de chances de succès, en opposition aux candidats du gouvernement. Si parmi ceux-là se fussent trouvés M. Havin et M. Guéroult, la Preste, sans hésiter, elle le déclare, les eût soutenus avec sa vigueur accoutumée. Elle eût trouvé juste qu*on tint compte à MM. Havin et Guéroult de leur concours journalier. La Presse n'a pris la* parole contre le Comité-Garnot que le jour où elle a su , à n'en pouvoir plus douter, que cet austère Comité ne couvrait de son ombre qu'une méchante intrigue.
L'objection qui nous est faite consiste à dire : € Les circonscriptions électorales que représentent les Cinq ne constituent pas cinq fiefs électoraux ; tout candidat qui se présente y a le même droit que les cinq élus; M. Picard n'y a pas plus de droit que M. Havin. C'est une question de préférence entre deux personnes appartenant à la même opinion; ce n'est pas une question de choix entre deux principes. » A cette objection, voici la réponse que nous faisons : Il est d'usage électoral , il est de droit commun que tout mandataire, à Texpiration de son mandat, rende compte à ses mandants de l'emploi qu'il en a fait. La sanction est dans la réélection. Substituer M. Havin à M. Picard,, c'est priTer ce dernier de la sanction à laquelle on comprendra qu'il attache un grand prix. Cela est si élémentaire en matière de droit électoral, qu'il y a lieu d'être surpris qu'un comité se soit formé uniquement pour le fouler aux pieds. Le Gomiti- Gamot, nous le répétons, au fond et en réalité, n'a pas d'autre but. On l'a déjà vu clairement par l'embarras de ses paroles; on le verra plus clairement encore par l'embarras de ses actes , quand viendra le moment d*agir. Noos l'attendons à ses œuvres.
Mak reyenom aa Jovmal des Débais, qui nous prend personnellement à partie. Qu'ayon&4ioo6 dit? Nous avons dit qu'en Fabsence du droit de réunion, — que nous défendions énergîquement en 1649 et 1850, quand le Journal des Débats l'accusait violemment et Tabandonnait aveuglément , — les joamaux étaient, en matière électorale, l'expression la plus jufite , la plus sincère de toutes les oppositions ; qu*un comité directeur électoral ne tenant sespouvoirsquede lui-même était une usurpation et la substitution du suffrage indirecte deux degrés au suflrage direct universel. Railler n*est pas raisonner. Le Jwamal des Débats démontrc-t-il qu'en avançant cette proposition nous sommes tombé dans Terreur, ou seulement dans l'exagération? Non. Notre proposition, éclairée par l'expérieoce de 1848, de 1849 et de 1850, subsiste donc toat entière.
Nous avons attaqué le Gomité-Garnot, ou plutôt nous avons défendu contre lui la réélection des Cinq par les mêmes âecteurs qui les ont élus ; avons-nous attaqué les réunions qui ont lieu chez M. le duc de Broglie? Non. Pourquoi? Nous allons le dire au Journal des Débats. Parce que, entre les réunions qui se tiennent chez M. le duc de Broglie et les séances du Goroité-Carnot, il y a toute la difrérence qui existe entre la liberté et la dictature. Cbez M. le duc de Broglie, ce sont des personnes appartenant à toutes les noances de la même opinion qui se réunissent pour discuter entre elles lequel convient le mieux, qu'elles se présentent aux Sections ou qu'elles continuent de demeurer à l'écart, soit à raison de leurs précédents, soit à raison de leurs scrupules. C'est chose qui les regarde et où nous n'avons rien à voiry car elles n'ont aucunement la prétention de nous imposer leur liste, sous peine d'être dénoncé comme suspect et traître à la patrie électorale.
En est-il ainsi du Gomité-€arnot ? N'est-il qu'une réunion de personnes appartenant à certaines nuances de l'opinion démocratique et examinant la question de savoir si elles doiTent continuer de s'abstenir ou si elles doivent entrer
dans la voie constitutionnelle que les Cinq leur ont ouverte ? Tous ceux qui ont assisté à ses séances savent à cet égard à quoi s'en tenir. Ils savent qu'il vise au rôle et presque au titre de gouvernement provisoire. De notre côté, nous savons que si nous le laissons établir, nous risquons d'être assiégé chaque jour par une fpule de gens qui viendront varier, dans nos bureaux , ce thème connu : Uunionfaii la force, et déclarer qu'ils nous rendent responsable de toutes les élections où ce sera le candidat de M. de Persigny qui l'emportera sur le candidat de M. Carnot. C'est pourquoi nous protestons énergiquement à l'avance contre tout comité de salut électoral.
A propos des noms de M. de Persigny et de M. Carnot , de qui M. Havin est-il le candidat ? Est-il le candidat de M. Carnot ? Est-il le candidat de M. de Persigny ? Est-il le candidat de l'un et de l'autre ? Il parle comme s'il était le candidat de M. Carnot, mais il agit comme s'il était le candidat de M. de Persigny.
)7 mars 1863.
c // t^agU de savoir si la Réw>luiion pmrsuivra sa marche féconde et civilisatrice! » (Textuel. Siècle, 26 mars 1863.)
Cela va dépendre uniquement des électeurs de la quatrième circonscription électorale de la ville de Paris.
S'ils réélisent M. Picard, c'en est fait de la Révolution. S'ils nonunent au contraire M. Havin, « la Révolution poursuivra sa marche féconde et civilisatrice ! >
Posée en ces termes par le Siècle, la question Havin, on le voit , domine toutes les autres questions ; celles de savoir : s'il sera possible de réconcilier les séparatistes et les unionistes, qui se massacrent sur les bords du Potomac? s'il sera possible de mettre la main sur un prince qui consente à porter sur sa tète la couronne de Grèce? s'il sera possible d'abandonner le pape, de rendre Rome aux Romains,
ceux-ci donnant Rome pour capitale à Tltalie? s*il sera possible de retrouver les limites du royaume de Pologne appelé à servir de rempart à l'Europe contre la Russie, surnommée le f colosse aux [lieds d'argile »? s*ji sera possible, enfin, de s'arrêter à ce remaniement territorial de l'Europe le jour où elle se réunira en Congrès pour y faire son examen de conscience et procéder à la révision des traités de 1815?
Qu'est-ce que toutes ces menues questions-là mises en regard de la question Havin , de la plus grande question du siècle, celle de savoir si l'esprit humain reculera, s'arrêtera ou avancera?
Les rédacteurs du Siècle sont si profondément convaincus que les destins de la Révolution dépendent de l'élection de M. Havin dans la quatrième circonscription, que cette conviction en fait des héros, presque des martyrs! Au bouillant courage déployé par l'intrépide major général Louis Jourdan, dans les steppes du Siècle, ne saurait se comparer que l'incomparahle valeur du brillant officier d'ordonnance Anatole de la Forge, combattant à ses c6lés.
C'est bien ! c'est vraiment bien! Nous eu sommes profondément touché , presque désarmé.
Telle est même notre frayeur, que nous ne savons que répondre à celte grêle d'objections que font tomber sur nous sans aucun ménagement les deux héros de l'immortelle cause Havin !
Us disent :
«r Au temps où naiu tomme/, il faut des actes plus que des paroles. Sans doute l'ëloquence a des charmes , mais Téloquence ne suffit pas aujourd'hui. L'Europe est dans un état tel , que Ja moindre efTervescence peut mettre en péril son repos, son équilibre factice. Partout (les problèmes brûlants sont posés entre les pouvoirs spirituels et les pouvoirs temporels, entre les peuples et les rois, entre le capital et le travail , entre les ouvriers et les patrons. »
Nous répondons :
Pouvez-vous, sans rire aux éclats, écrire de si burlesques phrases? Que parlez-vous < d' actes » ! Sérieusement, de quoi s'agit-il?
