‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 22 sur 122 · LISTE · texte numérisé non relu

LISTE

Ce n'est pas en sa qualité de rédacteur de la Preste^ mais en sa qualité de dépuU sortant que M. Darimon représente la septième circonscription sur la Liste; la Preise, dans la lutte qu'elle soutient contre le Ttmp$, n'a donc absolument que Tintérét de la cause conunune, dont le triomphe complet à Paris aurait, de l'aveu unanime, l'importance d'un si grand événement, que devant cette importance, il nous a paru que toutes les autres considérations étaient à peine secondaires et devaient conséquemment s'effaicer. Supérieure à tous les petits sentiments dé petite rancune inavouée ou de petite jalousie blessée, la Pre$$e ne leur a pas permis de la détourner du but qu'il s'agit d'atteindre. Qui veut la fin, sous peine d'inconséquence et d'impuissance, doit vouloir les moyens.

Un prétendu comité directeur électoral avait été institué dans les plus absurdes conditions, puisqu'il avait pour chef des abstentionistes ; ce comité, donnant l'exemple des plus tristes dissensions et des plus inutiles récriminations, ne servait, ne pouvait servir qu'à semer la division, la confusion et finalement l'abstention. La Preue n'a point hésité i l'attaquer ; heureusement il a succombé, plus encore sous le poids de ses déchirements que sous le coup de l'article du Moniteur.

En malière d'élections, U régime de morcellement électoral

Bdmis, le vrai et le simple, c*est le candidat interpellé par l'électeur et lui répondant ; c'est l'électeur se décidant de lui-même, après avoir entendu les réponses du candidat. Tout comité électoral est un mauvais engrenage, tout comité électoral est mie complication. Si le^ droit de réunion, que nous n'avons jamais cessé de défendre alors qu'il était déjà attaqué en 1849, un an après avoir été conquis en 1848; si le droit de réunion, que nous n'avons jamais cessé de revendiquer depuis qu'il a été supprimé ; si le droit de réunion eût été encore en vigueur, nous n'eussions pas eu à intervenir pour empêcher M. Havin de se présenter dans la quatrième circonscription contre M. Picard, député sortant, et pour obtenir du directeur du Siècle qu'il choisit une circonscription vacante, y eût-il moins de chances de réussite. Les électeurs, juges du différend, l'eussent vidé eux-mêmes, après avoir entendu le député sortant et le candidat aspirant à le remplacer, quoique appartenant à la même opinion. Un principe faussé fausse toutes les situations, même les plus droites, toutes les opinions, même les plus justes. S*il n'y a. plus, parmi nous, que des opinions et des situations faussées, à qui la faute? Est-ce la nMre, à nous qui n'avons jamais eu d'autre règle de conduite que te rétablissement de la liberté par elle-même, c*est-À-dire sans révolution, sans conspiration, sans restauration ?

Le Corps législatif venait d'être dissous, le corps électoral venait d'être convoqué : entre la convocation des collèges électoraux pour le 31 mai et la dissolution du Corps législatif prononcée le 8 mai , le délai n'était que de vingt-deux jours... il n'y avait donc pas une journée à perdre si l'on voulait entreprendre de lutter contre l'action du gouvernement, qui, même à Paris, dispose de tant de moyens!

L'opposition à la fois démocratique et constitutionnelle, ce qui est absolument le contraire de l'opposition démocratique et révolutionnaire, 8c»t dit en passant au journal la France, était représentée par cinq députés et par quatre journaux... Ne devait-on rien faire, paâ même se voir f Députés

