ISI
vèrent l'appui d'une infanterie solidement établie. Wittgenstein etKlenau durent s'arrêter, se contentant de canonner jusqu'à la nuit.
Sur le champ de bataille, le roi de Naples, satisfait de la belle conduite de Pajol, qui avait combattu tout le temps sous ses yeux, le nomma commandeur de son ordre des Deux-Siciles {').
Napoléon était arrivé à Leipzig. Toutes les forces françaises, concentrées autour de cette ville, allaient faire un dernier effort.
De part et d'autre, la journée du 15 fut employée en préparatifs et en dispositions. Le roi de Naples, maître du plateau élevé de Wachau, avait déployé ses troupes, presque en ligne droite, de LiebertwollLvritz à Markkleeberg ; sa droite était appuyée à la Pleisse, sa gauche serait couverte par les renforts qu'amenait Napoléon. Son quartier général était à Probstbeyda. 11 avait établi le 8' corps (Poniatowski) à Markkleeberg et LOsnig, le 2° corps (Victor) à DOsen et Wachau, le 5' corps (Lauriston) à Liebertwolkwitz ; il avait réparti le 4' corps de cavalerie et le 8' (Pajol) entre Wachau et Markkleeberg, un peu en arriére de Poniatowski.
Une division du corps de Pajol avaii été provisoirement laissée à Holtzhausen, à l'extrême gauche.
Napoléon approuva les dispositions prises par le roi de Naples. Afin de donner plus de foixe à sa ligne de bataille de Liebertwolkwitz à Wachau et Markkleeberg, il résolut de doubler les trois corps d'infanterie de Murât, en plaçant Augereau à la droite, en arrière de Markkleeberg, la jeune garde et la cavalerie de Latour-Maubourg derrière Victor, au centre, ii Wachau. I^ corps de Macdonald, avec la cavalerie de Sébastianî, fut établi au-delà de Liebertwolkwitz, afin d'empêcher un mouvement loomant sur notre aile gauche et de pouvoir, au besoin, déborder l'^le droite de l'ennemi.
L'armée coalisée occupait les positions suivantes : k Thrâna, Kohra, Naunhof et Pomssen, se trouvaient Wittgenstein et Klenau ; h Stormthal et Gossa, le prince Gortschakow et le prince de Wurtemberg ; k Magdeborn, Kleist et, plus en arrière, Rajewski. Meerfeld, avec les réserves autrichiennes et russes,
(')VoiT Piices juilifiealhfi, n* ÎS.
était campé k Audigast, sur la route de Pegau à Leipzig ; son araot-^arde occupùt Zwenckau. Ënrin Giulay ét^t k Lutzen, poussant des coureurs jusqu'à Markrannstadt ; l' avant-garde de Colloredo arrivait à Fi'Ohburg et à Rochlitz.
Dans cette situation, les Alliés avaient projeté de diriger Meerfeld, avec toutes ses forces, dans l'angle formé par la Pleisse et l'Elster, afin de le lancer, par DOlitz, en arrière de l'aile droite de l'armée française; pendant ce temps, le centre de leur armée, fort de 70,000 hommes environ, devait se porter droit devant lui sur Wachau et toute la ligne française ; enfin, à leur extrême droite, Klenau se dirigerait sur Seyffertshayn, pour tourner notre gauche et chercher à se lier à l'armée de Silésie (Blilcher) et k l'armée du Nord (Bemadotte).
Le (6, entre huit et neuf heures du matin, toutes les troupes ennemies, depuis Magdeborn jusqu'à Naunhof, se mirent en mouvement en même temps, marchant résolument à nous. La colonne de Kleist s'avança, par Crobem et Crostewitz, sur Markkleebei^ et Wachau ; le prince de Wurtemhei^ marcha directement contre Wachau, et le prince Gortschakow se porta vers Liebertwolkwitz.
La division du prince Auguste de Prusse (corps de RIeist) parvint à s'emparer de Markkleeberg, dès tes premières heures du combat, malgré la résistance opiniâtre du prince Ponialowski, qui dut se retirer sur les hauteurs en arrière, près de Dosen. Ce mouvement de recul venjût de ployer notre ligne de bataille. Le duc de Castiglione porta alors son corps en avant, pour appuyer notre aile droite. En môme temps, le général Kellermann, qui dirigeait ce jour-là les i' et S' corps de cavalerie, se jeta avec ses dragons sur l'infanterie du prince Auguste, et parvînt à la contenir. Mais les cuirassiers de LavachofT, franchissant le ravin qui marquait le pied de nos positions, prirent .nos escadrons en flanc et les ramenèrent. Le feu de notre infanterie et de notre artillerie força les cavaliers ennemis à revenir sur leurs pas.
A Wachau, le combat étfùt acharné ; les trois divisions du maréchal Victor ne tâchaient pas prise; Kleist ne ffûsait aucun progrès de ce côté, pas plus que le prince de Wurtembei^.
Enfm, à Liebertwolkwitz, Lauristoo tenait bon; etMacdonald
marchât contre Klenau, qui voulait prononcer son mouvement ' tonmant.
Vers midi, prévenu que Marmont, au nord de Leipiig, éttdt aux prises avec Bliicher, tandis que Giulay attaquait Margaron i Lindenau pour nous ôter notre ligne de communication avec Lutzen, Napoléon résolut de changer d'attitude : il quitta la défensive pour pi'endre une ofienaive vigoureuse. Les corps de Victor et de Lauriston, augmentés de la jeune garde, eurent ordre de déboucher de leurs positions et de refouler l'ennemi. Une batterie de 80 pièces d'artillerie de la garde, commandée par le général Drouot, devait s'avancer entre ces deux formidables colonnes, auxquelles la vieille garde (divisions Curial et Priant) servit de réserve. De plus, MacdonaJd, déjà maître de Seyflertshayn, devait rejeter Klenau à droite, afin de le culbuter sur Gortschakow, qu'on tâcherait de rabattre sur Kleist, de manière à les précipiter tous dans la Fleisse.
Cette marche en avant fut exécutée avec vigueur. Le centre des Alliés se trouva repoussé aux extrêmes limites du champ de bataille. L'empereur de Russie, voyant quel péril courait l'armée coalisée, envoya supplier le prince de Schwarzenberg d'abandonner son attaque par la rive gauche de la Pleisse, et d'envoyer du secours au centre (armées russe et prussienne), gravement menacé. Le généralissime dirigea immédiatement le corps du prince de Hesse-Homburg de Zflbigker sur CrObem, par Gaschwitz. La certitude d'avoir un renfort important (20,000 hommes) permit à Alexandre et à Guillaume d'engager tontes les réserves russes et prussiennes, afin d'arrêter notre marche en avant.
A trois heures, nous conservions toujours le terrain conquis, mais l'ennemi ne reculait plus et opposait sur tous les points nne résistance invincible. Partout la lutte était acharnée et sanglante.
Irrité de ce temps d'arrêt et pressé d'assurer la victoire, Napoléon se décida à jeter sa cavalerie sur la ligne ennemie. Murât réunit tout le corps de Pajol à gauche de Wachau, tandis que Kellermann se plaçait à droite, à la tète de la cavalerie polonaise et des dragons de la garde.
Le 5* corps fut d'abord engagé brillamment; mais, à quelque
distance de Gossa, Pajol l'arrêta, afin de reconnaître le terr^n avant de s'avancer plus loin et de charger une batterie qui, placée près du village, noua faisait beaucoup de mal. Le capitaine Biot, aide de camp du général, revint bientôt annoncer que la vallée, en avant de Gossa, n'étfùt qu'un vaste marais, où les chevaux enfonçaient jusqu'au poitrûl. Pajol avertit immédiatement le roi de Naples; qui, après avoir causé quelques instants avec lui, s'éloigna. Murât avait à peine fait quelque temps de galop, qu'un obus vint rouler sous le cheval du généi-al Pajol et éclata : le cheval fut écartelé, et le général lancé à 7 ou 8 pieds en l'air. Le capitaine Biot le releva; il avait le bras gauche cassé et les côtes fracturées.
Cependant le roi de Naples était retourné et avait demandé le général Pajol. On lui dit qu'il venait d'être tué. Murât conduisit alors lui-même la charge, sans s'arrêter aux observations qui lui avaient été faites précédemment. Nos cavaliers s'embourbèrent dans les terrains marécageux ; au moment où ils rétablissaient leur ligne, les hussards et les Cosaques de la garde russe, débouchant par les ouvertures' praticables de Golden-Gossa, se jetèrent sur eux à l'improviste et les obligèrent à une retraite précipitée.
Cette masse énorme de chevaux poursuivis et poursuivants passa, sans lui faire aucun mal, par-dessus le général Pajol, que le capitaine Biot avait fait coucher à terre. Après cette avalanche de cavalerie, tous deux se relevèrent, et le général, appuyé sur son aide de camp, marchait péniblement vers nos lignes, quand un éclat d'obus vint encore le renverser. Pajol ne fut que contusionné ; mais il avait été si fortement touché, que plusieurs doubles frédérics qu'il avait dans sa bourse furent plies comme un tricorne. Il se remit en marche, et rejoignit bientôt une de ses divisions. Quelques hommes le transportèrent à Leipzig dans un état épouvantable : son bias pendait, presque en lambeaux ; son visage et son corps n'étaient qu'une plaie.
L'Empereur, le voyant passer, s'écria : a Mon cher Pajol, je
« fais une grande perte, que je ne remplacerai pas ! » 11 dit à
ceux qui l'entouraient : « Si Pajol en revient, il ne doit plus
<i mourir I »
Le rôle du général Pajol était fini pour la campagne de 1813.
1813. lOK
Le général Milhaud le remplaça dans le commandement du 5' corps de cavalerie.
C'est ici le moment de relever une erreur commise par quelques écrivains, qui n'ont probablement pas eu les pièces officielles entre les mains, quand ils ont porté le général Milhaud comme commandant le 5' corps de cavalerie pendant toute la campagne de 1813. Milhaud n'eut ce commandement que le 16 octobre au soir, lorqu'il fut constaté que Pajol n'était plus en état de le reprendre. Le ÎS" corps de cavalerie avait été formé «confié à Pajol par décret de l'Empereur, daté de Dresde le 29 septembre {'). Jusqu'à cette époque, les divisions qui le constituèrent avaient agi isolément, employées tantôt d'un cillé, tantôt de l'autre, sans avoir été réunies en véritable corps d'armée.
Le général Pajol av^t pria le commandement des divisions Lhéritier et Subervic, le 5 octobre, aux environs de Mittweyda, et avait dirigé tous leurs mouvements jusqu'au 16 (*). La diviàon Milhaud , composée des dragons venant d'Espagne, n'avait rejoint le S* corps de cavalerie que le 12 octobre.
Le grand historien de la Révolution et de l'Empire, M. Thiers, consciencieux comme doit l'être tout écrivain qm cherche la vérité, a bien placé le général Pajol au poste qu'il occupa réellement; il n'a jamais manqué, dans cette campagne comme dans les autres, de lui assigner le rôle qu'il a remph.
Pendant qu'on transportait Pajol dans une des premières maisons de Leipzig, au-delà du faubourg du Midi, le combat coDtinuEut en avant de 'W'achau, avec des alternatives tantôt heureuses, tantôt malheureuses. Le feu s'éteignit assez lard, après une canonnade très-violenle. L'ai'niée française campa sur une partie du terrain occupé le matin par l'ennemi.
Les deux armées restèrent toute la journée du 17 en présence, sans rien entreprendre l'une contre l'autre : Napoléon était indécis; Schwarzeoberg attendit les renforts qui arrivaient de Cliemnitz etZwickau.
(') Veîr Piitct jutlijicatiii ViAr Piica Jailificatiri
Le 18, la bataille recommença avec un nouvel acharnement, et s'étendit tout autour de Leipzig, de la Partha à l'Elster, sur un espace de trois lieues. Nou3 avions sur les bras toutes les forces de la Coalition : Blùcher, Bernadette et Schwarzenbeiî;. Au soir de cette sanglante journée, l'ennemi n'étaitguèreplus avancé que le 16; mais Napoléon, comprenant l'inutilité d'une plus longoe résistance en face d'armées numériquement si supérieures à la sienne, songea à repasser l'Elster. 11 fit commencer le mouvement pendant la nuit, pour le continuer le lendem^n, sous la protection de quatre corps, qui, postés dans les faubourgs de Leipzig, en défendraient l'accès le plus longtemps possible.
Les médecins appelés auprès de Pajol, le 16 au soir, avaient voulu l'amputer. Sur son refus, ils se décidèrent à lui poser un premier appareil. Le lendemain, le bras présentfùt une situation satisfaisante, dont la continuation était assurée si le blessé s'interdisait tout mouvement. Il passa donc les journées du 17 et du 18 dans une immobilité ausà complète que possible. Il désirait pouvoir gagner promptement une ville où il fût plus tranquille qu'à Leipzig, centre d'opérations fort actives depuis trois jours.
Le 19 au matin, le docteur Gorcy, médecin en chef aux armées, averti de l'évacuation de la ville, vint prier le général d'emmener vei-s la France son fils malade. Pajol se voyïùt forcé de refuser le service qu'on lui demandait (car il ne pouvait voyager lui-même qu'étendu dans sa calèche), quand un officier (lu duc de Reggio vint l'engager, de la part du maréchal, qui mettait une voiture à sa disposition, à se diriger immédiatement sur Francfort. La difficulté était levée : le docteur Gorcy eut pour son fils la calèche du général, qui suivrwt la voiture du maréchal.
Pajol fit réunir dans la cour de la maison où il ét^ût ses chevaux, ses bagages et équipages, M. Gorcy pansa son bras, et l'on se préparait à se mettre en marche, loisque la fusillade retentit dans le faubourg voisin et se propagea jusque dans la rue où l'on devMt déboucher. Force fut donc de suspendre le départ : il ne fallait pas songer à traverser la ville, encombrée d'hommes, de voitures, de caissons et de canons.
Dès que le feu s'éloigna, ce qui annonçait que l'ennemi était
repoussé, le général fut mis en voiture, et la petite colonne sortit, conduite par te capitaine Biot. lies obus et tes boulets pleu- TÙent sur la vilte ; tandis que le triste cortège traversiiit la grande place, un boulet tua une des ordonnances, ricocha sur la voilure du général et alla se If^er dans le premier étage de lamiûson occupée par le roi de Saxe. On gagna ensuite, sans acùdent nouveau, les boulevards de l'ouest ; la calèche du générât, unsi que toute son escorte, prirent rang dans l'immetise file de voitures qui se dirigeait vers la route de France- A peine éi3it>0Q sur cette chaussée, au débouché du premier pont, qu'une vive fu^llade s'engagea en avant et à peu de distance. C'était le maréchal Mortier, qui était aux prises avec une colonne autrichienne du corps de Giulay. Aussitôt le désordre se met dans les voitures : les unes rétrogradent, les autres se jettent dans la campagne, k droite et à gauche. Dans ce pêle-mêle, le général Pajol fut conduit à un petit hameau, où il attendit que la route fût de nouveau libre. Bientôt l'ennemi fut repoussé, et le général put achever le passage de tous les ponts qui relient Lindenau à Leipzig, à travers la Pleisse, l'Elster et les nombreux bras de ces deux rivières. Le soir, Pajol s'arrêta, comme toute l'armée, aux environs de Lutzen.
Le 20, il couchait à Welssenfels, qu'il quittât au milieu de la nait, a0n d'être en même temps que l'avant-garde de l'armée à Freibnrg. Arrivé là, on fit entrer toute sa petite colonne dans ime espèce de gorge, fermée par l'Unsrut, et où se trouvait réanie une grande quantité de fourgons, de cessons, auxquels on devait mettre le feu, disait-on. Cette perspective n'avait rien de gai pour un blessé qui ne pouvait voyager qu'en voiture. Le général fit intercaler ses calèches entre deux canons d'un parc qui sortait de cette gorge. Mais, au moment de franchir le défilé, seule issue praticable, le parc s'arrête, et la voiture du général continue d'avancer. Une batterie d'artillerie légère arrivant par derrière au galop, il fallut se lancer k fond de train, pour ne pas être précipité dans le ravin. Ce ne fut qu'après une course vertigineuse de 2,000 mètres, que les chevaux du général purent ralentir leur allure. L'artillerie av^t pris sur la droite un chemin qui conduisit aux hauteurs. Là, elle s'était mise en batterie, et avait ouvert sur le corps d'York, qui débouchait de
Macbeln, une canoonade des plus vives, à laquelle vint bientôt se joindre la fusillade. Boulets et balles passaient par-dessus la tête du général ; il parvint cependant à gagner un pont de chevalets, sur lequel il franchit l'Unsrut, malgré les projectiles ennemis, qui y portaient en assez grande quantité.
A la sortie de ce pont, la peur s'empara du cocher et du postillon ; les chevaux partirent ventre à terre, malgré le mauvais état du chemin. La voiture versa. Le général voulut sortir par la portière, mailles grenadiers, le voyant le bras en écharpe, l'obligèrent à rester dans la voiture, qu'ils remirent sur ses roues. Quelques instants après, les conducteurs, de plus en plus effrayés de la quantité des balles qui tombaient autour d'eux, se jetèrent dans une prairie marécageuse, où la voiture versa de nouveau. Les grenadiers n'étaient plus là.; le général dut s'en tirer comme il put, aidé seulement du fils du docteur Gorcy et du capitaine Biot; soutenu par eux, il gagna le village d'Ismitz, dont on apercevait les premières maisons. L'aide de camp retourna ensuite vers la prairie. Cinquante soldats de la brigade Janin, qui était venue se mettre en position à peu de distance, relevèrent la voiture et la tirèrent du marais. Ils rattrapèrent le postillon , qui avait coupé les traits et se sauvait à travers champs. Conduite au village, la voiture fut réparée tant bien que mal, et le général Pajol put aller cogcher à Eckartsberg, où se trouvait le quartier impérial.
Le lendemain, 22, il parvint à Ërfurt, où il ne resta qu'un seul jour, sur l'avis du général Belliard que l'Empereur avait l'intention de continuer rapidement son mouvement rétrograde. Le 26, Pajol se trouvait à Wach, en Westphalie, au moment où y passait également le roi de Naples, rentrant en Italie. Murât te prévint de se hâter, car l'ennemi approchait et pourrait bientôt peut-être fermer la route de France. Le général se décida à se rendre immédiatement à Fulda. A la sortie de Wach, il essuya un hourrah de Cosaques, auxquels il échappa en retournant précipitamment vers ta ville, protégée par un petit corps d'infanterie ; sa calèche n'ayant pas rebrousséchemin assez vite, le jeune Gorcy fut tué par les Cosaques.
Pajot ne se mit en route qu'avec la colonne d'infanterie, et arriva seulement le lendemain, 27, à Fulda. Sa blessure n'avait
pas été. pansée depuis viDgt<quatm heures; ie médecin, en le- Tînt le bandage, remarqua un commencement de gangrène. Le général paraissait trè.3-affecté.
On le mit au lit; le sommeil le calma; il put repartir le jour suivant pour aller coucher à Gelnhausen, où se trouvaient S à 6,000 hommes, avec lesquels il reprit sa route, le 29 au matin. Cette colonne fit une halte à moitié cheniin de Hanau. Désireux de gagner Francfort, n'apercevant nulle part les Bavarois dont on parlait beaucoup, Pajol se décida à continuer seul. A peine aviùt-il fait deux kilomètres, qu'il fut chargé par des cavaliers bavarois et obligé de revenir sur ses pas. Il voyagea avec la colonne, qui ne fut point inquiétée. Elntre Hanau et Francfort, ces S à 6,000 hommes d'infanterie se réunirent aux troupes du général Préval et s'arrêtèrent ; Pajol arriva à Francfort sans encombre.
Le bruit courmt déjà dans cette ville que les Autrichiens approchaient par le Mayn. Après avoir été pansé par le docteur Bigarré, chirurgien du général Latour-Maubourg, le général Psjol repartit dans la soirée. Il ai'riva à Mayence, le 30 octobre an matin, après avoir voyagé toute la nuit. Il était donc sur le sol français, après un trajet long et périlleux, pendant lequel il eut h supporter de grandes fatigues et à surmonter de douloureuses péripéties. Il dut son salut au dévouement du capitaine Biot, sob mde de camp (') ; il dut la santé aux soins du frère de cet officier : le docteur Biot, médecin civil employé provisoirement à l'hôpital militaire d'Erfurt, avait été attaché à sa personne depuis cette ville. Grâce au concours actif, dévoué et iBlelligent de ces deux frères, il avait revu sa patrie, et ses blessures étaient eu voie de guérison.
{')Biol(Uubert'Praii^b], né ■ Lille le 3 révrier 1778. E^lré au tcrvice dans le 11' réglaient de cbaueurs, le 23 décembre 1802; >oiu-lieuleuant, te 36 mai 1809; iKBteoaDI, le 12 aodl ISOO; aide de camp du général Psjol, le 13 aodt 1809; capilUH, k!7 airil 1812; chef d'escadron aide de camp, le IS mars 1814; major nu 4' riment de liu«sards, le 20 juin 181G ; lieulenaiit-colonel aif 18° régimenl de cbucun, le IS décembre 1813; colonel du G' chasseurs, le 11 avril 1831; muii "iMiaite, ■ Lille, le h janvier 184Ï. Plusieiin lait blessé et mis à l'ordre dé l'tnatt. C'était ud officier de courage, au cœur élevé, qui ne cessa de donner à hiol des preuves du plus grand attachement.
Une grande partie des équipages du général fut perdue. Par un hasard singulier, sa calèche fut retrouvée à Mayence : trois sapeurs du génie l'avfùent ramenée de l'endroit où av^t été tué le jeune Gorcy. Pajol partit de Mayence, vers le i2 novembre, pour Besançon, avec un congé de trois mois, accordé par le major général, au nom de l'Empereur. Son trùtement d'activité sur le pied de guerre lui ét^t conservé pendant sa convalescence (').
Après avoir écrasé l'armée austro-bavaroise è. Hanau (30 octobre), et passé environ une semaine à Mayence pour réorganiser les débris de son armée, Napoléon était rentré à Paris. Les préoccupations politiques, militaires et financières gui odsédaient son esprit ne lui firent point oublier les services rendus pendant cette triste campagne de 1813: par décret du 25 novembre, il conféra au général baron Pajol le titre de comte de l'Empire ('}. Cette récompense était bien méritée : les blessures dont étmt couvert le commandant en chef du 5' corps de cavalerie attestaient l'ardeur de son patriotisme et la constïuice de son dévouement {').
(') Vnir Fiicti jatlificatii^i, u"» Ï7 et ÎB. (') Voir Piècts joatificatlves, d" 29, 30 el 31.
{') Pendaul laule la campagne de 1813, le général Pajol porta l'iiDironne d'oRlcicr général, et ajouta une quatrième étoile sur »e* épauleltet el aux franges de a
(Voir les n-* 13, 18 ot lO de la carlo
InruioD de la France p«r lu annéei tiliécs. — Organiution àt la défenie du terri' loirs. — Réunion de la grande armée qui doit opérer ions lei ordres de NnpoléoD. — RaiMnablement do réserve) de Paris. — Créalioa du corps d'armée desliné à défendre le* vallées de la Seine, de l'Yonne et duLoing.— Le commandenieiit de ce corps est confié au général Pajol. — Arrivée de te général sur le théitre de ses opéntions. — Travaux de rortification paisagère qu'il Fail exécuter sur les troil rivières, — Réunion de ses moyens d'action en infanterie, cavalerie et artillerie, à Nogent, Hoatereau, Pont-sur- Yonne, Horet, Nemours. — Mouvements de Schmneaberf , qui obligent Pajol h concentrer sou corpa d'année à Hontereau. — Harche sur Sens, — Position de Pont-sur- Yonne.
