‹ Pajol, général en chef;Chapitre 7 sur 19 · id · texte numérisé non relu

id

(g^ SuBBBvic) :

'h * chasseurs

(Exelmans), 2,600 hommes ; à Montrouge et Vaugirai-d, le 3' el le 4* corps d'inranterie (Vandamme), 22,020 hommes; k Auteuil, le i* corps de cavalerie (Milhaud), 1,127 hommes; k Neuilly, le 3* corps de cavalerie (Ketlermann) , 1,752 hommes; à Villiers près de Neuilly, la garde impériale (Drouot) , 1 1 ,022 hommes, y compris 6,000 hommes versés par les dépdts de cette garde. L'armée dont Grouchy quittait le commandement présentait donc un effectif total de S7,626 hommes. La situation d'effectif du corps de Pajol était :

n. Ilommïs.

489 à la Villette.

346 i Saint-Denis.

3») à la Villette.

S i * Charoone et 276 I ^'«°"'"*-

Pajol ramenait ainsi 171 officiers et 1,991 hommes; son corps d'armée avait perdu, depuis l'entrée en compagne, c'esi4-dire depuis le IS juin, en officiers et soldats, le cinquième de son efiêcUf seulement.

Avant l'arrivée de l'armée du Nord, il y avait à Paris 10,000 hommes des déprtts d'infanterie de ligne et 3,500 conscrits de la classe de 1815. Davout les avait distribués: à RomaÎDvitle, 1,700 hommes, sous les ordres du général Beaumont; & la Villette, 3,300, général Ambert; Aubervilliers, 2,000, général Meunier; à Saint-Denis, 2,400, général Alix; à Saint-GIoud, 2,400, général Pully ; à Bercy, 600, général 'Hlly ; dans les casernes de Paris, 1,100.

he maréchal Davout disposait, en tout, de plus de 70,000 hommes de troupes de ligne, auxquels on pouvait ajouter 12,000 tirailleurs enrégimentés de la garde nationale (fédérés) et 5,000 canonniers de la marine, de la ligne et volontaires, spécialement attachés à la défense des fortifications de Paris.

Ces fortifications, que l'Empereur avait fait construire parle général Haxo, étaient achevées depuis le 1" juin, sur la rive droite de la Seine, où elles comprenaient : en première ligne et comme points saillants, le fort de Vincennes, tes ouvrages continus de l'ÉpineetdeRomainvilleet taville de Saint-Denis, qui

ét^t fortifiée et couverte d'inondations ; en detixième ligne, des i-edoutes au parc de Bercy, une double caponnière sur la chaussée de Vincennes à ïa barrière du Trône, des ouvrages continus au Përe-Lachaise et à Belleville, et le canal de Saint-Denis en construction, et organisé défensivement; en troisième ligne, les redoutes de Ghaillot, de l'Étoile et de Montmartre, ùnsi qu'une suite d'ouvrages fennés àla gorge en arrière des retranchements de la deuxième ligne.

Sur la rive gauche, les fortifications étaient à peine ébauchées ; elles devaient s'appuyer, d'un côté, à des redoutes qui s'élèveraient en face de Bercy, et, de l'autre, &des ouvrages en avant de la barrière de l' École-Militaire et vis-à-vis de Passy.

Dans cet état de choses, BlOcher et Wellington n'avaient, ils le savaient fort bien, qu'à porter leurs attaques sur la rive gauche de la Seine. Avant d'entreprendre le mouvement nécessmre, qui était long et pouvait être dangereux, BlUcher jeta deux grosses colonnes sur Bondy et Aubervilliers. Nos troupes firent une vigoureuse résistance, et ne cédèrent ces points qu'accablées par le nombre et parce que Davout ne leur envoya pas de secours. Cependant, à la Viltette, Pajol avait fait monter à cheval deux de ' ses réginlents (J" et 5' hussards); il était prêt à marcher sur Aubervilliers, quand il reçut avis de se tenir tranquille et d'attendre des ordres.

Les Prussiens ne poursuivirent pas leur faible avantage; ils avûent jugé des forces qu'il y avait de ce côté, et l'econnu les lignes de fortifications. Ils résolurent de passer sur la rive gauche de la Seine par Saint-Germain.

T4apoléon avait su, à la Malmaisou, dans la nuit du 28 au 29, que BlQcher arrivait seul et ttès-éloigné de Wellington, devant Paris. Désireux d'infliger une dernière leçon aux Prussiens, il demanda le commandement de l'armée pour la conduire encore une fois au combat. La commission executive n'accueillit pas cette propasition, qui était peut-être le salut. Napoléon partit le soir même (29 iuin), à cinq heures, de la Malmaison pour Rocbefort.

I* gouvernement provisoire était désormais libre pour trafiquer des armistices, des capitulations, des convenions militaires et de la restauration de Louis XVIII. Sa conduite équivoque ins-

M(t PAJOL.

pinût de vives défiances. L'armée et une partie de la garde na- Upnale, croyant à un parti pris de ne rien entreprendre contre l'ennenû, commençaient à accuser hantemeot Davout et la commission executive. Les généraux qu'animait un amour sincère du pays se communiquèrent Jeurs pénibles impressions au sujet de la marche des événements ; dans la nuit du 29 au 30 juin, le général Freyssinet rédigea une adresse à la Gfaambre des représentants. Dans cette adresse, les généraux de Tarmée de Paris prenaient l'engagement de défendre Tindépendance nationale jusqu'au dernier soupir, et ils rejetaient avec indignation toute restauration des Bourbons, comme contrûre à la volonté de la France. Pajol, l'un des plus opposés aux machinations qu'il voyait se tramer au grand quartier général, signa un des premiers cette pièce dans laquelle l'année revendiquait le droit de mourir pour l'honneur et le salut d« la patrie. Un grand nombre de généraux la signèrent aussi: Vandamme, Freyssinet, Henrion, d'ËrloQ, Roguet, Harlet, Petit, Ghristiani, Bninet, Lorcet, Ambert, Glary, Cambriel, etc. Le maréchal Davout n'osa pas reiuser son approbation. L'adresse fut remise h Dupont (de ' l'Eure), qui se chargeait de la lire à la séance de la Chambre.

Pendant ces stériles agitations, les Prussiens conunençùent leur mouvement vers la rive gauche de la Seine : Thielmaon marchait, le 30 juin, vers ArgenteuU, et Ziethen, sur Maisons ; Bulow restait dans ses positions. Le 1" juillet, de grand matin, nos avant-postes du nord de Paris signalèrent le mouvement de l'armée de BlOcher. Davout prit des dispositions pour l'arrêter. Il prescrivit à Vandamme d'envoyer Ëselmans à Versailles et à Saint-Germain avec une forte colonne, et de le faire appuyer par le 3* et le 4* corps; il fît dire aussi à la garde et à d'Erlon de se tenir prêts à passer la Seine sur le pont de Neuilly.

A ce moment l'armée prussienne tout entière était en marche dans la plaine de Sùnt-Deois, et entre Argenteuil et Saint-Germsùn. Une division anglaise seulement était venue prendre la place de Bulovï devant Saint-Denis et AubeiTiliiers ; le reste des troupes de Wellington ét^ùt encore en arrière de Louvres et du Bourget. G' était le moment d'écraser les 50,000 hommes éparpillés de Bllicher et de prendre, sous les murs de Paris, la revanche immédiate de Waterloo.

Exelmans prépara admirablement les voies. A son départ des bivouacs de Gentilly, il avait partagé ses forces en deux coloones. n conduisit la plus forte par le Plessis-Piqnetet Vétiiiy, et envoya la plus faible, avec le général Pire, à Rocqnencourt par les bois de Meudon et de Ville-d'Avray. Pire devait s'embusquer à Rocquencourt et couper là retruté à la brigade de cavalerie Sobr, qui s'était aventurée jusqu'à Vélizy. Exelmans la rencontra bientôt entre la ferme de Vélizy (') et le bâtiment de l'HAtel-Dieu; il la rejeta dans le plus grand désordre sur Versailles et Saint-Germain. A Rocquencourt, le général Kré attendit la cavalerie prussienne en travers de la route ; il la repoussa aussi sur Versailles, où Exelmans la s^^ra de nouveau et l'anéantit à peu près complètement.

