IS
Namur aucune troupe francise depuis SombrefTe, Décidé par cette dernière circonstance, Pajol fit faire halte : le 4* hussards s'arrêta à l'embranchement de la route de Saint-Denis, poussant ses éclaireurs jusque près de Temploux ; le !t* hussards, un peu en arrière; le 1", presque à la sor^e du Mazy.
Pajol n'ét^t plus soutenu par la brigade de dragons du général Berton, qui avait été envoyée à sa suite sur la chaussée de NamuF. En venant prendre position entre Bothey et le 'Mazy, Berton avait appris qu'un corps prussien très-important était aux environs de Gembloux, Il en avait prévenu le général Exelmans, qui lai prescrivit de se porter dans cette direction. La brigade de dragons quitta .donc la chaussée de Namur et remonta i'Omeau. Près de Gembloux, Berton put se convaincre de l.a présence des coips de Thielmann et de Bulow dans les positions entre Baudeset et Sauvenière. U en rendit compte, par un rapport daté de neuf heures du matin, à Exelmans, qui arriva bientôt avec tous ses dragons h Gembloux.
Napoléon, ayant quitté Fleurus à huit heures du matin, visitait le champ de hatulte de la veille, de Saint-Amand à Sombreffe. Sachant Pajol, dont il veniùt de recevoir des nouvelles avec les huit canons pris, assez peu appuyé sur la route de Namur, il lui envoya la division Teste, du 6' corps (Lobau). Cette division quitta ses bivouacs vers dix heures du matin, en même temps que les autres troupes du 6° corps, qui allaient dans la direction opposée, à Marbms.
Peu après, l'Empereur apprit que Ney (') n'avait pu s'établir
{'} Ne; (Michel), prince de It Hoikom,ducd'ElchiDgeD, Mquil à Sarre-Louù, le tO janvier 1769. Enntlé voloDtaire, le 13 février 17ST, au rë^meDl ColoDel-Général [&• hDÛBTds); lieutenant à l'omerture de la campagne de 1782; cipitaine au t* huturdi, en 1194; chettle brigade, le S aodt 1796; général de brigade en 1797; général dedirinon en 1790; maréchal en ISOt. Xrrité le & tout 18I&, condamni le 6 décembre, Tudllé le 7, i Paris, prèi de rObjerratoire.
Stj RTail uu moyen de unver «a vie, c'était de la livrer, comme il l'iTait fait sur les cbampi de bdlaille. Si le maréchal eAt impoté silence à ses arocati, t^uia XVlll, comprenant l'enlrainement irrésistible du soldat vers son anden chef, aurait pardonné, Sur le point de monter dans la voiture qui devait le conduire au lieu d'enécntion, le maréchal, avec un doux sourire, pria le (irètre de prendre place avant lui ; il j eut une lutte de courtoisie, • Non, non, moulez le premier, moniieur te curé, ■ j'arriverai avant vous U-haui, >> lui dit-il en lui indiquaul le ciel du r^ard. On nconte que, pendant ce débat, le cocher, reconnaissant Ncj, Tomba de son siège:
aux Quatre-bras, et qu'il ét^ût revenu à Frasnes; il résolat d'aller le rejoindra avec le 6' corpa, la garde, les cuirassiers de Milhaud et les divisions de cavalerie Domon et Subervic, pour marcher ensuite contre les Anglais par la route de Bruxelles; tandis que Grouchy, conservant sous son commandement les corps d'Exelmans, de Gérard, de Vandamme et de Pajol (ce dernier, composé désormais de la division d'infanterie Teste et de la division de cavalerie Soult), continuerait à suivre les Prussiens pour achever leur défaite et les tenir éloignés des Anglais. Grouchy disposerait donc dans ce but de 32,000 hommes; et l'Empereur en conduirait environ 70,000 vers Bruxelles. La division Girard, si rudement éprouvée k Sfùnt-Amand, restenût à Ligny pour se remettre, s'occuper des blessés et garder la route de Charleroi.
A onze heures et demie envu-on, l'Empereur communiqua ses intentions à Grouchy, et à diverses observations du maréchal sur l'étoignement déjà assez grand de l'ennemi et sur l'incertitude où l'on était des directions qu'il avait prises, l'Empereur répondit : «Portez-vous vers Namur; car, siùvant toutes les pron habilités, c'est sur ia Meuse que se retirent les Prussiens;
c'était un dei aucieni Midtti du mirécbsl. Il tatlal conduire lei chevaux par la bride. La nulioée était lombre, froide, triste, donnant eucaie un ùr pliu lugubre i cette marche dans le Luxembourg.
Depuit Fontainebleau, le maréchal n'était plui lui-même : mu iotelligence semblait oppreuée; «ou énet^îe paralysée. Ce n'était plus lehéitii de 1812, qui, après cette retraite pénible, loujoim à la tète de tes troupes éptiiiéei de faiigae, mourant de froid et d'inanition, releva uni cesse le courage de ses soldats. Il méritait un niell* leur sort.
Cette famille était un de mes souvenirs d'enfance. Mon père et ma mère allaient souvent voir U nurédude dans sa rare iniimiié, et le lentiment de l'infortune Ici rattachait davanl^e aux phases glorieuses de la vie du maréchal.
Hey laissa quatre Tili : Léon, prince de la Hoskowa, général de brigade ; Alojt, duc d'Elchingen, général de brigade, aide de camp du duc d'Orléans, mort près de moi à GalUpoli, pendant l'eipédition de Crimée ; Eugène, minisire pléuipctentiaire , ■ Bdgard, général de division. Le fUs du duc d'Elchingen, colonel du 0* dragons, porte seul aujourd'hui dans l'armée ce grand nom militaire. Le 18 août 1870, après U liataille di: Reioaville, je remplaçai, dam le commandement de la division de cava> lerie du 4° corps d'armée, le général Legrand, tué à l'ennemi. Cette division comprenait le 3* et le 7e hussards, le 3* et le 11° dragons, tes â* et 6* halteriei du 17* régiment d'artillerie à cbevil. Le Gis du duc d'Elchingen, le colonel Nej, c sous mes ordres le 3* régiment de dragons.
a c'est dans cette direction que vous les trouverez et que vous (i devez marcher ('). n Un peu eûrayé de la mission qui lui éttùt confiée, Grouchy n'en prescrivit pas moins k Gérard et k Vandamme de se préparer au départ, ce qui présentait alors quelques diflicultés, les hommes ayant démonté leurs fusils et b' étant dispersés pour trouver des vivres.
Grouchy alla ensuite s'établir au Point-du-Jotu-, où il comptât présider à la mise .en marche du 3° et du 4* corps. Il y était depuis quelques instants à p^ne, lorsqu'il reçut de nouvelles instructions, basées sur des informations plus précises. Depuis sa conversation avec le marécbal, Napoléon avait eu connaissance du rapport adressé par le général Berton, des environs de Gembloux, à neuf heures du matin, et les termes de ce rapport ne laissùent plus aucun doute sur la direction prise par le gros des forces prussiennes; l'Empereur avait donc dicté entre midi et midi et demi (*), au général Bertrand, seul alors auprès de lui à Ligny, la dépêche suivante :
« Ligny, le 17 juin 1815.
tt Monsieur le maréchal, rendez-vous à Gembloux, avec le
«corps de cavalerie du général Pajol, la cavalerie légère du
« 4' corps, la cavalerie du général Ëxelmans , la division du
«général Teste, dont vous aurez un soin particulier, étant
(') Cette phrase, que le maréclul Grouchy rapporte dans tout le» mémoiTei juslificalib, paraît avoir été réellement dite, sinon dana ce* Unaet mime», au moini duH (on teni. Elle prouve que Napoléon, entre onie heurei et demie et midi, ne comuiuait pat euciement la direction priie p«r l'ennemi. Let canoui enleréi par Pajol au-delà du Mai;, le passage de nombreut fuyards dam ce village, pouvaient, jnsqa'à un certain point, faire penser que les Prossiens avaient suivi leur ligne d'opérations naturelle; mais, en fait, il n'y avait aucune certitude, et Pajol, n'en ayant pas Inï-méme, n'en avait pas donné. L'Empereur ne tarda pas, d'ailleurs, sur d'autres indices, à taire prévenir Grouchy qu'un corps prussien avait pris U route de TUIy, conduisant vers Wavre et suivant le cours de la Dyle,
(') Dans l'ouvrage intitulé : flelaiion succincte de la campagne de ISIS ea Belg'iijue, pièces et documents oKicieU inédits ( Paris , Delanchy, 1 84 3 ] , oii j'ai pris le* texte de celte dépêche, le maréchal Grouchy lui a donné pour date : IJgny, te \'X juin Mlh, vers trois heuru. Or cette heure nous paraît absolument enonée; car l'Empereur, qui a dicté la dépêche au général Bertrand, était à une heure de l'^rèMDidi k Harbais, où il avait rejoint U garde impériale, et à trois heures il se trouvait aux Qualre-Bras, visitant le champ de bataille où Ney avait combattu la veille.
916 PAIOL.
« détachée de son corps d'armée, et le 3* et le i* corps d'in- « fanterie. Vous vous ferez éclairer sur la direction de Namur « et de Maëstrhîht, et vous poursuivrez l'ennemi. Éclairez sa « marche et instruisez-moi de ses mouvements, de manière que « je' puisse pénétrer ce qu'il veut faire. Je porte mon quartier u général aux Quatre-Cbemins (Quatre-Bi'as), où ce matiu étaient a encore les Anglais. Notre communication sera donc directe par « la route pavée de Namur. Si l'ennemi a évacué Namur, écrivez « au général commandant la 2* division militaire à Gharlemont H défaire occuper Namur par quelques bataillons de garde natio- « nale et quelques batteries de canon, qu'il formera à Gharle- « mont. Il donnera ce commandement à un maréchal de camp.
« Il est important de pénétrer ce que veulent faire BIflcher et M Wellington, et s'ils se proposent de réunir leurs armées pour a couvrir Bruxelles et Liège, en tentant le sort d'une bataille. « Dans tous les cas, tenez constamment vos deux corps d'infaan terie réunis dans une lieue de terrain, ayant plusieurs débou- « chés de retraite ; placez des détachements de cavalerie inter- « médiaires, pour communiquer avec le quartier général.
« Dicté par l'Empereur. En l'absence du major général,
<i Le grand maréchal Bertrand, b
Conformément aux dispositions de cet ordre, Grouchy fit aussitôt connallre à Vandamme et & Gérard qu'ils devaient aller, le 3° corps marchant en tète, àOembloux, par la route qui débouche au Point-du-Jour. Gérard se trouvait ainsi forcé d'attendre à Ligny que toutes les troupes de Vandamme, venant de Saint- Araand, eussent défdé devant lui.
A. peu près en même temps que lai parven^t la dépêche de l'Empereur, Grouchy recevait une lettre d'Exelmans et une lettre de Pajol. Exelmans écrivait, vers midi, des environs de Gerabloux, que l'ennemi était toujours massé sur la rive gauche de rOrneau vers Sauveniére, et que, dès qu'il se mettrai en mouvement, il le suivrait. La lettre de Pajol était fûnsi conçue : •
En avant du Mazy, te 17 juin 1813, à midi.
a Monseigneur, j'ai eu l'honneur de vous envoyer ce matin,. « à trois heures, mon aide de camp Dumoulin, pour vous rendre
)8ig. ai7
u compte que, l'ennemi ayant évacué i deux heures un quart sa «position, je me mettais à sasulte-. Depuis, j'ai eu l'houneur de « vous prévenir que, ayant chargé sa queue de colonne, je m'étais « emparé, en avant de ce village, de huit pièces de canon ot K d'une quantité immense de voitures, de bagages, de fourra- « ges, etc., dont les chevaux avaient été enlevés.
« L'ennemi continuant.sa retraite sur Saint-Denis et Leuze, B pour g^^ier la route de Namur à Louvain, et ayant été averti n que beaucoup d'artillerie et de munitions pailent de cette prea mière ville pour se retirer aussi par la même route, je vais me « mettre en marche avec la division Teste, qae Sa Majesté vient « de m'envoyer, pour chercher à arriver ce soir à Leuze, et « couper la route de Namur à Louvain et me saisir de ce qui sera « en retraite.
« Je TOUS prie donc, Monseigneur, d'avoir la bonté de m'a- « dresser vos ordres sur ce chemin. Je renvoie à la division a Subervic sa batterie. J'aunùs bien désiré que cette division >me rejoignit, car il m'en reste peu. »
Les indications contenues dans cette lettre provenaient de renseignements recueillis par les éclaireurs soit à Temploux, soit dans les villages environnants, et aussi de déclarations faites par des prisonniers que le 4° hussards venait d'enlever h deux escadrony ennemis qui, arrivant de Dinant, cherchaient à rejoindre le corps de Thielmann. Ces deux escadrons s'étaient égarés après avoir traversé la Sambre ; ils tombèrent à l'improviste, en franchissant à fond de train la chaussée de Namur, presque au milieu du 4* hussards, qui les chargea et leur enleva quelques hommes. Ges prisonniers indiquèrent la présence de corps prussiens du cAté de Saint-Denis; ils voulaient sans doute parler de Sauveniëre, qu'ils avaient probablement ordre de gagner par Saint-Denis,
En signalant ce fait, Pajol Atait toute illusion au sujet de la retraite sur Namur; il se rapprochait de la vérité en indiquant comme direction plus certaine Louvùn, où se rendaient de l'artillerie et des munitions. Il faisait, il est vrai, encore erreur, en ce sens qu'il parlait d'une colonne ennemie, tandis qu'il n'allait poursuivre sur la roule de Saint-Denis que des fuyards ou des
convois, comme il avait déjà fait sur la chaussée de Namur ('). Mais Grouchy, qui avûten mains les instructions de l'Empereur et le rapport d'Exelmans, pouvût parfùtement distinguer la, vérité, et voir que, si Pajol se trompait sur la valeur et l'importaoce de ce qu'il poursuivait, il était presque dans le vrai en parlant de Louvain, où se réunissait, en effet, le parc de réserve de l'ai-mée prussienne.
Dans tous les cas, pourquoi n'avoir pas immédiatement fût connaître à Pajol l'ordre de mouvement général sur Gembloui î Dans cet ordre, l'Empereur a parlé d'abord du corps de Pajol, peut-être pour qu'il ne fût paa oublié sur la route de Namur ; el cependant on l'y laissa. Bien plus, Pajol terminait sa lettre en demandant que des ordres lui fussent adressés sur ta route de Sfùnt-Denis. Il n'étùt donc pas trës-sûr d'Être utile dans la direction qu'il avait prise. Il était d'ailleurs sans nouvelles de l'armée française depuis qu'il l'avait quittée, à trois heures du matin; il ignorait le départ de l'Empereur pour les Quatre-Bras, la marche de Berton et d'Ëxelmans sur Gembloux, Pourquoi Grouchy ne lui avùt-il pas fait connaître tout ce qu'il lui importait de savoir sur la situation générale? Pourquoi le laissait-il errer ainsi à l'aventure ? Probablement le maréchal pensût encore que les Prussiens étaient plutdt sur la Meuse qu'à Gembloux. Cependant la lettre de Pajol ne pouvait laisser aucun doute à l'égard de Namur.
Au moment où Pajol écrivait au maréchal Grouchy la lettre que l'on vient de lire, son commandement retrouvait toute son importance par suite de l'arrivée de la division Teste. Le matin, à son départ de Tongrinnes, Pajol n'avîut que deux régiments (4' et S' hussards); après neuf heures, il avait été rejoint par le 1" hussards, qui avait ainsi complété la division Soutt.- Mais comme l'Empereur conservât avec lui, sur la route de Bruxelles, la division Subervic, à laquelle on rendùt son artillerie, Pajol serait resté à. la tête de trois régiments de cavalerie seulement, si la division d'infanterie Teste n'eût été placée sous ses ordres.
(') Vaulal>elle dit dans son Hiiloirt dti deux Bcsiauraih/ii (Paris, Peirolin, cdileur-libriire, I84&), 2' volume, p. 1B1 : • Sur toutes les rouleioQ voyiit de longues ■ GUide bigagei,qui seiwrtaieiitpTédpiUiiinienl dnoib direction de Micslriebt.»