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et journalistes ne l*ont pas pensé, ils se sont vas. Trois journaux, sur quatre, ont été d'avis que toute compétition devait s*e{Eacer devant la réélection dans leurs quatre circonscriptions des quatre députés sortants. Ce premier point vidé, on s'est demandé quels seraient les candidats qui auraient le plus de chance d*être élus dans les cinq autres circonscriptions vacantes? La Frase avait publiquement promis son appui le plus cordial au directeur du Siècle, s'il renonçait à la circonscription où il croyait le succès plus assuré pour en prendre une où le succès serait plus douteux ; la Preue a loyalement tenu ce qu'elle avait hautement promis. Le Siècle ne paiiageant pas l'opinion du Temps sur l'incompatibilité des fonctions de député avec celles de rédacteur en chef d'un journal^ opinion radicalement fausse, il était tout simple que le Siècle appuyât la candidature de son directeur, M. Havin. Les intolérants de liberté, qui n'admettent pas qu'on ait la liberté de différer d'opinion avec eux sur un ou plusieurs points^ prétendent que H. Guéroult ne les représente pas exactement. Nous ne disons point qu'ils aient tort. Mais n'esirce donc rien que d'avoir donné, sous le régime actuel de la presse limitée par le nombre des autorisations, un organe de plus à l'opinion indépendante et libérale f N'est-ce donc rien que d'avoir fondé, au risque d'échouer, on journal où l'indépendance de l'Italie et la délivrance de la Pologne ont été soutenues avec une inépuisable vigueur et un remarquable talent? N'est-ce donc rien que d'être tous les jours sor la brèche pour y défendre ce qu'on croit le juste et le vrai? Si une prétention de candidature était légitime, quoi qu'on en puisse dire, c'était certainement celte de M. Cruéroult. Il sufiisait qu'il la posât pour qu'elle fût admise sans discussion. M. Netftzer eût eu la même prétention que M. Guéroult, qu'elle eût été adoptée au même titre, mais aussi au même risque. En appuyant de leur pu^ Uicité les cinq candidatures de MM. Havin, Tbiers, Guéroult, Jules Simon et Eugène Pellétan, qu'ont donc fait, en résumé , Y Opinion nationale, la Presse et le Siècle ? Ils ont fait ,

SSO !•••

le il mai, ce que fera au plus tard le 30 mai le journal le Temps, à moins de s*effacer entièrement derrière les circulaires qu'il aura publiées, à moins de n'avoir aucune préférence entre toutes les candidatures, à moins enfin de n'en appuyer aucune. Ou le Temps fera un choix entre elles ou il n'en fera pas. S'il en fait un, il finira exactement par où les journaux qu'il a critiqués ont commencé; il fera absolument comme eux; seulement il le fera tardivement. Si, pour écliapper à cette inconséquence qui l'attend, il ne fait pas de choix, il tombera dans une autre inconséquence qui l'attend également: car, à moins de donner égale et même place aux circulaires des candidats officiels qu'aux circulaires des candidats opposants, il aura été un mur... mais non, car il n'en aura pas eu l'impartialité. Le Temps n*aura donc été ni mur ni journal.

Si nous nous appesantissons sur ces explications, c'est afin qu'il en ressorte bien clairement pour tous nos lecteurs que nous n'avons fait qu'user, dans un intérêt public, de la liberté et de la publicité qui nous appartiennent.

Les trois journaux ont fonctionné ^omme journaux ; ils n'ont pas fonctionné comme comité. Tout bien pesé, ils ont fait les choix qu'ils avaient le droit de faire, voilà tout! Us n'ont pas substitué au suffrage universel et direct, le suffrage indirect, le suffrage à deux degrés ; ils ne se sont rendus coupables d'aucune dictature, d'aucune usurpation. Le seul tort qu'ils ont eu, si c'en est un, c'est de n'avoir abdiqué ni devant l'action collective d'un comité de salut électoral, ni devant les prétentions personnelles de candidats s'imaginant qu'il leur suffit d'avoir fait imprimer une circulaire pour que tout journal dont ils ont emprunté le vocabulaire leur doive de les prendre au sérieux.

A chacun ce qui lui appartient : au journaliste le journal, qui est son œuvre ; au candidat la circulaire pour laquelle il a tous les murs sur lesquels il lui platt de la faire afficher, indépendamment de tous les moyens existants de distribution.

Ne dénaturons rien ! n'exagérons pas les droits du candidat, et ne rapetissons pas ceux du journaliste. Surtout ne tombons pas dans la confusion commise par le Temps, En matière électorale , ia discussion publique , ce n'est pas la discussion écrite de journal à journal sur telle candidature, appuyée par l'un et combattue par l'autre; non, la discussion publique, c'est la discussion parlée de candidat à électeur, et d'électeurs entre eux. Là seulenfent l'électeur peut juger le candidat ; là seulement il peut l'interpeller et se rendre compte s'il possède les qualités qu'il faut avoir quand on se présente pour défendre à la tribune législative les opinions et les intérêts de ses mandants. *

Attacher aux circulaires des candidats l'importance que le Tempt leur accorde est une puérilité. Est-ce que les candidats qu'il importait de nommer à Paris étaient ceux qui avaient besoin , pour se faire connaître, de publier une circulaire ? Est-ce qu'électeurs et journaux ont attendu à Paris, à Valenciennes, à Aix, que M. Thiers leur ait adressé une profession de foi ?

