LE GOUVERNEMENT
Le gouvernement a une majorité cooipacte, considérable» immense. Ce qui peut, ce qui doit l'inquiéter, ce n'est donc ni le vote de l'adresse par le Sénat et le Corps législatif » ni le vote d'aucun de ses projets de loi. D'où vient cependant qu'un si- vif intérêt s'attache, plus particulièrement encore cette année, à l'ouverture des débats législatifs? C'est qu'il ne suffit plus d'avoir le nombre pour soi, c'est qu'il faut encore avoir raison, et que les esprits anxieux attendent impatiemment ces débats pour y trouver la pensée du gouvernement et savoir enfin s'il a ou s'il n'a pas une politique.
Redoutable point d'interrogation !
Pour quiconque regarde et voit distinctement au loin le règne des majorités, le règne des scrutins tire à sa fin; le temps approche où l'on ne mettra plus aux voix la solution des questions, où Ton cherchera cette solution dans la question elle-même, et non plus au fond d'une urne dans laquelle la solution n'est jamais; le temps approche où ce mode, marqué au coin de Tignorance, sera abandonné pour faire place à la méthode à laquelle la science doit toutes ses découvertes, tous ses progrès; le temps approche où l'on n'osera plus s'exposer au risque honteux de faire voter par quatrevingts Ptolémées contre vingt Galilées que la terre ne tourne pas, et que soutenir qu'elle tourne est une proposition « souverainement ridicule! » Alors, il n'y aura plus de scrutin que d'ans les cas où il aura sa raison d'être et de subsister ; où il s'agira, non des choses, mais des personnes; où il s'agira d'élection, où il s'agira de choisir tels individus à rexdusion de teb autres. Les hommes, même ceux qui sont à la recherche de la vérité, ont beau s'égarer à la
suite, elle ne s'égare jamais avec eux. La vérité demeure toujours la vérilé.
Si ce que nous venons d'écrire était faux, comment expliquerait-on que le gouvernement eût pris toute la peine qu'il vient de se donner pour opposer à MM. Berryer, Favre, Marie, Ollivier, Picard et Thiers, MM. Chaix d'Est- Ange, de Porcade la Roquette, de Parieu, Rouher, Rouland et Vuitrj' ? Il lui eût sufti de laisser s'éteindre systématiquement dans le silence, faute de contradicteurs, les discours de l'opposition et de dire à sa majorité : Votez !
Si nous nous appesantissons sur ce point, c'est qu'il est fondamental, c'est qïi'il montre l'inutilité, la stérilité, la puérilité de ces luttes électorales où se consument tant d'efforts, où se commettent tant d'abus.
II est certain qu'aux élections dernières, de très-nombreux abus et de très-regrettables pressions ont eu lieu. Qu'est-ce que le gouvernement y aura gagné? quekpies députés dévoués de plus, quelques députés opposants de moins. Eu vérité, cela valait-il tout le bruit au prix duquel le gouvernement aura acheté ce résultat insignifiante Gela valait-il de s'entendre dire en face tout ce qui va lui être dit? Cela valait-il de s'exposer à ce qu'on lui reprochât que le suffrage universel dans les communes rurales et même dans les villes ne fût pas la liberté électorale, l'indépendance du vote?
Laissons à l'écart toutes les exagérations. M. Billault n'était pas le grand orateur; il n'avait pas reçu en naissant le don de l'éloquence; il avait le talent de la parole, il n'en avait pas le génie ; et le talent qui s'acquiert est au génie qui ne s'acquiert pas ce que le marbre factice est au marbre naturel, ce que la perle fausse est à la perle fine : il n'en est que l'imitation plus ou moins parfaite. M. Billault brillait précisément par ce qui lui manquait: il brillait par l'absence de passions, par l'absence de convictions. La très-grande qualité qu'il possédait, c'était de se posséder pleinement, de n'être pas irritant, de n'être pas provocateur. Cette qualité, ses successeurs l'auront-ils ? l'auront-ils au même degré ?
et s'ils ne l'ont pas, s'efforceront-ils de Tacquérir ? Sous la parole de M. Billault, le débat ne se passionnait pas, il s'apaisait; il ne s'élevait pas, mais il s'accélérait. Nous avons dit qu'en le perdant, le gouyernement avait fait une irréparable perte. On verra si, en portant ce jugement, nous avons dépassé la limite du vrai.
Après la mort soudaine, prématurée, imprévue de M. Billault laissant yacant le ministère d'État, qu'avait à faire le gouvernement? Il avait à choisir entre deux partis :
Un parti, qui eût consisté à supprimer le ministère d'État, du moins tel que l'a fait le décret du 23 juin 1863, et à rentrer strictement dans les termes de l'article 51 de la Constitution; M. Rouher donnant sa démission de sénateur, gardant son entrée au conseil des ministres, son rang de ministre, mais n'en prenant plusse titre et remplaçant celui de présidant le conseil d'État par celui de président du conseil d'État; M. Rouher assisté de M. de Parieu, ancien ministre et vice-président actuel; M. Rouher ayant la liberté de choisir entre* 48 conseillers d'État en service ordinaire, 15 conseillers d'État en service Ordinaire hors sections, 20 conseillers d'État en service extraordinaire, et 40 maîtres des requêtes, ensemble 123, les plus capables, selon les questions, de porter la parole et de les traiter avec autorité et savoir.
Un autre parti, qui eût consisté à faire ajouter par la voie d'un sénatus-consulte à l'article 44 de la Constitution, après cette disposition : « Les minisires ne peuvent être membres 9 du Corps législatifs, ces mots : « Ils ont leur entrée au Sénat
> et au Corps législatif. Ils sont entendus toutes les fois qu'ils le
> défirent et peuvent se faire assister par des commissaires nommés » par un décret de l'empereur. > C'eût été le retour à l'article 69 de la Constitution républicaine de 1848, et ce n'eût pas été le retour à l'article 12 de la Charte constitutionnelle de 1830. Aucune atteinte, même indirecte, n'eût été ainsi portée à la Constitution de 1852 et à ses deux articles 5 et 13, auxquels on prétend que l'empereur attache personnelle-
ment une importance que, ajoute-t-on, il ne souffrira jamais qu'on entame.X*addition de ces quelques mots eût rendu au chef de TÉlat la faculté et la facilité dont il avait été en pleine possession du 20 décembre 1 848 au 2 décembre 1 85 ! . En vertu de cette faculté et de cette facilité, il eût pu opposer à MM. Berryer, Darimon, Favre, Marie, OUivier, Pellctan, Picard, Simon, Thiers ; il eût pu opposer MM. Baroche, ministre de la jusiice; Behic, ministre du commerce et des travaux publics ; Boudet, ministre de Tintérieur; Chasseloup-Laubat, ministre de la marine; Drouyn de Lhuys, ministre des affaires étrangères; Duruy, ministre de l'instruction publique; Fould, ministre des finances, et enfin M. Rouher, président du conseil d'État, avec toute sa réserve composée de cent vingt-trois conseillers d'État et maîtres des requêtes, parmi lesquels il n'y aurait eu que l'embarras du choix. Il eût pu rappeler au ministère d'État M. Fould, et au ministère des finances M. Magne.