Nos armées, vaincues fpar les forces de l'Europe entière coalisée contre la France, avîdent repassé le Rhin au mois de novembre 1813. A l'abri de ce fleuve, elles s'étaient établies dans leurs cantonnements d'hiver, où nos soldats devaient prendre uD peu de repos, tout en surveillant la frontière.
Pour atteindre ce double but, les troupes avaient été divisées en trois corps d'observation, ainsi répartis : le premier, commiuidé par le maréchal Macdonatd, de Nimègue à Cologne ; le deu^iiëme, aux ordres du maréchal Marmont, de Goblenz à Worms et Mayence ; le troisième, sous le maréchal Victor, de Landau à Golmar. Ces corps, formés avec les débris de la grande armée d'Allemagne, n'avaient point une organisation et une administration bien solides. Il était d'ailleurs à cridndre que le typhus, déjà violent à Mayence et dans quelques villes environnantes, n'éclaircit ^core les rangs de ces malheureux batûllons, échappés aux désastres de 1842 et de 1813. Partout on prenait des mesures pour arrêter la marche de l'épidémie ou pour soustraire nos soldats à son atteinte ; les troupes étaient cantonnées aux endroits les plus sains ; les blessés transportables étaient renvoyés dans leurs foyers.
Le général Pajol, grièvement blessé le 16 octobre 1813, à Wachau, en avant de Leipzig, n'avait été lusse à Mayence que le temps de s'y faire panser et de s'y reposer ; puis on l'avait dirigé sur Besançon, où il devait retrouver sa jeune famille. A peine installé dans sa ville natale, le général se vit forcé, par l'invasion de la Franche-Comté, de se réfuter à Paris avec sa femme et ses enfants. Il ne voulait pas se trouver bloqué dans Besançon; il sentait que, bientôt, l'Empereur aurait besoin de ses services ; car la France était gravement menacée.
La Coalition, fatiguée de ses efforts, étonnée de ses triomphes, avait semblé d'abord disposée à s'arrêter sur le Rhin. Le souvenir de l'insuccès de 1792, le prestige incomparable de notre armée et de son chef, que les malheurs de deux campagnes n'avaient point complètement détruit, donnaient à réfléchir aux puissances continentales. Cette France qu'ils n'avaient vaincue chez eux qu'après vingt ans d'efforts eitraordinaires et au prin des plus sanglants sacrifices, les Alliés craignaient de la braver chez elle. De Francfort, les souvenùos envoyèrent à Paris des propositions de paix (li novembre). Tandis que Napoléon hésitait à accepter franchement les bases proposées, une coddû»sance plus complète de sa détresse et de l'état des esprits en France, les intrigues royalistes, puis l'insurrection de Hollande, changèrent les dispositions des Coalisés. La grande armée austrorusse, sous les ordres de Schwarzenberg, passa le Rhin à Bâle le 21, le 22, le 23 et le 24 décembre ; l'armée de Silésie, commandée par Bliicher, franchit ce fleuve le 1", le 2 et le 3 janvier, à Mannheim, à Mayence et à Coblenz.
A cette nouvelle, Napoléon comprend l'imminence du danger. Sans en être branlé, il applique toutes les ressources de son génie à sauver la France de cette honte et de ces malheurs, dont il est la cause première. Il envoie à ses maréchaux l'ordre de ne pas livrer de grande bataille et de se retirer lentement, en disputant le terrain pied à pied pour retarder la marche des Alliés. Il crée, pendant ce temps, une armée nouvelle, qu'il va conduire à leur secours, et qu'il forme, grâce à son pouvoir dictatorial, avec la levée des conscrits de 1814 et de 1815, décrétée d'urgence ; avec les dépôts des corps, réunis en régiments provisoires, et avec les batuUons de la garde nationale mobilisée.
Ces troapes, rassemblées à la h&te, à peine armées et habillées, étaient dirigées sur GbâloDS, point de concentration. Enfin, la levée en masse des départements envahis, composant des armées d'insurrection, devîdt prêter à l'armée active un utile concours. La population se trouvait organisée en batùllons et compagnies, sous les ordres d' officiers ayant le droit de faire sonner le tocsin et de lancer leurs hommes en partisans.
Quatre de ces armées d'insurrection furent décrétées, et reçurent pour chefs : l'armée du Doubs, Moncey; celle de la Franche-Comté, Pajol ; celle du Jura, Préval ; celle de la Haute- SaOne, Lemaire. Le général Pajol, quoique très-souHrant encore, se sentait trop vigoureux pour ne pas ambitionner dans un pareil moment un meilleur emploi de son patriotisme. II sollicita l'honneur de commander à des troupes régulières ; et l'Emperear, jugeant de quelle utilité lui serait ce chef, jeune, brave et intelligent, lui confia la défense de la vallée de la Seine entre Paris et Nogent.
Toutes les dispositions prises par Napoléon avaient un double but : couvrir la capitale, retarder les progrès de l'invasion.
Les Alliés, après avoir franchi le Rbin, s'avancèrent vers Paris, sur deux lignes d'opérations, distantes, à leur base, de pins de cent lieues : l'armée de Blticher suivrait la vallée de la Moselle, puis celle de la Marne ; l'armée de Schwarzenberg, la vallée de la Sadne d'abord, puis celle de la Seine. La séparation des forces ennemies était une faute militaire. Elle n'avait point échappé à Napoléon, qui espéra en profiter, et conçut le projet de se jeter entre les deux armées, afin de battre successi- Tement chacune d'elles. Il avait donc prescrit aux maréchaux Manuont et Victor de continuer leur mouvement rétrograde et de se rapprocha de Vitry-le-François et de Châlons, où les nouveaux corps de Ney et de Mortier se réunissaient, et où les dernières ressources de la France arrivàent à marches forcées.
Les renseignements fournis sur la position de l'ennemi faisaient crmndre la jonction prochaine de Blticher et de Schwarzenberg. Après avoir donné la dernière main aux affaires de l'État et constitué la régence, l'Empereur partit de Paris le 23 janvier au matin, et arriva le soir à Ghàloos, Le lendemain.
l'armée française reprît l'offensive, et fut informée qu'elle était, dès ce moment, aux ordres directs de Napoléon. Le 27 janvier, elle avait dépassé Vitry ; le 28, elle bousculait un corps prussien à Saint-Dizier. Alors seulement l'Empereur reconnut qu'il arrivait trop tard, et que la jonction à laquelle il avait voulu s'opposer était opérée depuis deux jours : au lieu d'être placé entre les deux armées et sur les derrièies de Schwarzenberg, il allait se trouver en face de toutes les troupes réunies de la Coalition.
Le mouvement des forces françaises avait contraint l'armée austro-russe de suspendre sa marche sur Paris, et allait donner au général Pajol le temps d'organiser, avec un corps de cavalerie et une division de garde nationale, en formation, la défense de la vallée de la Seine jusqu'à Nogent et des vallées de l'Yonne et du Loing, mission qu'il avait reçue par décret du 17 janvier ('), en échange du commandement de l'armée d'insurrection de la Franche- Comté. L'Empereur lui avait témoigné combien il attachait d'importance à cette opération, et ses ordres avaient été catégoriques à cet égard : le corps de cavalerie devait, par ses reconnaissances, arrêter les partis ennemis qui ne manqueraient pas de devancer l'armée de Schwarzenberg dans la direction de Paris ; et l'infanterie devait conserver à l'armée française tous les points de passage sur les cours d'eau, c'est-à-dire les pouls de la Seine, de l'Yonue et du Loing.
Le corps d'armée de Pajol comprenait :
1" Une division de garde nationale, qui devait se réunir à Montereau, sous les ordres du général Pacthod ;
2° Une batterie d'artillerie, qui se trouvait 4 Arcis-sur-Aube ;
3° Une division de cavalerie, formée des dépôts des régiments de chasseurs, de hussards et de dragons, dont les escadrons actifs étaient à l'armée d'Espagne. Les cadres de cette division, organisée à Versailles, étaient :
Un général de brigade, le général Grouvel ;
Le 2" régiment provisoire de dragons, commandé par le colonel Séguier et les chefs d'escadron Cécire et Millardin ;
Le 5' régiment provisoire de dragons, commandé par le
(>)\air Piicei /iiilificMim, n'SJ.
colonel Canovas Saint -Amand et les chefs d'escadron MoatODnet et Perrey;
Le 6* régiment provisoire de cavalerie légère, commandé par le colonel Nicolas et les chefs d'escadron Polowski et Pascal.
Ce corps d'armée n'était organisé que sur le papier. Cependant le général Pajol reçut l'ordre de se rendre, le 21 janvier, àMelun, où toute sa division devait être réunie. Il ne trouva, à son arrivée, que quelques centaines de cavaliers, l^e lendemain, il dut transporter son quartier général à Nogent-sur-Seine (*) , et tommencer une étude minutieuse du terrain qu'il avait à garder. On lui av£Ùt adjoint, pour cette reconnaissance, le chef de bataillon du génie Durivau, directeur des études à l'École polytechnique, provisoirement attaché à son corps d'armée. Il arrêterait, avec cet officier, les mesures de défense propres à mettre les ponts à l'abri d'un coup de main, en les palissadant et en profitant de la configuration du sol ainsi que de la disposition des maisons. Les travaux de fortification passagère sendent ensuite exécutés par les ingénieurs des ponts et chaussées, placés sous ses ordres i cet effet. Enfin le général devait voir les préfets, sous-préfets et maires, stimuler leur zèle, activer l'organisation des gardes nationales, et régler le service des réquisitions, des vivres et des transports. En un mot, Pajol avait le commandement supérieur de toute la zone confiée à sa garde, zone qui était mise en état de guerre.
L'Empereur attachait une si grande importance h la possession de cette partie du territoire, qu'il adressait encore à Pajoi, avant de quitter Paris, ces nouvelles recommandations : « conserver ■ toujours la plus grande mobilité à son corps d'armée ; pousser • ses avant-postes à Arcîs-surAube ; correspondre avec le gé- « néral Hamelinaye à Troyes, et être prêt à appuyer ce général I ouiêtre appuyé parlui, suivant les circonstances, de manière ï à présenter, à un moment donné, en réunissant les deux « corps, une masse assez imposante pour arrêter l'ennemi. » Le but qu'on se proposait était bien clair ; mais, pour l'atteindre, il eût fallu une armée sérieusement organisée. Or Pajol avait seulement un quart de sa cavalerie, et les hommes manquaient
(') Vmr Fiitei jmlifiealivei, a* 3 J.
lis PAJOL.
de tout, même de manteaux. La garde nationale de Seine-et- Marne était armée et équipée, mus n'avait point de munitions. L'état-major du chef de corps se .composait seulement du capitaine Biot, son aide de camp; il n'avût ni officiers de sauté, ni employés des vivres, ai inspecteurs aux revues, ni commissaires des guerres.
Cependant il ne se découragea pas. Il quitta Meluu le 23 janvier avec le commandant Durivau, visita Nemours et Moret, où il décida que les ponts seraient minés, pour les ftûre sauter au besoin ; on élèverait des barricades au débouché ; on en palissaderûtles abords, afin d'abriter les tiriûUeurs, répards aussi dans les maisons voisines, qui serment crénelées. Avant son départ de Melun, il avait prescrit de couper une des arches du premier pont tenant h la rive gauche de la Seine, de créneler le moulin et les miûsons de droite et de gauche. 4 à SOO gardes nationaux devaient défendre le passage.
En rendant compte de ces premières dispositions, le général Pajol se plaignit de la lenteur que l'on mettait & expédier ses troupes de Versùlles, à fournir les outils nécessaires aux ouvriers et à envoyer de la poudre pour les mines des ponts. Car, au cas où l'ennemi se serût montré, il comptait bien plus, pour l'arrêter, sur la destruction des moyens de passage que sur la résistance des gardes nationaux. Par suite de ces réclamations, Napoléon se fit mettre sous les yeux un état de la composition de la division de cavalerie de Pajol ; il vit avec étonnement que l'effecUf n'était que de 33 ofDciers, 1,016 hommes de troupe et 1,089 chevaux. 11 prescrivit de le porter à 4,000 chevaux avant lel" février, et à 5,000, au 6 février; il voulut, en outre, qu'une route d'étape fût établie de Versmlles à N(^ent-sur-Seine, par Brie-Comte-Robert.
Ces ordres formels stimulèrent le ministre, qui ne cessait, à son tour, de presser le général Roussel, commandant le dépôt de cavalerie à Versailles. Chaque jour il annonçait au général Pajol l'arrivée prochaine d'un détachement de 100 chevaux, d'un autre de 400, d'un autre de SOO. L'administration de la guerre lui envoyait de la poudre, des outils et des effets d'habiUement et d'équipement. De plus, le général Pacthod avait reçu l'ordre de se rendre sur-le-champ à Montereau et d'y
oi^Diser les gardes natioDales âe cette ville, de Pont-sur-Yoïme et de Fontainebleau (').
n était temps de préparer la défense de Paris du côté de l'est. Les Cosaques de Platow, avant-garde de l'armée austro-russe, se montndent, depuis le 23 janvier, dans les environs de Joigny, Bar-sur-Seine et Sens; les premiers corps autrichiens étaient à Colombey et à Bar-sur-Aube.
Pajol, arrivé le 26 janvier à Nogent, avait f^t exécuter, sons la direction de M. Rouhaut, architecte de la ville, les travaux de défense jugés les plus urgents. La configuration du terr^n le mit dans l'impossibilité de protéger le pont, domioé par la position de Villers -aux -Choux, qu'occuperait nécessairement l'ennemi venant de la rive gauche de la Seine. 11 informa le ministre de cette circonstance fâcheuse, et le capitmne Biot, envoyé exprès pourrendre un compte exact de la situation, rapporta l'ordre de miner le pont au lieu de le fortifier.
Sur les autres points, à Nemours, Pont-sur-Yonne, Bray, Horet et Monlereau, les travaux de défense av^ent été tracés par M. Durivau, récemment promu lieutenant-colonel, qui avait laissé des instructions écrites et précises pour guider les ingé- DÏeurs chargés de l'exécution de ces fortifications.
Cinq élèves ingénieurs venaient d'Être envoyés de Paris par le directeur général, M. Costaz, et adjoints aux ingénieurs ordi- DÙres des départements.
Le service était dnsi réparti : M. Eustache, ingénieur en chef, qui avût la haute direction des travaux, restût à Melun. Les ingénieurs ordinaires éudent placés, : M. Gretry, à Bray ; M. Vuitry, & Pont-sur-Yonne ; M. Molines, à Nemours. Les Élèves ingénieurs avaient été envoyés : M. Baudesson, à Melun; M. de Besson, à Montereau ; M. Blondat, à Nogent ; M. Courant, à Souppes ; M. Bedigier, à Moret.
Tous ces jeunes ingénieurs apportaient plus de zèle et de dévouement que d'expérience de la fortification. On leur avait seulement remis une instruction imprimée, avec planches, émanant da ministère de la guerre, dans laquelle étaient décrits les prindpaux ouvrages de fortification passagère.
(■) \tm Kteti imijxeeûttt, V 34.
Les ingéoieurs devaient adresser des rapports au général Pajol, b. Nogent, et b. M. Ëustache, àMelun.
A l'inexpérience des ingénieurs ven^t se joindre le manque d'ouvriers. Les campagnes avùent envoyé à l'armée et à la garde nationale tous les hommes en état de porter les armes. Les outils manquaient, comme aussi l'argent pour stimuler l'activité des trav^Ueurs. Lente était la marche de ces travaux, que l'Empereur avait ordonné de finir en vingt-quatre heures. Au l" février, à Nc^ent, Pont-sur- Yonne, Souppes, Nemours, Moret et Montereau, les arbres avaient été débités et apportés à pied d'œuvre ; on les assemblait pour en faire des palissades et des barrières ; à Gretz, le pont étant très-vieux et peu intéressant à conserver entre Moret et Nemours, on avait commencé à le miner ; à Bray, on se disposait aus^ à fùre sauter le pont, car la communication sur ce point n'était pas indispensable, et ta ville, qu'il aurait fallu garder, olTrait un trop grand développement, qui aurait demandé beaucoup d'infanterie, tandis que 130 hommes, retranchés sur la partie du pont attenante à la rive droite et dans les maisons contiguês, pouvaient empêcher de rétablir le passage.
Au milieu des dilîicultés sans nombre que présentaient l'exécution des travaux de défense, l'organisation et la disposition de ses troupes, le général Pajol reçut du ministre l'ordre d'agrandir le cercle de ses opérations, de surveiller les mouvements des Austro-Russes du côté de Sens, où le général Alix les tenait en échec, enfin d'envoyer 2 à 300 hommes d'infanterie au général de Vaux, qui avfùt remplacé à Auxerre le général Ligier-Belair, appelé à Paris pour rendre compte de sa conduite. Pajol ne pouvait se dégarnir ; il dirigea sur Auxerre 100 dragons, qui furent arrêtés par l'ennemi et rejetés à Pont-sur-Yonne. Ils y restèrent avec le général Monlbrun, arrivé depuis peu, qui créait un petit corps avec 200 douaniers et quelques gardes nationaux. D'un autre côté, les mouvements de l'Empereur allaient aussi attirer l'attention du général Pajol vers Troyes, où une concentration générale des forces françaises était ordonnée. Si la route de Sens à Paris n'était pas menacée, il devait diriger sur Méry et Mesgrigny trots bataillons d'infanterie de la gardé nationale active, trois pièces d'artillerie légère et 5 à 600 chevaux, en tout 3,000 hommes, sous le commandement d'un général de bri-
gade. Ces troupes étaient destinées à renforcer le corps du maréchal Mortier, qui occupait Troyes ('). C'était beaucoup demander an corps de Pajol, déjà trop faible pour remplir la mission dont l'Empereur l'avait chargé. Les événements militaires du 30 janvier au 2 février le firent rentrer dans un cercle d'opérations plus en rapport avec sa faiblesse numérique.
La jonction de BlOcher avec Schwarzenberg, que Napoléon n'avait pu empêcher, l'avait forcé h modifier son plan de campagne et à se porter de Saint-Dizier sur Troyes. Ce mouvement avEÙt commencé le 29 janvier ; l'année française était arrivée presque en totalité, le soir même, à Brienne, où elle entra après un combat assez vif avec les troupes prussiennes. Blûcber se retira un peu en arrière de la Rotbière, sur les hauteurs boisées de Trannes. Il y fut renforcé, le 30 et le 31, par plusieurs corps de l'armée anstro-msse, placés momentanément sous ses ordres. Napoléon ne songeait point à livrer une batùUe rangée ; il pressiût la construction du pont de Lesmont, sur lequel il devait faire défiler toute son armée. Le t" février, -au moment où nos divisions commençaient i. passer ce pont, il fiit attaqué à l'improviste. Le mouvement de retraite fut immédiatement arrêté ; l'ai-mée française ût volte-face, et nos 32,000 hommes luttèrent toute la journée contre plus de 1 00,000 ennemis. Le village de la Rotbière fut pris et repris. Quand la nuit vint mettre fin à la lutte, nos feux s'allumèrent sur le champ de bataille, en face de ceux de l'armée de Blûcber. Napoléon ne voulait pas recommencer le combat, le lendemùn. Ayant rallié Marmont attardé dans sa marche de Montierender sur Brienne, il fit reprendre, à dix heures du soir, le mouvement commencé le matin, la, retraite se fit en bon ordre. L'armée française se dirigea vers Troyes, où elle arriva le 3 février.
Les préparatifs pour la bataille de la Rotbière avaient nécessité une concentration des troupes de Schwarzenberg aux environs de Bar-sur-Âube. Aussi tous les partis ennemis qui s'étaient montrés dans la direction de Sens avaient reculé peu à peu, et les reconnaissances du général Pajol les avaient facilement repliés. Le général Alix, s' étant également aperçu du mouve-
(<) Voir Piicei jatlifieatiru, a' 3&.
ment rétrograde des Cosaques de Platow, était sorti de Sens et avait lancé contre eux le peu de cavalerie à ses ordres. Enhardi par ce résultat, il demandait à Pajol de l'infanterie, afin de profiter, disait-il, desessuccèsibienplus, il iotimait l'ordre direct au général Du Coëtlosquet, envoyé du cdté de Sens, mais sans être placé sous son commandement, de se joindre immédiatement à lui. Le général Pajol ne pouvait se rendre au désir du général Alix ; il n'attachait pas une grande importance aux suo ces de la garnison de Sens sur un ennemi qui avait ordre de se retirer ; il devait, avant tout, surveiller la route de Nogent k IVoyes, afin de conserver ses communications avec la grande armée. Les reconnaissances trouvfûent des Cosaques un peu partout; elles revendent toujours en disant qu'on annonçait l'arrivée d'un corps ennemi de 1 5,000 hommes ; mfùs U n'y avait, en réalité, de démonstration sérieuse nidle part. U ne fallait voir dans ces mouvements d'éclaireurs que l'intention de tenir les deux corps de Mortier et de Pajol en alerte, afin de les empêcher de se réunir pour se porter, par une marche combinée, sur le ilanc gauche de Blûcher, alors aux prises avec Napoléon. Le prince de Schwarzenber^ avait peut-être aussi ajouté foi aux bruits, répandus à dessein, que Pajol avait réuni cent escadrons, et que le corps d'observation de la vallée de la Sàne comptait 30,000 combattants.
Le 3 au matin, on ne voyait presque plus d'ennemis dans la direction de Sens et de Troyes : les généraux Du Coêtlosquet, Delort et Alix les avaient refoulés, et les communications étalent ' libres entre N(^ent, Montereau, Sens et Troyes.
Cette tranquillité momentanée était due à la présence de l'Empereur et de l'armée françîùse, que les Alliés avaient laissée - se retirer à Troyes, sans l'inquiéter beaucoup, se contentant de prendre position en face d'elle. Mîûs, dès te i février, Schwarzenberg lançait de nouveau ses Cosaques, tantôt sur Sens, tantôt sur Nemours et Pont-sur-Yonne.
L'inquiétude renaissiùt à Paris, et le roi Joseph appelait l'attention du général Pajol sur la défense de la ligne du Loiog depuis Moret jusqu'à Souppes (').
(') Vmt Piie*i jiatifiealiv4i, a" 36.
Pajol tirait des moyens à sa dispositioD le meilleur parti possible; il eacourageiùt les gardes natioDaux à tenir bon âans leurs fortifications; la zone de terrain confiée à sa snrreillance était ^oonée de patrouilles de cavalerie, qui, sur tous les points, se trouT^ent en présence d'édaireurs ennemis. Nogent surtout était gardé avec soin ; car Bertbier lui annonçât (') que les corps tirés de l'armée d'Espagne seraient dirigés d'Oriéans sur celte ville, où ils feraient leur jonction avec la grande armée. Pajol ne pouvait faire face à toutes ces nécessités du moment, à ses forces n'étaient augmentées. On répondait à ses demandes réitérées, en lui annonçant des renforts, qui n'arrivûent jamais C). Il obtint à grande peine 2,000 fusils, qu'il ût distriboerpar le chef de bat^lon Dubocq au 2* régiment de Cherboorg, enfin arrivé à Montereau, et aux gardes nationaux du général Pacthod.
