MOT RAYÉ DU DICTIONNAIRE
phrase qui lère un peu la tète lui fait dresser les dieveux parla terreur que lui inspire TaYertissement, la suspension, la suppression; enfin, eUe a son rédacteur en chef, gérant signataire et administrateur gérant, en qui se résume la propriété du journal. Telles sont les conditions généralement ignorées de la liberté de la presse, sagement réglementée. Nous nous bornons à les faire connaître sans dire ce que nous en pensons. C'est un droit que nous avons perdu en les acceptant: car, si la liberté d'écrire n'existe pas, la liberté de ne pas écrire existe pleinement. Il faut être juste et le reconnaître. Nul n'est cbligé d'être journaliste.
A partir de ce jour, celte expression condamnée : eandirdais indépendants, appliquée aux candidats de l'opposition, est donc rayée de notre vocabulaire politique : nous la remplacerons sans regret et sans rancune par ces mots : candidats non appuyés par le gouvernement. Mais, si la désignation interdite pour distinguer les hommes qui n'ont pas la confiance du gouvernement de ceux qui la possèdent est une injure pour ces derniers, les rédacteurs de la Presse, ceux du Temps pourront-ils continuer de se laisser appeler t indépendants » sans risquer de blesser les rédacteurs du Constitutionnel, de la Patrie et du Pays?
C'est une question que nous posons au Moniteur; et nous avons d'autant plus de droit de la lui poser que nous manquerions à la vérité si, en parlant de la Presse, nous effacions les mots de journal indépendant pour les remplacer par ceux-ci '.journal de V opposition.
' La Presse, depuis que son nouveau rédacteur en chef, M. Rouy , a fait appel aux concours qui lui ont été donnés sympathiquement , n'est pas plus un journal de l'opposition qu'elle n'est un journal du gouvernement ; elle est le journal de la liberté, approuvant tout ce qui l'étend et blâmant tout ce qui la restreint. Quand la liberté est du côté du pouvoir, la Presse le soutient ; quand la libertés est du côté de l'opposition, la Presse Tappuie.
Hier, c'était là ce qui caractérisait particulièrement le
journal indépendant, le journal ne relevant ni des ministres ni des partis ; le journal ne prenant conseil que de ses principes et ne les sacrifiant à aucune considération, à aucun intérêt, à aucune amitié.
Aujourd'hui, sous peine d*ôtre accusée de manœuvres coupables et d'être condamnée pour délit d'injure commis contre MM. Paulin Limayrac, Ernest DréoUe, Letellier, et autres écrivains ayant les mêmes droits à la même confiance, il n'est plus permis à la Presse de garder le surnom de journal indépendant, qui lui a été si longtemps donné sous les régimes les plus divers sans qu'elle le prit : lui sera-t-il du moins permis de le remplacer par la qualification, plus difficile encore à faire admettre qu*à mériter, de journal impartial?