Insister, comme le fait encore M. NelTtzer, pour que les Cinq publient un compte rendu parlemeirtaire et un manifeste électoral est un autre enfantillage. Leur compte rendu parlementaire, ce sont leurs discours et leurs votes pendant six années. Leur manifeste électoral, c'est l'exemple qu'ils ont donné en 1857, et qui est suivi en 1863 par MM. Thiers, Berryer, Dufaure, Rémusat, Lanjuinais, Barthélémy Saint- Hilaïre, consentant à rentrer dans la vie parlementaire et donnant ainsi à la Constitution et à l'empire de 1852 la dernière et la seule consécration qui leur manquât !

M. NefHzer aurait voulu que les journaux de l'opposition attendissent passivement le scrutin de ballottage. Nous ne contestons pas que cette conduite eût pu être adoptée ; mais une preuve qu'elle vaut moins que l'autre au point de vue de la lutte et du triomphe, c'est que le gouvernement, qui aurait pu, lui aussi, l'adopter pour se tirer d'embarras entre «candidats d'un dévouement égal », n'a pas voulu se

fier aux hasards et aux combinaisons du lendemain. H. Nefllzer s'est-il bien rendu compte de toutes les pressions qui peuvent être exercées entre deux tours de scrutin, entre le scrutin qui n'a pas produit une majorité décisive et le scrutin de ballottage ?

Pour l'opposition surtout, qui ne dispose d*aucun moyen d'influence, une des premières conditions de succès, c'est de ménager le temps des électeurs, c'est de ne pas leur en demander plus qu'ils n'en peuvent donner sans le dérober au travail qui fait vivre leurs familles.

H. Nefftzer, qui ne court pas le risque de changer d'opinion , car nous devons lui rendre la justice de reconnaître qu'en matières politiques nous ne lui en avons jamais connu une, M. Nefftzer est scandalisé de ce que nous avons osé dire sur l'inconsistance des opinions politiques compa- 'rée à la consistance des illustrations nationales. Puisque M. Nefftzer n'est cas de notre avis, pourquoi donc loue-l-il M. Laboulaye d'avoir effacé sa candidature devant celle de M. Tbiers? Pourquoi donc dit-il que M. Laboulaye a fait là € acte de ban citoyen »? Il faudrait cependant être logique. En prenant la liberté pour critérium d'opinions, critérium commun au Tempe et à la Presse, c'était l'opinion de M. Laboulaye qui , mise dans nos balances, devait légitimement l'emporter sur l'opinion de M. Thiers. Louer M. Laboulaye de s'être désisté de sa candidature pour faire place à celle de M. Thiers, c'est reconnaître qu'il peut se produire telle circonstance où l'opinion la plus ferme, la plus éclairée, la plus consciencieuse doit passer après l'éclat d'une grande illustration. Alors ce n'est plus TopiDion, c'est le talent qui sert de mesure; il peut même airiver que ce ne soit plus le talent, mais que ce soit le prestige qui serve de terme de comparaison. M. Laboulaye ne s'est pas retiré

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devant M. Thiers comprenant plus largement qae lui la liberté; non. M. Laboniaye, professeur distingué, s'est retiré devant M. Thiers, orateur consommé, jouissant d'un grand prestige. Voilà strictement le vrai.

Entre M. Nefflzer et nous faisant la même chose, où donc est la différence? Elle est en ceci que M. Nefflzer ne se rend pas exactement compte de ce qu'il fait, tandis que nous nous rendons rigoureusement compte de ce que nous faisons; M. Nefftzer paye encore à des lieux communs et à des idées fausses un tribut dont nous tendons de plus en plus à nous affranchir. Mais ce servage intellectuel ne s'abolit point par ukase ; il ne s'abolit que par un travail opini&tre fait par chacun sur son propre esprit. Rien de plus long, rien de plus difficile que de dépouiller le vieil homme, que de fah*e idée neuve !