Mais là, selon nous, n'eût pas dû s'arrêter le changement. Les circonstances étant ce qu'elles sont, nous eussions été d'avis qu'on le poussât plus loin; nous eussions été d'avis de tenter une diversion à l'extérieur par l'intérieur, une diversion qui pût devenir une transition en appelant au ministère de l'intérieur un homme nouveau qui y apportât des errements nouveaux.
L'un des premiers actes de cet homme nouveau apportant des errements nouveaux eût dû être de s'entendre avec le président du Corps législatif pour que la nouvelle majorité législative cassât impartialement dans ses bureaux toute élection qui lui eût paru douteuse, toute élection qui lui eût paru entachée de fraude, tonte élection qui lui eût paru avoir été faite sous le coup de l'intimidation administrative.
Contre une majorité procédant de la sorte à sa propre épuration, et aussi soigneuse de son honneur que la femme de César, selon la belle et neuve image de M. Louis Jourdan, contre un gouvernement encourageant hautement la majorité dans celte voie sans précédents, quels discours eussent pu faire l'opposition et ses plus redoutables orateurs ! Aucun.
Une seule séance, une séance sans discussion, eût alors suffi à la Térification de tous les pouvoirs. L'annulation des élections invalidées eût nécessairement impliqué comme conséquence la révocation des préfets ayant commis des excès d'autorité. Tant mieux! car cette révocation et le choix judicieux de leurs successeurs eussent tracé la voie nouvelle qu'il s'agit d'ouvrir, et commencé la diversion dont rheure nous parait avoir sonné.
Il n'y a plus à hésiter, il n'y a plus à tergiverser, il n'y a plus à reculer, il faut que le gouvernement opte entre la politique dont YOpinion nationale est le guidon et la politique dont la Presse est la bannière; entre la politique de la guerre aboutissant indirectement, comme après 1859, à l'annexion , et la politique de la paix aboutissant inévitablement, un peu plus tôt, un peu plus tard, à la liberté; entre la politique de diversion à l'intérieur par l'extérieur et la politique de diversion à l'extérieur par l'intérieur, selon ce programme tracé de main de maître, de la main du maître : < Il n'y a » jamais eu chez les peuples libres de gouvernement assez » fort pour réprimer longtemps la liberté a l'intérieur sans » donner la gloire au dehors. » (I)
La politique de diversion de la liberté a l'intérieur par la GLOIRE AU DEHORS a l'avautage sur la politique contraire, nous le reconnaissons, d'être plus facile; il lui suffit d'avoir deux choses : des soldats, des soldats et encore des soldats; de l'argent, de l'argent et encore de l'argent. Elle peut se passer de savoir et d'idées, elle n'en a pas ])esoin. Elle a une raison sans réplique pour ajourner la solution de toutes les questions politiques, de tous les problèmes sociaux : cette raison c'est la guerre, pendant laquelle il parait tout simple qu'on ne pense qu'à poursuivre le cours de ses victoires, si l'on en a remporté, qu'à réparer ses revers, si l'on en a essuyé. Mais si la politique de diversion à l'intérieur par Texlérieur est plus facile , elle a des périls que n'a pas
(1) OEuvret de Lonis'Napoléou Bonaparte, lome U, p. 100.
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la politique de diversion à l'extérieur par Tintérieur. Celleci, nous Tavouons, n'est pas sans difficultés, mais elle est sans dangers. D faut étudier les questions, il faut les approfondir, il faut les résoudre, il faut savoir faire naître l'émulation, et par elle attirer à soi les hommes les plus capables.
C'est avec raison qu'uîl grand esprit, M. Guizot, a appelé la guerre le jeu de la force et du hasard ; mais plus cette définition est juste et moins nous comprenons qu'on puisse hésiter entre la guerre et la liberté qui, seule, peut fonder un empire jusqu'à extinction de dynastie.
Que ceux qui souhaitent, même au prix d'une troisième invasion, une nouvelle restauration de 1815; que ceux qui souhaitent le retour de la monarchie de 1830, ou le rétablissement de la république de 1848, poussent à la guerre l'empire, cela s'explique; mais que ceux qui en doivent le plus désirer l'affermissement le poussent à mettre en question la paix de l'Europe tout entière avec des amis douteux et des ennemis certains, cela ne s'explique pas, cela ne peut s'expliquer. C'est de l'avenglemenl.
Gomment les guerres commencent, on le sait; comment elles finissent, on ne le sait jamais. Se rappeler la fin du règne de Louis XIV et la fin du règne de Napoléon I**.
Si, en 1852, la France, après avoir fait à l'intérieur le coup d'État du 2 décembre, en avait fait immédiatement un second à l'extérieur; si au nom de Waterloo, qui n'avait pas été vengé, elle s'était, par un hardi coup de main, rendue maîtresse de toutes les enclaves placées entre elle et le Rhin, enclaves qui lui appartinrent longtemps; ou si, après 1859, elle eût résisté à la tentation de s'annexer les Alpes- Maritimes, la Savoie et la Haute-Savqie, peut-être une guerre pour l'indépendance de la Pologne pouvait-elle n'être qu'une courte expédition entreprise sans de trop graves périls; mais aussi longtemps que la France ne sera pas rentrée en possession de la rive gauche du Rhin et n'aura pas fermé la parenthèse qu'elle a ouverte le 12 juin 1860, l'Europe défiante, l'Europe se souvenant de la lettre du
19 janvier 1814, signée Gaulai ncoiirt(l], ne croii-a jamais que la délivrance de la Pologne soit Tunique et véritable but de la guerre. Si la guerre éclatait, quelque engagement que prît la France de ne pas s'écarter du but avoué , il faudrait donc s'attendre et à toutes les complications que l'Allemagne et l'Angleterre pourraient susciter, et à toutes les coalitioJls qu'elles pourraient nouer.
Il est facile d'aligner de grandes phrases contre l'esprit pacifique et en faveur de la solidarité humaine, mais il est moins facile d'étouffer des défiances que le passé autorise, alors surtout qu'il s'agit d'une puissance aussi ombrageuse que l'Angleterre et d'une autre puissance aussi vindicative que l'Autriche.
C'est là un péril grave, très-grave, que le gouvcniement fera sagement de peser dans ses balances avant d'ouvrir les débats du Sénat et du Corps législatif. Si ce péril ne doit pas l'arrêter, qu'il le proclame hautement; mais si ce péril doit le retenir, qu'il l'avoue franchement !
