‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 5 sur 122 · LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS D* AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

LETTRES SUR LES ÉTATS-UNIS D* AMÉRIQUE

« Tout le bien qu'une bonne constitution sociale peut faire à une religion, le système volontaire Ta tait au congrëgationalisme ; mais il ne faut pas demander à un régime qui règle seulement les intérêts temporels d'une Église compte de ses intérêts spirituels. Les congrégations sont riches; les pasteurs, recommandables par leur moralité et leur instruction , ont des positions assurées ; les fidèles sont respectueux et assidus; dans l'ordre mondain, ces sociétés, ouvertes à tous, loin du contrôle de toute autorité, ne donnent pas un seul exemple de désordre, de scandale ou d'abus; aucune conscience ne souffre de la plus légère pression, d'oii qu'elle vienne. Yoilà les fruits du système volontaire. Si, dans le même temps, la foi religieuse se transforme ou s'éteint, si les âmes vacillent et s'inclinent sous le souffle de la philosophie moderne , si le dogme se vaporise à force de s'épurer, il faut chercher la cause de ces transformations tout auh*e part que dans les règlements éphémères inventés par les législateurs à l'usage des sociétés religieuses et civiles : il faut la chercher dans les lois naturelles qui président au développement intellectuel de l'humanité.

9 Ainsi, pour juger le système volontaire , il convient d'embrasser la situation où son influence a mis l'ensemble des religions et des sectes aux Etats-Unis. Je ne me permettrais certainement pas d'exprimer ni même d'avoir une opinion sur la question suivante , question d'une incalculable gravité : Convient-il de maintenir un lien quelconque entre la société civile et la société religieuse , ou vaut-il mieux séparer d'une manière complète l'État de l'Église? J'ai seulement le droit d'énoncer le fait suivant : Il n'y a qu'un pays au monde, les États-Unis d'Amérique, où l'on ait mis en pratique le système volontaire, le principe de la séparation absolue de l'Église et de l'État; eh bien, dans ce pays, il n'cA pas une voix, une seule, qui ne proclame l'exceUence de ce système. .

u Je ne compte, bien entendu, comme suffrages véritables que ceux des hommes foncièrement religieux , de ceux qui subordonnent les intérêts de la terre aux intérêts du ciel, comme il y en a beaucoup en Amérique, des ministres, des pasteurs, des prêtres, et en particulier des prêtres catholiques. Que les hommes ennemis , comme l'était Jeffersou, de toute religion, ou simplement les indifférents, les gens qui mettent la patrie terrestre avant la patrie céleste, aient été et soient restés les partisans d'un ordre de choses qui se réduit à une abstention systématique de la loi en présence des intérêts religieux, cela n'a rien que de très-naturel et ne préjuge en rien la

valeur du système. Mais que dire de l'appui unanime , conTaîiieu, passionné que lui donnent aujourd'hui toutes les consciences scrupuleuses et ferventes auxquelles on Timposa jadis et qui le reçurent, dans le principe, comme une nécesaitë funeste? Éclairées par Texpérience , il n'en est pas une qui regrette la protection de l'ÉlaC , Mm intervention tutélaire. déguisée d'une manière quelconque dans les affaires religieuses. Chaque secte, ce qui est fort remarquable, les repousse surtout ponr elle-même, laissant deviner quelquefois quelle ne serait pas fâchée de voir ces dangereuses ftrveurs tomber sur la secte voisine , sur la rivale détestée.

M Le fait est qu'il est douteux que le pouvoir politique, lors même qu'il edt concentré en lui toutes les fiicultés créatrices du pays, eût pu faire pour la religion en général ce qne le système volontaire a fait pour elle, aux États-Unis, depuis cinquante ans. Il ne faut pas oublier qne, vers 1800, au sortir de la guerre de l'Indépendance, pour beaucoup de causes qu'il ne m'est pas possible de tous détailler, la religion, en Amérique, sons quelque secte qu'elle se manifestât, présentait le plus triste spectacle au point de vue temporel comme au point de vue spirituel. Vous avec vu quelle était, vers 1820, la confusion qui régnait *au sein de la grande secte congrégationnelle. Le culte épiscopal, dans la Virginie, avait perdu, en 1800, soixante-4rois églises sur quatre-vingt-onze, et n'avait pas, dans toute l'Amérique, un seul évéque. Au sortir de la révolution, il y avait, en tout, vingt-six prêtres catholiques aux États-Unis, sans un seul évèché.

» £h bien ! tout ce dont les Églises chrétiennes se sont enrichies en l'espace de moins de cinquante ans , ce qu'elles ont bâti de temples, fondé de séminaires et d'écoles, institué et entretenu de ministres, acquis de biens -fonds, ce qu'elles ont dépensé d'argent, d'influence, de propagande, est incalculable et même hors de toute proportion avec l'accroissement réel de la population. Pour vous donner une idée du mouvement religieux général qui se développe sons l'influence du sysièwu vohniaire, je vous dirai que , par an , on construit plus de mille églises aux États-Unis, et qu'on y institue tout autant de ministres nouveaux, pasteurs ou curés. C'est-à-dire que, s'il y avait aux États-Unis un ministère des cultes, comme en France , rien que l'accroissement annuel du budget de ce département serait d'une somme de 12 à 15 millions, beaucoup plus du tiers de la fixation normale de notre budget des cultes.