Après ce brillant fait d'armes, Exelmans se porta jusqu'à Maily, que l'iafanterie de Thielmann occupait en force. Le 3* et le 4' corps, que Vandarame devait amener, n'ayant pas suivi, Exelmans fut contrùnt de se retirer et de rentrer à Gentilly.

L'armée françaùse, qui d'abord devait s'ébranler presque tout entière, ne bougea pas. A l'instigation de Fouché, qui ne voulait à aucun pris qu'on livrât bat^lle, Davout avait donné . contre-ordre. Un conseil de gouvernement était convoqué pour dix heures du matin.

 ce conseil, auquel assistèrent plusieurs marécbaux, on parla beaucoup; mais on ne décida rien, si ce n'est que la question de la possibilité de défendre Paris serait soumise à l'appréciation d'un conseil de guerre exclusivement composé de mtlit^res, que Davout réunirait le soir même à son quartier général de la Villette.

La Chambre des représentants reçut ce même jour l'adresse de l'armée. A cette lecture, elle fat prise d'un accès d'enthousiasme ; elle vota des remerclments chaleureux aux braves soldats qui exprim^ent aussi éoergiquement l'ardeur de leurs sentiments patriotiques ; et, dans son entraînement, elle acclama h diverses reprises Napoléon IL

Pendant ces incidents politiques, des démonstrations avaient

(') diund la Pruuieo» Tennrent, deux joun iprà, k U leraie de Vélizy, ils ■■ biiUcreiit par vcngetnce. Reconilniite dspiii», elle s'ippcli lougtempa, dsni le ptjs, Piùi-Mottmi.

été faites i Aubervilliers et sur d'antres points. Elles furent presque aussitdt arrêtées, comme l'avait été la marche de Vaadamme, de d'Erlon et de la garde. On semblait craindre de faire trop de mal à l'enûemî. Pajol, qui vit rentrer les troupes dans les lignes avant d'avoir pu mettre sa cavalerie en mouvement, en ressentit une violente'irritatîon: il comprit où l'on voulwt en venir.

Aussi étaitr-il très-agité, le soir, au conseil de guerre de la VUlette, où se trouvèrent réunis tous les maréchaux alors présents à Paris et les généraux commandant les corps d'armée, l'arlillerïe et le génie. Les maréchaux ne conseillèrent pas la résistance ; les généraux, par contre, se montrèrent très-résolus ii la lutte. Vandamme surtout s'éleva énergiquement contre toute pensée de fublesse; et Pajol repoussa avec la plus grande véhémence l'idée d'une capitulation, alors que les troupes étaient animées (lu meilleur esprit et demandaient à grands cris d'être conduites à l'ennemi. Pajol était sous l'impression des masses, que les instincts ducœuretles inspirations généreuses port^ent à combattre avant de songer à, traiter. Ses observations furent si vives et son opposition à Davout si formelle, que celui-ci voulut le faire arrêter. Il en chargea même le général Exelmans, qui s'y refusa.

Les amis dévoués que Pajol avait dans le conseil l'emmenèrent et sortirent avec lui. Il ne resta plus alors que quelques maréchaux. Davout rédigea donc à peu près seul le procès-verbal de la séance, dans lequel il était reconnu que la résistance ét^t inutile et impossible. Ce procès- verbal, envoyé aussîtût àPouché, détermina la commission executive, qui se réunit le 2 juillet de grand matin, à traiter de la capitulation de Paris avec Blûcher et Wellington.

Toute la journée fut employée k s'aboucher avec les généraux ennemis, qui continuaient à faire avancer leurs troupes. L'armée angltûse vint s'établir dans la plaine de Saint-Denis, ayant une divisionàArçenteuil, Asnières, Courbevoieet Suresoes. L'armée prussienne marcha, par Ville-d'Avray, Sèvres et Meudon, d'un cflté ; par Rocquencourt, Versailles et Vélizy» de l'autre, sur Issy , Clamart, Chàdllon et Sceaux, où elle s'établit le soir.

Le 3 juillet à la pointe du jour, Vandamme, qui n'avait opposé, la veille, qu'une très-faible résistance, fit sur lasy une

tentative que les Prussiens repoussèrent. A sept heures le feu cessa: les négodaUons étaient sur le point de s'ouvrir. Wellington et Bliicber avaient consenti à recevoir les négociateurs, dans la journée, au palais de Saint-Çloud. A la suite de débets assez longs, un armistice fut conclu sur les bases de la reddition de Paris et de la retraite de l'armée au-delà de la Loire.

En apprenant cette capitulation désastreuse, les Parisiens et l'armée laissèrent éclater leur colère et jetèrent des imprécations violentes au gouvernement et au maréchal Davout, accusés l'un et l'autre de trahison. Les Chambres, moins susceptibles, acceptèrent avec résignation le fmt accompli ; elles ne virent ni l'affront infligéàla France, ni le retourprochain du roi Louis XVIIl.

Si, à ce moment, un homme populûre, et il n'en manquât pas parmi les généraux, se fût mis à la tête d'un mouvement révoiutionnfdre, il eût renversé en un clin d'œil cette ombre de gouvernement, qui avait consommé la i-uine du pays. Personne ne l'osant, les tristes destinées de la France s'accomplirent.

Le lendemùn 4 Juillet, au lever du soleil, nos troupes se retirèrent des postes avancés, où les Prussiens et les Anglais les remplacèrent; puis l'armée fit ses préparatifs de départ. Beaucoup de soldats et même d'ofliciers quittèrent alors leurs corps. Cependant le plus grand nombre resta fidèle au drapeau. Dans l'intérieur de Paris, la garde nationale miûntint l'ordre, »non le calme, qu'il était impossible d'espérer dans de semblables circonstances.

Dans la journée du K juillet, l'armée entière, s'élevant &7(t,000 hommes environ, partit de Paris, emmenant 840 pièces de campagne, 2,200 voitures et 30,000 chevaux. Davout, qui n'avùt tiré aucun profit d'une semblable force, la commandait encore pour l'emmener derrière la Loire, où elle devait occuper les emplacements suivants:

Le l" corps d'infanterie (d'Erlon), le pays limité: au nordest, par la Loire, de Sancerre & Saint-Gondon ; à l'ouest, par la lliielle, la route de Satbris jusqu'à Ménétréol-sur-Sauldre, la petite Sauldre jusqu'à la Chapelle-d'Angillon et la route de Bourges ; au sud-est, par la route de Bourges à Sancerre ;

Les 2* et 6" corps d'infanterie (Reille) , le pays circonscrit : au nord-ouest, par la Loire, d'Orléans à Blois; à l'ouest, par la

route de Blois à Saint-Aigoan ; au sud, pai- le Cher jusqu'à VilIefraDche; à l'est, par la route d'Orléans gui passe à Romorantio et la Ferté-Saint-Aubin ; quarlier général à Cléry ;

Lb 3' et le 4' corps d'infanterie (Vandamme), dans le pays borné : au nord, par la Loire, d'Orléans à Saint-Gondon ; à l'est, par la Thielle, la route de Gien à Salbris jusqu'à Ménétréol-sur- Sauldre ; au sud, par la petite et la grande Sauldre jusqu'à Romorantin; à l'ouest, par la route d'Orléans; quartier général à Jargeau;

L'infanterie de la garde (Drouot), dans l'espace circonscrit: au nord, par le grande et la petite Sauldre, de RomoranUn à la Cbapelle-d' Angillon ; à l'est, par la route de Bombes ; au sud, par le Cher jusqu'à Villefranche ; à l'ouest, par la route de Romoranlia ; quartier général à Salbris ;