Celte division, qui arriva au Mazy un peu avant midi, comprenùt :
I" brigade 1 1*' et 2' bataillons du 8* léger 936
ig^ Ufirra) : i 3» et 4' id. du 40° de ligae 900
!• brigade 1 i" bataillon du 65° de ligne 503
(g^PoiMB): } Iweta'baUillonsdulB'delignc 981
Artillpr'a ■ \ ^' <^'"P^''ie du 8' régiment d'artillerie à pied. 94
j 4* compagnie du 6* escadron du train 72
Géoic ; 3« compagnie du t" batailtoa du 3* régiment. iOI
Force totale (') 3,B89
Le général Teste avait pour chef d'état-major l'adjudant cornmandaut Bernard. Son artillerie comptait huit bouches à feu.
Vers une heure de l'après-midi, Pajol, ne recevant aucune insiniction, soit pour exécuter, soit pour suspendre le mouvement dont il avait parlé à Grouchy, se mit en marche sur la ronte de Saint-Denis, avec le 4* et le 5' hussards et toute son io^terie. Il lùssa provisoirement le l" hussards sur la route de Namur, entre le Mazy et Temploux, afin de couvrir ses derriirts, tout en assurant ses communications avec SombreOe.
Les hussards occupèrent Siûnt-Denis à deux heures environ ; la diviùon Teste, qui avait, depuis ses positions en arrière du Mazy, environ 14 kilomètres à faire, n'y arriva que vers trois heures et denole de l'après-midi. Eu l'attendast, Pajol avait pris des informations auprès des habitants, et avait même poussé josqa'à Meux. Il sut alors que, la veille au soir, le corps de Bulow, fort d'environ 30,000 hommes, venant de Hannut, avait défilé au nord des bois d'Ascbe et de Grand-Lez, pour aller bi- <oaaqaer près de Gembloux, ou il parfùssait devoir être encore, car ses vedettes gamiss^ent les coteaux à Sauvenière et le long lie l'Omeau. 11 y avîût aus», disfût-on, un grand mouvement d'artillerie et de convois à Perwez-le-Marché; mais il n'y avût plus rieii sur la route de Louvain, entre Namiu- et Egliezée, soit
OCclleeompoiilioDdela divisiiiaTe>te(21<d'iDfaaterie)eitdoiuiéepar lasilui- >>H offioeUi (u l»' juin, sur laquelle ii'at pal porté l'efTectifdu 40* deligne,alor» « bmulion i Seulii. Le chiffre de 900 «si pris pour se rapprocher de« effetliti du <'%r et du 76' de ligne.
que tout le matériel fût déjà au-delà de cette dernière localité, soit que les fuyards en fussent loin, vers Liège ou Louv^n.
Dans cette situation, Rajol crut devoir attendre l'arrivée de la division Teste, dont la marche fut un peu retardée par le violent orage qui, accompagné de pluies torrentielles, éclata, vers trois heures de l'après-midi, aussi bien à Saint-Denis que sur les routes de Gemblous et de Bruxelles. Il fit fouiller le bois de Meux et reconnaître la direction de Leuze. Ses coureurs ne lui rapportant aucune indication nouvelle, il se trouva fort embarrassé quand, vers quatre beures, la division Teste arriva. Aller à Leuze, c'était s'éloigner encore de Sombreffe et s'exposer à ne trouver que quelques hommes égarés et quelques voitures perdues; se porter sur Geœbloux ou Sauvenière, c'était marcher à la rencontre de forces triples des siennes, sans savoir si cette pointe devait concorder avec les mouvements de Grouchy. Si Pajol avait connu la présence du corps d'Exeluians au-delà de Gembloux en face des Pmssiens, il n'eût pas hésité à faire une démonstration sur Sauvenière, bien que, à quatre heures du soir, elle eût été sans valeur, puisque le corps de Tbielmann, resté le dernier dans les positions de Baudeset, les avait complètement évacuées à trois heures ('). Il est vrai que, sans le savoir, Pajol se fût ^nsi rapproché des troupes de l'aile droite, que Grouchy massait à Gemblouï. Il faut donc déplorer que le maréchal ne lui ait pas dit un seul mot de ses propres intentions et des ins> tructions de l'Empereur. Pajol serait venu prendre, à six heures du soir au plus tard, sa place à la droite d'Exelmans et près de Grand-Lez.
Dans l'ignorance complète où Pajol était, à Saint-Denis, des dispositions de Grouchy, il n'avait qu'un parti à prendre: revenir au Mazy, où il pensmt se rapprocher de son chef. II ramena ses troupes sur ce point en passant par Golzinne et Bossière. A ta nuit, la division Teste, le 4' et le 5* hussards bivouaquàent au Mazy ; le i" hussards, venant de Temploux, s'établit à hauteur des Isnes, sur la chaussée de Namur.
(') Le gcn6ral Berloo, dins l'opiucu le qu'il i publié en IBIB, l'étODoe (p. SI) qtie | Pajal n'iil pas hit celle dèmoDUraliun, Berlou ne pouvait sivoir : 1° que PijkI ignorait lei meturet prises pir Grouch]'; i* que ses forces ne furcut rasKOiUns qu't quatre beuK* du soir, c'ett-à-dire «près le di'psri dei Prusuens pour Wim.
Dans une relation succincte de la compagne de 18IS, publiée en 1843 {'), Grouchy a dit que Pajol était revenu coucher auMazy par suite d'un faux mouvement. En expliquant ce mouvement dans le même sens que Je viens de le faire, le maré< chai ne me parait émettre, à cette occasion, aucune pensée de blâme. La détermination prise par Pajol lui semblait donc alors, conmieaul7 juin 4815, nécessitée par la situation et les circonstances. Si la direction était fausse par rapport à l'ensemble des mouvements exécutés par les troupes de Groucby, elle était commandée par l'isolement complet dans lequel se trouvait Pajol. Grouchy ne loi en fit nlovs aucun reproche, et n'a produit dans h suite aucune incrimination sérieuse à ce sujet. On est amené à croire que, craignant toujours ce qui pouvait venir du cdté de Namui-, il n'avait pas été iSché de voir Pajol rester dans cette direction (*). Namur l'inquiétait encore, car la division Maurin, do corps de Gérard, fut laissée, le 17 au soir, à Bothey ('), sans doute pour observer la chaussée, ou pour appuyer Pajol et le reliera GemblouK.
Pendant que le corps de Pajol exécutait ces marches et contremarches et parcouKÛt environ dix lieues (39 kilomètres) (*), les autres corps de l'aile droite se transportaient du cbamp de bal^lle de Ligny h Gembloux. Le 3° corps (Vandamme), parti de SainirAmand k deux heures de l'après-midi, était installé tout entier au-delà de Gembloux vers sept heures du soir; le 4" (Gérard), qui n'avait pu se mettre en marche avant trois heures, ne fut établi complètement au bivouac, en deçà et près de Gembloux, qu'à onze heures du soir. Sa cavalerie (division Maurin) resia à Bothey ; les dragons d'EUelmans, qui étaient depuis le matin en avant de Gembloux, bivouaquèrent près de Sauvenière
(') Paris, cb«i DeUnclif, p. Î8 et 31.
[') Le comDianilant Biot, aide de caaif du général Pajol, m'a aflinné souTcnl que It rclDiir au Huf ne l'élait efTectuè que hit l'ordre deGrokicbjr- Haii, dans U cralnle W Kl Muientr* à (Wt ésard ne toueut peut-être pai assez précis, j'ai écarté celle bjpolhise.
(') Voir Fiictijmtificalhei, a' ÎS.
(') De ToDgrinBes auHaz^, Skilamètres S; du Hazyà Temploux, 7 kilonèlrei 6; de Temploux à Saiot^Deois, Skilomèlreiâ; de Saiui-Deitis à Heux, 3 kllooièlres â; AHeuiauHai;, par Saint-Denis et Boiiière, U kilomètres; en tout, 39 kilomètre*.
et envoyèrent, à la nuit, six escadroas& Sart-IeE-Walbaio et trois sur la route de Penvez-le-Marché.
Le mouvement de l'aile droite avfùt été assez long, d'abord parce que le 3' corps avait dû dépasser le 4' pour prendre la tête de colonne, ce qui ne serait pas arrivé si Grouchy, sans s'inquiéter de l'ordre de bataille, avùt fût filer Gérard le premier sur Gembloux ('] ; ensuite parce que la route, ou, pour mieux dire, le chemin de traverse allant du Point-du-Jour à Gembloux avûtété défoncé par les pluies, et ét<ùt devenu, dans les terres fortes de ce pays, très-mauvais pour l'infanterie et presque impraticable à l'artillerie.
A l'ùle gauche de l'armée française, où Napoléon avùt pris te commandement, en amenant un renfort conàdérable (le 6* corps, moins la division Teste; la garde impériale, les divisions de cavalerie Domon et Subervic), la marche avait été aussi rapide que possible, depuis une heure de l'après-midi. La retnùte de l'armée anglaise, prescrite jtai Wellington, dès qu'il avait connu le résultat de la batùlle de Ligny, fut suivie par l'Empereur et même accélérée, depuis les Quatre-Bras jusqu'en face de Mont-Saint-Jean. Nos avant-gardes, arrivées, vers six heures et demie du soir, devant les positions que Wellington avait fait prendre à ses troupes, durent s'arrêter. Après s'être assuré que l'ennemi était résolu à livrer bataille. Napoléon fit bivouaquer son armée, de Plancenois à la ferme de Monplaisir (ou Monsoubait), en vue des Angliùs; il établit son quartier général à la ferme du Caillou. Wellington avait le sien i Waterloo.
Quant à Bliicber, dont Grouchy avîùt perdu la trace, il était le 17 au soir à Wavre, avec les trois corps battus à Ligny et celui de Bulow, qiû, absolument intact, lui procurait un renfort de 30,000 hommes, et comblait ainsi les vides produits la veille par le feu ou la fuite. Ziethen occupait Bierges ; Pirch I", Sainte- Anne et AJsemont; Thielmann, les environs du château de la Bavette ; et Bulow, les hauteurs de Bion-le-Mont. Ces deux derniers corps s'étment i'etirés des positions de Sauvenière et de
(I) Le maréchal Groiuli;, dont Vandamme et Génnl ne paraÙHient rapports qu'i contre-GCBar l'auiorité, a luii doute voulu, eu cette drcowiaQGe, êriier taule eipèce de réclamBlion de' la part de cet deux généraux.
Baudeset, par Sait-lez-Walhain et Tourinnes. Dans cette situation, le vieux maréchal prussien avût repris confiance. Loin d'être démoralisé par sa déf^te de ligny, il avait promis à Wellington d'aller le rejoindre le 18 avec toute son armée aiin de le soutenir s'il était attaqué, ou pour fdre une attaque combinée, le i9, contre Napoléon.
Dans la soirée du 17, Grouchy n'étfût pas encore bien certain de cette concentration des forces de Bltober à Wavre, puisque, dans la dépècbe qu'il adressa à l'Empereur, à dix beures du soir, il disfût ; n D'après divers rapports, il paraltrùt que, arri- « vée h Sauvenière, une partie de l'armée prussienne se serait
I divisée : une colonne se serait portée sur Perwez-le-Marcbé, n une autre aurait pris le cbemin de Wavre en passant par
II Sart-Iez-Walbain. Peut-être pourr^t-on en inférer que quel- ' ques corps prussiens iraient joindre Wellington, et que d'aun très se retireraient sur Liège. Une colonne prussienne avec de l'artillerie a pris, en quittant le cliamp debatfûlle de Fleuras, " la route de Namur. n Si à ce moment l'attention du maréchal Grouchy était sérieusement attirée du côté de Wavre, elle n'était cependant pas encore détournée de Namur et de Liège, dont il parle en des termes un peu en désaccord avec les renseignementsque Pajol lui donnait dans sa lettre datée du Mazy le 17 juin à midi. Cette lettre indiquait qu'il n'y av^t plus rien à crûndre de Namur et de Liège, et que c'était du côté de Louvùn qu'il fallait porter son attention ; si depuis midi Pajol n'avîût pas envoyé d'autre rapport écrit, ce qu'on ne saurait assurer, il avmt cependant fait parvenir des renseignements confirmant et précisant ceux de sa lettre.
Avaut et après son rapport à l'Empereur, Grouchy donnait ses ordres pour le lendem^n 18 juin. Il prescrivit à Vandamme de se mettre en mouvement avant cinq beures du matin, pour cdler, précédé de la cavalerie d'Exelmans, à Sart-lez-Walhain ; Gérard devait suivre le corps de Vandamme et partir à huit heures du matin. Le maréchal expédia h Pajol la dépêche suivante:
• Gembloui, le 17 juin I81S, dix heures du soir.
a Veuillez, mon cher général, partir demain, 18 du courant, » à la pointe du jour, du Mazy, et vous porter, avec votre corps
n d'armée et la division Teste, à Grand-Ijez, où je vous trans- « mettrai de nouveaux ordres.
n Je marche à la suite de l'ennemi, qui avait encore une trenn taine de mille hommes ici à midi. Je me dirige sur Sart-lezn Walhainj mais, suivant les renseignements que je recevrai H dans la nuit et les vôtres, peut-être rabattrai-je sur Perwez-le- « Mïuxihé.
H Aussitôt que vous serez arriyé à Grand-Lez, liez-vous à « moi par des partis, et donnez-moi de vos nouvelles.
« L'Empereur me prescrivant d'éclairer la route de Nainur « et de savoir ce qui s'est retiré sur cette ville, poussez-y une « très-forte reconnaissance bien commandée ; qu'elle sache ce (' qui y a passé en infanterie, cavalene et artillerie, et si Namur H est évacué.
« Elle vous rejoindra à Grand-Lez par le chemin le plus n court et sans revenir au Mazy.
« Je désire aussi que vous vous portiez sur Grand-Lez sans R revenir passer àGeinbloux, que vous trouveriez encombré. n Allez donc par la route directe, qui sera toujours aussi bonne « que celle que nous avons suivie, Vandamme a donné ordre à « Subervic de vous rejoindre;, ne l'a-t-il donc pas fait?
« Renvoyez-moi deux officiers et de vos nouvelles, en ui'acn cusant réception de la présente. »
Le maréchal Grouchy savait le retour de Pajol au Mazy et ne lui en témoignait aucun blâme. Pajol avait donc rendu compte de son mouvement soit par écrit, soit par des oiïiciers envoyés h Genibloux. il n'avait pas manqué de lui donner, au sujet de Namur, des indications assez précises; car, pour lui annoncer son départ du Mazy et lui accuser réception de l'ordreci-dessus, il lui écrivait, le 18 à quatre heures du matin :
B Monseigneur, j'ai eu l'honneur de vous rendre compte hier V que Namur él^t évacué, et que j'avais poussé mes troupes n au-delà de Teoiptoux et de Meus ; mais ayant appris qu'un « corps de 25 à 30,000 hommes était réuni à Gembloux, et n'én tant pas soutenu, j'avais cru nécessaire de me retirer au Mazy ; « ce qui est très-malheureux, cor je serais déjà à Grand-Lez, où « je me rends et où j'auiai l'honneur de vous voir. »
Cette lettre établit clairement que Pajol avait été laissé dans l'ignorance la plus complète des dispositions prises par Grouchy dans l'après-midi du 17. S'il avait su la présence de la cava< lerie d'Exelmaos devant Gembloux avant midi, et la marche du 3° et du 4* corps d'infauterie sur cette ville, il aurait vu qu'il était soutenu ; il serait allé directement à Grand-Lez, en se reliant à Exelmans par Longsee. Ce fait montre que Pajol, en revenant au Mazy, n'a pas exécuté sciemment un faux mouvement, mais qu'il a agi en raison de la situation que lui créait l'absence de nouvelles du commandant de l'aile droite.
