LA RÉPONSE DE L'EMPEREUR AU SÉNAT
22 décembre 1863.
La réponse de l'empereur à l'adresse du Sénat maintient avec fermeté, avec dignité les tenues de la lettre du 4 et du discours du 5 novembre, lettre et discours historiques.
Cette réponse aura et mérite d'avoir en Europe le même retentissement.
Elle relève noblement, elle relève souverainement ce mot « UTOPIE », par lequel l'ignorance, la sottise et l'incrédulité de tous les temps n'ont jamais manqué une occasion de tenter de flétrir aucune des grandes conceptions, aucune des grandes entreprises, aucune des grandes découvertes, aucune des grandes idées qui ont illustré les siècles et marqué la marche du genre humain.
Sans l'idéal , cet ennoblissement du réel, sans l'idéal, cette source intarissable de tous les progrès naissant l'un de l'autre, qu'aurait été et que serait l'homme? que serait la société?
Sire, vous avez raison d'appeler de tous vos vœux le moment où les grandes questions qui divisent les gouvernements et les peuples pourront être résolues pacifiquement par un arbitrage européen! Sire, vous êtes dans le vrai, persistez-y ; les obstacles qui se gonflent de vent crèveront d'eux-mêmes, et l'incrédulité qui raille sera bafouée ! Sire, n'y eût-il que trois, n'y eût-il que deux souverains qui, sur votre appel, s'empressassent de se rendre à Paris, recevezles, réunissez-vous, délibérez, c'est-à-dire semez, et la (mrole que vous aurez semée, fertilisée par la publicité de tous les pays, germera, fructiflera dans l'esprit de tous les peuples ! Sire, le général Bonaparte n'eût pas été l'empereur Napoléon,