L'ISOLEMENT DE LA PRESSE
26 juillet 1863.
UOpMon natèonak constate que la Presse est le seul journal, dans toute la presse parisienne, qui ne déclare pas que « la réponse de la Russie est une fin de non-recevoir > aggravée par le ton ironique qui y règne. »
Le Pai/s, qui continue de garder ses allures de journal intime du ministre des affaires étrangères de France, va plus loin encore que YOpinion nationale : il ne se borne pas à trouver ironique la réponse du prince Gortchakoflf, il la
trouve « INCONVENANTE > !
Il nous tarde de connaître ce que répondront au prince Grortchakoff M. Drouyn de Lhuys , lord John Russelt et le comte de Rechberg. Si la lettre russe n'avait été que c tronique et inconvenante »^ la réponse à ; faire eût été facile , et si la réponse eût été facile, les journaux, devançant le ministre, l'eussent déjà faite. D'où vient qu'ils se bornent à la qualifier, au lieu de s'appliquer à la réfuter?
Non, la réponse du prince GortchakofT n'est pas ironique ; non, elle n'est pas inconvenante. Elle est, disons le mot vrai, elle est embarrassante.
Oui, la Russie a eu tort» sous le règne de l'empereur Nicolas, A'opffrimer comme elle l'a fait la Pologne, de la torturer, de Texaspérei: ; oui, le marquis Wielopolski a commis une faute infamante en transformant en acte de proscription une loi de conscription et surtout en publiant le 19 janvier 1863, dans le journal officiel de Varsovie, un article mensonger sur cet acte impardonnable ; mais cette
part faite à la vérité, il est une autre part qu'il faut aussi 7 faire. Or on ne peut pas dire que l'empereur Alexandre n'avait pas pris l'initiative des mesures qui font l'objet des Six Points. N'est-ce pas lui qui, en 1859, sur la proposition du grand -duc Constantin, lieutenant général du royaume de Pologne, a substitué le recrutement par la voie du sort, selon l'usage français, à l'ancien mode qui, sous l'empereur Nicolas, consistait dans la désignation nominative de Polonais appelés à servir pendant quinze ans dans les rangs de l'armée russe? Sans manquer à l'équité et à l'impartialité, peut-on ne pas tenir compte à l'auteur de l'abolition du servage en Russie, cette immense mesure, de ses intentions avouées, ayant pour caution des actes accomplis? Accomplis sans illusions, car, en parlant des Six Points, le prince Gortchakoff s'exprime ainsi :
M Je dois néanmoins rappeler que rexpérience a démontre jusq^u'â révideuce combien il serait illusoire de compter sur Tefiicacité de ces combinaisons pour pacifier moralement le royaume de Pologne. »
Si, en tenant ce langage, le prince Gortchakoff a tort, que M. le comte de Rechberg explique donc comment il se fait que l'Autriche n'ait pas été plus heureuse en Vénétic (jue la Russie en Pologne? Qu'il explique donc comment les mesures de l'empereur François-Joseph n'ont pas été [dus efficaces à Venise, qu'à Varsovie les mesures de l'empereur Alexandre II ! Qu'il explique donc pourquoi le comte Bembo, l'honnête podestat de Venise, n'a pas mieux réussi parmi ses compatriotes que le marquis Wielopolski paimi les siens (1 ) ! Quel jeu joue F Autriche, en s'exposant à ce que tous ses
(I) Correspondanrt pnrticuiière du siBCLE.
m Vcoi»e, SOjtiio 1S$3.
• Je connais le pcu|>lc de Venise, dÎMÎl souvent Manin, il las»era VAairiche. ■ nien He plus vrai. Voici la u-oisième fois que je rcloiirne à Venise depuis I8ô9» les clioses n'ont pas changé : rAutricbe paraît toujours cani|)ée en Vcnécle; le Croate, qui scande silencieusement, dans les heures de faction, le pavé de la place Saint*Marc, n'a pas plus appris Titalien que l'habitant de Venise n*a appris la langue de ses conquérants. La population ne s'est pas mêlée; elle se laisse entasser, restreindre, presser par la misère, mais elle ne se confond point. Si ajenmcea, ai
argumenls contre le gouTernement russe se retournent ainsi contre elle?