Si c'est LA GLOIRE AU DEHORS qui doit l'emporter sur la LIBERTÉ A l'intérieur, sachôns-lc pour nous y résigner. Si , au contraire, c'est la uberté a l'intérieur qui doit l'emporter sur LA gloire au dehors, sachons-le pour nous en féliciter et la défendre contre tous ceux qui tenteraient de la diffamer.
Ce que demandent tous ceux dont le programme se résume dans ces cinq mots : paix et liberté en Europe, c'est moins encore la paix que la vérité.
(1) « Paris, 19 janmr 1814.
■ La chose sar laquelle l'empereur insiste le plus , c'est la nécessité que la France conserte ses limitbs katurbllbs; c'est la condition siMB qoà mon. Toutes les pui&sances, l'Angleterre même, ont reconnu ces limites à Francfort. La France, réduite à ses limites anciennes, n*anrait pas anjourdlini les deux tiers de la puissance relative qu'elle avait il y a vingt ans. Ce qu'elle a acquis du càii du Rhin ne compense point ce que la Russie, PAutriclie et la Prusse ont acquis par le démembrement de la Pologne. Tons ces États se sont agrandis : vouloir ramener la France ^ son état ancien, ce serait la faire déchoir et l'arilir. La France, sans les départemenu du Rhin, sans la Belgique, sans Osiende, sans Anvers, ne serait bikn...
• Signé : cavLAincocaT, duc de Viance. *
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16 juin 1863.
PAIX ET LIBERTÉ EN EUROPE '. ces cinq niots renferment toul un programme. En France, sera-ce le gouvernement, sera-ce Topposition qui Fadoptera? Nous préférerions que ce fût le gouvernement, car nous faisons autant de cas des actes que nous en faisons peu des paroles, fussent-elles imprimées et converties en articles de journal.
Ce programme résout toutes les questions, sans même en excepter celles sous lesquelles s'émousserait le compas, promené, avant ou après une victoire, sur une carte d'Europe par la main la plus habile ou la plus hardie.
Ce qui, à nos. yeux, condamne souverainement la guerre, c'est moins encore sa barbarie que son impuissance.
La guerre, qui moissonne les hommes, ne fait pas pousser un grain de blé. Lorsqu'elle agrandit un État, c'est toujours aux dépens d'un autre État qu'elle confisque ou qu'elle rapetisse. Lorsqu'elle délivre un peuple, ce n'est jamais qu'en en mitraillant un autre. Ce qu^elle refait ne vaut pas mieux que ce qu'elle défait ; ce qu'elle fonde ne dure pas plus longtemps que ce qu'elle détruit ; ce qu'elle sépare se réunit , ce qu'elle dénoue se renoue ; elle n'est pas une solution; à peine est-elle une oscillation.
Des guerres qu'on réclame au nom de la justice, nous nous en défions autant que des révolutions qu'on proclame au nom de la liberté. Ni révolutions ni guerres ne tiennent parole. Toutes sont hypocrites. En France, où nous avons eu trois révolutions en soixante ans, de quelle liberté jouissons-nous? Après 1814 et 1815, quel compte la justice des gouvernements a-t-elle tenu aux peuples de tout leur sang qu'ils venaient de verser ?
Dans la même ligne à notre adresse, nous avons lu ces deux mots, hurlant d'être accouplés: guerre pour l'humanité!
EnJre rhumanité et la guerre, qu'y a-l-il et que peut-îl y avoir de commun? Est-ce que la guerre , de quelque nom qu'elle se pare, n'est pas toujours le meurtre, le massacre, la destruction, le vol et le viol?
Telle est la guerre, cet oubli de tous les principes, qu'elle entraîne sur sa pente fatale les généraux les plus humains, les plus civilisés, des généraux français, c'est tout dire, à faire au Mexique, par exemple, ce qu'ils blâmaient les généraux russes de faire en Pologne : à mettre la propriété sojs le séquestre, à prohiber les envois de numéraire, à suspendre le cours de la justice ordinaire, à rendre la ville solidaire de l'individu et l'innocent responsable du coupable, à « EXÉCUTER » (1) celui-ci à la place de celui-là « à titre de représailles », à fouler ainsi aux pieds tous les principes qui sont les conquêtes de la paix et les progrès de la civilisation.
Telle est la guerre, cette implacable divinité qui vient de retrouver dans un journal français un autel et un prêtre, quelle oublie tout et ne respecte rien, même dans les États où la liberté jusque-là avait toujours été respectée. Par tous les excès dont fédéraux et confédérés se souillent aux Ëtats-
(1) « Le commandaDt supérieur militaire et chef politique de TIalpam, d'après les ordres de M. le maréchal couiinaadaDt en clief l'armée françaUe, aux habitants ei propriétaires de cette irille, fait savoir ce qui suit :
» ART. 1*>^. Sont iuspendaes temporairement, et jusqu'à nouvel ordre, les atfributions de la jutliee et de l'administra tioo civile.
• AHT. 2. Le commandant supérieur de Tlalpam exercera tons les pouvoirs dans te district. >>
» ART. 3. Comme châtiment de l'assassinat do zouave Muller, une amende de 6,000 piastres sera imposée à la ville de Tlalpam. Cette amende devra éire payée iiJtégralement dans jes quatre jours qui suivront la publication du préseut décret. ■ ART. 4. Les individus de celte ville qui ont été arréics et conduits à la capitale ré(x>ndeut de la vie des soldats français et dea citoyens honorables qui ont fait acte d'adhésion au nouveau gouvernement. Pour chaque citoyen honorable ou toldat assassiné à Tlalpam, un des prisonniers susdits sera exécute à titre de représailles.
m Tlalpam, le 27 août 1S63.
■ Le commandant militaire et chef politique, > coosiiv. »
Gazette rffiiiellrife Mrxico.
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Unis, on voit à quel degré de Téchelle de la civilisation peul descendre un grand peuple qui a commis la faute, la trèsgrande faute, l'irréparable faute de demander à la guerre, à la violence, à la ruine, une solution qu'il n'y trouvera pas, une solution que la paix, la liberté, le crédit pouvaient seuls lui donner ! Entre ce qui se passe en Pologne el ce qui se passe aux États-Unis, où l'on tire dans un chapeau les noms d'officiers prisonniers qu'on fusillera en représailles d'officiers fusillés dans le camp opposé, véritable loterie de la mort; entre le général Butler et le général Mourawieff, où est la différence ? Les amis du général Mourawieff affirment qu'il est doux. S'il est doux et qu'il fasse ce qu'il fait, que faut-il donc penser de la guerre, la même partout, puisqu'elle a pu dicter à l'empereur Napoléon I^-les ordres qu'on trouve dans le tome XII de sa Correspondance, publiée par ordre de l'empereur Napoléon III ! (1)
(1) 974i. — AD OCnéRAL JUNOT.
« PariSf 4 février 1S06.
m Faites brûler cinq ou six iriitages ; faites fasiller une toiuntaioe de peraoonet ; faites des exemples extrêmement sévères, car les conséquences de ce qni se pasae it Parme sont iucalcalables pour la sûreté de Iltalie. Je vois un tas d'admîiûstra* teurs bavards et ne prenant que de fausses mesures.
