LES TROIS POLITIQUES
25 juillet 1863.
La FVance s'exprime ainsi :
:( Le gouvernement de l'empereur avait à choisir entre trois politiques : la politique de l'abstention, c'était celle de M. de Girardin ; la politique de la guerre, c'était Celle du prince Napoléon ; la politique de l'intervention diplomatique , c'était celle que défend le vicomte de la Guéronnière, et dont il ne désespère pas. »
Si pour, en assurer le triomphe il suffisait de défendre une politique avec Téclat d'un grand talent, M. de la Guéronuière aurait raison de ne pas désespérer de celle qu'il soutient avec une persévérance qui mérile qu'on ôte son chapeau devant elle et qu'on la salue en disant : c Honneur au courage malheureux ! » Mais il n'en est pas ainsi. L'impuissance des diplomates est égale à celle des journalistes. Les diplomates sont des greffiers. Ils sont la goutte d'encre à la pointe du sabre lorsque le sang en a été essuyé. Après 1815, qu'ont-ils fait ? bepuîs 1815, qu'ont-ils empêché? Quelle influence ont-ils exercée après 1830, et que sont devenues alors les clauses principales du fameux traité de la Sainte-Alliance? Est-ce par eux et n'est-ce pas par la révolution belge et le canon français que s'est accomplie la séparation entre la Belgique et la Hollande ? Ont-ils été pins heureux en Espagne, où ils s'opposaient à ce que la couronne passât sur la tête de la petite fille qu'on nommait alors « l'innocente Isabelle » ? Mais ne parlons que de la Pologne! A quoi ont abouti, après 1831, les innombrables dépêches de lord Palmerston à lord Heytesbury et à lord Durham ; celles du comte Sébastian! au prince de Talleyrand, etc., s'efforçant d'arrêter les actes et d'adoucir les rigueurs de l'empereur Nicolas? A quoi ont servi, après 1846, les protestations si énergiques en paroles de lord
PalmerstoD et celles de M. Guizot contre l'incorporation de Cracovie par l'Autriche? Ont-elles été, en 1846, plus heureuses, plus efficaces que les supplications de M. Drouyn de Lhuys à GalHe et à Rome en 1849 ; que ses dépêches en 1863 au cardinal Antonelli !f La diplomatie et la presse sont deux Tusils chargés à poudre. Les coups tirés sont de la poudre et du temps perdus. Pourquoi s*obstiner à prendre le bmit pour la balle ?
Si habilement, si éloquemment qu'elle soit glorifiée par M. de la Guéronnière et par le journal qu'il dirige, la troisième politique est condamnée par son impuissance. Elle est hors de concours. Il n'y en a que deux en présence : la politique de la guerre, que conseillait en mars 1863 le prince Napoléon, — politique qui avait autant de chances de réussir de la Baltique aux monts Karpathes contre la Russie, qu'elle avait eu de chances de succès des Alpes à l'Adriatique, — et la politique de l'abstention, qui n'a jamais cessé d'être la nôtre et qui serait mieux nommée : la politique de l'humanité. En effet, que de sang eût été épargné, que de désastres ne se fussent pas accomplis, si tout de suite, sans aucun retard , toute illusion eût été inexorablement arrachée aux Polonais ; si la France leur eût dit sans détour, et avec une flureté apparente qui eût été de la pitié réelle : Les trois partages de la Pologne sont des faits accomplis auxquels vous n'avez qu'à vous soumettre, comme la France, après 1814 et 1815, s'est résignée deux fois à la perte des provinces et des frontières qu'elle possédait et qui lui ont été enlevées. Changez de but ! ne courez plus après l'indépendance nationale, car si vous l'atteigniez, peut-être seriez-vous très-embarrassés de savoir qu'en faire... voyez la Grèce! Courez après la liberté, que vous êtes certains d'acquérir, si vous ne demandez qu'elle à l'empereur Alexandre, qui vient d'abolir le servage, et qui, s'il s'est trompé sur le choix du marquis Wielopolski, un de vos compatriotes, ne demandera pas mieux que de le remplacer par un plus digne. N'attendez de moi ni un homme ni un écu-, pas même une dépêche !
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La troisième politique n'existe qu'à l'élot de phrases sur le papier, qjube ce soit M« Drouyn de Lbuys ou M. de la Gcuéronniëre qui tienne la piuine. Elle se nomme, ditr-elle, la politique de ti;ansa£tioB. Si elle prend oenom, elle l'usurpe. Entre la Russie et kL Pologne, il n'y a point de transaction possible, car il n'y appoint de transaction durable. Il faut ou délivrer la Pologne, toute la Pologne, ou l'abandonner et n'y prendre d'autre intérêt que celui que nous pœnons à rirtande quand elle expire de faim. Pas de pitié menteuse ! Pas de pijLié fantaisiste ! Pas de pitié qui se bouche les oreilles quand ce sont les Hongrois que les Autrichiens mitraillent, aidés des Russes, et qui les ouvre quand ce sont les Polonais qui profitent, pour s'insurger, de ce que Foppression qui pesait sur eux tend à devenir moins lourde et peutf^ôtre à cesser entièrement ! Si le rétablissement de la Pologne est nécessaire au désarmement de l'Europe., dites-le! Soyez sincères! soyez sérieux! Ne demandes pas à l'empereur Alexandre II' des réformes auxquelles^ en réalité, vous n'attachez pas plus d'importance qu'à celles que^ vous demandiez au pape Pie IX! Hommes politiques, agissez en hommes politiques de votre temps ! Ayez la> franobise de niotre pensée et le courage de votre opinion ! Déroulez une carte, de l'Europe, prenez un compas, proposez hautement ce qui vous paraît juste et nécessaire, et si votre voix n'est pas écoutée, donnez; à. vos armées l'ordre de marcher et à vos flottes Tordre dlappareiller ! Cette politique4à n'est point la nôtre, c'est la politique territoriale; mais» sans l'adopter, nous la comprenons. Celle que nous ne comprenons pas, c'est celle que défend le joucnal laFr^fw et qu!il appelle la politique intermédiaire.
Entre la politique territoriale, faussement nommée la poLmQUE DES NATiqNALirËs, quî est la politique du priace NaiM>léon, et la politique économique, justemcjnt nommée la POLITIQUE ûEs UBBRTBS, qui cst la nôtre, il n'y a pas ])lace pour une troisième politique, à moins qu'il ne lui convienne de s'appeler la politique des impuissances.