Le S février, le général Pajol, remplacé à Nogent par le maréchal Marmout, transporta son quartier générai & Montereau. Les forces de son corps d'armée, à cette date, peuvent être dé> composées de la manière suivante :
1* tlae brigade de régiments provisoires de chasseurs (IS oniciers et 44â cavaliers) ;
l'Une brigade d'infanterie, composée du STégiment de Cherbourg ((00 hommes), plus deui bataillons (800 hommes) ; en tout 1 ,400 hommes. Crtle brigade de caTalerie et cette brigade d'infanterie étaient comman- «impar le gcoéral J. Delort;
3° Une brigade de régiments provisoires de dia- 1 i u goiB (3< otliciers et 443 cavaliers), général Grouvel. \
4° Trente bataillons de garde nationale, présentât on effectif de 3,000 hommes, sous les ordres ia ^Déral Pacthod
5* Une compagnie de 100 gendarmes
6* L'n détachement de 400 geudarmes, commande par le capitaine Don rtre
'" Une brigade de régiments provisoires de husurda (19 officiers et 339 cavaliers), commandée par le général Du Coëtlosquet
Montereau ou dans les environs.
tantôt à Nemours, tantôt à Pontsur - Yonne et Montereau.
(') Voir Fiita jiulijicatwa, e (') Voir Fiittt ittitifia^9U, i
^dbyCODglC
Ht PAJOL.
8* 340 gardes natit)naui, 64 hommes de la jeune j garde et deux pièces de canon, sous le commande- f ^ NeinQ„-= ment d'un capitaine de l'école militaire de Fontai- I neblcau )
fl" Une brigade composée de 200 douaniers, 100 j dragons, 400 gardes nationaux, et quatre pitces \ à Pont-sur- Yon De. de 4, aux ordres du général Hontbruu )
10° Deux bataillons du 15*, forts de 1,000 hom- | mes, et deui pièces de 4, sous le commandement \ h Sens, du général Alix )
C'était, en tout, une force de 6,(04 hommes d'inlânterie, 506 gendarmes, i,394 hommes de cavalerie et six pièces d'artillerie.
A cette même date du 5 février, void où en étdeal les travaux de défense des ponts :
A Souppes, le pont était détruit.
A Moret, les portes du grand pont étaient posées ; on commenfait les tranchées et abatis qui devaient protéger le faubourg, et l'on travaillait à la barricade du pont du canal.
A Montereau, les barrières et palissades du faubourg du Gâtioais et du pont d'Yonne étaient terminées; on devait achever, le jour même, celles du faubourg de Saint-Maurice et des deux rues donnant sur la campagne, ainsi que les tranchées le long de l'Yonne et la mine des ponts.
A Nemours, le pont était entièrement fermé ; on travîûllEÛt aux parties latérales du tambour et à la clôture des issues de la ville.
A Grelz, le pont allait Être coupé; l'ingénieur, M. Molines, proposait de faire disparaître les gués de la rivière depuis Nemours, en rompant les digues des étangs du canal.
A Pont-sur-Yonne, on avait mis en place les chevaux de frise dea deux palissades extérieures, et terminé nue partie de la barrière du pont.
Dans trois jours au plus les travaux senùent finis partout.
Telle était la situation des hommes et des ouvrages au moment où les opérations allaient prendre une tournure très-active de ce cété.
Pajol avait établi une partie de sa cavalerie en avant de Montereau, afin de rallier les 400 chevaux du général Du Goét-
]osquet, de défendre Poiit-sur-Yonne et de protéger Sens, ipi'avaient attaqué, le 4, 2,000 chevaux et quatre pièces d'artillerie, avant-garde d'un corps considérable marchant sur Fontainebleau. Vers sa gauche, le général Pajol surveillait la route de Nogeot, où Napoléon était arrivé le 6 ['), suivant de près MarmODt. Ce maréchal, ayant connu la présence des Prussiens du cité de Sézanne, en donna immédiatement avis à l'Empereur.
BlOcher commettait la faute que Napoléon avait prévue et espérée. Après la bataille de la Rothière, il s'était séparé de Schwarzenberg, et marchait audacieusement sur Paris, prêtant le flanc gauche aux coups de l'armée française. Ces coups ne se Ureot pas attendre : Marmont quitta Nogent le 7 février, et se dirigea vers Sézanne, suivi par Napoléon, qui emmenait deux corps avec lui. Les maréchaux Oudinot et Victor, à Nogent, le général Pajol, en arrière, à Monlereau, restèrent seuls pour contenir l'armée de Schwarzenberg. Pajol reçut l'ordre de réunir 1,200 chevaux, 3,000 hommes de garde nationale, le 2° résinent de Cherbourg et six pièces d'artillerie légère, pour marcher vers Sens ('). Il s'établirait entre cette ville et Nogent, en ligne des deux maréchaux, avec lesquels il communiquerait, et ^proximité du général Alix, auquel il pourrait envoyer des secours, La barrière opposée à l'ennemi qui avait Fontainebleau pour objectif était certainement bien établie; mais offrait-elle une solidité suflisante ? 20,000 Français, tout au plus, devaient contenir plus de 100,000 Austro-Russes.
En suivant le détail des événements, on est vraiment étonné devoir ces poignées d'hommes résister si longtemps. Le zèle et le dévouement suppléaient au nombre.
Pajol, malgré ses blessures rouvertes, était toujours à cheval. Il venait de prendre la position qui lui avait été assignée, en occupant fortement Trainel, Fleurigny et Thorigny ; les communications entre Sens, Montereau et Nogent se trouvaient assurées. Il prévint le général Alix de sa marche vers Pont-sur- Yonne, où il allait faire une grande reconnaissance, qui serait' poussée jusqu'aux environs de Sens. Ce mouvement arrêterait
(') Voir Piices juiiifiealim, u' 3S.
{') yoir Piicet Jutlifcalitet, n" tO el 41.
ilizedbïGoOC^Ic
les corps en marche sur cette denûëre ville et débarrassait te pays des bandes de Cosaques qui l'infest^ent.
Le 8, en effet, le général Pajol se trouvait, avec une partJe de sa cavalerie, !,000 hommes d'infanterie et siif pièces d'artillerie légère, en avant de Pont-sur-Yonne, occupant Saint- Denis, Soucy, Fleuriigny, Gisy-les- Nobles; il avait détaché 200 chevaux à Chéroy et Dollot, pour observer Montargis et Nemours, que l'ennemi chercherait à gagner, en tournant Sens et passant à Villeneuve-sur-Yonne ; enfin il s'était conservé une forte réserve, formée des 3,500 gardes nationaux du général Pacthod, répartis entre Fossard, Montereau et Moret. Les dispositions de Pajol prouvent que ce général attendit de pied ferme l'ennemi, qu'on annonçait à Villeneuve-l'Archevêque, arrivant de Troyes, et en marche vers Villeneuve -sur-Yonne et Sens.
Le général Alix craignait de se trouver enveloppé par des forces considérables; il se plaignit à l'Empereur et au ministre de l'abandon où on le laissait. Cependant Pajol était seulement i quelques lieues de Sens. Il est vrai qu'il se préoccupait surtout de ses communications avec Nogent, et ne se dégarnissait pas pour envoyer des renforts à Sens. La garnison, assez nombreuse pour se mmntenir dans la ville, était trop faible pour exécuter les expéditions que projetait le général Alix. Déjà une fois, cet officier général avait envoyé sur Villeneuve-l'Archevêque une reconnaissance de 300 dragons. Allemand, son chef d'état-major, qui la dirigeait, s'ét^t laissé amuser par les Cosaques; ils l' entraînèrent dans des défilés, où il trouva la mort, après avoir perdu la moitié de son monde. Le général Pajol, qui voyait l'ensemble des opérations, ne se souciait pas de perdre son temps et ses hommes à ce genre d'escarmouches. II faisait replier les partis ennemis venant de Villeneuve-l' Archevêque ; il chassât SOO Cosaques de Fleurigny, surveillait , par 200 dragons postés à Chéroy, 600 Cosaques détachés d'un corps de (5 & 1,800 chevaux, aux environs de Villeneuve-sur-Yonne, et menaçant Nemours et Montargis; enfin, par l'occupation de Fleurigny, il était à même d'inquiéter sur leur flanc droit et sur leurs derrières les troupes qui voudraient attaquer Sens; tandis qu'une portion de ses forces, placée en échelons sur la route de cette ville à Pon^3U^- Yonne, était prête àse porter au secours de la garnison.
Cet ensemble de dispositions et la marche de nombreuses patrouilles prouvent que le général Alix avait tort de se plaindre, et que Pajol était prêt à le soutenir, ou à le recevoir dans le cas où Userait forcé. Dans cette dernière hypothèse, il pou- Tait se retirer sur Pont-sur- Yonne ou sur Bray, par ta rive droite oa par la rive gauche de l'Yonne, et gagner Montereau, toujours fortement occupé. Ily était encore arrivé, le9àhuit heures du soir, un r^iment de trois bataillons, cinq pièces de {2 et de l'artillerie & cheval.
Les incursions des Cosaques de Platow, les mouvements plus prononcés sur Villeneuve-V Archevêque, Sens et Villeneuve-sur- Yonne, annonçaient que Schvarzenhei^, instruit du départ de Napoléon et de la faiblesse des corps laissés à Nogent, avait repris sa marelle vers Paris,
Os s'attendit donc à une attaque sérieuse sur Sens ; car le général Delort, placé aux avant-postes du corps de Pajol, à Flenrigny, signalait le passage à Villemaur et à Villeneuve-' l'Archevêque de 1 ,500 Cosaques, qui avaient requis des vivres pour 8,000 hommes et s'étaient ensuite dirigés vers Villeneuvesor-Yonne. Déplus, un détachement de 2,000 chevaux, occupant loigny, avMt envoyé 5 à 600 Cosaques vers Nemours ; ils de- Taieut gagner cette ville en suivant le canal et les hauteurs qui le dominent, après avoir contraint les habitants de Nangis à rétablir le pont du Loing à Fontenay, D'autres reconnaissances, qui s'étaient présentées à Thorigny, avaient été refoulées; enfin des bandes de Cosaques s'étaient montrées à Souppes, aux environs de Nemours et de Montargis, sans pouvoir s'emparer de ces points, mis à l'abri d'un coup de mùn par les ouvrages de fortification et vaillamment défendus par la garde nationale.
Les travaux de défense, que le général Pajol avait poussés acti- Tement, étaient terminés partout, le 10 février, grâce au zèle des ingénieurs. A Gretz, on avait rompu le pont, élevé un tambour en arrière de la rupture, et détruit le gué près de la ville. Nemours était entièrement fermé par trois barrières : une sur le grand pont, la deuxième sur le pont du canal, route de Paris; la trobième sur le pont des Récollets, route de Beaumont; les parapets du grand pont avaient été exhaussés pour abriter les défenseurs; le faubourg des Tanneurs, sur la rive droite, avait
dû être abaDdonné : le graod nombre de ses issues ne permettait pas de le conserver. Le pont de Sonppes était ruioé; on avait terminé les ouvrages du pont de Moret, sans pouvoir couvrir le faubourg d'Écuelies, à cause des ponts du canal au-dessus et au-dessous de la ville; cependant il se trouvait un peu protégé par une palissade, établie à. l'amont, qui fermait toute communication dans l'espace de terrain compris entre la rivière et le canal.
Ces divers points formaient la première ligne de défense de Fontainebleau, objectif de tous les détachements ennemis qui manœuvraient dans la vallée du Loing. H importait donc de les conserver. Les instructions du général Pajol aux commandants militaires dans ces villes étaient précises et formelles : on devait résister énergiquement aux attaques des Cosaques, et se défendre jusqu'à la dernière extrémité s'il se présentait de l'infanterie. En même temps, Pajol envoyait un officier à Orléans, pour hâter l'arrivée, à Montargis, des bataillons de garde nationale mis à sa disposition et" avec lesquels il voulait renforcer les défenseurs de Montargis, Gretz, Souppes, Nemours, Moret et Fontainebleau. Malheureusement, l'ofTicier ne trouva rien.
Dès le 10 février, 40 àSO Cosaques avaient rétabli le pont de Souppes. ÏA colonel LavJgne avait dû envoyer contre eux un détachement, aux ordres du capitaine Boguy, qui les avait chassés et avait de nouveau détruit le pont.
Cette première apparition de l'ennemi dans le département de Seine-et-Marne avait ému le préfet, M. le comte de Plancy, qui, de Melun, travaillait avec une grande activité à assurer les approvisionnements de l'armée, h organiser les gardes natio- -nales et à transporter les troupes. Il réclama du général Pajol ren\oi de fortes patrouilles du cOté de Nemours et de Souppes. Ces troupes furent placées sous la surveillance spéciale du colonel Lavigne : en qualité de commandant de l'école d'instruction de la garde à Fontainebleau, cet officier eut la direction supérieure de la défense sur ce point.
Le^BUi^hal Oiidiaot ai ioTedî du coumundemcnt supérieur dei Ibrcei laiuéei àua II nUée de li Seine. — Pajol subordonne ms mouTements i sa liaison iicc ce miréchal, en même letupt qu'il Muticul le général Alu i Sent, — Marche de SebnaTunbn^ sur Sens et Poulainebleaii. — Relraile ronée de Pajol sur Montrmu, oCi il prend position. — Prise Je Sens, — Le général Aliï se replie i PoDl^nr-Yonne, où il se joint au géuéral Uoatbnin. — Retraite de cet deux génériDi sur Hontereau. — Position défensiie du corps d'obserration. — Situalion de llor«l, Nemours et Hontargis. — Mécesùté d'abandonner Hontereau. — Betraite sur Hetun. — Ordre du marécbal Oudinot de se replier à Brie-Comle- Robert, derrière l'Tères. — Position de Pajol a Évi7-le-Cblteau.
Ed se portant contre l'armée de BlQcher, Napoléon avait confié aamaréchal Oudïnotle commandement supérieurdes forceslaissées dans la vallée de la Seine, en face de Schwarzenberg. Le général Pajol devîùt subordonner ses opérations aux mouvements de la petite armée momentanément aax ordres du maréchal.
Les incnrsions des Cosaques prenaient un caractère inquiéluit, en raison de leur nombre et de leur importance. Averti que Platow, après avoir passé l'Yonne, le 8, à Villeneuve-sur -rYotine »ec 6,000 chevaux et dix pièces de~canoD, était arrivé à Courtenay, d'où il se dirigeait sur Nemours et Fontainebleau, le gé^ Déral Pajol s'était décidé à se poi-ter derrière le Loing, afin d^ eonvrir Font^nebleau.
n apprenait en même temps la retraite du maréchal Oudinot, qni, voulant gagner Montereau, avait trouvé la route occupée par l'ennemi et avait dû se re^rer à Provins. C'étiùt une raison de plus pour ne pas conserver la position de Pont-sur- Yonne, où il aurait pu être tourné.
Le 10 février, à une heure de l'après-midi, le général Pajol
réunit sa cavalerie et son infanterie, et se dirigea vers Fossard, où il arriva à dis heures du soir. Le général Alix restât à Sens, avec 1,500 hommes. Il avait ordre, s'il était forcé, de rétrograder à Pont-sur-Yonne, où il rallierait le général Montbnm, , qui occupait ce point avec 900 hommes ; et tous deui se retireraient sur Montereau, où le général Pacthod les recueillerait, si Pajol était déjà parti.
On ne voulait à. aucun prix abandonner cette vfûUante garnison de Sens, qui, le jour même, avait repoussé une attaque de 4,000 hommes aux ordres du prince de Wurtemberg. Après avoir caaonné la ville pendant trois heures, le prince s'éuùt décidé à ouvrir la tranchée.
De Fossard, où il reçnt 800 gendarmes» pied venant d'Espagne, Pajol détacha la brigade Du Goëtlosquet sur la route de Bmy, en recommandant de marcher militairement, car l'ennemi étût maître de presque tout le pays. Au lieu de se conformer à ces recommandations, la brigade s'avança sans précaution, les fourriers la précédant pour faire le logement. Aux environs de Ville-Saint-Jacques, à la nuit tombante, les fourriers donnèrent dans le bivouac des Cosaques, et furent ramenés grand train sur la brigade. Le général Du Goëtlosquet crut devoir rétrograder sur Montereau, où il s'établit. Le général Pajol le blâma de s'être attiré cette échauffourèe, et envoya, pendant la nuit, cent gendarmes à pied réparer l'échec des hussards. Ce détachement marcha dans le plus grand àlence, tomba, à une heure du matin, dans le bivouac des Cosaques, pa^a à la b^onnette tout ce qui ne put s'échapper, et rentra à Fossard,
Le lendemain, 11 février, le mouvement de retraite devait continuer ; mus on apprît que l'ennemi occupait la route de Fossard à Moret, et qu'il avait devancé Pajol sur le Loing. Dans cette situation, il fut décidé que le corps d'armée resterait à Montereau et h Fossard. Il paraissait probable que les Alliés ne se risqueraient pas à une marche de flanc sur Fontainebleau, en laissant à Sens et à Montereau des forces françaises assez conâdérables. En fusant mine de s'installer à. Montereau, Pajol allait attirer à lui les principaux eflbrts de l'ennemi ; et si les renforts tant de fois promis et réclamés avec instance arriviûent enfin, il espérait pouvoir tenir tète à l'armée cof^isée assez de
mi. 131
temps pour permettre au maréchal Oadïnot d'arriver à son secours.
Ce même jour, 11 février, Sena fut attaqué pai' 25,000 hommes. AccaJïlé par le nombre, le général Alix dut abandonqer la ville, où l'ennemi fut introduit par un habitant, qui lui indiqua la porte du jardin du collège, donnant hors des murs. La garnison se retira à Pont-sur-Yonne ; elle fut reçue par le général Monthmn, qni fît sauter ie pont après qu'elle l'eût franchi. Puis Alix et Montbrun, réunis, se dirigèrent sur Moritereau, d'où Pajol état sorti pour protéger leur mouvement. L'ennemi avait iait en même temps des démonstrations sur Nemours et Horet, qu'il n' avaitpu enlever; il avmtaltaquéles postes placés en avant de Fossard, sur la route de Moret, mais sans pouvoir les replier; enfin, après avoir occupé Bray, malgré la belle défense de la garnison, qui s'était retirée à Marolles, il avût débouché sur la route de Provins, où le maréchal Oudinot le contenait.
La situation ét^t doue devenue très-critique pour noua, et attimt sérieusement l'attention du roi Joseph et du ministre de la gnerre, chat^ de la défense de Paris. Il importait non-seutement de couvrir la capitale, mais il fallait donner à Napoléon le temps de revenir sur Schwarzenberg. On envoya donc à Pajol 600 chevaux et 200 hommes d'infanterie, qui arrivèrent à Helun le 12 février et furent dirigea immédiatement sur Fontîuoebleau. On faisidt espérer au général l'arrivée prochaine d'une onde deux divisions d'Espagne, commandées par les généraux Lewal et Boyer ; de plus, on achemina sur Fontûnebleau la brigade L:^;range, forte de quatre batûllons de la garde et quatre {ûëces d'artillerie; une autre brigade allait être placée à Essonne et à Gorbeil. Ces deux brigades étaient sous le commandement dn général Charpentier. On défendrait ainsi les deux rives de la Seine, en conservant ta po9^ilité de réunir toutes ces forces sur la rive choiàe par Tennemi pour marcher sur Paris.
Ces combinaisons, et surtout les nouvelles que le prince de Schwarzcnberg avait reçues de l'armée de Siléaie, devaient retarder un peu le mouvement de l'armée austro-russe.
Parti de Nogent le d février, avec Marmont, Ney et Mortier, N^léon était tombé comme la foudre au milieu des corps isolés de l'année de BlOcher, en marche sur Paris. Le 10, il araitcom-
JoyCoOC^Ic
plétement détruit le corps d'OIsuvieff ù Cbampaubert ; il avait battu, le 11, Sackenà Montmirail; Iel2, le corps d'York et les restes de Sacken à Château-Thierry ; Kleist et Capzewitz à Vauchamps, le 14. Bluchcr se trouvait rejeté vers Chàlons, où il allait recueillir les débris de son armée désorganisée et à moitié détruite. Les revers de l'armée de Silésie donnûent & réfléchir au priuce de Schwarzenberg, contenu d'ailleurs jusqu'à présent par Victor, Oudinot et Pajol. Au 12 février, l'armée austro-russe occupait Bray-sur-Seine; maîtresse de Sens, elle menaçait Nemours, Moret et Fontainebleau. Mais Pajol gardait toujours Montereau, où il activait les travaux de défense du polygone, du rond-point et de la levée. L'arche du pont dite de la Tourne- Gueule, faisant partie de l'ancienne chaussée des arches, était minée, et une batterie de deux pièces s'élevait à l'angle sudouest de la manufacture de faïences, dont on avEÛt crénelé les murs de clôture. Pajol avait réparti ses troupes dans la ville et sur les hauteurs en arrière ; le général Alix occupât par une brigade les vergers à droite de la digue, et par une autre brigade le terrain compris entre l'Yonne et cette digue, formant avec l'ancien pont un embranchement où étaient placées deux pièces de canon gardées par un détachement de 200 hommes. Pour avancer vers Paris, il fallait nous déloger de cette position, et forcer non-seulement le corps de Pajol, mais encore celui du maréchal Oudinot, qui, dans le but de soutenir Montereau et de contenir l'ennemi débouchant par Bray, s' étMt avancé de Provins À Donnemarie et avait prévenu le général Pajol qu'il devait se retirer, s'il était lui-même forcé de battre en retraite.
Dans l'enivrement de leurs faciles succès, les généraux autrichiens se portèrent en avant, sans attendre les ordres du général en chef : le corps wurtembergeois, qui occupait et pillait Sens, poussa ses avant-postes jusqu'à PoiU-sur- Yonne, et le général Harde^ s'avança vers Fontainebleau ; les Cosaques portaient la désolation dans tout le pays compris entre l'Yonne et le Loing, attaquaient Moret, Nemours et Montargîs, et tenaient en alerte les postes avancés de Pajol. Ce général s'inquiétait peu de leurs escarmouches ; il prêtait la plus grande attention au mouvement du maréchal Oudinot, qu'il appuyait par une forte reconnaissance de 600 chevaux entre l'Yonne et la Seine, dans la
ilizedbïGoOC^Ic
direction de Bray. 11 comprenait que l'armée prindpate arriverait de ce cAté, et que c'était de là qu'il devait attendre l'attaque la plus sérieuse. '
En effet, l'effort sur Donnemarie fut très-puissant. En présence d'ennemis supérieurs en nombre, dépassé par sa gauche, le maréchal Oudînot fut obligé de se retirer sur Nangis et laissa le choix au généra) Pajol de le rejoindre dans cette ville ou de gagner Melun, En même temps, le maréchal Victor, qui avait tenu Nogent jusqu'au 12, avait dû abandonner la place, après avoir soutenu quatre assauts et avoir acquis la certitude que l'ennemi l'enserrait dans un cercle dont il ne pouvait sortir que par la route de Provins. Il profita de cette seule issue libre, et rejoignit à Nangis le maréchal Oudinot.
La Seine se troi^vait comptétement abandonnée jusqu'à Montereau. Pajol courait le danger d'être pris à revers et séparé du reste de l'armée française. Il ne crut pas devoir rester dajis cette position dangereuse ; il replia tous ses avant-postes, ût rentrer la division Alix, et,, le H février, à la pointe du jour, il évacua Montereau. Quand toutes ses troupes eurent quitté la ville, au grand désespoir des habitants, il fit jouer la mine sous le pont de l'Yonne, où elle ne produisit pas grand effet, puis sous le pont de Seine, où le résultat fut plus satisfaisant.