» De toutes les Églises, celle qui, toute proportion gardée, a fait le plus de progrès, est la religion catholique. Je ne parle pas ici des conversions d'une religion à l'autre, je ne fais pas le calcul des âmes gagnées ou perdues; ce point de vue, qui est le plus intéressant pour le clergé catholique comme pour le clergé des différentes sectes protestantes, a donné lieu à beaucoup d'assertions contradictoires; il est presque impossible de savoir s'il y a plus de protestants qui «e font catholiques qu'il n'y a de catholiques qui se font protestant!.

Je kiflie de odté cette question de bstince «nthmétique. D^o^ que f^roTtenae l'aocroîssemeiit de l'éléneiit catkoliqoe «m ÉUts-UnÎB, dtt progrèi tiatnrel et nomml de la pepnlatîm, ée rîminigratien iriandaisc eu des confcrsions , il est «rtain q«e eel aeoroissenent est oensidérable. Il n'est pas mon» mvécé q«e le cler^ catholique sut ce BWUTeaacsit, s'il me ie préeède pas^ et qu'il développe ses iDO]f«ns d'action avec au moins autant de rapidité que s'accroissent les besoins reli^ux des popuiatietis. Les plus Mies églises des États-Unis lui appartiennent. Ses séminaiiies , ses couvents attirent partout les regards par leurs splendides développements et le luxe de leurs constructions. On cite les prêtres oatholîqoes comme des modèles de piété, de charifté et de vertu. Les évèques jouissent d'une considération et d'une influence énormes. Ils ont le maniement de sommes considémliles. Les unes sont des dons fsfts à l'Église et dont dispose l'autorité diocésaine dans l'intérêt de la charité, de l'instruction et du culte; les autres sont de simfdes dépôts faits entre les mains du clergé par les fidèles, fin général , les Irlandais n'ont de tranquillité que lorsqu'ils ont confié leurs épargnes à leur évéque. L'archevêque de New-YofÏL est un bien plus ^grand personnage que l'un quelconque de nos archevêques. Il traite d'égal à ëgal avec le président de la république, lui accorde ou lui reAise l'appui de son crédit, non pas en sa qualité d'archevêque, mais en sa qualité de citoyen ininent. Si les évèques ne jouissent pas ici du preotige attaché à la hiérarchie administrative , ils ont le bon esprit de s'en consoler en pensant qu'ils ne sont pas absorbés par elle et qu'ils ont mieux à faire de leur temps qu'à le passer en luttes de préséance contre telle ou telle autorité civile ou militaire. Ils ne sont pas représentés au Sénat , et ils ne figurent pas au budget; mais, par compensation , ils n'ont à recevoir ni instructions ni censures ministérielles , et la liste des cotisations volontaires est autrement productive peur eux que ne serait une feuille quelconque d'émargement. Oomme ils ne sont pas du tout maîtres chez les autres , ils le «ont tout à tnX cbez eox, c'esVà-dire dans leurs écoles, dans leurs séminaires, dans leurs couvents et dans leurs églises. Enfin, s'ils ne demandent et n'obtiennent jamais de privilège, ils invoquent très-souvent le droit commun , qui ne leur fait jamais déCaut. Quand ils se orsîent lésés dans leurs droits, qui ne sont autres que ceux de la liberté civile et religieuse, ils s'adressent tout simplement aux tribunaux, et ils regardent ce recours comme tout aussi digne et plus eftcace que l'appel aux armes spirituelles, l'agitation des censdenoes ou la résignation du martyre.

» Faût-il faire bonneur des succès du catholicisme au système oo- ' Umtmre ou à des causes d'un ordre plus général ? Et dans le cas où il semblerait impossible d'échapper aux conséquences 4'u& rapprochement aussi frappant, çonvient-il de généraliser l'exemple tiré de l'Amérique et d'attribuer à ce système, en ce qui concerne l'Église

catholique, un caractère d'excellence aussi universel que Test Tesprit de cette Égalise elle-même? C'est là une question bien grave; je dirai seulement qu*a priori et au point de vue théorique, l'application du régime volontaire à la religion catholique se présente sous la forme d'un système de forces équilibrées, d'une alliance intime de principes non pas contraires, mais symétriques, dont la conception est très > séduisante pour l'esprit. Q^e voyons*nous , en effet, dans l'Église catholique d'Amérique? Une société religieuse qui vit à la fois par l'autorité et par la liberté, et qui applique chacun de ces deux principes dans le domaine qui lui est propre , le premier dans les choses divines, le second dans les choses terrestres.