La cavalerie de la garde (Lefebvre-Desnouettes), dans l'espace limité : à l'est, par la Loire, de 3ancen-e à Argen^-iëres ; aa sud, par te chemin de Jussy-le-Chaudrier, la Vauvise jusqu'à ViUequiers, et la route des Aix-d' AngiUon qui passe à Beaugy et Brécy ;

Le 1*' corps de cavalerie (Pajol), dans l'espace circonscrit : au nord-ouest, par la Loire, de Blois à Montlouis ; à l'ouest, par le chemin de Cormery qui passe à Veretz; au sud, par le cfaemin de Bléré qui passe à Athée, et par le Cher jusqu'à Saint- Aignan ; à l'est, par la route de Saint-Aignan à Blois;

Le 2' corps de cavalerie (Exelmans), dans le pays limité : au nord, par le Cher, de Bléré à Sainl-Aignan ; à l'est, par ta route de Saint-Aignan à Nouans ; au sud, par la Tourmente et l'Indroye jusqu'à Montrésor, et par la route de Loches; àl' ouest, par la route de Bléré ;

Enfin le 3* et le 4' corps de cavalerie (Kellermann), dans le pays limité i au ndrd, par le Cher, de Saint-Aignfui à Villefranche ; à l'est, par la route de Vatan et Levroux ; au sud, par le ruisseau de la Cité et l'Indre jusqu'à Châtillon-sur-Indre ; à l'ouest, par la route de Sùnt-Aignan ; quartier général àSelles.

Après avoir mis en marche son corps d'armée, Pajol quitta la Villette (') vers midi. Avant son départ, il écrivit au maréchal Davout la lettre suivante :

OBoMUvenirdeU conduite deP^olà la VillcaeeiilSI&, la Hpale dto Paro, le 13 noiembre 186S, dooiule nom de ce général aune:

n Je vous préviens, monsieur le maréchal, que le corps de <T ciivalerie que je commande sera rendu à Gien le 8, comme le « porte votre instruction. Je serù continuellement avec lui; n vous pouvez donc, chaque jour, m' adresser vos ordres aux « gites que vous m'avez iniUqués.

n Hier, j'ai passé la revue de mes régiments ; ils sont animés « àa màlleur esprit, et aucun ne me quittera.

■ Dans cette circonstance difBcile, vous pourrez et vous serez u à même de juger les hommes dévoués à leur pays, qui tieu- ' " nent essentiellement à la chose publique, 'au bonheur et à Il l'iodépendance de la nation , et ceux qui n'y sont attachés ■ que superûdellement ou par calcul et intérêt. Vous aurez là alors des regrets de m'avoir rangé un moment dans le nom- « bre de ces derniers, n

Le paragraphe qui termine cette lettre montre combien les rapports étaient tendus entre Davout et Pajol; il prouve aussi que le général EEÛsait taire tout ressentiment, quand il s'agissait de servir la France, Dans ces circonstances si douloureuses, c'était la bien servir que de lui conserver ses soldats en les maintenant au drapeau.

Le corps de Pajol était rendu, le 5 au soir, à Fontainebleau ; le lendemmn , il gagna Beaumont-du-Gâtinais ; le 7, Lorrîs; le 8, Gien. Ces mouvements s'exécutèrent avec ordre. Cependant quelques soldats ayant quitté leurs régiments les deux premiers jours, Pajol rappela ses troupes à une discipline plus sévère, et prescrivit aux généraux soua ses ordres (') d'être impitoyables à l'égard de ces déserteurs, qui ne pouvaient être que des lâches ou des voleurs.

Le jour même de l'arrivée du 1" corps de cavalerie sut" la Loire, le 8 juillet, Louis XVIII rentrait i Paris, et y réinstallait son gouvernement, dont Fouché, à qui il avait fallu payer le prix de ses complaisances, faisùt partie en qualité de ministre de la police: Les Prussiens et les Anglais occupaient la capitale depuis la vàlle. Ils avûent fait disparaître la commission executive et les Chambres.

l'aidrûl où fut «km WD quartier générali Cette rue couduil ite U place dC 1* Cba* pdie k U place Hébert, et w Irouie duu le XVIll* trrondlNemtDt. (') Voir PUcci jHiliJicalivri, n" lii.

Napoléon, rendu à Rochefort, allait, au lieu de s'embarquer pour tes Etata-Unis d'Amérique, comme il en avait le projet, se confier à ta générosité de l'Angleterre. Son implacable ennemie devait l'envoyer au rocher de Swnle-Hélène terminer, dans une dure captivité, une existence qui avait donné de la gloire à la FVanceet remué l'Europe pendant près de vingt ans.

Après avoir séjourné le 9 juillet à Gien, Pajol, cooforniément aux ordres du maréchal Davout (') , en partit le lendemain 1 ('), avec les deux divisions Soult et Subervic, pour aller à Corniery par Aubigny, Salbris, Romorantio et Saint-Aîgnan.

Sur ces entrefaites, Davout reçut des généraux Gîérard, Kellermann et Haxo, qu'il avùt laissés à Paris pour y défendre les intérêts de l'armée, communication des i-ésultats de leurs démarches. Ces communications n'étaient rien moins que rassurantes; car le maréchal Gouvion Saint-Cyr, ministre de la . guerre de Louis XVIII, avait déclaré que le n» recevrait seulement une soumission pure et simple, se réservant d'être ensuite très-bienvâllant En conséquence, le projet d'une adresse que devaient remettre les généraux Gérard , Kell,ermann et Haso, fut envoyé à l'approbation des officiers de l'armée (*). Cette adresse était ainm conçue :

« Sire, l'armée aux ordres du maréchal prince d'Eckmûhl, « pénétrée des maux de la patrie, et jalouse, autant qu'il est en n elle, d'y mettre un terme et de prévenir la guerre civile, nous « a députés près de Votre Majesté pour l'assurer de son déùr « de se rallier à Elle et de ramener, par son exempte, ceux de « ses sujets que des circonstances extraordinaires en ont « éloignés.

(I Pleine de confiance dans la générosité de Votre Majesté, « elle se flatte que vous accueillerez sa soumission avec bonté, « et que, jetant un voile sur tout ce qui s'est passé, vous ne « voudrez fermer votre cœur à aucun de vos enfants, n

En même temps qu'il préparait cet acte politique, jugé né' cessïùre au salut de la France, Davout, prévenu que les souvei-tùns alliés étaient disposés à ne pas reconniUtre l'u-mistice et à

(') Voir P'iieil jiulificaliiiti, n* »S.

(') Voir P'iictt jiulificalivtt, a" 96 el 91.

i}) Vtir Piicu jmiifieatitu, n» SB et Vi.

continuer les hostilités, modifia la répartition des cantonnemeots de son armée, désormais appelée armée de la Loire, de manière à faire appuyer ses corps vers la droite. Le corps de Pajol devait se placer dans le triangle entre Issoudun, Châteauroux et Saint- Chartier. Dana ce but, le maréchal lui prescrivit, par dépèclie datée d'Orléans le iO juillet ('), de changer de direction & Aubiguy, pour aller, par Vierzon, prendre ses nouvelles positions.

Pajol ne reçut la dépêche qu'à Salbris, le 1 1 à quatre heures de l'après-midi. II y répondît sur-l&champ par la lettre suivante, adressée au général Guilleminot, chef d'état-major général de Davout : '

(t Je ne reçois qu'à Salbris, mon cher génénd, votre lettre a d'hier pour me rendre dans le triangle formé entre Issoudun, 1 Ch&teauroux et Saint-Chartier, Je donne à l'instant l'ordre & « mes régiments, que j'avais poussés très en avant sur la route « de Gormery, de changer demain de direction et de se rappro- « cher de Vierzon pour reprendre la route d'Issoudun.