Le prochain Corps législatif devant être de 279 membres, il s*agit de savoir si les oppositions y seront représentées par 5, par 10, par 15, par 20 muets c convUtUmtfarîes'^, on par 5, par 10, par 15, par 20 orateurs ayant des convictions non moins fortes, mais diverses.
M. Havin étant élu par la quatrième circonscription électorale de Paris, en quoi consisteront ses € actes »? Ils consisteront à mettre en silence une boule noire dans l'urne où M. Yéron, s*il est réélu , aura mis une boule blanche.
En quoi et comment cette boule noire de M. Léonore Havin, mariée à la boule blanche de M. Louis Yéron, aurat-elle la vertu de résoudre < Ut problèma brûiants pasés entre » les pauvoirt tphitueU et les pouvoirs temporels, entre les peuples » et les rms^ entre le capital et le travail, entre les ouvriers et les » patrons? »
Par quel art s'opérera ce prodige au fond de l'urne? M. Léonore Havin, s'il n'est un Emile Ollivier, serait-il un Robert Houditt?
Si M. Léonore Havin possède un si grand art, cet art fût-il de la prestidigitation, que les électeurs de la quatriènte circonscription n'hésitent pas , qu'ils nomment M. Léonore Havin ! Tant pis pour M. Ernest Picard.
Les électeurs pourraient-ils hésiter lorsque, pour résoudre tant de problèmes depnis si longtemps posés, il leur suffira d'écrire sur leur bulletin le nom radieux de Léonore Havin !
Mais alors, pourquoi pas celui de Robert Houdin? Ne serait-ce pas encore plus sûr?
Point de raillerie ! c L'Europe est dans un état tel, que la » moindre effervescence peut mettre en péril sou repos, son équi- » libre factice. »
Très-bien dit! Mais en quoi la boule noire et muette de M. Havin empèchera-t-elle cette redoutable effervescence de s'allumer, d'éclater, de mettre en péril et de rraverscr l'équilibre factice de l'Europe?
Le Siècle, avec un désintéressement qui l'honore, veut
bien faire à la Presu cette concession : < Sans éouU réloquemt 1^ mda charmes, mais téloquence ne suffit pas an^aard'ktti, » La Presu est de cet avis, mais ce qui manque aujourd'hui à Téloquence, M. HaTÎn, député de la quatrième circonscription, l'apportera-t-il au Corps législatif?
Assez, assez de cette politique grotesque!
Ouï, il 7 a de graves problèmes posés.
Non, réioquence ne suffit pas pour les résoudre.
Mais lequel vaut mieux, ou de les enterrer en silence, ou de les débattre avec éclat? Lequel vaut mieux, ou de nommer des croque-morts, des croque-questions tels que MM. Havin et Camot, ou de nommer des orateurs ayant la France et FEurope pour échos?
Telle est la question que nous avons eu Taudace de soulever et que nous avons l'obstination de maintenir.
Après cette première question tranchée dans notre sens, serait venue cette seconde : Quels orateurs choisira-t-on ? Les demandera-t-on aux anciennes Assemblées, à l'ancienne Chambre des députés, à Fancienne Chambre des pairs, à VAssemblée constituante de 1848, à F Assemblée législative de 1849, ou les demandera-t-on au jeune barreau, qui a déjà fait ses preuves en donnant au Corps législatif MM. Emile Ollivier et Bmest Picard?
Alors un débat sérieux se fût ouvert utilement sur cette seconde question.
Quant à nous, il va sans dire, pour ceux qui nons connaissent, que nous eussions combattu tout esprit étroit et . haineux d'exclusion , mais que nous eussions donné hautement la préférence aux jeunes orateurs, ayant sur les orateurs anciens cet immense avantage de n*avoir pas à traîner à la tribune derrière eux un lourd fardeau de vieilles rancunes, de petites querelles, de gênants antécédents et d'innombrables contradictions, conséquemnient d'être plus libres et moins suspects dans l'expression de leur opinion.
Politiquement, les jeunes ont plus d'idées et moins de
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passions que les vieux; chose singulière! avec plus de foi ils ont plus de tolérance. Puis, enfin, ils personnifient l'avenir dt)nt nous faisons autant de cas que nous en faisons peu du passé. L'appui de la Presse lenv eût donc été acquis ; il leur appartient pleinement. Les jeunes et brillants orateurs ne n*)unquent pas dans le jeune barreau ; MH. Ernest Picard et Emile OUivicr auraient, nous assurent-ils, de dignes émules et d'utiles auxiliaires dans H. Batbie, agrégé à l'École de droit, auteur d'un Éloge couronné de Turgol; Clamageran, qui a fait des questions d'impôt une étude approfondie et qui les traite avec un talent que nous avons applaudi à Lausanne; Delprat, rédacteur du Courrier du Dimanche; Emile Duriez, membre du conseil de surveillance du Siècle; Jules Ferry, notre collaborateur; Charles Floquet, rédacteur du Temps; Hérold , l'un des secrétaires* du Comité-Garnoi ; Philis, jeune avocat du barreau de Paris. A cette liste par ordre alphabétique, certainement incomplète, ajoutons le nom de notre ancien collaborateur Eugène PeUetan , qui a su acquérir un talent d'orateur au moins égal à son talent d'écrivain.
Si de ce qui précède il résulte que l'opposition démocratique n'a que l'embarras du choix entre beaucoup de jeunes et brillants orateurs, pourquoi donc nommerait-elle des muets? Pourquoi donc nommerait-elle MM. Carnot et Ha vin ?
La question des prochaines élections du Corps législatif se résume pour nous en ces termes :
Au gouvernement qui a des ministres sans portefeuille , tels que MM. Billault et Magne, que faut-il?
— Des députés dévoués qui votent.
A l'opposition qui ne se composera que d'une minorité perdue au fond de l'urne parlementaire, que faut-il?
— Des députés éloquents qui parlent.'
C'est là cô que le Siècle, avec le dédain. du renard pour les raisins trop verts et bons pour des goujats , appelle € de la politique de fantaisiste. >
VU
38 man 1863.
Nous avons été heureux de lire ce matin en tète du Siècle la déclaration qui suit, et à laquelle nous applaudissons des deux mains :
« Ed réponse aux attaques dont le Siècle a été l'objet , je déclare M que jamais mon vieux patriotisme ne s'exposera à rendre douteux
• le succès de notre cause par une prétention personnelle ou par une ■ compétition de circonscription.
• Cher directear,
• Vous renonça, pour &ire cesier toote division, à Tout prëtenter dans une
> circoof cripUon où tant d*ëleciean you* avaient offert leur concoure ; la rédac-
> lion da SiècU conipreod ei approuve la délermioation qui vont est dictée par
• votre dévouement à la démocratie. Nous tommes persuadés d'avance que les » électeurs vous en tiendront compte; aussi |)ersislons-nous it vous demander de
• rester un de leurs candidats à Paris; c'est votre devoir, et le Siècle a bien le
• droit aussi de faire juger sa politique par le suffrage universel.
» Pour les rédacteurs : ' • Le seenétaire de la direction politique ,
» Léon PLÉB. »
Nous haïssons les chicanes autant que nous méprisons les personnalités dont les tristes nécessités de la polémique exigent trop souvent que, malgré soi, on se fasse une arme.
Donc, nous ne chicanerons pas M. Havin sur sa déclara* tion, que d'autres peut-être qualifieront de tardive et de forcée. Elle est pour nous comme si elle était spontanée.
Nous l'en remercions hautement.
La déclaration de M. Havin n'aura pas le pouvoir malheureusement de faire de lui ce qu'il n'est pas : un orateur; mais il est tel concours qui , mis dans la balance électorale , peut y peser autant que tel talent.
Ne tenir aucun compte de la grande publicité du Siècle ne serait pas juste.