» Toute religion, en effet, par le fait même qu'elle s'affirme, suppose que la vérité est une et que le dogme est immuable; elle n'a pas le droit de les imposer aux consciences par les armes temporelles, mais elle a le devoir de les proclamer et de rejeter de sou sein les âmes incrédules ou rebelles. Une doctrine dont le dépôt n'est pas confié à un corps responsable de sa conservation, qui flotte au gré des interprétations et des fantaisies personnelles, ne constitue pas une religion. Une société de gens libres ou à peu près libres de penser ce qu'ils veulent peut être une agrégation civile, une réunion animée d'intentions religieuses, mais ne sera jamais une communauté spirituelle. La force du catholicisme, en dehors de toute question de foi , est incontestablement dans la fixité de sa confession , fixité que représente et que maintient l'Église, hiérarchisée de sa base à son sommet, et soumise à une suprématie unique' émanée d'elle-même. £h bien, cette suprématie, cette tutelle spirituelle, la communauté catholique américaine lui obéit; voilà pour l'autorité.

» Quant à la liberté, c'est dans le cercle de son existence sociale que cette même communauté la place et la pratique de la manière la plus absolue. Son clergé se meut au milieu de la société civile sans avoir d'autres comptes à lui rendre que ceux qu'elle exige de chaque citoyien. Il fonde des écoles, des séminaires, des associations de toute sorte, bâtit des temples, impose les fidèles, vend, achète et ossède, dispose des cures, régit à son gré le temporel et le spirituel des églises avec l'indépendance absolue propre au régime du self govemment. Voilà l'élément libre qui entre dans son existence.

» On peut encore se représenter ce clergé comme recevant son ministère des mains de l'autorité et l'exerçant par celles de la liberté. C'est dans ce sens que l'économie ecclésiastique du catholicisme s'appuyant sur le système volontaire, tel qu'il est pratiqué en Amérique, me parait se rapprocher assez de l'idéal poursuivi vainement dans la plupart des institutions humaines, la conciliation des deux principes dont la lutte agite le monde depuis l'origine des sociétés. »

Le Mande, après avoir lu ce qui précède, continuera-t-îl

de qualifier d'utopie TÉglise libre dans VÉtat libre?

Nous le répétons, la séparation en France de l'État et de rÉglisc, comme en Amérique, est Tunique moyen de dénouer le double nœud de i'occiipation française à Rome aux applaudissements de ceux qui pensent sans blesser ceux qui croient. Qu'on y réfléchisse biep! on verra qu'il n'y en a pas d'autre.

Le Monde nous interpelle en ces termes :

(t I^ principe de la séparation doit entraîner la liberté de l'Égltsè. Or, la première de toutes les libertés, c'est le droit de propriété. Nous espérons que M. de Girardin , qui n'a pas l'air de se^ayer de mots, ne nous contredira pas sur ce point. Les sanctuaires avaient été dépouillés, les biens de TÉglise ravis. La loi ne reconnaissait à rÉglise ni le droit de réunion, ni le droit de propriété. La séparation de i'Éi^lise et de l'État a été jusqu'ici une chimère. Si M. de Girardin ïti croit possible, qu'U en sonde les conséquences. Entend- il biffer du budget le traitement du clergé? Il lui faudra, s'il est sincère, transférer la dotation du clergé sur le grand-livre de la dette publique, et en laisser l'administration an clergé, comme sous l'ancienne monarchie. Le droit d'acquérir est inhérent à toute société libre: M. de Girardin le refusera-t-il à l'Église? »

A la question du rédacteur du Monde, nous allons répondre aussi nettement que nous avons répondu plus haut au rédacteur de Y Union.

Non, nous ne refusons pas à l'Église le droit d'acquérir. De quel droit, à quel litre le lui refuserions-nous? Nous ne nous reconnaissons pas ce droit.

Nous admettons rentière liberté de tester; nous faisons plus, nous en proclamons la nécessité.

Nous passons à cette autre objection du Monde :

« Il y a une observation à laquelle les libéraux h'ont jamais répondu : ils veulent un gouvernement athée , indifférent , sans profession religieuse : toutes ces expressions sont synonymes. Que devient alors ce principe, que le gouvernement représente le pays? Si les Français sont catholiques , n'est-ce pas une nécessité morale que le

3ft iseï»

gottverncmenl fnnçak soit catholique? Sans cda , le gouveroencnt représentera seulement U minorité incrédule. Tous les gouvernements ont une religion ; il n*j a. que le gouvernement fraitçais qui n'en aurait pas ! Tel est le mensonge produit pa r le libéralisme. M. de Girardin se croit dénué de préjugés, et il est en plein dans le pr^tigé du Ubéralisme vulgaire; il est incrédule, et il eiige que le gouvernement soit incrédule et indifférent comme lui. En un mot, il impose sa volonté au gouvernement. Il devrait se dire , s'il raisonnait juste : Je suis incrédule , et si la majorité des Français l'était aussi , il faudrait que le gouvernement fÙt incrédule; mais la majorité de la nation n'étant pas incrédule , il est légitime que le gouvernement soit catholique avec la majorité, la minorité restant libre dans son opinion. N'est-ce pas le devoir d'un bon libéral de chercher quelle ^est l'opinion du pays et de s'y soumettre, quand même cette opinion ne serait pas la sienne? Ou bien les' libéraux ont-ils la prétention d'imposer leur volonté au pays? Et si cela est, en quoi sont-ils plus libéraux que ceui: qui ne le sont pas du tout? »