« Je ne pourru vous envoyer que demmn, de Vierzon, où je » réunirai mes généraux et mes colonels, la pièce que vous ' I m'avez envoyée à signer (*], Ty joindrai l'état de ûtuatîon que R vous demandez, et qu'il m'est impossible de vous expédier a parle retour de votre officier, les divisions étant dissémmées « et éloignées de trois à quatre lieues d'ici, pour pouvoir faire K vivre les hommes et les chevaux dans ce misérable pays.

(1 Pourquoi ne âonni&-t-on pas quelques décorations aux régi- « ments7 On pourrait les antidater. Gela produirait le meilleur n effet. J'ai envoyé, depuis longtemps, l'état de celles que je « sollicitais pour mon corps. »

Le 12 juillet, les deux divisions du 1*' corps de cavalerie forent réunies à Vierzon ; leurs effectifs étaient :

4* division (général Soult):

/ 1" hussards,

4* id.

{ 5' id.

393 chevaux

5° division général Subbrvig) :

i H" chasseurs 1 l" lanciers, ( 2* id.

[•)\lùt Piicetjmtificalii^, n" (')Lr projet d'«i««* M roi.

,t.„ab,G(10glc

S7i PAJOL.

Si à ces 1,S23 combattants on ajoute les indisponibles, on verra qu'il y avfdt à peine une différence de iSO à 200 hommes entre cet effectif et celui du 1" juillet. Cette situation témoigDe aussi des efforts que les officiers et le chef de ce corps d'année avùent faits pour retenir les hommes à leur poste.

Le 13, Pajol arriva à Issoudun. Il répardt les régiments des divisions Soult et Subervic d^ms les cantonnements assignés :

Le i* hussards, à Issoudun; le S*, à Brives et environs: le 1", à Cfa&teauroux; le 11* chasseurs, à Saint-Chartier et environs; le 1" lanciers, à la. Châtre; le 2", à Saint- Vincent-

De sa personne, il se rendit le 14 & Ghâteauroux avec le ,1" hussards; le lendemûn, il informa ('] le général Guilleminot de son arrivée dans cette ville, et il se plaignit d'y avoir trouvé . le général Mai^aron avec une partie de ses dépôts d'infanterie. Le département de l'Indre étant très-pauvre, l'installation des hommes et des chevaui, ûnsi que leur nourriture, laissdent beaucoup à désirer, Pajol, toujours soucieux du bien-être de ses troupes, dut, de concert avec le préfet, prendi'e les mesures nécesstùres pour parer à ces difficultés. Manquant alors de chel d'état-Diajor et d'offîûers adjoints, il ét^t plus embarrassé de fiùre face aux exigences de la situation et ne cessait de réclamer, à cet égard, auprès du chef d' état-major général.

Les autres corps de cavalerie de l'armée avaient, comme le 1" corps, appuyé fortement à droite : le 2* corps (ExeLnans) était venu occuper la partie nord du dél>artement de l'Indre; tandis que le 3' et le 4' corps (Milhaud) avaient pris cantonnements dans la portion du département du Cher située au sud de la route de Bourges à Nevers, et dans le département de l'Allier, au nord de la route de Bourges à Moulins.

Ce déplacement de la cavalerie et le mouvement opéré par l'infanterie, dans im sens analt^ue, permettr^ent à Davout, le cas échéant, de tenir tête aux armées alliées venant vers loi, de Lyon ou de Chalon-sur-Saône.

Tout en prenant ces dispositions stratégiques, le maréchal, dont le quartier général était à. Olivet, activait le plus possible la soumission de 1 armée^ que (e roi réclamait complète et sans

(')Voir Fiicttjuiiifitatii'ts.a'' loi.

conditioD; il pressait (') les comauuidants de corps d'armée d'envoyer sans retard l'acquiescement de leurs troupes. Pajol, en conséquence, le réclama, le 18 juillet ('], des généraux de ^vision sous ses ordres, eu leur donnant sur la ^tuaUon tous les renseignements possibles et en les engageant à conûdérer et à faire remarquer à leurs officiers qu'il s'agissait surtout do salut de la France. Bientôt après, il dut encore bien plus user de son influence sur ces troupes : Davout, pour faciliter la t&che des généraux Gérard, Kellermaun et Haxo, prescrivit, par un ordre du 17 juillet, de reprendre le drapeau blanc et la cocarde blanche. L'armée murmura, mais fmit par obéir.

Ou préparait d'ailleurs contre cette malbeureuee armée de ta Loïre, si indignement trompée, une mesure injuste, m^s que le gouvernement jugeait alors indispensable : la dissolution. Le ministre de la guerre n'osa cependant pas la prescrire immédiatemoit ; U se contenta d'abord de faire dire ï Davout d'étendre beaucoup ses cantonnements. La disper^on devait faciliter h dissolution.

Pajol reçut, Te 23 juillet, une dépèche {') du général Dontetot, nouveau chef d' état-major général, datée de Boui^es, où Davout était depuis la veille, et prescrivant au 1" corps de cavalerie d'aller s'établir dans le département de la Haute- Vienne. A ce moment, l' état-major de ce corps d'armée étmt à peu près au complet; il compreucût : l' adjudant-commandant Tengnagell, chef d'état-major; l'inspecteur aux revues Heslier de Kocan; le commissaire ordonnateur Garnier, et le commissaire du quartier général Vilmorin. Le mouvemœt prescrit allait mé pouvoir s'exécuter sans cUificulté.

Au moment où Pajol partait, le 24 juillet, de Gh&teauFonx pour Limoges, il lui parvint une nouvelle lettre (*) de Davout, datée du 23 à onze heures du soir, lui ordonnant de changer ' immédiatement de direction et d'aller, avec ses combattants seulement, à Sûnt-Amand, pour appuyer, au besoin, le général Hilhaud, qui concentrait son corps à Bourbon^rArchambault.

{>) Voir Piicajualificr-lim, n' 101.

(') VaiTPU<Myiuf(fEcafivu,ii°l03.

(*) Vnr PHettjiulifiettlim, n* 104.

[') ^mx riiec4 jutlifitalifu, n» 105.

Ce changement dans les instructions primitives du maréchal avait été motivé par l'apparition des Autrichiens, dont l'avaiilgarde venait de franchir la Lobe à Bourhon-Lancy, se dirigeant sar Moulins. Surpris de cette violation formelle de l'annistice, sans avoir été prévenu que l'armée autrichienne ne l'acceptait pas, Davout se mettidt en mesure de repousser toute attaque, et, indépendamment de la concenb'ation de sa cavalerie, dont il vient d'être question, il réunissait en toute hâte la garde et le 1" corps à Bombes, où il se disposait à faire venir aussi les corps de Vandamme.

Pajol, rappelant immédiatement ses régiments, déjà engagés sur la route de Limoges ('), arriva, le 2S dans la soirée, à Lanières, avec l'tme de ses divisons ; l'autre coucha à Gbftteaumeillant (*). Parvenu le 26, à deux heiu^ de l'après-midi, à Saint-Amand, le 1" corps de cavalerie s'y installa et fut couvert, du côté de Nevers, par le 5° hussards, que le colonel Liégeard plaça : le i" escadron à Saint-Pierre-sur-Charenton, le 2* à Bessais, et le 3* à Vemais. En rendant compte (') de son iristallation, Pajol dunanda des instructions et des explications; car tout le monde, olGciers et soldats, s'étonnait de ces mouvements, et personne ne concevait que l'on fit des préparati& d'attaque, quand, & Paris, on avEÙtaccepté une humiliante capitulation sans livrer bataille.