Notre appui le plus sincère, le plus énergique, le plus chaleureux est donc acquis à M. Havin, concurrent, non plus de M. Picard, mais de H. Guyard-Delalain.
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Le directeur du Siècle, à qui nous tendons de nouveau la main, peut y compter pleinement.
l^mai 186^.
On lit dans le Moniteur :
«t Plusieurs journaux annoncent que les représentants de sonscomités électoraux doivent se réunir prochainement pour nommer an comité central. A cette occasion , le gouvernement croit devoir rappeler que la loi interdisant les associations de plus de vingt personnes qui se réuniraient sans l'agrément de l'autorité publique (Gode pénal , art. 291, 292 et 294) , alors même que ces associations seraient partagées en sections d'un nombre moindre (loi du 10 avril I8S4), les journaux s'exposeraient à la répression légale s'ils publiaient tous actes ou manifestes de pareilles associations. » -
Le Moniteur vient de rendre là un fameux service aux sous-comités, qui succombaient sous le poids de leur impuissance. Le Moniteur vient de les sauver du ridicule !
Maintenant qu*il leur est interdit de se réunir, ils ne manqueront pas de dire, et on ne manquera pas de le répéter, que s*ils n'eussent pas été empêchés, par la peur qu'ils faisaient au gouvernement, d'instituer leur comité central, ce comité eût été le maître des élections, et que la nouvelle majorité législative eût été nommée à son image !
Le contraire ne pouvant plus être prouvé, le gouvernement leur donne ainsi tout avantage sur lui*
8 mai 1863.
V Opinion nationale, le Temps, le SiicU publient, sans Tac* compagner d'aucune réflexion, la consultation suivante :
« Les jurisconsultes soussignés , consultés sur la légalité de la fèrmation des comités électoraui , • Adoptent les résolutions suivantes :
il La formation àt oomités aux approches des élections est d'an
usage coDsUDt et d'une nécessite impériease : pins Tintervention de l'administration dans Télection est active et l'action de la presse restreinte, plus aussi ce moyen d'entente entre les électenrs devient indispensable.
9 11 ne parait pâi que la légalité de ces comités paisse faire l'objet d'un doute sérieux ; il suflkt pour s'en convaincre de se readre un compte exact de la nature et du but de ces réunions, et de se reporter aux textes des lots et décrets qui régissent la matière.
» Le but des comités électoraux est de débattre les candidatures, de créer entre les électeurs un lieu commun , de leur fournir les renseignements et les conseils qui peuvent éclairer leur cboix. Leurs réunions peuvent être périodiques ou non; elles peuvent sccomposer d'un nombre de membres plus ou moins considérable ; mais un double caractère distingue ces réunions : 1^ elles sont essentiellement pri< vées; 29 elles n'ont lieu que pendant une période nécessairement limitée, c'est-è-dire pendant la durée de la lutte électorale.
M Â ce double point de vue, elles ne tombent sons l'application d'aucune d«s dispositions législatives qui ont successivement restreint le droit d'association et de réunion.
• liCs articles 39 1 et suivants du Gode pénal et la loi du 10 avril 1834 interdisent les associations de plus de vingt personnes. Mais la première condition pour qu'il y ait lieu d'appliquer ces articles, c'est qu'il 7 ait une association.
« Les réunions et les associations, dit M. Faustiu-Hélie (Théorie » du Code pénai, § 1023), sont choses tout à fait distinctes : les réu-
> nions ont pour cause des événements imprévus, instantanés, tem- » poraires; les associations, au contraire, ont un but déterminé et » permanent : se réunir, c'est vouloir s'éclairer et penser ensemble; » s'associer, c'est vouloir se concerter, se compter et agir.
» Cette distinction, qui est dans la nature des choses, a été suc- » cessivement indiquée de la manière la plus explicite par tous les » orateurs qui, dans les deux Chambres, ont pris part à la discussion ■ de la loi de 1834. »
« Les réunions et les associations ne doivent pas être confondues, » disait à la Chambre des députés M. Martin (du iVord), rapporteur
> de la loi; jusqu'à présent, personne n'a pensé que les réunions » eussent été atteintes par l'article 291, ne craignez pas qu'elles le » soient davantage par la loi que nous discutons. » •
« La loi y disait également M. Rœderer à la Chambre des pairs, «n'autorise pas plus à inquiéter qu'à interdire les réunions, soit
•fortmies, soit habituelles: elle ne regarde que les associations b
{Moniteur du 9 avril 1334.)
« 11 faut couclure de ce qui précède que ni l'article 391 ni la loi de 1834 ne pourraient être invoqués contre les comités électoraux. Quoique le but de tous ces comités soit identique , et qus des relations puissent s'établir entre eux, ce ne sont, dans tous les cas, que
496 iseai
de simples réunions , qui manquent du caractère essentiel et constitutif de l'association y à savoir, la permanence.
» Le décret dictatorial du 25 mars-2 avril 1862 a donné, il estvrai, une extension nouvelle aux dispositions de l'article 291 du Code pénal et de la loi de 1834 , en les déclarant applicables aux réunions publiques, de quelque nature quelles soient.
» Mais ce décret, comme les lois du 19 juin 1849 et du 6 juin 1850, dont il perpétue, en les aggravant, les dispositions restrictives, n'a en vue que les réunions publiques. En admettant donc, ce dont il est permis de douter, qu'il faille l'appliquer aux réunions auxquelles seraient appelés tous les électeurs inscrits, il n'est pas possible de l'étendre aux comités électoraux, qui sont, de leur nature, des réunions non publiques. Une telle extension serait d'autant plus inadmissible, que l'article l^^*" du décret abroge expressément la loi du 28 juillet 1848, qui, en consacrant la liberté des clubs, exigeait, dans son article 1 5, l'autorisation de l'autorité municipale pour les réunions non publiques dont le but serait politique.
» Les soussignés estiment en conséquence qu'aucune des dispositions de la loi actuellement en vigueur n'interdit la formation de comités électoraux , et que ces réunions ne sont pas moins conformes aux intentions du législateur qu'aux intérêts des citoyens.
» j. DUFAUSB, bâtonnier de l'ordre des avocats. — BEBRYsa, ancien bâtonnier. — a. fikslom. —
VICTOa LEFRANC. — UWHT DIDIEl. •— PAUL ANDSAL. — L. DB BAlTHÉLBMr. ALBSST GIGOT. AUG.
poupinxT, avocat à la cour de cassation. —
AMÉDÉE LEPBVRB-POnTALIS. EMEST GUIBOUIG.
BTIE.^NE AÉCAMIER. J)E BBLLOMAYEB. — LEON
BBNAULT. »
Donner des consultations est facile, mais qui donnera l'exemple ?
Qui, en se réunissant sans s*associer, se fera arrêter et poursuivre aOn de poser la question devant les tribunaux ?
9 mai 1868.
Le Jl/oni/eiir publie la circulaire suivante que M. le ministre de Fintérieur vient d'adresser aux préfets :
« Paris, le 8 mai 1863.
» Monsieur le préfet ,
» Les élections qui se préparent vont être pour la France une nou-
Telle occasion d'affirmer devant l'Europe les institutions qu'elle s'est données.
« Dans cette circonstance, j'ai à peine besoin de vous rappeler les principes qui doivent vous servir de guide. Vous n'oublierez pas que l'empire est l'expression des besoins, des sentiments, des intérêts des masses, et que, avant de rallier à lui toutes les forces vives de la nation, c'est dans la chaumière du peuple qu'il a été enfanté.
« Fort de son origine providentielle, l'élu du peuple a réalisé toutes les espérances de la France : car cette France, qu'il avait trouvée dans l'anarchie, la misère et l'abaissement oii le régime des rhéteurs l'avait jetée , il lui a suffi de quelques années pour l'élever au plus haut degré de richesse et de grandeur.
