‹ Paix et liberté; questions de l'année 1863Chapitre 86 sur 122 · KOSCIUSZKO · texte numérisé non relu

KOSCIUSZKO

Le ConsUiuùionnel mettra-t-il donc aussi le général Kosciuszko, tenant le langage de la plus touchante abnégation, au nombre des « utopiste» et des esprits excessifs » ?

Ou le comité national, qui rend des arrêts de mort et qui les fait exécuter; qui supprime les journaux, qui leur donne des avertissements; qui met sous le séquestre les biens autrefois confisqués et qu'il confisque à son tour; qui nomme les généraux et les ambassadeurs; qui fait enfin tous les actes d'un gouvernement; ou le comité national représente la Pologne, ou il ne la représente pas... S'il ne la représente pas, qui donc la représente et la personnifie ? S'il la représente , que faut-il penser de la lyrique déclaration du Constitutionnel, imprimant ce qu'on a lu plus haut et insérant cette dépèche télégraphique :

M Berlin, 3 aoi\t.

» On mande de Varsovie, le f août :

» Une proclamation du gouvernement national rejette toute transaction qui n'aboutirait pas à l'indépendance complète de la Pologne, avec les limites de 1772. »

En agissant et en parlant ainsi , le gouvernement national a raison : entre la Pologne avec les limites de 1772 et la Pologne libre dans la Russie libre, il n'y a pas de terme moyen possible et durable; tout ce qu'on tentera hors de ces deux voies ne sera que temps perdu en échange de dépêches et en vains efforts. Les Six Points réduits à un seul , tel que nous l'avons démontré, et ce Point n'étant pas entier, puisqu'il n'implique pas le rétablissement de Varmée nationale polonaise (articles 153 à 156 de la Charte du 15/27 novembre 1815), ne seront pas plus acceptés par la Pologne

en (mssant par la conC^enoe à huit que s*i\s pasment seulement par la conférence préalable à trois. Donc, à quoi bon discuter sans fin entre le cabinet de Pétersbourg d'une part et les cabinets de Londres, de Paris -et de Yieune d*aulre part, puisque la plus petite illusion à cet égard Ti*est pas possible?

Angleterre, Autriche et France, profitez donc, pour changer de lerrain, de Foccasion que vous offre k prodaaialion du gouvernement natioiial ! Ou revenez à la politique du 6 mars 1863, ou rélaJdJissez ia Pologne daAs «es lÎBiites de 1772! Alors reprenez à la Prusse le grand-duché de Posen ; alors vous, Autriche, abandonnez la Gallicie, abandonnez Cracovie et apprêtez-vous à quitter la Vénétie !

La Pologne que rêve le dmslUutionnel, l'avocat des Sa Points, n'est qu'une Pologne de fantai^e.

Concluons. Jamais plus mauvaise cause ne trouva plus mauvais avocat.

Le premier dès Six Points est conçu en ces termes : a Amnistie complète et ^Aérale. »

En apparence, rien de plus simple; en réalité» rien de plus compliqué.

On en va juger :

Le 15/27 mai 1856, l'empereur Alexandre II accorde spontanément une amnistie qui donne lieu à une note diplomatique adressée le 16/28 mai par le prince GortcbakoDf aux ambassades et légations russes à l'étranger.

A peine cette amnistie est-elle proclamée, que l'émigralion proteste contre elle en ces termes :

« Paris, fe 6 jain 1856.

» Une amnistie vient d*ètre accordée par le czar Alexandre II aux émigrés polonais qui témoigneraient leur repentir et leur au gouvernement russe.

i> Le* émigrés polonais se font un devoir de protester publiquement contre cette amnistie,

» L^émigration polonaise n'a |)as d'amnistie à recevoir; elle n'a rien à se reprocher; elle a juré de persévérer dans le rôle quelle a accepté en se vouant elle-même à CexÛ,

» Les émigrés polonais déclarent, en conséquence, à la face de leur patrie et du monde civilisé , qu'ils rejettent l'amnistie du czar Aleiandre II, aussi bien que toute autre qui pourrait leur être offerte par Vun des trois oppresseurs de la patrie, et qu'î/f ne rentre^ ront sur le sol natal que lorsqu'ils pourront en expulser r étranger, que ta Pologne sera lihre et indépendante, »

Où donc est la garantie que Famnistie générale et com* plète, formant l'objet du Premier Point, si elle était proclamée, ne serait pas repoussée en 18G3 comme elle Ta été en 1856?

6 novembre 1863.

Après avoir tant fait parler d'eux, après avoir donné naissance à tant de dépêches, après avoir fait passer la paix et la guerre par tant d'alternatives diverses, après avoir mis en si grand émoi et en si grand mouvement le monde diplomatique , maintenant qui parle des Six Points ? Qui s'en souvient? qui s'en souviendrait si nous ne les rappelions ici? Et nous ne les rappelons qu'afm de constater le silence mortel gardé sur eux par le discours de l'empereur. Ce silence du discours du 5 novembre est la condamnation de la dépêche du 17 juin.

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