• MAPOLion. •
9772. — AU oénémAL jorot, commandant militain de tÉtat de Parme et de Pluiâance,
• Paris , 7 février 1806.
■ ... Mon intention est que le vi11a{;e qui s*est !nsur;gc pour se'rendre à Robbio soit brûlé, que le prêtre qui est entre les mains de l'évéque , à Plaisance , aoil fusillé, et que trois ou quatre cents des coupables soient envoyés aux galères. Je n'ai pas les mêmes idées que vous de la clémence. Vous ne sauriez être clemeaC qu'en étant sévère; sans quoi ce malheureux pays et le Piémont sont perdus, et il faudra des flots de sang pour assurer la tranquillité de l'Italie. On a connu la rébellion, il faut qu'on connaisse la vengeance et la punition.
• ...Que les punitions soient nombreuses et sévères; n'épargnez personne. Ke croupissez pas dans les villes. Ne parlez qu'à moi des abus de l'administration. Tous les abus, les excès de tyrannie même de nos agents, seraient-ib aussi noue breux que ceux de Carrier, sont excusés à mes yeux le jour où les rebelles, comme ceux de Parme, courent a&x armes et se font justice eux-mêmes... Brûlez un oa deux gros villages; qu'il n'en reste point de traces; dites que c'est par mon ordrt. Quand on a de grands Éuts, on ne les maintient que par des actes de sévérité.
» MAPOLBON. ■
Telle est la guerre, cette ivresse du sang, qu'elle fait ressembler les peuples les plus policés, les plus adoucis aux peuples les plus sauyages, les plus féroces; les peuples chrétiens aux peuples païens; les siècles les plus éclairés aux siècles les plus arriérés I
Telle est la guerre, cette impunité de tous les crimes, que, déchaînée, rien ne Tarrète, rien ne la fait reculer, ni religion, ni famille, ni propriété, ni nationalité. Rien de ce qui, ayant elle, était sacré, n'est sacré pour elle; rien de ce qui, ayant elle, était protégé par les lois, n*est plus protégé contre elle !
Telle est la guerre, cette rage de la destruction, que là où la paix avait, à grands frais, jeté des ponts pour passer d'une rive & l'autre d'un fleuve, la guerre les coupe et les détmit ; que là où deux Ëtats étaient reliés par un chemin de fer, la guerre arrache les rails, comble les déblais, rase les remblais, défait enfin tout ce qu'avaient fait la science et le crédit !
Telle est la guerre, ce mépris de tout ce qui n'est pas la victoire, que le pillage lui doit d'être considéré à l'égal d'une louable action; car, sans les pillards, que d'immortels chefs-d'œuvre eussent péri dévorés par les flammes , troués à coups de baïonnette ou foulés sous les pieds des chevaux ! L'une des plus belles fresques de Léonard de Vinci était -" .1 I II I.
10229. — AU oéMÉKAL lonoT.
« Saint 'Cload, 13 mai 1806.
> Je Toit avec plaisir rëner^îe qae vous mettes dans votre {jfovvemement. Les qaarante-qaatre individus qai ont élé condamnes à mort et aux galères sont une mesure salauire qui servira d'exemple et. refrénera par la sniie ces peuples qui voulaient se livrer à leur inconsistance natorelle.
» NAPOLioN. »
10407. — À M. poucei.
• Saint-CIoud, 24 juin 1806.
> Ceux des jeunes gens qui ont fkit tapage au spectacle de Rouen, qui ne sont pas mariés et qui ont moins de vingt-cinq ans, seront envoyés au &* de ligne qui est en Italie. Faitet-les mettre sur-le-champ, en marche. En vivant avec les militaires, ils apprendront à les connaître et verront que ce ne sont pas des sbires.
• MAPOlioif. •
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celle qui décorait à Milan le couyent des Augustins, avant qu'il eût été converti en écurie par les Français sous Napoléon I"'. De cette admirable fresque, il ne reste plus que des traces !
Cependant il s*est trouvé, en Tan de civilisation 1863, à Paris, la capitale du monde civilisé, un écrivain pour entreprendre la défense de la guerre, signer son apologie et accuser de < lâcheté > ceux qui lui préfèrent la paix et la liberté. Au dire de cet écrivain, < un seul homme assassiné, c'est un crime ; cent mille hommes tués sur un champ de bataille, c'est un immense malheur », mais ce n'est qu'un malheur. Abominable et éternel sophisme! La mère à laquelle la loi de recrutement a enlevé son fils dans la fleur de la jeunesse, dans la force de la virilité, en a-t-elle moins perdu le fils qui était son soutien et sa joie, parce qu*il est mort frappé par une balle sur un champ de bataille, au lieu d'être mort frappé par un coup de couteau au détour d'un bois? A l'appel du travail, quand pressent la fenaison ou la moisson , ces deux bras vigoureux y manquent-ils moins î La différence, il n'y en a pas d'autre, c'est qu'au lieu d'une mère en deuil, ce sont cent mille mères vêtues de noir et désolées! La différence, c'est qu'au lieu de deux bras, ce sont deux cent mille bras qui manquent au pré et au champ !
Guerre ! que ton nom soit flétri ! qu'il soit rayé de tous les dictionnaires de la fin de ce siècle ! Ton nom, ton vrai nom, ton seul nom est Barbarie.
Guerre ! tu mens lorsque tu dis que tu es le respect de l'humanité et le sentiment de la justice.
Guerre ! tu calomnies la liberté lorsque tu prétends c qu'elle est sans chaleur et sans rayonnement ».
Guerre ! tu trompes sciemment lorsque, composant des bulletins qui sont faux, tu dénatures les faits pour agir sur les imaginations; que tu exagères les rigueurs déployées par la domination et que tu passes sous silence les excès commis par la résistance.
Guerre! tu divagues lorsque tu opposes Tesprit pacifique à la solidarité humaine.
Guerre ! tu t'oublies lorsque tu parles de paix honteuse. II y a des guerres qui ont été la honte de Thumanilé; il n'y a pas de paix qui n'ait été un bienfait pour la civilisation. Il n*y a pas de paix honteuse.
Guerre! tu te vantes : lu n'as jamais été, tu ne seras jamais que l'apprentissage du meurtre et que l'école de la tyrannie.
Guerre ! tu n'es pas même la raison du plus fort, car toujours le triomphe du plus fort finit par nouer la coalition des faibles, sous laquelle il est sans exemple que le plus fort à la fin n'ait pas succombé.
Guerre! qu'as-tu fondé? dis-le. Ce qu'une guerre fonde, toujours une autre le détruit. Que sont devenus l'empire de Charles le Grand et de Napoléon le Grand ?
Guerre! quelles conquêtes as-tu faites qui, finalement, n'aient pas été payées plus qu'elles ne valaient, non par toi, toujours insolvable, mais par la paix, toujours réparatrice!