La ^tuation était, en effet, des plus bizarres. Bientdt tout s' expliqua : un malentendu avait amené tes troupes autrichiennes vers Moulins; elles allaient repasser sur la rive droite de la Loire. Pour éviter à l'avenir de semblables méprises, un accord se fit entre le gouvernement français et les souverains alliés, et la ligne de démarcation entre l'armée française et les armées étrangères lut définitivement fixée. Cette ligne fut formée : 1* par la Loire jusqu'i l'embouchure de l'Allier ; 2* par l'Allier jusqu'au département de la Lozère ; 3* par la limite des départements de la Lozère et de l'Ardëche ; 4* par celle des départements de l'Ardèche et du Gard; 5* par le RhAne jusqu'à son embouchure dans la Méditerr^ée. Les troupes fraoçuses

(') Voir Piiettjaslifiealivei, n' IM.

(') Voir Piiettjiutificallvn, a' 107, (?) y<»T fiètu Jaili/icalim, n° 108.

De pouvaient, 90us aucun prétexte, franchir cette li^e, que les troupes alliées ne devaient pas non plus dépasser.

L'inddent ainsi arrangé, Davout reuiit ses troupes en cantonnements; et il envoya, le 26 juillet, l'ordre (') à Pajol d'échelonner son corps d'armée entre Saint^Amand et Montluçon, en le reliant avec celui de Milhaud par Montmarault. Le maréchal lui prescrivit en outre de tenir le gros de ses forces à Montluçon, mais de rester avec son quartier général à Sùnt-Amand. Ces ordres ét^ûent enfin accompagnés d'explications sur les difficultés qui avaient surgi et motivé les déplacements récents. Pajol écrivit alors au général Donzelot,' le 27 juillet : « Si les lettres et les ordres du maréchal que vous m'avez a envoyés hier par duplicata me fussent parvenus, ils auraient « fait cesser les ohservations et questions qui m'ont été fiùtes,

I et qui ont donné lieu à I9 lettre que j'ai écrite hier au > inaréchal.

(T Jusqu'à ce moment, j'ai maintenu dans mes troupes la fl plus sévère discipline-, j'ai eu peu de déserteurs, et je crois « que mes régiments sont les seuls qui se soient bien maintenus

II et bien conservés. Mais je n'ù pu et je ne saurais empêcher « mes officiers généraux et autres de causer des événements.

« Je vous adresse une lettre que j'ai reçue encore hier, h cet H égard. Vous verrez qu'il était essentiel de savoir k quoi s'en « tenir.

ir Je fais faire le mouvement ordonné et attends ici les ordres a du maréchal, n

Pajol avait raison de dire que, malgré les circonstances diffidles, il était parvenu à maintenir ses régiments; car, à ce moment, la ûtuation de son corps d'armée était :

V difision I

(général So„,); (J "■ 2sÔ

„,,... 1 l" lanciers. 196

'e'"*"'«°"™"Mll-tl,.s,e«„. m

Effectir total (,H2

(') y«r Fiica /Brtijî«(iVe/,'n* 109.

Depuis le 12 juillet, l'efiectifdu j" corps de cavalerie avait augmenté. Od s'éUût attacbé à y conserver tes hommes et même à ^re rentrer les absents.

En arrivant sur leurs noaveaiix emplacements, les régiments de Pajol les trouvèrent en partie occupés par des troupes des 3' et 4* corps de cavalerie, qui étaient & Montmarault, Montluçon, Maulnes, Montsùgut et Pionsat; ils furent donc obligés de se reporter un peu dtuis le département de la Creuse, à Gbambon, Évanz et Gonzon. Pajol en rendit compte, le 29 juillet ('), et demanda, dans l'intérêt de ses troupes, tant au point de vue de leur installation que de leur subsistance, à s'établir, avec ses deux divisions, à Aubusson, où il y avait plus de ressources, et d'où il communiqueraitausâfadlementaveclegénéralUilhaud.

Sa demande ne dev^t pas avoir de réponse. Un événement fort grave pom- l'armée venwt de se produire. Depuis quelques jours Davout avùt reçu communication d'une ordonnance royale en date du 24 juillet, qui disposait: 1° que 19 ofRciers généraux ou autres, parmi lesquels Ney, Labédoyère, d'Erlon, Lefebvre- Desitouettes, Groucby, Drouot, Cambronne, Lavalette, etc., seraient traduits en conseil de guerre , comme coupables de trahison envers le roi, avant le 23 mars, ou d'attaque h main armée contre la France et son gouvernement ; 2" que"40 individus,au nombre desqueIsSoult, Exelmans, Bassano, Gamot, Vandamme, Lobau, etc., seraient renvoyés de Paris et internés dans des ^les du royaume désignées par le nùnistre de la police, en attendant que les Chambres eussent décidé s'ils devaient être bannis ou déférés aux tribunaux.

Plusieurs des généraux ainsi frappés. se trouvûent & l'armée de la Loire, où h nouvelle de cette terrible mesure, absolument cootnûre aux promesses faites, produisit un eOet déplorable. Le maréchal Davout, que son ancien collègue Fouché av«t probablementréussi à sauvegarder, en fut profondément afQigé. Il protesta énergiquement auprès du ministre de la guerre, en lui envoyant sa démission. Sa position à la tète de l'armée de la Loire n'était plustenable; car, s'il avait été trompé, il avait aussi trompé ces malheureux officiers, qu'il avût à vivement engagés à faire une soumis^on absolue au roi.

{') Vwr Piicti Jiulijica'im. a' 110.

Le gouvântement ne tint aucun compte de ea protestation, et accepta sa démissioi). Le maréclial Macdonald lui succéda, et vint & Bourges, le 2 août, prendre possession de 3(H] commandement. Un de ses prenners actes fut d'ordonner d'étendre les cantonnements, sous prétexte de soul^;er les populations, ntûs, en réalité, dans le but d'opérer plus facilement le licenciement, qui se ferut presque de lui-même, après l'éparpillement des troupes.

Ainà, peu i peu, les divisions etles brigades iiirent en grande partie disloquées, et les régiments envoyés & de grandes distances les uns des autres. Dans le 1" corps de cavalerie, la division Subervic fut immédiatement dissoute : le I'' lanciers fut envoyé à Agen ; le 2*, à Auch ; le f 1* chasseurs, à Castres. Il ne resta plus que la 4' division (ancienne division Soult)'à Pajol-, qui devùt & la putss^te protection de son beau-père, le marédial Oudinot, d'avoir été rayé de la liste des personnes expulsées de Paris et internées en attendant la décision des Chambres. Pajol, cependant, était profondément irrité de la réaction violente c^fui commentait; immédiatement après la publication de l'ordonnance du 24 juillet, il avùt demandé sa retrute. En l'attendant, il resta à la tète de sa seule division de hussards, qui reçut l'ordre d'occuper Vierzon, Aubigny et Saint-Amand.

Pajol la conduisit dans ses nouveaux emplacements, et, le f 6 août, elle étaic ainsi répartie : le 1" hussards (36 officiers , 295 hommes de tioupe et 394 chevaux), à Bourges^ Quincy, Mebun et Vierzon, où s'établit le général Clary; le 4* (29 officiers, 297 hommes de troupe et 352 chevaux)^ Ji Saint-Amand, Cbarenton, Sancoins et la Guerche, où s'installa le colonel Blot ; le 5' (32 officiers, 212 hommes de troupe et 299 chevaux), àLéré, Châtillon-sur-Loire, Blaocafort, Argent et Aubigny- Ville , où resta le colonel Liégeard.

Pajol s'installa à Bourges avec son étal-majôr, qui resta constitué comme précédemment; il avùt toujours comme fùde de camp le chef d'escadron Biot et les capitaines Thirion et Deleplanque. La division de hussards conserva sa composition et ses emplacements jusqu'au mois d'octobre. A cette époque, le général Clary fut remplacé dans le commandement du 1" hussards par le colonel Oudinot, et le général Barthélémy vint commander la 2* brigade. De plus on ajouta à cette 2* brigade : le 1 oc-

tobre, le 1" escadron du 7' hussards (10 officiers, 97 hommes et 107 chevaux), alors à GhAtJllon -sur -Loire; puis, quelques jours après, le 2* escadron d'éclaireurs de l'eX'^arde (10 officiers, 69 hommes et 80 chevaux), cantonné à la Gb&b«; et le 3' escadron du 2* régiment des chasseurs de l' ex-garde (9 offîders, 5K hommes et 61 chevaux), en garnison à Bourges.