Pajol n'avait pas le choix dans la direction à prendre : la route de Nangis étant occupée par l'ennemi, il suivit la route de MeluD. Le 14 au soir, tout son corps d'armée bivouaqua au Cbâtelet. Ses soldats y furent fort mal, car ils n'avaient aucun ustensile de campement. Dans son rapport sur le mouvement qu'il veuEÛt d'effectuer, Pajol se plaignit de ce dénûment au major général ; il lui disait encore qu'il n'avait pas de chef d'état-major, l' adjudant-commandant Duvivier n'ayant point para. Ce manque d'ofiiciers d' état-major lui imposait un surcroît de fatigues d'autant plus intolérable que ses blessures s'étaient rouvertes.
Au 14 février, nous avions évacué toute la ligne de la Seine de Moret à Nogent ; la veille, le major Legros av^t été forcé de quitter Mootargla. Nemours et Moret tenaient toujours. Le général Pajol y avait envoyé le général Montbrun, avec iOO gardes forestiers, pour défendre jusqu'à la dernière extrémité ces deux
ilizedbïGoOC^Ic
points, qui convraient FoDtainebleau. Dans cette ville, le colonel Lavigne TaiBait exécuter des retranchements, afîo de se mettre à l'abri des incursions des Cosaques, qui s'étaient âéj& présentés à Cbapelle-la-Reine, d'où on les avût expulsés.
L'armée austro-russe s'avançait et occupùt tous les points que nous abandonnions; ses bivouacs étaient, le 13, sur les hauteurs de Chaumont, Villeblevin et la Brosse-Monceaux, aux environs deMontereau. Lelendemun, les ponts étaient rétablis, et l'avant-garde ennemie se présentait de bonne heureàla porte du G&tinais ; à deux heures, deux bataillons wurtembergeois entraient dans Montereau par la route de Bray; à quatre heures, le régiment de landwehr arriva en ville, et l'occupation fut complétée, le 15, par les deux régiments autrichiens Zach et Colloredo, à quatre batùllons chacun, et par l'avant-^arde <^u maréchal de Wrède.
Les maréchaux Oudinot et Victor, pressés par les forces considérables débouchant de Nogent et de Bray, résolurent de se retirer à firie-Gomte -Robert, derrière la peUte rivière d' Yëres, d'y faire venir Pajol et de se lier avec la division Charpentier, qui ét^t sur la rive gauche de la Seine. Dans une forte position défensive, toutes leurs troupes réunies, ils seraient en mesure d'opposer à l'ennemi une vigoureuse résistance, qui permettrai à Napoléon, déjà annoncé, de les rejoindre. Les deux maréchaux quittèrent Nangis le 15 au matin, et Pajol, d'après les ordres d'Oudinot, se mit en marche le même jour pour Évry-le-Château, route de Brie-Comte-Robert; enfin Charpentier, dont la 1" brigade (Lagrange) occupait Essonne et les villages voisins, la 2" brigade Corbeil et environs, la 3' Longjumeau et Juvisy, reçut l'ordre de concentrer ses troupes sur les différents passages de la Seine et de se tenir en conununication constante avec Pajol.
l£ 15 au soir, les forces françaises se trouvûent donc disposées de la manière suivante :
A l'extrême droite, stu" la rive gauche de la Seine, la division Charpentier, de 2,800 hommes, opposée à la plus faible colonne ennemie, qui arrivait à Montereau;
A l'extrême gauche, à firie-Gomte-Robert, les deux corps des maréchaux Oudinot et Victor, 15,000 hommes, opposés à l'attaque la plus sérieuse et la plus imminente ;
Aa centre, !e corps de Pajol, 7,000 hommes environ, en face de l'année vrartembergeoise. Le gros de ce corps était à. Évryle-Ch&teau; un détachement de 400 hommes avec deux pièces de 4 occupait Melun, dont le pont avùt été rompu ; le général Alix étùt à Réau avec huit bouches à feu et sa division de 2,200 hommes; enfm la cavalerie occupait Moissy, Lissy, Fourches et Limoges. Pajol communiquait avec Melun et avec le général Charpentier par liieusùnt, fortement occupé ; avec les deux maréchaux, par Mormant, Ghandeuil et Grisenoy.
Les troupes de l'armée de Bohème, qui nous serrment de près, étaient placées: le prince de Wittgenstein à Provins, le maréchal de Wrède à Nangis, les Wurtembergeois àMontereao, le prince de GoUoredo dans la forêt de Fontainebleau, le général Giulay à Pont-aur-Yonne, les Cosaques dans les environs d'Orléans, les réserves autrichiennes (Lichtenstein) à Sens, les gardes russe et prussienne (Barclay de Tolly) entre Nogent et Bray. L'ennemi avait 30,000 hommes à Nangis, Provins et Bray; 30,000 hommes à Sens; iO,000 à Montereau, et 5,000 aux environs de Fontfdnebleau.
L'eHbrt principal portait sur la rive droite de la Seine. Les avant-postes de Schwarzenberg venwent jusqu'à Melun et Mormant, Paris était menacé.
Jamûs peutétre Napoléon ne s'était montré plus grand capitaine que dans cette laborieuse campagne de 1814. Mus pour vaincre et chasser l'envahisseur, il ne suffisait pas des ressources tonttiples de ma génie miUtfùre : il fallait le concours énei^tqne et prompt de toutes les forces vives du pays. Or l'élan de la DatÏDn ne répondùt ni à son activité, ni à ses efforts, ni à ses besoins. Tant qu'il avait été victorieux, la France lui avait donné toQt ce qu'il avait demandé : éblouie de l'éclat iucomparable dont la gloire de Napoléon l'environnait, elle l'avait suivi avec enthousiasme, sinon encouragé, dans toutes ses entreprises, même les plus téméraires. I^es désastreuses campagnes de 1S12 et de 1813 avûent rompu le charme et détruit le préside. Les partis, jusque-là comprimés par la puissance de l'Empire ou entraînés par sa grandeur, commençaient à s'agiter ouvertement. Dans la plupart des grandes villes, les passions
politiques étoufluent le patriotisme et paralysaient la défense. Oubliant les malheurs et les hontes de la patrie, les partis ne cherchaient, dans les événements qui s'accomplissùent, que la satisfaction de leurs rancunes ou la réalisation de leurs espérances. Affaiblie, divisée, affolée par le danger, la France ne voulait plus voir dans Napoléon que l'auteur de sa ruine et la cause de l'invasion. Elle le secondait mollement dans la défense du territoire, alors qu'il était pourtant de son honneur et de son intérêt de l'aider à repousser l'Europe envahissante. C'est que l'heure du châtiment était venue; la France et Napoléon expiaient la faute qu'ils avaient commise : la France, en livrant trop complètement ses destinées à un seul homme; Napoléon, en prodiguant sans mesure, et trop souvent sans rmson, les forces vives d'une grande nation.
Arrivée d« l'Empereur à Guignes. — Reprise de la marche oITenuTe. — Hission du géninl Pajol, qui commBiide l'aile droite. — CommeDcemeut de ton mouvement, le ie révricr an soir.— Preroier engagement avec l'araul-^rde dereunemi, le 17, el campement au CUtelet. — Marche sur Hontereau, le 18 féTrier, — Commeaeement de la bataille, au moment où le corpa de Pajol 'débouche du bois de Valence. ~ Premières disposi lions. — Arrivée de Victor, qui pennel à Pajol de se développer. — Attaques de Gérard. — Mouvement de recul de l'ennemi. — ' Arrivée de l'Empereur e( de la garde. — Retraite prononcée de* WuTtembergeoii. — Pijol eu position à Villaron. — Efforts heureux de Gérard du ciïlé de Sur- Tiile. — Désordre de l'ennemi dans Hontereau. — Charge de la brigade Delort, que Pajol suit avec ses deux autres brigades de cavalerie. — Victoire de Hontereau (IS février). — Pajol, très-iaulTraDt de ses blessures, est forcé de quitter SOQ commande ment et de revenir k Paris.
Après la bataille de Vauchamps, Napoléon, laissant Marmont eDlre la SeUie et la Marne, afin d'y observer les débris de Blûcher et de donner la man à Mortier, envoyé à la poursuite de Sacken et d'York , résolut de se porter au secours de ses corps d'armée sur la Seine, ^ vivement pressés par le prince de Schwarzenberg.
Le IS, il quitta MontmindI et vint coucher à Meaux; le 16, il déboucha à l'extrême gauche, à Guignes, amenant les corps de Ney, de Macdonald et de Gérard.
Oudinot et Victor n'avûent pas sufBsamment occupé Guignes, et l'av&nt^arde de l'Empereur y trouva celle de Pahlen, du corps de Wittgenstein, qui fut bousculée et rejetée sur Mormant. Ainsi dégagé, Napoléon s'installa à Guignes, le 16, assez tard, et fit connaître à nos soldats qu'il allait reprendre l'offensive. Cette nouvelle et la présence du souver^n ranimèrent leur courage et leur rendirent la confiance.
Pajol fut mandé, le soir même, au quartier impérial, pour y donner des renseignements sur la force de son corps d'armée et recevoir des instructions. Le général, le bras gauche en écharpe, souflrant horriblement de ses blessures, partit du château
d'Ëvry, accompagDé de son tâdt de camp, le capitaÎDe Biot, de 30D fidèle Lahogue, vieux serviteur qui ne l'avmt pas quitté pendant les campagnes de 1812 et de 1813, d'un gendarme et d'un dragon. 11 arriva à Guignes à la nuit close. L'Empereur, qui venait de prendre un bain, reposait. Pajol attendit son réveil. Napoléon l'entretint de ses projets.
Deux heures après, Pajol se remettait en route pour Saint- Germain de liaxis , emportant des ordres préds sur le mouvement à exécuter le lendemain. Au bout d'un quart d'heure, le chef d'escadron Ghtistiani, officier d'ordonnance de l'Empereur, arriva à toute bride, et prévint le général de se tenir sur ses gardes, parce que des partis ennemis rôdaient dans les environs. L'Empereur avait le plus grand besoin de ses ^rvices ; il ne devait donc rien négliger pour la sûreté de sa personne.
Prenant alors conseil d'une prudence exagérée, Pajol poussa en avant son aide de camp et ses deux ordonnances avec ordre de faire feu s'ils rencontraient l'ennemi, de ne pas reculer et de gagner ses avant-postes par les flancs de la route. Le général parvint sans difficulté à Saint-Germain de Laxis. Presque en même temps, arriva an escadron de lanciers rouges, commandé par un officier supérieur chai^ par l'Empereur de venir s'assurer si Pajol était rentré à son quartier général.
Le lendemain 17, le mouvement oflensif de l'armée française commença sur toute la ligne. Il avait été préparé, pour le corps de Pajol, par le général Alix, qui, le 16, s'était mis en marche versMelun. Le IS, des avant-gardes ennemies avaient déjà visité cette ville, et replié le poste que nous y avions laissé. Dans la matinée du 16, deux détachements de Cosaques et de Wurtembei^eois étment venus préparer le logement pour un corps assez considérable. Pendant que les officiers faisaient leurs réqui^tions et donnûent leurs ordres à l'hétel de ville, un hai)itaDt, M. Debeyne, alla prévenir les Françms, campés au bois de Montaigu. Trente à quarante dragons et chasseurs rouges montèrent à cheval et expulsèrent de Melun Cosaques et Wurtemhergeois. Les fuyards donnèrent l'alarme à la colonne qui s'avançait ; elle jugea prudent de s'arrêter au Ghâtelet .
Le même jour, toute la division Alix était à Melun, que Pajol traversait le lendemûn avec tout son corps d'armée, marchant
sur Montereau. A peine ent-oo dépassé cette ville que l'on tomba sur des avaut^ardes ennemies. Le général Pajol les chargea à la tète d'un détachement de chasseurs, qui poussa josqa'à l'Éclase, où l'ennemi lui opposa mze escadrons et mi batmllon d'infanterie.
Pajol s'arrêta devant ce déploiement de forces, et fit hâter la marche de l'infanterie, de l'artillerie et du reste de la cavalerie. Le pays était très-boisé, et il n'entendfût pas le canon de Victor, qui devait se porter sur Montereau par le nord-est. Gomme d' mileurs la nuit arrivait, il se décida à prendre position au PeUt- Ghâtelet, en avant de l'Écluse.
Le maréchal Victor, que suivaient Macdonald et Oudinot, avait rencontré, en sortant de Guignes, les 2,SO0 fantassins et les 1 ,800 cavaliers du comte Pahlen, formant l'avant-garde du prince de Witlgenstein. Attaqué vigoureusement, le corps de Pahlen perdit près de 4,000 hommes, tant prisonniers que morts ou blessés, 1 1 pièces de canon et 40 caissons. Après ce brillant succès, oa poussa rapidement sur Nangis, refoulant les Russes et les Bavarois. De Nangis, Napoléon achemina le maréchal Oudinot par Provins sur Nogent, et le maréchal Macdonald sur Bray par Donnemarie. Avec les troupes du maréchal Victor, il se porta par Vdleneuve sur Montereau. Après avoir enlevé, audelà de Valjouan, 1 ,S00 honunes à la division bavaroise Lamotte, qui aurait pu être entiëreiuent détruite, Victor s'était arrêté pour coucher à SaUns, bien qu'il eût ordre d'arriver en toute bâte à Montereau. Les troupes étaient harassées par une longue marche et deux combats. Le maréchal espérait se rattraper le lendemmn. Voici quelles étaient, au 18 février, avant labatmlle de Montereau, les forces dont disposmt le général Pajol :
11* Gendarmes à pied venant d'Espagne. . . . 800 2°' 30 bataillons de garde nationale com- ) mandés par le général Pactbod.. .. f '
i 1* Brigade Du CoStlosquet J
CaTalerie : l 2° Brigade Delort ( 1,800
( 3* Brigade Grouvel )
Total 5,300
Artillerie ; â compagnies d'artillerie légère, avec 16 canons.
Le général Alix était parti de Melun, le 17 aa soir, par la ■ rive gauche de la Seine, avec son infanterie et son artillerie, pour gagner Moret, où l'on s'était battu le 15.
Le général Montbrun avait quitté le corps d'armée le IS, avec 400 gardes forestiers, pour se rendre également à Moret.
Les trois brigades de dragons tirées de l'armée d'Espagne (division Treilhard) ne rejoignirent jamais le général Pajol, bien qu'elles eussent été mises sous -son commandement et annoncées plusieurs fois.
Les divisions d'infanterie LewaI et Boyer, qui lui étaient également destinées, n'avaient point paru.
C'est donc avec 3,800 hommes d'inlanterîe et 1,300 de cavalerie qu'il devait aborder Montereau.
Les 800 gendarmes valaient la vieille garde. Les 3,000 gardes nationaux, armés et à peu près équipés, n'étaient pas tous iiabillés. Ou pouvait compter Sur leur courage et leur patriotisme; mais ils n'avaient pas l'habitude des armes et du tir, et supportaient peu les fatigues de la guerre. Les hommes comme les officiers manquaient de sang-froid.
Les cavaliers étaient jeunes et inexpérimentés ; il s'en trouvait qui montaient à cheval depuis quinze jours seulement. La plupart ne savaient ni conduire leurs chevaux ni manier leurs armes. A peine s'ils pouvaient tenir les rênes d'une main et le sabre de l'autre : il leur fallut les deux midns pour exécuter un i-droite ou un à-gauche.
L'artillerie se irouvmt dans des conditions analogues.
Le 18 février, & quatre heures du matin, tout le corps d'armée de Pajol s'ébranla, dans l'ordre suivant : 1° la brigade Delort, précédée d'une forte avant-garde qui éclmrait la marche et fouillait le terrain; 2* la brigade Du Coëtlosquet; 3" les 800 gendarmes à pied ; 4' une compagnie d'artillerie légère ; 5" la brigade de dragons du général Grouvel; 6" la moitié de la division Pactbod (15 bataillons de garde nationale); 7' la 2" compagnie d'artillerie légère; 8' l'autre moitié de la division Paclhod (IS batailloDS de garde nationale).
Du Cbâtelet à Valence, la marche de la colonne, au milieu d'un terrain plat et asseï découvert, ne présenta aucune difficulté ; l'ennemi eût été aperçu de trop loin pour oser l'inquiéter.
Elle travN^a donc sans encombre les villages de l'Écluse, Panfou, la CourtiUe et Valence, où les meubles épars, les futailles défoncées et à moitié vides, témoignaient de l'occupa-
A l'entrée du bois de Valence, qui commence à 2 kilomètres du village de ce nom, les éclaireurs signalèrent la présence d'escadrons autrichiens du régiment de hussards Archiduc-Ferdinand. Le général Delort fit faire halte et envoya une forte reconnûssance , qui revînt bientôt prévenir que l'ennemi s'était retiré et que le bois était libre.
La colonne se remit en marche, couverte par trois pelotons d'avant-garde : le premier, prébédé de quelques cavaliers, à une grande distance de la tète; les deux autres s' avançant réunis, au milieu de l'intervalle, de manière à apercevoir toujours le premier peloton, sans cesser d'être en vue de la colonne. Sur les flancs, des tirailleurs marchant en file cheminaient le long du bois.
Dès que le peloton de tète déboucha du bois vis-à-vis le plateau de Surville, il fut accueilli par les décharges d'une batterie de six pièces, placée à l'aile gauche de l'armée wurtembergeoise, qui attendait, dans une formidable position, le corps de Pajol, signalé par ses reconnaissances. L'avant-garde française s'éparpilla à droite et à gauche; la colonne entière fit halte. Il était, un peu plus de huit heures du matin.
Le terrain qui va être, jusqu'à quatre heures, le théâtre d'une lutte acharnée, est limité : au nord, par la grande route de Provius à Fontainebleau ; à l'ouest, par une ligne partant du point où la route de Paris à Lyon entre dans le bois de Valence et aboutissant au sommet du mont de Rubrette, près du village de ce nom ; au sud, par la crête des escarpements qui dominent la Seine jusqu'au ru du plateau, par la rive droite de la Seine et la ville de Montereau ; au sud-est et à l'est, par la route de Salins, depuis Montereau jusqu'à son embranchement avec celle de Provins à Fontainebleau. Mais la zone où le corps de Pajol opéra seul s'arrête, vers l'est, au chemin vicinal qui relie les Petites- Maisons, le Plat-Buisson et Villaron [les Ormeaux, sur la Carte de l'État-major]. Cette zone est traversée, du nord-ouest au sudest, par la grande route de Paris à Lyon, qui la divise en deus
portions inégales ; celle de l'ouest est la plus étendue. La pointe du bois de Valence, à cheval sur cette route , couvre l'angle nord-ouest de ce terr^n, oîi l'on remarque la ferme du Dr^n- Bleu, les hameaux des Gourreaux, des Pedtes-Maisons, du PUt^ Buisson, de Vlllaron et de Surville, entourés, pour la plupart, de parcs ou de petits bouquets de bois. Des terres labourées, parsemées de mares et de flaques d'eau, s'étendùent entre ces hameaux, et se prolongeaient au-delà de la grande route, jusqu'à Rubrette; mais, depuis le chemin qui mène de ce village & Villaron jusqu'au pied des escarpements qui expirent à la Seine, on trouvât une grande quantité de vignes, dépendant de la commune de la Grande-Paroisse.
Si l'on se place à la ferme du Dragon-Bleu, face à Montereau, on a devant soi un sommet élevé, que couronnent le château et le parc de Surville, et dont les pentes se prolongent jusqu' à Villaron ; à gauche, on aperçoit un autre mamelon, moins élevé que le précédent, sur lequel sont assis les hameaux des Gourreaux, des Petites-Mùsons et du Plat-Buisson ; à droite, se trouve le pic de Rubrette, qui projette ses pentes jusqu'au bois de Valence; enfin, en avant et à droite, le terrain s'élève légèrement, et la pente, changeant brusquement de direction, se retourne vers la Seine, où elle forme des escarpements d'une très-grande hauteur. Pour aller du Dragon-Bleu k Montereau, il fallût parcourir d'abord une surface plane , puis monter doucement jusqu'à la source du ru du plateau, pour redescendre enfin très-rapidement sur la ville.
L'ennemi qui ventdt d'accueillir si vigoureusement l'avantgarde de Pajol était le corps aux ordres du prince de Wurtemberg. L'avant^arde du prince, aux ordres du général Stockmayer, comprenait : deux escadrons de hussards Archiduc-Ferdinand (300 chevaux), huit escadrons des 3* et 5* régiments de chasseurs wurtembei^eois (1,200 chevaux), quatre batiûllons des 9* et 10* régiments d'infanterie légère (3,200 faonunes et six pièces de canon).
Le corps d'armée proprement dit comptmt : huit escadrons des 2* et 4* chasseurs (1,200 chevaux et 6 canons), commandés par le prince Adam ; dix bataillons des 2", 3', 4', 6* et 7" d'infanterie (6,000 hommes et 24 canons), aux ordres du général
Iftli. 143
Kock ; cinq bataillons des r^iments de GoUoredo et de Zach (4,000 honuneset 8 canons), aux ordres du général ScbœlTer.
C'était une force de 1S,200 hommes d'infanterie, 2,700 chevaux et 44 canons.
Jje corps du prince de Wurtemberg était déployé sur le penchant septentrional du plateau de Surville : trois bataillons de la brigade légère du général Stockmayer occupaient Villaron et s'étendaient sur la gauche; en arrière se trouvîûent les deux batwllons du 3' d'infanterie, à cheval sur la route de Villaron, le 1" bataillon à droite, le 2* h gauche; aux ailes de cette première ligne, était placé le régiment de Golloredo, le 1" bataillon à gauche, la 2* à droite. En deuxième ligne se trouvfdent : à droite, les trois bataillons du régiment autrichien Zach, devant le parc de Surville; h gauche, les deux bataillons du 2* d'infanterie, h cheval sur la route de Vitlaron, et, derrière ce régiment, le 7', sur deux lignes. Un batùUon du 9* régiment d'mfanterie légère, posté sous le parc de Surville, défendait l'abord du pont par la route de Nangis.
La cavalerie wurtembergeoise était à l'aile gauche, devant l'infanterie, sur deax lignes; les deux escadrons autrichiens, à droite. Un escadron avùt été placé sur la route de Nangis, en arrière de Courbeton.
Une batterie de âx canons de 6 était établie devant la cavalerie, une antre devant Vitlaron, et une troisième i droite. Le r^iment de Zach étùt couvert, en front et en flanc, par huit canons. Une batterie de six piècep de 6 et une de six pièces de 12 occnpùent l'intervalle entre les deux lignes, au centre.
Au-delà de la Seine, près de Motteux, la brigade du prince de Hohenlohe (4* et 6' régiments) avait été laissée en réserve.
Enfin deux batteries du corps de Bîancbi furent placées sur la rive gauche de la Seine : une de huit pièces de 12, flanquant la droite de la position ; l'autre, de huit pièces de 6 , flanquant
Telle était la répartidon des forces ennemies chargées de la défense de Montereau, et devant lesquelles Pajol se présentât le premier, le 18 février à huit heures du matin.