L'homme qui déserte son opinion par peur est un lAche ; l'homme qui la renie par intérêt est un drôle ; l'homme qui n'admet pas qu'une autre opinion que la sienne puisse être vraie est un idiot; l'homme qui conteste que l'opinion soit variable par essence est un aveugle qui ne voit pas ce qui passe devant ses yeux. La preuve que l'opinion de l'homme est essentiellement variable, c'est qu'elle ne varie pas seulement selon le degré d'étude qu'il en a faite, elle varie encore selon le degré de clarté qu'ont pu jeter sur elle des recherches et des découvertes faites en dehors de lui. Des Allemands diraient que l'opinion de l'homme est à la fois objective et subjective. Ainsi Robert Peel a commencé par combattre l'opinion de Richard Cobden, et a fini par l'adopter et par l'appliquer. Lorsque Robert Peel la combattait, qui oserait dire qu'il était moins sincère que lorsque plus tard il la défendit? Non, il n'était pas moins sincère, mais il était moins éclairé. Ainsi M. Rouher, aujourd'hui libre échangiste convaincu, a d'abord été protectioniste fervent; etc., etc.

Avant d'arriver à la vérité démontrée par l'évidence, que de couches d'erreurs il faut traverser ! Ce contre quoi il

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faut donc avant tout se mettre en garde, c*est contre sa propre intolérance, c'est contre la tendance naturelle à se croire, sinon absolument infaillible, tout au moins doué d'une raison plus grande, plus haute, plus profonde, plus sûre que la raison échue à ceux qui ont une o()inion diflërente de la nôtre. L'expérience enseigne à l'observateur que c'est de son opinion dont il faut le plus se défier, précisément parce qu'on n'est que trop disposé à la considérer comme la seule juste et n'ayant besoin de passer par répreuve ni de l'examen ni de la discussion. Aussi nous n'hésiterions pas, si nous étions gouvernement, entre une Assemblée législative très-éclairée, où toutes les opinions seraient représentées et débattues par les plus habiles, et une Assemblée législative très-dévouée, où notre opinion serait en immense majorité; avant le dévouement, nous ferions passer la lumière ; au-dessus, fort au-dessus du vote de la majorité, nous placerions la découverte de la vérité. Ce qu'il faut souhaiter, ce n'est pas le triomphe de son opinion, c'est le triomphe de la raison. Où est la garantie que l'opinion qu'on soutient n'est pas Terreur? Opinion est un mot, n'en déplaise à M. Nefftzer, qu'on a beaucoup trop surfait; nous lui avons tous superstitieusement construit une nidhe dans notre esprit; c'est la madone des ignorants. Appliqué aux matières scientifiques, ce mot : < l'opinion de X... » veut dire que X... présume, mais qu'il ne sait pas encore. Opinion n'équivaut même pas à probabilité; il n'équivaut qu'à présomption. Pourquoi, appliqué aux matières politiques, le mot opinion aurait-il une signification plus étendue? En matière de liberté de presse, pour ne citer qu'un seul exemple, M. Thiers a soutenu les deux opinions diamétralement opposées : il a été d'abord pour l'impunité systématique, et plus tard pour la pénalité rigoureuse puisqu'il a été l'un des auteurs des lois de septembre 1835. Si l'une de ces deux opinion^ est la vérité, l'autre est nécessairement l'erreur. Laquelle des deux doit-on chasser du temple? laquelle faut-il adorer? Où est le critérium decerti-

tude? Après vingt-cinq ans d'études et d'expérience, nous pensons que c'est Fimpunité qui est l'opinion vraie, l'opinion juste ; notais cette opinion n'est pas celle que professe M. Nefflzer. Où donc serait le mal qu'il changeât d'opinion, si, après un plus mûr examen et une plus longue expérience, il reconnaissait que celle qu'il caresse est fausse?

N'être plus dupe ni des grands mots vides, ni des lieux communs; chercher le vrai, tout le vrai, rien que le vrai : telle est la règle de conduite que nous avons adoptée. Si ce n'est pas la bonne, nous saurons gré à M. Nefflzer de nous en indiquer une meilleure, que nous ne manquerons pas de suivre.

Aux lettres que le Temps insère contre nous, la Presse pourrait répondre par les lettres les plus vives qu'elle reçoit contre lui; ce qui nous fait défaut, ce ne sont pas les raisons, c'est l'espace pour les admettre toutes : aussi n'avons-nous besoin d'en emprunter à qui que ce soit. Une lettre hébergée dans le Temps 7 rappelle que le 28 mars dernier nous posions en ces termes la question électorale :

« Au gouvernement, qai a des ministres sans portefeuiUe , tels que MM. BtUault et Magne, que fàut-il?

