‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 52 sur 122 · L'UNITÉ DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

L'UNITÉ DE L'ALLEMAGNE

Bade, 10 Mptembre 186».

L'unité dd l'AUemagne, mot que j'entends résonner îd à

mes oreilles soixante fois au moins par heure , est une chimère.

L'unité de l'Allemagne ne serait possible que dans l'une . de ces trois alternatives :

Premièrement, si la Prusse avait pour souverain un nouveau Frédéric II, un grand capitaine qui battit l'empereur d'Autriche, le roi de Bavière, leurs confédérés, et qui les chassât tous de leurs États pour s'en emparer;

Deuxièmement, si l'Autriche était gouvernée par un conquérant heureux qui défit le roi de Prusse, ses confédérés, et annexât leurs Ëtats aux siens ;

Troisièmement, si une révolution générale triomphait à Berlin , à Vienne , à Dresde , à Munich , enfin dans toutes les villes importantes delà Confédération, et y déposait les souverains régnants pour les remplacer soit par un empereur d'Allemagne, soit par un président des États-Unis germaniques.

Une de ces trois alternatives est-elle probable ?

Il suffit de les énoncer : elles se réfutent d'elles-mêmes, du moins aussi longtemps que régneront, en Autriche, l'empereur François-Joseph , et, en Prusse, le roi Guillaume.

'L'unité impériale ou fédérale de l'Allemagne impliquerait, sinon l'unité administrative, tout au moins l'unité suprême, l'unité de commandement militaire, l'unîté de drapeau.

Lorsqu'on est témoin, comme je le suis ici , de l'opini&tre

L'UNITÉ DK L'ALLEMAGNE S39

réâstanoe qne rencontre en Allemagne Padeption de Ttimté la plus ample, la plus soahailable et la plas sonliaitée, je Tenx parier de runité de dénominationB, de dmâons et de types des momuies — toat en laissant subsister la diTerailé des effigies impériales, royales , grand- ducales , ducales, prindëres — comment peat^m se bercer de l'espoir et de nUiimn exprimés par ces mots : l'uhité m L'ALLEMAeirB?

AUemands, qui prononcez si souvent ces mots , descendes donc des nuages , sortez donc du Tsgne , précisez donc votre pensée, diteannoi donc par l'unité de F Allemagne ce que tous mtendez 1

Entendez-vous que les trente<iiiatre États dont se compose la Contëdéralion germanique renonceront tons à leur autonomie politique, hormis un seul? Entendez*yous qu'ils n'auront tous qu'un même souverain, qu'un même parlement, qu'une même année , qu'nn même drapeau , qu'une même niarine, qu'un même pavillon, qu'une même dette, qu'une même législation, que les mêmes monnaies et que les mêmes poids et mesures, etc., etc.?

Si ce n'est pas cela que vous entendez par l'unité de rAlieraagne, dors qu'entendez-vous? Dites4e.

L'unilé est, ou die n'est pas. Elle ne saurait exister à demi.

Ce mot : unité, traduiraii-il inexactement votre pensée? tKiTB ne serait-il pas ce que vous voulez dire ? union, serait-il ce que vous vouiez exprimer?

Par union, alors je vous demanderai égalemmt ce que Tons entendez? Dsles-ie. — Ckmfédération germanique, de* puis vingt-dnq ans, vous n'Mes pas même encore parvenue à réaliser pleinement Tunion doomière !

L'union diffère de l'unification aboutissant à l'unité, en ce que l'union peut s'acccmiplir sans porter ancune atteinte à l'autonomie existante d'aucun État, si petit qu'il soit. Mais d'oVdinaire, quaid on cf unit, c'est dans on but. Quel serait le but de l'union de l'Allemagne? et, œ but avoué, quels seraient les moyens de TatAeindre ?

Point de réticences! point d'arrièrfrpensées ! point de

340 lfil«S

mots vides de sens! point de mensonges maladroits! point de masques inutilement imposteurs! Si Ton a une pensée, et qu*on soit un grand {tat, pourquoi s'abaisser à' la déguiset? pourquoi ne pas oser la dire ouvertement, cette pensée dépassÂt-eÛe la prudence et allàt-elle jusqu'à là défiance ?

En vertu du principe : L'union fait U farce, F Allemagne s'unirait*elle, parce qu'elle projette une attaque contre un puissant État , ou parce qu'elle prévoit qu'elle aura à repousser de sa part une agression î II n'y a que deux puissants États contre lesquels l'Allemagne puisse songer à s'unir : c'est contre la France ou c'est contre la Russie; ce ne saurait être contre l'Angleterre»

Si c'était contre la Russie, l'Allemagne n'eût pas laissé échapper l'occasion propice que l'insurrection persistante de la Pologne lui offrait de relever et de replacer entre elle et l'empire russe le boulevard de 1772; l'Autriche, dans l'intérêt de sa défense, se fût empressée de restituer la Gallicie et l'État de Gracovie; la Prusse, dans le même intérêt de conservation , se fût bâtée de rendre le grand-duché de Posen... Dès que l'Autriche et la Prusse n'ont pas pris cette initiative, prescrite par la logique, c'est évidemment qu'elles ne considèrent pas que le péril contre lequel il s'agit de s'unir vienne du cêté de la Russie.

Ne nous abusons pas : l'union défensiye ou agressive de l'Allemagne n'a évidemment et uniquement de raison de se former que contre la France; de même qu'alors que l'Angleterre arme à si grands frais toutes ses côtes, ce n'est point pour se défendre ni contre la marine russe, ni contre la marine américaine , encore moins contre la marine autrichienne ou prussienne.

Quand les faits parlent si clairement d'eux-mêmes, pourquoi ne pas s'en tenir exclusiv^nent aux faits? Pourquoi donner de préférence la parole aux hommes, qui ne la prennent que pour déguiser leur pensée et voiler l'évidence ?

Quelle satisfaction éprouve-t-on à paraître réciproquement dupes? Je dis paraUre, car réellement des deux parts per-

Page 1