Au moment où Pajol écrivait celte lettre au maréchal Grouchy, ses troupes étaient prêtes au départ. A quatre heures et demie du matin, elles étaient toutes engagées sur la route qui, du Mazy, conduit à Grand-Lez par Bossière, Ferooz et Longsee. Le 4' et le K* hussards marchaient à l'avant-garde; la division Teste venait ensuite; le 1" hussards, resté Je dernier sur la chaussée de Namur,' faisait l' arrière-garde. Certain de l'évacuaUon de Namur, dont il avait donné l'assurance formelle à. Grouchy, Pajol ne dirigea point sur cette ville la reconnaissance que le maréchal avait prescrit d'y envoyer- C'est donc avec tout son coif» d'armée (infanterie et cavalerie) qu'il se porta vers Grand-Lez. Son mouvement, s'eiTectuant par des che- [Qins de traverse détrempés et eflbndrés par les fortes pluies de la veille, ne fut achevé que vers huit heures.
A peu près à la môme heure, le gros des forces de Grouchy quittait ses bivouacs des environs de Gembloux pour aller à Sart-lez-Walbaia ; des difllcultés de toutes sortes, résultant en partie de l'imprévoyance du service des distributions, avaient retardé le mouvement. Kxelmans, parti à sept heures et demie seulement de Sauveniëre, avait été immédiatement suivi par le 3' corps d'infanterie (Vandamme). Gérard, prenant' rang à la suite, n'avait pu se mettre en marche qu'à huit heures et demie. Ces trois corps (Exelmans, Vandamme et Gérard), marchant en une seule colonne sur la route de Gembloux h Sart-lez-Walhaiû, par Baudeset, ne devaient avancer que très-lentement, par suite des ai'réts fréquents qu'aJlaient produire, dans cette colonne si allongée,' le mauvais état du chemin et les nombreux dëtilés à fnmcMr.
La marche était couverte : en avant, par les dragons d'Ëxelmans, forcés- de faire le service de la cavalerie légère; à gauche, par la division Valin (') (ancienne Maurin), qui, venue de très-bonne heure de Bothey, fut portée à Emage et Walhan, et non à Grand-Lez, comme le prescrivait l'ordre primitif; enfin, à droite, par le corps de Pajol, qui de Grand-I^ez allîiit être porté à Tourinnes-les-Ourdons.
En effet, Pajol avait trouvé, à son, arrivée & Grand-Lez, les deux lettres suivantes de Grouchy :
n Gcmbloux, le 18 juin 181S, à la pointe du jour. « Un avis, qui ne me parait pas dénué de fondement, m'anic nonce, mon cher général, qu'un grand parc d'artillerie de u l'ennemi doit être dans ce moment à une Heue et demie de « Grand-Lez. Faites vérifier la chose, et, si elle est ainsi, tomft bez de suite dessus avec votre cavalerie et la division Teste. « Si vous ne pouviez pas mordre, à raison de forces supé- M rieures qui escorteraient ce parc, je vous ferais appuyer par n des troupes, que je vous enverrais de Sart-lez-Walbaîn, oii je n me rends.
(( Le mouvement de retraite de Blûcher me parait prononcé « sur Bruxelles. Ainsi, dans le cas où l'avis que je vous donne « serait dénué de fondement, arrivez à grande hâte à Tou- (I rinnes, afin que nous poussions en avant 'de Wavre le plus K promptement possible. »
Signé : n le m'arécbal Gbocchy. »
uGembloux, le 16 juin 1819, à trois heures du matin. (i Veuillez, mon cher général, partir de Grand-Lez à la ré- « ceptîon du présent ordre, et vous rendre, avec votre corps n de cavalerie et la division Teste, à. Tourinnes, où vous recevrez H de nouveaux ordres. •>
Signé : « le maréchal Gbodchi'. »
Ces deux dépêches prouvent que, le 18 juin à la pointe du jour, Grouchy n'avait plus aucune inquiétude du cdté de la Meuse. U le fit donc savoir à l'Empereur par un rapport écrit à
t'J Le général HauTÎn, grièiemeot Uetsé le 16, n'avai dément de sa division, et il l'avait cédé au général de lirigade Valii
,db,GpOglc
trois heures du matin ('), dans lequel il lui annonçât qu'il allait se porter & Corbaix et à Wavre. A sàx heures du matin ce rapport parvint à Napoléon, qui avait déjà reçu, vers deux heures, le rapport daté du 17 à dix heures du soir. L'aile droite marchait sur Wavre. En signalant à Grouchy l'évacuation de Namor ainsi que l'envoi à Louvain de tout le gros matériel de l'armée prussienne, Pajol avût certainement contribué à lui faire prendre la direction de Wavre.
Pour se conformer aux prescriptions de la première des deux dépêches, Pajol envoya immédiatement l'un de ses ré^ments de hussards dans les bois d'Asche et de Grand-Lez, à la recherche du convoi signalé. Quand tout son corps d'armée eut serré, il le remit en marche vers Tourinnes-les-Ourdons. A neuf heures et demie, il suivait la route qui y mène par les Gînq-Ëtoiles et Lerinnes. Les hussards lancés k la découverte sur Ascbe et Perwez rejoignirent, annonçant qu'ils n'avaient rien trouvé et que, de ce côté, tout avait disparu : troupes, convois et matériel de l'armée prussienne. Pajol continua donc sur Tourinnes-les- Ourdons, en se faisant éclairer sur sa droite et en avant.
Pendant ce lemps, Exelmans, qui formait l'avant-^arde de la colonne de Grouchy, atteignait Sart-lez-Walhain ; de là il était dirigé sur Nil-Saint-Vincent et la Baraque, route de Wavre. Bientôt il aperçut les Prussiens du côté de Vieux-Sart et du Cabaret-à-Tout-Vent. C'était l' arrière-garde de Pircb I", dont le corps défilait alors par Wavre pour gagner la Chapelle-Siùnt- Lambert, à la suite du corps de Bulow, qui s'était retiré de Dion-le-Mont, à la pointe du jour. BlQcher tenait parole à Wellington ! il lui envoyait d'abord Bulow, qui, n'ayant pas combattu à Ligny, lui apportenùt le concours de 30,000 hommes de troupes fraîches ; il faisait ensuite partir Zietben et Pirch I""; il laissait à Wavre le corps de Thielmann, pour défendre le passage de la Dyle, avec ordre de suivre également le mouvement général vers l'armée anglaise, si les Français ne se présentaient pas.
A sept heures et demie du matin, Bulow, qui s'était mis le premier en marche, traversa Wavre, où un violent incendie, qui
(') Voir Piitri jialificalivH, n" Ifi,
s'était déclaré dans la rue par laquelle il fallait défiler, retarda beaucoup sou mouvement. Pirch 1", arrêté par ce retard, fit faire volte-face à deux de ses divisions quand il vit Ëxelmaas se déployer, vers dix heures, entre la Plaquerie et Neuf-Sart, où la division Valin le rejoignit peu après.
Le 3' corps (Vandamme) arrivait alors à Sart-Iez-Walhain. Groucby le porta aussitôt dans les traces de la cavalerie d'Exelmans, vers W^avre. Le maréchal était alors absolument certain que l'armée de Bliicher s'était concentrée sur ce point, dans le but probable de se réunir à celle de Wellington dans la plaine de la Chyse. Grouchy en informa l'Empereur, en lui i-endant compte qu'il allait à Wavre. La dépêche, datée de Sart-lez-Walhain à onze heures du matin, fut portée par le major Lafresnaye.
Quelques instants après le départ de cet ofScier, c'est-à-dire vers midi, on commença à entendre de Sart-Iez-Walhain uoe canonnade violente dans la direction de Mont-Saint-Jean. L'Empereur avait en effet engagé, depuis près d'une heure, la bataille sur ce point. Le général Gérard, alors auprès de Grouchy, ouvrit sur-le-champ, en le motivant, l'avis de marcher au canon et de laisser Pajol opérer avec son corps d'armée contre Wavre. Le maréchal opposa ses instructions, la dislance où l'on ét^t de l'Empereur, enfin le mauvais état des chemins; il résista aux instances pressantes de Gérard et de plusieurs autres généraux. Un peu avant une heure de l'après-midi, il fit reprendre la niai'che sur Wavre, se portant lui-même rapidement vers la Baraque et Neuf-Sart, où l'on eutendait retentir le canon d'Ëxelmans.
Pajol arrivait en ce moment (entre midi et demi et une heure) à Touiiimes-les-Ourdons. Après avoir massé ses troupes, il lança des recounaissauces : au nord, vers Libresart et Chaumont; à l'est, vers Orbais et Malèves, prescrivant de recueiUir avec soin des renseignements sur l'ennemi, dont il ne voyait plus aucune arrière-garde.
Grouchy avait hâté autant que possible la marche du corps de Vandamme, dont la tête de colonne (division Berthezène) arrivait à la Baraque vers deux heures. Les arrière-gardes prussiennes, déjà vivement pressées par Exelinans, se replièrent promptement sur Wavre ; Vandamme les suivit.
L'apparition d'Exelnoans et de Vandamme entre Corbaix et la Baraque avait vivement inquiété Blttelier pendant un instant. Craignant que les Français ne passassent la Dyte à Mousty, il arrêta Pirch I", tandis qu'il ordonnait à Ziethen, qui avait quitté Bierges à midi seulement, de rabattre vers cette rivière. Mais, quand Vandamme se porta sur Wavre, il fit reprendre le mouvement sur la Chapelle-Saint-Lambert et Ohain. En voyant les Français déboucher des bois de Sarrats et de Mannil, Thielmann prit de sérieuses dispositions de défense. Dans le village de Bierges et au moulin, il plaça neuf bataillons de la division Stulpnagel; entre Bierges et Wavre, la division Kemphen-, à droite et à gauche de la route de Bruxelles, six bataillons de la division Lucke, La défense de Wavre même fut confiée au colonel Zepelin, qui avait sous ses ordres trois batfûllons et deux escadrons. Limai et Limelette furent observés par trois batîdllons et trois escadrons, que Ziethen y avait laissés, sous le commandement du colonel Stengel.
Un peu avant deux heures de l'après-midi, Pajot, informé que ses reconnaissances ne rencontraient de Prussiens nulle part, envoya un officier à Grouchy pour le prévenir qu'il avait perdu la trace de l'ennemi et lui demander de nouveaux ordres. Cet officier joignit le maréchal sur le plateau devant Wavre; après lui avoir dit le but de sa mission, il en reçut un billet au crayon, ainsi conçu :
« Sur la route de Sart-lez-Walhain à Wavre, le ISjuiD <8I9.
'« Général, portez-vous en toute hâte, avec la division Teste « et votre corps d'année, b. Limai ; passez-y la Dyle, et atta^ ■ quez l'ennemi qui est en face. »
D'après les termes de cet ordie, il est facile de voir que Grauchy ne songeût point encore à diriger Pajol vers le canon de Mont-Saintjean , mais qu'il comptait seulement l'employer contre l'aile droite de l'armée prussienne, qu'il croyait déployée tout entière sur la rive gauche de la Dyle depuis Limai jusqu'à Basse-Wavre.-
L'aide de camp de Pajol porteur de l'ordre destiné à son
230 PAiOL.
général était rèv^u k toute bride ; il n'arriva néanmoins à Todrinnes-les-Oui'dons que vers trois heures et demie. Pajol remit immédiatement ses troupes en marche pour aller à Limai. A quatre heures, elles étaient en mouvement sur la route qui passe à Libresart, Corroy-le-Grand et la Baraque.
A peu près à la même heure, Grouchy recevMt de l'Empereur une dépêche, écrite « en avant de la ferme du CtùUou à dix heures du matin. » Napoléon lui annonçait que l'armée anglaise allait être attaquée, et lui prescrivait de diriger ses mouvements sur Wavre, tout en se mettant en communication exacte avec l'armée. La présence (de deux heures à six heures) des éclaireurs du colonel Marbot {7° hussards) à Mousty pouvait faciliter l'exécution de la seconde recommandation de l'Empereur, à laquelle le mouvement de Pajol sur Limai répondait d'ailleurs parfaitement. Grouchy envoya aussitôt du côté de Tourinnes, pour le fîdre hâter, un officier, qui rencontra le corps de Pajol , en marche entre Libresart et Corroy-le-Grand.
Alors Grouchy se trouva fort des instructions qu'il venait de ' recevoir, bien que, depuis leur expédition, elles eussent pu et dû Être modifiées par les péripéties de la lutte engagée à Mont- Saint-Jean; il ordonna à Vandamme de poursuivre ses attaques contre Wavre, et avec les premières troupes de Gérard, qui venment d'arriver, il se disposa à faire enlever fiierges ; de plus, il plaça la cavalerie d'Exelmans en arrière de la droite du 3* corps, et laissa la division Valin à la Baraque pour observer Limai et Limelette. La résistance des Prussiens fut très-énergique à Wavre et à Bierges; nos attaques échouèrent ; c'était à Pajol qu'allait revenir l'honneur de franchir le premier la Dyle à Limai, et d'ouvrir ainsi le passage à toute l'aile droite.
Gérard, blessé devant Bierges, avait dû laisser son commandement au général Vichery. Vers six heures, le 4' corps dépassait la Baraque et venait prendre position à la gauche du corps de Vandamme, depuis Trou-Dehoux jusqu'il face de Bierges, sur les hauteurs qui dominent la Dyle. Pajol, accélérant sa marche, avait joint la queue du 4' corps; avant sept heures, il débouchait à la Baraque, où il trouva le général Valin, mis dès ce moment sous ses ordres.
Après s'être fait renseigner sur la position de Limai, en face
de laquelle les cavaliers de Valin manœuvraient depuis le matin, Pajol se disposait à s'y porter, lorsque M. Ponthellanger arriva à toute bride et lui cria de loin : «Jamais l'Empereur B n'a été si grand. La bataille est gagnée, et l'on n'attend plus « que la cavalerie pour achever la déroute (') ! »
L'aide de camp du maréchal faisait allusion à la dépêche de l'Empereur, datée d'une heure après-midi ('), qui venait d'arriver, et dont Grouchy et tout son état-major avaient lu ^nsi la dernière phrase : « En ce moment la bataille est gagnée sur la « ligne de Waterloo, en avant de la forêt de Soignics; le n centre de l'ennemi est à Mont-Baint-Jean ; ainsi manœuvrez « pour joindre notre droite ('). »
Cette phrase était, comme toute la dépêche, écrite d'une manière peu lisible, et l'on aviût lu : « La bataille est gagnée « , là où il y avait, en réalité, « la bataille est engagée» , ce qui étwt cependant plus conforme au -sens général de la lettre et même de la phrase. Dans tous les cas, Grouchy comprit qu'il fallait se rapprocher de Napoléon, et il envoyait, par son aide de camp Pontbellanger, l'ordre à Pajol de passer tout de suite la Dyle à Limai, et de se jeter sur l'ennemi. Malheureusement, ce ne devait pas être pour achever la retraite des troupes alliées engagées à Waterloo; car, à ce moment, l'armée française ne pouvait plus espérer la victoire. Bulow, en effet, après avoir échappé à Grouchy, frappait sur Lobau et la jeune garde, à Plancenois, des coups dédsifs. L'Empereur, désespéré de voir arriver sur lui de nouveaux ennemis, quand il attendait le concours de son aile droite, avait fait des efforts inouïs pour arracher la victoire en enfonçant le centre de Wellington è. Mont-Saint-Jean ; mais alors son flanc droit avût été débordé par Bulow; une heure plus tard, les lignes françmses allaient être brisées par l'irruption soudaine de BUlcher, arrivant sur le champ de bataille avec les corps de Ziethen et de Pirch I". La faute de Grouchy était désormais irréparable. Quel que fût le succès des efforts tentés, açrës sept heures du soir, du côté de Limai, qui est au moins à
('] Souvenin du conmandant Biot, premier aide de camp de PajoL {^\oir PîiceijiiUificalivfs, n* 17.