La division des hussards de Pajol comprenait ^nsi, en tout, douze escadrons, présentant un dTectif de 126 officiers, 1,02.^ hommes de troupe et 1 ,293 chevaux.

Les événements politiques s'étaient succédé de plus en plus désastreux: d'un côté, les vengeances royalistes et les averses compositions de ministères ; de l'autre , les négociations avec nos vainqueurs. Ces négociations amenèrent entin le traité du 20 novembre, par lequel la piùx nous ét^t octroyée aux conditions suivantes : perte de Philippeville, Manenhurg, duché de Bouillon, Sarrelouis, Landau, plusieurs communes du pays de Gex et l'ancienne Savoie; destruction des fortifications de Huningue, que le général Barbanègre avait si héroïquement défendues avec 150 soldats; payement de 700 millions de contribution de guerre et de près de 300 millions d'indemnités ; entretien de 150,000 soldats] alliés , qui occuperaient pendant cinq ans nos places fortes du Nord-Est.

La ruine et la honte étaient complètes.

Peu après, l'armée de la Loire se trouva entièrement dissoute. Pajol, admis sur sa demande & la retraite, revint k Paris, où il fut autorisé, le 26 décembre, à résider Q.

Rentré ainsi dans la vie âvile, après vingt-cinq années de services militaires passées presque toutes en campagne, il allait avoir à supporter une surveillance incessante. Le nouveau gouvernement était d'autant plus indisposé contre lui , que le préfet de l'AUier l'avait signalé comme très-attaché aux idées libérales.

(I) yoir Pliea fatiifieaiim, a' ill.

Pijol til il Pirîi en Jehon de* cotcriet politiques. — Il m Iukc dtm l'induilrie, et crie, en jintier 1818, une «ociélé de lUTigation accéléré*. — Couitilution de cette Nd^, dont le but eri d'introduire en France l'usage des luiteaui i Ttpeur. — Es 1818, Pajol se t«lir« de cette iflaire, où il r perdu nue partie de s* fartune. ~ n poie sa candidature à la députation dans rairondissement de Besan^u (bm iBuroi). — Profctiion de foi très-libérale. — Pajol, combattu vitement f FAdutniiiTation, échoue. — Ëvéoemenb împortuils de 1810 et de ISIt. — Ananinat du duc de Berrj. — Embarras du ninialère. — Mort de Napoléon k Sùme.BélèDe (à'mai tSSl). — Pajol achète le Paraciti, et t'y initalle arec la famille. — Il fait {«ttaurer cette autique demeure et le tombeau d'Héloiie et d'A- IxiUrd. — It y établit, m iaS3, une fabrique de limei anglaises et d'ouvrages en acier. — Mort de Loaii XVIII et aténement de Charles X(18Î4). — Hanireatalians libérales. — Pajol te tient a réort. — Son voyage en Angleterre (1838), dam l'intérêt de son uûne du Paraclet. — Il est re^u 1 Londres par le rtn George IV. — Difficultés que rencontre le ministère de Villèle. — Dissolution de 1* larde nationale (181T). — Ministère Hartignac. — Lettres de Pajol au Coatiittiianntl pour signaler la conduite du gouTerncBent au sujet d'une inrasion prusneoDejur le territoire lorrain. — Pajol ttit conn^tre le déplorable état de nos pliccs fortei (1B38). — ATéoemenl du diimstère Polignac (1818). — Pajol se tient en dehors des menées révolutionnaires.

Le général Pajol, mis ainsi à laretnûte àl'&ge de quaraotetnHS ans, se Gxa avec sa famille à Paris, quai Voltaire, d" 1. La police du gouveroemeot royal perdit son temps à le surveiller; car, s'il conservât religieusement ses souvenirs et s'il r^rettfut les institutions détruites par les armées étrangères, il s'âcartùt, par patriotisme, des conspirations, qui ne pouvùent qoe troubler le pays, sans changer ses destinées.

Décidé k rester éloigné des agitateurs du moment et de toutes les coteries politiques, Pajol chercha dans l'industrie l'occupatioD et le mouvement qui lui étaient indispensables. A l'activité infatigable et à la nature aventureuse qui l'avaient fait général de cavalerie et d'avant-garde, ii fallait, même dans la

vie civile, les hasarda de l'inconnu. Il fat ainsi conduit à se lancer dans une nouveauté qui passionnât le monde à cette époque : l'application de ta vapeur à la locomotion.

Folton ven^t de doter l'Amérique, sa patrie, des bateaux & vapeur; l'Angleterre suivait rapidement le mouvement d'innovation ; la France, où toutes les imaginations s'étident enthoasiasmées, ne devait pas rester en arrière. Savants, mécaniciens et hommes du monde appliquaient avec ardeur les admirables inventions du FVanç^s Papin (1690) et de l'Angl^s Watt (1769), et recb^chaient les combinaisons les plus avantageuses & l'emploi de la vapeur dans l'industrie.

« Périer, dit Arago, est le premier qui, «n 1775, ïùt construit H on bateau à vapeur. Des ess^s sur une plus grande échelle « furent faits, en 1778, par le marquis de Jouffroy, Pranc^m- • tois de Beanme-tes-Dames. En 1781, passant de l'expérience u & l'exécution, il établit sur la Sadne un grand bateau de « 46 mètres. »

Le premier bateau à vapeur qui n'ût pas été abandonné après essai, le premier qui ait été appliqué au transport des hommes et des marchandises, est celui que Fulton construisit à New- York en 1807, et qui fit le voyage de cette ville à Albany. Ainsi la navigation & vapeur, découverte en Europe, avmt été se naturaliser en Amérique, d'où, en 1811, elle revint prendre pied en Angleterre.

L'idée de Fulton était la plus exploitée, à cause de ses perfectionnements et de sa vulgarisation. Depuis le mois de janvier 1815, M. Andriel aviùt pris, en France, des brevet^pour un nouveau système de navigation accélérée par l'emploi des pompes à vapeur. Les événements politiques av^ent retardé l'exploitation de ces brevets, qui d'ailleurs exigeât des capitaux considérables et un crédit important.

Lié depuis assez longtemps avec M. Andriel, le général Pajol créa avec lui, en janvier 1816, ane société de navigation accélérée; elle eut pour nûson sodale : Andriel, Pajol et C", et pour caution financière MM. Perrégaux, LafBtte et G", banquiers à Paris. Cette société avait pour bat l'introduction de bateaux k vapeur neufs sur nos fleuves, nos rivières, nos canaux, nos eûtes maritimes, et la création de bateaux conduo

leurs desUnéç à remorquer les bateaux ordinaires des voituriers par eau. M. Mardo, ingénieur- mécanicten, inventeur de la pompe aspirante et foulante qui devait remplacer l'antique machine de Marly, fut attaché à la société pour la partie technique : la construction, la' pose et l'i^encement des pompes à feu.

Le rdle important et nouveau de cette société avût séduit, on le comprendra sans peine, le général Pajol, qui y apporta sa fortune, son activité et l'appui de son nom. Des prospectas détuUés furent lancés, le 18 janvier, et l'affaire fonctionna immédiatement. Le siège social fut établi quai Voltaire, n* i, chez le général Pajol, qui, au mois d'août suivant, devint gérant de l'entreprise, par acte passé devant M. Bellanger, notaire &

En appliquant toutes ses ressources personnelles à la propagation d'une invention utile, le général rendait encore d'importants services i> son pays, à la gloire duquel il avait si viûllanunent contribué auparavant, par son intelligence militiùre et par son sang versé sur les champs de bataille.

