‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 23 sur 122 · L. LEGAULT · texte numérisé non relu

L. LEGAULT

sition qui fait passer les questions de personnes ayant les questions de principes se rapetisse, se divise, s'affaiblit et se déconsidère.

Nous eussions parfaitement compris que l'opposition se partageât : en opposition abstentioniste et révolutionnaire, et en opposition progressiste et constitutionnelle; la première n'ayant d'e^oir que dans une quatrième révolution ; la seconde ne doutant pas que la Constitution du 14 janvier 1852, modifiable et déjà plusieurs fois modiQée, ne se modifie successivement et profondément dans le sens d'une liberté plus grande et mieux garantie; mais nous ne pouvions pas comprendre que l'opposition abstentioniste, et conséquemment révolutionnaire, intervînt pour dicter à l'opposition progressiste et sincèrement constitutionnelle sa conduite et ses cboix.

Il y avait là un contre-sens si .flagrant, que nous avons dû protester contre cette inconséquence par tous les moyens combinés qui sont à une plume ce que les différentes armes sont à une armée.

Il y avait à débattre deux grandes, deux belles questions de principes : premièrement , la question de l'abstention ; deuxièmement, la question de savoir quels perfectionnements devraient être apportés au mécanisme du suffrage universel pour qu'il fût, sous tous les régimes possibles» la liberté et la* sincérité du vote.

Au lieu de cela, qu'a-t-on fait? qu'ayon&-nous fait tous? Nous avons versé, les uns sur les autres, dans la vieille ornière de toutes les misérables questions de personnes, à la plus grande joie de tous les optimistes, qui n'admettent pas que la stabilité soit autre chose que l'immobilité !

Que les abstenlionistes restent tous à l'écart, c'est leur affaire; mais que les progressistes s'unissent tous, c'est la nôtre! L'union fera la liberté.

LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4 863 t3l

On lit dans le Monittur :

a Le ministre de rinlérieur a écrit an préfet de la Seine la lettre suivante :

m Paris, le 21 mai 1863.

■ Ifoofiear le préfet ,

» Je m'empretie de répondre an rapport que toi» m'adresses snr les bmits <|«i te répsDiJent dans la deuxième circonscriptico de Paris, et d'après Iciqaek le 0ou« T^roeroent, hësitaut h combattre M. Thiers, sougerall a faire retirer soa coDcurrent, M. Drriack.

» Je voua aatorise à démeotir ces bruits de la manière la plus catégorique.

> Si M. Tbiers, rendant hommage à la grandeur du nouvel empire, se fût présenté ad suffrage nnirersel en ami de nos institutions, le gouyememenl eAt accueilli arec sympathie sa rentrée dans la vie publique; mais, du moment oà il a consenti à se rendre, pour s'en faire le champion, dans une réunion des anciens partis uniquement composée d'ennemis déclarés de l'empereur et de l'empire, il a rendo lui-même impossible l'accueil que le gouvernentent eût été disposé h £iire à l'illustre historien du Consulat et de TEmpire.

> Que M. Thicrs se présente au suffrage universel avec ou sans répugnance , qu'il consente ou non à expliquer son attitude , il n'y a plus d'équivoque possible. 11 reste désormais un des représentants d'un régime que la France a condanué, ei qu'à ce titre le ditvoir.dn gouvernement est de combattre.

• M. Thters est trop hoonéte homme pour que personne puisse l'accuser de prêter un serment qn'il n'aurait pat l'intention de tenir. Mais ec que veat M. Thien, c'est le rétablissement d'un régime qui a été fatal à la France et ii lui-même; d'un régime flatteur pour la vanité de quelques-uns et funeste au bien de tous; qui déplace l'autorité de sa base naturelle pour la jeter en pâture aux passioos de la tribune ; qui remplace le mouvement fécond de l'action par l'agitaliou stérile de la parole; qui, pendant dix-lmit ans, n'a produit que Timpuissance an dedans et la fntÀnte au dehors, et qui» commencé dans rémeule, continué aux bruits de rémeuie , a fini par l'émeute.

> Non, monsieur le préfet , en face de la France agrandie, de cette France qui n'est devenue si prospère et si glorieuse que depuis que M. Thiers et les siens ne sont plus aux affiures, au sein de cette grande cité aujourd'hui la plus tranquille» la plus riche et la plus belle de l'univers ; non, le suffrage n'opposera pas au gou- Temenient qui a tiré le pays de l'abîme ceux qui l'y avaient laissé tomber.

■ Receves, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération trèS'distinguJe.

■ Le miniitre de finterifur,

• p. DB PERSIGNT. •

H. de Persigny, nous le pensons, était mieux inspiré quand il s'exprimait ainsi le 5 décembre 1860 : c Beaucoup > d*hommes honorables et distingués des anciens gouver- » nements, tout en rendant hommage à l'empereur pour les

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» grandes choses qu'il a accomplies, se tiennent encore à » l'écart par un sentiment de dignité personnelle. Témoi- » gnez-ieur los égards qu'ils méritent, ne négligez aucune » occasion de les engager à faire profiler le pays de leurs » lumières et de leur expérience, et rappelez-leur que, s'il » est noble de conserver le culte des souvenirs, il est encore » plus noble d'être utile à son pays. »

On le sait, le gouvernement parlementaire tel qu'il existe en Angleterre et en- Belgique, tel qu'il a existé en France de 1815 à 1848, n'est point notre idéal; nous concevons une forme de gouvernement où l'indivisibilité du pouvoir et l'indivisibilité de la liberté, l'une et l'autre également respectées, marcheraient parallèlement sans se rencontrer et sans se heurter jamais; mais, à défaut de cette forme de gouvernement, forme simplifiée et perfectionnée que, par assimilation aux chemins de fer, on pourrait appeler gouver^ nement à double voie, nous sommes pour la forme de gouvernement qui aboutit par la liberté de discussion à la responsabilité ministérielle.

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