Pajol embusqua immédiatement ses gendarmes à pied le long delà lisière du bois, face au plateau de Surville, et, sous la pro-
tectiOD de ces tirùUetirs ialrépides, atUrant sur eux toutes les décharges de l'artillerie et de l'infanterie ennemies, il prit ses dispositions de combat, La première compagnie d'artillerie I^ëre fut placée entre te bois de Valence et te Plat-Buisson, sur une petite éminence; elle ét^t gardée par huit bataillons de garde nationale, dont les tirailleurs occupaient le parc du Plat-Buisson. La deuxième compagnie d'artillerie fut établie près de la ferme du Dragon-Bleu, sous la garde des gendarmes à pied. Sept bataillons de garde nationale prirent position à l'extrémité de gauche du bois; les quinze antres bataillons furent placés en échelons le long de la route, dans l'intérieur du bois : ils constituaient la réserve. La cavalerie avait débouché dans la plaine par des chemins latéraux ; la brigade Du Coëtlosquet et celle du général Grouvel prirent à gauche et furent établies entre le Plat-Buisson et Forges : la première, en bataille ; la seconde, en deuxième ligne, à grande distance, en colonne serrée. La brigade Delort . prit h droite, et se déploya devant l'infanterie, masquée par les vignes de la Grande-Paroisse. La ligne de bataille se trouvait donc fûnsi établie: au centre, les gendarmes et l'artillerie! huit bataillons d'infanterie et deux brigades de cavalerie, à l'aile gauche ; sept bataillons et une brigade de chasseurs, à l'^le droite ; quinze bataillons en réserve.
Dans cette première situation, Pajol avait tiré le meilleur parti possiMe d'une poation peu avantageuse, surtout en présence d'une armée quatre fois plus nombreuse que la sienne; car il ne pouvait mettre en ligne que 3,800 hommes d'infanterie, 1,500 chevaux et seize pièces de canon.
L'ennemi, ne voyant pas devant lui une masse très-considérable, cherche k nous accabler par le feu de ses batteries. lies boulets font beaucoup de mal aux gendarmes à pied, que rien n'ébranle, et dont le feu nese ralentit pas. Le général, qui a jugé leur situation critique, fait avancer le bataillon des gardes nationaux d'Eure-et-Loir, et intercale un garde entre deux gendarmes.
Vers neuf heures, le maréchal Victor, débouchant de Foires, attaqua vigoureusement Villaron, Le mouvement offensif de notre aile gauche attira les efforts de l'ennemi sur Villaron, et permit au corps de Pajol de se développer et de porter sa ligne
<8t4. fia
debat^lte en avant du Dra^n-Bleu : l'artillerie et l'iafaDterie, à droite et à gaacbe de la route, la cavalerie aux ailes, et les rcserves débouchant du bois.
A l'extriine droite, la résistance étant moins énergique, la brigade Delort commence à déblayer le terrain, et l'infanterie s'ébranle à sa suite, pour en assurer la possession depuis la flHtte jusqu'à la Seine. Un bataillon, tète de colonne, s'avance jusqu'au ravin du ru du plateau, et menace de tourner la position de Villaron. Une partie du bataillon de Golloredo se porte isA rencontre, et établit une batterie de deux pièces et un obusier sur le versant ouest d'un promontoire appelé Monte-Gazon. Les gardes nationaux bretons se jettent dans le ravin, gravissent la cdie et s'emparent des pièces d'artillerie, que l'ennemi n'a pas le temps de défendre.
Cependant l'Empereur, averti que l'aile droite est sérieusement engagée, sans être aidée par les divisions Ghataux et Duhesme (Victor), qui ne réussissent pas dans leurs efforts contre la droite des Wurtembergeoîs, envoie oflicier sur olTicier pour dire à Pajol de tenir ferme, afin de donner au généralGérard, qui remplace Victor, le temps d'arriver et de prendre le conmiandement de l'mle gauche.
Enfin Gérard débouche avec les divisions Dnfour et Ham&tinaye. Par une disposition plus habile des attaques, il force reonemi à abandonner Villaron en partie et à se concentrer davantage sur le plateau de Surville.
Ce mouvement de recul, vers deux heures de l'après-midi, enhardit l'aile gauche de Pajol. Les colonnes d'attaque parvinrent ao parc des Ormeaux, dont une hmevive et un fossé défendaient l'accès. De ce parc en forme de rectangle, qui se projette trte-avant dans la campagne, les tirmlleurs ennemis fùsùent un mal horrible aux têtes de colonne. Le général Pajol ordonne de loimier la position par la droite. Conduite parM. Moreau, maire de Montereau, une colonne pénètre dans ce formidable camp retranclié. Pris à revers, les tirailleurs ennemis sont tous tués. Villaron était complètement en notre pouvoir.
K ce mom^t, trois heures de l'après-midi, le corps de Pajol
occupait une ligne perpendiculaire à la roule de Paris, qui
joindr^t la source du m du plateau à Villaron : il approchait de
ni. m
Surville, d'où les attaques incessantes de Gérard et de la garde commençaient à refouler l'ennemi.
Le succès avait donné de la confiance aux troupes de Pajot. Quelques bonnes charges de cavalerie, de vigoureux mouvements de l'infanterie replièrent l'aile gauche des WurteD[ibergeois sur le fauboui^ Saint-Nicolas, où Gérard et la garde, maîtres enfin du plateau de SarviUe, précipitaient austi leur aile droite. Il était alors quatre heures; la retraite de l'ennemi s' effectuât en désordre à travers la ville de Montereau, où l'encombrement devenùt épouvantable. Pajol fût alors suspendre le feu de son artillerie, qui, postée au premier coude de la route, à l'endroit où commence la descente, mitraillait les masses ennemies entassées dans les rues. Il ordonne au général Delort de s'élancer au galop, avec sa brigade, sur les ponts de Montereau, en suivant la pente rapide de la route qui descend sur la ville : il le prévient qu'il le suit à la même allure avec les brigades Du Coëllosquet et Grouvel. Le général Delort, après avoir fait mettre le sabre à la main, et formé sa brigade en colonne par pelotons, entame son mouvement au trot, et fait ensuite prendre le galop. Quand sa colonne est à moitié engagée sur la descente, il commande la chai^. La brigade dégringole dans Montereau comme une avalanche, renversant tout sur sou passage, sans être arrêtée par le feu trës-DOurri des deux batàtlons du régiment de GoUoredo qui avfùent été postés dans les premières maisons du faubourg pour protéger la retraite. La colonne Delort franchit rapidement les ponts de la Seine et de l'Yonne, sans lasser à l'ennemi le temps de les faire sauter. La ville de Montereau est traversée en un clin d'oeil, et se trouve débarrassée de l'ennemi, qui fuit dans toutes les directions, et que pousse vigoureusement l'infanterie de la garde et du corps de Gérard, arrivant au pas de course par la route de Nangis et par le chemin de Surville.
A la tète de ses deux autres brigades, Pajol suivait, égale^ ment à fond de train, la brigade Delort. Après le pont de la S&ae, où une mine éclata sans enlever la clef de voûte, et où il eut un cheval tué sous lui, le général s'arrêta un instadt : il jeta le général Grouvel, avec ses dragons, sur la route de Dray, et rejoignit, avec la brigade Du Goëtlosquet, le général Delort,
qui s'était arrêté à la porte de la ville, sur la route de Fossard, où il eût pu être compromis. Heureusement, l'épouvante était trop graude dans l'armée' en déroute ; et c'est en vaiu que le prince de Hobenlohe avtût essayé plusieurs fois, avec ses deux bataillons de réserve, de rallier les fuyards et de rétablir un peu d'ordre dans la retraite.
La charge audacieuse de la cavalerie de Pajol terminait glorieusement une bat^e engagée depuis buit beures du maUn; elle conservait à l'armée française ce que Napoléon demandût à la victoire : les ponts de Mootereau.
L'Empereur, arrivé depuis longtemps au plateau de Surville, applaudit à cette brillante charge. En voyant rouler à celte vitesse ces trois brigades de cavalerie, il s'écria : a II n'y ■ a plus que E'ajol, dans mes généraux, pour savoir mener de la cavalerie. » Puis, jugeant immédiatement des résultats, il ordonna à la division Sébaatiani, qui était à Surville, de descendre directement la montagne au pas de course et de faire main basse sur les Autrichiens, dont pas un n'écbappa- I^es fuyards s'entassuent sur une chaussée de trois kilomètres, en li^e droite. Napoléon fit établir à mi-cdte, un peu au-dessous du château de Surville, une batterie d'artillerie légère de la garde, dont il pointa lui-mfime la première pièce. Cette batterie eDfihdt la route de Possard, et chaque boulet f^ùsait one trouée épouvantable , emportant quinze ou vingt hommes i la file.
Tel fut, dans cette célèbre journée, le râle de l'ùle droite de l'armée francise, où commandait Pajoi. Si les opérations de l'ùle gauche, où Victor, Gérard et l'Empereur dirigèrent successivement les attaques, furent les plus importantes, elles ne commencèrent à avoir quelque succès que très-tard, lorsque Pajol combattait déjà depuis quatre heures. II est d'ûUeurs incontestable que, sans la charge de la brigade Delort, la retraite de l'ennemi ne se fût point changée en déroute, et les ponts de Montereau n'eussent pas été conservés.
Or, il fallait avoii' l'audace du général Pajol pour risquer une semblable charge avec des cavaliers de quinze jours j il fallàt savoir ce qu'on peut attendre de chaque bonuue quand un hourra formidable enuatoe la masse. Avec de vieux cavaliers,
maîtres de leurs chevaux, on n'eût peut-êtie pas réussi. Avec ■ des jeuAes gens sans expérience, obligés de se cramponner aux rênes et à la selle, on devait compter sur ce qui est arrivé : on lâchait un torrent de chevaux emportés, fous de douleur sous l'étreinte de l'éperon et du mors. Une fois les trois brigades lancées, il était impossible à la tête de s'arrêter, si elle l'eût voulu, tant l'impulsion de ta queue était violente; il fallait donc que tout cédât sur te passage de cette colonne impétueuse.
Pour qui ne connaît pas à fond la cavalerie, il y avait presque folie dans ce mouvement inouï et instantané.
Le général Delort le disait avec conviction; car il répondit à l'oflicier qui lui apportait l'ordre de Pajol : « Je crois, en vé- « rite, qu'on perd la tête, de me faire charger avec de la cava- « lerie semblable 1 » Cependant il recueillit le premier les fruits de cette audace : il fut nommé général de dîvi^on sur le champ de bataille.
Heureux de ce beau fait d'armes, dont il espérait les plus grands résultats. Napoléon voulait récompenser tous ceux auxquels il devait la conservation des ponts de Montereau (*). Il fit le général Pajol grand ofllcier de la Liégion d'honneur (*), l'invita au petit couvert le soir même, puis à déjeuner et & diner pour le lendemain. Le capitaine Biot, son aide de camp, fut promu offider de la Légion d'honneur; vingt décorations furent accordées à son corps d'armée. Les gendarmes à pied, qui avaient fait preuve de tant d'intrépidité, passèrent dans la garde.
Le corps d'armée de Pajol se mit en mouvement le soir même; à neuf heures et deniie, une brigade occupait Fossard, deux autres bivouaquaient à Varennes ; des postes de cavalerie ét^ent placés sur la route de Pont-sur-Yonne et sur celle de Moret, afin d'ouvrir la communication de cette ville avec Nemours.
Le général était resté à Montereau, chez M. Jauvel, adjrànt au maire; les fadgues excessives qu'il avùt endurées depuis un mois , ses blessures qui s'étaient rouvertes, avaient altéré sa sauté : il lui fallut renoncer & son commandement.
(1) Voir Piicti jusiificaiina, n" iS et (3, (,') Voiri'tJui/wbjfcanVM, D°44.
L'Empereur lui témoigna tout le regret qu'il éprouvait de se voir privé momeutanémeat de ses services, et il lui accorda un congé' de quinze jours pour aller à Paris se guérir (').
Le lendemain, 19 février. Napoléon réorganisa son armée. Le corps de Pajol fut licencié ; la plupart des régiments pro- . visoires furent dissous, et les détachements rejoignirent leurs corps respectifs, qui venaient d'arriver avec les divisions Pire, Milliaud etTreilhard; le reste de la cavalerie, réuni à la bri* gade Ismert, forma une division, qui fut confiée au général Roussel ; enfin les gardes nationales furent organisées en une division régulière, sous le commandement du général Pacthod.
Avant de partir, Pajol se rendit, le 20 février, à Fossard, pour faire ses adieux aux troupes qui avaient si vùUamment combattu sous ses ordres; il recommanda les hommes qui devaient figurer sur l'état des récompenses; enfin il fit établir un mémoire de proposition pour la Légion d'honneur en faveur de M. Moreau, maire de Montereau, dont la belle conduite pendant la journée du 18 méritait bien cette faveur.
Gomme le général reprenait le chemin de Montereau, il rencontra Napoléon, installé, avec le prince de Wagramet le grand maréchal Bertrand, auprès d'un feu allumé devant la maison de poste de Fossard; l'habitation, saccagée par l'ennemi, était ouverte à tous les vents. Quatre chasseurs à cbeval des pelotons d'escorte étaient en vedette, pied à terre, aux quatre coins du feu, comme cela se pratiquât lorsque l'Empereur faisait haltfi en plein air.
Pajol s'approcha, n Ah I vous voilà, général Pajol , lui dît « l'Empereur, je suis satisfait de vous, je me plus à le répéter; a si tons les généraux m'avûent servi comme vous, l'ennemi ne
■ serait pas en France. Allez soigner vos blessures, et lorsque a vouz serez rétabli, je vous donnerai dix mille chevaux pour • aller souhMter le bonjour de ma part au roi de Bavière. » Après un moment de silence. Napoléon ajouta : « Si, avant- •I hier matin, on m'eût demandé quatre millions pour mettre I les ponts de Montereau à ma disposition, je les eusse dobnés
■ sans hésiter. »
(') Voir Piiett juiiificatim, a" t&Bt 4G.
Une estAfette annonça la division Charpentier, en vue sur la route de Fonl^nebleau. Peu après, le général Charpentier arriva au bivouac impérial.
Pajol prit congé de l'Empereur. Le jour même, il se dirigea . à petites journées vers Paris, accompagné du capitaine Biot, son ûde de camp.
Retour da gésénl Ptjol 1 Ptrii. — Derniers dTorta de Napoléon. — Capitulation de Paria. — Chute de l'Empira. — Reataunlioa d«« Bourbou. — Eutrée de Louii XVIIl à Parii, le 3 mû. — Commiuion initituée pour la rtorganisation de l'armée. — OrdonuaDce royale du lî juin Siaul Ee pied de paix de l'armée. — UecDciement d'une partie des cadrei. — Rétablisieoieiit de la maUon Inililaîre du nn. — Les régimenti de la garde impériale comenéa son) dei aonu DOUTeaux. — Les priom loiit réintéf^ daus leun hautea dignités militaires. — Gradei et honnenn prodigué» aux éoiigréi. — Le général Pajol e>t aomioé au commandemenl d'une division de cavalerie. — Sa diviiion vient tenir garnison k Paris, le l" août. — Composition du corps d'anoée dont elle fait partie. — Situation de la dlii' DOD PajoL — HéconteDiement manifeate dans l'armée. — Le général Dupont est remplacé an ministère de la guerre par le maréchal Soult. — La division hjolest cDcareen garnison à Paris BU 31 décembre 1814.
Parti de Fossard le 20 février, le général Pajol n'arriva à Paris que le 26. L'état de ses blessures, que la route avût encore aggravé, l'obligea à garder le lit pendant plusieurs semùnes, et le réduisit ensuite à l'inaction la plus complète. Habitant alors, avec la comtesse Pajol, son fils et sa fille, l'bdtel de la me de Bourgogne, n" 44, il assista, sans y être mËlé, aux tristes événements qui amenèrent la chute de l'Empire.
Après avoir employé les journées du 19 et du 20 février à réorganiser son armée et à faire défiler ses troupes sur le seul pont de Montereau, Napoléon quitta le château de Surville le 21, et remonta la rive gauche de la Seine jusqu'à Nogent. Avec tes 70,000 hommes qu'il avait sous la main, il conçut le projet de fraocbir la Seine à Méry, de la remonter rapidement par la rive droite, de devancer l'armée |de Bobéme à Troyes et.de venir, sur la rive gaucbe, ofirir la bat^Ue au prince de Schwar-
zenberg, après s'être emparé de sa ligne de retmte et de sa communication avec l'armée de Silésie. L'incendie de Héry par les Russes de Wittgenstein, la subite apparition des Prussiens sur la rive droite de la Seine, empêchèrent l'exécution de ce plan. Napoléon ne désespéra pas de battre le prince de Schwarzenberg. Le 23, il se porta par la rive gauche vers Troyea, où il entra le lendemain.
Pendant que l'armée de Bohème rétrogradait jusqu'à Ghauniont, Blûcher, qui, avecles débris des corps de Sacken, d'York, de Kleiat, de Langeron, et 15 ou 16,000 hommes de renfort, s'était refait une armée de 48,000 combattants, se dirigeait vers la Marne, où il devait être rejoint par les corps de Bulov? et de Winzengerode (50,000 hommes). Ayant passé l'Aube à Anglure le 24 février, l'armée de Silésie poursuivit les maréchaux Mortier et Marmont, qui parvinrent à se dérober et à s'abriter derrière la Marne et l'Ourcq. Averti du nouveau danger qui menaçfût la capitale , Napoléon laissa sur l'Aube les maréchaux OudJnot et Macdonald et le général Gérard, et partit de ïroyea le 27, avec 35,000 hommes (Ney, Victor, Priant, Drouot). H passa la Marne dans la nuit du 2 au 3 mars, rallia Mortier et Marmont, et se mit à la poursuite de l'armée de Silésie. La lâcheté du commandant de Soissons, qui livra aux Alliés le passage et la place, sauva Blûcher d'une destruction cert^ne, et lui procura un renfort de 50,000 hommes, par la réunion de Winzengerode et de Bulow. Napoléon, ayant passé l'Aisne à Berry-au-Bac avec 50,000 hommes en présence de 100,000 ennemis, enleva les formidables positions de Craonne {7 mars). Après la sanglante bataille de Laon (9 et 10 mars), restée indécise parce que Marmont s'étMt laissé surprendre au village d' Athies, il dut se replier sur Soissons. La destruction du corps de Saint-Priestà Reims (13 mars) ne pouvait réparer l'échec de Laon. Menacé d'être étouffé entre Blûcher et Schwarzenberg, Napoléon prend la résolution de marcher sur les places fortes, de rallier les garnisons et de tomber sur les derrières des Alliés. La nouvelle de l'entrée des Anglais à Bordeaux (12 mars), l'agitation et l'effroi de Paris k l'approche des Autrichiens, le déddent à fwre auparavant une démonstration sur les derrières de Schwarzenbçrg. Il passe la Seine à Méry, et se trouve avec
20,000 couibatlants en Tace des 90,000 hommes de l'armée de Bohème. Après avoir tenu toute une journée à Arcis-sur-Aube ■ (20 mars), il repasse l'Aube pour se couvrir de cette rivière.
Pendant que Napoléon se portait sur Saint-Dizier, dans le but de rallier les garnisons et avec l'espérance d'attirer Schwarzenbei^ k sa suite, tes armées d^ Silène et de Bohème s'étaient ' réunies dans les' pliûnes de Ghâlons. Le 2S mars, les masses de la Coalition commencèrent leur mouvement sur Paris. Coupés de Napoléon, les maréchaux Mortier et Marmont se défendirent Tïûllamment entre Vassîmont et Cormantry. Ils battirent en retndie après avoir perdu 3,000 hommes, et une partie de leurs canons. Le général Pacthod se trouva entouré; toute sa division fut tuée ou prise. Le générai Compans réussit à se sauver sur Meaux. Marmont, Mortier et Compans arrivèrent à Paris le 29 mars, suivis de près par les armées coalisées. Le lendemain la bataille s'engagea sous lés murs de Paris.
Le général Pajol était toujours très-souffrant. Entendant le canon ennemi, il envoya son aide de camp, le capitaine Biot, ofirir ses services au roi Joseph : l'impératrice était partie la Teille.
Marmont et Mortier tinrent, penduit toute la journée du 30, avec 24,000 combattants environ contre plus de 400,000 ennemis. Prolonger plus longtemps la résistance était aussi inutile qu'impossible. Après d'assez longs pourparlers, il fut convenu <{u'ils évacuer^ent Paris dans ta nuit, et emmèneraient leurs troupes où ils voudraient. Le lendemain (31 mars) l'empereur Alexandre et le roi dé Prusse entrèrent en triomphe dans la capitale.
Les intrigues politiques amenëi'ent ensuite successivement la chute de l'Empire, que le sénat décréta le 2 avril, et la formation d'un gouvernement provisoire, dont le chef fut M. de Tatleyrand , l'ancien ministre de Napoléon, devenu le favori d'Alexandre.
Entraîné par le parti royaliste, ce nouveau gouvernement déterinina le sénat à appeler Louis XVIII au trône de France. Cette restauration des Bourbons ne se fit que moyennant une constitution , appelée constitution sétiatoriaie du 6 avril, par laquelle les sénateurs avaient entendu limiter les prérogatives
ilizedbïGoOC^Ic
royales, et en même temps sauvegarder leurs personnes, leurs biens et leurs dignités.
Pendant que Napoléon se disposait à partir pour l'Ile d'Elbe, où les Alliés victorieux avaient exigé qu'il fût relégué, le comte d'Artois, frère du roi, fusait à Paris, le 12 avril, son entrée triomphale. Quatre jours après, le sénat l'instituait chef da gouvernement jusqu'à l'arrivée de Louis XVIII, avec le titre de lieutenant général du royaume. Nos ennemis consentirent alors à traiter. Le 23 avril, M. de Talleyrand signa une convention de suspension des hostilités. Entre autres conditions désastreuses, elle stipulât : le retour de la France à ses limites de 1792, l'abandon du matériel de guerre que nous possédions dans les places fortes et ports en dehors de ces limites, matériel d'une valeur d'un milliard et demi. Cette convention reçut une consécration complète dans le traité de paix qui fut signé à Paris, le 30 mai suivant.
Les plus grandes (UfGcultés de ia situation étant à peu près aplanies, Louis XVIII quitta l'Angleterre. Le 3 m», il entra dans Paris, escorté de maréchaux et de généraux de l'Empire, qui, comme beaucoup de hauts dignîuûres, avaient promptement fait acte de soumission. .
La monarchie rétablie, et avec elle un gouvernement r^ulier, il fallut songer à l'armée, dont la réorganisation était indispensable. Une ordonnance royale du 4 uuù confia ce travail à une commission choisie parmi les militaires les plus illustres de l'Empire ; elle se composa des maréchaux Ney, Augereau et Macdonald, et de huit généraux de division. La question était difficile h résoudre, en raison de l'eut de nos finances et de la surabondance de nos cadres, en officiers surtout. Le général Dupont, ministre de la guerre depuis le 13 mai, av^t déclaré qu'il était résolu à présenter aux Chambres, dont a réunion ét^t fixée au 4 juin, un budget en rappoit avec les ' ressources, bien restreintes, du pays. Liée, d'un cOté, par ces considérations, désireuse, d'autre part, de sauvegarder l'avenir de la France, la commission de réorganisation, après une étude mtelligente et approfondie de la situation de l'armée, s'arrêta aux résolutions suivantes :
L'infanterie comprendrait 105 r^iuente, dont 90 de ligoe et (5 d'infanterie légère. Chaque régiment, fort de 1,379 hommes, y compris 67 officiers, serait à trois hataillons de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs.