Ce qufe nous âernandons, c'est que Fïltat ne se mêle que de ce qui le regarde; rien de plus. Nî État religieux, ni Ëtat philosophe, ni État croyant en Jupiter» ni État pensant en Dupuis, le philosophe auteur de V Origine des etdu$. Que l*État représente et garantisse la liberté de tous, voilà uniquement ce que nous demandons.

La solution proposée par la Presse n'est pas acceptée par le Monde, qui la repousse en ces termes :

« Qu'est-ee que l'Ë^lHe lâlire? C'est ITËglise vivant émtimcH et indépendante de l'État. Et qu'esirce que l'Etat libre? Si vous appliquez l'analogie grammaticale , vous êtes obligé de dire que , de même que l'Église libre est l'I^fise faisant ce qfu'elfe veut, l'Etat libre est l'Eut faisant ceqvil i«ut : FÉtat Hhre est l'dMolutitme de l'Eut. »

La double déânition donnée par le Mofide n'a rien qui nous embarrasse, rien qui nous intimide. Nous l'acceptons hautement. Entière indépendance de l'Église se mouvant dans son orbite sans jamais en sortir. Entière indépendance

de r£tat se mouvant également dan« non orbite, sans jamais non plus en sortir. Le jonr où l'État ne fera phis absolument que ce qu'il doit faire , que signifieront ces mots : c L'absolutisme de l'État? » Les grands mots qui ne signifient rien ne nous épouvantent pas pins que les grandes ombres sur on mur, devant lesquelles cependant se sauvent à toutes jambes les enfants.

Aux citations si conclnavles extraites du livre de M. le lieutenant--coionel Ferri-Pisani , le Monde répond :

(c L'état religieiix de FAlIemagne est une suite de son état polkiqiie. 9

Assurément. Mais quel est cet état politique? C'est la liberté. Que souhaitons-noiis en France? — La liberté, c'està-dire le même état politique. Conséquence : le même état religieux. En résiuné, le Monde rejette Tindépendance de TÉglise. Il n'en veut pas. Nous prenons acte de sa déclaration.

M. Saint-Mare Girardin pose en ces termes la double question de Rome nécessaire à la souveraineté pontificale et de Rome nécessaire à l'unité italienne :

« L'Italie a besoin de Rome ; mais c'est la France qui peut seule pourvoir à ce besoin de l'Italie. Or, si la France a autant besoin de garder Rome que Tlulie a besoin de l'avoir, queUe est des deui nécessités celle qui l'emportera sur l'autre? Où est, dira-t-on, pour la France, la nécessité de garder Rome au pape? Ici, il y a deux idées différentes qui sont en opposition. Pour l'Italie, Rome est une capitale; paur la France, Roôse àtée au pape est un gramdtroMe social; car c'est le bouleversement de la hiérarchie catholique dans toute l'Europe. L'Italie ne veut pas céder sa capitale ou plutôt eUe vent l'avoir; la France ne vent pas céder sur le maintien de la biérarcbie catholique. Pour fliire un grand plaisir à l'Italie , il fiiii* ënit q«e la France se résignAf à ub ftWÊd iroMo socml, »

M. Saint-Marc Girardin a raison : Févacnalion de Rome, gffif» antre motif que de complaire an Parlement italien,

40 iseie

serait un « grand trouble social i^, car le pape abandonné par la France après avoir été secouru par elle en 1849 serait une source d'agitation. Où se réfugierait-il? Serait-ce en lulriche, serait-ce en Bavière, serait-ce en Espagne? Qu'y ferait-il? Que ferait en France le clergé français? Se bornerait-il à renfermer en soi sa douleur et son irritation, ou les exhalerait-il ? Le pape, -abandonné par la Franco, consentirait-il à donner aux nouveaux évoques nommés par l'État aux évêchés vacants l'institution canonique? S'il la leur refusait, comme cela est à présumer, l'État trouverait-il des évoques qui consentissent à s'en passer, et, s'il en trouvait, de quelle considération jouiraient-ils ? A la mort du pape, 011 se tiendrait le conclave? De quels cardinaux se composerait-il ? De quel esprit serait animé le nouveau pa|)e ? Ne serait-il pas élu en raison même de la puissance d'agitation dont on aurait entrevu qu'il était doué ? On comprend et nous comprenons que devant ce flux en courroux ait reculé épouvanté le chef d'un Élatdonl le budget est grevé de quarante millions par an pour l'entretien du culte catholique. Déplus audacieux que lui, en apparence, s'ils eussent eu la responsabilité de l'initiative, eussent vraisemblablement reculé. Aussi longtemps qu'en France le clergé sera fonctionnaire, on peut prédire, sans risque de se tromper, que nos troupes, qui ont bombardé Rome pour y entrer, n'en sortiront pas. Elles n'en sortiront qu'après que l'État aura renoncé à l'administration des cultes et demandé à la liberté la solution qu'elle seule peut luidonner. Plus de budget des cultes, plus de difficultés, plus de « trouble social », selon l'expression réitérée de M. Saint-Marc Girardin. Alors sans doute beaucoup de questions graves et délicates se poseraient, à savoir : si les évêques seraient nommés par le pape ou s'ils seraient élus soit par le peuple tout entier, soit par une fraction du peuple ; si les curés resteraient amovibles ou s'ils cesseraient de l'être ; s'il n'y aurait pas lieu enfln de nommer un concile qui examinât, discutât, résolût toutes les questions qui jailliraient de ce retour à ce qui fut?