(^) Diss toutes te» publications, Grouchy a donni- celle phrase duii les termes que je cite textuel lemcDl.
i2 kilomètres de Plancenois, il n'était plus possible h l'aile droite de sauver Napoléon do désastre de Waterloo,
Cependant Pajol prit immédiatement ses dispositions d'attaque : il plaça la division Valin en tête, l'infanterie de Teste ensuite, et il mit en réserve la cavalerie de Soult, qui était trèsfatiguée des nombreuses courees faites depuis le matin. Il chargea le commandant Biot, son aide de camp, de diriger la tête de colonne et de reconnaître exactement les abords du pont de ' Limai. Cet officier partit en avant avec un escadron du 6* hussards, que commandait le prince de Carignan. A sa sortie du bois de Warlombrout, il fut arrêté par un sergent de voltigeurs, détaché avec quelques hommes sur la route de Limai, par un régiment du 4* corps, qui occupwt le village de Trou-Dehoux. Ce sergent l'avertit que l'infanterie prussienne, postée dans le moulin et tes maisons avoisinant le pont, paraissait résolue à en défendre le passage, et que, en outre, il y avait de l'artillerie en position sur les hauteurs. En elfet, les hussards eurent à peine débouché qu'ils furent accueillis par deux volées de mitrîûlle. Le commandant Biot, faisant alors abriter son escorte, s'élança seul verslaDyle. Une vive fusillade l'obligea à se retirerpromptement. Il avait eu néanmoins le temps de s'assurer que le p'ont n'était pas obstrué, et que ta largeur du tablier ne permettait de défiler que par quatre. Fort surpris de la contradiction qu'il y avait entre la nouvelle apportée par M. Pontbellanger et l'attitude de l'ennemi dans Limai, Biot galopa au plus vite vers son général et lui rendit compte de ce qu'il avait vu.
Pajol, se rappelant le succès de Montereau, résolut de tenter une chaire vigoureuse : il fit allonger l'allure de la 1" brigade de la division Valin, composée de cavalerie légère, et la lança ensuite à Ibnd de train sur le pont, qu'elle traversa malgré une grêle de balles. A l'extrémité de ce pont, elle tourna à droite, vers Wavre, poursuivant l'épée dans les reins les tirailleurs ennemis, qui se sauvaient vers un bataillon de soutien posté dans la plaine. Ce batîûllon, voulant résister, se forma en carré; il fut bientôt enfoncé et dispersé.
Pajol appela ensuite la 2' brigade de Valin, composée de dragons, et entra avec elle dans Limai. Il était un peu plus de huit heures. Il parvint à chasser de la porûon de ce village
qui n^arde Grand-Sart les postes prussiens, qui s'en étaient sauvés d'abord, et qui y étaient revenus quand ils avaient vu la ("brigade de Valin prendre la route de Wavre.
Tous ces détachements et postes ennemis appartenaient fi une colonne commandée par le colonel Stengel et chaîne d'observer Limai et Limelette. Surpris de cette brusque attaque, Stengel rassembla en toute hâte ses bataillons sur les hauteurs qui dominent les deux routes de Limai à Grand-Sart et à Rosieren. De là, par un feu nourri et bien diiigé, ils empêchèrent les dragons de déboucher. Pajol envoya immédiatement chercher l'infanterie de Teste, et il donna l'ordre à la 1" brigade de Valin de quitter la route de Biei^es, qu'elle avait suivie pendant une demi-lieue environ , et de revenir à Limai. Teste arriva bientôt avec un de ses régiments, qui fut lancé vers Grand-Sart. La lutte s'engagea vive et meurtrière; nos soldats gravissaient difficilement les flancs escarpés des hauteurs, d'où l'ennemi les fusillait; cependant ils surmontèrent tous les obstacles et arrivèrent au plateau, où Pajol les fit suivre et appuyer par la cavalerie. Les Prussiens, ainsi débordés, se replièrent dans la direction de Bierges. Limai ét^t à nous ; le mouvement audacieux de Pajol avait ouvert le passage de la Dyle (') ,
Le maréchal Grouchy se trouvait en ce moment avec le 4* corps. Voyant cet heureux résultat, il prescrivit à Vichery de rejoindre Pajol avec toutes ses troupes et de les établir sur le , plateau. Il fallait se hâter, car Thielmann, que le colonel Stengel avait prévenu dès le début de sa lutte avec Pajol, faisùt avancer rapidement de Bierges et de Wavre six bataillons de la division Slulpnagel, la cavalerie de réserve du général Robe et une' partie des divisions Kemphen et Lucke. Il était alors un peu plus
(') Quelque* hiitarieni de celte camp«gne de 1815, entre autre» Ch*mi et UTonr iTAote^piie, ont nconié que le \' corpi avait enlevé Limai entre Mpt et huit heures du soir. Ils ont fait erreur; on en (rouie la jvEuve dam la {ihraie auiTanlc du rapport que le maréchal Grouchy adrtsu i l'Empereur, de Dinant, le 30 juin : a Legéniral Pajol, avec la cavalerie el la divbion Teste, avait, par un mouTemeul
• audadeui, surpris le passage de U Uyte ri marché de Linal dans la direction de
• Sûnt-Lambert. > Lea détails de l'opération de Pajol à Limai ont été tonroii par des notes que j'ai recueillies de conversations avec l'aide de camp Biot. A la Cii de a vie, il aviji encore toute sa mémoire, el se rappelait trè*>bien les Tails de celte
de neuf heures, et l'obscurité arrivait. Pajol, qui avait été rejoint par toute la division Teste, se trouvait à ce moment k l'ouest de Delbourg, ayant sa cavalerie jusque près de Neuf- Cabai-et; il venjùt, fort heureusement, d'être renforcé par la division Hulot, du 4* corps, que le général Vichery avait placée près de la route de Rosieren, un peu en arrière et à l'est de Delbourg.
Les colonnes prussiennes venant de Bier^es se heurtèrent à celte division Hulot, qui les décima dans les ravins où elles s'étaient engagées et les força h se retirer précipitamment. Pajoli de son cOté, arrêtait l'^le droite de l'ennemi et repoussait la cavalerie de Hobe. La nuit ne permît pas de poursuivre ces succès; cependant les lignes tle Vichery et de Pajol s'avancèrent un peu vers Bierges et le bois de Risensart, bordant à peu près le chemin de Bierges h Neuf-Cabaret.
Les Prussiens, qui s'étaient retirés lentement et en tu*aillani toujours, s'arrêtèrent ; Stengel dans le bois de Rixensart; la cavalerie de Hobe derrière ce bois; Stulgnagel à Bierges, se reliant à Stengel; Kemphen, entre Bierges et Wavre; mais leurs éclaireurs étaient restés à une portée de fusil de ceux de Vichery et de Pajol, tiraillant encore à onze heures du soir.
Le maréchal Grouchy, qui était venu prendre part à l'action avec les troupes du 4' corps, passa la nuit avec les soldats de la ^ division Hulot, que sa présence avait plus d'uue fois encouragés à la lutte.
Sur la rive droite de la Dyle , le combat n'avait également cessé qu'après onze heures du soir. Vandamme, qui s'était étendu après le départ du 4' corps, avait sa gauche en face du moulin de Bierges, son centre dans le faubourg de Wavre, d'où il lui avùt été impossible de déboucher, et sa droite devant Basse-Wavre. Exelmans, que Grouchy avait appelé à Limai, s'était arrêté à Sainte-Anne; et les divisions du 4* corps qui n'avaient pu rejoindre Vichery étaient soit à Limai, soit près de ce point, mais sur la rive droite.
A ce moment, c'est-à-dire à minuit, on n'avait aucune nouvelle de l'issue de la bataille de Waterloo, aussi bien du côté des Prussiens que du côté des Français. Grouchy et ses généraux n'étaient pas sans inquiétude, car ils sentaient que, si
^dbyGcxigle
Napoléon eût été vainqueur, la résistaoce de l'ennemi n'aurait pas été aussi énergique & Wavre. Cependant ils étaient loin de EoupçoDoer toute l'étendue de notre malheur. Depuis neuf heures et demie du soir, l'armée commandée par Napoléon fuyait dans un épouvantable désordre, poursuivie avec le plus horrible acharnement par la cavalerie de BlOcher, qui achevait les mourants, sabrait les désarmés et les blessés (').
L'heure où commença la déroute de cette malheureuse armée de l'Empereur indique assez qu'il n'eût plus été possible à aucun des corps de Grouchy, même i .celui de Pajol, qui était le plus rapproché du champ de bataille de Waterloo, d'arriver à temps pour conjurer ou atténuer le désastre.
En effet, ce n'est que vers sept heures et demie du soir que Pontbellanger, l'fùde de camp de Grouchy, vint à !a Baraque annoncer la victoire de Napoléon et dire à Pajol de marcher par ■ Limai à la poursuite des v^ncus. Les cinq kilomètres de la Baraque à la Dyle furent franchis si rapidement par la cavalerie, que Pajol était maître du pont et du village de Limai peu après huit heures, malgré les retardsoccasionnés par la reconnaissance de la position, Au débouché du village, l'énergique résistance des bat^Uons de Stengel l'arrêta ; il fallut attendre l'infanterie de Teste, qui cependant avait marché très-vite. L'assaut des hauteurs qu'occupait l'ennemi prit encore du temps, et ce ne fut que vers neuf heures seulement que Pajot aurait pu, par Grand- Sart et Neuf-Cabaret, où il jeta aussitôt ses éclaireurs, marcher à Sunt-Lambert et vers l'Empereur. Malheureusement, la nuit arrivait; il fut d'àlleurs forcé de faire face aux grosses colonnes deStulpnagel, qui s'avançaient sur lui. Si Grouchy et le général Vichery n'étaient survenus à son aide avec une partie du 4° corps, il est probable qu'il eût subi un grave échec et peut-être une déroute; car ses troupes, peu assises sur le plateau, aurùent été rejetées dans les délilés que forment la route jusqu'à Limai et le pont sur la Dyle.
(') - La PniisieDs ^rgeaienl tout ce qui leur topibait daos lu muni. ■ (Thien, Biiioire du Coiuulai et de l'Empire, t. XX, p. 251 .) — •> lU commirent dia> celle
• nuit des horreun iodigaes de leur Dation, el asuaiinèrcnt, n l'on en croil U irn-
• Alion locate, le général Dubesme, tombé bleisé dana leurt maini, ■ [Tome XX, t. Î63.)
Dans la position où il se trouvait à neuf heures du soir, Pajol ne pouvait donc plus aller au champ de bataille de Waterloo. S'il s'était avancé seulement au-delà de Neuf-Cabaret, sur la route de la Ghapelle-Saint-Lambert, il aurait été coupé de Grouchy et enveloppé, ou rejeté en désordre sur la tête de colonne du 4' corps (').
Telles furent les funestes journées du 17 et du 18 juin 1815 ! Pajol y fit son devoir. Si Grouchy n'a jamais eu pour lui une parole de blâme, c'est qu'il savait que Pajol avait agi comme il devait agir. Il se montra à Liinfil ce qu'il avait été à Montereau l'année précédente (').
(') Cn considérations répondeDl à une note de la page lOO de la nolice biographique sur le maréchal Groncby, par Pa>ca)lel (Paris, octobre K4I), qui dit : • On
• ignore par quelle falalilé le général l'ajal, qui avait pasié la Djie à Limai, le 1 8, ' longtemps avant la nuil, n'avait pas rejoint l'Empereur ou au moins communiqué
• avec lui par dei partis; on a assuré depuis que les ofCciers qui avaient clé ea- > vofés à l'Empereur par le généra) Pij«l n'avaient pu passer et étaient tombés au 1 poUToir des Prussiens, Kit-ce vrai? Ce fait est, du reste, peu importaot, eu égard u à la faiblesse ntiroérique du corps de Pajol. "
(*) Les revers de celle campagne ont enlrainé bien des géiiéraui de l'année de IBIS à se jeter, les uns aux autres, des bllmes lévètvs; contre Pajol, jamais aucun de ses compagnons d'armes n'éleva la voix. L'un d'entre eux, le général Berton, a dit de lui, dans une brochure publiée en 1S1S(p, Sî): n Ce général, qui fait si biru
• la guerreet quitail inspirer une si grande conliance à ses troupes... ■ Cette appréciation d'un camarade est d'autant plus précieuse qu'elle donne la maure de la valeur militaire de Pajol et de l'estime qui l'entourait.
Thielmann fait attaquer Je granJ miliD, le 19 juin, lei poùtioiis de P*jol. — Grou' dij amèDe le 4* coq» au 9«coura de Pajol. — Luite rrê>-itTe. — Thielmaon ett rejeiv Mr Roiicrcn, puîa dus la directiou de Louvain. — A dii beuret et Jemie, Groucbj re^it la nouvelle du désasirc de Walrrloo. — Diiposiliani de retraite lui NuDur. — Pajol complète la poursuite dei Pniuieni ven Rhode-Sainle- Agathe. — Marche du t' corpi, — Vandamme et Pajol vodi à Gembloui. — L'en- Moi De lei pounuit pu. — Ëtal et (ilualion Je l'armée de l'Empereur. — Pajol m route pour Namiir, le !0. — Houvemeut géuérol des corpt de Grouchj. — A^writioo de* Pruuiena. -~ Combat de Rhisuei. — Arrivée des troupes françaiies à Mamur. — Départ et marcbe sur Diuant. — Pajol bit une pointe du cAté de Chtrleroi. — Il protège ensuite le flauc droit du A' corps. ~ H«rclie de l'ennemi.
— Le 31, Grouchy continue ta relrnite sur GiVet. — La canderie de Pajol caniMnée dans la direction de Philippeville. — Houtemeot ttir Itocroi, le 32. — L'ennemi a franchi les froniièrei fraDi;aiHi. — Pajol bivouaque, le !3, sur la route d'Hinon, et va, le lendemain, à Roio]', puis près de Cbaumont. — Plan d'opéntiOQs de Wellington et de Ulûcfaer. — Abdication de l'Empereur, le 31. — Koneau gouTememeol. — Formation de l'armée du Nord, sont les ordre* de Giouch]!. — Le* corps de Groucbj arrivent, le 35.' sur l'Aime. — Pajol à Uerryiu*6ac. — Jonction atec l'ancienne armée de l'Empereur. — Grouchy i Soissous, le US. — Pajol en marcbe jiour (^ucy'le'Chtteau. — Davout ordonne, le 37, la rtUiile générale sur Pari*. — Pajol , Taiunt arrière-garde, repawe l'Aiioe et s'éta- Uil entre Soisiou* et Villcrs-Cotteret*. — Lus têtes de colonnes prussiennes ont pané l'Oise il Compicgne. — - Le !3, au matin, elles attaquent Villei*-Cottetel5. — hjol avec la division SouU les arrête, et Vandamme, veiiaut de Soitsons, arrive •UT leurs derrières. — Villers-Coitereia complètement dégagé. — La divisioa Soull . iiiNanteuil. — Elle y est surprise au bivouac. — Pajol survient, heureusement, i MO lide, avec le 1" lanciers. — Le corps de Pajol partagé eu trois fractions : ■ne fractiou va à Hean«, uue à Claye, et la troisième aiec Vandamme. — Davout aotomê commandant en chef de l'armée de Paris. — Le 38, Groucby vient à hrii, où tous ses corps le rejoignent. — Pajol a rassemblé sa cavalerie a la Vîlletle,
— Grouchy résigne son commandement.
Dès que le combat eut cessé sur la Dyle, le 18 -juin à onze lieures du soir, pussi bien à Wavre que sur le plateau de Limai, Thielmann reconnut à quels dangers l'exposait la perte de ses ummunicatious avec Blùcher par la Chapelle- Saint-Lambert.
Il résolut d'attaquer Grouchy à la pointe du jour. Sans perdre un instant, il lit ses préparatifs, que la nuit déroba à son adversaire. 11 laissa dans Blerges trois bataillons de la division Kemphen, ayant en réserve, derrière Je village, deux; batàllons de cette même division ; il plaça à leur droite trois bataillons de Lucke amenés de Wavre ; et il déploya à la suite trois bataillons de Stulpnagel, qui, se prolongeant jusqu'à la pointe du bois de Rixensart, furent soutenus par trois bataillons de cette même division, établis au Point-du-Jour. Sa cavalerie demeura en arrière du bois de Rixensart; le reste de son infanterie continua d'occuper le moulin de Bierges, Wavre et Basse-Wavre.
