AUX ÉLECTEURS
Électeurs de la sixième circonscription, qui, le lundi l*'juin, au premier tour, avez donné 1 1 ,000 voix à M. Adolphe Guéroult, candidat de la Liste, la France libérale, la France qui attend c le couronnement de l'édifice » ; la France qui , par fierté nationale, ne veut ni ne peut rester au-dessous de l'Angleterre ni en arrière de la Belgique et de l'Italie ; la France qui revendique la liberté de la presse, sans laquelle toute autre liberté est un mensonge ; la France qui revendique la liberté de réunion, sans laquelle le suffrage universel et direct, faussé dans son principe, n'est plus que le suffrage indirect et restreint; la France qui revendique la liberté d'association, sans laquelle les lois économiques n'ont ni fondement ni sanction; la France, enfin, dont Paiîs est la tête, la France a les yeux sur vous!
152,000 votants, divisés par neuf circonscriptions, donnent
LES ELECTIONS GÉNÉRALES DE 1863 tlz
une moyenne de 17,000 électeurs ayant unanimei»ent yoté contre les candidats officiels.
L'unanimité est un fait acquis ; le laisscrez-vous détruire?
De vous, au nombre de 17,000 au moins, la France attend que, demain lundi 15 juin, vous n'infirmerez pas, vous n'affaiblirez pas le vote mémorable du lundi 1" juin 1863, d'où datera glorieusement pour elle, si vous ne trompez pas son espoir, la liberté paisiblement reconquise, la liberté durable cette fois : car elle n'aura été précédée d'aucune violence, car elle ne sera pas une victoire remportée par un peuple sur un roi, car elle sera un progrès accompli pour tous par tous, car elle sera* la liberté sans avoir été la révolution.
Électeurs de la sixième circonscription, sachez-le bien ! M. Foucké-LepelUtier ne s'appelle pas M. Fouché-Lepelletier, il se nomme Ubcrlé différée; M. Adolphe Guémuli ne s'appelle pas Adolphe Guéroult, il se nomme Liberté reitUuée.
Maintenant, votez.
16 juin 186S.
LE SAGE PROGRÈS DE l'oPINION PUBLIQUE
■ Ma tâche sera de prendre constamment le sage progrè* de ropinion publique pour mesure des améliorations. •
f/EMPEBECR AUX BZPOSAHTft Og LOIIDRIS,
26 janvier 1863.
Les électeurs de la sixième circonscription de Paris n'ont pas trompé l'attente de la France. Us ont maintenu intacte l'unanimité acquise.
Ainsi que nous l'avions établi, 17,000 était, au premier tour, le chiffre de la moyenne des votes en faveur de la Liste dans les neuf circonscriptions ; les électeurs de la sixième et du second tour ont tenu à honneur de ne pas
rester aii->desioiis ; le candidat de la Liste est l'éla de 17,495 voix.
Au premier tour, ie 1* juin, snr 40,916 électeurs inscrits, il y avait eu 30,967 votants, ce qui portait à 9,949 le chiffre des abstentions ; loin de diminuer au second tonr par Tardenr de la lutte, ce chiffre, au contraire, s'est accru, puisqu'il ne s*est présenté pour voter que 29,162 électeurs, ce qui a élevé de 9,949 à 11,754 le chifn^ des abstentions. Un grand nombre d'électeurs qui n'avaient pas retiré leurs cartes au premier tour, les ayant retirées au second, on en doit conclure que les électeurs qui avaient voté au premier tour pour l'honorable M. Cochin ont passivement obéi an mot d'ordre qui leur a été transmis par le Monde, la GuxMê ie France et ï Union, N'ayant plus qu'à choisir entre M. Guéroult et M. Foucbé-Lepelletier, les voix catholiques se sont fidèlement abstenues. Nous nous bornons à constater le fait. L'avenir en tirera les conséquences qu'il jugera utile d'en tirer.
Quel nom mérite cette unanimité de Paris confirmée par l'élection du 15 juin, cette unanimité de Paris exprimée par 152,000 électeurs privés du droit de réunion, privés de la liberté d'association, conséquemment sans lien possible entre eux, votant avec un calme exemplaire, ne trahissant même pas la joie du triomphe par la plus petite manifestation extérieure? Lui refusera -t -on le nom qui lui appartient incontestablement, celui de c sage progrès db » l'opinion publique » ?
Jamais progrès se sera-t-il montré plus sage ?
L'opinion publique, c'est-à-dire la France, aspirant à la liberté anglaise, qui lui a été solennellement proposée pour modèle et pour but, n'avait, d'ici à 1869, que ce moyen et celte occasion de se faire jour : elle s'est fait jour!
Elle s'est fait jour avec une telle clarté, que ce serait en vain qu'on essayerait de l'obscnrcir aux yeux clairvoyants de l'empereur.