Et ce qui fut dura sept siècles, ainsi que le rapporte en ces termes Fauteur de Y Histoire du Droit français, M. Laferrière :

tf Pendant les sept premiers siècles de l'ère chrétienne, TÉglise ne connaissait que les lois fondamentales de la société spirituelle. »

Mais toutes ces questions se poseraient en dehors de TÉtat, au-dessus ou au-dessous de lui. Elles pourraient agiter les esprits, mais elles ne Tagiteraient pas, lui, car il serait pleinement dégagé. Il y aurait animation religieuse, mais il n*f aurait pas ^trouble social». Toutes les fois que l'État donne une liberté de plus, il a une responsabilité de moins. C'est du lest qu'il jette pour planer, c'est du lest qu'il jette pour ne pas sombrer. Ne viendra-t-il donc jamais, le jour où l'État, où la personne nationale^ comprendra que gouverner le moins possible est le plus sûr moyen de gouverner sans autre fin que l'extinction de la dynastie qui aura compris cette vérité si simple, s'il s'agit d'un gouvernement dynastique?

La Gazette de France nous interpelle en ces termes :

« Oui, c'est la difficulté, l'impossibilité de constituer au pape une indépendance vraie, sérieuse, complète, dans un État antre que le sien, qui a fait du maintien intégral des possessions du saint-siége nne question aussi grave, de la solution de laquelle dépend le principe même de la liberté de conscience des catholiques. Pourquoi cette raison seule, que connaît M. E. de Glrardin, n'engage-t-elle pas la Presse à revendiquer pour le pape tout ce que le Piémont lui a ravi, par la violence, de ses garanties d'indépendance et de liberté; de cette liberté en dehors de laquelle il n'est point de solution. »

Que la Gazette de France revendique pour le chef de l'État romain les portions dé cet État qui se sont séparées de lui ou qui lui ont été enlevées, ceci la regarde, et nous n'avons rien à y reprendre ! De sa part, cela est parfaitement logique; de la nôtre, cela ne le serait pas. De Pie IX, prince

régnant, nous ne nous enquérons pas plus que de François U, dugrand-^uc de Toscane ou du due de Modène, princes déchus. Nous n'avons rien à revendiquer, ni de ce qu'il a perdu, ni de ce qu'il pourra perdre encore. De Pie IX non plus chef d'Élat territorial, mais chef de société spirituelle, cela est différent. Au nom de la liberté de conscience, au nom du respect qui lui est dû, au nom de la liberté des cultes, au nom des garanties nécessaires à son exercice, nous demandons que pape et cardinaux, évoques et curés aient la pleine liberté pleinement assurée de se réunir, de s'associer, d'élire, d'aller et de venir, de correspondre entre eux, d'acquérir, de posséder, d'emprunter, de quêter, de parler, d'écrire, d'imprimer, de prêcher, d'enseigner. Que rÉtat soit en France et ailleurs tout ce qu'il doit être et rien que ce qu'il doit être, et l'indépendance de l'Église catholique, aussi bien que celle de toute autre Église, sera assurée par la plus sûre des garanties, par l'intérêt de tous et de chacun, libres croyants et libres penseurs, à maintenir fermement cette indépendance commune, réciproque, et à la respecter scrupuleusement. Ainsi entendue, ainsi étendue, ainsi appliquée, ainsi garantie, la liberté individuelle implique la puissance spirituelle au même titre que la puissance intellectuelle ; la foi a les mêmes droits que la science. Elle n'en a pas plus, mais elle n'en a pas moins. Pom'quoi en aurait-elle plus? Est-cequelesavant aplus de droits etplus de garanties que les autres citoyens ? Pourquoi le pape aurait-il plus de droits que le savant? Si les garanties de citoyen ne sufHsent point au pape, que le pape se joigne au citoyen pour demander que ces garanties soient complètes. La liberté y gagnera, et la religion n'y perdra rien. Devant la foi, qu'importe le pape souverain ou le pape citoyen ! PCTdant les sept siècles où le pape n'était point souverain, est-ce que la foi était moindre? est-ce qu'elle était phis diancdante?