Grouchy, de son côté, voulait faire, le 19 au matin, un effort vigoureux par la rive gauche de la Dyle avec tous ses corps, dans la pensée de se rapprocher de l'Empereur. A cet effet, il avait prescrit k Vandamme, pai' une lettre écrite à onze heures et demie du soir, de venir le rejoindre sur le plateau de Limai, en ne laissant que des détachements en face de Biei^es, de Wavre et de Etasse-Wavre. Exelmans reçut l'ordre d'amener aussi ses dragons sur le plateau.
Les Prussiens furent prêts les premiers : à la petite pointe du jour» entre deux heures et demie et trois heures, Ws se jetèrent sur les avant-postes de Pajol et sur ceux de Vichery. Nos troupes étaient sur leurs gardes; elles les repoussèrent victorieusement.
Un peu plus lard, Thielmann exécuta sa grosse attaque sur notre gauche, en faisant déboucher du bois de Rixensart douze escadrons précédés de huit bouches à feu et appuyés par les bataillons de la première ligne de Stulpnagel. La division Soult eut à supporter tout d'abord le poids de cette attaque, et le bivouac du 1" régiment de hussards fut en quelques instants criblé de boulets. Pajol accourut, fit mettre son artillerie en batterie et former les régiments de Soult ainsi que ceux de Valin.
Grouchy, qui n'avait pas tardé à paraître aux avant-postes, vit le danger que courait son aile gauche; il ordonna d'amener de nouvelles batteries d'artillerie et fit avancer la division Teste. Pendant que nos canonniers entretenaient un feu très-vif, qui causait de grands ravages dans les rangs ennemis, le 4* corps, enlin au complet, se massait sur le plateau. Pour qu'il pûl
^dbïCtoot^lc
entrer en ligne, le maréchal porta la division Teste plus à droite, ïere Biei^es. Alors la division Pêcheux marcha contre le centre des Prussiens, et Hulot sur le bois de Bixensart, tandis que la divbion Vichery restait en réserve. Pajol, avec les divisions Soult et Valin, continua à manœuvrer à l'extrftme gauche.
Après quatre heures de lutte, Pêcheux enfonça le centre eimemi ; Hulot emporta le bois de Rixensart, d'où Pajol déboucha à la tête de sa cavalerie, pour déborder la droite des Prussiens. Thielmann, ùosi repoussé de ses positions, exécuta alors un changement de front en arrière sur son aile gauche, qui tenait tOQJours à Bierges; son centre se trouva au petit bois de l'Ermitage, et sa droite vers le village de Chambre. Il reçut alors la nouvelle de la victoire des Alliés à Waterloo ; il s'empressa de la faire répandre parmi ses troupes, et réattaqua aussitôt le bois de Rtieusart, qu'il nous reprit. Mais Hulot y revint sur-le-champ, tandis que Teste enlevait Bierges, où le général Penne, commandant sa 2* brigade, fut emporté par un boulet.
La prise de Bierges entraîna l'évacuation du moulin, et la diviâon Berthezëne, du 3° corps, qui était restée en face, put y passer la Dyle et se jeter sur la gauche des Prussiens. Menacé sur son flanc gauche, presque débordé par Pajol sur son flanc droit, Thielmann ordonna enfin la retraite sur Louvain et fit évacuer Wavre.
Vandamme, qui n'était point venu à Limai, comme il en avait reçu l'ordre, déboucha par Wavre, avec ses autres divisions, sur la route de Bruxelles, et il poursuivit l'ennemï jusqu'à la &v vette, prenant sa place de bataille à la droite du 4* corps.
Les Prussiens reculant alors plus vivement, Pajol occupa Rosieren avec le 4* et le 5* hussards, que conduisait le général Ameil, Parvenu à ce point, il fit demander au maréchal Grouchy, par le commandant Biot, s'il devait poursuivre sa route sur Bruxelles ou se jeter à gauche dans la direction de Waterloo.
Lorsque Biot rejoignit Grouchy, vers dix heures et demie, an oiBcier envoyé par l'Empereur, le capitaine Demonceau ('), arrivait aussi, apportant l'aiïreuse nouvelle du désastre de Waterloo. Le maréchal, atterré, appela près de lui les généraux
(')AiilcdeGainpdugèDéral Grctwt, ■oiu.ehef de l'éUI-major géoérat.
Vandamine, Exelmans, Vichery et Pajol. Il leur annonça ea pleurant l'imioense malheur, puis les consulta sur la conduite à tenir. Après une courte délibération, il fut décidé que, vu l'absence d'indications précises de l'Empereur au sujet de la direction à prendre, on se retirerait le plus rapidement possible à Namur, afui de se dérober derrière la Sambre aux poursuites de l'ennemi victorieux. En conséquence, les dragons d'ExelnuDs feraient immédiatement dirigés sur ce point, avec les blessés et le parc de réserve ; le 3* et le 4' corps, s' arrêtant aux positions de la Bavette, où ils se trouvaient, s'en indeot en deux colonnes vers T4amur : le 4° corps d'abord, par Limai et Gembloux; le 3' ensuite, par Wavre, Tourinnes-les-Ourdons et Grand-Lez; la cavalerie de Valin couvrirait le 4' corps, tandis que Pajol, avec les divisions Soult et Teste, resterait le dernier sur les positions actuelles et continuerait à poursuivre l'ennemi, sans cependant s'aventurer, afin de lui ôter l'idée de revenir. D'ailleurs Vandamme occuperait Wavre assez longtemps pour aider Pajol à contenir Thielmann, s'il reparmssmt avant que le 4' corps eût franchi les déûlés de Limai et accentué sa marche sur Geaibloux.
Ces dispositions arrêtées, Pajol rejoignit aussitôt la division Soult à Rosieren ; il la porta, par les crêtes des hauteurs qui bordent la rive di'oite de la Lasne, dans la direction de Rhode- Smnte-Agathe. Les hussards chargèrent plusieurs fois les arrière-gardes ennemies, accélérèrent leur retraite et masquèrent ainsi les mouvements rétrogrades que Grouchy faisait alors exécuter au 4° corps. Par mesure de précaution, Pajol avait fwt soutenir Soult par l'infanterie de Teste, qui marcha vers Ottenbourg ; mais, avant d'arriver à ce village, Soult et Teste furent arrêtés, et quelques coureurs seulement suivirent encore quelque temps les Prussiens. Thielmann ne se retourna pasj il établit ses bivouacs à Rhode- Sain te- Agathe, où il passa la nuit.
Tandis que Pajol surveillait et poussait l'ennemi, Grouchy, avec le 4* corps, avait repassé la Dyle à Limai et gagné, par la Baraque, Nil-Pierreux et Gembloux, la chaussée de Namur A Nivelles ; it s'y avança vers Namur, à peu près jusqu'à mi-chemin entre le Mazy et Temploux, et il bivouaqua. La cavalerie de Valin, qui avait couvert son mouvement, coucha au Mazy.
Vandamme commença son mouvement rétrograde assez tard dansTaprès-midi; il dirigea son corps d'armée par Dion-le- Hont, Tourinnes-les-Ourdons et Grand-Lez ; à ia nuit close, il t'établit au bivouac non loin de ce dernier point, à hauteur de liiroui et de Gembloux.
Pajol ne se mit en marche que lorsque le 3* corps eut déga^ Wavre. Il rétrograda avec ses deux divisions à la suite des troupes de Vandamme. Après avoir franchi la Dyle, il fît barricader le pùnt de Wavre pour arrêter l'ennemi, qui ne tardertùt probablement pas à revenir, mais qui cependant ne se montrût pas encore, ignorant la disparition de Grouchy. A Tourinnesles-Ourdons, le corps d'armée de Pajol se dirigea par 5art-lez- Walhûn et Sauveniëre; vers onze heures du soir, il campa à Gembloux, formant l'extrême arriëre^arde.
Les corps de Grouchy se trouvaient donc tous, le 19 juin au soir, sur la rive droite de l'Orneau; depuis Rosîeren, ils n'avaient pas tiré un coup de fusil, et leurs mouvements s'éuùent exécutés avec autant de promptitude et d'ensemble qu'il était possible d'en espérer.
Cette retraite aurût pu cependant présenter de graves dangers; car, indépendamment de Thielmann, qui était à craindre en queue, Grouchy était exposé à voir déboucher dans son flanc droit quelques-uns des corps victorieux à Waterloo. BJUcher, qui ne l'avût point oublié, s'était empressé, dans la nuit du 18 au 19, d'envoyer de Plancenoislaplus grande partie du corps de Pirch I", par Bousseval et Mellery, pour couper les routes de Wavre à Charleroi et à Namur. Heureusement, Pirch I" s'arrêta, le 19 à onze heures du matin, à Mellery, et, avant de rien entreprendre, il chercha vainement à se relier avec Thielmann. loquiet pour lui-même, il resta toute la journée à Mellery et y coucha, laissant défiler tranquillement et à peu de distance les colonnes du i' corps.
Quant à l'armée de l'Empereur, si horriblement mutilée à Waterloo, elle suivait pêle-mêle les routes et chemins conduisant en France : les officiers, séparés de leurs troupes; les soldats, presque sans armes; les cavaliers, pour la plupart sans chevaux. Napoléon, impuissant à réparer ce désordre, emmené pour ùnsi dire de force, avait gagné d'abord Charleroi, puis III. 16
se PAJOL.
Philipperille, qu'il quitta dans la journée du 19 juin, pour se rendre à Laon, et de là à Paris.
A la frontière françûse, l'ennemi cessa la poursuite. Nos sol- . dais, reprenant baleine, se dirigëreut vers les places fortes qui pouvaient leur offrir un abri, comme Pbilippeville, Avesnes, Mézières, Rocroi, Laon. Dans la première de ces villes, il resta, le 19 au soir : j,200 hommes d'infanterie de la vieille garde, 600 hommes d'infanterie de ligne et 800 cavaliers de tontes armes. Il y était passé dans la journée plus de 10,000 hommes, qui av^eut été envoyés à Mézières et à Rocroi. Un plus grand Dombre de soldats de tous les régiments avaient pris la direction de Beaumont, d'où ils furent acheminés sm- Avesnes et Laon.
Dans ces conditions, l'Empereur arrêta ainsi les emplacements de son armée : le 1", le 2" et le 6" corps d'infanterie, à Laon, sous les ordres du général Reille; l'artillerie, àlaFère; le génie, h loim; les 1", 2*, 3' et 5* divisions de cavalerie, à Marie, Saint-Quentin, Rethel et Vervins; le 3' et le 4" corps de cavalerie, à Reims; les services administratifs et le quartier général, à Laon ; toute ta garde impériale, à Soissons.
Le maréchal Soult donna connaissance de ces disposiUons à Grouchy, par une lettre datée de Philippeville, le 19, en l'invitant, d'après les ordresde l'Empereur, à manœuvrer dans la direction de Laon. Cette lettre ne parvint pas à Grouchy, qui, ne recevant aucune instruction, passa la nuit du 19 au 20 dans une inquiétude d'autant plus grande que beaucoup d'hommes échappés aux Prussiens le rejoignirent h Temploux, Ces hommes firent du désastre les récits les plus navrants, sans pouvoir indiquer la direction prise par l'Empereur elle gros de l'armée. Le mouvement vers Namur était donc toujours le plus rationnel. Grouchy le reprit le 20 au matin ; seulement il modifia l'ordre de marche, en prescrivant à la division Teste de se porter de Gembloux sur Namur, et de camper en dehors de cette place, à cheval sur la roule de Louvain (').
Pajol fit partir cette division à six heures du matin, et l'achemina par ta route qui passe à Argenton, Beaufort, Smnl- Denis, Saint-Martin, Hulplanche, Sûnt-Marc et Moulin-à-Vent;
(I) Soir Piieet juilificalivei. Il" IS.
il marcha lai-mème h la suite dans cette direcUon. Pajol arriva vers sept heures à Argenton, juste au moment où Vandamme mutait ses troupes eu mouvement. La division Teste et le 4* et le S* hussards durent presser le pas, pour éviter l'encombrement; mais Pajol laissa le 1" hussards marcher plus lentement, afin de former une arrière-garde, qui se tiendnùt & hauteur de la gauche du 3' corps. Il continuait ainai à couvrirle flanc gauche de Vandamme, dont les troupes se dirigeaient par Ai^enton, Bovesse, Notre-Dame-de-Liesse , Rtûsnes et SÛDt-Servais.
A peine la di^sion Lefol, qui marchùt la dernière, fut-elle engagée tout entière dans le long défilé que forme la route entre Argenton et Bovesse, qu'elle eut à supporter une vigoureuse attaque de la cavalerie prussienne. Surprise, elle recula d'abord en désordre. Lefol la rallia bientAt, et l'établit en positioa sur les hauteurs de Notre-Dame-de-Liesse, près de Rhisnes. Elle n'avait, heureusement, aOaire qu'à la cavalerie du général Hobe, que Thielmann avait lancée avec une seule batterie à DOb« poursuite.
Thielmann était allé le 19 au soir jusqu'à Rhode-S^nte-Agathe sans se retourner; il ne connut la retraite de Grouchy que le 20, vers quatre heures du matin. Ne pouvant mettre en marche son infanterie avant le milieu du jour, à cause de sa désorganisation, il fit partir la cavalerie de Hobe, qui, sans être soutenue, était venue à toute vitesse par Wavre, Nil-Saint- Hartin et Gembloux, et tombait à l'improviste, vers neuf heures et demie, sur la queue du 3' corps. Dès que la division Lefol fat revenue de sa surprise, elle opposa une résistance énergique. Hobe, cherchant à la tourner pju* sa gauche, lança du cAté de Saarlée quelques escadrons, qui arrivèrent bientôt sur la route de Temploux à Namur, coupant, sans s'en douter, la retraite à Grouchy et au 4' corps.
Grouchy avût passé toute la matinée à attendre vfdnement à Temploux des nouvelles de Vandamme^ qui s'en allait à Namur sans prévenir personne, au risque de compromettre le 4' corpe^ Averti de l'apparition de cavaliers ennemis sur ses derrières, Grouchy, avec une partie de la division Valin, se porta contre euxj tes sabra et les r^eta sur Bovesse. Il rouvrit ainsi la route
de Namur au 4" corps, qui s'empressa de défiler avec ses impedimenta et ses blessés.
Au moment où Grouchy rejoignait les carrés de la division Lefol, qui résist^ent victorieusemeut, appwaissait aussi soi le champ de bataille de Rhisnes le 1" hussards, commandé par le général Clary, et envoyé au secours du 3' corps par Pajol, qui, à Hulplanche, avait entendu retenùr le canon du côté de Bovesse. Le i" hussards et la cavalerie de Valin chargèrent avec vigueur et à plusieurs reprises ; les escadrons ennemis, enfoncés, s'en allèrent vers Malmaison, et le général Hobe, n'ayant aucun appui, disparut, cherchant à rejoindre Pirch I", dont on entendait le canon dans la direction de Boquet.
Le corps de Pirch ï", parti de Mellery à cinq heures du matin, était venu très-doucement par Gentinnes et Sombreffe; il attaquait alors l'arrière -garde de Vichery, qui le repoussa. U 3* et le 4' corps, ainsi débarrassés, arrivèrent bienWt près de Namur; le 4' entra dans la ville; le 3° resta en dehors et prit position sur les hauteurs de Bomel et à cheval sur la route de Temploux.
Pajol avait arrêté la division Soull, après le départ du 1" hussards pour Rlusnes; il reprit sa marche vers Saint-Marc et Namur quand il sut que le 3' corps était dégagé, et laissa le général Glary. et sou régiment revenir avec la division Lefol. La division Teste ayant enfin pris position à la porte de Namur et sur la route de Louvain, comme elle en avMt l'ordre, Pajol la quitta, fit uaverser la ville au 4" et au 5" hussards et lès établit eu dehoi-s, entre la Sambre et la Meuse. Grouchy. arrivé à. Namur, prit ses dispositions pour se porter en toute hâte vers Dinant, où il craignait d'être devancé par l'ennemi, passant la Sambre à Floreffe ou à Ham-sur-Sambre.