La cavalerie compterait S6 régiments, de 602 hommes de troupes et 469 chevaux, avec 42 officiera et 58 chevaux d'ofGda:s.
L'artillerie aurait 4 régiments à pied, 8 régiments à cheval, 1 liataillon de pontonniers, 12 compagnies d'ouvriers et 4 esca^ drons du traio ;
Le génie, 3 régiments de sapeurs et de mineurs.
On présentait ainsi : 144,795 hommes d'infanterie ; 36,064 de cavalerie, avec 29,512 chevaux; 11,312 hommes d'artillerie, et 4,824 du génie; en tout : 223,812 hommes et 32,164 chevaux.
Ces fixations, très-faibles quand on les compare aux puissants effectifs des années précédentes, répondaient au double but que l'on s'ét^t proposé : on s'était soumis aux nécessités budgétaires, et l'on conservait un noyau imposant des forces militaires de la France, autour duquel, en cas de besoin, se grouperaient promptement les hommes en excédant , qui de* vaient fttre renvoyés dans leurs foyers.
Le roi approuva ce projet, et une ordonnance du 12 juin prescrivît de ramener l'armée au pied de paix, conformément anx bases arrêtées par la commission de réorganisation. Des milliers d'ofSciers se trouvèrent placés à la suite , et un plus grand nombre encore furent mis à la retrûte ou en demi-solde. Cette mesure, nécessitée par l'état de nos finances, mus fort dure pour ceux qui étaient blessés dans leurs intérêts, fit beaucoup de mécontents, d'autant plus que déjà il avait fallu réintégrer dans l'armée les émigrés qui y avaient autrefois compté, comme on avait dû y admettre, à des titres divers, les royalistes à récompenser de leur fidélité ou de leurs services. Les officiers de l'Empire, qui avaient gagné leurs grades sur les champs de t)ataille et qui se voyûent aimi sacrifiés, ne ménagèrent ni les récriminations ni les menaces, et la ^tuation présentait, à ce point de vue, une certune gravité.
La réoi^anisation de l'in&nterie se fit facilement. Les trente
iSO PAJOI,.
premiers régiments de ligne conservèrent leurs numéros ; les autres prirent le numéro le plus rapproché de celui qu'ils avaient eu. Les 39 régiments de ligne, les 21 d'infanterie légère, les 13 régiments de tirailleurs, les IS de voltigeurs et les 2 de flanqueurs, qui existaient en dehors de l'organisation nouvelle, furent fondus dans les 105 régiments d'infanterie, dont les effectifs se trouvèrent ensuite ramenés au chiffre réglementaire de 1,379 hommes, par des libérations anticipées et provisoires.
Les mêmes principes furent appliqués dans toutes les armes.
DansJ'infanterie et la cavalerie, les régiments portant les premiers numéros reçurent des dénominations honorifiques, rappelant les membres de la famille royale : le 1" régiment s'appela régiment du Soi; le 2', de la Reine; le 3*, du Dauphin; le 4*, de Monsieur; le S", tTAngouléme; le 6*, de Berry; \eT, d'Orléans; leS", rfe Condé ; h 9\ de Bourbon.
Ce retour vers le passé conduisit naturellement au rétablissement de la maison militaire du roi, où l'on plaça beaucoup de jeunes gens de la noblesse qui demandîûent des grades et des emplois. On reforma les quatre compagnies de gardes du corps, avec leurs anciennes désignations de compagnies de Groï, de Gramont, de Noailles et de Montmorency ; on en créa deux nouvelles pour le prince Berthier et le duc de Raguse. Ces six compagnies se divisaient en deux de chevau-légers et de gendarmes de la garde, dites compagnies rouges, à cause de la couleur de l'uniforme; deux de mousquetaires gris et noirs, à cause de la couleur des chevaux ; une de grenadiers à cheval ; enfin upe des gardes de la porte.
Les régiments de l'ex- garde impériale furent conservés sous les noms nouveaux de grenadiers de France ; chasseurs d pied de France; cuirassiers de France, etc. L'infanterie, réunie sous le commandement du maréchal Oudinot, fut envoyée à Metz ; la cavalerie, placée sous les ordres de Ney, fut répartie dans les garnisons du Nord.
Pour consacrer enfm dans notre système militaire la restauration de l'ancien régime, on revint aux appellations de lieuienant général et de maréchal de camp, au lieu de général de division et de général de brigade. On rétablit aussi les grandes
chaînes et dignités militaires d'autrefois : le prince de Condé fbt colonel général de l'infanterie ; le duc d'Angoulëme, colonel général des cuirassiers et dragons ; Monsieur, frère du roi, colonel général des Suisses ; le duc de Berry, colonel général des chasseurs et chevau-légers; le duc d'Orléans, colonel général des hussards-, le duc de Bourbon, colonel général de l'infanterie légère.
Les princes et les émigrés prenant ùnsi les emplois des offitiers généraux de l'Empire, on en dédommagea les titulaires en leur donnant' le titre d'inspecteurs générant de leurs armes. Le général Pajol, dépossédé comme beaucoup d'autres, devint inspecteur général de cavalerie. Il resta dans cette position jusqu'il la fm de juin. Le maréchal Oudinot, son beau-père, qni était bien vu à la cour, intervenant alors en sa faveur, lui fit donner la croix de chevalier de Saint-Louis (1" juin) et le coaunandement d'une division de cavalerie, dont les régiments se reform^ent à Paris, Versailles, Saint-Germain et Beauvais. La réorganisation de cette division fut promptement achevée, gr&ce à l'activité de son nouveau chef; les corps qui la composaient furent tous réunis à Paris, vers le i" août, et la division Pajol fit dès lors partie du corps d'armée du général comte Mason, gouverneur de Paris et commandant delà l" division militaire. Ce corps d'armée comprenait déjà deux divisions d'infanterie, aux ordres des généraux Ledru des Essarts et Glaparëde.
La division des Esaarts se composait des deux brigades Féiensac (1" et 2' régiments de ligne) et Conchi {i" et 2" régiments d'infanterie légère).
La division Clarapède compren^t les deux brigades Pelleport (31* et 54' régiments de ligne) et Bauduin (12" et 15" régiments d'infanterie légère).
La composition de la division de cavalerie ét^t la suivante:
Lieutenant général comte Pajol, commandant.
Aides de camp : fiiot, chef d'escadron; Imbert et Thirion, capitaines.
Adjudant commandant, Hudry, chef d'état-major; Larochetle, uipitaine adjoint.
Première brigade. — Baron Valin, maréchal de camp, commandant. Aides de camp : Dussart et Mille, capitaines.
1" régiment de cuirassiers, ou régiment du Roi, caserne à Paris, commandé par le colonel Christophe de la Molhe-Guery (755 hommes et 7t4 chevaux).
1°' régiment de dragons, ou régiment du Roi, caserne à Paris et à Sèvres, commandé par le colonel Elapatel (715 hommes et 621 chevaux}.
Deuxième brigade. — Comte de Périgord, maréchal de camp, commandant. Aides de camp : Combes et Faissiëres, capitaines.
i" régiment de chasseurs, ou régiment du Roi, caserne à Paris, commandé par le colonel Saint-Chamans (70i hommes et 559 chevaux).
1" régiment de hussards, ou régiment du Roi, caserne à Paris et à Neuilly, commandé par le colonel Oudinot (1,166 hommes et 716 chevaux).
Cette division, qu'on appelait aussi division du Roi, constituait un commandement important, en rùson de son effectif élevé (3,337 hommes et 2,670 chevaux) et de la valeur de ses régiments, tous composés d'anciens soldats. On admirait, à Paris, la magnifique tenue de cette cavalerie, qui rappelmt, sous bien des rapports, celledel'ex-garde impériale. LegénéralPajol, qui s'était occupé avec le plus grand soin de tous les détails de l'organisation, de la tenue et de la remonte, étùt justement fier des résultats obtenus.
L'armée, d'ailleurs, se reconstjtuût partout, et les généraux ennemis qui la voyaient reposée de ses fatigues en concevîûent une grande inquiétude. Après une revue dans la plaine de Grenelle, Wellington disîùt : « Le moteur n'est plus ; les instru- « ments sont les mêmes. * L'observation étùt juste pour le soldat ; mais beaucoup d'ofSciers nouvellement introduits dans l'armée laissaient à désirer. Le commandement avait ausà perdu de sa valeur : les offlders généraux que l'Empereur avMt éliminés, pour un motif quelconque, étiûent rentrés en faveur } d'un autre côté, de simples officiers, oisifs depuis vingt ans, avaient été créés officiers généraux et employés, uniquement parce qu'ils avaient émigré.
Ces élévations peu méritées, les créations de corps privilégiés.
déta*iniDëreBt (laos l'ancienne umée un vif mécontentement, qa' augmentait encore la prodigalité avec laquelle on distribuait les grades de la Légion d'honneur. Les circonstances faisaient au gouvernement une nécessité d'en agîr ùnsi : les vieux soldats ne l'admettaient pas ou ne voul^ent pas l'admettre. A leurs yeiix, donner des grades élevés à des incapables, e'était abaisser le prestige de leurs chefs ; jeter aux premiers venus la croix d'bonnau-, c'était avilir ceux qui l'avùent conquise au prix de leur sang.
Leurs raisonnements ne manqu^ent pas de justesse ; et il eût fallu, pour faire accepter ces mesures exceptionnelles, un ministre de la guerre qui eût la sympathie de l'armée. Or, le général Dupont, discrédité par la capitulation de Baylen, n'était pas l'homme qui eût dû en assumer la responsabilité. Yers la fin de l'aunée, sa situation devint intolérable. Voyant la surexâtation des esprits s'accroître et l'indiscipline faire des progrès ellrayants, le gouvernement dut remercier le ministre, qui n'avait pas été et qui ne pouvait être à la hauteur de sa tâche. Le maréchal Soult fut désigné pour le remplacer. Ce choix étMt préférable. Soult, cependant, avait fait des concessions trop grandes au nouveau régime ; il avait trop promptement gagné la faveur des royalistes; ses anciens camarades lui en savûent mauvais gré. Mais c'était un homme de la grande école, qui possédait à un haut degré les qualités importantes du commandement : il tenût à la discipline, et avait la fermeté nécessaire pour la maintenir. L'armée et le roi devaient donc gagner au changement de ministre.
11 était nécessmre d'avoir, k cette époque, un homme habile à la tête de notre administration militaire ; car, au congrès de Vienne, où les plénipotentiaires des puissances européennes ét^ent réunis depuis le 1" novembre, il se manifestait des désaccords dont les suites ne pouvaient se calculer. La Prusse, appuyée par la Russie, avait, au commencement de décembre, formulé nettement son intention d'annexer la Saxe. L'Autriche» l'Angleterre et la France s'y opposaient ; et une rupture par^sait imminente. L'Autriche concentra de nombreux corps de troupes en Moravie ; la Russie se mit en mesure de rétmir 300,000 soldats en Pologne; et la Prusse donna des ordres pour
160 l'AJOL. ,
rassembler 3od armée. Ces préparatifs de lutte furent, heureu> semeot, inutiles : la diplomatie arrangea plus tard toutes ces difficultés, qui devaient, du reste, disparaître devant les événements de iSiiS.
Au moment où Soult prit le portefeuille de la guerre (3 décembre], la division du général Pajol était toujours à Paris, dans les mêmes conditions où nous l'avons vue au mois d'août. Son effectif était descendu k 2,800 hommes environ, par suite de l'application des dispositions de l'ordonnance du 44 juin. Elle av^i pris part, au mois de septembre, aux grandes manœuvres qui furent faites, par les troupes de la garnison de Paris, à Neuilly et à Villiers, sous le commandement du duc d'Angoulème et du duc de Berry. Dans ces diverses occasions, le commandant de la division comme les soldats montrèrent qu'ils avaient une connaissance très-exacte des opérations de la guerre, pour les avoir longtemps pratiquées avec succès contre l'ennemi.
Il en résulta plus d'une fois des froissements d'amourpropre, qui n'étaient pas de bon augure pour l'avenir. Le général Pajol, d'ailleurs, ne dissimulait pas sa façon de penser; ayant conservé sa liberté d'allures , il ne se gênait pas pour blâmer les injustices commises envers ses anciens compagnons d'armes. Il soutendt avec une grande hardiesse les droits des officiers sous ses ordres, et quand il s'agissait de leur faire rendre justice, ses réclamations étaient incessantes. Cette manière loyale et franche de faire et de dire pouvait le reudre suspect au parti si ombrageux qui dominait à la cour ; il s'en préoccupa peu, et conserva, dans ces moments difficiles, l'affection de ses subordonnés.
(Voir les n" S. 13. 18. 10 et 23 do la carte.)
IVulf du 3 jaDTJeT, entre !■ Pranie, l'AiigleleiTc et l'Autriche. — Renvoi de Paris dd diiitioiu qui en fonnaient la gtmtson. — Dtsaolulioo de la diiision Pajol. — Ce gÉDÊral est nommé au commandement de la !* subdiviiion de la l" diTuion Diilitaire, à OrléaDs. ~ Oi^aniMlion d'un corps d'obseriation des Alpes. — Napoléon débarque i Caoaes le 1*' mars. — Pajol eit placé tous les ordres du général Dupont. — Entrée de Napoléon à Lyon, le 10 mari. — Le général Qaïke nommé nûnistre de la guerre, en remplacemmt du maréchal Souli. — Harche Iriomphale de Mapolèun vers Paris. — L'armés te range sou) ses ordres,
— Louis XVIII quitte Paris, le 19 mars. — Napoléon rentre aux Tuileries, le !0.
— Pajol nommé au commaiidemeiit de l'armée de la Loire, en remplacemeui du laaréehal Gouvian Saint-Cfr. — Hiaaion de cette armée. — Sa composition. — Nouvelle coalition contre la France. — L'Empereur pawa en rerue, k Pari*, le S anil, le« troupes du général Pajol. — Dissolution de l'armée de Pajol. — Reasources militaires' da la France. — Pajol clergé de l'organisation de la caTalarie de l'amiée de Vendée. — L'Acte addUionnel publié le 1" juin au Champ de Haï.
— Pajol nommé pair de France, le 2 juin. — Forces de la Coalition, comparées à celles de la France. — Plan de campagne de Napoléon. — Armée destinée à l'exécuter, — Le général Pajol nommé au commandement du 1*' corps de cavalerie. — n part de Paris, le 7 juin, et établit, le lendemain, son quartier général à b Capelle. — Composition et emplacements des armées de Wellington et de Blûcher. — Concentration de l'armée française autour de Reaumont. — Emplacements du corps du général Pajol, le 13 et te 14 juin. — Napoléon arrive k
itet prend le commandement de l'armée.
AU commencémeot de 181S, tout l'intérêt de la situation était à Viennei oi!t des divergences sérieuses se maaifestaieut parmi les membres du congrte. La Prusse et la Russie persistaient à vouloir absorber le royaume de Saxe; la France, l'Angleterre et l'Autriche s'y opposaient énergiquement. Pour mieux assurer l'efRcacité de leur action dans ce sens, lord Gastleref^h, M. de Mettemich et M. de Talleyrand signMent, le 3 janvier, nn trùté secret d'alliance, consacrant les stipulations du traité conclu à Paris le 30 mù JS14, et fixant à 150,000 hommes le
^dByCooglc
contingent à fournir par chacune des trois puissances contractantes, dans le cas où la guerre sortirait des négociations entamées.
La France pouvait donc s'attendre à de graves événements, qui donneraient à son armée un rdle important, et ii y aurait eu lieu de s'applaudir de l'arrivée du maréchal Soult au ministère, si la confiance qu'il avait inspirée les premiers jours n'avait déjà fait place à d'autres sentiments. Le maréchal s'étfdt prompteœent aliéné les esprits par un royalisme outré et des rigueurs exagérées. Ain^, sous prétexte de rétablir une exacte discipline & tous les degrés de la hiérarchie, il frappa trësnlurement le général Ëxelmans, qui fut acquitté par le consàl de guerre de la 16' division militaire ; puis Û renvoya en demi-solde les oOiciers maintenus jusqu'alors & la suite.
De plus, à ce moment, où il parùssait nécessaire de conserver de solides corps d'armée, comme ceux qui tenaient garnison à Paris, il les licenciait, et envoyait dans des villes de province les régiments formant les divisions Ledru des Ëssarts, Claparède et Pajol.
Les mouvements de la cavalerie de Pajol s'exécutèrent dans la deuxième quinzaine de janvier : le 1" régiment de cuirassiers parUt, le 20, pour Blois, Vendôme et Montoire, et arriva le 26 dans ces localités ; les trois autres ré^ments de la division quittèrent Paris le 24, et parvinrent: le 1" régiment de dragons, le 27, iLaon; le 1" régiment de chasseurs, Ie31,fi Béthune; le 1" régiment de hussards, le K février, à Metz.
Cette belle division du Roi, qu'on avait tant admirée, se trouva ainsi dissoute et éloignée de Paris, où elle étmt restée six mois & peine. Le motif de son départ ne peut être attribué à la nécessité d'organiser des corps d'armée nouveaux : les destinations de ses régiments le prouvent. La raison d'État parait être la seule cause de celte mesure ; ce qui ferdt croire que l'on suspectait chefs et soldats.
En compensation du commandement important qu'il perdût, le général Pajol reçut celui de la 2' subdivision de la 1" division militaire, qui ne comportait auparavant qu'un maréchal de camp. Il est vrai que cette subdivision compreu^t les deux départements du Loiret et d'Eure-et-Loir, et qu'à Orléans,
quartier général de ce commandement, il y avait en garnison le régiment royal des lanciers de France, à la tête duquel étiùt placé le lieutenant général comte Colbert.
C'était, pour le général Pajol, une sorte de disgrâce, si l'on considère que, en arrivant à Orléans, le i" février, il se trouva avoir seulement aous ses ordres :
r Le 14* ré^ment de ligne, commandé par le colonel Bugeaud (*), fort de 1,449 hommes, ayant son état-major à Orléans, le 1" bataillon à Saint-Jean, le 2' à Darvoy^ le 3' à Lacroix-de-Fteury, et les hommes à la suite aux Tarètes;
2* Le ferment royal des lanciers de Frauce, commandé par le lieutenant général comte Colbert (*}, fort de 647 hommes et 574 chevaux, avec ses quatre escadrons à Orléans ;
3* Le 1" régiment de lanciers, commandé par le colonel Jacqninot, ayant son état-major, les 1°', 3' et 4* escadrons & Chartres, et le 2* escadron h Cbâteaudun.
Le mécontentement grandissait chaque jour dans l'armée : une conspiraUon, dite des frères Lallemand, s'organisait dans l'ombre, et des clameurs violentes s'élevaient au sujet des distributions par trop nombreuses de décorations de la Légion d'honneur (*). Ces clameurs inquiétèrent le marécba! Soult, et l'amenèrent à faire rendre par le roi, le 17 février, une ordonnance déterminant les conditions à remplir pour entrer dans l'ordre ou pour y obtenir de l'avancement (*].
Vers la même époque. Murât, toujours en possession du trdne de Naples, malgré les réclamations réitérées de la France, avajt résolu, pour couper court aux intrigues qui senouûent à Vienne
(') Le colonel Bugetud déviai duu la suite maréchal de France el gouverneur de l'Algérie.
(') Le> ronclloos de major élnient exercées, d«D» ce régiment, par le uarédial de camp baron Uuboii.
(') Louis XVIII avait, depuii onze moi», distribué pliu de croix de la L^on d'bonneur que Napoléon pendant douie annéet.
(4) Cei conditioiu furent ; 25 années de services militaires ou civils, pour être chevalier; 1 ans de grade de cbevalier pour être promu oHIcieT; 4 ans d'officier pour être promu commandant', 6 ans de commandant pour être promu grand olUcier; et S aiu de grand officier pour être promu grand cordon. Le nombre des membres Eut fixé à SO grands cordons, 100 grands orSciers, 400 commlndanli et },000 officiers; le nombre des chevaliers fut seul illimité. KtiGn, il ue Tut plus possible d'entrer dans la Légion d'honneur avrc un autre grade que celui de cbevalier.
tm PAJOL.
contre sa couronpe, de faire acte de vigueur : il rassembla des troupes et envahit les Rouiagnes. La nouvelle de cette agre»sioo surprit étrangement le congrès de Vienne et irrita les représentants des puissances européennes. M. de Talleyraod profita de cette disposition des esprits pour demander plus positivement encore la déchéance de Murât ; ïl conseilla en même temps à Louis XVIII de réunir sans bruit une armée de 30,000 hommes entre Lyon et Chambéry, afm de se mettre en garde du cdté de l'Italie, tout en évitant d'éveiller les susceptibilités de l'Autriche et du Piémont.
Le ministre de la guerre prit aussitôt des mesures dans ce sens. Vers la fin de février, le général Pajol reçut ordre de préparer au départ les régiments en garnison dans sa subdivision : le régiment des lanciers de France devait aller à Montereau et Montai^is; le i" régiment de lanciers, à Paris; et les deux premiers bataillons du 14' régiment de ligne, à Màcon, après avoir été complétés k 500 hommes. Le 1" riment de lanciers se mit immédiatement en mouvement Au 1" mars, il élût à Paris.
A cette même date, Napoléon débarquait en France.
De l'Ile d'Elbe, i) avait suivi attentivement la marche des événements en France ; il avait connu le mécontentement de l'armée ; il avait compris l'inquiétude des masses devant la réaction royaliste. Certain dés lors de se rattacher tous les ' intérêts, Napoléon quitta, le 26 février, l'tle qui lui avait été assignée pour résidence, et le 1" mars, à trois heures de l'après-midi, il déb^quait k Cannes, avec 200 chasseurs corses, 1 00 chevau-légers polonais, 200 flanqueurs, 400 grenadiers de sa garde et 4 pièces de canon d'un faible calibre. Les généraux Bertrand, Drouot et Gambronne l'accompagnûent.
La nouvelle du débarquement au golfe Juan retentit comme un coup de foudre au congrès de Vienne. Les souvermns assemblés furent stupéfaits et terrifiés d'une telle audace, que devait couronner momentanément le succès. Aux Tuileries, on montra d'abord peu d'inquiétude ; on doutât presque de t'esactitude du fait, ou l'on pensait que l'évadé de l'tle d'Elbe venait à pifùsir chercher une défûte humiliante et une fin tragique.
Le maréchal SouU, néanmoins, pressa l'organisation du corps
(fobservatioQ de la frontière des Alpes, qui pouvait parer aux éventualités et agir aussi bien contre Napoléon que contre Murât. Ce corps, dont l'effectif avait été fixé à 29,650 hommes, devait être massé entre Lyon et Chambéry du 19 mars au k avril.
Le général Pajol reçut, le 4 mars ('), une dépêche du ministre, en date de la veille, prescrivant de terminer au plus vite la formation des deux premiers bataillons du H" de ligne au complet de 500 hommes, et de les acheminer sur M&con, le-6 mars, sons le commandement du colonel Bugeaud. Le 3* bataillon et le dépOt restaient en garnison à Orléans, ainsi que le régiment des laoders de France, dont le service se réduisait à l'escorte des voitures publiques, les routes n'étant pas sûres alors dans le département du Loiret.
Napoléon, acclamé sur son passage et ralliant à lui les troupes envoyées pour arrêter sa marche, était, le 8 mars, à Grenoble, où il passa des revues, reçut les autorités et adressa au peuple français de chaleureuses proclamations.
La situation des Bourbons devenait grave, et l'arrivée des piinces à Lyon fut impuissante à l'améliorer, car les régimeots réunis sur ce point allient suivre l'exemple de la garnison de Grenoble et accueillir avec enthousiasme le glorieux chef qui les avait si souvent conduits à la victoire.
