‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 6 sur 122 · LES PRINCIPES AVANT LES FAITS · texte numérisé non relu

LES PRINCIPES AVANT LES FAITS

9 décembre 1802.

Si un principe est faux , qu'on l'écarté ; mais s'il est juste, qu'on se garde de le fausser! Les principa tgoanî InfmUl

Le suffrage universel, c'est à la fois l'égalité et la liberté du vote. Mettre des limites au suffrage universel, c'est faire mentir son nom; ce n'est plus que le stiffrage restreint Oft le suffrage universel est proclamé, chacun doit avoir le droit de voter pour le candidat qui lui platt. Cest l'opinion que nous avons constamment professée de 1848 à 1856, et que nous appliquons à la Grèce. Le protocole diplomatique de la conférence tenue h. Londres le 3 février 1830 n'est qu'un fait accidentel et qu'un intérêt secondaire qui devaient, selon nous, s'effacer devant le principe français^et le droit nouveau du suffrage universel.

Que dit l'article 3 de ce protocole?

Il dit :

c( Le gouvernement de la Grèce sera monarchique et hërëditaire par ordre de primogëniture; il sera confié à un prince qui ne pourra être choisi parmi ceux des familles régnantes datu les ÉUUs signataires du traité du 6 Juillet 1827 (France, Grande-Bretagne, Russie). »

Que disait ce Iraité?

LA QUESTION GRECQUE ftl

Udit:

« Aat. &. Ltê puliMiieet contrKStantes ne cherdieront dans en amn^ements a«cuiit aaipiMBtatfOii et territoire, «newM imjbêmoe exclushey aucun avantage de commarce pour lenra aujeta qna tmx de toute autre nation ne puissent également obtenir. »

n se peut que TélectioD du prince Alfred et la ratification de cette élection par l'Angleterre eût été pour la France et pour la Russie une contrariété momentanée d'influence; mais si cette élection est déclarée nulle , qui peut prévoir ce qu'il sortira de complications de ce scrutin annulé?

L'Europe ne s'affranchira-t-elle donc jamais de cette petite politique de rivalitéa et de susoeptibîlitéa qui a plus particulièrement ses champs de bataille à Gonstantinople , à Athènes, à Alexandrie? Qu'importe que l'influence anglaise paraisse un jour l'emporter sur l'influence russe, ou ceUe«ci sur rinfluence française, ou celle^lA sur l'influence britannique ? Laissons les Tures, les Grecs, les Égyptiens, etc., etc., faire librement leurs affaires comme ils l'entendent, et faisons exclusivement les nôtres ! Déflons-nous des diplomates qui aspirent à faire parler d'eux. Rarement ce sont les bons, et presque toujours il nous en coûte cher, très-cher ! Les forts sont calmes, ils ne s'agitent pas. L'intervention diplomatique ne vaut guère mieux que l'intervention arnoée, à laquelle elle finit trop souvent par conduire*

< Peuple est mattre chez lui » est un principe qu'on ne saurait trop respecter, aussi bien & Athènes, à Bucharest, à Gonstantinople, h Mexico, qu'à Berlin, à Londres, à Saint- Pétersbourg, à Vienne. L'influence d'une grande nation est dans la sagesse de ses lois, la plénitude de ses libertés, l'essor de sa prospérité et Tordre de ses finances.

11 déceailMre iS«}.

Les prineipes avant k$ faiu! nous étions^nous empressé de déclarer dès qu'il fut question de Tétection d'un roi au trône

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de Grèce par le suffrage universel, sans nous arrêter au nom du candidat, que ce fût le prince Alfred, le duc de Leuchtenberg ou tout autre. Entière liberté du vote, à la seule condition qu'il soit sincère, avons-nous dit. Notre voix a eu le sort de la voix dlsaïe. Nous nous y attendions. Les faits avant les principes! telle est la politique du journal la France^ la politique précisément opposée à celle de la Presse. Nous l'eussions laissée passer sans rien dire, si la France n'entreprenait pas de la justifier en ces termes :

n Le suffrage universel a parlé à Athènes. Le prince Alfred est élu. L'opinion, dit la télégraphie, persiste dans son choix et espère que le principe de la souveraineté nationale finira par surmonter tous les obstacles diplomatiques.