En définitive, que demandons-nous? Rien de neuf, car nous denumdons uniquement le c retour aux lois fonda-

mentales de la société spirituelle », selon l'eipression de l'auteur de YHUUnre du Ikpoit/ramsmê.

Sans aborder la haute question de Yindépendance de l'Église, }L de la Guéronnière effleure en ces termes la question de Xmfm'tanct de l'Égliie :

« Il y « me tpÊu6nt q«i, t«tttcs les iam ^'elle descendra «taiw la politi^iiey sëpareta profondéaieat duts notre pays les ittslinels ré^t* lutionnaires ci les intérêts cooserva leurs. Celte question, c'est celle de rimportance de rÉgltse dans la société moderne. Le premier consul n'était pas un dévot; et, à cette époque, c'est à peine s'il était un croyant. Mais il avait déjà le sentiment profond des nécessités de la société politique, il ne comprenait ni les églises fermées, ni les âmes vides y ni le culte absent, ni un Dieu sans autels, ni la patrie sans Dieu.

» Le Concordai fut signé ; la république et le pape se donnèrent loyalement la main dans cette grande et nécessaire alliance de l'Église et de l'État. Les résistances s'évanouirent**. »

AssioréineRt, quand M. de la Gnéronmère écriTah ce qui précède, il n'avait pas ouvert le onzième volume de la Corredondance d& Napoléon. t% publiée par ordre de temperettr Napoléon III ^ car il y eût trouvé ce qû suit :

« Pour le pape, je suis Charlemagne , parce que, comme Charlemagne, je réunis la couronne de France à celle des Lombards, et que mon empire confine avec F Orient. J'entends donc que l'on règle avec moi sa conduite sur ce point de vue. Je ne changerai rien aux apparences , si Ton se conduit bien ; autrement, je réduirai le pape à être ETCQUE de Rome.

» Signé : NAPOLÉON. »

La date?

«r Munich, 7 janvier 1S06. »

L'adresse T

<r Au cardinal Fesch. »

Le Concordat est du 15 juillet 1801 ; la lettre qui précède

est du 7 janvier 1806; voilà donc comment les deux signataires du Concordat s*étaient « donné loyalement la main dans cette grande et nécessaire alliance de t Église et de l'État! » Voilà comment, après cinq ans, c les résistances s'étaient évanouies... »

Pour sauver Bonaparte premier consul, le journal la France n'hésite pas à jeter lestement à la mer Napoléon empereur. Voici en quels termes elle coule à fond la lettre adressée par l'empereur au cardinal Fesch, le 7 janvier 1806, et datée de Munich :

K Lorsque le Concordat fut signé, le premier consul était à celte époque de sa yie où, porté par sa grandeur personnelle au faîte du pouvoir, il s'inspirait des conditions supérieures de l'ordre social et de la combinaison de tous les éléments qui, dans sa main puissante, devaient servir à le consolider en le transformant. C'est l'organisateur qui apparaît dans cette œucre immense qu'il accomplit avec tant de prévoyance et de sagesse.

» En 1806, après tant de victoires, lorsque Temperear ne trouvait plus que l'obéissance muette devant le prestige de ses triomphes et l'omnipotence de sa dictature, tout obstacle l'irritait, toute résistance lui semblait une révolte. « Je suis Charlemagfie , s'écrlait-il , et Je réduirai le pape à être évéque de Rome, m

«L'histoire doit en effet sérieusement conserver de telles paroles, non comme un exemple, mais comme une leçon.

» Quant à nous, entre l'auteur du Concordat et du Code civil , et le maître absolu dont la volonté voulait tout courber sous sa glorieuse souveraineté : les peuples, les rois et le chef lui-même de l'Église universelle, notre préférence n'est point douteuse, et le génie du droit nous paraîtra toujours supérieur au génie de la force. »

Et à nous aussi le génie du droit nous paraîtra toujours supérieur au génie de la force; mais qu'est-ce que le génie du droit a de commun avec le Concordat de 1801 ?

Glissons sur cette question , car nous tenons seulement à prouver que le Concordat de 1801 ne garantit pas l'indépendance de l'Église, l'indépendance du pape, que le pape et

rËgiise ont donc inlérèt à Fentière séparation de FËglise et de l'Ëtat. S*il fallait à M. de la Guéronnière une autre preuve que celle que nous avons empruntée au tome XI de la Corretpandance de Napoléon I'% publiée par ordre de C empereur Napoiion III, il la trouverait dans le tome I, page 171 , des Souvenirs du comte de Narhonne, recueittie et publiés par M. VUUmain, Il y lirait ce qui suit :

« Si jb garde Roms pour mos fils, js donnirai ]\otri-Dam£ au papk. Mais Paris alors sera élevé si haut dans l'admiration des hommes, que sa cathédrale deviendra naturellement celle du monde catholique. 1»

Par celte nouvelle citation, on voit que ce qu'on nomme c la souveraineté temporelle » du pape ne gènail pas beaucoup les projets de l'empereur Napoléon I", puisque tantôt il menaçait le pape de le réduire à n'être plus que l'évêque de Rome, et que tantôt il se proposait d'en faire l'archevêque de Paris. Au-dessus du génie de la force , il n'y a que la liberté. Ayons-en donc le génie !