Vers midi, il fit partir les bagages et le parc de réserve, avec la brigade de dragons du général Vincent, formant avant-garde; le reste du corps d'Exelmans suivit. A trois heures de l'aprèsmidi, il mit en marche le général Pajol avec la division Soult aeulement, en lui prescrivant d'aller d'abord dans la direcûon de Florefîe, pour avoir des nouvelles de Charleroi ('), puis de se
(') Voir Piicei Jiuii/itaiiy'h •>" '"'■
rendre à Dînant par les chemins parallèles à la Meuse. Vers qnatre heures, il achemina le 4* corps sur la grande route de Namnr à Dînant, qui forme, pendant six ii sept lieues, un défilé étroit le long de la rive gauche de la Meuse. La cavalerie de Pajol, devant toujours être à peu près à hauteur de ce corps, couvrirait sa marche. Enfin, pour protéger la retr^te, Grouchy ordonna à Vandamme de se maintenir sur ses positions de Bomel le plus longtemps possible, et de venir ensuite à Dinant, en Imssant la défense de Namur à la division Teste, qui ferait désormais partie du 3* corps.
Ces dispositions furent habilement exécutées. Pajol s'en alla parMalonoe, Bois-de-Villers, Arbre-sur-Burnot, Bioulx, Salet, Sommiëre. Vers dis heures du soir, il s'arrêta en dehors de Dinant, entre le faubourg Saint-Médard et Mée. Pendant son mouvement, qu'il avait opéré lentement, afin de se miûntenir à bauteur du 4* corps, il envoya de fortes reconnaissances sur Floreffe et Franière, sur Fosse, sur Saint-Gérard et sur Furnaux. Aucune d'elles ne trouva l'ennemi, qui avait fort peu dépassé Charleroi, la veille, et qui avait appuyé sur sa droite en remontant la Sambre.
En effet, Wellington, dont les troupes étaient très-fatiguées, avait couché le 49 à Nivelles, et le 20 à Binche. BlUcher, toujoars ardent à la poursuite, était venu le 19 à Gosselies, et le 20 à Merbes-le-Gbâteau. Il s'était reposé sur Thtelmann et sur Hrch I" du soin d'anéantir l'armée de Grouchy. Ni l'un ni l'autre n'avaient réussi. Cependant Pirch I" s'était avancé sur Namur; à quatre heures du soir, il attaquait Vandamme, qui lui résista vigoureusement et ne se retira , pour aller à Dinant, que vers six heures. Pirch I" se jeta alors sur Teste, resté seul ; il fut repoussé avec de grandes pertes. La division Teste ne sortit de Namur qu'à neuf heures du soir et s'arrêta à Profondeville. Vandamme put pousser jusqu'à Bouvigne.
A Dinant, Grouchy n'était pas encore en sûreté : il résolut ifen par^r au plus vite. N'ayant aucun ordre ni de l'Empereur, ni du major général, il se décida à aller le lendemain à Givet, où il trouverait des ressources pour son armée, et où il pourrùt laisser ses malades. L'ennemi, sans doute, n'oserait pas le poursuivre jusque-là.
Le 21 juin, dès deui heures du matin, tes blessés, les bagages et le parc de réserve furent mis en marche par la route qui, sur la rive droite de la Meuse, conduit à Givet; le corps . d'Exelmans et la division Valio suivirent.
Pajol, à la tète de la division Soult, partit à sept heures du matin de ses cantonnements auprès de Dinant, et marcha le long de la rive droitede laMeuse jusqu'à hauteur deDrebance; il se porta ensuite sur Pont-à-Lesse, y traversa la Lesse, et se déploya en bataille sur la rive gauche de cette rivière. Il attendit ùnsi que le 4* corps eût pronoocé son mouvement de retrwte, et que la tÈte de colonne de Vichery fût arrivée à Anseremme. Il continua alors sa route par Palmignoul et Heer.
Ije 3* corps et la division Teste, toujours chargés de faire l'arrière-garde, s'acheminèrent les derniers sur Givet ; Us ne furent point inquiétés : l'ennemi montra seulement quelques partis du côté de Dioant quand nous en fûmes très-éloignés.
Les troupes de Grouchy s'établirent donc sans aucune difiiculté autour de Givet, k Charlemont, dans le camp retranché du Mont-d'Haure et dans les villages environnants. Le 3* et le t* corps occupèrent la place de Givet et ses annexes; les dragons d'Exelmans cantonnèrent sur la rive droite de la Meuse, à Ransenne, Chamois, Promclennes, les Dions, Beauralng; la division Valin alla dans la direction de Rocroi, jusqu'à Oignie.
Enfin Pajol, après avoir traversé la Meuse à Givet, porta ses hussards àAgimont, Vodelée, Gochenée etSoulme. Ainsi étabUs sur la rivière d'Hermelon, les régiments de Soull éclainûent le pays dans la direction de Philippeville, et ils feràent l'avantgarde, le lendemùn, si l'on marchait de ce cdté (').
Grouchy se trouva aussi embarrassé à Givet qu'il l'avait été, la veille, à Dînant. Il écrivit à l'Empereur pour lui demander des ordres et l'avertir de sa situation avec l'aite droite, qui comptait plus de 20,000 hommes, et qui revenait intacte, avec ses canons, tout son matériel et des prisonniers. La réponse ne pouvant lui parvenir ï temps, il réunit ses commandants de corps d'année pour délibérer sur la conduite à tenu*. Il fut déddé qu'on laisserait à Givet les malades et les blessés , soit
(') Voir Piiett jtuiifiea&vtt, n» W.
dans les h&pitaux de la place, soit chez les habitants, et qu'on se rendrut, le lendemain, à Rocroi, d'où, selon les ordres qui ne pouvaient manquer d'arriver, on serait en mesure d'aller soit h Méziëres, soit à Laon. Pajol et Exelmans feraient l'avant-garde. on couvriraient le flanc droit des colonnes ; le 4' corps irîùt à Rocroi; le 3' corps fermerait la marche, pour s'échelonner comme il l'avait f^t jusqu'alors, en arrière des cantonnements que l'on prendrait.
L'ennemi, d'ailleurs, Qe pariûssait plus à crùndre ; les rensei> gnements qu'on avait de lui indiquiùent qu'il ne songeait plus à inquiéter sérieusement la petite armée de Grouchy, Le gros des forces alliées était toujours beaucoup plus à droite : Wellington avait son quartier général, ce jour-li, à Malplaquet, et Blûcber établissait le sien à Noyetle.
Le 22 juin, dès six heures du matin, Pajol, à la tète de ta diviàon Soult, quitta, conformément à l' ordre du maréchal Grouchy C), ses cantonnements des environs de Givet, et se porta, par Auberive, Virent, Fépin et Fumay, à la Taillette, village situé i. mi-cbemin entre Rocroi et Regniovez. II plaça ses avantpostes àHaute-Nimelette, Gul-des-Sarts et le bois de Gourieux, et St observer Ghimay et Gouvin par de fortes reconnaissances. Ea arrière de sa droite se trouvait la cavalerie de Valin, qui depuis la veille était k Oignie, éclairant le pays jusqu'à Pétigny etOlloy. Les dragons d'Ëxelmans vinrent s'établir, ce même jour, au gué d'Hossus et à Sévigny; et le 4* corps, en arrière de Rocroi. Enfin le 3' corps, faisant toujours l'arrièr&garde, occupa Auberive, Haibes et Fumay, sur la Meuse, et poussa sa Ute de colonne à Hiraumont.
Grouchy, installé à Rocroi, y reçut la lettre du major général datée de Philippeville le 19, et dans laquelle il Im était prescrit de mancBuvrer sur liaon. La résolution de venir à Rocroi, prise alors qu'on ne savait où était l'Empereur, permettfùt de faire ce mouvement. Avant de le commencer, Grouchy fit paraître un ordre du jour qu'il avait rédigé le matin à Gharlemont (*) ; il félicitât ses soldats de leur belle attitude, et les en-
(■) Voir Pièt*É JuflifieaHptt, n- SI.
(■} Voir Piie*t Jtuiyiealiri, n" SI.
gageait à continuer de bien mériter de la patrie par leur discipline et leur cootî^. A ce moment, d'ûUeurs, les troupes de l'aile droite, qui a'avaieut subi aucun échec, présentaient une solidité que ne pouvaient avoir les 1S,000 hommes réunis à grande peine par le maréchal Soult, et provenant des débris des 1", i' et 6* corps et de la garde impériale.
A Rocroi, Grouchy n'entendit pas parler de l'ennemi, qui avût abandonné sa trace. Les Prussiens, remontant la Sambre, s'étaient emparés facilement d'Avesnes, et Btûcber put installer son quartier général à Gatillon-suf-Saïubre. Wellington avait le sien à Cateau-Cambrésis.
Les Alliés foulaient encore une fois le sol françms. Napoléon, qui avait été impuissant à épargner ce nouveau malheur à la France, était alors cruellement Irappé. Arrivé à Paris le 21 au matin, il espérait y trouver les ressources dont il avait besoin; mais il s'était brisé devant l'opposition de la Chambre des représentants, qui, travaillée par des meneurs habiles, exigea bientAt l'abdication. Le 22 juin, après de pénibles hésitations. Napoléon descendit une seconde fois et pour toujours du trdne impérial.
Grouchy cependant s'avançait, le 23, dans la dire«tion de Rethel et de Laon. Pajol conduisit la division Soult à la MeuvilleauK-Toumeurs, par Maubert-Font^ne ; il établit ses avant-postes & Beaulieu et Signy-le-Petit, et communiqua avec Valin, venu à firognon d'abord, puis à Aubenton, et avec Ëxelmans, installé à Rumiguy. Les corps d'infanterie prirent posiUon en arriére de ce rideau de cavalerie : le 3* corps, à Maubert-Fontûne, et le 4* corps, aux environs d'Aubigny, où fut établi le quartier général.
L'artillerie, se trouvant alors k proximité de Mézièrea, tira eu toute bâte de cette ville des approvisionnements.
Dans sa position de la Neuville-aux-Toumeurs, Pajol était le plus rapproché de l'ennemi, qui se montrait à la Gapelle et i Hirson ; il en informa le maréchal.
u 3'ai l'honneur de vous rendre compte que je suis établi à « Neuville, occupant Signy et Beaulieu et poussant des partis «sur Hirson.
« L'ennemi est entré hier à la Capelle en assez grand nom- « bre (infanterie et cavalerie}; il apoussé aujourd'hui un assez
^dbyCoOC^IC
« îoTt parti de cavalerie à Hirson, et tous les rapports s'accor- « dent à dire qu'il marche sur Laon.
n J'attends les rapports du général Âmeil, que j'ai envoyé en « avant de Signy ; aussitôt leur arrivée, je vous en ferai part.
u Je communique avec les généraux Valin et Ëxelmans, et me « retireras sur ce dernier, si jly étais forcé ; ce que je ne pré- • eome pas aujourd'hui.
a Je vous prie de me fùre passer le plus tAt possible vos « ordres, afin que j'aie le temps de rappeler mes postes, que i j'ai très-loin. Je vous ferai observer qu'il faut trois heures à H l'officier que je vous envoie pour revenir pendant la nuit, tes « chemins étant affi^ux.
« P. S. — II me tarde de voir appuyer à gauche, pour ne « rien engager ; ce que, je crois, nous devons éviter. »
Lors de la rentrée du général Ameil, Pajol rendit compte qu'il n'avùt pas de nouvelle plus positive de l'ennemi ('); un escadron prussien seulement s'était présenté àHïrson et av£Ùt détaché en avant quelques hommes, qui s'étaient retirés à l'approche des hussards.
Ces rensdgnements, ceux qu'il avait lui-même et ceux que lai envoyait le major général pouvaient faire craindre k Grouchy de s'aventurer trop en allant directement à Laon. U prescrivit donc démarcher, le lendemain, sur Rethel(*),où furent massés, dans la journée du 24 juin, le 3' et le 4* corps d'infanterie, ce dernier conservant une arriére-garde à Mauhert-Fontaine. La cavalerie de Pajol, partie à sept heures du matin de la Neuvilleaux-Toumeurs, se porta & Rozoy, où elle se lia, par sa gauche, àcellede Valin, occupant Montcomet, et, par sa droite, aux dragons d'Exelmans, postés à Fréiy, Marlemont, Logny-Bogny.
Au moment où 11 allait partir d'Aobigny pour Rethel, Grouchy réfléchit que Pajol, Valin et Ëxelmans se trouveraient trop éloignés, surtout s'il poursuivait son mouvementsur Reims; il leur écrivit (*} de venir se placer de Ghaumont jusqu'aux environs de Neufchâtel. Pajol, en arrivantà Rozoy vers midi, trouva
{^)\oa Piècetjiali/kalivtt, d° 85.
(>) Vmr Piècti jusûfieaiipti, n"" 83 « th.
{•) Voir Pièett jailifieMuts, n° Se.
ce nouvel ordre ; il fit une halte de quelques instants et se remit en marche, après avoir annoncé son mouvement au maréchal par une dépèche spéciale ('). Le 24 au soir, Pajol occupait Hannogne et Bannogne , aux environs de Gbaumont; Valtn avut ses troupes k Sévigny, Montigny et Saint-Quentin-Ie- Petlt ; le corps d'Eielmans était à Nizi-le-Gomte, le Thour, Lor. La cavalerie de l'aile droite couvrait donc Rethel, du côté de Vervins et de Marie, où les partis enneoiis se montraient plus audacieux.
Blûcher et Wellington s'étaient rencontrés, la veille, àCatillonsur-Sambre, et avaient arrêté leur plan d'opérations. Ils étaient convenus de marcher tous deux vers Paris par la rive droite de l'Oise, sans s'inquiéter des places fortes, qui seraient assiégées par des détachements de teors années: leQuesnoy, Valenciennes et toutes les places de la rive gauche de la Sambre, par le prince Frédéric des Pays-Bas, avec trois brigades anglo-hollandaises; Landrecies, Maubeuge, Marienbui^, Phitippeville et Gtvet, par le ■ corps de Pirchl".
Ce demi^ s'était mis aussiuïit en marche pour investir les places dont il devait faire le siège; et les coureurs des troupes qu'il dirigetût vers PhilJppcville et Givet s'étaient montrés à la Capelle, Hirson et Vervins, où avaient déjà paru les partis prussiens envoyés d'Avesnes.
D'un autre cAté, Btticher avait mis le reste de ses troupes (an peu plus de 60,000 hommes) en marche sur deux colonnes : Ziethen et Thielmann, à gauche, par Guise, Origny et Chauny, vers Compiègne; Bulow, à droite, par Nouvion et Saint-Quentin, sur Pont-Sainte-Maxence. La première de ces colonnes venait de s'emparer de Guise, envoyait une avantgarde à Origny, et lançait des coureurs sur la Fére, et douze escadrons de cavalerie sur Laon . Les échùreurs prus^ens paraissant ûnsi simultanément à la Capelte, Hirson et Vervins, d'un côté; à Origny et vers Laon, de l'autre, on pouvait supposer que BlQcher arrivait en force sur Laon. Il n'en était rien cependant ; son quartier général était, ce jour-là, à Henappe.
A Paris, l'inquiétode était grande. Une commission executive
(') Voir Piiai jiutificativti, n* 87.
composée de ônq membres : Garnot, Foucbé, Grenier, de Ganlaincoart et Quinette, avait été investie du pouvoir par les Chambres; elle réglait les affûres politiques, envoyait à Laon des plénipotentiaires chargés de traiter avec les généraux ennemis, et essayât d'organiser la défense. Mus les difficultés étaient nombreuses, et le renversement de Napoléon compliquât d'antant plus la situation que lui seul eût été capable de dominer les événements et de commander les armées.
