‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 41 sur 122 · DES EXPOSITIONS DBS BEAUX-ARTS · texte numérisé non relu

DES EXPOSITIONS DBS BEAUX-ARTS

» Il fiiut ajanler, il est -vrai , qae ces jurés appartiennent tons à ]*Aea4éniie royale des beani-arts; c'est en qnalitë de membres de cette Académie qn^Is sont appelés à se prononcer. Ce soot donc, en réalité, moins des jnrés qae des juges : car ce qui caractérise le jury, ce qui le distingue essentiellement de la magistrature, c'est que celleci est inamovible et responsable, tandis que celui-là est au contraire esstntieUement irresponsable et mobile. La magistrature rend des arréis; le jury rend des verdicts. Le magistrat est tenu de juger avec ton savoir éprouvé, son expérience acquise; le juré n'est tenu que d'interroger sa conscience.

» On a donc tort de dire, en parlant de Texposition annuelle du Louvre: le Juiy; an devrait dire : V Académie royale det heaux-^arts^ miaHenXy'ie Tr^lnmai de texpaHHon.

» L'Académie royale des beaux-arts, vous le savez, est divisée en cinq sections: I peinture; It sculpture; RI architecture; lY gravure; y composition musicale. Les juges qui prononcent chaque année sur l'adaûasion au Lonvre des ouvrages de peinture et de sculpture ne BOBt pas exclusivement des statuaires et des peintres. Ce sont des membres appartenant indistinctement à chacune de ces cinq sections. Nul n'a le droit de les récuser ( ce qui prouve encore que ce ne sont pas des jurés), mais ils ont le droit de s'abstenir, et c'est un droit dont malheureusement usent surtout les plus compétents : MM. Ingres, Horace Yemet, Paul Delà roche, Drolling, David, etc. Peut-être même pourrait- on dire qu'ils en abusent f

» Est-ce un bien , est-ce un mal , que les cinq sections de TAcadéame royale des beaux-arts soient ainsi appelées à prononcer au même titre? — Je réponds sans hésiter : C'est un bien. Si les peintres et les statuaires n'avaient pour juges souverains que des statuaires et des peintres, ils ne manqueraient pas de mettre sur le compte d'une rivalité ombrageuse toutes les exclusions, et sur le compte d'une camaraderie complnhante toutes les admissions. Ici Tinterventiun des architectes et des musiciens n'est donc pas inutile ; elle est doublement tutélaire, car elle protège à la fois les juges et les justiciables.

» Il faut donc ou maintenir le concours des cinq sections de l'Académie royale des beaux-arts, ou le remplacer par la création d'un véritable jury.

» Mais comment serait composé ce jury ? Là réapparaîtraient toutes les difficultés de la question. Ce jury se composerait-il exclusivement de peintres, de statuaires et de graveurs? Comment fonctionnerait-il? Les peintres auraient-ils exclusivement dnns leur domaine les tableaux? les graveurs, les gravures? les statuaires , les ouvrages de sculpture? ou bien en serait-il autrement? Comment se formeraient les listes du jury? Se composeraient-elles de tous lesnoms^des artistes qai aspireraient à exposer au Salon, ou seulement des noms des artistes dont les ouvrages y auraient déjà été admis, soit une, soit plusieurs fois, ou i^us exclusivement encore, des noms de ceux-là

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qai auraient obtenu la croix ou une médaille d'honneur? .Qui serait chargé du tirage nu sort? Serait-ce le ministre de riulé£ieur?'.scnifce le secrétaire perpétuel 4e TAcadëmie royale, det lneaux^rtePtUe combien de membres devrait se composer le jury? Dans le cas oh, par suite ^e ^i^^cullés qu'il ne serait pas superflu de prévoir, les jurés nommés prendraient en masse la détermination de. «'abstenir, quel moyen aurait-on de les remplacer ou de les contraindre? Suffirait-il , je ne le crois pas, de nommer à cet effet un, certain noaritre de jurés supplémentaires? Je n'indique ici sommairement et en tonte hâte que quelques-unes des difficultés que présenteraient la compo* silion et le tirage d'un véritable jury. Cela suffira,- mon cher Gautier, pour q4e }(plx^ esprif. jiidicif^u;| les aperçoive toutes e^ les apprécie. Je n'ai pas la prétention d'approj^q^^lr If queviti^,,<(^i( je fk'eu annis pas le IcMsir*^ ^..

» Vous m'avez demandé un avis; je vous le donne, et je le formule en ces termes :

» Attendu, que, de quelque façon qu'on imaginât de le com^ser, le jury n'offrirait pas plus de garanties, n'aurait |ias moins d'inconvénients, soulcvjcrait autant de colères et s'attirerait autant de malédictions qiu; lé/ri^tfiia/£f'«:i:rpon/ton. devant lequel sont api^elés aujourd'hui à cpmparaître tous les, artistes qui aspirent à faire admettre leurs ouvrages à l'exposition du Louvre; attendu que les membres de l'Académie royale dés beaux-arts, en cette circonstance, fonctionnent comme juges et non comme juréS; attendu, enfin, qu'il est de principe parmi nous que toute bonne justice doit avoir deux degrés au m'oins: l'instance et l'appel; si j'avais, comme vous, à m'expliquer sur ce que l'ou a toujours si improprement appelé le ^'nry* voici ce que je proposerais:* ..

» Je proposerais de ne pas changer ce qui existe, mais de le com* pléter; . .

» Je proposerais de maintenir l'Académie royale des beaux<«arls dans l'exercice de la magistrature dont elle est investie; mais, en mèoie temps, je. propose r!sis de donner aux artistes qui croiraient avoir à se plaindre de ses jugements un recours à un tribunal supérieur.

I» A cet effet,

» Je diviserais de la manière suivante la durée de l'exposition .

» ASTISTIS ADMIS 40 jOUrS.

» Clôture de l'exposition 10 jours.

1» ASTISTIS UTBBJBTAIIT APPBL • .* lOjOUrS.

» Rien de changé à la durée de l'exposition.

s» La justice aurait ses deux degrés :

» Première instance : l'Académie ;

» Appel : le Public .

» Le public jugerait en dernier ressort. D'une part, il réformerait

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