LA CHUTE D'UN ROI
at décembre 1861.
Moiénr les peuples au lien de les exciter, et rassurer les gouvernements an lieu de les effrayer : telle est k ligne politiqoe, disons-le, qne nous essayons de tracer dans la Prttm, k la place de Pomière qui y était creusée sous le nom de Kéfolution incessamment invoquée, inconsidérément glorifiée ; tenir d'une nnin ferme et juste la baknee entre tous les partis sans appartenir à aucun ; lesrapprier tous îmdiah tinetement à la logique lorsqu'ils s^en écartent volontairement ou invdontairement; ne jamaishésiter entre l'erreur, KM-^e ancienne et propice, et la vérité, fiûtt-elle neuvelle et contraire; préférer toujours les principes anxconsîdéirationi qui en sont le tombeau, l'idée juste an lieu connnun, la règle qui exclut l'exception à l'exception qui détruit la rè^e, rintérét du nombre le plus grand à ^intérêt du nombre It plus petit ; n'avoir pas deux poids, l*un pour les faibles et Fantre pour les forts, Ton pour les partis et l'autre pour les gouvernements; faire succéder enfin l'eqMrit de progrès à resprit de révohition : voici la t&cbe que nous nous sommes partagée entre quelques-uns et que nous essayons d'accomh pKr dans la mesure de nos forces trop étroitement bornée^ nous le reconnassons et nous le regrettons»
Certes, ce ne serait pas nous, en eussions-nous eu le pouvoir, qui eussions poussé les Grecs & chasser le roi qu'ils avaient pour en aKer mendier un en Angleterre, en Russie; en Portugal, dans le diiché de Nassau on dans le gràndduchê de Bade. Le roi Otbo|i n'avait pas d'enfants, et la mortalité étant une loi à laquelle les tètes couronnées n'é^ ehappent pas plus que les lètes couibées sous le joug du travail, la royauté s^éteignait d'elle-même dans la personne du roi'Otbon. Pourquoi donc n'avoir pas eu la patience de Iswser la royauté déteindre ainsi ? Où donc est la garantie que le roi qu^s auront élu vaudra plus que le roi qu'ils ont
détrôné? Eussent^ils licurcuscment choisi, où donc est la garantie que le fils qui succédera au père lui ressemblera? Peut-être nous accusera-t-on, en nous entendant nous exprimer ainsi, d'être plus royaliste que les rois, qui, maintenant, admettent que le triomphe de* Tinsurrection constitue le droit de révolution. Peu nous importe! Nous sommes payé pour nous défier des libertés conquises et pour leur préférer les libertés acquises, si lentement et si petitement que ce soit. Tout par la force immatérielle, c'est-à-dire par la science appliquée; rien par la force matérielle, c'està-dire par la violence glorifiée. Reconnaissons-le, puisque c'est la vérité démontrée par 'l'histoire : les révolutions sont un jeu où les peuples ne gagnent pas ce que les rors y perdent. Les rois y perdent la souveraineté, les peuples ne l'y gagnent pas ; ils y perdraient la liberté, s'ils l'avaient ! Ils ne sauraient donc trop se défier de ce prétendu droit de révolution qui est entré dans le droit moderne, et devant lequel s'agenouillent dévotement à Tenvi diplomates arriérés et journalistes avancés. C'est un droit imposteur qui ne soutient pas l'examen. Ce droit, à l'usage des rois nouveaux qui remplacent les rois détrônés, consiste à déclarer et à reconnaître que les rois élus sont des mandataires; s!ils étaient des mandataires, les mandants auraient à toute heure le droit de révocation; si, en en ayant le droit, les mandants en avaient le moyen, ce serait alors, nous en convenons, l'application utile au droit politique d'un texte consacré du droit civil ; mais qu'est-ce qu'un droit qui n'a pas le moyen de s'exercer? Qu'est-ce qu'un droit qui n'a pas de sanction? Qu'est-ce donc que le droit populaire opi)osé au droit divin ? En quoi l'un diffère-t-il essentiellement de l'autre ? Est-ce que le peuple mandant, le peuple souverain, a pour révoquer les rois mandataires un autre moyen que le peuple inféodé, que le peuple sujet pour détrôner les rois séculaires ? Est-ce que ce n'est pas toujours en y risquant sa vie et en demeurant le plus fort qu'il les détrône et qu'il les révoque? Si juste que puisse être une révolution dans sa cause et dans ses
actes, elle est toujours un fait, elle n'est jamais un droit, puisque c'est le peuple se faisant justice par la force et étant à lui-même son propre juge.
Ce que devraient faire partout les journalistes s'ils aspiraient sincèrement à la liijcrté de la presse, ce serait de rassurer les gouvernements en modérant les peuples. Nul doute que si les journalistes, qui se disent si puissants, y parvenaient, les gouvernements les plus réfractaires aux progrès de la civilisation ne Unissent par se réformer d'eux-mêmes, malgré eux-mêmes. Tous, un jour, et peul-êlrc ce jour serait-il moins éloigné qu'on ne pense, car parfois la clarté se fait tout d'un coup; tous, un jour, finiraient par comprendre que le savoir est appelé à prendre la place du pouvoir, et qu'ils n'ont plus d'autre rôle à remplir qu'un rôle analogue à celui de secrétaire perpétuel d'une Académie des sciences morales et politiqiuîs. Si les peuples ont tout avantage à être de moins en moins gouvernés, est-ce que les rois n'ont pas aussi tout inlérêt à gouverner de moins en moins? Est-ce qu'ils n'y gagneraient pas en stabilité tout ce qu'ils y auraient perdu en responsabilité ? Est-ce que la liberté, qui est l'activité des peuples, n'est pas le repos des rois? La preuve de la vérité de ce que nous avançons, c'est que la forme de gouvernement sous laquelle, jusqu'à ce jour, les peuples ont été le plus libres est aussi celle sous laquelle les rois ont eu le moins à faire? Qu'est-ce qu'ont à faire la reine Victoria el le roi Léopold? Qu'est-ce que font Leurs Majestés? — Rien. Et n'est-ce pas là leur souverain mérite ? Raisonnons dans l'hypothèse contraire ; admettons qu'elles fassent tout ou prci^que tout. Combien de temps régneraient-elles? ou plulôt, depuis combien de temps auraient-elles déjà cessé de régner ?
De même que les Compagnies d'assurance contre l'incendie ne manquent jamais de profiter de ce qu'un grand édifice vient de brûler pour augmenter leur clientèle, profitons de la chute du roi Othon, de ce sinistre monarchique, profitons de l'embarras du peuple grec, de ce mécompte populaire,
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pour montrer aux peuples et aux rois qu'ils auraienl, les uns et les autres, tout avantage à former entre eux une assurance mutuelle contre le risque de révohiti(»i : les rois assurant lair royauté par la liberté, les peuples assurant leur 13>erté par la royauté.
Cest la peur des révolutions qui ralentit, qui arrête l'essor des idées; la civilisation anrait donc tout à gagner à ce que la rérolution lui cédât la place. Ce siècle a déjà vu beaucoup de chutes de rois ; les peuples n'auraient pas à regretter que celle du roi Othon fût la dernière, si partout désormais la royauté n'était plus que ce qu'elle devrait être :
La liberté couronnée.