1" février 1863.

Mne explication a été échangée entre l'ancien ministre des affaires étrangères M. Thouvenel, et le ministre sans portefeuille M. Billault.

Qu'a expliqué cette explication? Nous avons le regret de le dire et de lui appliquer ces mots qui furent célèbres il y a quinze ans : Rien ! rien ! rien !

On peut tenir. compte et savoir gré à M. Thouvenel de ses intentions et de ses déclarations, mais de rien de plus. Entre ses actes et ceux de son successeur, par quoi donc se révèle la plus légère différence? Par rien, toujours rien. Aussi M. Thouvenel a-t-il eu parfaitement raison de soutenir qu'il n'était pas vrai qu'il eût fait < dévier > la politique de son maître 9 ainsi que l'en avait injustement accusé M. le vicomte

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de la Guéroimi^^. Oq ne fait pas déyier ce qui demeure immobite et ce qai est logiquement condamné h le rester aussi longtemps qu'on persistera à vouloir concilier deux choses qui sont incoiicdliables : la souveraineté du chef des États romains et l'aiiité de Tltalie. Entre le Nonposiumus de Home et le iVo» pammus politique de Turin, ri y a, a répondu M. Billault, < une conciliation nécessaire». L'éloquence peut dire nécessaire, mais la logique dit impossible. Et la logique est d'accord avec l'expérience. On pourra attendre dix ans, vingt ans, dans les termes où elle est posée, la question romaine ne fera pas un pas en avant, quoique M. Thouvenel ait rappelé et cité ces paroles : « Il y a urgence à ce que la » question romaine reçoive une solution définitive , car ce » n'est pas seulement en Italie qu'elle trouble les esprits, » partout elle produit le même désordre moral. « Il est des choses sur lesquelles les hommes peuvent transiger; mais il en est d'autres sur lesquelles il ne leur servirait de rien de transiger, ce sont celles qui ne transigent pas. Pour transiger, il ne suffit pas toujours d'être deux, il faut souvent être trois; il faut que la chose sur laquelle transigent les deux parties qui étaient en désaccord s'y prête. A quoi eût servi à la vraie et à la fausse mère s'adressant à Salomon de transiger en consentant à ce que l'enfant revendiqué fût partagé en deux moitiés égales, puisqu'il eût cessé d'exister? A quoi servirait au roi Victor-Emmanuel de renoncer à Rome pour capitale de l'Italie, lorsque l'Italie une ne peut absolument point se passer d'avoir Rome pour capitale? Le roi Vktor-Emmanuel peut renoncer à l'unité de l'Italie, il peut renoncer à Naples et à Florence; mais aussi longtemps qu'il conseiTcra ces deux villes, il ne pourra renoncer à la revendication de Rome, centre de gravité du corps italien. Le souverain des États romains peut avoir le sort de son voiirân François H, roi de Naples; son trône peut l'abandonner, mais il ne peut abandonner son trêne. Il faut être juste, et ne jamais demander à un autre ce que soi-même on ne ferait pas, ce que soi-même on ne devrait pas feire.

Ni le roi éTItalie ni le souverain des États romains ne peuvent ni ne doivent transiger. Aussi , ni l'un ni Tautre ne transigeront-ils. Ou la France conformera entin ses actes avec les paroles de M. Thouvenel (1) et les déclarations par kà rappelées de M. Pasquier (2), et alors le souverain des États romains ne sera plus que le chef de la catholicité; ou la France persistera dans la contradiction flagrante des paroles de ses ministres par leurs actes , et alors le roi de ritalie devra se contenter de n'être plus que le roi du Piémont et de la Lombardie , aux termes des traités de Villafranca et de Zurich. M. Drouyn de Lhuys ne réussira pas plus que M. Thouvenel à sortir de ce dilemme. Il faut que la France fasse son compte et son choix. La France, qui a 36 millions d'habitants, croit-elle qu'il lui soit utile d'y ajouter 24 millions d'alliés, et d'acquérir ainsi la pesanteur d'une masse compacte de 60 millions d'hommes? Alors, il faut qu'elle cesse d'occuper Rome et qu'elle laisse les Romains entièrement libres de changer leur gouvernement et de faire de leur ville la capitale de l'Italie, s'ils le veulent, et M. Thouvenel a déclaré qu'ils étaient unanimes à le vouloir. La France, au contraire, croît-elle qu'avant d'être logique elle doit être catholique, et qu'au prix d'aucune considération, elle ne doit renoncer au titre de Fille aînée de J'Église?

