‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 85 sur 122 · LES SIX POINTS ET LES QUATRE POINTS · texte numérisé non relu

LES SIX POINTS ET LES QUATRE POINTS

25 juinet lSd8.

Les Six Points sont :

« fo Amnistie complète et générale;

» 9? Beprésentation nationale avec des pouToîn semblables à ceux qui sont déterminés ptr la Charte du 15/27 novembre 181S;

u 3** Nomination de Polonais aux fonctions publiques, de manière à former une administration distincte et nationale et inspirant de la confiance au pays;

» 40 Liberté de coBScienGe pleine et entière, et sappressic» des restrictio» apportées à Texercice du culte catholique ;

9 b^ Usage exclusif de la langue polonaise comme langue officielle de Padminîstration, de la justice et de l'enseignement ;

9 6<> Établissement d'u système de reenitement régulier et légal.

9 Signé : aaoïmi oi lhuys. »

Au-dessous de ces termes de la dépêche du f7 juin 1863, i M. le duc de Montebello, rappelons les Quatre Points de la lettre, en date du 18 août 1849, à M. Edgard Ney :

c Amnistie générale ;

9 Sécularisation de l'administration ;

» Code NapcriéoD;

9 Gouvemcmcnt libéral.^

9 Signé : Loms^àfOLêon bonapaiti. »

M. Droayn de Llmys succédant à M. Thouvenel an ministère des aSiiires étrangères, H. le prince de la Tour d'Auvergne succédant à M. le marquis de la Valette, qui avait succédé à M. le duc de Gramont à l'ambassade de France à Rome, ont-ils obtenu du pape les réformes qui lui sont demandées depuis 1849 et plus particulièrement encore depuis 1869? — Non. Les demandes réitérées de la France

étant demeurées vaines, la France a-t-elle évacué Rome ? — Non. En admettant que la France ne fût pas plus écoutée par l'empereur Alexandre II qu'elle n'a été écoutée par le pape Pie IX, si elle ne s'est pas considérée comme ofTensée par celui-ci, pourquoi se considérerait-elle comme offensée par celui-là, l'un et l'autre tenant la même conduite, le même langage ? Sur quoi se fonderait-elle pour aller bombarder Saint-Pétersbourg, quand elle n'a pas cessé d'occu|)er Rome ? Les Polonais qui se battent ont-ils donc plus de droits aux yeux de la France que les Romains qui se plaignent?

Et encore, les Romains ne demandent-ils à la France aucune interTention armée! Ils ne demandent à la France qu'une seule chose, c'est d'évacuer Rome. Us se chargent du reste. Clomment, si grande que soit l'inconséquence humaine, peut-on supposer que la France, n'ayant pas évacué Rome, rompra avec la Russie et lui déclarera la guerre T

Les Six Points, quoiqu'ils soient l'œuvre laborieuse de trois cabinets, appartiennent, osons le dire, à la plus mauvaise des politiques, à la politique d'intervention, pis que cela encore, à la politique d'immixtion.

Nous l'avons condamnée en 1849, avec toute l'opposition démocratique, protestant à la tribune et dans la presse contre l'expédition française à Rome. Nous ne nous appelons pas le Siècle, donc nous ne provoquons pas, nous n'approuvons pas en 1863 ce que nous repoussions, ce que nous flétrissions en 1849; nous ne trouvons pas bien qu'on fasse en Pologne ce que nous trouvions mauvais qu'on fit en Italie.

Admettons que le prince Gorichakoff, cédant à la peur ou à tout autre sentiment, ait pleinement accordé non-seulement les Six Points réclamés par l'Angleterre, l'Autriche et la France (ce qui, par parenthèse, eût rendu toute conférence inutile), mais encore l'armistice : quelle eût été l'attitude de la France, dans le cas à peu près certain où les Polonais amnistiés (1*' point), assurés d'avoir une représentation nationale avec des pouvoii*s semblables à ceux qui sont déterminés par la Charte du 15/27 novembre 1815

(2* point), assurés d'élre administrés par des Polonais (3* point), assurés de la liberté de conscience (V point), assurés de Fusage de la langue polonaise comme langue officielle (5* point) , assurés de n'être plus appelés à servir sous les drapeaux russes que par un système de recrutement régulier et légal (6* point), auraient, ainsi qu'ils l'ont déclaré en tout temps et sous toutes les formes, persisté à ne pas accepter la domination russe ainsi tempérée? Quelle eût été la conduite de la France, si les Polonais insurgés avaient refusé de mettre bas les armes avant que leur Pologne, telle qu'elle existait en 1772, leur eût été rendue?

