‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 46 sur 122 · LE COMMUNISME LÉGAL · texte numérisé non relu

LE COMMUNISME LÉGAL

vant, après 1848, sous la république, ce qu'ils avaient condamné après 1830 sous la monarchie; les autres reniant, sous rémpire des considérations, les principes qu'ils avaient adorés sous te règne de la peur; ceux-ci se jetant éperdus aux pieds du pouvoir et le nommant leur sauveur, après s'être jetés, efteré?, dans les bras de la liberté et Favoir proclamée leur idole; ceux-là blâmant inexorablement et imperturbablement, sans mémoire et sans justice, le lendemain du jour où le pouvoir avait échappé des mains de leurs amis, ce que la veille ils avaient approuvé systématiquement et aveuglément : tous, à tour de rôle, faisant sans Ife savoir du communisme légal.

En effet, n'était-ce pas faire acte de communisme légaï que de rendre, par exemple, un grand peuple, le peuple français, solidaire de l'attentat Fiescbi; que de retirer par une loi votée d'urgence, à ce gi*and peuple et à tous les journaux, la liberté de la presse dont ils étaient en possession , parce que tel jour il s'était trouvé à Paris un lâche assassin ? Ne suffisait-il donc pas de le livrer au bourreau, après l'avoir fait condamner, lui et ses complices, par la Chambre des pairs érigée en haute cour de justice ? Les lois de septembre 1835 , appuyées par le Journal des Débats, ontelles sauvé la royauté de 1830, qu'elles avaient pour mission de proléger?

N'était-ce pas pareillement du communisme légal que ces suppressions en masse de journaux d'opinions opposées, décrétées en 1848 par les rédacteurs de la Tribune et du National érigés en dictateurs; décrétées en 1849 par MM. Odilon Barrot, président du conseil « et Dufaure, ministre de l'intérieur ?

N'était-ce pas encore du communisme légal que ces décrets successifs présentés, tous d'urgence, en 1848, 1849, 1850 et 1851 , contre la liberté de la presse et contre la liberté de réunion par ceux-là mêmes qui avaient été les plus ardents à provoquer une révolution au nom de la dernière de ces deux libertés !

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Plus tard et pour abréger, n*étail-ce pas toujours et enfin du communisme légal que la suppression, toujours d*urgcnce, du suffrage universel, et que la radiation, le 31 mai 1850, de quatre millions d'électeurs épars dans toulc la France, parce qu'aux élections de Paris des 10 mai*s et 28 avril précédents (1) M. Carnot, ayant pour concurrent M. Foy, l'avait emporté de 5,815 voix, et il. Sue, ayant pour concurrent M. Leclerc, l'avait emporté de 8,345 voix ?

C'est ce communisme légal, c'est cet arbitraire changeant de main, mais ne changeant pas de nature, que la Presse 8*bonore d'avoir invariablement combattu, sans que la liberté, depuis le !•' juillet 1836 jusqu'a^ l*' juillet 1863, l'ait trouvée un seul jour dans le rang opposé au sien, sans que le vertige de la peur l'ait jamais aUirée vers rabime; sans que la pression d'aucune amitié ou d'aucune rancune l'ait jamais fait tomber dans l'oiiiière.

Existe-t-il à Paris un autre journal qui, célébrant Tanni* versaire de sa fondation, et faisant à cette occasion son examen de conscience politique, puisse se rendre à lui-niènje ce témoignage sans craindre qu'on lui oppose un seul témoignage contraire ?

S'il en a existé, ou s'il en existe un second, qu'on le

nomme

*{1) Élection du 10 m«n 18M> :

Carnot. ...... 132,797 vois; Foy UGJMS.

ÉlecUoo da 38 avril 1850 :

Sue 12S,071 voix; Leclerc I]9«6a6.

31 juillet 1863.

La Presse est le journal de la llberlé par la paix el de la paix par la liberté.

La Presse sera franche ! Elle dira donc qu'elle a un grief contre les Polonais du duché de Varsovie, qui sont venus faire diversion aux élections de la ville de Paris et aux importantes questions que le triomphe unanime de l'opposition constitutionnelle allait mettre à Tordre du jour.