Davout, ministre de la guerre et gouverneur de Paris, s'occupait activement de ces armées. Il avait déjà fait dédder que le maréchal Grouchy réunirait sous ses ordres les troupes qu'il ramenait de Belgique et celles qui avaient été rassemblées par le maréchal Soult. Il lui écrivit, le 23, que son armée, nommée ésOTmais Armée du Nord, se composerait de deux corps ; le 1*', sons le commandement de Reille, serait à trois ou qoatre divisions, et formé du !•', du 2* et du 6* corps; le 2*. aux ordres de Vandamme, serait formé du 3' et du i* corps, et également de troisou quatre divisions ('). Davout, en même temps, fmSEÙt connaître à Grouchy que la Chambre des représentants avait maint^u à Napoléon II les droits que l'abdication de son père lui donnait au trône de France. Cette communication avait ponr but de rattacher l'armée au nouvel ordre de choses. Cependant beaucoup de soldats des corps battus à Waterloo, principalement de la garde, apprenant la chute de l'Empereur, quittèrent leurs drapeaux et s'en allèrent soit chez eux, soit à Paris. Bien des officiers et même des généraux leur av^ent donné l'exemple.
Parmi les troupes de Grouchy, cette désertion ne se produiût pas, bien que l'abdication leur eût été annoncée le 24 au soir à Rethel ['], et qu'elle leur eût causé une vive impression.
Le maréchal Soult, qui cessait ses fonctions, avait alors replié l'infanterie des 1", 2* et 6* corps sur l'Aisne, et laissé de la cavalerie sur la rive droite et vers Laon, qu'occupût une forte garnison ; il avait maintenu le 3* et le K* corps de cavalerie à Reims, et transporté son quartier général à Soissons.
CyCetle OTganinlioD nouTclle dermuée ne fut jamiii complètement wlaplée; et i'iî cru devoir lUMpter tonjoun, duu la niite. Ici corps d'armée par lei nonu de \aa* comMundanU en chef.
(■} Voir Piieet jMifiealiru, n* 18.
Groucby n'av^t encore reçu aucun ordre relatif à son commandement; il continua de suivre les instructions précédentes du major général et celles qui résultaient de la retrute sur Soissons. I) marcha sur Reims le 35 ('), avec l'intention de rejoiodre ensuite le maréchal Soult par Fismes. Pajol quitta ses cantonnements de Bannogoe et Hannogne i six heures du matin, pour aller à Berry-au-Bac, sur l'Aisne, par le Thour, Provisieux et Guignicourt. De Berry-au-Bac, il se mit en communication avec la division Domon, stationnée à Oorbeny, et avec celle de Valin, venue à Neufchâtel. Les autres corps de Grouchy prirent position : le 4*, à Reims; le 3*, entre Reims et Bethel, sur la Suippe ; les dragons d'Exelmans, à Château-Porcien.
Dès ce moment, la jonction étïùt laite avec les troupes de l'ancienne armée de l'Empereur : par Pajoi, à Corbeny, et par le 4* corps, à Reims. Mais la division Domon ainsi que le 3* et le 4' corps de cavalerie eurent bientét l'ordre d'arriver à Soissons pour dégager le terrain.
Le maréchal Soult n'avait plus qu'à se retirer; il pria Grouchy de venir en poste à Soissons prendre le commandement de l'fU'mée du Nord, et de laisser & Vandamme le soin de fmre achever les mouvements. Comme le- 3* corps n'arriva sur la Suippe qu'assez tard dans la journée, Grouchy ne partit que dffiis la nuit, après avoir vu Vandamme. Avant son départ, il écrivit à Pajol :
« Veuillez, mon cher général, partir, demain & la pointe du • jour, de Berry-au-Bac, et vous rendre par Craonne à Coucy, ■ où vous rallierez la divÎMon Subervic, qui fait partie de votre « corps.
« Fîôles-vous suivre par votre artillerie, qui, pour vous « rejoindre à Coucy, peut prendre la route de Reims par
« Aussitôt votre arrivée & Coucy, envoyez-moi un état de « situation de vos deux divisions, et deux officiers pour que je « puisse vous transmettre les ordres que je serms dans le cas de u vous donner.
(■) Voir PUcei jiatificatini, n' 8».
a Faites donner lecture de l'ordre que je voua ai fait refl mettre. »
BlQcher, pendant ce temps, était venu à Saint-Queutin ; ses divers corps s'étuent avancés : Ziethea, à Cerisy, ayant une diviàon devant la Fëre; Thielmann, à Origny; Bulow, à Ëssigny. A Saiot-Quentin, Blticher reçut la première demande d'armistice, qui lui fut transmise par ordre de la commission executive. On savait si peu alors où était le généralissime prusâen, que Pajol avait été chaîné (') de faire passer de Berry-au-Bac, aux généraux ennemis qu'il pouvùt avoir devant lui, des lettres du gOQveniement, demandant la suspension des hostilités. Pajol, n'ayant en ce moment affaire à aucune force sérieuse, ne put les envoyer. Le 26, à la pointe du jour, il se mit en route pour Coucy-le-Cbâteau, où la division Subervic se trouvait depuis deux jours.
Groucby arriva à Soissons vers huit heures du matin . Il reçut aussitôt du maréchal Soult le commandement de toute l'armée désignée désormais sous le nom d'Année du Nord. Ellle était répartie, le 26 juin au matin : la division de cavalerie légère du généralJacquinot, au faubourg de Laon ; celle de Subervic, à Coucy-le-CbÂteau ; la garde impériale (infanterie et cavalerie], entre Soissons et Laon ; les dragons d' Exelmans, en marche vers Craonne et Corbeny, où la division Domon se trouvait encore; les troupes de Reille et de Drouet d'Erlon, sous Soissons, où allaient arriver de Jonchery la cavalerie de Kellermann et celle de lOlhaud ; le 3° et le 4* corps d'infanterie, que commandait Vandamme, à Reims, et en mouvement vers Jonchery et Fismes. La cavalerie de Pajol (division Soult) se rendait de Berry-au-Bac i Coucy ; la diviàon Valin était à Neufch&tel. L'effectif total de ces troupes dépassait 30,000 hommes.
Diverses dépèches du ministre de la guerre indiquèrent à Gronchy les mesures à prendre soit pour ramener l'ordre dans l'armée, soit pour la conduite des opérations milil^res. Davout disait d'abord de revenir en toute hâte k Paris; puis il prèscrivit de défendre l'Oise et l'Aisne, et d'occuper Gompiègne,
l'J Voir Piicu jutlifieaiii'tt, u" W>.
ilizedbïGoOC^Ic
Pwit-Sainte-Maxence, Creil et même Pontoise. Le maréchal Soult avut déjà eu cette pensée ; avant de partir pour Paris, il la communiqua à Groucby. En présence des nouvelles envoyées par les avant-postes les plus rapprochés de r(Mse, le commandant de l'armée du Nord s'empressa de l'adopter, comme la plus propre à retarder la marche des Prussiens sur Paris,
Grouchy prescrivit donc : à Drouet d'Erlon de se porter immédiatement sur Compi^ne, où il serait bientôt suivi par Reille ; à Milhaud (') et à Eeïlermann d'aller à Senlîs; à Vimdamme de venir à Soissons. Dès lors Pajol devait ae trouver à Coucy-le- Château, à l'extrême droite de l'armée, et il aurait eu à ce moment ses deux divisions (Soult et Subervic) sous la main.
Mais le plan de défense de l'Oise n'était déjà plus réalisable. BlUcher avait avancé trop rapidement ; Ziethen ét^t à Ghaany avec une division sur Gompiègoe ; Bulow, arnvé à Ressous, jet£Ùl des parUs à Verberie, Pont-Sainte-Maxence et Creil ; Thielmann parvenait à Guiscard. Attaqué à. Coucy-Ie-Château par des forces supérieures, que Ziethen avait lancées de Gbauny et de NoyoD, Subervic dut abandonner ses positions et se retirer à Crécy-au-Mont. Son mouvement rétrograde, que Pajol apprit à l'Ange-Gardien, sans savoir s'il ne se prolongerai pas jusqu'à Soissons, força la division Soult à se rabattre vers cette dernière ville. Le soir, elle s'arrêta à Terny, après une étape d'autant plus fatigante qu'il lui avait fallu traverser la division Domon, à Craonne, et la garde impériale sur la route de Soissons à Laon. Pajol se trouva alors sans artillerie; car la bat' terie de la division Soult avait dû, suivant l'ordre du maréchal, prendre, le long de l'Aisne, la grande route de Soissons ; aux environs de cette ville, elle avîùt été arrêtée par l'encombrement.
Dans le courant de la journée du 26, Grouchy, apprenant par Subervic que les Prussiens étaient plus rapprochés qu'il ne le peosait, comprit qu'il ne lui serût peut-être pas possible de résister sur l'Oise , puisque Davout l'avait invité à ne pas livrer de grande bataille ; il porta donc Reille à Nanteuil, au
(') Hilhaud, député du Cantal à l« Coofcation, y toIi la mort de Louis XVI. Trap jeane eacore, aprèa la leuion, pour entrer au nouveau Corpi léglilatir, il s'engagea. Il fut Irèi-utile 1 Bonaparte dani la révolution de Saint-Oeud.
Heu de te diriger vers Ck)iDp!ègne ; il espérait i^nsi s'assnrer de la route directe de Boissons à Paris.
Si les Prussiens étaient très-menaçants pour Grouchy et pour Paris, il n'en étùt pas de même des Anglùs, qui marchaient plus lentement. Wellington se trouvait seulement entre Péronne et Saint-Amand ; il avait pris Cambrai et Péronne, et Bût venir h. Cambra Louis XVIII avec sa cour et ses ministres.
Le 27 juin au matin, d'Krlon déboucha sur Compîëgne, qu'il trouva fortement occupé, et qu'il attaqua immédiatement. Il reçut bientôt l'ordre d'aller à Sentis, puis à Gonesse ; il fît cesser le. combat et se porta, avec son infanterie et la cavalerie de Milhaud et de Kellermann, à Gilocourt, Champlieu et Néry. A Senlis, il donna sur un ennemi supérieur en force, et dut se replier entre Mont-l'Ëvéque et Borrest, où il s'arrêta un peu après minuit.
Domon se transporta de Bucy h Montgobert et Vivières. Morand, réunissant sous son commandement l'infanterie et la cavalerie de la garde, les 1" et 2° divisions de cavalerie (Jacqui- Dot et Pire), vint de liafîaux à Boissons. Exelmans conduisit ses dragons de Fismes à la Ferté-Miton par Fère-en-Tarâenois el ûulcby-le-Château. Reille continua son mouvement sur Nanteuil; Vandamme arriva à. Soissons.
Pajol, avec ses deux divisions fSoult et Subervic), resta sur la rive droite de l'Aisne, à Crécy-au-Mont et Temy, formant encore l'extrême arrière-garde. 3a position n'avait pour le moment riea d'inquiétants car une reconnmssance de la division Suberrie, envoyée la nuit précédente à Blérancourt, n'y avait pas trouvé l'ennemi ('), qui ne s'éloignait guère de Coucy-le- Chàteau. En outre* les troupes de Subervic, couvrant la position de Temy, se trouvaient alors : les 300 hommes d'infanterie qui, n'ayant pu aller à la Fère, étaient restés avec lui, au pont de la Lette; un régiment de cavalerie à Crécyi un autre à droite, observant Quemi; un autre à gauche, observant Guny. Enûn, l'ennemi ne fît aucune démonstration menaçante de ce cOté : il se portiût vers Gompiègne.
A deux heures de l'après-midi, Grouchy reçut, à Soissons, une
(') yoa Piiat jutiifiealiru, D^OtetO!.
dépêche du maréchal Davoat, espédiée de Paris à trois heures du matin, dans laquelle le ministre de ia guerre prescrivit de diriger l'armée du Nord à marches forcées sur Paris, en se couvrant du cAté de Sealis et de Crespy, par où les Prus^ens ne pouvaient manquer de déboucher. La ligne de l'Oise était donc forcément abandonnée, et ta résistance serait organisée autour de Paris seulement. Dans ce but, Davout avait déjà établi son quartier général ÏAubervilliers.
Grouchy, convaincu aussi, à ce moment, par tous les rensàgnements qu'il avait reçus, de l'impossibilité de défendre l'Oise, songeait h se retirer. L'ordre de Davout répondant à ses intentions, il écrivit sur-le-champ à ses généraux de prendre la direction de Paris. D'Erlon, Heille, Milhaud et Kellermaon n'avaient qu'à continuer jusqu'à Gonesse le mouvement conimencé; Ëxelmans irait delà Ferté-Milon à Dammartin par Acy; la garde et les 1'* et 2' divisions de cavalerie parUraient dans ta nuit de Boissons pour Villers-Gotterets, Nanteuil et Danimartin; Vandanuue, enfin, se dirigerait, le lendemain dès deux heures du matin, sur Villers-Cotterets et Nanteuil; Vichery, formant sou avant^arde, se mettrait en route le soir même; la cavalerie de Domon et de Valin ferùt t'arrière-garde.
Pajol devait couvrir, pendant la journée du 27, les mouvements préparatoires exécutés par la garde et les J" et 2' divisions de cavalerie. Grouchy lui envoya l'ordre suivant :
« Soissons, 27 juin 181 s.
n Veuillez, mon cher général, partir à cinq heures de la po^- « tion que vous occupez, avec les deux divisions composant votre « corps d'armée, et venir cantonner en arrière de Soissons, dans B les vînmes de Dommiers, Saint-Pien-e-Aigle, Missy-aux-Bois, a Gliaudun et Longpont, sur la droite et la gauche de la route « de Soissons à Villers-Cotterets. Vous m'enverrez dans cet B endroit, où sera mon quartier général cette nuit, des ofQciws « pour chercher des ordres de mouvement pour demûn.
Il Si vous avez des nouvelles de la division Pire, ralliez-la à a vous, et qu'elle suive votre mouvement; elle était sous les K ordres du général Jacquinot, dont il parait qu'elle se trouve n séparée par des partis ennemis. Il est donc nécessfdre que
■ vous la fassiez rechercher du cdté de Grécy-au-Moiit, où pro- . 1 bablement le général Subervic aura eu de ses nouvelles. Ayez « soin que la division Subervic se retire lentement, et de posi-
u lions en positions, de manière & masquer autant que possible a notre mouvement h l'ennemi. N'oubliez pas de ramener les K 300 hommes d'infanterïe que le général Subervic a avec lui, « et qui vous serviront à vous garder dans vos cantonnements 1 ce soir. Demûn, Us rejoindront le corps d'armée dont ils -font a paxtie. u
Pajol répondit, à huit heures du soir :
« ïionseigneur, l'ennemi est trop près, et le poste de Crécy '' est trop en vue pour que je puisse le retirer avant la nuit sans " compromettre inlanterie et cavalerie. Je ne ferai donc mon x mouvement qu'à neuf heures, et ne serai rendu à Dommiers, 1 où je vous prie de m' adresser vos ordres, qu'à une heure <• du matin.
il D'après tes renseignements et les rapports des paysans, il « parait que l'ennemi ne porte en avant que toute sa cavalerie, « et qu'il marche avec beaucoup de précaution : il craint l'aile " droite de l'armée du Nord, et je crois qu'il ne déploiera son « nanc que quand il sera bien appuyé.
B La garde désorganise tout ce qui la rencontre, te général • Subervic m'écrit que le 11' chasseurs et le 2' dragons se sont ' pervertis avec elle, -et qu'il a eu beaucoup de peine à les 1 retenir. L'indiscipline est à son comble, et si l'on ne sévit " pas rigoureusement contre tous ces ch^apans, ils nous per- » dront. Je vais mettre en vigueur votre arrêté, et je ferai fiisil-
■ 1er le premier contrevenant. La garde nous compromettra et « ne se battra plus. 11 est étonnant combien les ofliciera et les « soldats se permettent de propos inconvenants.
K P. 5. — La division Pire est passée. »
Pajol ae mit donc en mouvement à neuf heures du soir, avec beaucoup de précautions. L'ennemi ne s'aperçut point de sa retraite, et ne l'inquiéta pas. Il traversa l'Aisne à Soissons, coalouma la ville au nord et à l'ouest, suivit la grande route de Puis jusqu'à l'auberge de la Croix-de-Fer, d'où il dirigea ses
divers rég^meats sur Dommiers et Siùnt-Pîerre>Aigle, d'un côtO; sur Ghaudun et Lougpont, de l'autre. Un peu après une heure du matin, son mouvement étùt achevé, et ses deux «avisions établissûait leurs bivouacs.
