‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 60 sur 122 · LA PAROLE SANS L'IDÉE · texte numérisé non relu

LA PAROLE SANS L'IDÉE

19 octobre 1863.

Des hommes! des hommes! tel est le cri que répète la Nation, écho de la voix publique.

Oui, sans doute, il faut des hommes; mais des hommes qai parlent ne suffisent plus, il faut des hommes qui aient une politique , et une politique qui ne soit pas surannée, une politique qui soit en accord avec le progrès des sciences appliquées au perfectionnement de tous les moyens de communication des peuples entre eux, une politique qui tienne compte de ce que l'Europe n*est plus en 1863 ce qu'elle était il y a cinquante ans, en 1813; une politique qui ne flotte pas et qui ne se contredise pas au gré de tous les incidents. Voyez l'Angleterre ! les ministres s'y défendent eux-mêmes. A la Chambre des lords, à la Chambre des communes, ce ne sont pas les orateurs qui manquent... Eh bien! que vous semble de lord Palmerston et de lord John Russell? Trouvezvous que ce soient des hommes? Les dépêches de lord Russell sont-elles supérieures et mieux accueillies que celles de M. Drouyn de Lhuys? Les discours de Blairgowrie, plus vides encore que les verres vidés, discours répétés, commentés par toutes les gazettes de l'Europe, ont-ils laissé après eux une trace qui pût servir à sortir du labyrinthe de la question russo-polonaise? Oui, la parole est nécessaire, mais elle ne suffit plus; il faut y ajouter l'idée. On se passerait plus facilement encore de la parole sans l'idée, que de l'idée sans la parole.

Vous qui demandez à grands cris et à gros titre : Des hommes! des hommes! ajoutez donc : qui aient des idées. Une seule suffirait si elle était juste... mais encore en faut-il une.

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