A l'armée de Lyon, on donnait cependant bien vite une aile gauche, que le mai-échal Ney, établi à Besançon, organisait en Franche-Comté, et une ùle droite, dont le général Dupont, gouverneur de la 22' division militfùre ^'^ours, avait le commandement, avec Moulins pour quartier général.
Pajol fut placé à la tête de toute la cavalerie de cette aile drmte; il devait avoir sous ses ordres (') : le régiment des lauriers de France, alors à Orléans; le ré^ment des dragons de France, à Tours; te 1" régiment de cuirassiers, à Blois ; le 3° de dn^ns, venant de Pontivy à Montai^ ; le 7' de dragons venant d'Amiens à Bourges; le 9°, venant de Rennes à Nemours; le ] 1*, venant de Saintes à Moulins, et le 2' de hussards, venant de Poitiers à Nevers. A l'exception des trois premiers, ces régj-
O \aia Piiea Juilifieeiivtl, i P) Voir Piieei jiaiîficaiirtt, i
menis ne pouvaient fitre rendus à destination . qa'^irès le 26 mars : le corps de cavalerie ne fut donc jamais constitué.
Napoléon continuait sa marche: le 10 mars, & sept heures du soir, il entrait à Lyon, d'où les princes étaient partis précipitamment dans la matinée. L'inquiétude gagna alors le gouvernement royal ; la cour s'en prit au maréchal Soult, qui fut remplacé, le 11 mars, au ministère de la guerre, par le général Clarke, duc de Feltre. Le trouble augmentant, on rendit ordonnance sur ordonnance. Tous les militaires furent rappelés & leurs corps; des bataillons de réserve furent créés dans chaque département, avec les anciens soldats rentrés dans leurs foyers; on mit sur pied tous les gardes nationaux du royaume ; on forma des bat^llons de volontaires; eofm, on institua, près de chaque corps d'armée et dans chaque chef-lieu de département, des conseils de guerre chargés de juger, suivant la rigueur des lois, la désertion et l'embauchage. Ces mesures de la dernière heure ne produisirent aucun résultat; elles ne reçurent nulle part leur entière exécution.
Arrivé à Lyon dans la soirée du 10 mars, Napoléon y resta les journées du II et do 12. Il y reçut les antmités et corps constitués, passa en revue les troupes et la garde nationale, et rendit des décrets dont l'ensemble n'était rien moins que l'annulation de tout ce qui s'était lait depuis un an. Il se dirigea ensuite vers Paris par Mâcon, Ghalon, Autun, Auxerre, Montereau et Fontainebleau. Le trajet ne fut plus qu'une marche tri<Hnpbale, exempte de tout danger ; les campagnes et les villes se soulevûent à son approche, et les régiments échelonnés pour lui barrer le passage se rangement k ses côtés. Bien plus, les troupes en mouvement par ordre du gouvernement royal accounûent vers lui ; les généraux, les chefs de corps s'y lfûssid«it entraîner eux-mêmes.
Abandonné de l'armée, Louis XVIII dut se résigner au départ, n quitta Paris avec toute la cour dans la nuit du 19 mars. Le lendemain, à huit heures du soif, Napoléon rentrait aux Tuileries au milieu d'un enthousiasme indescriptible. Le trAne impérial était rétabli.
Le 19 mars, au moment où le roi se décidjùt à partir pour Lille, le général Clarke avait prescrit la formation d'une année
de la Loire, dont le commandement fut confié au maréchal GouviOD Saint-Cyr. Le ïnaréchal se rendit immédiatement à Orléans, son quartier général provisoire. Le général Pajol s'y trouvait toujours, comme commandant du territoire et des troupes actives de cavalerie. Ces troupes, qui devaient d'abord se composer des huit régiments de cavalerie aflectés au corps du général Dupont, avaient été réduites à une seule division de trois brigades, à composer : la première, des 3* et 9' dragons; la deuxième, des 7* et 11' dragons; la troisième, du 1" riment de cuirassiers et du régiment des dragons de France.
Avec les trois autres régiments primitivement placés sous les ordres de Pajol (2* hussards, 13* chasseurs et 'lanciers de France), on avait organisé une division de deux brigades pour le généra) Golbert. En réalité, ces divisions ne furent jamûs formées, puisque les régiments, à l'exception de trois, n'étaient pas rendus sur leurs nouveaux emplacements au moment de la chute de la royauté. Le 21 mars, le général Pajol reçut du nouveau ministre de la guerre, le prince d'Eckmtihl, l'ordre d'envoyer à Paris les dragons et les lanciers de la garde (lanciers de France), d'arrêter les autres ré^ments où ils se trouvaient et de leur faire prendre la cocarde tricolore (*).
En arrivant à Orléans, le maréchal Gouvion Saint-Cyr fut fort étonné de voir que les troupes de la garnison avaient repris la cocarde tricolore ; il fit retomber son mécontentement sur le général Pajol, lui infligea des arrêts de rigueur et mit une garde dans la maison qu'il habitait. Pajol n'était ni plus ni moins coupable que les gfénéraux Bonnet, Golbert et Dupont, alors à Orléans. Irrité de cette injostice, il envoya à Paris son aide de camp, le commandant Biot. Cet oMcier, après avoir surmonté les obstacles qui s'opposiùent à sa sortie d'Orléans, parvint à voir l'Empereur et le nouveau ministre de la guerre, le maréchal Davoat \^}. Satisfaction entière fut donnée au général Pajol, qui reçutimmédiatement le commandement de l'armée de la Loire (*},
(■) \mi PUcei jiutfficatirtt, n* t9.
(■) Voir Piicet juitifieaHrei, ti> SO.
(») Voir Piicts jiutificalim, n" h\ «t S2.
en remplacemeot du maréchal Gouvion Saint-Gyr, mandé à Paris pour faire sa soumission.
L'armée de la Loire ne devait plus avoir Ife même but qu'au 19 mars ; elle devait agir dans l'Ouest, où le duc de Bourbon s'était porté, avec l'intention de soulever les populations de la Vendée. Une autre armée, que le général Morand avait l'ordre de réunir à Alençon, opérerait aussi contre les mouvements insurrectionnels de l'Ouest, s'il s'en produisait, et se lierait à ' l'armée de Pajol (').
Les corps alors & Orléans, et qui formaient le noyau de l'armée • delaLoire, étïûent: les 27% 35' et 46* d'infanterie, le 1" cuirassiers, le 3* hussards et le 12' dragons. Les dragons et lanciers de France, fedevenus régiments de la garde impériale, étaient déjà partis pour Paris. Bientôt de nouvelles troupes arrivëreut sur la Loire ; d'autres, comme le 1" régiment de cuirassiers, allèrent encore renforcer la garnison de Paris, en sorte que, au 26 mars, l'armée de Pajol comprenût : les 27* et 35* de ligne et le dépôt du 14*, à Orléans ; le 4G', à Angerville ; le 41*, à Blois; le6r, à Chartres; le 2' dragons, à la Ferlé-Saint-Aubin ; le 7*, & Blois ; le 9*, & Chartres ; le 12*, à Arteoay ; le 2* hussards, à Beaugency ; le 3* hussards et le 13* chasseurs, à Orléans. Les divisions et brigades ne pouvûent être formées ni dans l'infanterie, ni dans la cavalerie, faute de généraux ; nuds l' étatmajor était au complet et comprenait : l'adjudant commandant Picard, chef d' état-major; quatre adjoints : le chef d'escadron Pascalis, et les capitaines Favrot, Larochette et de GuerscheviUe ; enfin le major Duchaylard, attaché(').
Le colonel de gendarmerie Noirot avait mandé d'Angers, au ministre de la guerre, que les Vendéens organisaient des rassemblements à Baupréau. Le général Pajol reçut l'ordre de s'y porter avec une colonne de 3,000 hommes d'infanterie et 2,000 hommes de cavalerie ; mais son mouvement fut cootremandé le lendemain, 27 mars, sur l'avis qiie le duc de Bourbon avait quitté la Vendée et que les rassemblements s'étàent dispersés.,
Pajol reporta donc ses soins sur la reconstitution de ses régi-
(I) Voir Piifet Juttillcttliva.Ti' 53.
(') Voir Piiceijiati/icùiivt, D" 51 el 65,
tneDts, dans lesquels il y avait des colonels e.t des odiôers à remplacer. Ainsi, le 12' dragons avfùt voulu partir pour Paris sans ordres, après s'être révolté contre son colonel ; le 46° de ligne (ancien 50°) avait d'abord montré un assez mauvais asprit, et il fallait changer son chef ('). A ces travaux devait se joindre l'organisation des gardes nationales, dont le général Pajol était chargé dans toute l'étendue de la 22* division militaire. Les événements ne permirent pas de consacrer beaucoup de temps à cette œuvre si difficile. D'un autre côté, l'Empereur voulut, avant de leur donner une destination nouvelle, passer en revue une partie des troupes de l'armée de la Loire ; et Pajol, conformément aux ordres du ministre de la guerre (*), dirigea sur Paris, en deux colonnes commandées par les deax seuls généraux de brigade dont il disposait, les régiments suivants : les 27' et 35° d'inlanterie, les 2* et 3" hussards et le 13" chasseurs, formant la colonne de droite, sous les ordres du maréchal de camp de Hambourg; les 41' et 46° de ligne, les 2% 7° et 12" dragons, formant la colonne de gauche, sous les ordres du maréchal de camp Guitton {'). La colonne de droite dut partir d'Orléans le ("avril, pour être, le 2 et le 3, à Pithiviers; le 4, àMilly; le S, à Corbeil ; le 6, à Paris. La colonne de gauche partirait le 2 avrO, pour être: le 3, k Angerville; le 4, à Ëtampes; le S, à Arpajon ; le 6, à Paris. Ces mouvements commencés, le général Pajol se rendit aussi à Paris; le 3 avril, il était h son hôtel, rue de Bourgogne, 44.
Dès son rétablissement sur le trdue. Napoléon avait donné tous ses soins aux aûaires publiques. Son ministère, constitué le 26 mars, entra aussitdt dans une voie nouvelle. Deux mesures pi-ises immédiatement, la liberté rendue à la presse et la nomination par le peuple des maires et des municipalités, atteslèreot son vif désir de fonder un gouvernement libéral. Au p(»nt de vue de la politique extérieure, le revirement était uissi complet : l'Empereur déclara qu'il acceptmt le traité de Paris du 30 mai 1814, qu'il voulût la paix. Ses actes ainsi que !xs écrits témoignèrent de ses intentions pacifiques.
(') Vcrir Pièces jiuiificaiifii, b' M.
(') \'m Piieit jutifcatirtt, d** {,1 cl 5S.
(') Voir PUca jiutipettiivtt, n* 59.
Dans cet ordre d'idées, le gouvernemeat impérial mit tout en œuvre pour nouer avec les puissances européennes des relations amicales. Ses ouvertures furent repoussées. Napoléon était l'effroi de toutes les cours. Elles s'étaient rapprochées pour le mettre hors la loi des nations, aussitôt qu'elles avaient connu son évasion de l'tle d'Elbe et sou débarquement en France. Quand, plus tard, on sut avec quel éclat la nation l'avait ramené aux Tuileries, on comprit qu'il faudrait de grands efforts pour l'en arracher. Une nouvelle coalition se forma contre la France et l'Empereur. L'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie signèrent, le 25 mars, un traité d'alliance, et conclurent, six jours après, une convention militaire arrêtant la formation de trois armées : la première, de 340,000 hommes, sous le commandement du prince de Schwarzenbei^ ; )a deuxième, de 250,000 hommes, aux ordres de Wellington et de Blûcher; la troisième, de 200,000 Russes, commandée par l'empereur Alexandre en personne.
Près de 800,000 soldats allaient marcher contre Napoléon : il n'y avait plus qu'à courir aux armes.
La France ne resta pas au-dessous de la tÂche que lai imposaient son honneur et ses intérêts. Les soldats congédiés et les prisonniers de guerre rentrés depuis quelques mois s'empressèrent de remplir les cadres vides des régiments de ligne; les hommes inscrits sur les centrales de la garde nationale se formèrent en bataillons mobiles, destinés à la défense des places frontières; la jeunesse des écoles s'enrôla volontairement ; enfin les hommes retenus dans leurs foyers parleur âge, leur position ou leurs occupations, constituèrent les fédérations provinciales. A Paris, le nombre des fédérés s'éleva i. plus de 25,000 hommes.
L'armée comptait alors tout au plus 17S,000 hommes; elle devait trouver une augmentation immédiate de 200,000 soldats, d'autant plus indispensable que les régiments d'infanterie présentaient un très-fable effectif, et que les régiments de cavalerie et d'artillerie n'avaient presque que des cadres. Ainsi les troupes du général Pajol réunies k Paris, le 6 avril, comptaient 950 hommes en moyenne par régiment d'infanterie et 310 hommes avec 330 chevaux par régiment de cavalerie. Le général
Pajol pi'ésenta dooc à la revue que l'Empereur passa, le dimanche 8 avril, au Carrousel, 3,800 soldats d'infanterie et 1,880 cavaliers. La tenae était fort belle. L'Empereur en témoigna sa satisfaction au généra], tout en lui annonçant que les régiments allaient être envoyés sur divers points de la frontière de l'Est pour concourir à la formation des corps d'armée appelés à entrer prochainement en opérations.
Les motifs qui avaient décidé la conservation d'une armée sur la Loire n'existant plus depuis que toute crainte de soulèvements dans l'Ouest avait disparu, on comprenait sa dissolulion ; et le général Pajol, prévenu qu'un commandement important lui serait réservé, mit lui-même en route, le 10 avril, une partie de ses régiments. Le 41' et le 46' de ligne devment ae rendre à Metz ; le 35' de ligne, à Strasbourg ; les 2' et 3* hussards et le 13' chasseurs, à Belfort.
Les mesures nécessaires pour augmenter les effectifs de l'armée firent l'objet de nombreux décrets rendus en avril, et dont l'exécution fut immédiate. On eut bientôt 20,000 enrôlés volobtaîres ; 80,000 anciens militaires, rappelés aous les drapeaux -, 25,000 vieux soldats entrant dans les cadres des bataillons de la garde nationale mobile ; 30,000 militaires rebaités, formant dnquante-cinq de ces bataillons ; 3,000 anciens canonmers ; 20,000 soldats de l'ancienne jeune garde , réorganisés BOUS ce titre ; 5,000 grenadiers et chasseurs de la vieille garde; 6,000 chasseurs des Pyrénées et des Alpes; 12,000 soldats étrangers, et 6,000 anciens canonniers gardes-côtes.
L'armée allait ainsi se trouver composée de 375,000 combattants. Elle devait être soutenue par 417 bataillons de garde nationale mobile et 3,000 bataillons de gardes nationaux sédentaires. Malbeurensement, les ressources furent insunîsantes pour l'organisation de ces derniers et même pour la formation de la plus grande partie de ceux de la garde nationale mobile.
Les chevaux manqumenl à la cavalerie et à l'artillerie. La gendarmerie fut démontée; elle fournit 12,000 chevaux de selle tout dressés ; 20,000 chevaux furent ensuite achetés pour l'artillerie et le train. Les canons, les fusils et le matériel faisiûent aussi défaut : on en fabriqua. Les forges, fonderies, ma-
noiacturea d'armes, ateliers de confection d'habillement, d'équipement et de harnachement furent en activité jour et nuit.
Dans le courant de mai, toutes les troupes disponibles avaient été formées en sept corps d'armée et en cinq corps d'observation. Cinq des corps d'armée étaient destinés, avec la garde impériale, à agir sous les ordres directs de Napoléon ; les deiu autres corps, ainsi que les quatre premiers corps d'observation, dont les quartiers généraux étaient à Stra^ui^, Belfort, Ghambéry, Toulon, Bordeaux et Toulouse, devaient soutenir, dans ces directions, les 'premiers efforts de l'ennemi, arrêter sa marche et servir de point de ralliement aux bataillons mobilisés de la garde oationale. Le cinquième corps d'observation serait chargé de m^ntenir les provinces royalistes de l'Ouest, où avaient éclaté, au commencement de mai, des troubles fomentés par tes Anglais. Ce corps d'observation, placé sous les ordres du général tiamarque, prit le nom âîarmée de Vefidée; son effectif devait être porté à 21 ,000 hommes d'infanterie et à 3,500 hommes de cavalerie.
Au général Pajol fut confié le soin d'organiser la cavalerie de cette armée de Vendée , avec les ressources que présentment les dépôts : du 12' régiment de dragons, à Amiens; da 2* hussards, à Foutenay; du {3* chasseurs, à Niort; du 16* dre^ons, à Sîûntes ; du 4°, à Moulins, et du 17*,. à. Nevers(']. Après avoir inspecté successivement chacun de ces dépôts, Pajol fit verser de l'un dans l'autre, suivant le cas, les excédants de chevaux, de harnachements et d'habillements, pour former, sans mutations d'hommes, les quatrièmes escadrons dans ces six régiments et, dans quelques-uns, les cinquièmes. Ce travïûl accompli, Pajol dirigea sur Niort les quatrièmes et les cinquièmes escadrons du 12' dragons, du 16' dragonset du 13' chasseurs, et le quatrième escadron du 2* hussards; sur Poitiers, les quatrièmes escadrons du 4" et du ï7' dragons. Il informa de ces mouvements, prescrits par le ministre, le général Deiaborde, gouverneur des 12', 13" et 22' divisions militmres, dont le quartier général était alors à Angers. D'un autre côté, te généra! Bigarré, commandant de la 13" diviâon
(') Voir Piictijutiijieatira, ii° 60.
militaire, à Rennes, aTait procédé de la même maaiëre que le général Fajol, et en prenant ses ordres, à l'égard du dépdt du 5* dragons & Poitiers, et de celui du 14° dragons à Rennes. Les escadrons formés dans ces deux régiments furent envoyés & Nantes. La cavalerie de l'armée du général Lamarqne fut ^nsi constituée et partagée en trois brigades.
Les soins donnés au rétablissement de l'état militaire de la France n'avùent pas empêché l'Empereur de s'occuper sérieusement des réformes politiques dont il avait reconnu la nécessité. Le i" juin, il réunit au Champ-de-Mars, à Paris, une grande assemblée , composée des membres des collèges électoraux de chaque département, ainsi que de députations de tous les régiments de l'armée et des gardes nationales de toutes les villes. L'Acte additionnel aux constitutious de l'Empire, qui avait été présenté à l'acceptation du peuple irançais, y fut solennellement publié. Napoléon jura de l'observer et de le faire observer ; puis, au milieu d'un enthousiasme immense, il distribua de nouveaux drapeaux à l'armée et à la garde nationale. Getfe solennité, qui reçut le nom de Champ de Mai, précéda de peu de jours l'ouverture de la campagne qui allait décider la question posée entre l'Europe et Napoléon,
Par suite des dispositions de XActe additiormei, le pouvoir législatif fut conféré à deux chambres : la chambre des pairs était à la nomination de l'Empereur; la chambre des députés était élue par la nation. Le général Pajol, eu récompense de ses services, fut nommé pur de France, par décret impérial du ' 3 juin (*); mm à peine eut-il pris possession de son siège, que son service à l'armée l'éloigna de Paris et de la chambre.
Li moment éUût venu, en efiet, de faire face aux troupes de la Coalition, qui, mises en mouvement depuis le mois d'avril, approchaient de nos frontières. Ces troupes comprenaient ;
1' L'armée dite des PayS'Bas, commandée par le duc de Wellington et composée d'Anglais, de Hollandais, de Belges, de Hanovriens, d'Anséates et de Danois; sa force totale était d'environ i 31 ,800 hommes de tontes armes ;
2° L'armée dite du bas Rhin, sous les ordres du maréchal
(')Voir PUttt jaiificativ*!, n" 61.
na PAJOL.
Btiicber, formée de Prussieas et d'Allemands du Nord; son effectif devait s'élever à près de 300,000 hommes, de tontes armes ;
3' L'armée russe, dite du moyen Rhin, sous le commandement du maréchal Barclay de ToUy, forte d'environ 160,000 hommes 'de toutes armes ;
4" L'armée dite dit haut Rhin, commandée par le prince de Schwarzeoberg et composée d'Autrichiens, de Wurtembergeois, de Bavarois, de Hessois et de Saxons ; son effectif devait atteindre environ 260,000 hommea de toutes armes;
5" L'armée suisse, sous les ordres du général Bachmanii, forte de 36,000 hommes;
6* L'armée d'Italie, au commandement du général Frimont , environ 64,000 hommes;
7' L'année de Naples, aux ordres du général Bianchi, 42,000 hommes.
Les 930,000 hommes qui s'avançaient contre la France appartenaient à peu près & tontes les nations de l'Europe, Pour les combattre, Napoléon avait rassemblé tout ce qu'il avait été possible de mettre sur pied en deux mois, c'est-à-dire tout au plus 210,000 hommes, qui, dans les premiers jours de juin, se trouvaient ainsi répartis :
A Valenciennes, le l" corps, généra) comte d'Erlon (4 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie: 18,640 hommes);
A Avesnes, ie 2' corps, général comte Reille (4 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie: 23,530 hommes);
À Rocroi, le 3* corps, général comte Vandamme (3 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie: (S,290 hommes);
A Metz, le 4' corps, général comte Gérard (3 divisions d'infanterie, 1 de cavalerie: 14,260 hommes);
A Strasbourg, le S* corps, dit Armée du Rhin, général comte Rapp (16,800 hommes);
A Laon et Arras, le 6* corps, général comte de Lobau (3 divisions d'infanterie : 11,770 hommes);
A Chamtéry, le 7* corps, dit Armée des Alpes, maréchal Suchet (20,600);
A Paris, la garde impériale, comprenant : la jeune garde de Duhesme, les chasseurs de Morand , les grenadiers de Priant,
la cavalerie légère de Lefebvre-Desnouettea, et la grosse cavalerie de Guyot (18,S20 hommes);
En formation, entre l'Aisne et la Sambre, la réserve de cavalerie du maréchal Groucby, devant comprendre quatre corps d'armée (*i,290 hommes);
A Belfort , le corps d'observation du Jura, général comte Lecourbe (10,700 hommes);
A Toulon, le corps d'observation du Var, maréchal Brune (7,300 hommes);
A Toulouse, le corps d'observation des Pj'rénées, général comte Decaen (2,500 hommes);
A Bordeaux, le corps d'observation du Midi, général comte Clausel {2,500 hommes);
Sur la Loire, enfin, l'armée de Vendée, général comte Lamarque (24,500 hommes).
C'était donc avec un effectif de 208,200 hommes de troupes régulières que Napoléon devait résister à la. Coalition. Ce chiffre de nos forces milit£Ûres allait, il est vrai, s'augmenter par la mobilisation des gardes nationales, par l'arrivée des conscrits de la classe de 1815 et ta mise en marche des soldats encore dans les dépôts; mais, pour que ces ressources en hommes fussent utilisées dans la campagne, il fallait des fusils, des canons, des effets d'habillement et d'équipement. Or, l'organisation des 208,200 hommes avait vidé les magasins ; et deux mois au moins s'écouteraient avant que 200,000 autres soldats fussent équipés et prêts à être mis en ligne. Alors il serait trop tard, car les Alliés avaient projeté de commencer les opérations au 1" juillet et de franchir à cette date nos frontières sur tous les points à la fois, avec un million d'hommes. Comment résister avec une armée de 400,000 soldats tout au plus, qu'il faudrait diviser et éparpiller ? Fallait-il recommencer la campagne de France de l'année précédente et sacrifier une fois encore ces belles provinces, qui avaient tant souffert en 1814, et dont le patriotisme ardent fournissait au pays ses plus solides défenseurs?
