‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 25 sur 122 · AUX ÉLECTEURS · texte numérisé non relu

AUX ÉLECTEURS

Tout électeur qui s'abstient par système se range de luimême dans la catégorie des révolutionnaires sans audace, ou dans la catégorie de sectaires privés de la raison. Tout électeur qui s'abstient par indifférence perd le droit de rien blâmer, de rien réclamer. Indifférence, en ce cas, devient solidarité.

Électeurs, il n'y a plus un moment à perdre pour aller letirer vos cartes.

Électeurs, qui voyez dans le progrès constitutionnel la soupape contre les explosions révolutionnaires ; travailleurs, qui souhaitez que toutes les questions qui touchent à la liberté du travail et à sa juste rémunération se posent, se débattent et s'éclairent, ne négligez pas d'aller à temps retirer vos cartes, afin de n'être pas empêchés de voter lundi si le temps vous a manqué dimanche, ou si la défiance vous a conseillé de ne voter que le dernier jour.

Votez consciencieusement, en hommes libres, dignes de la liberté que vous avez , dignes de la liberté plus grande que vous revendiquez. Soyez électeurs comme vous seriez témoins ou jurés! Ne vous laissez obséder par aucune influence, circonvenir par aucune considération, avilir par aucun intérêt, intimider par aucune menace.

Attachez-vous à l'esprit et à la lettre de ces deux circu-

LES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 4 863 Ui

laîres signées par M. de Persigny, et adressées par lui à MM. les préfets :

« U est bien entendu qtte voui ne deves rien Ciire qui puisse g;èner ou embarrasser en quoi que ce soit le suflfrage universel. Toutes les candidatures doivent pouvoir se produire sans opposition, sans contrainte. Le prince-président se croirait atteint dans l'honneur de son gouvernement si la moindre entrave était apportée à la liberté des votes. » (1)

« Laissez librement se produire toutes les candidatures, publier et distribuer les professions de foi et les bulletins de vote, suivant les formes prescrites par nos lois. Veillez au maintien de l'ordre et à la régularité des opérations électorales. C'est pour tous un droit et pour vous un devoir de combattre énergiquement toutes les manoeuvres déloyales, l'intrigue, la surprise et la fraude, d'assurer enfin la liberté et la sincérité du scrutin, la probité de l'élection.

1» Le suffrage est libre. » (2)

Résister et veiller le jour, vaut mieux que récriminer et protester le lendemain. ,

Le secret du vote, imaginé en des temps où la liberté manquait de garanties et n*était pas entrée dans les mœurs ; le secret du vote, institution transitoire, abrite toutes les pusillanimités, délie les scrupules là où il s'en trouve deux garrottés l'un à l'autre... Rien en France, aussi bien au village qu'à Paris, ne gêne donc l'électeur. Il est libre, pleinement libre.

L'électeur qui prétend le contraire ment. Ce n'est pas le gouvernement qu'il accuse, c'est lui-même. Il se dénonce et avoue qu'il est lâche.

Électeurs pusillanimes qui, le dimanche 31 mai et le lundi 1*' juin, auriez manqué du facile courage de choisir chez votAs — entre les divers bulletins qui vous auront été adressés, ou, à la porte de la salle, entre ceux qui vous y seront remis — le bulletin portant le nom de votre candidat, de plier ce bulletin et de le déposer dans l'urne électorale, ne prenez pas la peine inutile de nous écrire le lendemain que vous avez été intimidés ou par le sous-préfet, ou par le

(1) Circulaire de U. de Persigny aui préfets, du 14 février 1852.

(2) Circulaire de M. de Pertigiiy aux pre'fcis, du 8 mai 18G3.

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maire, ou par le juge de paix, ou par le percepteur, ou par le garde champêtre, ou par tout autre ; la lettre que vous nous écririez aurait le sort qu'elle aurait mérité !

A nos yeux, tonte lâcheté est suspecte. Presque toujours» la lâcheté confine à la calomnie.

Électeurs ombrageux, le lendemain des élections, gardezvous également de nous écrire que dans votre conunune ou dans Totre section le maire a, dans la nuit du dimanche au lundi, ouvert la boite du scrutin, retiré ou mis des bulletins de vote, qu'au dépouillement il s'est trouvé plus de votants que d'inscrits, elc«, etc., etcJ — Si vous êtes défiants^ conduisez-vous en ètectem-s qui se défient : veillez ! Sawf à vous relayer les uns les autres, veillez autour du bureau pendant tout le temps qu'on vote; sauf également à vous relayer, veillez pendant la nuit sur la boKe du scrutin, jusqu'à la fin du dépouillement; et, s'il y a lieu, protestez, mais protestez tout de suite, en suivant les indications qui vous ont été données dans I'instruction aux électeurs qui a été publiée; protestez, protestez hautemenf, mais ne vous plaignez pas lâchement! N'espérez pas que nous donnerons place dans les colonnes de la Presse à vos dénonciations anonymes ou môme à vos lettres signées, portant, comme nous en recevons d'innombrables tous les jours, la recommandation expresse de garder le secret de vos noms !

Si l'arbitraire est méprisable, plus méprisable encore est la lâcheté. Entre le fonctionnaire qui a abusé de son autorité et l'électeur, protégé par la loi, qui a souffert qu'on déshonorât en lui la liberté, le plus excusable n'est pas l'électeur.

Électeurs à deux faces, rien ne vous oblige de voter pour le candidat d'opposition; si vous craignez qu'on ne vous accuse d'avoir voté librement pour lui, alors ne vous cachez pas, volez haulement pour le candidat recommandé par le préfet, recommandé par le sous-préfet, recomman(ié par toutes les autorités , hautes et basses.

Point d'hypocrisie !

Ne dites pas à ceùx-ct que voas avez Tolé atec Topposition, et à ceux-là que tous arrez Yoté avec le gou? ernement.

Électeurs, si vous trourez que, moins libre que la Belgique et la Suisse, la France est assez libre, Totez ayec le gouYernement; si vous trouvez, au contraire, que plus de liberté se traduirait par moins d'arbitraire , surtout dans les départements, surtout dans les commuHes, votez avec l'opposition ; mais que vous votiez avec elle ou que vous votiez avec lui, Yotez en toute conscience !

La conscience est la première condition comme elle est la plus solide garantie de la liberté, dans laquelle elle entre pour la plus grande partie.

Électeurs qui avez foi en nos paroles, votez le 31 mai 1863 comme tous avez voté le 10 décembre 1848, avec la même indépendance, avec la même fermeté qui vous affranchirent de toute pression administrative, de cette pression que nous eoml)âttlmes alors comme nous la combattons aujourd'hui ; car ce que nous voulons aujourd'hui, c'est ce que nous voulions alors : la sincérité des élections, et par elles la liberté sans révolution.

30 mai IS03.

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