Guerre! lorsque tu as moissonné toutes les générations qui pouvaient porter une arme, lorsqu'il ne reste plus que des vieillards près du tombeau, que des enfants au berceau, avoue-le, qui donne la maturité aux générations nouvelles? Est-ce toi ? Non, c'est la paix.
Guerre ! lorsque tu as vidé toutes les caisses de l'État, lorsque tu as courbe sous le poids de l'impôt et sous la crainte du garnisaire les populations ruinées et exténuées : ces populations appauvries, qui les relève? ces caisses vides, qui les remplit? Est-ce toi? Non, c'est la paix.
C'est à la paix intermittente, c'est à la paix armée, c'est à la paix précaire, c'est à la paix amputée, couverte de blessures et écrasée d'empmnts que l'Europe doit les progrès de son agriculture, les perfectionnements de son industrie, les développements de son commerce, l'amélioration de ses ports, la multiplication de ses routes, le réseau de ses chemins de fer et de ses fils électriques, la facilité de ses com-
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munications et de ses transports, la mnltiplicité de ses échanges, Tassainissement de ses villes, raccrôissemenl de la durée moyenne de la vie humaine, la diminution de Tignoranee populaire, l'essor du travail, l'extension du bien-être général, l'alliance de l'épargne et du crédit ; qu'eût-ce donc été et que serait-ce si, depuis cinquante ans, au lieu de la paix intermittente, c'eût été la paix permanente ! si, au lieu de la paix armée, c'eût été la paix assurée moyennant une faible prime proportionnelle au risque! si, au lieu de la paix précaire, c'eût été la paix immuable! si, au lieu de la paix mutilée, c'eût été la paix ayant tous ses membres! si, au lieu de la paix chargée de payer les dettes de la guerre, c'eût été la paix n'ayant à payer que l'escompte de l'avenir!
À quel taux alors l'intérêt de l'argent se fût abaissé !
 quel degré de simplicité l'impôt et les budgets fussent arrivés !
 quel rôle facile l'État eût été réduit!
L'État n'eût plus été qu'une raison sociale, qu'une raison nationale.
De l'État à l'individu, comme de l'assureur à l'assuré, plus d'antagonisme !
Plus de sujets d'antagonisme, plus de risques de révolutions I
Plus de risques de révolutions, plus de défiances de la liberté !
La liberté, sous toutes ses formes, étendant de toutes parts ses rayons, ce n'était plus alors seulement Je Polonais libre dans la Russie libre : c'était le Polonais libre dans l'Europe libre; c'étaient également le Hongrois, le Vénitien, le Romain, etc., libres dans l'Europe libre; c'était aussi le pape libre dans l'Europe libre, au même titre que sont libres, sans être souverains, les présidents de consistoire et les chefs de synagogue.
La liberté contenant l'indépendance et l'indépendance ne contenant pas la liberté, toutes les vaines questions d'indépendance disparaissaient dans le vide en y tombant.
Par l'unité de liberté, et non par Funité de domination, se faisait l*unité de l'Europe, c'est-à-dire la concurrence entre Ëtats succédant à la guerre et le progrès succédant à la conquête.
Ainsi transformés pacifiquement par le rail sans avoir été violemment remaniés par le sabre, les États n'étant plus que des circonscriptions administratives plus ou moins grandes, qu'est-ce que l'Europe aurait à craindre de la Russie , de cet empire que , dans les mêmes articles, les mêmes écrivains, se contredisant eux-mêmes , représentent à la fois comme un fantôme sur lequel il n'y qu'à marcher pour qu'il s'évanouisse , et comme un colosse prêt à fondre sur l'Europe si on ne se hâte de rétablir entre elle et lui le « boulevard » décoré de ce nom : la Pologne? — Rien.
Ressemblassent-ils encore au portrait que Napoléon !•' a tracé d'eux dans le Mémorial de SainU-HéUne, les Russes ne seraient plus alors à redouter, car il y a un moyen infaillible d'empêcher qu'ils n'apportent chez nous la barbarie, c'est de porter chez eux la civilisation. Détestable moyen que de les isoler, que de les cantonner derrière un « boulevard » ( c'est le grand mot consacré), comme on le propose, boulevard qu'il y aurait toujours à craindre qu'ils ne voulussent raser et franchir ! C'est le contraire qu'on doit se proposer pour but. Au lieu de les éloigner de soi, il faut s'approcher d'eux. Pour cela, il n'y a qu'à continuer l'œuvre de 1856, à laquelle le Crédit mobilier de Paris et ses fondateurs ont honorablement attaché leur nom • il n'y a qu'à rendre de plus en plus facile aux Russes l'exécution de leur réseau de chemins de fer, complément nécessaire du grand réseau européen. De toutes les nations d'un même continent, les chemins de fer tendent à n'en former qu'une seule grande, en réunissant en faisceau celles qui sont libres avec celles qui ne le sont pas, celles qui le sont plus avec celles qui le sont moins, en multipliant entre elles à l'infini, par l'échange, les relations journalières ; les produits ne s'échangent pas sans que les idées s'échangent en même temps; ceux-là, finalement, ne Yont
jamais sans celles-ci. Dans les années de récoUe insurGsante où le blé manque à l'Angleterre et à la France, n'est-ce pas déjà la Russie qui les approvisionne et qui les^ alimente ? Tardent-elles à revoir sur les marchés de Londres et de Paris l'argent qu'elles lui ont expédié à Odessa ? Non. Finissons-en donc avec des phrases qui avaient nn sens sous la plume de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène, avant la navigation à vapeur, avant les chemins de fer, avant les télégraphes électriques, avant l'échange universel succédant au blocus continental, avant la liberté succédant à la prohibition , avant l'extension du crédit reliant maintenant entre elles toutes les places où il y a soit d'abondants produits à acheter, soit de grands travaux à commanditer, avant la transformation de plus en plus complète qui s'opère du vieux monde territorial en nouveau monde économique! Ces phrases, qui avaient un sens en 1815, n'en ont déjà ].lus en 1863; que sera-ce donc dans quarante ans? que sera-ce donc en 1915?
« La solidarité humaine d'accomplissant par la guerre... > Ah! si cette phrase n'est pas une illusion, c'est une imposture. Guerre et solidarité sont deux termes qui s'excluent, car il est impossible de secourir et de venger le faible sans affaiblir et sans irriter le fort. Où la guerre passe, même sans rien voler, elle laisse une haine toujours, une ingratitude souvent. Quelle mémoire les États-Unis ont-Us gardée à la France du concours désintéressé qu'elle leur a prêté en 1778 pour conquérir leur indépendance? Si l'unité de l'Europe— plus facile à faire que l'unité de l'Allemagne — tardait longtemps, serait-il certain que l'Italie n'oubliât point que nous avons soudé la Lombardie au Piémont, Milan à Turin, sans parler de Florence et de Naples ? Ne serait-il pas à craindre qu'elle se souvint seulement que nos armes ne lui ont donné ni Vérone, ni Venise, ni Rome? Rêveurs ou imposteurs, sachez-le, il n'y a de solidarité possible que dans la paix et par la liberté. Hors de la liberté et de la paix, point de solidarité !