L'année 1817 fut marquée par un deuil de famille : te 17 juillet, mourut, d'une fièvre cérébrale, Anne-Victorine, ma sœur, née en 1814. Cette enfant, d'une beauté éblouissante, aux grands cheveux blonds, aux yeux bleus, d'une intelligence trop précoce, fut enlevée rapidement.

La perte de cette fille chérie, son souvenir toujours présent dans l'hAtel du quai Voltaire, lli. vue de la Seine sur laquelle venait de s'engloutir une partie de notre fortune, firent désira* à ma inére de transporter son domicile rue Caumartin, en face du collège Bourbon, C'est là que, le 15 novembre, naquit mon frère Louis-Eugène Léonce (').

Les débuts de l'entreprise des bateaux à vapeur avaient été assez satisfaisants; mfûs tes années 1817 et 1818 ne furent

(') Som-lientEiUQl lu M* régiineat d'infuiterie, en WTUnt de Sunt-CjT; lieuteunl au 1' carabiaien, le !8 novembre 1841 ; capilaiae, le 21 jaDvisr 1B41; chef d'Mradrou tu T cuiruiien, le 14 oui IS&O; licutenaDt-coloDel «a l*' canbî- ■Kra,le I*' DuilSM; Mlond du f'cuirutien, le 31 décembre 1S6S t UpuMiiec m gndt coloDcl de» dragon* de la gaide le 1 mu« 1B6I ; géotnl de brigade, le le lun 1865.

Il M marit, le 11 noTembre IB61, k H'" de BcUoianne; il n'a «pi'une Elle de

pas favorables à l'esploilation du système de navigation accé- • ïérée de la compagnie Andriel et Pajol. Au commencement de 1819, le général reconnut avec chagrin qu'une grande partie de sa fortune avait été absorbée par cette affaire, où il avait espéré trouver un intérfit rémunérateur de ses travaux et de ses peines. C'est pour cette entreprise que furent vendus l'hôtel de Besançon, près la porte Noire, en face l'archevêché ; la terre d'Audeux et ses dépendances, les fermes de Grange-Chérie et les morceaux de terre, portant encore son nom, qu'il avait dans les environs de Nozeroy. En présence de ce résultat, il se retira de l'assodation, afin de conserver quelque bien-être à ses enfants. Dans une lettre qu'il écrivait, le 10 mai 1819, k Gnillot de la Poterie, son ancien camarade du ferment de Saintonge, il ne cachmt pas sa situation.

H Fatigué de La guerre et de ses suites, depuis quatre ans K j'ai pris ma retrùte, et, comme vous, je serais très-content, n si je n'avais pas eu la sottise de vouloir entrer dans des spé- - (I culations, qui ne m'ont pas réussi. Ces maudits bateaux à M vapeur, que j'û introduits en France, m'ont complètement " « ruiné, et j'm tout perdu, fors l'honneur.

« Je m'en console avec le peu qui me reste et attends avec 'I patience que dame fortune me jette encore un regard et me 11 tire d'embarras.

(I Ma femme est sensible à votre souvenir. Je vous embrasse <• de tout cœur, en vous enga^nt à venir nous voir. Nous par- II lerons de Saintonge et de ces heureux moments, d'où date « notre connaissance. Ce serait un plaisir qui me ferait oublier tt bien des chagrins. »

La un de cette lettre prouve que Pajol n'était pas oublieux de ses relations d'autrefois; et si ses d^uts militaires au régiment de Sfûntonge étaient déjà loin, son cœur se souvenait toujours de ses amis de cette époque. Ses rapports avec Guillot de la Poterie furent dès ce moment assez suivis, et il put, dans la suite, fmre obtenir une perception à ce vieux compagnon d'armes, dont la carrière avait été fort limitée, et procurer à son fils de l'avancement dans l'armée (').

(') Voir Piiett Jualifieativei, vfi 111.

Ainsi le général Pajol, toujours obligeant et affable pour tous, sav;ùt rester dévoué à ses atnis, même quand il était dans une position bien supérieure à la leur.

S'il eût voulu alors faire sa soamîssioa au gouvernement royal, il en eût obtenu des faveurs par l'entremise de son beaupèrê,' le maréchal Oudinot, duc de Reg^o. La duchesse de Beggio était, depnis trois ans, dame d'honneur de la duchesse de Berry.

Le généra! Pajol restait sincèrement attaché & ses idées de jeunesse, et il ne voulait, à aucun prix, se rallier à un gouvernement qui, à ses yeux, en était la négation. Il résista & toutes les sollicitations et resta fidèle à ses principes.

Délivré des préoccupations industrielles, il songea à rentrer dans la vie publique : sur les instances de ses amis, il posa dans l'arrondissement de Besançon {extra muros) sa candidature à. la députation.

Le 30 août, il adressa aux électeurs la profession de foi suivante :

K Mes chers compatriotes, J'ù appris que plusieurs de vos « collègues ont l'intention de m'honorer de leur confiance à la " prochaine élection du département du Doubs^ Ce souvenir de ■ mes^condtoyens est la plus éclatante récompense que je puisse « ambitionner. Quel que puisse être le résultat qui sortira de " l'ome électorale, je serai toujours fier qu'un grand nombre X d'électeurs dudépartement du Doubs m'aient jugé digne de « les représenter à la législature.

n Dans une aussi grave drconstance, je crois utile de vous " parler de moi, et de vous rappeler quelle fut ma vie publi- ■' que. Né dans le département du Doubs, je dois être connu de n mes compatriotes, au milieu desquels j'û passé ma jeunesse.

« Ma mère, ma Emilie, les propriétés que me destine la na- " lure dans le Jura me lient au département du Doubs par les « nœuds les plus étroits.

« En&nt de la Révolution, j'ai pris les armes ec 1792 pour la « défense de la liberté; je ne les ai quittées qo'en ISIS, au « lic^dement de la grande armée, après avoir payé un dernier * tribut à la patrie, dans la campagne de Waterloo.

A Mes fibres d'armes vous diront que, étranger à l'art des

■ courtisans, je n'ai jaoïais rien dû à la faveur, et que tous mes « grades ont été conquis sur les champs de batùlle. Ma carrière « militûre est connue de tous tous.

H Guerrier par devoir et non par métier, j'ai défendu mon « pays quand l'ennemi l'attaquût ; miùs j'ai toujours souhaité « le moment où la France, libre enfin des guerres étrangères, a pourrait travûller à des institutions qui la garantissent des II excès da pouvoir.

u L'indépendance d'un député est l'un de ses plus impor- « tants attributs. J'ai renoncé au service mihtaire.

« Vous savez qu'on a vu trop souvent des députés spécul» « sur le titre honorable dont les avait revêtus la confiance n publique, pour agrandir leur fortune ou élever leur funille par les faveurs de la couronne. Je m'engage & n'accepter ni de- « mander pour moi, ni pour les miens, pendant toute ma mis- « sion, ni places, ni titres, ni pensions, ni faveurs.

n Uni de coeur et de principes avec les d'Argenson, les K Lafayette, les Ghauvelin, je combattra également et la facn don qui travaille à relever 1815, et celle des hoaunes qui, n impuissants pour le bien, fondent leur existence sur le m^n- « tien des lois d'exception et traitent de conspirateurs ceux qui o osent réclamer pour la Charte et l'humanité.

« Je ne serai jamùs constitutionnel comme les amis des pros- II criptions, comme les panégyristes éternels de tous les abus et II de tous les excès.

n Vous appelez de vos vœux l'organisation des administrations « mnnidpales et départementales ; vous désirez affianchir les n provinces du pouvoir illimité des agents du ministère; vous « voulez des administrations choisies par vous-mêmes. C'est u ausm mon désir le plus ardent, et jamais je ne voterai pour n un système qui tendrait à donner h la couronne la moindre n intervention dans le choix des adnûnistratioiis locales.

« Quant à mes principes sur la garde nationale, ils ne sau- « raient être douteux : c'est avec elle que j'û f^tmes premières « armes; j'ai vu, par moi-même, combien était puissant et Il tutélaire ce corps, dont les chefs devaient leurs titres à H Tamour de leurs subordonnés, et où l'égalité ne niùsait pas à <■ l'obéissance.

