PLANCHE VI
LECTURE DU MANUSCRIT
ExFLC LiB- un l^cIl' v.
interea médium eneas iam classe tenebat Certus iter* fluctusq- atros aquilone secabat, Menia respiciens que iam infelicis elisse Conlucent flammis; que tantum accenderit igné, Causa latet" duri magno sed amore dolores Polluto. netumq- f'urens quid femina possit Triste p augurium teucrorum pectora ducunt; Ut pelagus tenuere rates* nec iam ampHus ulla Occurrit tellus" maria undiq* et undiq* celum* Olli ceruleus supra caput adstitit imber Noctem hiememq- ferens. et inhorruit unda tenebris ; Ipse gubernator puppi palinurus ab alta; Heu quia nam tanti cinxerunt ethera nimbi? Quid ue pater neptune paras? sic deinde locutus, Golligere arma iubet- ualidisq- incumbei^e remis. Obliquatq- sinus in uentum- ac talia fatur : Magnanime enea non si mihi iuppiter auctor Spondeat. hoc sperem italiam contingere celo; Mutati transuersa fremunt- et uespere ab atro Consurgunt uenti. atq* in nubem cogitur aer Nec nos obniti contra; nec tendere tantum Sufïicimus' superat qm fortuna sequamur*
TEXTE LATIIN. TRADUCTION.
EXPI.ICIT I.IIIKR IV, 1.>CIP1T V. ICI FIIMIT LE LIVRE IV ET COMME?ICE LE HVHE V.
Interea médium ytlneas jam classe tenebat Cependant, plein deeoniiantw dans l'ordre des dieux, Énée dirige vcr>
Certus iter, fluctusque atros Aquilone secabat , la haute mer sa flotte qui l'end les vagues noircies par les Aquilons. Il rc-
■Mœnia respiciens , qua; jam infelicis Elisœ garde les murs de Carthage, et déjft le biu^her de Didon les éclaire de se)i
Co/Iucent flammis. Qu;e tantum accenderit ignem, feux, l.e héros et ses Troyens ignorent la cause d'un si grand eiiibrase-
r.ausa latet; duri magno sed amore dolores „,ent : mais connaissant les violentes douleurs d'un amour outragé, et
Polluto, notumque furcns (piiil femina po.ssit, tout ^c que peut une femme en fureur, leurs cœurs se remplissent de
1 riste per augurium Teucrorum pectora ducunt. „^„s prcssentimens. Dès qu'ils se sont avancés dans la profonde mer, que
I t pelagus tenuere rates, nec jam amplius ulla joute terre a disparu, .[u'on n'aperçoit plus que les eaux et les cieux,
occurrit tellus, maria undique, et undique cœlum; „„ nuage, qui dans son .sein porte la nuit et la tem|HHe , s'arrête sur U
Olli cieruleus supra ..aput ad..titit imber, ^^^^^ ^^ ^^,,,^^,^ ,,^,,j^ ^,^,,,„,. j.,^^ n.orreur des ténèbres. I.e pilote
Noctem hiememquc ferens; et inhorruit unda tenebris. , . , .. ,■ , .■ i ., • /^ .■
' . . ,. . , lui-raème. Palmure, sur la poupe élevée , s écrie :« Quelle nue mena-
Ipse gubernator puppi Palmurus ail alta : . ,,,..,. ,-,..,.
