L'ÉLECTION DU 15 JUIN
VUnion, la Gazette de France, le Monde sont d'avis que les électeurs de la sixième circonscription de Paris qui, au premier tour, ont yoté pour M. Gochîn s'abstiennent de voter au second tour. La raison que ces journaux donnent à l'appui de ce conseil, c'est que M. Fouché-Lepelletier, candidat du gouvernement, et M. Guéroult, candidat de la Liste, ne sont pas plus favorables l'un que l'autre au maintien de la puissance temporelle du pape, puisque M. Fouché-Lepelletier n'a pas voté avec les quatre-vingt-onze. Chacun suit la lig:ne qu'il s'est tracée, où creuse l'ornière dans laquelle il se traîne. Nous ne prenons donc pas la parole pour combattre le conseil donné aux électeurs de H. Cochin par le Mimde, la Gazette de France et V Union; que ces électeurs votent pour M. Guéroult ou s'abstiennent, à leur gré! c'est leur affaire. Nous ne prenons la parole que pour faire remarquer la différence entre la conduite de ces journaux et la nôtre. Avons-nous été opposé à la candidature de M. Ber* ryer à Marseille, & celle de M. de Montalembert dans les G6tes-du-Nord et dans le Doubs? Engageons-nous les électeurs du Havre qui ont voté pour M. Emile OUivier à s'abstenir entre M. Mazeline, candidat du gouvernement, et M. Âncel, le Cochin du Havre? Demandons-nous compte à M. Ancel de son vote et de ses sympathies? Non; il nous suffit que M. Ancel ait fait preuve d'indépendance pour qu'il ait droit à notre préférence.
Que YOUlODS-DOQS?
Avant tout, noas voulons grossir an Ck)rps législatif le chiffre des députés y représentant la liberté, ne fût-ce que par l'exercice du droit de discussion; ensuite, mais snbsi* diairement, nous désirons y grossir le chiffre si faible de la minorité.
Dans quel but?
Est-ce dans le but d'affaiblir, d*ébranler, de contrarier le gouvernement? Non, et nous le répétons bien haut, afin que ceux de nos lecteurs qui seraient affamés d'opposition ne nous prêtent ni une politique ni des intentions qui ne* seraient pas les nôtres. Nous l'avons déjà dit, la Preste a toujours été un journal de liberté; elle n'est pas, elle n'a jamais été un journal d'opposition, encore moins un journal de révolution. L'unique motif pour lequel nous avons pris une part active aux élections générales de 1863 a été la crainte que si les Cinq n'étaient pas réélus, — ce qui pouvait fort bien arriver en ce temps d'indifférence électorale, — et que si le gouvernement avait partout la majorité, il ne tirât de cette majorité, aux yeux de la France, aux yeux de FEurope, la conclusion que les Français, ne tenant qu'à l'égalité, ne tenaient ni à la restitution des libertés qu'ils ont perdues, ni à l'exercice des libertés auxquelles l'Angleterre, la Belgique et la Suisse doivent leur stabilité, auxquelles l'Italie doit la conquête de son indépendance !
Quoique fondée en apparence, cette conclusion eût été fausse. Elle eût trompé tout le monde, à commencer par la majorité des électeurs; elle eût trompé l'empereur; elle eût trompé son gouvernement; elle eût trompé ses ministres; elle eût trompé, ce qui aurait été pis encore, ses préfets et ses fonctionnaires à tous les étages. Elle eût ainsi retrempé l'optimisme, l'intolérance, l'arbitraire. Elle eût fait enfin l'obscurité, une obscurité propice au parti de l'abstention, qui est le parti de la révolution. Cette conclusion n'eût pas seulement été fausse, elle aurait été dangereuse. C'est après nous en être bien rendu compte, c'est après avoir bien pesé
le pour et le contre, que nous nous sommes décidé, non sans peine, à nous jeler dans la mêlée électorale, à l'écart de laquelle nous fussions dédaigneusement resté, si nous n'eussions consulté que nos idées c absolues. »
Délivrance de la liberté par la tolérance : tel a été le drapeau que la Presse, puis le Siècle et V Opinion nationale ont déployé! Telle est la signification vraie des élections de Paris et de Marseille. Ajournement de la liberté par VintoUranee : tel est le drapeau que déploient dans la sixième circonscription de Paris le Monde, la Gazette de France et VUnion; toujours les mêmes, immolant un principe à une considération, n'apprenant rien, oubliant tout.
Nous nous en souviendrons, nous qui, afin de mieux apprendre, n'oublions rien.
14 juin 1803.