Guidé par ces considérations puissantes. Napoléon résolut de prévenir ses adversaires, d'entrer en Belgique et de tomber inopinément sur les seules années de la Coalition qui fussent
à sa portée : celle des Pays-Bas, que le duc de Wellington avait niainteoue sur l'Escaut ; et celle de la Prusse, que le maréchal Blûcber avait établie, vers le milieu de mai, dans le bassin de la Meuse. La première de ces armées devait avoir 131,500 hommes ; mais, les contingents allemands n'étant pas encore tous arrivés, elle comptait à peine 100,000 hommes. L'armée de Blûcher, formée en partie seulement, ne dépassait pas 125,000 combattants. En abordant successivement ces deux armées, qui se liaient mal entre elles, Napoléon pouvait espérer les battre, se rendre maître de la Belgique et courir ensuite au Rbin.
Ce plan une fois adopté, l'armée destinée à l'exécuter fut formée des corps suivants : 1" corps (général d'Eiooif, 18,640 hommes), 2" (Rkille, 23,530), 3' (Vamdamme, 15,290), 4' (Gérard, 14,260), 6* (LoBAD, 11,770), garde impériale (18,520), réserve de cavalerie (maréchal Gboschy, li',290) : en tout 113,300 hommes.
Les corps d'infanterie, à l'organisation desquels on avait travaillé depuis le commencement d'avril, étaient, dans les premiers jours de juin, tout prêts k marcher. It n'en était pas de même de la réserve de cavalerie, dont les régiments avaient été plus longs à préparer. Cependant un assez grand nombre arrivaient, à la fin de mai, entre l'Aisne et la Sambre; et l'on put s'occuper de former les brigades, divisions et corps d'armée de cavalerie.
A peine rentré à Paris, api-ès avoir rempli sa mission dans l'Ouest, où il avait organisé la cavalerie de l'armée de la Vendée, le général Pajol reçut, le 3 juin, te commandement du 1" corps de la réserve de cavalerie du maréchal Grouchy ('); les trois autres corps furent donnés aux généraux Exelmans, Kellermann et Milbaud. Chacun de ces quatre corps était à deux divisions; celui du général Pajol comprenait :
brigade ^•"'«B'<^ehuss^ à Marie.
' . . ( aux eoTirons de
( LaoD.
4' division \ (g*' S'-Lacbeki) de cavalerie
(g.>Som.T): (g-Ai^u,,. [5' *<*• 'y- à Marie.
I Une batterie d'artilierie.
['} Voir Piîietjiulificalint, n» Oî,
^dbyÇoOglc
5* division de cavalerie
(g?' SUBKRVIC) :
I" brigade (g*' CotJEaT) :
2' brigade
{g'' Merlin) :
Il se rendant d'Aves- ) nés à Harle.
l se rendant de Phi- I lippevillejL Marie.
!se rendant de Rocroi à Marie.
[ Une batterie d'artillerie.
Pajol eut l'ordre d'aller établir son quartier général h Marie, de 3'occuper sans retard d'achever l'organisation de son corps d'arniée, et de se mettre en relation avec le marécbal Groudiy ('), qui s'installait à Laon le S juin. Il partit le 7 juin, immédiatement après la séance impériale d'ouverture des chambres (*}. 11 installa son quartier général non à Marie, mais à ta Capelle. Napoléon avait jugé que le 1" corps de cavalerie senùt mieux placé sur ce point et h Nouvion {'). Le ministre
['] GroHch; (Emmanuel, marquis de), luqiul à Paris, le 13 oclobre 1160. Sa bfflillE remonte à udr anliqullé pennetlant de supposer que ses ancêtres faisaient partie des bandes de Normands qui, sous la conduite de Rolion, s'emparèrent it la Neustrie. Charlei VU, ajant expulsé les ADglaii de U Normaudie, remit lea Gioucb; en possession de leurs propriétés. Emmanuel Groucby entra au service en ll'B BU corps d'arlillerie, en qualité d'aspirant ; capitaine data le régiment de caiakrîe Royal-étraoger en 1781; il passa aux gardes du corps du roi, où il ■'esta jus- 91'en 1789; coloDc) du ï* régiment Condé-dragons, et, le 8 juillet 1702, du «■ répDunt de hussards; maréchal de camp le 7 septembre 17S1 ; général de division k ISmailt9&; fut employé aux armées d'Italie, en 1796 j d'Augleterre, en 1798; dnRhin, en 1800; au camp de Bayonne, en 1803; d'Utrecbl, ea 1304. Lors du procès de Horeau.dans lis premiers mois de 1804, le général Groucbv, qui ignorait b coDspirMïoa de Uoreau, loin de dissimuler son attachement pour le vainqueur de Hohenlinden, bUma hautement le Premier Consul de l'avoir mit en jugement. Ctlte franebise blessa Naj^oléon; aussi ne Ët-il rien, de longteoips, pour la fortune et pour l'avancement de tirouchy. 11 l'emiilo^a tauteCuis dans ses guerres. Grouchy El, comme général en chef, les campagnes de 180â, 1806, 1807, 18(l8. I8U9, 1811, ItlJ Et 1814. tUréchalde France, le 17 avril IBlâ. Après le désaitre de Waterloo, fironchy ne crut pas devoir suiire l'armée de la Loire; il s'en alla demander un asile à Philadelphie, et ne retint qu'en 1821. U fut misa la retraite et classé parmi ht lieutenants généraux. La Révolution de 1N30 lui rendit le maréchaUt, le 19 no< •emhre 1S31.
Grouchy est mort k Siinl-Étlenne (Loire), le 39 mai 1841. 11 a laissé deux 6U: l'^né, Alphonse, est devenu général de division; Victor, colonel du 1* régiment de hussards.
LanEur du maréchal, Sophie de Gronehy, a*ail épousé Condorcet.
Voir Piicet jaltificaMti, n» 03.
(') Voir Plèetf jiatifaUirei, n» 64.
de la guerre prescrivit directement aux ré^ments de Pajol, qui étaient déjà à Marie et près de Laon, de se porter dans les cantonnements de la Gapelle et dé Nouvion.
Les trois autres corps de cavalerie du maréchal Grouchy se rassemblaient; le 2' (général Exelhans), k Guise; le 3° [Kgllebmann), à Vervins; le 4" (Milhaud), au Gateau-Cambrésis.
L'Empereur était résolu à prendre l'offensive et à se jeter en Belgique. Restait à savoir s'il se porterait d'abord contre Wellington ou contre BlUcher. Les renseignements obtenus sur les positions occupées par chacun d'eux le décidèrent à marcher d'abord contre Blilcher.
L'armée anglo-hoUand^se, composée des deux corps du prince d'Orange et du général Hill, d'un corps de réserve et du corps de cavalerie du général Uxbridge, était cantonnée dans l'espace compris entre les routes de Bruxelles à Gharleioî et de Bruxelles k Gand. Son front était couvert par les places de Mons, Ath, Tournay, Audenarde, Courtray et Ypres, dont les fortiûcaiions avaient été beaucoup augmentées depuis deux mois; sur sa droite étaient préparées de vastes inondations; ses avant-postes enfin garnissaient l'extrême frontière. Wellington avùt son quartier général à Bruxelles ; et il avait désigné pour points de concentration : au prince d'Orange, Nivelles, Fayt, Soignies, Engbien et Rœulx ; au général Hill, Ath, Renaix, Audenarde et Landscauter ; & la réserve, Halle, Bruxelles et Vilvorde ; à la cavalerie, Grammont,
L'armée de Blilcher comprenait seulement alors 16 divisions d'infanterie, 4 de cavalerie, 27 batteries h. pied et 12 à cheval. Ëtle était partagée en quatre corps, savoir :
Le 1°' corps, général Ziethen, de 4 divisions d'infanterie ou 34 bataillons, de 1 division de cavalerie h 32 escadrons (dragons, uhlans et hussards), de 9 batteries d'artillerie à pied et 3 achevai: 32,692 hommes et 96 bouches à feu;
Le 2" corps, général Pirch I", de i divisions d'infanterie ou 32 bataillons, de 1 division de cavalerie à 36 escadrons (dragons, uhlans et hussards), de 7 batteries à pied et 3 à cheval : 32,704 hommes et 80 bouches à feu;
Le 3" corps, général Thielnunn, de 4 divisions d'infanterie ou 30 bataillons, de 1 division de cavalerie à 24 escadrons
[dragons, uhlans et hussards), de 3 batteries à pied et 3 à che- Tal: 24,456 hommes;
Le 4' corps, général Bulow, de 4 divisions d'infanterie ou 36 bataillons, de 1 division de cavalerie à 43 escadrons (dragons, ahlans et hussards), de 8 batteries à pied et 3 achevai: 31,102 hommes.
BlQcher était de sa personne à. Namur, 4 seize lieues de Bruxelles, où se trouvait Wellington. Les quartiers généraux de Ziethen, Pirch I", Thielmann et Bulow étaient respeclivement k Charleroi, Namur, Ciney et Liège.
Ziethen avfût la division Steinmetz à Fontaine-l'Ëvéque et h. BiDche, où elle donnait la main aux Anglo-Hollandais ; la divi~ sien Pirch II, à Marchienne-au-Pont, Charleroi, le Ghâtelet, Tamines ; la division Sagow, k Fleurus ; la division Henckel , à Houstier-suF'Sambre. Les avant-postes étaient à Bonne-Espérance, Lobbes, Thutn, Ham-sur-Heure, Gerpinnes et Sosoye. La avalerie et l'artillerie de réserve étaient k Fleurus et Sombreffe. Fleurus était le point de concentration de tout le corps. Le corps de Pirch I" occupait Namur, Huy, Héron, Thorembais-Ies-Béguines, Hottomont et Hannut; ses avant-postes étaient vers Dinant ; le point de concentration était Namur.
Le corps de Thielmann tenait les environs de Ciney ; ses avant-postes s'avançaient jusqu'à la Meuse du côté de Dinant, et dépass^ent Rochefort du cAté des débouchés de Givet.
Le corps de Bulow cantonnait k Liège, Hollogne, Waremme, Leers, Saint-Trond, Looz et Tongres.
Aussi dispersée que l'armée de Wellington, celle de Blticher n'était couverte par aucune fortification. En allant k cette dernière. Napoléon ne rencontrait aucun obstacle. S'il parvenait à loamer son aile droite, il pouvut espérer de la rejeter sur le Rhin. Débarrassé de Blûcher, il reviendrMt ensuite ■ sur les .\nglo-HoI landais, qui seraient précipités dans la mer, si, par une retraite rapide, ils ne regagnaient la Hollande.
Dans ces conditions, l'Empereur se décida à marcher sur Charleroi, et il prescrivit de concentrer entre Sambre et Meuse, vis-à-vis de Charleroi, tous les corps destinés à agir sous ses ordres. Le î" corps (d'Erlon) dut se rendre de Valenciennes à Solre-sur-Sambre ; le 2' (Reille), d'Avesnes à Leers-Fosteau;
le 3' (Vandamme), de Rocroi à Clermont-lez-Walcourt; le 6" (Lobau), de Laon h Beauniont; le 4' (Gérard), de Metz à PhilippeviUe; la garde impériale, de Paria et Compiègoe à Beaumont; et la réserve de cavalerie, des environs de Laon à Beaumont, où devait se trouver le quartier impérial.
Ces mouvements s'exécutèrent à très-peu de distance de la frontière ; ils furent couverts par ceux de la garde nationale, qui remplaça l'armée dans les places fortes et à tous les débouchés des routes de la Belgique. Ni les Anglms ni les Prussiens ne s'en aperçurent.
Le général Pajol, arrivé le 8 juin à. la Capelle, s'occupait de régulariser l'organisation de son corps d'armée, quand, le 13 au matin, il reçut du maréchal Grouchy l'ordre de se porter aux environs de Beaumont. Rassemblant immédiatement ses deux divisions, il les dirigea par Avesnes et Sotre-le-Château sur Grandrieux, Leugnies et Consolre, où elles couchèrent. Les autres corps de cavalerie avaient suivi. Le 2' (Exelmans) vint à Hestrud, Ecoles et Solrinnes; le 3° (Kellermann) et le 4° {Mitiiaud), à SoIre-le-Chàteau, les Tontines, Clairfayts, Sars-Poteries et Beaurieux. Le maréchal Grouchy installa son quartier général à Solre-le-Ghâteau. Le lendemain, 14 juin, la réserve de cavalerie continua son mouvement vers Beaumont et Walcourt : le 1" corps, du général Pajol, alla s'établir à Fontenelle et à Walcourt; le 2°, à Boussu-sur-Heure (ou Boussu-lez-Walcourt) ; le 3* et le 4* bivouaquèrent à la lisière des bois de Gayole (').
L'Empereur, ayant quitté Paris le 12 au matin, vint coucha àLaon; le 13, il était à Avesnes. Le 14, il arriva à Beaumont et prit le commandement de l'armée, qui était alors : l'aiie gauche (1" et 2' corps), entre SoIre-sur-Sambre et Leers-Fosteau ; le centre (6* et 3' corps, garde impériale et réserve de cavalerie], en avant de Beaumont, à Walcourt et Silenrieux ; l'aile droite (4" corps), à Philippeville.
De ces positions, nos corps d'armée allaient faire irruption en Belgique et surprendre Blticher, qui ignora, presque jusqu'au dernier moment, la concentration de l'armée française.
(') Voir Piicei juilificaHm, n' G5.
Oidrede mouTement de l'arinn, du H juin. — Itinéraire du corps ilePajol.— R41e de ce corps i ravant-Earde de l'armée. — Sa composItioD et celle de la divi- (ioD Domon, placée tous les ordres de Pajol pour la journée du IS. — RemeignemenU de l'ennemi »ur not position). — Désertion du géDénl fiounnont. — Ordret de concentration donnés par Blûcber. — Dispositions de Pajol pour la mise en marche de us trois divisions. — UouvemenI de l'armée fran^se, le 15 juin à la pointe du jour. — Départ du corps de Pajol, i deux lieures et demie dit matin. — Pajol coodutt la colonne du centre, formée par la dirâioo Soult. — Cette dirâion déloge l'ennemi de Ham-snr-Heure. — Pajol renconlre l'Empereur à Janignoo, à sept beorei du matin. — Détachement prussien fait prisonnier dans la ferme la Tombe. — Arrivée de Pajol devant Uarcinelle, à huit heures et demie. — Itetard apporté dans la marche du i' corps. — Les marins et sapeurs de la garde aident Pajol à enlever Uarcinelle. — Pajol, naitre de Cbarleroi, k orne heures et demie. — Arrivée de l'Empereur à Charieroi. — Pajol arrêté à Gillï par la divi- Mou prussienne de Pirch H. — Attaque des positions de l'ennemi au-delà de Gillf par le corps de Vandamme et la cavalerie de Groucbf . — Retraite des Prussiens sur Lambusart et Flennis. — Les corps de Pajol, Exelnuns et Vandamme, établis aux bivouacs en vue de Fleunii, le 15 au soir. — Forces prussiennes réunies par Btùcber dans les positions de Lignj. — Division de l'armée française en aile droite, aile gauche et réserve. — Le corps de Pajol fait partie de l'aile droite, que commande Grouchy. — Pajol part pourFleurus, le 16 juin, à neuf heures et demie du malin. — 11 refoule sur Ugn; la cavalerie de Ziclhen. — Arrivée de l'Empereur i Fleurus, vers ouïe heures du malin. '- Ses dispositions de combat. — Emplacements de l'armée prussienne. — Le corps de Pajol à l'exti^e droite des troupes françiises. — Napoléon lait commencer les attaques i deui heures et demie. — Rôle du corps de Pajol de deux heures et demie k cinq heures du soir. — Difficultés rencontrées par Vandamme à Saint-AmaDd. — La diviiion Subervic envoyée i Vandamme. — Un bataillon du 50* de ligne est donné k Pajol, eu remplacement de la division Subenic. — Pajol attaque Boignée et Balltre. — Les grenadiers de la garde eoléveat Ligny et le plateau de Russj. — Retraite de l'armée prussienne. — La cavalerie de Grouchy s'élance vers le Point -du-Jour. — Pajol i'y rend de Boignée par Tougrinnes. — La nuit empêche la poursuite. — Emplacement* des corps francs et de ceux deBlûcher. — Pajol ne fait établir ses troupes au bivouac qu'à ouïe heures du soir. — Résultats de la victoire de Ligny.
Napoléon était arrivé à Beaumont, le 14 juin, avec le mai-échal Soult, major géoéral de l'armée. Ed prenant le commandement, l'Empereur s'annonça par l'ordre du jour suivant :
« Soldats, c'est aujourd'hui l'anniveraaîre de Marengo et de « Friediand, qui décidèrent deux fois du destin de l'Europe, n Alors, comme après Austerlitz, comme après Wagram, nous n fûmes trop généreux ! Nous crûmes aux protestations et aux n serments des princes, que nous laissâmes sur le trûne t Aa- « jourd'hui, cependant, coalisés entre eux, ils en veulent à a l'indépendance et aux droits les plus sacrés de la France. Ils a ont commencé la plus injuste des agressions. Mtu-chons donc « à leur rencontre. Eux et nous nesommes-nous plus les mêmes u hommes?
a Soldats, à léna, contre ces mêmes Prussiens, aujourd'hui « si arrogants, vous étiez un contre deux, et à Montminil, un » contre trois.
M Que ceux d'entre vous qui ont été prisonniers des Anglais « vous fassent le rédt de leurs pontons et des maux affreux qu'ils « ont soufferts.
u Les Saxons, les Belges, les Hanovriens, les soldats de la a Confédération du Rhin , gémissent d'être obligés de prêter u leurs bras à la cause des princes ennemis de la justice et des u droits de tous les peuples. Ils savent que cette Coalition est « insatiable. Après avoir dévoré douze millions de Polonais, a douze millions d'Italiens, un million de Saxons, six millions « de Belges, elle devra dévorer tous les États de deuxième orn dre de l'Allemagne.
« Les insensés 1 un moment de prospérité les aveugle. L'op- « pression et l'hunùliation du peuple français sont hors de leur fl pouvoir. S'ils entrent en France, ils y trouveront leur tom- « beau.
« Soldats, nous avons des marches forcées à faire, des ba- « tailles à livrer, des périls à courir ; mais, avec de la constance, « la victoire sera à nous ; les droits, l'honneur et le bonheur de n la patrie seront reconquis.
« Pour tout Français qui a du cœur, le moment est arrivé de « vaincre ou de périr, b
Électrisés par ces paroles, qui rappelaient leurs glorieux succès et les conviaient à de nouvelles victoires, les soldats répondirent par des acclamations et demandèrent à être conduits au combat. Leur désir allait être satisfait.
Dans l'ordre 'de Farinée daté d'Avesnes, le 13 juin. Napoléon, en déterminant les positions des divers corps autour de Beaumont, avait prévenu chacun d'eux de se tenir prêt à marcher à rennemi, le iS dès trois heures du mâtin ('). L'ordre définitif de mouvement, expédié, le 15 juin dans la soirée, du quartier général impérial, ne pouvait donc surprendre personne, et il n'apportait plus à chaque commandant de corps d'armée que l'itinéraire à suivre et les détails de marche.
Les itinéraires et détails de marche compris dans cet ordre et dans plusieurs lettres qui en furent la conséquence peuvent se résumer ainsi :
Le 15 juin, l'armée entière s'ébranlera pour se porter vers Charleroi .
Le général Pajol, avec son corps d'armée renforcé de la division Domon, du corps de Vandamme, fera l'avant-garde ; il mettra ses troupes en marche à deux heures et demie du matin, et les dirigera de Castillon, Fontenelle et Walcourt sur Charleroi, en se faisant éclairer par des détachements de la division Domon (').
Le 3* corps (Vandanune) partira k trois heures du matin des environs de Clermont, et marchera, chaque division ayant avec elle son artillerie et ses ambulances, vers Charleroi, par les chemins de traverse et à peu près dans les traces de l'avant-garde.
Le 6' corps (Lohau] rompra à quatre heures du matin, suivra le 3' corps, et l'appuiera, au besoin.
La jeune garde, les chasseurs et grenadiers de la garde se conformeront au mouvemeot du 6* corps, et s'engageront sur la grande route de Beaumont à Charleroi, successivement, h. cinq heures, cinq heures et demie et six heures du matin. La cavalerie de la garde suivra, à huit heures seulement.
Les 2", 3* et 4' corps de cavalerie iront, conduits par le maréchal Grouchy, à Charleroi, en longeant la grande route de Philippevilte, qu'ils gagneront à Yve. Le 2' corps partira à cinq heures et demie du matin ; le 3* et le 4', h une heure d'intervalle l'un de l'autre, à six heures et'demie et sept heures et demie.
(')V<nr Piices jmtificalifet,t C) Voir Piiets jiutificalittt, n'
D,=;,lz...,C00g[c
Le 4' corps (Gérard) quittera Pbi]ippevil!e à trois heures du matin, et s'avancera sur Charleroi par la grande route, eu se gardant duc6té de Namur.
Le 2' corps (Reille) partira de Leers-Fosteau à trois heures du matin, et se rendra, à Marchienne-au-Pont par Tbuin et Aulne.
Le 1" corps (d'Erion) lèvera ses bivouacs de Solre-sur-Sambre à trois heures du matin, et se conformera, le plus rapidement possible, au mouvement du 2' corps, qu'il devra suivre ; à Tbuin et à Aulne, il laissera de forts détachements pour garder les ponts et envoyer des partis du côté de Mons et de Bincbe.
L'armée, qui, dans la pensée de l'Empereur, aurait traversé la Sambre avant midi, devait donc s'avancer sur trois colonnes, en tête desquelles marcheraient les 2°, 3* et 4* corps. Les g'énéraux Reille, Vandamme et Gérard, commandant ces trois corps, furent invités à régler leur marche pour se maintenir à la même hauteur, et à se tenir constamment en relations entre eus, avec le général Pajol faisant l'avant-garde, et avec Napoléon, qui, escorté de la cavalerie légère de la garde impériale, serùt aussi en avant-garde sur ta route de Beaumont à Charieroi.
Le général Pajol devait frayer la route à la colonne du centre, en suivant, jusqu'ft Jamignon et Bommerée, la vallée de la rivière d'Heure et les chemins des deux côtés de cette valiée. Pour remplir cette importante mission, il disposait des deux divisions Soult et Subervic, de son corps d'armée (1" corps de cavalerie), et de la division Domon, du corps de Vandamme.
Voici quelle était, d'après la situation fournie au 9 juin, la composition du ]" corps de cavalerie :
Lieutenaot gênerai comte Pajol, commandant en chef. Aides de camp : Bior, lieutenant-colonel; Tbibiow, Duhouun, capitaines. Adjudant commandant, Picard, chef d'état-major général. 4* division de cavalerie (lieutenant général baron Soult).
[ l",2*et3'escadrons du l'Tég'dc
1" brigade \ hussards (général Cuhï) 471 510
(g*'S'-LiuiiEKT C) : J 1", a^et 3» escadrons du4'rég* de
( hussards (colonel Blot) 304 33S
(') Le gènirtl Saint-Laureal ne parut pks ■ l'année, et ce fut le général Clarj qui conunanda la brigade.