L* unique solidarité humaine qui ne soit pas un vain mo^, c'est régale liberté de tous.
L'égale liberté de tous ne saurait exister, tant qu'il y aura des vainqueurs et des vaincus. Or la guerre ne se compose que do vaincus et de vainqueurs. Ce qui fait précisément l'immense supériorité de la paix sur la guerre, c'est que la paix n'a ni vainqueurs ni vaincus, et que ceux-ci et ceux-là lui doivent l'oubli qui les rapproche et les nœuds qui les réconcilient.
Qu'Opposition et Gouvernement ne s'y trompent pas ! Le rétablissement de la Pologne par voie d'exécution militaire de la Russie, et non par voie de séparation volontaire , rouvrirait toute grande l'ère de la guerre, mal fermée, mais enfin presque fermée. Ce serait la résurrection des anciennes luttes de la Pologne contre la Russie et de la Russie contre la Pologne, avec leurs alternatives opposées, tantôt les Polonais vainqueurs des Russes et tantôt ]es Russes vainqueurs des Polonais, ceux-ci et ceux-là toujours sur le point de se subjuguer réciproquement. Ce serait à tout instant l'Europe troublée dans son activité et menacée dans sa sécurité. Il se peut que le jour immanquable où l'empire turc s'écroulera miné par la dilapidation de ses impôts, par l'abus de ses emprunts, par l'excès de son insouciance, par le manque d'hommes, par l'absence d'idées, l'heure de la séparation volontaire entre la Pologne et la Russie sonne à Constantioople; mais cette heure n'a pas sonné encore... Que la Pologne ait la patience de l'attendre !
Cette heure, pourquoi la devancerait-on ?
Pour rendre à la Pobgne ses limites qu'elle a perdues et qu'elle est impuissante à reconquérir par elle-même et par elle seule? Mais après que ces limites lui auraient été rendues, où serait la garantie qu'elle ne les perdrait pas do nouveau? Où serait la garantie que la Pologne serait plus habile à se gouverner dans l'avenir que dans le passé? Où serait la garantie qu'après avoir érigé en roi de Pologne un grand-^ucde Russie ou un archiduc d'Autriche, les Polonais
s'en feraimt pas ce que les Grecs ont fait du prince de Bavière qu'ils ont chassé? Où serait la garantie qu'ajant détrôné le premier, ils en trooreraient un second 1
S*il est vrai qu'en 1863 les Polonais soient en bntle à d'impitoyables rigueurs que nous condamnons aussi hautement et aussi énergiquement que qui que ce soit, n*est-il pas paiement Trai que, de 1855 à 1862, la domination des Russes, dont ils se plaignent, tendait chaque année à devenir de moins en moins pesante, de moins en moins humiliante? Que n*ont-ils écouté les exhortations que, du haut de fat tribune britannique, lord Palmerston leur adressait le 4 avril 1862!
Si les Polonais sont assez forts pour s'affranchir de la domination russe, prussienne et autrichienne, c'est bien: rSurope civilisée, rEurope libre applaudira à leur afifranchissement , comme elle a applaudi à toutes les délivrances. Mais s*ils n'étaient pas assez forts pour ne devoir qu'à euxmêmes leur aflhmchissement, ne devaient-ils pas être plus patients, plus prudents et attendre qu'une occarion propice leur fût offerte ? Peut-être ne Teussent-ib pas attendue longtemps! Peut-être, sous l'instabilité qui, faute de logique, règne en Europe, la restitution de leur indépendance eûtelle été te prix que d'elle-même la France eût mis à son concours ! A défaut de la' question d'Orient, toujours imminente, mais toujours difTérée , est-ce que la rivalité qui vient d'éclater à Francfort entre l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, aspirant l'un et l'autre h faire l'un contre l'autre l'unité militaire de l'Allemagne, ne porte pas dans ses flancs un remaniement de la carte de l'Europe, où la France, elle aussi, voudra tenir le compas f Si les Polonais étaient si pressés de n'être plus sujets russes , que ne se soulevaient- Us, en 1854, contre l'empereur Nicolas, quand ses armées étaient aux prises avec l'armée française, Farmée anglaise, l'armée piémontaise et l'armée turque? Quelle occasion plus belle leur sera jamais donnée? Pour s'excuser de ne s'être pas, à cette époque, soulevés tous comme un seul homme, les Polonais diront41s qu'ils étaient alors courbés sous un
joug de fer, et prisonniers aitre deux murs de baïonnettes? Détestable excuse! En 18S4, l'empereur Nicolas les opprimait: ils ne se souleTèrent pas. En 1862, Tempereur Alexandre ne les opprime pas: ils se soulèvent. En 1854, ils n'avaient pour s'armer qa'à désarmer leurs geôliers, qu'à se jeter sur eux dix contre im et qu'à s'emparer des fosils... ils ne l'ont pas fait! Ne l'ayant point fait, qu'ils ne se plaignent pas si baut de manquer d'armes en 1863 !
Si l'indépendance de la Pologne importe aux Polonais, la liberté de la France n'importe pas moins aux Français. Quant àTEurope, la liberté de la Franee lui importe infiniment plus que l'indépendance de la Pologne. La France libre , c'est l'Europe libre. La Pologne indépendante, dans l'hypothèse la plus favorable , c'est-à-dire dans celle où les Polonais mettraient heureusement la main sur un roi judicieux, ce ne serait toujours qu'un second royaume de Belgique ; la Pologne indépendante , dans l'hypothèse la plus probable , c'est-à-dire dans celle où les Polonais ne tarderaient pas à cbasser le souveraia qu'ils auraient accepté, ce ne serait jamais qu'un second royaume de Grèce. Qu'est-ce que la paix et la liberté en Europe y gagneraient?
A défaut du Gouvernement, s'il ne se la pose pas, cette question ne vaut-elle })as la peine que l'Opposition se la pose nettement avant d'aborder la tribune législative ?
