POUR PAYIR SON INSTRUCTION
28 avril 1863.
L'une des nombreuses lacunes que laisse à combler Forganisation de rinstruction primaire en France est celle de l'absence de traitement obligatoire pour les institutrices dans les communes au-dessous de 800 âmes. Déjà cette la^cune avait été signalée, en 1862, par M. Tesnière. A cette observation de M. Edouard Dalloz, qu'a répondu H. Boinvilliers» commissaire du gouvernement? Il a reconnu qu'il ? a quelque choêe à favre, c mais que ce quelque chose est dif- "^ficUe, car il s'agit de créer une charge nouvelle pour l'État » et pour les communes. » Établir dans les communes, non dans toutes, mais dans celles de 800 âmes et au-dessus, une école de filles séparée et tenue par une institutrice : voilà ce c quelque chose à faire » dont un grand pays comme la France dit que ce < quelque chose est difficile. » Pour le croire, il faut l'avoir lu dans le Moniteur. Gomment! la France, qui çst assez riche pour payer obligatoirement 30,000 francs de traitement à MM. les sénateurs, n'est pas assez riche pour payer obligatoirement 300 francs de traitement à des institutrices! L'Etat donne par an, pour les institutrices des écoles de filles, 200,000 fr. (deux cent mille francs) : donner plus lui serait difficile! La loi de 1850 a posé en principe l'obligation d'une école de filles dans les communes de 800 âmes, c mais elle n'a pas donné les moyens fen assurer > Pexécution. » Cette déclaration, c'est M. le commissaire du
gouTernement qui Ta faite. S'il y a dans la loi de 1850 une lacune inexcusable, est-il donc si malaisé de la combler par une disposition législative additionnelle ? Nous nous souvenons d'avoir écrit, il y a trente ans, à l'occasion de la loi de 1833 sur l'instruction primaire, un livre intitulé De Vifuiruction publique en France, où nous disions :
« Tout projet de loi en faveur de l'instruction primaire qui néglige l'organisation des écoles de filles, ou qui ne l'établit que comme secondaire , n'atteint pas le but qu'il se propose.
» Chaque jeune fitle qu'on instruit devient, aussitôt qu'elle est mère, le moniteur de sa famille.
N 11 n'y a pas d'exemple d'une mère sachant lire et écrire dont les enfants ne sachent ni lire ni écrire. Si des circonstances font qu'il soit impossible à une mère de se priver de ses enfants pour les envoyer à l'école, quels que soient ses travaux et ses soius, elle saura toujours trouver le temps nécessaire pour leur apprendre ce qu'elle pourra elle-même leur enseigner.
» Si , depuis trente ans , l'instruction des jeunes filles avait été l'objet de l'attention que nous réclamons pour elles, on pourrait ii cette heure parcourir toute la France sans trouver un seul enfiant audessous de quinze ans ne sachant ni lire ni écrire.
u II n'en est pas ainsi des pères de famille pris dans les classes laborieuses des villes et des campagnes; lorsqu'ils ne possèdent pas les notions élémentaires , ils se montrent généralement peu soucieux que leurs enfants les acquièrent; lorsqu'ils savent lire et écrire, on les voit rarement se donner la peine d'instruire eux-mêmes leurs enfants ou seulement de les interroger au retour de l'école. L'instruction du père de famille ne profite communément qu'à lui seul; celle de la mère de famille, au contraire, profite toujours à ses enfants.
» Instruire les filles, c'est ouvrir une école au seiu de chaque famille; ouvrez-leur donc une école dans chaque commune! »
Trente années se soiit écoulées depuis que cette page a été écrite au lendemain d*une révolution. A cette révolution a succédé une autre révolution. La monarcbie constitutionnelle a fait place à la république, et la république à son tour a fait place à Fempire. Sous Tempire pas plus que sous la république, et sous la république pas plus que sous la monarchie constitutionnelle, le vœu que nous exprimions en 1833 n'a été réalisé. Qu'est-ce qui a empêché qu'on le réalisât? — La dépense. Est-ce que la dé-