» On sait comment, dans ce pays bouleversé par tant de révolutions, l'ordre politique, social et religieux a été restauré, et la sécurité des personnes et des choses établie comme elle ne l'avait jamais été; comment, en dix ans, la fortune immobilière a été doublée, la fortune mobilière augmentée de 7 à 8 milliards, et le revenu public accru de 300 millions; comment le territoire a été sillonné de voies ferrées, de routes, de chemins vicinaux et enrichi d'innombrables travaux publics; comment, enfin, les glorieux triomphes de nos armes et la haute influence rendue à notre politique au dehors sont venus couronner un développement de prospérité jusqu'ici sans exemple dans le monde.
» L'histoire dira par quels prodiges de sagesse, de courage et d'ha« bileté l'élu du peuple a accompli toutes ces choses, mais elle révélera aussi le secret de son étonnante fortune, je veux dire la confiance absolue, la fidélité touchante avec laquelle, dans la paix ou dans la guerre, dans les mauvaises comme dans les bonnes circonstances , le peuple français n'a cessé de le soutenir, de l'entourer, de le défendre.
» C'est à cette confiance que l'empereur fait encore appel. Il demande au pays une législature qui , devant terminer son mandat au moment oii le prince impérial , le fils de la France , parviendra à la veille de sa majorité, soit aussi dévouée que les deux précédentes, et n'ait d'autre préoccupation que l'avenir de l'empire.
» Monsieur le préfet, s'il n'y avait en France comme en Angleterre des partis divisés sur la conduite des affaires , mais tous également attachés à nos institutions fondamentales, le gouvernement pourrait se borner, dans les élections, k assister à la lutte des opinions diverses; mais dans un pays comme le nôtre, qui, après tant de convulsions , n'est sérieusement constitué que depuis dix ans , ce jeu régulier des partis, qui chez nos voisins féconde si heureusement les libertés publiques, ne pourrait dès aujourd'hui se reproduire qu'en prolongeant la révolution et en compromettant la liberté; car chex nous il y a des partis qui ne sont encore que des factions. Formés des débris des gouvernements déchus , et, bien qu'affaiblis chaque jour par le temps qui seul peut les faire disparaître, ils ne cherchent
à pénétrer au ccear de nos institutions que poar en vicier le principe, et n'invoquent la liberté que pour la tourner contre l'État.
» £n présence d'une coalition d'hostilités, de rancunes et de dépits opposée anx grandes choses de l'empire, votre devoir, monsieur le préfet, est tout natarellement tracé. Pénétré de l'esprit libéral et démocratique de nos institutions, que l'empereur s'applique chaque jour à développer, ne vous adresses qu'à la raison et au cœur des populations. Laissez librement se produire toutes les caudidatures , publier et distribuer les professions de foi et Us bulletins de vote, «luwmt les formes prescrites par nos /ois. Veillez au maintien de l'ordre et à la régularité des opérations électorales. C'est pour tous un droit et pour vous un devoir de combattre énergiquement toutes les roanœiH vres déloyales, l'intrigue, la surprise et la fraude, d'assurer enfin la liberté et la sincérité du scrutin, la probité de l'élection.
» Le suffrage est libre. Mais, afin que la bonne foi des populations ne puisse être trompée par des habiletés de langage ou des professions de foi équivoques, désignez hautement, comme dans les élections précédentes , les candidats qui inspirent le plus de confiance au gouvernement. Que les populations sachent quels sont les amis ou les adversaires plus ou moins déguisés de l'empire, et qu'elles se prononcent en toute liberté, mats en parfaite connaissance de cause.
M Nous ne «sommes plus au temps où les élections étaient entre les mains d'un petit nombre de privilégiés qui disposaient des destinées du pays. Grâce à l'empereur, qui a su résister aux tentatives anciennes ou nouvelles de tous les partis pour restreindre le suffrage universel, et qui a voulu maintenir le droit de tout Français à être électeur, aujourd'hui la France, en possession du plus vaste suffrage qui existe en Europe, compte 10 millions d'électeurs, votant au scrutin secret, n'ayant chacun à rendre compte de son vote qu'à Dieu et à sa conscience : c'est la nation tout entière qui , maîtresse d'elle-même , ne peut être dominée, ni violentée, ni corrompue par personne.
» Monsieur le préfet, en recommandant au choix des électeurs l'immense majorité des membres sortant du Corps législatif, le gouvernement rend un hommage mérité à des hommes honorables, d'un dévouement éprouvé, et qui, avant de recevoir le patronage de l'administration , étaient désignés par les sympathies de leurs concitoyens. S'il a cru devoir refuser ce témoignage à quelques-uns , ce ^'est pas pour de simples dissidences d'opinions, car il s'est fait une loi de respecter profondément l'indépendance des députés; mais il ne peut appuyer auprès des électeurs que des hommes dévoués, sans réserve et sans arrière^nsée, à la dynastie impériale et à nos institutions. Il est donc contraire à la vérité d'attribuer l'attitude du gouvernement, vis-à-vis de plusieurs candidats, au souvenir de certaines discussions.
» Quelques députés seulement, dans le nombre de ceux qui ont voté contre l'avis du gouvernement, lors d'une circonstance impor-
tinte» n'ont pins le iratronage officiel, mais leur vote n*est entré ponr rien dans la résolution qui les concerne, et j'affirme, quant à moi, que jamais je n'ai eu la pensée de rechercher des votes inspirés par des scrupules de conscience.
» J'appelle votre attention sur une autre manœuvre qu'il suffit de signaler au bon sens public. Les partisans de certaines candidatnres ne craignent pas de prétendre qu'à défaut du concours de l'administration, elles peuvent se prévaloir des plus hautes et des plus augustes sympathies, comme si l'administration pouvait être dans les élections antre chose que Tinstrument de la pensée même de l'empereur.
» Je terminerai, monsieur le préfet, en vous rappelant ces paroles solennelles que l'empereur prononçait à l'ouverture de la dernière session : « Dites à vos concitoyens que je serai prêt sans cesse à » accepter tout ce qui est l'intérêt du plus grand nombre ; mais s'ils » ont à cœur de fiseiliter l'œuvre commencée, d'éviter les conflits qui » n'engendrent qu« le malaise , de fortifier la Constitution qui est o leur ouvrage, qu'ils envoient à la nouvelle Chambre des hommes » qui, comme vous, acceptent sans arrière-pensée le régime actuel, » qui préfèrent aui luttes stériles les délibérations sérieuses; des » hommes qui , animés de l'esprit de l'époque et d'un véritable » patriotisme, éclairent dans leur indépendance la marche du gou- » vernement, et n'hésitent pas à placer au-dessus d'un intérêt de » parti la stabilité de l'État et la grandeur de la patrie. »
» Vous connaisses maintenant, monsieur le préfet, la pensée tout entière du gouvernement de l'empereur. Suives exactement les instructions qui précèdent, et attendez avec confiance le résultat du vote. Les populations du 10 et du 20 décembre ne laisseront pas affaiblir dans leurs mains l'œuvre dont elles sont fîères. Électrisëes par leur patriotisme, elles se porteront en masse au scrutin et voudront donner une nouvelle et éclatante adhésion à l'empire glorieux qu'elles ont fondé.
» Recevez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération très-diatinguée.
» Le ministre de l'intérieur,
» F. Dl PEaSlGMT. »
OÙ est le vrai? Est-il avec le gouvernement T Est-il avec l'opposition ? Est-ce le gouvernement qui a raison quand il perle comme s'exprime M. de Persigny dans la circulaire qu'on vient de lire? Ou bien est-ce l'opposition qui a raison quand elle critique tout ce que fait le gouTernement?
Notre avis est qu'opposition et gouvernement ont tous les deux raison et tous les deux tort.