La Presse n'est le journal d'aucune nationalité, d'aucune forme de gx)uvernement; elle ne croit qu'en la liberté, qui n'est durable que par la paix.

Voulant la liberté dans sa plénitude, elle ne veut la guerre a aucun titre et pour aucune cause. Entre nations civilisées, il y a des dissentiments ; il n'y a plus d'offenses.

Les questions tranchées par le sabre sont des questions tranchées, mais ne sont pas des questions résolues. Questions tranchées, questions aggravées. Il n'y a de résolues que les questions qui l'ont été par elles-mêmes, c'est-à-dire par la science et non par la force.

C'est l'erreur commune, mais ce n'en est pas moins ferreur, c'est l'erreur commune de croire que le canon victorieux de la France résoudrait la question de la Pologne.

Arrachée à la Russie, quelle forme de gouvernement durable donnerait-on à la Pologne pour qu'il n'arrivât pas à Varsovie ce qui est^rrivé à Athènes, où aucun gouvernement ne sera stable ? Quelles frontières aurait-elle ? Comment la mettrait-on à l'abri d'une nouvelle conquête par la

Russie, en cas de conflagration européenne paralysant la France et Fempèchant de voler de nouveau au secours de la Pologne ? La force est à ses œuvres ce que sont au sable de l'Océan le flux et le reflux. Le sable que le flux a apporté, le reflux le remporte. Ce que la force a fait, la force contraire le défait. Arrachée à T Autriche par la force, la Lombardie ne sera indissoluMement unie au Piémont que par Taction du temps, de beaucoup de temps, à moins qu'un ordre politique nouveau, succédant en Europe à l'ordre ancien, ne s'y établisse en étendant le rayon de la Confédération germanique , de telle sorte qu'il forme une confédération qui pourrait s'appeler soit la Confédération pacifique, soit la Confédération européenne. Aussi longtemps que les araiées permanentes demeureront ce qu'elles sont ; aussi longtemps que l'ignorance politique ira en sens inverse de la science économique ; aussi longtemps que les gouvememeols dépeur seront autant d'argent à fondre des canons et à blinder des vaisseaux que les Compagnies en dépensent à laminer des rails et à construire des locomotives; aussi longtemps que l'esprit de rivalité l'emportera sur l'esprit de réciprocité; aussi longtemps que le aiot indépendance nationale sonnera plus haut que le mot liberté humaine; aussi longtemps que les nationalités, ce dernier vestige de la féodalité, auront une autre significalian que celle de divisions administratives ou gouvernementales — peu importe le mot 1 — de l'unité européenne ; aussi longtemps enfin que la civilisation n'aura pas aboli la guerre entre nations, comme elle l'a déjà abolie entre suzerains, rien de stable n'existera en Europe, rien de ce qui est aujourd'hui ne sera certain d'être demain. Rien de pins instable que la force. Quelle preuve en est plus évidente que la Pologne ? Avant d'avoir été conquise, n'a-t-elle pas été conquérante! Avant d'être opprimée, n'ar-l-ellc pas été oppressive ? Au cadran du passé, chaque peuple marque une heure où il a été le plus faible,«après avoir été le plus fort. Renonçons donc à demander à la force ce qu'elle est impuissante à assurer : la liberté des peuples.

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yoolcnD84ioii9 donner 1% liberté à la Pologne, -^ pour ne parler ici que d*6lle seule, -*- commençons par la dernier à lafrancei