« L'excès du» contributions, rinutilité ou l'illégalité d'un « graud nombre de dépenses, la facilité avec laquelle on dissipe " la fortune de l'État, l'incroyable, résistance à toute espèce u d'économie, sont des points qui n'afQigent que trop les gens u de bien. Les hommes qui vivent des abus sont les seuls qui u paissent ea nier l'existence.

H II est évident que ta suppression du conseil d'État et des a Suisses, la substitution des administrations locales au sysu tëme des préfectures, la diminution des traitements et surn tout l'abolition de la centralisation administrative, seraient Il un commencement d'amélioration que des députés gagés par " le ministère repousserùent toujours avec véhémence.

« J'ai pensé, Messieurs, qu'uue explication franche et loyale <■ sur tes grands intérêts de l'État était un devoir de la part u d'un homme qui attache aux suffn^s de ses concitoyens " toute l'importance qu'ils méritent. Je m'estimerai heureux si " mes principes sont conformes aux vôtres. Quant à ta persé- « vérance avec laquelle je saurai remplir mes serments, je ne « donnerai pas d'autre garant que ma vie passée. »

Ces principes, qui étment ceux des libéraux de l'époque, décti^taèrent contre la candidature du général Pajol les colères de la cour et du gouvernement ; el les agents de l' administration, à tous les degrés,, furent chargés de ta combattre k outrance. Ils le tirent avec d'autant plus d'ardeur que te général les attaquait ouvertement, et voulût leur suppression complète, comme celte des abus. Les électeurs, circonvenus habilement, repoussèrent cette candidature loyale, qui disait trop haut les [uanœuvres des détenteurs du pouvoir. Cet échec amena Pajol à renoncer une fois encore à la vie politique. Il n'avait cherché h y rentrer que sur les instantes solbcitations d'amis et de compatriotes qui voulaient être représentés à la Chambre par un homme de progrès et d'une honnêteté incontestable.

L'horizon politique paraissait alors gros d'orages; il était naturel que les gens sensés cherchassent des représentants dignes et énergiques. Dès les premiers jours de i 820, la France fut, en effet, profondément agitée : le ministère, n'ayant pas ta majorité dans tes Gtiambres, voulut une nouvelle toi électorale. Le duc de Berry fut assassiné le dimanche 13 février à minuit, à

la sortie de l'Opéra. Ce crime jeta partout une consteroation profonde, et augmenta la haine pour les révolutionnaires, qoi paraissaient étendre ieura projets de bouleversement à l'Europe entière. L'Allemagne était surexcitée; l'Espagne, en révolution ; l'Italie, presque soulevée. L'atmosphère semblait imprégnée de principes délétères, qui attaquaient les esprits etpouvai«it &ir8 croire à l'établissement de courants néfastes, destructeurs de l'ordre social.

En 1821, Napoléon mourut, le 5 mai, sur le rocher de Sainte- Hélène. La France en connut la nouvelle au commencement de juillet. Cette triste fin dans une captivité lointaine devait profiter à sa mémoire. Eu mourant, il jeta une suprême malédiction à l'Angleterre, qu'il avait déjà, depuis longtemps, appelée au tribunal de la postérité; il avùt dit, le 19 avril :

« Dans cetlfi Ile inhospitalière vous m'avez donné pour de- (1 meure l'endroit le moins fût pour être habité, celui où lecli- « mat des tropiques se fait le plus sentir. Il a fallu me ren- " fermer entre quatre cloisons dans un air malsain, moi qui

" parcourus l'Europe à cheval Vous m'avez assassiné en

« détail, longuement

1 Vous finirez comme la superbe Venise, et moi, mourant sur [I cet affreux rocher, privé des miens et manquant de tout, je » lègue l'opprobre et l'horreur de ma mort à la famille régnantç B d'Angleterre I »

Cette mort ranima l'esprit révolutionnaire et raviva les haines contre le gouvernement de la Restauration, que l'on regardait comme opposé aux progrès de la société moderne. D'un autre côté, l'imagination des écrivains et des poètes inaugura sur la scène politique les souvenirs de l'épopée impériale. Napoléon réapparut avec une gloire nouvelle, qu'il méritait comme homme de guerre et comme ot^anisateur. Sa mort sur un rocher de l'Atlantique en faisait un héros légendaire.

Le général Pajol, le cœur navré, prévoyant les malheurs qui menaçaient la France, résolut d'aller vivre loin de Paris, dans une campagne où il trouverait l'air et J'espace nécessaires à sa santé, en même temps que le calme pour son esprit. Le Paraclet était alors en vente ; il en fit l'acquisition le 11 juillet 1821. Les souvenirs de 1814 lurent pour beaucoup dans l'achat

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de cette propriété, qai est située à 7 UloDiètres en^ron de Nogent-sur-Seîne , où le général Pajol avait trouvé si bon accueil lorsqu'il commandait le corps d'observation et de défense de la Seine. La mémoire d'Héloïse et d' Abeilard fut aussi sans doute un puissant attrait. La propriété d'^Ueurs présentait un aspect-des plus riants ; sa gituation dans la ricbe vallée de la petite rivière d'Ardusson était bien faite pour séduire un amateur de la belle nature.

Le Paraclet, fondé par Abeilard au douzième siècle (1122), fut saccagé à k Révolution, comme tant de monuments intéressants. Vendu ensuite, il appartint d'abord à un nommé Simon, marchand ferriùllear, puis à M. Hayaux, notaire à Nogent, qui t'habita jusqu'en 1796. L'acteur Monvel en devint acquéreur; il y mourut en 1811 ; sa veuve vendit la propriété à M. Petit de Mons^gle, auquel le général Pajol l'acheta.

Ce qui restait du monastère constituait la mùson d'habitation, que les propriét^res successifs avaient accommodée, le mieux possible & leur usage. Le général, en y arrivant avec la comtesse, mon frère Eugène et moi, s'inquiéta peu de l'installation, sufQsaute en réalité ; mais il s'occupa immédiatement de faire recueillir les débris épars du monastère, pour leur rendre leur disposition ancienne ; il s'attacha surtout à k restauration du tombeau. Les cercueils avaient été enlevés le 9 novembre 1792, et transportés d'abord à Nogent-sur-Seine, o6 ils restèrent jusqu'en 1800, puisa Cluny, enfin au Père-Lachâse, le 6 novembre 1817.

Dans le tombeau primitif il n'était resté que le sarcophage, trop lourd pour être déplacé. Tout fut remis en état. Le général fit entourer le tombeau d'une plantation funéraire, et élever une colonne votive indiquant l'endroit précis où avaient reposé les restes d'Héloïse et d'Abeikrd.

La comtesse Pajol, femme d'une grande intelligence et d'une instruction solide, rechercha avec ardeur les pieux souvenirs que réveillait chaque pas dans cette antique demeure. Elle retrouva les textes authentiques d'une foule d'inscriptions à rétablir. Sur un registre, où s'inscrivaient les visiteurs étrangers, elle avùt écrit :

A la première page : u En 1122, Abùlard obtint de l'évèque

202 l'AJOL.

Haltoi), autorisé par Thibault II, comte de Ghampagtae, ta codcestiion de ce temûu, où il éleva son oratoire. Il a raconté ainsi cette fondation : « Sur cette concession je construisis un ora- •I toîre, fait de roseaux et de chaume, que j'appelai l'Oratoire •< de la Trinité. Je n'avais qu'un seul clerc avec moi, et je poart vais chanter comme le prophète : J'ai fui, je me sais éloigné M et J'ai habité dam la solitude, w

A la deuxième page on lisiùt l'inscription suivante, qui fut, dit-on, composée par Marmontel, et que M"° de Roucy, dernière abbesse du Paraclet, avût fait graver sur le tombeau :

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