» — Des députés dévoués qui votent.

» A l'opposition , qui ne se composera que d'une minorité perdue au fond de l'ume parlementaire, que faut-il?

» — Des députés éloquents qui parlent. »

Ce qui, le 28 mars, nous paraissait être le vrai n'a pas cessé de nous le paraître, et nous l'avons prouvé par le ferme appui que la Presse a été la première à prêter à la candidature de M. Thiers.

Nous ne nous sommes donc point contredit.

En est-il ainsi du Temps, qui , pour le besoin et la satisfaction d'avoir un autre avis que le nôtre, n'a eu rien de

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plus pressé que de railler le talent des orateurs auxquels nous faisions appel et de se moquer d*eux en les traitant de € fxrlwuei! »

Mais alors, à quel titre le Tempt applaiidit-îl à fat candidature de M. Thiers ?

M. Thiers, candidat aux élections du 31 mai 1863, a été l'un des promoteurs de la loi du 31 mai 1850 contre le suffrage universel; il a été également l'un des promoteurs de Texpédition de 1849 contre Rome; le Temp$, qui ne veut pas de « vbinoies »; le Temps, qui met Topinion au-dessus du talent; le Temps, qui compte le talent pour pea et l'opinion pour beaucoup; le Temps et M. Thiers ont-ils donc la même opinion?

Autre est notre rôle.

Lorsque nousapplaudissonsauxcandidaturesdeMM. Thiers, Berryer, Dufaure, Montalembert, Rémusat, ce n'est pas au triomphe de notre opinion que nous applaudissons; c'est au triomphe du droit de discussion.

Il nous suffit pleinement qpe notre opinion «oît représentée au Corps législatif par un seul député qui sache l'exprimer et la défendre. Nous n'avons nul besoin, nul désir que tous les députés aient la même opinion, fût-ce la nôtre. Peut-être la tolérance nous égare- t-elle, mais il nous semble que l'idéal d'une grande Assemblée législative serait une Assemblée où les opinions d'un grand pays fussent toutes représentées par leurs organes les plus illustres et les plus éloquents.

Ou le 28 mars nous avions raison, ou la France électorale qui vient de faire appel à MM, Berryer, Dufaure, Rémusat, Ttiiers, a tort. Mais si nous avions raison^ pourquoi donc le Temps, au lieu de nous appuyer et de se joindre à nous, nous a-t-il combattu et nous a-t-il laissé tout seul!

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Deux listes de candidats pour les élections de Paris sont en présence : quelle est celle des deux listes que le Temps bat en brèche tous les soirs avec l'ardeur la plus martiale ? Est-ce ceUe des neuf candidats officiels? — Non, c'est l'autre, celle qui n'émane pas de M. de Persigny. •

Toutes les colonnes du Temps sont ouvertes à toutes les candidatures qui veulent s'y produire. Quelles candidatures a-t-il fait luire d'un éclat qui fasse pâlir les candidatures de la Liste ? Les voici tout au long, telles qu'elles se trouvent imprimées dans sa feuille : Première circonscription, M. Ferdinand de Lasteyrie; troisième, M. le docteur Dupont, capitaine de la garde nationale; sixième, MM. de Jouvencel et Cochin; septième, MM. J. J. Weîss et Philippe Doré; neuvième, M. H. de Thayac.

Était-ce donc la peine de rompre le faisceau des quatre journaux et de nous contraindre ainsi à donner au débat d'une question de personnes une place qui eût été plus utilement employée à la discussion de tant de questions de principes?

M. Nefftzer, quî'a la passion des circulaires électorales, doit être content ! Ce n'est plus un fleuve qui coule , c'est un fleuve qui déborde ! Les quatre-vingt-seize colonnes du Times, imprimées en caractères que les Anglais ne trouvent pas trop fins, mais que les Français trouveraient illisibles, les quatre-vingt-seize colonnes du Times suffiraient h peine pour.contenir toutes les circulaires qui viennent chaque jour grossir le flot de la veille. G^est une véritable inondation!