Le jam oè les Françale seront pleinement libres , les Polonais seront bien près de Tètre. La liberté est à Thomme, dont elle déreloppe toutes les aptitudes, ce qn'esrt la vapeur À ta machine dont elle met en mouvement tous les ressorts. Procédons pnur la liberté comme leê deux mondes ont procédé poor la vapeor ; * procédons par Tapplioation et par rexemple. La liberté est plus grande, plus entière, plus pirtbite en Angleterre, en Belgique, en Suisse, même en Italie, qu'elle ne l'est en France. Ne prenons pas de rejios que celte burailiante infériorité entre nos voisins et nous n'ait disparu! Ne not» occupons de rien avant que cette Signe de démarcatbn blessante ait été effacée. Quand la liberté aura fini son œuvre parmi nous, elle ne s'arrétei^ pas plus en chemin que ne s'est arrêtée en route l'invention de Watt et de Fulton. Si la liberté ne visite pas simultanément tons les Itats en com*s de civilisation, elle les visitera tous successivement. Le pfopre de la science, c'est de s'uni- •versaUeer; faisons de la liberté une science, el elle s'universalieera.' Appliquons-la, ne l'imposons pas !

Imposer, c'est employer la force. Science et force sont deux noots qui s'excluent. Conquise ou imposée, liberté n'est que force déguisée dont le masque ne tarde jamais à tomber.

La liberté est le nœud de toutes les questions sociales, dans le nombre desquelles sont les questions internationales question des fVontières, question des mers ouvertes ou fermées, question des nationalités respectées ou violées, question des religions exclusives ou libres, question des langues ûnposées, question des armées permanentes recrutées par voie de tirage au sort, question de la presse des matelots, comme en Angleterre, ou de Finscription maritime^ comme en France, etc., etc. Ne demandons plus rien à la force et à la guerre; demandons tout à la liberté et à la paix^ et sans

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qu*ii en ait coulé à personne une goutte de sang, nous serons tout étonnés d'avoir délivré non pas seulement la Pologne, mais l'Europe tout entière ! Disons-nous bien et disons^le à quiconque a des oreilles pour l'entendre , ane iatellîgence pour le comprendre, une mémoire pour te retenir, disons que toute domination n'est qu'ignorance ! La domination est à l'ignorance ce que l'effet est à la cause. Dissipons l'ignorance, et la domination s'évanouira. Si la Russie était pins éclairée, elle laisserait dédaigneusement la Pdogne se gouverner et s'administrer elle-même, à la seule condition qu'il ne s'élèverait entre les deux pays aucune ligne de douanes et que la liberté d'échanges serait réciproque et entière. La Russie vendrait à la Pologne ce qui lui serait nécessaire, et la Pologne vendrait à la Russie ce dont elle am^it besoin. Le jour, el ce jour arrivera, le jour où la science aura détrôné la force, où la paix aura enseveli la guerre, qu'importeront à une nation le chiffre numérique de sa population et la limite géographique de son territoire ! Ce qui lui importera, ce sera d'être la nation dont les produits agricoles ou industriels seront les plus recherchés, dont les oeuvres d'art seront les plus estimées, dont les livres seront les plus universellement lus, dont les idées exerceront l^itimement l'influence la plus grande et la plus durable, dont le crédit sera le plus solidement assis, dont les dépenses seront le mieux ordonnées, dont l'épargne collective sera la plus considérable, dont le bien-être sera le plus généralement et le plus équitablement réparti, dont l'instruction populaire sera la plus répandue, dont l'instruction supérieure sera la plus élevée, dont la liberté sera à la fois la plus entière, la plus féconde et la plus paisible, dont la civilisation, enfin, n'aura laissé en arrière ni un homme ni une chose.

Si, depuis vingt-cinq ans pins parliculiëremont, la science appliquée aux relations des peuples entre eux n'avait pas déjà résolu tant de problèmes déclarés insolubles par les bonshommes d'État, ce que nous venons d'énumérer on pourrait le taxer de rêves; mais comment- nous opposer ce

mot lorsque le plus difficile et le plus fort sont accomplis, lorsqu'il n'y a plus qu'à recueillir ce qui est semé ?

Cne fois de plus, donnant raison à toutes nos prévisions, la diplomatie vient de faire éclater son impuissance , toute son impuissance. De cette impuissance, que doit-on conclure ? — Il en faut conclure que le règne est fini de la diplomatie et de la guerre, que le temps est venu de la liberté et de la paix.

Que les Polonais soient indépendants, puisqu'ils y tiennent, mais qu'ils n'empêchent pas les Français d'être libres !

Avec la guerre, point de liberté.

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