„ I . .... ... . ..1 cantc enveloppe 1 étber! o Neptune ! que nous prépares-tu .-^ » 11 dit, et
Heu! quianam tanti cinxerunt a.-tbera nimbi.'' ' '' i i i i
< miilve , pat..r Neptune , paras ? Sic deinde locutus , '°"'^''''" "'"''"""•^ """ """«'°''' '^'' ^'■^'•"'''^ "-' «"ordages , de .se courber
(olligere arma jubet, validisque incuml.ere remis; •''"■" '» P"=»»"*« '"'""<=; " présente obliquement la voile à l'Aquilon , et
( Ibligatque sinus in ventuin , ac talia fatur : s'adressant au chef des Troyens : .. Magnanime Énée , non , quand j'au-
Magnanime /linea, non , si milii Jupiter auctor rai'* P*»"" garant la promesse de Jupiter, jcn'espérerais point aborder en
Spondeat, hoc sperem Italiam contingere e(»lo. "alic pa'' "' <•'<■• orageux. I.es vents ont changé; ils s'élancent du cou-
Mutati transversa fremunt, et vcspere ab atro chant obscurci , prennent en travei-s nos >aisseaux ; l'air se condense, et
Consurgunt venti , atipie in nubem cogitur aer. n'est bient«'tt plus cpi'un nuage. Nous ne |>ou\ons lutter contre la tour-
Nec nos obniti contra, nec tendere tantum mente, et nos efforts sont inipuis.sans. Puisque la fortune remporte ,
Sufllcimus. Superat quoniam fortuna, srqiiamur; cédons.... »
(Vi&uiLk, traducliuii di- .M. VilIcnaTi-, O.btiuthfi/ue I.ulûir-J-'nxnrtisf , publUv par C. L. K. r.iitcLoi.cLi' ; Paris, tome Ml
^ Caxuftjcerfixuxafcf jaroCàcnxàcnc^^ Can Uuznc fUmnaf- c{^ tantum. aoot^enrtgnê^
pTrifte' ydttgurumv teumnamt pcctom. ^uc^n^|^ U -r peUguTtenucrc rarcT- ncc utm ampluiTulUt 0 ccumr tcUuTnuna, lln^u]f• fieuîicluf' œliwv-^ 0 llvcem!eiiffiipmaipitra5fttttron()ct^ ÎV octcm hiemcmif fêrcnTiJemlvrrurr lln^<tt3e1lc(ïn^•
^mô ue pâter nqjtime pàraf'^fic banbc locutuf '^ C otUgere drmA mbet-nâUxè^c^' mcmnberc rcmif. 0 blu^udtijffîmirmuattum'AC'mliafîttïîr'.
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C (mfurçDtrtteriasmyittmibcnvcîDçtoraer tV eciiDrobiiiaûonna.nec«n&efe^tarttum
Xir SIÈCLE
— Maniscrit, n"7.Siiii, Hihiiotli. ri)\;ilc de Paris.-
OUINTILIEN
MANDSCUÏT nu XII SIECLE.
i/uiNTiLiEN (Marcus Fabius Quintilianus), né à Calagurris , ville de l'Espagne Tarraconaise, l'an 4^ de l'ère chrétienne. On ignore l'année de sa mort, qui arriva cependant après l'année 1 18 de la même ère.
Ce savant critique fut du nombre des rhéteurs qui se distinguèrent pendant les premiers siècles de l'ère chrétienne, et qui ouvrirent des écoles. Bien préférable à Sénèque, son devancier dans la même carrière, il nous a laissé sur l'éloquence un travail supérieur à tous les traités connus sur la même matière. Il fut le premier rhéteur salarié de la caisse impériale. Flavia Domitia et Pline le Jeune sont comptés parmi ses élèves. Après avoir obtenu le consulat pendant le règne de Domitien, et professé pendant vingt ans, il renonça aux affaires publiques, afin de travailler avec plus de loisir et de soin à ses Institutions de l'orateur [de fnstitutione oratoria). C'est ce travail qui a sauvé son nom de l'oubli, et qui l'a recommandé à l'estime et à la reconnaissance du monde civilisé ; il y employa deux années entières de sa vie, de l'an 92 à l'an 94 de Jésus-Christ, et il le dédia à son ami Marcellus Victorius.
Cet ouvrage contient un plan d'études pour un orateur, pour tout homme qui désire posséder une instruction solide, complète, et ce fut dans une longue el attentive expérience que l'auteur en puisa les fondemens.
Tout en se servant du travail fie Cicéron , Quinlilien dépassa de beaucoup ce
6o MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
grand maitre; ses observations nous révèlent une grande habileté de critique, et un goût épuré par de sérieuses études. Ses remarques sur les antiquités de la langue latine, sur l'état primitif de son alphabet, sur le mélange des anciens idiomes italiotes , amené par l'effet du temps et des mouvemens de la civilisation dans ces belles contrées où l'Orient et l'Occident semblent s'être rencontrés et avoir terminé leurs conquêtes , sur les rapports de la langue latine avec ces mêmes idiomes et avec ceux des pays helléniques : tout dans ces remarques nous révèle un esprit ingénieux, pénétrant et sévèrement logique; et pour juger du progrès immense que le même esprit fjt faire presque subitement à la critique littéraire , ou plutôt pour reconnaître qu'il en fut le véritable fondateur, il suffit de comparer les étymologies latines de Quintilien, entièrement régulières et toujours réservées, avec les absurdes rébus et les pitoyables analyses de sons que l'illustre Varron débitait hautement au monde romain cent ans seulement avant Quintilien. Les premiers chapitres de ses Institutions sont des sources inépuisables d'instruction , et ils ne seront jamais assez étudiés ni par les élèves ni par les maîtres; l'homme le plus instruit y trouverait encore à glaner. Toutefois, on doit le dire, son style n'échappe pas toujours à l'influence de son époque.