L'(^;>po8ition a raison lorsque, au nom de la dignité natio-
«00 lft«S
nale et de la dignité personnelle, elle revendique pour la France une liberté qui fasse marcher de pair notre pays avec les pays voisins : l'Angleterre, la Belgique et la Suisse. L'opposition a tort lorsque, dans les appréciations des actes du gouvernement, elle ne fait pas équitablement la part de réloge en même temps que la part du blâme. Nous rangeons sur la même ligne le blâme sans impartialité, qui n'a d'yeux que pour voir le mal, et l'éloge sans indépendance, qui n'a d'yeux que pour voir le bien. Non certes, tout n'est pas à louer dans ce que la nouvelle dynastie a fait depuis le 20 décembre 1852; mais ne pas reconnaître qu'il y ait beaucoup à louer, ce serait manquer de justice.
Le gouvernement a raison lorsque, s'adressant au suffrage universel, il fait valoir tous les titres qu'il s'est acquis à sa confiance : d'heureuses guerres glorieusement terminées , qui , au dehors , ont incontestablement grandi l'influence nationale, et de grands travaux rapidement accomplis, qui, au dedans, ont considérablement accru la richesse publique. Le gouvernement a tort et se met en contradiction avec lui-même lorsque, après avoir dit : c La cmfianct » absolue, la fidélité touchante avec laquelle, dans la paix » ou dans la guerre, le peuple français n'a cessé de le sou- » tenir, de l'entourer, de le défendre», il met dans la même balance l'existence c des partis qui ne sont encore que des fac» lions », et agit, à l'égard de la liberté, comme si ces partis pesaient un poids supérieur ou tout au moins égal au poids du peuple français tout entier. De son propre aveu, s'il est un gouvernement qui soit grand, qui soit fort, qui soit glorieux, qui soit populaire, c'est celui dont M. le comte de Persigny a l'honneur d'être le ministre ; que peut-il donc avoir à redouter de c factions » contre lesquelles il est armé de lois rigoureiises?
Ces factions eussent- elles une consistance qu'elles n!ont pas, qu'elles ne peuvent avoir sous une dynastie qui déclare être en possession de la confiance absolue de tout un peuple , cette consistance ne serait pas une raison pour priver un
grand pays de la liberté dont Finté^rité ne doit pas lui importer moins que celle de son territoire. Tout pays dont la liberté a été amoindrie, jusqu'à ce qu'il l'ait pleinement recouvrée, souffre dans son honneur non moins vivement que si une porlion de son sol lui avait été enlevée après une bataille perdue. C'est là un sentiment dont il ne nous paraît pas qu'il soit tenu assez de compte.
Si « les factions » ne s'agitent pas, si elles ne se révèlent par aucun acte extérieur, nul n'a le droit de dire qu'elles existent sans porter atteinte à la plus incontestable des libertés, à la plus sacrée, à la liberté de conscience. Si les factions s'agitent, si elles se révèlent par des manœuvres coupables, qu'on les punisse aussi sévèrement que le comporte la loi ; mais qu'entre elles et tout un peuple qui les repousse, on n'établisse pas une solidarité que l'équité réprouve !
Si le peuple français mérite tous les éloges qu'on lui donne, assurément il mérite la liberté.
18 mai 1868.
Les journaux sont-ils des journaux ou les journaux sontils des murs?
Si les journaux sont des murs, ils doivent donner indistinctement place à toutes les professions de foi électorale.
Si les journaux sont des journaux, ils n'ont à prendre conseil que de ce qui leur paraît le meilleur pour atteindre leur but.
Or, pour les élections de Paris , quel était le but à atteindre? C'était que les quatre journaux dégagés de toute arrière-pensée dynastique et que les cinq députés représentant Fopposition constitutionnelle, — qu'ils ont inaugurée en entrant dans le Corps législatif à une époque où l'on ne se faisait élire qu'aiin de protester avec éclat, sous la forme de
tôt 19«S
démission, contre la Constitution et Tempire, — se missent d'accord sur une liste de candidats qui pût être unanimement votée par tous ceux qui pensent que la part faite à la liberté par le pouvoir constituant et constitué de 1852 n'est pas assez large.
C'est ce qu'ont fait Y Opinion nationale, la Presse et le Siècle.
C'est ce que n'a pas cru devoir faire le Temps,
Chacun des quatre journaux a donc usé de sa liberté e( a agi selon qu'il l'a cru le mieux.
Le mieux Y — si l'on voulait que Paris nommât neuf députés qui ne fussent pas les candidats présentés avec garantie du gouvernement, neuf députés dont rélection donnât à l'opinion publique une signification décisive, — le mieux était-il de s'unir ou de se diviser ? Le Temps a pensé que le mieux était de se diviser; là Prase a pensé que le mieux était de s'unir.
Entre le Temps et la Presse, agissant ainsi en sens contraire, les scrutins du 31 mai et du 1" juin prononceront.
Le programme de la Presse était celui-ci : Réélection des cinq députés et élection d'orateurs, sans exclusion d'opinions, partout où il sera possible d'en nommer un.
La Presse est restée fidèle à son programme. Dans la première des doux seules conversations qui ont eu lieu entre les cinq députés et les quatre journaux représentant l'opposition démocratique, la Presse a énergiquement appuyé la candidature de M. Thiers dans la deuxième circonscription de Paris, et elle eût non moins énergiquement soutenu celle de M. Dufaure ou de tout autre candidat personnifiant en lui le droit uni au pouvoir de discussion. Il n'a pas dépendu de la Presse que M. Thiers, visiblement tiraillé en deux sens opposés, ne voulant plus le lendemain ce qu'il avait brigué la veille, persistât dans sa candidature, et qu'il convînt à H. Dufaure de faire aux affaires publiques le sacrifice, dans une certaine mesure, de ses affaires privées. Nul n'ignore que H. Dufaure est maintenant l'avocat le plus occupé da baiTeau de Paris,
Si, par une cause ou par une autre, la France législative, la France constitutionnelle est privée, en Tau d^élections générales 1863, de la parole d'orateurs tels que MM. Berrjer, Louis Blanc, Crémieux, Duehàtel, Dufaure, Dumon, Guizol, Victor Hugo, Lamartine, Ledru-Rollin, Rémusat, Sauzef , Senard, Thiers, ce n'est point à la Presu, ce n'est point à nous qu'il faut s'en prendre, car, avant l'opinion , nous eussions, pour noire part et sans hésiter, fait passer le talent.
Tous orateurs ! voilà ce qui nous paraissait souhaitable, et ce que le Temps a traduit ironiquement par ces mots : c Tous virtuoses. »
Prenant les choses telles qu'elles sont, puisqu'il ne dépendait pas de nous d'y rien changer, il nous a paru que l'important n'était pas que M. de Lasteyrie l'emportât sur M. Ravin dans la première circonscription, ou que M. Vavin l'emportât dans la sixième sur M. Gtiéroult; mais que l'important était que Paris, faisant acte de virilité politique et de dignité libérale, d'abord rendit hautement témoignage à l'indépendance, à la fermeté, à la modération, à l'habileté et au dévouement dont ses quatre députés sortants avaient fait preuve; et ensuite votât, si cela était possible, comme un seul homme pour la même liste signifiant : Liberté.
Qu'a donc fait le journaliste qu'on a surnommé l'Utopie?
D'abord et avant tout il s'est effacé, n'ayant personnellement aucune prétention, aucune préférence, aucune répugnance; puis tenant compte, ainsi qu'il l'avait annoncé publiquement, de concours d'une valeur incontestable, il ne leur a point marchandé leur légitime part.