M. Drouyn de Lhuys est un homme d'État trop consommé pour n'avoir pas prévu ce risque.

Ce risque, M. Drouyn de Lhuys a dû le prévoir d'autant plus certainement, que ce qui menaçait de lui arriver » en 1863, à Varsovie, est précisément ce qui lui était arrivé, en 1849, à Rome, où il avait ramené le pape avant d'avoir obtenu, avant d'avoir pu obtenir de lui « aucun manifeste (1), » aucune déclaration, aucune parole même verbale, qui ras- » surent cette portion nombreuse de la population romaine > dont la modération, tout en détestant le régime de l'anar- » chie, redoute presque également le retour de celui qui » a marqué d'un si triste caractère le règne de Gré- • goire XVL. > Il y a un proverbe qui dit : Chat échaudé craint l'eau froide. M. Drouyn de Lhuys a donc dû prendre toutes ses garanties, toutes ses précautions pour le cas ob il serait désavoué par la partie dont il se constituait l'arbitre avant d'avoir reçu d'elle ses pleins pouvoirs pour traiter.

Les garanties qu'il a stipulées, quelles sont-elles?

( I) • lasities, afin qae le pape se hâte de publier un manifeste qui garantisse au peuple des iostitations libérales cooformes à ses vœux aufti bien qu'aux nécessites de notre temps.

»... Vous ne sanriex insister trop fortement sur rutilité et même la nëcetsittf d*an pareil document. »

M, Drouyn de Lkuyt à MM. ttHareouil et de Rayneval^ àGaète, 17 avril 1849.

Les précautions qu'il a prises, quelles sont-elles?

Si, ce que nous «le saurions croire, M. Drouyn de Lhuys avait négligé de les prendre, et qu'il fût arrivé k Varsovie en 1863, de la part des Polonaise Tégard des Russes, oe qui est arrivé à Rome, en 1849, de la part du pape à Tég&rddes Romains, comment le successeur de M. Thoavenel, qui n'a pas encore réussi depuis quatorze ans à tirer la France de la situation si fausse et si délicate qu'il lui a faite à Rome en 1849, l'eût-il tirée de la situation plus fausse et plus délicate encore qu'il lui eût faite à Varsovie en 1863, où la Russie n'eût certainement pas manqué de nous demander compte de notre immixtion ?

Puisque, heureusement, il en est temps encore, qu'on pèse la question que nous posons : elle vaut, nouf le croyons, la peine qu'on l'examine mûrement

Oue l'expérience nous serve! Ne recommençons pas à Varsovie la faute irréparée, sinon irréparable, que nous avons commise à Rome!

Ne nous engageons pas plus loin dans une voie périlleuse avant d'avoir l'entière certitude qu'il n'airivera pas en 1863 pour les Six Points ce qui est arrivé en 1849 pour les Quatre Points.

l» août 1863.

C^nait'tai ici^même, ce précepte si vrai lorsqu'il s*afppliqoe à «n individu, est bien plus vrai encore lorsqu^il s'applique à un peuple. Sous prétexte d'aller protéger le peuple romain , qu'avoDS-nous fait à Rome depuis 1849? Sommes^novs bien sûrs de fonder au Mexique un gouvernement qui dure après notre départ? Français, sommes-nous donc si libres, que nous n'ayons plus rien à faire (3iez nous et que nous devions aller prendre à tâche la liberté des au très peuples? Du moins faudrait-il que la diplomatie n'ignorât pas ce que réclame et ce que ne réclame pas cette liberté. Si, dans le royaume

de Pologne, la religion catholique n'a jamais cessé d'être reconnue comme reKgion nationale (4' point), et si le polonais n*a jamais cessé d'être la langue ofûcieUe de r^diainiatration, du barreau, de la chaire et des études (5* point), tes famenx Six Points de la lettre du 17 juin 1863 de M. Dronyn de Lhuys tombent à quatre, desquels il faut retrancher : i« l'amuistie ( l'' point) , que la Russie avait déjà donnée et qu'elle est prête à donner complète et générale; 2* la nooiinatioa des Polonais aux lonctioDS publiques (6* point), puisque le 1« janvier 1863 11 n'y avait que huit hauts fonctionnaires, qui ne fussent pas Polonais ; 3* l'établiesement d'un système de recrutement régulier et légal (4« point), puisque et système a été spontan^nent établi en 1859 par l'empereur Alexandre.