Avec les Institutions oratoires on connaît aussi sous le nom de Quintilien , et il est d'usage d'imprimer avec ce grand ouvrage, un amas de petits discours au nombre de soixante -quatre, portant le titre de Declamationes. Un examen attentif fit croire à quelques critiques des derniers siècles, que ces Déclamations ne devaient pas être attribuées à Quintilien. On les croit surtout d'un siècle plus récent ; on les attribue même à plusieurs rhéteurs : Q. Vossius à Postumius le jeune, et certains manuscrits à Marcus Florus, personnage d'ailleurs inconnu. Cette question a été longuement débattue; on n'est point arrivé à une conclusion incontestable, l'usage l'a emporté, et l'on continue d'imprimer ces Déclamations à la suite des Institutions de Quintilien.
D'après une certaine tradition, le temps nous aurait conservé deux manuscrits originaux des Institutions de Quintilien' : l'un était complet, et fut découvert à l'époque du concile de, Constance, dans une tour de l'abbaye de Saint-Gall, par le célèbre Pogge de Florence, et il en fit une copie qu'on dit être aujourd'hui en Angleterre. Environ un siècle plus tard, Léonard Arétin découvrit, en Italie, un second manuscrit, mais très-défectueux : on ajoute que de ces deux originaux dérivèrent, selon la même tradition, tous les autres manuscrits des ouvrages de Quintilien; on ignore ce qu'est devenu le manuscrit de Saint-Gall.
Nous n'essaierons pas d'examiner quelle importance et quelle authenticité peut
' Histoire ahrégce de la littérature romaint- , t. il, p. 400.
MANUSCRIT DE QUINTILIEN. 6i
avoir cette tradition, qui veut que le manuscrit trouvé dans une tour de l'abbaye de Saint-Gall soit un volume original (on a voulu dire très-ancien, vraisemblablement), ainsi que le manuscrit retrouvé par l'Arétin; il nous suffira d'établir que ce n'est point de ces deux volumes que proviennent toutes les autres copies de Quintilien; et la chose ne sera pas difficile à prouver, quoique les écrits de cet habile critique n'aient pas été très-répandus, dans les trop rares bibliothèques, antérieurement au onzième siècle de notre ère. Cependant, bien avant ce même siècle, la France possédait cet ouvrage de Quintilien, et les lettres de Loup, abbé de Ferrière, prouvent d'une manière positive qu'il se trouvait dans la bibliothèque de cette abbaye un manuscrit de Quintilien, au milieu du neuvième siècle; de même que la lettre de consolation de Vincent de Beauvais à saint Louis démontre également que la bibliothèque de ce roi de France en possédait aussi un autre au treizième siècle.
L'existence de ce même auteur, dans les bibliothèques d'Espagne, est constatée, au septième siècle, par Isidore de Se ville, et au sixième, chez les Goths, par les écrits de Cassiodore. Les prétendues découvertes de Pogge et de l'Arétin ne doivent donc s'entendre qu'à l'égard de l'Italie , puisqu'il est constant que Quintilien était connu, plusieurs siècles auparavant, en France, en Espagne et chez les Goths. La célébrité de ses ouvrages ne permettait guère d'en douter; ajoutons que de tels écrits ne pouvaient rester ignorés pendant un long espace de temps, à une époque où, comme au neuvième siècle, par exemple, de sa vans anachorètes avaient étabH dans toute l'Europe des correspondances actives, dans l'objet de se communiquer réciproquement les livres que leurs bibliothèques ne possédaient pas, et de s'en procurer des copies. Le témoignage positif de l'abbé de Ferrière est donc ici d'un grand poids, et il nous prouve que les ouvrages de Quintilien étaient connus en France dès le milieu du neuvième siècle. Pourquoi auraient-ils cessé de se trouver dans des bibliothèques de ce pays, à partir de ce temps jusqu'à celui de la prétendue découverte de Pogge .-^ Il sera, du reste, bien plus facile encore de reconnaître qu'elle est sans fondement, lorsque l'on remarquera que le manuscrit qui a servi à notre planche VU est de trois siècles antérieur à cette prétendue découverte, et que la Bibliothèque du Roi possède un autre volume de Quintilien lUi treizième siècle, conséquemment antérieur encore à l'existence de Poggç.