Les débitants de lieux communs, fabricants de cartes géographiques imaginaires, ne manqueront pas de dire que le tableau que nous venons de tracer de la paix et de la liberté en Europe n'est qu'un rêve... Celui qui rêve n'est pas celui qui veille; c'est celui qui dort, c'est celui qui prend la nuit pour le jour, le passé pour l'avenir, et la surface de l'Europe pour une feuille de papier sur laquelle il suffirait de promener un compas et de passer un pinceau pour accomplir ce que n'ont pu faire ni Henri IV par la paix , ni Napoléon I" par la goêrre. Il n'y a que l'idée économique et la science appliquée, c'est-à-dire le libre échange et la vapeur, qui aient le pouvoir de faire une Europe nouvelle, une Europe
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pondérée, une Earope stable, une Europe d*où disparaisse entièrement ce qu'il y reste encore de féodalité. Le plus fort est fait. Autrefois, on se battait de colline à colline, de château à château ; tout seigneur châtelain avait ses hommes d*armes : déjà l'on ne se bat plus que d*État à État. C'est la féodalité considérablement diminuée, mais c'est encore la féodalité. France ! il s'agit de lui porter les derniers coups en subordonnant toutes les questions, sans en excepter la Pologne, & cette règle inflexible :
M. Frédéric Morin, que l'opposition législative a failli compter aux élections dernières parmi ses membres, établit entre la paix et la liberté la distinction suivante :
rr M. de Girardin , dont le talent prend chaque joar une nouvelle ampleur, vient de consacrer un article remarquable à un programme de politique qu'il propose aux députés de Topposition.
» Ce programme se résume en deux mots : Ja paix et la liberté.
» D'une façon générale, on peut dire que toute la démocratie adhère éne>giquement à cette formule politique.
» Cependant nous avons unii restriction importante à présenter.
» La liberté est un priiNcipe.
» La paix n'est pas un principe, elle n'est qu'un idkal.
w ... La liberté contient tout : elle contient la paix raisonnable, U paix qui n'est pas un principe absolu , mais qui est le grand moyen de la civilisation; èlle'contient la démocratie légitime, cette démocratie conciliante et sensée qui est l'avènement de toutes les forces sociales, sans en excepter une; elle contient même le socialisme vrai et raisonné, qui n'est autre chose que la réalisation du droit dans l'ordre économique; elle suffit à tout, parce qu'elle est la force de tout. Attachons-nous à elle d'une étreinte intelligente et féconde , j'ai presque dit d'une étreinte jalouse. Ne lui ajoutons rien; sans doute, en dehors d'elle il y a une foule de biens fort désirables poor un peuple , mais tous ses biens sont assurés par sa possession et te changent en maux terribles par son absence. De telle sorte qu'à toutes les époques et à tous les peuples , il n'y a qu une maxime i répéter et à faire comprendre :
» Cherchez d'abord la liberté, et tout le reste vous sera donné par surcroît. »
Qu'est-ce que la liberlé? — C'esl la paix entre les individus.
Qu'est-ce que la paix? — C'est la liberlé entre les peuples.
Si la liberté est un principe, la paix est un principe au même titre. Si la paix n'est qu'un idéal, la liberté n'est aussi qu'un idéal au même titre.
La distinction de M. Frédéric Morin ne repose sur aucun fondement solide. Elle est fausse.
Jusqu'au jour où la liberté et la paix seront toutes les deux en Europe à l'état de principes appliqués, elles ne seront l'une et l'autre qu'un idéal.
Ce que M. Frédéric Morin dit de la liberté, on le peut dire tout aussi justement de la paix.
La paix contient tout : elle contient la liberté raisonnable, elle contient la démocratie légitime.
On peut, comme lui, conclure par ces mots : Cherchez d'abord la paix, et tout le reste vous sera donné par surcroît.
La seule recette de la liberté, c'est la rouille des baïonnettes. Nousn*en connaissons pas d'autre. Il faut commencer par laisser les baïonnettes se rouiller, si l'on veut les voir réformer, diminuer, supprimer.
Distinguer entre la paix et la liberté, c'est tomber dans une erreur qui, de la part d'un penseur sérieux, ne s'explique que par la domination pernicieuse que la mémoire exerce sur l'esprit.
Luther avait bien raison quand il s'écriait : < Oh! que de > peine il faut pour dépouiller le vieil homme ! » En effet , il n'y a pas de tyrannie à laquelle il soit plus difficile de se soustraire qu^au despotisme de sa propre mémoire, exercée depuis l'enfance à retenir et à emmagasiner les lieux communs de tous les livres à l'usage de la jeunesse et les erreurs de tous les temps.
Telle est cette influence funeste, qu'on serait presque tenté de s'écrier : Heureux les ignorants qui pensent par eux-
mêmes, au lieu de penser par les autres ! Us ont Tesprit libre.
Si M. Frédéric Morin eût moins appris et plus oublié, il ne se fût pas laissé aller à écrire des phrases telles que celles-ci :
« Eh quoi ! si la Prusse se jetait sar la Suisse, nous ne défendrions pas la Suisse ?
j» Si l'Autriche voulait reprendre la Lombardie k l'Italie , noas ne passerions pas les Alpes pour protéger ritalie?
» Si une coalition absolutiste entamait nos frontières dans une invasion liberticide, nous devrions dire à ses généraux : Passes, messieurs, passez tranquillement, et massacra -nous en paix; nous ne faisons jamais la guerre?
» Certainement, M. de Girardin lui*mème n'admettrait pas une placidité si absolue. Donc la paix n'est pas un principe inviolable : c'est un moyen qui n*a qu'une valeur relative, que Ton doit employer dans le plus grand nombre de circonstances passible, mais non pu absolument et toujours. »
De telles objections, disons-le, ne mériteraient pas qne nous perdissions notre temps à nous y arrêter, si elles n'étaient pas signées d'un nom qui leur donne quelque autorité.
Si la liberté est un principe, si elle contient tout, si elle contient la paix raisonnable , comment admettre que, la liberté régnant en Europe, la Prusse se jettera sur la Suisse, ou TAutriche sur l'Italie? Comment admettre qu'une coalition absolutiste entamera nos frontières, si nous n*avons menacé celles d'aucun de nos voisins? Quand on raisonne, la première condition à remplir, c'est de ne pas déraisonner; c'est de n'admettre que ce qui est admissible.
Que chaque peuple ne se mêle que de ses affaires inté^ rieures, et il ne courra aucun risque qu'un autre peuple vienne l'attaquer dans l'exercice de sa liberté et dans l'inviolabilité de son indépendance ! Mais si , au lieu de se conformer à ce principe, il l'enfreint, s'il intervient pour aller faire la police chez les autres peuples, quels qu'en soient le motif ou le prétexte, alors c'est la guerre, et aussitôt que la guerre est allumée, nul ne peut plus dire où s'arrêtera
l'incendie. Le jour où la France se jetterait, les armes k la main, entre les Polonais et les Rosses, il se pourrait bien, en etteiy que l'Autriche, guettant toutes les occasions de reprendre la Lombardie, quoiqu'elle nous eût prêté son concours ou promis sa neutralité, se retournât tout à coup contre nous et allât même jusqu'à nouer avec la Prusse et avec l'Angleterre une nouvelle coalition aux millésimes de 1864 et de 18651 C'est donc pour cela, encore une fois, que la France, quelque sympathie qu'elle éprouve pour la Pologne, doit se garder comme du feu de toute intervention en sa faveur.
La France, n'attaquant personne, n'a pas à craindre que personne l'attaque. Qui l'attaquerait? qui oserait l'attaquer?