En réalité, les électeurs de Paris n'ont fait que répondre à
l'appel qoe, le 26 janvier dernier, le chef de TÉtat leur ayait adressé en ces termes mémorables :
« La liberté anglaise r^pecte toujours les bases principales sur les* quelles reposent la société et le pouvoir. Par cela même elle ne détruit pas, elle améliore; elle porte à la main, non la torche qvti incendie, mais le /lambeau qui éclaire, et, dans les entreprises parti* culières, Tinitiative individuelle, s'exerçant avec une infatigable ardeur, dispense le gouvernement d*ètre le seul promoteur des forces vitales d'une nation; aussi, au lieu de tout régler, laisse-t-il à chacun la responsabilité de ses actes.
» Voilà è quelles conditions existe en Angleterre cette merveilleuse activité, cette indépendance absolue. La France j parviendra aussi le jour où nous aurons consolidé les bases indispensables à Pétar hUstement d'une entière liberté. Travaillons donc de tous nos efforts à imiter de si profitables exemples : pénétrex-vous sans cesse des saines doctrines politiques et commerciales, unisses^vous dans une même pensée de conservation , et stimulez chez les individus une spontanéité énergique par tout ce qui est beau et utile. Telle est votre tâche. La mienne sera de prendre constamment li sage piogiès de l'opuuon ruBLiQUK POUR MESURE DES AMKLioRATioRs, et dc débarrssser dcs entraves adminiitratives le chemin que vous devez parcourir.
» Chacun ainsi aura accompli son devoir, et notre passage sur cette terre n'aura pas été inutile, puisque nous aurons laissé h nos enfants de grands travaux accomplis et des vérités fécondes, debout sur les mines de préjugés détruits et de haines à jamais ensevelies. »
Les électears de Paris ont voté c le flambeau » à la main.
Aucune c torche » ne s*est allumée, aucune torche ne s'est montrée.
Qui maintenant pourrait dire que le jour n'est pas venu de c consolider les bases indispensables à rétablissement » d'une entière liberté » ?
Quelles sont ces bases indispensables 7
C'est la liberté d'association dont le penseur couronné qui gouverne la France a dit :
« Le droit d'association est la base fondameuUle d'un gouvernement représentatif.
» Au Heu de s'efforcer d'introduire en France la constitution aristocratique de l'Angleterre, nous voudrions que nos hommes d'Elat Rdoptasscnt de la Grande-Bretagne les institutions qui protègent la liberté individuelle, qui développent l'esprit d'association et forment l'esprit de Tégalité. »
C'est la liberté de réunion dont le même penseur a dit :
« En Angleterre, la plupart des questions importantes, avant d'être portées au Parlement , ont été approfondies et discutées dans une foule de réunions publiques ou privées qui sont comme autant de rouages qui épluchent, broient et pétrissent la matière politique avant qu'elle passe sous le grand laminoir parlementaire.
9 Ne devons-nous pas rougir en songeant que même l'Irlande, la malheureuse Irlande, jouit, sous certains rapports, d'une plus grande liberté que la France de Juillet? Ici, par exemple, vingt per« sonnes ne peuvent se réunir sans l'autorisation de la police, tandis que , dans la patrie d'O'Connell , des milliers d'hommes se rassemblent, discutent leurs intérêts, menacent les fondements de l'empire britannique, sans qu'un ministre ose violer la loi qui protège, en Angleterre, le droit d'association. Répétons-le donc en terminant, la France n'est point constituée selon ses mœurs, ses intérêts, ses besoins : ni le pouvoir ni la liberté ne sont solidement constitués. i>
C'est la liberté de la presse dont le même écriyain couronné a dit :
« La liberté de la presse permettant à chacun de faire connaître $et opinions, on écrit aujourd'hui ce qu'on se serait contenté de penser autrefois, et la persuasion d'un meilleur avenir stimule toutes les capacités, quelque faibles qu'eUes soient. Une des raisons qui encouragent les patriotes à écrire, c'est le désir ardent d'améliorer la condition des peuples; car si l'on jette un coup d'oeil sur les destinées des diverses nations, on recule d'épouvante et l'on élève alors la voix pour défendre les droits de la raison et de l'humanité. En effet, que voit-on partout? le bien-être de tous sacrifié non aux besoins, mais aux caprices d'un petit nombre. Partout deux partis en présence, l'un qui marche vers l'avenir pour atteindre l'utile, l'autre qui se cramponne au' passé pour conserver les abus. Là, on voit un despote qui opprime; ici, un élu du peuple qui corrompt; là, un peuple esclave qui meurt pour acquérir son indépendance: ici un peuple libre qui languit parce qu'on lui dérobe sa victoire...