On en faisait une étude toute particulière au sixième siècle; Lactancc et Trebellius Pollio, tous deux écrivains de la même époque, l'affirment par leurs écrits. Enfin, si nous remontons, par l'ordre des temps, à des époques plus reculées, et jusqu'au moment même où Quintilien écrivait son traité, nous trouvons, parmi les auteurs reconnus par la supériorité de leurs écrits, et dont les textes se sont perpétués jusqu'à nous, que la plupart d'entre eux ont étudié Quintilien avec.
i^-x MANUSCRIT DE QUINTILIEN.
soin et avec fruit. Tels sont, au cinquième siècle, Sidoine Apollinaire; au quatrième, saint Jérôme et le poète Ausone; enfin, parmi les contemporains de Quintilien ou ses élèves, Martial, Pline le Jeune, Juvénal et Sénèque. Ainsi, (^uintilien n'a jamais été entièrement négligé par les littérateurs, et, dans les siècles qui ont suivi la publication de ses écrits, les hommes instruits ont cherché à se perfectionner par ses préceptes et par ses exemples.
La Bibliothèque royale ne possède cependant pas de manuscrits de Quintilien dont on puisse faire remonter l'antiquité au-delà du douzième siècle, et parmi les trente-six volumes de cet auteur qui se trouvent dans ses collections, quatre seulement sont de cette dernière époque'. C'est parmi ces quatre volumes que nous avons choisi l'exemplaire dont une page est reproduite par notre planche VII. Des deux autres manuscrits, l'un ne contient que le dixième livre des Institutions , l'autre renferme ce traité complet. Du reste, à part les prétendus volumes originaux trouvés en Italie et à Saint-Gall, les ouvrages de paléographie ne citent aucun manuscrit célèbre des œuvres de Quintilien. Parmi les autres manuscrits de ce même auteur, qui se trouvent à la Bibliothèque royale, il faut descendre jusqu'au quinzième siècle pour en remarquer quelques-uns dont l'exécution matérielle mérite d'attirer l'attention.
Parmi ceux-là doit être compris le volume numéroté jyi'i des manuscrits du Roi , et dont la date se déclare en ces termes : Laurentius Valla hune codicem sibi emendavit ipse , millesimo quadringentesimo quadragesimo quarto incnse decembri die nono. De très-belles capitales ornent le premier feuillet de ce manuscrit; tout annonce qu'il a été exécuté en Italie. Des scolies sont écrites sur les marges.
Un autre manuscrit de petit format, sur vélin, du quinzième siècle, coté Saint-Germain Latin , n° i63i , et d'une très-jolie exécution, attribue, ainsi que le manuscrit du douzième sièle qui a servi à notre planche , les Déclamations i\ Quintilien.
Cet ouvrage, malgré son mérite, ne paraît pas avoir été traduit en français bien anciennement. L'imprimerie cependant s'empara du texte latin de trèsbonne heure, et l'on fait remonter à 1470 l'édition Princeps de Quintilien, ex recognitione Joannis Ant. Campani , Romœ , in via papœ , in-fol., édition trèsrare, dont on ne porte qu'à deux le nombre des exemplaires connus, et la Bibliothèque royale en possède un de la plus grande beauté, et d'une conservation admirable.
Parmi les autres éditions du texte de Quintilien considérées encore comme fort rares, on doit citer celle de 1470 5 Romœ , pcr Conraduni Swejnheim et Arnoldum
' Le Catalogue de la Bibliothèque de l'abbaye de Corbie, dressé pendant le dunziènie siècle, n'indique pas de manuscrit do Quintilien, et la Bibliollvèque royale ne possède qu'un manuscrit des ouvrages de cet auteur, écrit pendant le treizième siècle.
Pannartz, in-folio, qui existe également à la Bibliothèque du Roi : on l'a prise tort long-temps pour la première; mais l'édition de Campanus, une fois connue, a dii obtenir la priorité par son ancienneté. Celle de 147I5 Venetiis , per NicolauDi Jenson, in-folio, est encore fort rare, et la Bibliothèque royale en conserve \\\\ exemplaire imprimé sur vélin. La belle et riche exécution de ce volume ne le recommande pas moins que la date de son impression.
Telles sont les éditions les plus précieuses de Quintilien; les autres se trouvent plus ou moins communément dans le commerce.
Le manuscrit qui a servi mn fac-similé de notre planche VII est de format in-4°. sur vélin , écrit à longues lignes, dans le douzième siècle. Quelques-uns de ses feuillets sont en partie arrachés, et il ne contient que les Déclamations. La première de notre manuscrit est celle que les éditeurs ont placée sous le n" 2, et. comme dans les éditions, on trouve aussi dans le manuscrit, en tête de cette Déclamation, le sommaire de soft contenu.
PLANCHE Vil.
LECTURE DU MANUSCRIT
Marcp fabii quintiliani. cœcus in limine