Grouchy avait gagné Villers-Cotterets, où il coucha.
Le 27 au soir, l'armée de Blûcher s'était beaucoup rapprochée ; le corps de Ziethen tout entier avait passé l'Oise à Cotnpiègne; trois divisions avaient marché vers Bétbancourti la quatrième, commandée par Pircb II et renforcée de cavalerie, s'avançait sor Villers-Cotterets. Thielmann était à Gompiègne; Bulow, à Poot-Sainte-Maxence et Senlis. La nouvelle s'en répandit vite à Paris, où fut tenu aussitôt un gtand conseil de gouvernement, auquel assistèrent les bureaux des deux Gbambres, les membres de la commission executive et les ministres. Foucbé et Davout y ûrent un tableau très-sombre de la situation; ils monti^rent l'impossibilité de résister, et conclurent à la nécessité de rappeler le roi Louis XVIII.
L'armée de Groucby, pourtant, n'étfdt point encore perdue, bien qu'elle fût dans une position critique. En effet, le 26 jum à la pointe du jour, les éclaireurs delà division prussienne Pirch 11 se ruèrent sur Villers-Cotterets ; la garde résista mai, se laissa enlever une batterie d'artillerie, et se retira en désordre vers Dammartin, où Grouchy transporta son quartier général.
Pajol, qui avait quitté de grand matin ses cantonnements de la veille, se trouvait alors au milieu de la forêt de Villers-Cotterets avec la division Soult ; celle de Subervic était restée en arrière pour protéger la retraite. Étonné d'entendre un feu assei violent du côté de Villers-Cotterets, Pajol quitta la division Soult et, escorté seulement d'un escadron de hussards, il se porta au galop vers le débouché de la forêt. En y arrivant, il reconnut que des forces prussiennes assez C0DsiâérEd)les se mon-' traient dans la direction de Largny, mais que des coureurs seulement étalent à Saint-Remy et autour de Villers-Cotterets.
Il résolut de passer avant que les Prussiens fussent en position de lui barrer la route. U envoya son ûde de camp Biot chercher en toute hâte les divisions Soult et Subervic. I^ première, qui avmt accéléré sa muxbe, ne tarda pas à paraître. Pajol, M- . sant alors charger les éclaireurs ennemis, déboucha hardiment
de la forêt, traversa \^llers-Cotterets et s'avança sur la grande route de NanteuiL, Jusqu'à un moalin à vent qui est au sommet du mamelon dominant Largny, Vaudennes et Coyolles. Pendant ce temps, Pircb II avait pris position, sa droite à Longpré et sa ganche au château de Villers-Gotterets, où elle put s'établir, parce que les détachements encore dans la ville au passage de Pajol s'étaient empressés à'&a sortir, soit pour suivre ^A diviâon Soult, soit pour s'en aller à la Ferté-Milon.
Dans cette situation , Pajol prit ses dispo^tions de combat, pour ne pas laisser barrer la route à la division Subervic, et au corps de Vandamme, qui devait la suivre. Il déploya ses trois régiments de hussards ({", i° et S°) en bataille, un peu au nord de la grande route, leur gauche au moulin à vent dont il vient d'être question et leur droite près du chemin de Largny k Pisseleiuc. Auprès de ses régiments, il plaça des escadrons de Jacquinot qui se trouvfùent séparés de leur divisioh, et les batmlloDS d'infanterie qui avaient suivi. ËnÛQ il fit mettre en batterie l'artillerie de la division Soult, qui venait de rejoindre, et il fit mivrir le feu contre les lignes prussiennes.
Malgré son audace, Pajol n'aurait pu venir à bout de la forte dhisicM] Pirch II , si Vand^nme n'étùt arrivé à son aide. Parti de Soissons à deux heures du matiu, selon l'ordre du maréchal, ' Vandamme était déjà, assez avant dans la forfit de Villers-Cottereta quand il entendit retentir te canon de Pajol ; rencontrant liientAt le commandant Biot, qui avait été à la recherche de la diviùoQ Subervic, il fut instruit de ce qui se passait, et marcha avec sa tête de colonne sur Villers-Gotterets. En débouchant de la forêt, il tomba sur les derrières de l'aile gauche de Pirch II et la mit en déroute. L'ennemi abandonna ses positions. Vandamme le fit poursuivre très-vigoureusement; Pajol lança aussi quelques escadrons contre lui. Pirch II se retira au-delà de Bon- Muil, dans la direction de Béthancourt.
Pendant qu'un fiûble détachement de sa cavalerie était k la poursuite des Prussiens, Pajol porta Soult, avec le reste et l'ardUerie, vers Nanteuil. La batterie d'artillerie, qui partit la première et avec une petite escorte, se trompa de route, et se dirigea vers Crespy , où elle fut prise par une colonne ennemie que Ziethen envoyait de Béthancourt à Nanteuil. Soult, qui marchait
avec sa colonne principale, ne s'aperçut pas que sa balterie d'artillerie s'était égarée, et il continua, sans être inquiété, jusqu'à Nanteaii.
Pajol resta quelque temps àVillers-Çotterets; il y apprit de Vandamme que le maréchal Groucby avait prescrit de quitter la route de Paris par Nanteuil et de se jeter, par la Ferté-Milon, sur Meaux. Inquiet de ce que pouvait être devenue la division Soult, qu'il avait envoyée à Nanteuil, il prit avec lui le' i" régiment de lanciers, qiû avait devancé la division Subervic, et se porta aussi vers Nanteuil, où Soult était déjà arrivé bt avait lait halte au nord de la ville, entre la route de Béthancourt et celle de Soissons,
A peine la division Soult était-elle installée dans ce bivouac provisoire, que la colonne ennemie qui lui avait enlevé son artillerie à Crespy tomba sur elle à l'improviste. Ses régiments, surprb, eurent à peine le temps de monter à cheval; ils s'engagèrent pêle-mêle dans le défilé que forme Nanteuil et que l'on s'était mis volontairement à dos. Tout à coup survint Pajol avec le l" lanciers (colonel Jacquinot); il chargea l'ennemi par derrière, l'obligea à lâcher prise et à se retirer.
Soult, ainsi dégagé, chercha & rallier sa division ; mais un seul régiment put être reformé. Avec ce régiment et le 1" lanàers, Pajol se jeta à gauche sur la route de Meaux ; il arriva dans cette ville pendant la nuit, après avoir passé à Ognes, Oissery, Sùnt- Souplets et Pencbard. Les deux autres régiments de la diviâon Soult, qu'où n'avait pu rallier, allèrent à Glaye, où ils trouvèrent le maréchal Grouchy, qui y était venu de Dammartin, avec la garde, à la suite d'une attaque de l'ennemi. EnGn les deux autres régiments de la division Sûbervic coupés de Pajol par l'apparition des Prussiens & Levignen , avaient dû smvre Vandamme à la Ferté-Milon et dans la direction de Meaux. Au milieu de la nuit, ils bivouaquèrent à peu de distance de cette ville, he corps de Pajol se trouva donc partagé en trois fractions. L'affaire de Nanteuil avait produit sur la division Soult, jusqu'alors si solide, un très-fàcheux effet (').
(>} Duu lu SouDtnirt mililairci du général Bertheùne (Puù, 18&&), en lil i 11 page 40! du !* Tolumc : n Le 3T, une brigade de cavalerie légère, du corpj d'année • du général Ptyol, m lutta lurprendr* tu défilé de Villen-CoUerets et perdit «m
Grouchy à Claye se trouva à peu près séparé d'une portion de son armée; car d'Erlon, Milhaud et Kellermaon éudent aux environs du Bourget, et Reille près de Bondy. Si les corps qui revenaient mdntenant à Paris par la route de Meaux avaient échappé à un grand désastre, ils le devaient à l'énergie du général Vandamme à Villers-Cotterets et à la vigueur de Pajol à Nantenil, La division Soult fut, à la vérité, culbutée sur ce dernier point; mjùs l'heureuse intervention du I" lanciers arrêta, pour la journée du 28, la marche de l'ennemi de ce côté. L'armée du Nord touchait aux portes de Paris, et celle de Blûcher devenait impuissante à l'arrêter. Le gouveraeinent poiivaitalors prendre les mesures que commandaient les circonstances, en les basant sm' ce renfort inespéré de' 60,000 hommes environ. Il ne crut pas pouvoir compter sur le succès de nos armes; il aima mieux continuer de solliciter un armistice, que Wellington et Blûcher persistaient à refuser, ou qu'ils ne paressaient disposés à accorder qu'à des conditions désastreuses.
La commission executive nomma Davout, déjà ministre de la pierre, commandant en chef de l'armée de Paris; elle fit connaître en même temps les principes adoptés pour la résistance armée : les approches de la capitale seraient défendues par les troupes de ligne; la garde nationale resterait dans l'intérieur de la ville, pour mtùntenir l'ordre et sauvegarder les proprié-
1 utinerie. ■ Ce souvenir ol inexact : d'abord, ce ne fut pu le 3T que Pajol traw» VilleTS-CoKereit, mait bien le !S juin; eniuite, c'esi à Nanteuil et non à ViU«n-Collereti que la division Soulr fut lurpiùe. Au bai de cette même page, il y 1 ane note dam laquelle l'auteur dit, en parlani de Pajol ; « Ce général a éiè l'objet
• de quelque! reprocbet dam octte campagne : on l'a arciué d'avoir peul-Ëtre coq-
• iribNé par tei rapporta aux faute» du maréchal Grouchy. » On doit regretter, pour !• tahame du général Berthezène, qu'il n'ait produit cette auertion que quarante va aprèa lei èrénementl, et qu'il n'Ai ait jamai* parlé du (ivaat de Pajol. Ceux qui ost min Vexpoaé des failt uient trèa-bien que Pajol ne peut être l'objet de lembla- Uei reprocbea- Pendant les journées du 1& et du IG juin, la prise de Cluu-leroi, le eoiibal de CMj, la marche lur Pleurui et ToDgrinnci ne laissent prise à aucune lachnination. Le IT, ses rapports ne pouvaient induire Grouch)' en erreur: ils mdiquaieni, dès midi, uu mouvement important de l'enneaii sarLouvain, et l'attention du commandant de l'aile droite eût dA se porter alors vers le nord. Quant au 18, Pajel u'a-t-il pas bit savoir, avant deux heures de l'après-midi, que les Prussiens avaient complérement disparu devant luip Enfin, au pont de Limai, n'a t-il pas été énnt;iquc et plein d'audace, comme toujouisF
tés. G'étùt séparer l'année de ta population ; on craignit d'avoir une trop grande force, ai elles étaient réonies.
Grouchy ne savait encore rien de ces défaillances goavemementates ; il avait envoyé, le 28 au soir, de Glaye, le général Morand BU ministre, pour expliquer la nécessité du mouvement exécuté, dans la journée, de Villers-Gotterets et Dan^martin sur Meaux et Glaye; le maréchal adressa de plus un rapport à Davout (') ; enfîn il se rendit lui-même & Paris, dans la nuit. La garde le suivit, en partant à la pointe du jour.
Avant de quitter Claye, Grouchy prescrivit à Vandamme, Exelmans et Pajol d'arriver en toute hâte par Lagny et Ghelles, si la route par Claye et Bondy n'était plus praticable, comme le fusait craindre la présence des avant-gardes ennenùes au Tremblay.
Pajol, ayant rassemblé tout son corps d'armée à Claye, dans lamadnée du 29, vint, par Villevaudé, Montfermeil, 'V^Uemonble, Noisy-le-Sec et Pantin, prendre position à la Villette. Pendant toute sa marche, il couvrit le flanc droit de Vandamme, qui, suivi d'Exelmans, passa par Lagny; Chelles, Nogent-sur-Mame et Vîncennes, pour s'établir ensuite sur la rive gauche de la Seine, à Montrouge. Reille, d'Ërlon, Milhaud et Kellermann étaient entrés, depuis le matin, dans les lignes constnûtes au nord de Paris. La garde les y avait rejoints vers midi.
Blûcher ne tenta rien de sérieux pour s'opposer à cette concentration de l'armée de Grouchy à Paris ; il établit son quartier générale Gonesse; Bulow, au Bour^et; Zietben.àBlanc-Ménil, etThielmann, à Dammartin. L'armée anglùse, toujours en arrière, ne dépassât pas Pont-Saiote-Maxence.
En arrivant à Paris, Grouchy avait vu Davout ; il l'avait trouvé gagné à une autre cause que celle de la victoire ; en loyal soldat, il avait résigné son commandement. Fouché fit h Grouchy des ouvertures. Le maréchal refusa d'être le négociateur d'une seconde restauration, et se retira, à partir du 29 juin, des adores militaires, voulant rester étranger aux jnachinations politiques. Dès ce moment, Davout commanda seul aux forces rétmies sons Paris.
(') Voir Piices juiiifinaihei, n* 98.
PMitioni de l'irmie Inoçiûe autour de Paru. — Eut de> rottificitioiu de Parii.— Allique d'AiiberrilIkn pir Ih PnuHeoi. — Pajol v«at marcher lu Hmun des iTtnt-poitet. — n en Mt emp^hé. ^ Napoléon quitte la HdnuiiMio at k lend i Rochafort. — AdreMe pitriotiqae dea génénux aux Chambrei. — Pajol Ift iigae l'un da premien. — L«i Pnuùeiu ae portent lur la rive pmche de la Seine, par Siiot-Genoain. •- Siipotilions paitr lei arrêter, — Combat de Venailles. — fiili- Untkoi de* membrei du gouvernement et de> nuréchaui préienli i Parïi. — Canaei] de guerre 1 la Vitlette, dam la nuit du 1 " au 1 juillet. — Attitude «ne^fMdePajol. — DaTout veut le hire arrêter. — Capitulation de Paris, le 3 juillet, — Indipiatian de l'année et du peuple paristen. — L'amée «e met en marche, le S juillet, pour aller derrière la Loire. — CanlODDemeDU de* diien corpt. — Pajol n d'abord à Gien, — Projet d'adreue an roi. — HodiOeatioiu dei cantonnemenls.
— Pajol enT03fé i liwudnn et Qilteturoux. — Emplaeementa de ms régimenti. ~- Ufficuhé* d'initallalioD et de lubûtance. — Projet d'étendre l'année. — Le corpi de Pajol en nurche sur Limoges. — Il a ordre, le 2t, de changer de direction et d'aller 1 Saint-Amand. — Ce mouvement concordait avec une concentration de l'année i Bourges. — Il est motivé par le passage de la Loire par la Autrichieni.
— Amngement pacifique de cette affaire. — Ordonnance rojale du 14 juillet éldilÎMant dei listes; de pnucriplioD. — Pajol a été rajé de ces listes, sur la demande du maréchal OudinoL — Davoul se démet de ton commandement. — Il e*t remplacé par Hacdonald. — Ëparpillement de l'armée. — Pajol perd la diritirai Subervic. — Cantonnements de l'ancienne division Soull. — Pajol établit MM quartier général i Bourgei, le IS aoitt. — 11 7 rette jusqu'il la fin de Doveeabre.— Tnùté de paix du 20 novembre. — Dissolution complète de l'armée de la Lrare. — Pajol admis ■ la retraite, sur sa demande, — Il arrive à Paria, le 16 dl-
. L'armée da Nord, augmentée, dès son arrivée sous Paris, de lous les hommes qui l'avùent quittée après Waterloo ou pendant la retrûte, s'établit le 29 et le 30 juin, sur les pomtiona fixées p^ le maréchal Davout:
A la Chapelle, le 2* et le 6* corps d'intanterie (Reille), 11,608 hommes ; à la VUlette, le I" corps de cavalerie (Pajol), 1,991 hommes; à Belleville, le i" corps d'infanterie (Drouet d'Erlon), S,K06 hommes; & Geotilly, le 2* corps de cavalerie
RégimcDU.
4* divisioD
l*' hussards.
de cavalerie
4* id.
(g- S0DI.T) ;
f id.
B* divisioD
1" lanciers.
de cavalerie