» Le droit de manifester sa pensée et ses opinions, soit par la voie de la presse, soit de toute autre manière; le droit de s'assembler paisiblement, le libre exercice des cultes, ne peuvent être interdits, a
C'est sur la foi de ces pensées, mûries par l'étude en Suisse et par la réflexion en Angleterre, c'est sur la foi de ces écrits imprimés en France, tirés et distribués à grand nombre en novembre 1848, que leur auteur a été élii le 10 décembre par cinq millions d'électeurs, las et épouvantés
d'une dictature qui, au nom de la liberté, n'avait eu rien de plas pressé et n'avait imaginé rien de plus nouveau que de supprimer la liberté de la presse, d'établir en permanence Tétat de siège et de décréter sur une immense échelle la transportation...
Non, non, FHisloire, cette implacable vengeresse de l'humanité outragée et de la liberté violée, n'îmra pas la cruelle joie de dire que celui qui a écrit ces i^Ues et sages pensées les a oubliées le jour où il a déposé la plume pour tenir le sceptre !
L'Histoire dira que l'empereur Napoléon III, après avoir consacré les dix premières années de son règne à affermir l'ordre, en a consacré dix autres à « Yétabliuement d'une » ENTIÈRE liberté », et que c'est par cette entière liberté qu'il est parvenu à dissoudre les partis, à leur enlever leur dernière raison d'être et à perpétuer sa dynastie.
C'est en prouvant qu'elle est mûre pour la liberté, aussi mûre que l'Angleterre, aussi mûre que la Belgique, aussi mûre que l'Italie, aussi mûre que la Suisse; c'est en prouvant enfin qu'elle en est digne, que la France la demande !
La liberté que la France demande, la France l'aura.
L'empire français ne saurait la refuser plus longtemps au suffrage universel.
Électeurs de Paris, vous avez bien mérité de la France!
35 juin 1868.
M. le comte de Pcrsigny, quoiqu'il ait cessé d'être ministre de rintérieur, a adressé le 21 juin une circulaire aux préfets, circulaire posthume.
Cette circulaire constate un fait Trai : c'est la manière paisible dont s'accomplissent en France les élections, quoique tous les Français âgés de vingt et un ans aient le droit de vote. Mais cette circulaire énonce un autre fait auquel
nous ne saurions accorder la même qualification» et que nous ne saurions laisser passer sans protestation; cet autre fait, c'est celui-ci :
« Pour la première fois depais dix ans, ane coalition t'est formée entre les opinions plus ou moins rattachées aux gouvernements antérieurs. Sur quelques points, et particulièrement dans les grands centres de population plus habituellement accessibles aux exeiiationide la preste, elle a réussi à suapRiNDBX ls suffrage universel... »
Non» non, il n'y a pas eu de coalition formée; non, non, le suffrage universel n*a point été surpris... Ce que les promoteurs de la Liste, à Paris, ont youIu , nous pouvons Tafôrmer et nous l'affirmons, ce n'est point relever ungoavernement renversé pour en abattre un autre ; ce n'est point provoquer un changement de ministres. Ce qu'ils ont voulu, c'est faire connaître au chef de l'État que la France est une trop gi*ande nation pour se contenter d'une liberté moindre que la liberté qui existe en Angleterre, en Belgique, en Italie et en Suisse.
Étant donné que cette opinion est aussi générale qu'elle est nationale : dans un pays où la liberté de réunion est interdite par la loi , comment cette opinion pouvait-elle se produire impunément autrement que sous la forme où elle s'est produite les l*' et 15 juin dernier! Non, même ua ministre n'a pas le droit de dire que des électeurs qui ont voté régulièrement, paisiblement, n'ont pas voté consciencieusement; que, cédant aux exdtatioM de la presse, ils se sont laissé surprendre!... S'exprimer ainsi dans une circulaire que toute TEurope lira, c'est calomnier le suffrage universel, c'est calomnier Paris, Marseille et Lyon; c'est se calomnier soi-même : car M. de Persigny, on le sait, n'a rien négligé, rien épargné pour opposer journaux à journaux, le ConsHlulionnel, le Pays et la Nation, à la Presse, au Sièek et à Y Opinion nationale. H. de Persigny — nous sommes f&ché de le lui dire aujourd'hui qu'il n'est plus ministre — a, dans son dernier acte, manqué à la fois de justice et de mémoire. Qu'il nous permette d'en avoir pour lui et de
LES ÉLECTIONS G&NÉRÂLES DE 4 863 f79
reconnaître que noii-«eulement il a lutté, 'mais qu'il a lutté à outrance.
Il décembre iS6S.
Répétons-le : c'est par l'entière liberté dont il jouit qu'un pays prouTe qu'il a le gouvernement qui lui convient.
Liberté politique et gouvernement national sont syno* nymes.
Tous les électeurs qui penseront ainsi voteront pour H. Eugène Pelletan, dont une erreur administrative a invalidé l'élection. Voter pour lui, ce sera continuer de voter pour la Liste.
L'élection du 14 décembre, c'est encore l'élection du l*» juin.
15 ëécemlm 1861.