Le CoMlUutwnnel croit faire au vice-chancelier du gouvernement russe une réponse victorieuse en lui disant :
« Son EicelIcDce confond l'insurrection polonaise avec un parti et ne veut pas admettre ce qu'un demi-siècle de protestations et de soulèvements périodiques a démontré de la manière la plus éclatante et la plus douloureuse, c'est-à-dire qu'«tt Pologne tout U monde est Polonais. »
O*accord ; mais si en Pologne tout le monde est Polonais, est-ce qu*en Vénélie tout le monde n*est pas Vénétien ? estce qu*en Irlande tout le monde n'est pas Irlandais? est-ce qu'à Rome tous les Romains ne sont pas opposés au gouvernement du pape, que nous maintenons malgré l'opposition unanime ? est-ce qu'en Algérie tous les indigènes n'attendent pas, pour combattre la domination française, la première occasion favorable qui pourrait se présenter à eux? Quelle conclusion M. Paulin Limayracet le Constitutionnel entendent-ils tirer de leur proposition ?
Assurément, c'est d'un bel effet dans un article de parler des c venue légitimes d'un peuple » ; mais les vœux légitimes du peuple polonais sont connus, ils sont formulés : ce qu'il veut, c'est le rétablissement du royaume de Pologne tel qu'il existait avant l'acte de partage du 7/ 18 septembre 1773.
loinuioet que paissent ptrafiire les etpcraiicet de déliTrioce, Venise silencieuse , les poings fermas, ailend Theiire.
■ Je ne veui pas dire que rAutrichien se rende odieux, qn*il soil brultl, qu'il administre mal, qu'il pille le pays; au contraire, depuis deui années, bien det améliorations ont été introduites ; ta cofUfuêU, de guerre tasse^ est entrée en dernier -ressort dtms la voie de Faisimilation des deux races, Ct dernier expédient réussit aussi mal à V Autriche gue tous les autres; elle n'a pas gagné un pouce de terrain.
• Quelques patriciens de bonne .foi ont pensé que cette résistance passive, stérile dans ses résultats, appauvrissant le pays, il serait peut-être prérérable, dans rintérét de* classes pauvres et du commerce, d'accepter une iranstaction provisotre, sans pour cela renoncer aux idées d'indépendance et d'afFraachiuement. A la tétc de ce pacte se trouve le comte Bembo, podestat de Venise. La |>opulation a refnsé de le snivre; on a brdié sa gondole et insulté ses gens. Ceux qui ne le jngeni pas sommairement, comme fisit la justice populaire, disent : • C'est un • boonéte homme, un bon père de Ikmille , mais il nVntend rien à U politique. •
Ce n*esl qu'à ce prix que les chefs de rinsarrection polonaise ont déclaré à plusieurs reprises qu'ils désarmeront; ce n'est doue qtSL*k cette conditîan qu'aura lieia«c ia paeification nmrafe i.
Si la pacification morale n'a lieu qu'à cette condition, pourquoi donc mettre la paix du monde en question sur l'adhésion par les Russes avx Six Points dent ne veulent pas les Polonais? Pourquoi donc faire tant de bruit autour d'une réponse à laquelle tous les journaux ameutés contre elle, même les plus harpieui, n'ont pas encore réussi à trouver «ne objection sérieuse qai porte juste? Est-ce sensé ? est-ce sincère?
Après avoir hz tous ces journaux, renibanras de nous trouver seul de notre avis parmi enx n'est pas le senthnent que nous éprouvons. Loin de là! car nous remercions VOpimm fUtUanaU d'avoir bien voulu constater cet isolement de !a Preste, — le même en juillet 1863 qu'en juillet 1840.