Toutes ces circulaires, généralement trop, diffuses, se

noyant la plupart dans les mêmes banalités, auraient considérablement gagné à être considérablement abrégées.

Chacune d'elles, en divisant les circulaires en trois catégories, aurait pu se condenser en deux mots :

PREMIÈRE CATÉGORIE. — Liberté différée.

DEUXIÈME CATÉGORFE. — Liberté réglementée. TROISIÈME CATÉGORIE. — Liberté restituée.

Ces deux mots en auraient plus dit sur ce qu'il fallait penser de chaque candidat que les plus longues phrases.

Les candidatures officielles auraient même pu faire l'économie de ces deux mots : liberté différée, gbs elles portent avec elles-mêmes celte signification.

La liberté réglementée est celle qui abrile sous son^drapeau les candidats préférés du Journal des Débats, comme par exemple M. Prévost-Paradol.

Par liberté restituée, avons-nous besoin d'expliquer ce que nous entendons ? Nous entendons toutes les libertés dont la France a déjà été en possession , et qu'elle a perdues. Par liberté restituée, nous entendons toutes les anciennes frontières morales de la France, frontières qui en avaient fait intellectuellejneut la plus grande puissance du monde.

23 mai 1863.

HeiH'eux de recevoir la lettre qu'on .va, lire , nous nous empressons de la publier :

• Paris, ao mai 1863.

» Monsieur et cher concitoyen,

» Liberté, c'est le vœu de tous, le cri des consciences, le besoin du présent, Tespoir de l'avenir.

» Liberté! on trouve ce mot inscrit sur tous les programmes, sur toutes les professions de foi , sur toutes les bannières. Il retentit partout, dans les villes, dans les campagnes; les uns l'acclament comme la vérité, les autres s'en couvrent comme d'un voile : c'est, de la part de tous, un éclatant hommage à notre immortelle Révolution.

» Si du scrutin électoral, au lieu de nomi d'hommes, devait sortir un principe, un vote presque unanime proclamerait la liberté!

» En ce moment solennel oii le peuple est appelé à faire acte de souveraineté, l'eipression suprême de sa volonté, hautement et incontestablement manifestée , c'est la liberté !

I* La liberté est donc le but posé : pour y parvenir, l'union nous est prescrite comme un devoir. Laissons les polémiques fâcheuses! écartons les divisions funestes! Élevons la lutte électorale en tolérant nos dissidents, en respectant nos adversaires. Prouvons , parnotre dignité dans l'action , que nous sommes toujours la nation généreuse et puissante dont l'initiative vigoureuse a donné l'impulsion au mouvement qui entraîne le monde.

» Serrons donc nos rangs! Marchons dans la voie ouverte à Thumaaité, la main dans la main, le front haut, certains de notre droit, 6ers de notre force. ««Notre cause est sainte , le Dieu de la justice est avec nous. Marchons! l'inaction, c'est le suicide; l'action, c'est la liberté.

» Vos dévoués concitoyens.

» CARNOT, ID. GHARTON, J. J. CLAMAGIBAM , A. CORBOM , A. DBÉO, , L. DURISR, GARIIISI-PAGBS, J. FBBRYy CH. FlOQUET, CR. HÉRISSON, F. IIXROLD, MARll, fll.*<RI MARTIN, JULIS SIMOH. »

Le nom de M. Garnot, inscrit en tête des signataires de la lettre qu'on vient de Ure, nous fait souvenir que nous l'avons attaqué lorsque, placé à la tête d'un comité qui ne pouvait et ne devait aboutir qu'à une déclaration d'impuissance (1) , le nom de M. Carnol avait une tout autre signification, piiisqu'au lieu de signifier : Union et Liberté, il signifiait : Division et Usurpation. Nous prions publiquement ici M. Camot d'oublier ces attaques que nous regrettons et que nous effaçons en ce qui le concerne personnellement, mais qui portent cependant avec elles une leçon qui ne devra être ni oubliée ni effacée. Cette leçon, la voici : Toute oppo-

(1) On lit dans le Ttmpg :

m Le comité démocratique des vingt-cinq déclare qu'il esl absolument étranger à la formation des listes de candidats publiées dans les joamaaz, et que, par suite de la retraite de quelques-uns de ses membres , et des opinions aboliiionisles de plusieurs antres, il n'a , ^uant à lui, auew/te liste à proposer aux éUcleure.

• Pour copie conforme :

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