(1) <• Je n'ai jamais admit, et je n'admets pas davantage aujourd'hui, le droit dfs Italiens k réclamer Rome pour capiule; mais je ne saurais contester aux Bomaùu le droit dêtre gouvernée comme le ioni toutes les sociiiéâ modernes, et je ne nous reconnais pas celui de leur imposer indéfiniment un régime dont le grand ▼ice, pent-é(re, n'est que d'avoir vieilli, mais dont les plus catholiques d'entre nom ne voudraient pas poor enx-niémes. »

Thoovinel, Séance du Sénat du 29 juillet 1862.

(2) « Jusqu'ici , on avait connu la guerre et les conquêtes. V occupation militaire est une nouveauté que Von veut introduire dans le droit des gens. Le premier exemple en a été donné en France , et ce qui s'est passé à notre égard est une raison sans répliqae pour que nous ne puissions avouer un principe dont l'application nous a été si pénible. A ce souvenir, les sentiments nationaux se révoltent» La France, hélas! a aubi le joug de la force, mais elle nVn a jamais reconnu le droit y et ai la diplomatie française avait le malheur d'y donner les mains, elle perdrait à tout jamais sou crédit ! »

Le baron Pasqoikr, ministre des affaires étrangh'es. 1S2I.

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Alors, que M. Billault ait la franchise de l'articuler hautement, nettement. Que catholiques et lil)res penseurs. Italiens et Français, sachent désormais exactement et parfaitement à quoi s'en tenir! Qu'il cesse de faire entendre des mots qui n'ont pas de signification , car il n'est pas au pouvoir de la parole la plus habile de leur en donner. Qu'il ne parle plus de conciliation entre ce qui est inconciliable, et de transaction sur des choses où transiger est impossible! Il le sait aussi bien que nous.

10 février î8C3.

Le sixième paragraphe relatif à l'Italie a été voté par le Corps législatif après un discours de M. Billault et une réponse de M, Emile Ollivier. Disons-le, ces deux discours n'ont ni l'un ni l'autre fait avancer la question de la longueur d'une semelle. Elle en est en février 1863 où elle en était en février 1862 , où elle en était en février 1861, où elle en sera en février 1864, où elle en sera peut-être encore en février 1870! Jusqu'au jour où elle sera entraînée hors des voies diplomatiques, elle est condamnée à Fimmobililé. Il était facile de le prévoir, et pour croire qu'il en serait autrement, il fallait être doué d'illusions que nous n'avons jamais partagées , que nous avons toujours combattues.

Le discours de M. Billault a été fréquemment interrompu par des applaudissements qui ont éclaté à la fin par une triple salve; nous ne sommes point surpris qu'il ait produit cet effet. On s'attendait que M. Billault emploierait toute la subtilité de sa parole à éluder les difficultés de la situation : il les a au contraire abordées avec une netteté qu'il n'y avait jamais mise. Il est vrai qu'il n'a pu le faire qu'en engageant la politique impériale beaucoup au delà des limites indécises qu'elle avait paru tenir à garder. Dans tout le discours de M. le ministre sans portefeuille, nous ne trou-

vons à reprendre que celte seule phrase : « Qu'une combi-

> naison libérale soit trouvée , qu'elle satisfasse à la fois aux

> droits du saint-père, aux désirs de l'Italie et à la liberté

> des citoyens romains; qu'on la cherche ;ye ne la crois pas B impossible... :^ Cette combinaison, l'empereur, M. Walewski, M. ThouYcnel, M. Drouyn de Lhuys, M. Billaull lui-même, quoique ministre sans portefeuille, l'ont certainement cherchée et l'eussent non moins certainement trouvée si elle eût existé, si elle eût été possible. M. Billault sait aussi bien que nous qu'elle est impossible et introuvable; pourquoi donc avoir mis dans un discours sérieux un paragraphe qui ne l'est pas? Plus de politique philosophale ! Que de part et d'autre, il n'y ait plus que des coups qui portent! Ce n'est qu'ainsi qu'on abrège les débals et qu'on les conduit à une conclusion. Maintenant, on sait exactement à quoi s'en tenir sur la politique de la France entre Rome et Turin. M. Emile Ollivier l'a parfaitement précisée et caractérisée en ces termes : € Que le gouvernement accepte donc nettement la

> situation! S'il veut rester à Rome, qu'il y reste sans pré- » tention, avec simplicité! Qu'au lieu de nous présenter des

> espérances qui ne se réaliseront jamais, il dise : La ques- » tion romaine est close, nous resterons en 1863 à Rome, » comme en 1849, à attendre les événements dont nous nous

> déclarons inhabiles à prévoir et à diriger le cours. » Oui, la question romaine est close; oui, elle a trouvé sa

solution : c'est l'occupation indéflnie de Rome par une armée étrangère, mais aussi c'est la condamnation de la puissance du chef ^s États romains par la démonsiration de son impuissance.

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