Écartons donc cette absurdité à laquelle ce serait faire trop d'honneur que de la décorer du nom d'hypothèse.
Il y a déjà une sorte de guerres dont le temps a fait complètement justice, ce sont les guerres de religion; il y a une autre sorte de guerres dont le temps aussi a presque entièrement fait justice, ce sont les guerres de conquête; conséquemment , il ne reste plus debout que les guerres d'immixtion. G*est donc contre celles-ci que devraient converger tous les coups des écrivains qui ont arboré le drapeau pacifique de la liberté»
Si louaUes qu'elles puissent être, plus de guerres d'immixtion! La liberté, en s'aCTermissant, en éiendant ses racines et ses branches, fera plus que ne ferait l'intervention armée, redoutable responsabilité qu'un peuple prudent ne doit jamais assumer.
C'était pour protéger les Romains contre l'Autriche , disait-on, que nous s<»nmes intervenus à Rome en 1849, et que nous l'avons bombardée : qu'est-ce que les Romains ont gagné à notre intervention ?
En 1854, nous sommes allés défendre la Turquie menacée par la Russie : qu'avons-nous fait de durable et de définitif? Par la bataille de l'Aima et par l'assaut de Sébastopol, avons- J30US rendu plus facile la solution de la question d'Orient,
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question qui se résume dans la neutralisation du détroit des Dardanelles? Cette question, n'eussions-nous pas mieux fait de la laisser se poser dans ces termes précis entre TAngleterre et la Russie, ces deux rivales, et de n*apparat(re que pour les départager et la résoudre au nom de la liberté des mers?
Quelques années plus tard , après être ainsi intervenus entre la Turquie et la Russie, n'a-t-il pas fallu néanmoins que nous intervinssions en Syrie entre les Druses et les Maronites, pour y venger des égorgements que le gouvernement ottoman n*avait pu, n'avait pas su ou n'avait pas voulu prévenir? S'il est vrai que les indemnités qui ont été stipulées et qui sont réglées ne se payent pas, rééditeronsnous une seconde intervention en Syrie?
Si les aventureux Français établis au Mexique n'y jouissaient pas d'une protection et d'une sécurité suffisantes, pourquoi ne pas nous être bornés à les rapatrier? N'était-il pas démontré par le passé que toute stipulation en leur faveur serait illusoire, à moins de ne repartir que pour revenir sans eesse et sans fln? A quoi nous avait servi, sous un autre règne, la prise de Saint-Jean-d'Ulloa? N'était-il pas certain que la logique et l'enchaînement des choses nous conduiraient immanquablement à nous immiscer entre les populations mexicaines et leur gouvernement, sans aucune garantie que les institutions par nous décrétées y seraient plus durables que celles par nous taxées d'anarchie et de despotisme? Qu'avons-nous donc fait et que ferons-nous au Mexique? Notre embarras n'y sera-t-il pas aussi gi*and, soit que l'archiduc Maximilien accepte conditionnellement la couronne , soit qu'il la refuse définitivement ? Non , il n'y fallait pas aller; mais ayant conunis la faute d'y aller, il fallait se hâter d'en revenir en compagnie de l'Angleterre et de l'Espagne sagement avisées; n'étant pas repartis avec elles et ayant voulu, pour l'honneur de nos armes, prendre Puebla et forcer Mexico de capituler, il fallait faire avec le Mexique ce que l'Espagne venait de faire avec le Maroc,
LA PRExMIÈRE SESSION DE LA LÉGISLATURE 425
qu'elle s'est bien gardée de prendre et d'occuper : il fallait se borner à exiger du gouvernement existant le remboursement des frais de l'expédition , ce que le président Juarez eût été trop heureux d'accepter. Au lieu de cela, qu'avonsnous fait? Nous avons introduit un gouvernement nouveau dont toute la responsabilité retombera sur nous dans ces trois cas : s'il ne s'établit pas; s'il s'établit et qu'il ne dure pas; s'il dure et qu'il gouverne mal. Notre immixtion dans les affaires intérieures du Mexique» notre immixtion dans les affaires intérieures de Rome sont les deux condamnations les plus éclatantes de toute guerre d'inunixtion. Encore, si , ces deux expériences si malheureuses eussent servi à nous empêcher de tomber dans une troisième immixtion non moins grave : l'immixtion de la France entre les Russes et les Polonais, soit au nom des traités de 1815, soit au nom de l'humanité!
Les guerres d'immixtion allant rejoindre dans la tombe du passé les guerres de religion et les guerres de conquête, pourquoi la paix d'État à État ne deviendrait-elle pas un principe aussi inviolable que la paix de châtelain à châtelain? Où est la raison qui s'y opposerait? La guerre restâtelle à l'état de risque , tendant à devenir de plus en plus faible, qu'il suffirait de proportionner l'assurance au risque. Est-ce ce qui a lieu? non. Autrefois, lorsque la guerre était permanente, lorsqu'elle était l'état normal de la société, lorsqu'elle y régnait sous toutes les formes et à tous les degrés, d'État à État, de province à province, de colline à colline, de château à château, les armées étaient numériquement faibles; maintenant que la guerre est rare, courte, anormale, qu'elle ne se fait plus que d'État à État, les armées n'ont jamais été si nombreuses , si formidables. N'est-ce pas le contraire du bon sens et de l'arithmétique? Après 1789, l'Assemblée constituante avait fixé en temps de paix refTcctif de l'armée française à 150,000 hommes. Après 1815, la Restauration l'avait fixé à 140,000 hommes. La Monarchie dé 1830 l'avait successivement élevé à 560,000 hommes. Sous
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rSmpire de 1852, il est de 700,000 hommes. De même que pltts on accumule de matières* inflammables sur un point et plus on accroît les risques d'incendie , de même plus on élève le chiffre des contingents et plus on accroît les risques de guerre. Une armée nombraise a des conditions d'existence, d'activité, d'avancement, dont il est impossible de ne pas tenir compte. Aussi la paix armée est-elle toujours la paix troublée.
Il y aurait un moyen facile, économique, certain, de réduire considérablement les risques de guerre : ce serait de réduire considérablement le chiffre des contingents et de revenir au régime de la loi de 1818... Mais alors il ne faudrait pas que l'opposition, par la voix de ses députés et de ses journaux, provoquât le gouvem^nent à aller guerroyer tantôt sur les bords du Tessin et tantôt sur les bords de la Yistule; il faudrait qu'elle eût le. courage, n'en déplaise i M. Frédéric Morin , d'élever la paix à la hauteur d'an principe non moins inviolable que la liberté.
Lorsque ce courage manque à l'opposition, alors c'est elle qui a tort et c'est le gouvernement qui a raison. La guerre admise, à quelque titre que ce soit, il est tout simple que le gouvernement ne trouve jamais ni l'armée ni la flotte trop considérables , puisque c'est lui qui est responsaUe de la victoire.