Qui de 6 retranche 5, reste L

Les Six Points se réduisait donc à un seul, le deuxième, ainsi formulé par M. Drouyn de Lhuys dans «a lettre du 17 juin 1863 : « Représentation nationale avec des pouvoirs » semblables à ceux qui sont détenninés par la Charte du > 15/27 novembre 1815. ^

Pourquoi la diplomatie ne s'est-elle pas bornée à ee seul Point? Si c'est désir de compliquer la question, qu'en faut-il penser ? Si c'est ignorance, qu'en fiant-il conclure?

8 août 1863.

Le Constilutionnel appelle la Presse : l'avocat de la Hussie ; la Presse appelle le Constitutionnel: l'avocat des Six Points,

Par les ligries suivantes, on Terra comment le ConstUtitiotinel est au courant de la question de Pologne :

n Qae fensemble des réformes considérables, embrassant le principe celigîettz, le prnictpe politique et le principe administratif, formulées dans les 6iz Points, flkt la base aérieuse, efficace pour une organisation nationale de la Pologne et donnât satisfaction à Timmajeorîté des douais , les trois puissances Font pensé et

aucun homme sensé n'en doute. M. de Girardîn assure que M. Ladtslas Mickiewicz et M. André Zamoyskl ne se contenteraient pas de ces réformes. Eh! mon Dieu, il s* est toujours trouvé, en tout pays, des esprits excessifs qui ne savent se contenter de rien; ces esprits agitent les nations, ils ne les mènent pas. Que la Polo^^ne soit libre » maîtresse d'elle-même, heureuse, et les utopistes y perdront peu à peu leur influence. »

Le Constitutionnel, un journal qui passait pour sérieux, un journal qui passait pour aller puiser ses inspirations et ses renseignements ailleurs que dans ses bureaux, parler ainsi de la Pologne et traiter M. André Zamoyski « d*ut€pitle, > d'esprit excessif ne sachant se contenter de rien i !...

Si le comte André Zamoyski est c un esprit excessif > , à quel Polonais le Constitutionnel décernera-t-il le titre d'esprit modéré? Si le Constitutionnel connaît un Polonais, uk seul, qui soit plus modéré et moins utopiste que le comte André Zamoyski, qu'il le nomme? Nous l'en défions.

Lorsque le Constitutionnel pousse le lyrisme jusqu'à prétendre que les Si\ Ponits rendraient < la Pologne libre, mai- » tresse d'elle-même, heureuse », on se demande si une paralysie ne l'a pas frappé et ne Ta pas rendu tout à coup aveugle, sourd, idiot. En effet, idiotisme est le seul nom qu'on puisse donner & un tel lyrisme.

Est-ce que sous la Charte du 15/27 novembre 1815, la Pologne était tnaitresse d'elle-même et se considérait comme libre/ Cette Charte ne serait-elle donc jamais tombée sous les regards du Constitutionnel, au temps où il avait des yeux pour lire, des oreilles pour entendre, un jugement pour discerner, une mémoire pour retenir ? Si le ConslUuUonnel l'avait lue, ily eût vu :

« ART. ]•'. Le royaume de Pologne esta jamais réuni à l'empire de Russie. »

Le Constitutionnel n'aurait-il donc jamais lu la lettre du général Kosciuszko au prince Adam-George Gzartoryski, en date de Vienne, 13 juin 1815, où il est dit :

« J'ai mis dans la même balance les intérêts de mnn pays et ceux

de l'empereur; je suis incapable de les séparer; dans Timpossibilitë de faire davantage, je me suis offert en sacrifice pour ma patrie, mais non pour la voir restreinte à cette petite portion de territoire emphatiquement décorée du nom de royaume de Pologne.

j> ... Que la Providence vous dirige! Quant à moi, ne pouvant servir utilement ma patrie, je me réfugie en Suisse. Vous savez si j'ai coopéré autant qu'il était en moi au bien public.

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