» Ceci est grave. Que la souveraineté nationale fasse son œuvre dans une question intérieure, c*est possible; mais qu'elle prétende s'imposer aux puissances étrangères et leur dicter une politique quel-^ conque, c'est ce qu'on admettra difficilement. A ce compte, en effet, la llus»ie, la France et l'Angleterre auraient beau avoir conclu un traité, elles auraient beau en vouloir loyalement continuer l'application, les volontés du petit peuple grec suffiraient à débire l'œuvre européenne des puissances, et à remettre sur le tapis des questions depuis longtemps résolues et si dangereuses à faire revivre I »

Les raisons que donne la France pour restreindre le droit des Grecs d'élire le roi qu'ils veulent sont, presque mot à mot, celles qui sont consignées dans le procès-verbal des conrérencesdu 12 mai 1815. Dans ce procès-verbal, il est dit : cLa > question à examiner par les puissances se réduit aux termes » suivants : Le consentement réel ou factice, explicite ou ta- » cite de la nation française au rétablissement du pouvoir » de Bonaparte peut-il opérer, dans la position de celui-ci » vis-à-vis des puissances étrangères, un changement légal » et former un titre obligatoire pour les puissances? La » commission est d'avis que tel ne peut point être l'effet » d'un pareil consentement, n

Si, en 1848 et en 1852, les puissances signataires des traités de 1814 et de 1815 se fussent opposées, en vertu de ces traités, à l'élection à l'Assemblée constituante des princes portant le nom de Napoléon, à la nomination du

prince Louis à la présidence de la république et plus tard à son rétablissement sur le trône sous le nom de Napoléon m, qu*eussion^nous dit? ou plutôt que n'eussions-nous pas dit contre le droit des traités et en faveur du droit des peuples, que nous n'eussions pas manqué de qualifier de droit antérieur et supérieur? Eh bien, que fait la France? — Elle prend la défense des traités de 1815, qui. excluent à perpétuité Napoléon et sa famille « du pouvoir suprême en » France, laquelle exclusion les puissances coniraclantes » s'engagent à maintenir en pleine vigueur, et, s'il était » nécessaire, avec toutes leurs forces. »

13 décembre 1862.

La France répond à la Presse, qui avait pris la défense du suffrage universel à Athènes contre le suffrage resireint par des traités caducs :

n C'était aux puissances à présenter, >» 1853 cm «» 1848, des observations en vue du maintien des traités. Mais, sans aborder cet ordre d'idées, doiis dirons k M. de Girardin :

» 1^ Le droit de la Grèce est absolu; c'est là un principe que nous soutenons comme lui;

» V* Les puissances sont liées entre elles par un traité; ce traité ne porte aucunement atteinte au droit des Grecs,. mais il lie les puissances. M

Une telle réponse, certainement, ne sera considérée comme sérieuse par aucun de ceux qui la liront.

De celle réponse, de cet aveu, il résulte que si les quatre puissances alliées, signataires des traités qui portent la date des 11 avril 1814 et 20 novembre 1815, avaient protesté en 1848 contre l'élection du prince Louis à la présidence de la république française, et, en 1852, à sa nomitiation comme empereur des Français sous le nom de Napoléon III, ces quatre puissances, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie, en auraient eu le droit, et qu'elles ont eu tort s

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c dUs n'<ml pm préfenU m 1852 ou m 1S48 tks 0bi€rvutimu it ênwteiu mm9Ui€n d$ e^ trûUés, »

La France ajoute :

f La Grèce peut choisir le prince Alfred , fe dac de Leucbteiibeii^ OH un prince fraBçaii, c*eel son droit* Mais ce droit pont-il aller, ce principe peut-il s'étendre jusqu'à violenter ua autre peuple, et roicu tffi prince anglais ou mime russe à être roi malgré lui? »

Nous sommes presque humilié d'avoir à répondre à uo pareil point d'interrogation.

Est-ce que nous ayons jamais demandé qu'aucun prince anglais, russe, français, allemand pu portugais, fût forcé d'être roi de Grèce ou roi des Grecs malgré lui? Est-ce qu'en 1848 le prince Louis, nommé plusieurs fois et dans plusieurs départements, représentant du peuple, a été forcé de siéger fnalgré lui à l'Assemblée constituante ? En vérité, des objections de cette nature et de cette force ne devraient ni être réfutées ni même être relevées, si elles ne servaient à démontrer que l'éclat du talent est impuissant à masquer la faiblesse qui a pour cause l'absence de principes.

Voici notre principe à nous : c'est que partout où« à la suite soit de l'extinction, soit de l'abdicatign, soit de l'expulsion d'une dynastie régnante, le suffrage univereel est devenu la base du droit nouveau d*un peuple, ce droit nouveau abroge virtuellement toutes dispositions du droit ancien qui lui sont contraires*

En conséquence de ce principe, nous avons demandé ^ nous demandons que l'article 3 du protocole du 3 février 1830 et l'article & du traité du 6 juillet 1827 ne lient pas plus la Grèce en l'année 1862 que les traités du 11 avril 1814 et du 20 novembre 1815 n'ont lié la France en 1848 et en 1852 ; nous demandons que ie droit nouveau soit un» et sans distinction, entre la Grèce et la Fraace, entre un petit peuple et un grand.

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