Entre M. Ferdinand de Lasteyrie n'apportant rien qu'un nom, et M. Havin jetant dans la balance le poids des cinquante mille abonnés du Siècle; entre M. Vavin n'apportant rien que le titre d'ancien liquidateur de l'ancienne liste civile du roi Louis-Philippe, et M. Guéroult, assurément écrivain d'un incontestable talent et peut-être orateur habile, pouvions-nous et devions-nous hésiter un seul instant?
Encore une fois, pourquoi M. de Lasteyrie ou tout autre plutôt que M, Havin? Pourquoi M. Vavin ou tout autre plutôt que M. GuérouU ?
On le sait, les grands mots creux qui sonnent faux ne nous rallient ni ne nous troublent.
Les grands mots de c dklature, i*étrangkment du suffrage universel et de contradiction flagrante » ne nous ont ni rallié, ni troublé, alors même qu'au-dessous d'eux nous lisions la signature de M. Nefltzer.
Exagérer la liberté ne vaut pas mieux qu'exagérer la vertu. Il n'y a que les tartufes qui exagèrent la vertu. Or la vertu qu'on exagère n'est plus la vertu , c'est l'hypocrisie. M. Neffizer est trop sincère , trop honnête pour qu*on l'accuse d'être un tartufe de liberté; mais le fût-il, qu'il n'eût point agi autrement qu'il l'a fait en s'isolant et en rendant publique son épitre à M. Emile Ollivier, sans avoir pris le temps d'attendre la réponse.
Où donc est la dictature exercée par les trois journaux ? Où donc est l'étranglement du suffrage universel dont M. Neiïlzer, décidément né avocat général, les accuse de s'être rendus coupables ? Où donc est la contradiction flagrante que nous avons commise ?
Dictature? Est-ce que V Opinion nationale y la Presse et le Siècle empêchent le Temps d'adopter, d'appuyer, de vanter les candidats qu'il lui plaît de choisir ? Est-ce que ces trois journaux empêchent le Journal des Débats et le Courrier du Dimanche de remplacer M. Tbiers défaillant par M. Prévost- Paradol , dont il est vrai que la Preue n'a pas voulu , parce que dans M. Thiers candidat, ce n'était point l'opinion qu'elle appuyait, c'était l'illustration parlementaire, c'était l'orateur consommé; tandis que dans M. Prévost-Paradol ce n'eût été encore que l'opinion, à peine voilée d'une réticence, ce n'eût été que la glorification sur tous les tons des lois de septembre 1835, comparées au décret du 17 février 1852. Nous avons très-expressément tenu à ce qu'il n'y eût ni surprise, ni méprise, et à ce que l'illustration person-
nelle et Topinion dynastique, deux choses parfaitement distinctes, ne fussent point inconsidérément confondues. Aussi après avoir, ilans la première conversation, appuyé de toutes nos forces M. Thiers pour lui-même et pour lui seul, avonsnous, dans la seconde conversation , combattu et écarté H. Prévost-Paradol , candidat du Courrier du Dimanche et du Journal des Débats.
Ce que nous voulions, ce que nous avons voulu, c'était opposer la liberté au gouvernement.
Ce que nous ne voulions pas, ce que nous n'avons pas voulu, ce qu'on voulait, c'était opposer gouvernement à gouvernement.
Éiranglement universel! Est-ce que l'union des quatre journaux empêchait les candidatures opiniâtres de se produire, de convoquer des assemblées d'électeurs, de s'afficher sur tous les murs de Paris, et, à défaut de la publicité de Y Opinion nationale, de la Preue, du Temps et du Siècle, d'avoir celle du Constitutionnel, de la France, de la Patrie et du Pays, fort empressés de les accueillir afin de semer le trouble, l'incertitude , la division dans les rangs de l'opposition constitutionnelle, et d'affaiblir ainsi les chances de triomphe d'une liste unique If
Contradiction ftagranu ! Est-ce qu'on peut donner justement le nom de comité à une simple conversation, sans aucun appareil ni de président, ni de secrétaire, ni de vote, et ayant exclusivement pour objet les élections de Paris, simple conversation entre les cinq élus et les quatre organes personnifiant l'opposition démocratique, les premiers au Corps législatif, les seconds dans la presse, et venant se ' demander amicalement entre eux ce qu'il y avait de mieux à faire pour ne pas rompre le faisceau? La preuve que c'était une simple conversation et que ce n'était pas un comité, c'est que tout ce qu'il y avait.è décider a été résolu à Tunanimité, moins M. Nefftzer, dans un seul entretien d'une heure. Un comité délibérerait encore.
Nous regrettons sincèrement que M. Nefftzer, d'ordinaire
très-judicieux , n'ait pas compris qu'en l'absence oc ptinds orateurs se présentant dans les circonscriptions vacantes et faisant rerivre avec éclat le droit et le pouvoir de discussion» la question de liberté n'était pas dans le choix de telle personne plutôt que de telle autre appartenant à la même opinion, mais dans le dépouillement du scrutin et dans la proclamation de la liste attestant par son succès même qu'elle avait été la meilleure qu'il fût possible de dresser. Ce qu'il y avait à produire par l'accord, c'était on grand effet d'ensemble. Il est fâcheux que M. Nefilzer ait sacrifié l'ensemble au détail au lieu de sacrifier le détail à l'ensemble, et qu'il ait pris la question par le petit côté au lieu de la prendre par le grand.
Nous le regrettons d'autant plus profondément qne, sans cette scission dont M. Nefflzer portera la responsabilité devant le scrutin, des candidatures qui se sont déjà produites eussent considéi'é, nous n'en doutons pas, comme nu devoir et tenu à honneur de faire acte d'abnégation libérale et de désintéressement patriotique, afin de n'ôter à l'union, qui eût été l'unité, rien de sa force si nécessaire, rien de ses chances qui seront si disputées !
Cet honorable renoncement eût-il été un coupable étranglement? Nous le demandons à nos lectenrs de Paris, qui nous répondront le 31 mai, leur bulletin à la main.
Au lieu de cet accord , au lieu de ce renoncement , qu'a fait M. Nefitzer, cédant à l'ivresse plutôt qu'au respect de la liberté, et proclamant que € M. de Penigny dépasse en Uhéra^ 9 lisme >, à lui tout seul, M. Dnrimon, H. Jules Favre, M. Hénon, M. Ollivier, M. Picard, YOpmion tuUUmak, la Presse et le Siècle ? — Il n'a pas pris de repos qu'il n'eût, en toute bâte, éveillé les compétitions personnelles, semé la division électorale, et fuit ainsi ce que le ministre de L'intérieur souhaitait ardemment qu'on fit.
Il est certain que cela lui comptera comme un service rendu au pouvoir ; il est douteux que cela lui compte conune un service rendu à la libellé.
LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4S63 t07
Voici en quels termes incroyables, et qui méritent qu*on les cite à part, M. Nefllzer interpelle les cinq députés sor^ tants, qui ont soutenu devunt le Corps législatif, pendant toute une législature, tout le poids de la discussion :
« Les Cinq ne doniieTont-Ui pas une eipreuion collective à la pensée politique qui les solidarise entre eux, et avec le Siècle et VOpinion nationale? Ce ne sont point des adversaires qui leur ]H>sent ces questions; ce sont simplement des électeurs qui ne leur demandent que d'être édiâét, maïs qui veulent l'être. Dans leur intérêt, nous les supplions de répondro , de suivre Texemple que M. le ministre de riutérieur leur a spontanément donné , et de ne pas laisser dire que
M. DE PEaSIGTfT LES DEPASSE KX LIBERALISME. Cc u'CSt CCrtCS pSS à l'oppO-
sition 11 nous habituer k des élections muettes. Si le silence déjà trop long des Cinq se prolongeait encore, nous en serions bien douloureusement affecté, et nous craindrions qu'il ne tournât pas à leur avantage. »
Ou*est-ce que les Cinq pouvaient dire de plus et de mieux que ce qu'ils ont dit pendant six ans! Qu'est-ce qu'une explication du mouvement ajouterait à la démonstration du mouTement par lui-même ?
