‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 37 sur 122 · LES GRANDES ET LES PETITES CHOSES · texte numérisé non relu

LES GRANDES ET LES PETITES CHOSES

26 avril 1863.

Où le silence est profond, le bruit fait par le vol d'une mouche suffit pour le troubler. Où la liberté n'existe pas, rien n'est simple et tout parait un danger.

Appelé par MM. Picard et OUivier à s'eicpliquer sur les Conférencei de la rue de la Paix, conférences qui avaient lieu dans un salon fort exigu où cent personnes au plus pouvaient tenir, et où elles n'étaient admises qu'après avoir payé un prix d'entrée assez élevé, M. Baroche, président du conseil d'£tat, a répondu :

«r II n'est pas possible , en effet , à côté de rUniversitë , à côté des eoars publies de nos Facultés officielles, qu'une espèce de Faculté libre s'établisse, rue de la Paix ou ailleurs, sans autorisation du gouvernement. Le gouvernement a pensé qu'il y avait danger ; et , à ce point de vue, il a été couvert par l'avis unanime du conseil supérieur de l'instruction publique. Voilà ce que j'avais à dire sur l'incident. L'administration était dans son droit, le préfet de police a rempli son devoir ; nous n'avons pas d'autre réponse à faire à Tinterpellation. i*

En faisant cette réponse, dont nous empruntons les termes au Moniteur, la pensée n'est donc pas venue à M. Baroche qu'un jour l'histoire s'en emparerait pour mesurer le degré dé liberté dont la France, comparativement à la Belgique, à la Hollande, à la Suisse, trois petits pays terri torialement, jouissait en 1862, sous le second empire, après dix années de règne! Les petites choses nuisent aux grandes plus qu'on ne le croit. Assurément, le gouvernement provisoire, en

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*1848, a fait de grandes choses. Pour n'en citer que deux, c'est à lui que la France doit la substitution du suffrage universel au cens électoral et l'abolition de l'esclavage dans nos colonies; eh bien, hier, de quoi le Corps législatif, de quoi M. le président du conseil d'État se souvenaient-ils? Ils ne se souvenaient plus de ces deux grandes mesures; ils ne se souvenaient plus que d'actes reprochés à M. Jules Favre, en ces termes, par M. Baroche :

a 11 y a un gouvernement qui a été détruit par le dégoû-t et la hiine publique, quoiqu'il eût cherché à fausser les élections ! quoiqu'il ait eu le triste courage de porter comme candidats dans presque tous les collèges les préfets, les com.missaires du gouvernement, ceui qui avaient la dictature. »

La Restauration, elle aussi, avait fait de grandes choses; eh bien, de 1830 à 1848, toutes les fois qu'il était question d'elle, soit à la tribune, soit dans les journaux , n'était-ce pas pour rappeler de |>etites fautes dont elle n'avait pas sa se préserver? De ces rapprochements, la règle qu'il faut tirer, c'est qu'un gouvernement ne saurait trop se garder des petites choses qui effacent les grandes et les font oublier. Jamais un gouvernement ne s'est rapetissé en grandissant la liberté... Jamais im gouvernement ne s'est grandi en la rapetissant!

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