Que répondront les Cinq? nous l'ignorons. Mais à leur place, voici ce que nous répondrions en peu de mots :
Nous avons fait tout ce qu'en l'état de la législation interdisant le droit de réunion, même de réunion électorale sans autorisation ministérielle, il nous était permis de faire, d'abord pour assurer notre réélection, non dans l'intérêt de nos personnes, mais dans l'intérêt de notre cause, ensuite pour nous assurer à Paris cinq auxiliaires.
Si nous n'avons pas fait autrement et mieux , ne vous en prenez pas à nous, mais prenez-vous-en à M. de Persigny qui, vous le dites, « nous dépasse en uBËiuLiSiiB I »
t08 ises
15 mai 1863.
M. Nefftzer répèle encore que c M. de Persigny est plus libéral » que les quatre élus et que les quatre journaux qui personnifient à Paris l'opposition constitutionnelle; mais il ne le répèle plus que d'une voix si faible et si embarrassée que nous en avons pitié. Aussi glissons-nous rapidement sur ce point sans y insister.
Continuant en mai ce qu'elle avait commencé, il y a deux mois, en mars dernier, lorsqu'elle prit la parole pour empêcher que la division ne se mit dans les rangs des électeurs de l'opposition, à Paris, et n'y jetât le trouble et l'irrésolution, qu'a fait la Presse? Le Corps législatif ayant été dissous le jeudi 7 mai, la Presse, obéissant toujours à la même pensée, s'est hâtée de publier, le lundi li mai, la liste qui est imprimée en tète de ses colonnes. Qu'a fait le TempsT Sous prétexte qu'il importail moins de fermer les portes à la scission électorale que de les ouvrir à la c discussion publique », il s'est hâté de publier, non la liste, mais une protestation contre cette liste sous la forme d'une épttre à M. Emile OUivier, et de battre tous les buissons électoraux pour en faire sortir... quoi? Pour en faire sortir la candidature de M. Ferdinand de Lasteyrie contre celle de M. Havin, et ia candidature de M. J. J. Weiss contre celle de M. Guéroult. Voilà l'immense résuUat auquel a abouti l'immense efibrt de M. Nefftzer! C'est cet immense résultat que tout le monde, avant nous, a déjà qualifié en lui donnant le nom d'avortement. Pour avorter aussi pauvrement, était-ce donc bien la peine de faire prendre au Temps la file du Constitua tionnel, du Pay$, de la Patrie et de la France, de jouer le rôle de partenaire de M. de Persigny, de faire retentir Taîr des grands mots de < dictature électorale, à' étranglement du suffrage universel », et finalement de mettre sous ses pieds la fameuse doctrine qu'on avait portée si haut, et qui con-
LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4 863 t09
sistait à ériger eA principe inflexible rincoinpatibilité absolue des fonctions de rédacteur en chef d'un journal^ avec celles de membre du Corps législatif!
Ce que voulait M. Nefftzer, c^était que la diseuuion publique fût ouverte, c'était que toutes les candidatures pussent se produire, c'était que le suffrage universel fût la liberté électorale. C'eût été là aussi ce que nous eussions voulu, et, si la discussion publique eût existé en droit et en fait, nous ne fussions pas intervenu entre électeurs et candidats; nous les eussions laissés régler ensemble dans chaque circonscription leurs interpellations et leurs réponses, sans nous mêler à leurs débats. Mais est-ce que la discussion publique existe? Est-ce que tous les électeurs d'une circonscription ont le droit de se réunir, comme en Angleterre, pour choisir entre les candidats après les avoir entendus? Est-ce que la publication de circulaires dans les colonnes d'un journal peut tenir lieu de discussion publique? Est-ce que toutes les circulaires ne sont pas coulées dans le même moule ? Quel est l'électeur qui attache maintenant, après tout ce qu'on a vu en 1848, la plus petite importance à une circulaire d'éligible aspirant, à être élu? Est-ce que la circulaire du candidat lie légalement le député non révocable? Aurait-on déjà oublié la loi du 31 mai 1850, par laquelle quatre millions de mandataires ont été radiés et déclarés déchus de leur droit par leurs propres mandants? Ne sait-on pas d'avance que tous les candidats A. G. D. 6. et les candidats S. G. D. G. , c'est-à-dire avec ou sans garantie du gouvernement, revendiqueront la liberté? Quand il imprime dans son journal ce mot : « discussion publique », M. Nefftzer n'y écrit que le nom d'un mort. Il prend une épitaphe pour un principe. Mais puisque M. de Persigny est si libéral que son libéralisme dépasse le nôtre, comment n'est-il pas encore venu à la pensée de M. Neffizer d'aller demander à M. de Persigny de rendre tout au moins aux électeurs et aux candidats le droit de discussion publique? Si M. de Persigny est libéral autant que l'affirme M. NeiTtzer, pour obtenir cette
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restitQtion il doit suffire de la demander. Que M. Nefftzer Tobtienne de M. de Persigtiy, et dès demain nons prenons l'engagement de retirer de la place qu'elle occupe en tète de nos colonnes la liste que nous publions et qui offusque si fort le journal le Temps.
U parait cependant que cette liste n'était pas si mal composée pour une liste imposée, puisque M. Nefftzer, en battant le rappel dans les neuf circonscriptions de Paris, n'a encore réussi qu'à découvrir M. Ferdinand de Lasteyrie et M. J. J. Weiss, sans parvenir à trouver un seul orateur en renom que c les dictateurs » aient proscrit.
Quel avortement !
M. NeIRzer a la bonté de nous demander comment nous nous y prendrons pour insérer dans la liste des trois journaux la candidature de M. Thiers. — Nous nous y prendrons de la manière la plus simple : premièrement, en insérant la très-bonorable lettre de M. Laboulaye; deuxièmement, en lui donnant acte de son désistement exemplaire; troisièmement, en effaçant le nom de M. Laboulaye pour y substituer celui de M. Thiers, substitution si facile à faire que M. NefTtzer, quand il lira ces lignes, la trouvera déjà faite en tète de nos colonnes. — Mais si M. Laboulaye n'eût pas donné spontanément sa démission? — Alors, nous eussions maintenu sur la liste le nom de M. Laboulaye, sans qu'aucune considération pût obtenir de nous le faire effacer.
Un grand talent, un grand' renom ne dispense pas un homme, même un ancien homme d'État, de savoir ce qu*il veut. M. Thiers avait eu tout le temps de faire son examen de conscience politique, et de savoir s'il lui convenait ou s'il ne lui convenait pas d'être candidat au Corps législatif sous le règne de l'empereur Napoléon III et sous le régime de la
Constitution de 1852, combinée avec le sénatus-consulte du 17 février 1858. Le jour où M. Thiers nous a fait connaître que son intention était d'accepter la candidature qui lui était offerte à Paris^ nous lui avons fait répondre, sans hésiter, qu'il pouvait compter sur notre appui le plus sincère et le plus ferme, non en raison de ses opinions et de ses idées, que nous avons toujours combattues depuis que nous tenons une plume, mais en raison du droit à les exprimer que lui donnent son incontestable talent de parole et l'autorité attachée au titre d'ancien président du conseil des ministres. La réponse que nous avons donnée à l'envoyé de M. Thiers» nous l'eussions également donnée à un envoyé de M. Berryer ou de M. Guizot, parce que la supériorité est un fait et que ' le plus souvent l'opinion n'est qu'un mot.
L'opinion varie selon le moment, le lieu, la position. Fol est qui s'y fie. En ce temps où toutes choses changent, où rien n'est durable, où les proscrits de la veille sont les dictateurs du lendemain, où une dynastie détrône l'autre, où la république chasse la monarchie, où l'empire remplace la république, qui donc est bien sûr que l'opinion qu'il soutient est plus vraie que Topinion qu'il combat? Un peu de sincérité ne nuit pas à la vérité. Même devant le public, soyons donc sincères! Ne nous arrêtons pas en chemin, soyons modestes aussi ! Cessons de nous agenouiller devant nous-mêmes! Cessons de nous adorer dans notre opinion! cessons, parce qu'elle est la nôtre pendant le temps que nous sommes à genoux devant elle, de la croire infaillible! Pen<sons que très-consciencieusement nous ne tarderons peutêtre pas à la renier ou à la modifier! Au-dessus de cette infaillibilité équivoque, si généralement compromise et tant de fois maculée, plaçons donc la supérioïité attestée, incontestée, invariable! S'il est une infaillibihté politique qui soit sujette à caution, assurément c'est celle de M. Thiers; mais s'il est une supériorité oratoire qui soit incontestable, c'est celle dont il a fait preuve dans ses luttes contre M. Guizot, contre M. Barrot, contre M. Berryer. 0 néant des opinions!
entre ces quatre honiincs, quelle est donc maintenant l'épaisseur de la barrière qui les sépare?
Cessons» cessons d'abuser du nom de la Liberté pour couvrir l'Intolérance ! N'empêchons pas de se produire les opinions qui ont réussi à s'incarner dans les hommes d'un grand talent! La vérité saura bien distinguer celles qui lui appartiennent. Reposons-nous-en sur elle de ce soin, dont elle s'acquittera mieux que nous.
M. Nefltzer s*écriera-t-il que ce que nous venons de dire là est encore un paradoxe qui nous appartient exclusivement? La preuve du contraire se trouve dans cette trèsbonorable lettre de M. Laboulaye à M. Havin :
A Monsieur L, Havin, directeur politique du Siècle. ^
« Pariti 14 mai 1863.
» Monsieur,
M La seconde circonscription électorale de Paris était libre quand je me suis présenté.
» Aujourd'hui j'apprends que M. Thiers se décide ii rentrer dans la carrière politique , et qu'il se présente au second arrondissement. En face de cette candidature, il ne me reste qu'à me retirer.
M Le libéralisme de M. Thiers n'est pas le mien; j'ai peu de goût pour la centralisation qu'il admire. En d'autres temps j'aurais accepté la lutte sur ce terrain; mais aujourd'hui je crois que l'intérêt commun de la liberté exige que toutes les nuances s'effacent et que toutes les voix se réunissent autour du nom le plus considérable et le plus connu.
» Je remercie donc les électeurs qui m'avaient fait l'honneur de songer à moi, et je les prie de vouloir bien me donner une nouvelle preuve d'estime en votant pour mon honorable compétiteur.
» Recevez, monsieur, l'assurance de ma parfaite sympathie. » Votre très-obéissant serviteur,
» ED. LABOULATI. »
Par celte lettre, on le voit, ce n'est pas devant la douteuse infaillibilité politique de M. Thiers, mais devant son incontestable supériorité oratoire que s*efface M. Laboulaye avec autant de fermeté que de modestie. Gomme nous avions parlé, il agit. Sa conduite est la sanction de notre parole. De la part de M. liaboulaye, le savant professeur de législa-
lion comparée au Collège de France, le laborieux auteur de YBistmre du droU de propriété foncière en Europe, des Recherches sur la eandiUon civile et politique des financée, de V Essai sur les bis criminelles des Romains concernant la responsabilité des magistrats, de Y Histoire politique des Ètats-^Unis, de Paris en Amérique^ etc., etc., tous ouvrages marqués à Testampille non de la commission de colportage, mais de la vraie et sincère liberté; de la part de M. Laboulaje, la conduite qu'il vient de tenir ne nous surprend pas, et nous ne doutons point qu'il ne lui en soit tenu compte par une autre circonscription électorale, jalouse et flère d'être représentée par un homme qui sait si bien allier la profondeur du savoir, l'art de la parole, le talent de l'écrivain» le sentiment de la liberté et la modestie du mérite.
Que veut la France? Oui ou non, veut-elle, ainsi qu'elle le prétend, « le couronnement de ^'édifice > ? Si elle veut fermement et sincèrement le couronnement de l'édifice, quel est le moyen de l'obtenir ? N'est-ce pas en le demandant à « la scÂiveraineté de l'opinion »? Si les candidats de la liste que nous publions effrayent la France, qu'elle nous fasse donc connaître les noms de ceux qui la rassureraient et qui ne seraient pas les noms des députés sortants et ayant constamment voté, de 1857 à 1863, avec la majorité !
La France ajoute :
« Ce que nous avons critiqué dans la liste démocratique , ce n*est pas la présence du journaUsme , mais l'absence des autres éléments sociaux , iels que l'industrie , le commerce , la fortune mobilière on immobilière; c'est là ce qui nous a para un signe manifeste d'impuissance, u
Est-ce là une critique sérieuse ? Est-ce qu'on ne peut pas être à la fois avocat et propriétaire? Est-ce que M. Jules Favre
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n'est pas iM*oprîétaii e de Tbôtel qu*il habite? Est-ce que c*est en raison de la profession d*ayocat qu'on le nomme dépoté? Non; c'est en raison de son immense Valent d'orateur, fist-ce que le gérant d'un journal {Ht>spère n'est pas un grand industriel et un véritable commerçant, en m&ne temps qu'il peut être un habile écrivain? En quoi représente-t-oo plus et mieux l'industrie et le commerce parce qu'on fabrique et vend du chocolat que parce qu'on emploie Irois cmts travailleurs à la fabrication et à la vente d'un jouroal qui paye annuellement au Trésor public d'un à deux millions d'impôt ? Estait bien certain qu'au point de vue de rin-* térèt général des contribuables et des consommateurs, la question des sucres soit mieux traitée devant le Corps l^slatif par tel rafûneur qui se nomme M. Say que par id publiciste que nous ne nommerons pas?
Laissez donc là toutes ces distinctions sans objet, indignes d'une discussion sérieuse! Ce qu'il faut au Corps législatif, ce sont des députés qui aient étudié et qui sachent les questions qui devront y être débattues avant d'y être converties en lois. Les plus éclairés, les plus habiles à bien dire et à tout dire : voilà les meilleurs députés; donc voilà les meilleurs candidats!
Il suffirait, nous en étions sûr, que le sentiment qui nous avait fait adopter la liste publiée en tête de nos colonnes fût clairement compris pour qu'il fût généralement partagé. De toutes les circonscriptions de Paris, il nous revient qu'on rend justice à ce sentiment et qu'on nous sait gré de ce que nous avons fait à deux reprises et sous deux formes trèsdifférentes, pour empêcher que l'heureux résultat obtenu en 1857 par les élections à Paris de MM. Jules Favre, Ernest Picard, Emile Ollivier et Alfred Darimon ne fût compromis en 1863. Avant tout, assurer leur réélection à Paris en
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éiouITaiit tout de suite tout gçrme de division : ce fut là notre première pensée, notre premier acte, notre premier mot. Se garder de tout esprit exclusif, ce fut là notre seconde règle. Que Fenjeu soit le pouvoir ou que Fenjeu soit la liberté, la politique, parce temps de civilisation, est une partie d'où les mots ennemis et amis devraient disparaître pour faire place à ceux d'adversaires et de partenaires. Finalement, à quoi mènent les rancunes et les haines? Partout et toujoui*s, elles mènent les pailis qui se succèdent à verser dans la même ornière de Fintolérance , de Fexdusion, de la proscription. Finissons-en donc tous avec les haines et les rancunes ! Jouons le jeu ! Appliquons-nous à gagner la partie tracée dans ces mots de la lettre de M. Dufaure à M. Thiers : « formation d'un granû parti libéral sur le