J ■ «, HT<U
De- us no-
ster. y. Veni-te et vide-
te omnes popu-li De-um
•\Wm> ■ a..^éfU
^Tfy-V-MI ■%,
et
homi-
nem extensum in cru-
ce.
* Oui nos.
Nous passons rapidement sur les répétitions de formules : pro omnibus et te morior; qui dicebat et de ipsis; moriamur et redemit ; — on remarquera également que la cadence finale du verset se retrouve dans l'ingressa Postquam surrexit, sur les mots cœna et alterius, — et nous nous demandons tout de suite quel est l'enchaînement de ces deux tronçons.
Le codex VI. 40 est ici d'une précision qui ne peut laisser place à la moindre hésitation : cette transition, c'est tout simplement l'unisson. Et Ton trouve une justification de cet enchaînement dans le répons Tenebrœ, dont nous aurons à reparler plus loin. Comme on peut le vérifier sur la planche XVI, la phrase Et circa horam nonam exelamavit Hiesus reproduit très exactement celle qu'on trouve dans le Vadit propitiator sur les mots Reliquit eum Thomas qui clamabat dicens; quant à la cadence qui précède, sur Judeis. elle est identiquement la même qu'ici sur morior. Or, dans l'un comme dans l'autre cas, l'enchaînement de la deuxième phrase avec la première consiste tout simplement dans le départ à l'unisson.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 283
Exécutée matériellement d'après l'écriture la plus simple adoptée pour notre première transcription, la pièce présenterait d'ailleurs une disproportion d'ambitus manifeste, toute la première partie se trouvant à l'aigu, toute la seconde au grave, avec un ambitus total de près de deux octaves, allant du la grave au fa aigu. L'enchaînement indiqué par le manuscrit, et qui a pour effet de remonter d'une quarte toute la seconde partie par rapport à la première, la restitue donc très heureusement dans les mêmes cordes, réduisant d'autant l'ambitus total.
Pour donner de la pièce la restitution définitive, telle qu'elle résulte de la transition indiquée par le manuscrit, tant pour le Vadit propitiator que pour le Tenebrœ, il suffit donc de remonter d'une quarte toute la seconde partie de la pièce, ce qui implique, pour elle, le si\> à la clé :
si . jl. - ^yv-^Afl^1 ■ \'>ï^F-**Mn*.-^ la+.ii^iFF-f . - 1» ^ -^
a *fr a ■it*-r^"g- •♦ '\ '-gUvr^; FsTMt-I ■ ^a
Va-dit pro- pi- ti- a- tor. .. Pro te mo- ri- or. Re-liquit
e- um. .. De- us no- ster. Y- Ve-ni-te... in cru- ce. * Qui nos.
Cette reproduction scrupuleuse du manuscrit de Bénévent avec toutes ses particularités, transitions comprises, conduit d'ailleurs à une restitution qui n'a rien de heurté, mais au contraire à une mélodie très naturelle — dans le style où elle a été conçue, — et qui n'implique somme toute qu'une seule modulation puisque, le si\> une fois introduit dans la mélodie, s'y maintient jusqu'à la fin, y compris le verset et la reprise.
L'ingressa Postquam surrexit et le graduel Vadit propitiator sont les seules pièces qui soient propres à la messe bénéventaine du Jeudi-Saint; l'offertoire Popule meus et la communion Ouis te supplantavit qui la complétaient lui sont communes avec le Dimanche des Rameaux; nous en avons déjà donné, page 266, la restitution mélodique.
Le Mandat um.
Comme pour la plupart des fonctions qui figuraient à la fois dans la liturgie romaine et dans l'ancienne liturgie de Bénévent, nous trouvons, dans nos manuscrits bénéventains postérieurs à l'adoption de la liturgie romaine, un compromis entre les deux usages, ou plutôt une compilation comprenant à la fois les pièces que l'on rencontre pour la cérémonie du Mandàtum dans la plupart des manuscrits romains, et quelques-unes au moins de celles qui appartenaient autrefois à la même fonction dans l'ancienne liturgie de Bénévent. Ces dernières ont été figurées en caractères gras dans le tableau ci-après, où nous avons résumé le témoignage de tous ceux de nos manuscrits qui contenaient quelque indication relativement au Mandàtum.
Bénévent VI. 33.
Lucques 606.
Bénévent VI. 35.
Bénévent VI. 40.
Bénévent VI, 39.
Bénévent VI. 30.
Rome, Vat.lat. 6082.
Postquam surrexit *
Postquam surrexit
Postquam surrexit
Postquam surrexit
Postquam surrexit
Domine tu mihi *
Domine tu mihi
Domine tu mihi
Domine tu mihi
Domine tu mihi
Mandatutn novum
Mandatum novum
Mandatum novum
Si ego Dominus
Si ego Dominus
Si ego Dominus
In hoc cognoscent
In hoc cognoscent
In hoc cognoscent
Benedicta sit *
Benedicta sit In diebus illis Sinite mulierem
Benedicta sit
Benedicta sit
Diligamus nos
Diligamus nos
Diligamus nos
Ubi est caritas *
Ubi est caritas Mandatum novum
Congregavit nos (Rubriques)
Ubi est caritas
Ubi est caritas
Maneant in nobis
Congregavit nos Caritas est summum
Ubi est caritas Benedicta sit (Rubriques)
Cum recubuisset *
Cum recubuisset
Cum recubuisset Dominus Hiesus
ff. Ubi caritas
ff. Ubi caritas
ff. Ubi caritas
ff. Ubi caritas
(Rubriques)
(Rubriques)
R7. Lavi pedes *
R7. Lavi pedes
(Rubriques)
R7. Lavi pedes
ff. Ubi caritas
Rj. Lavi pedes
R7. Lavi pedes (Rubriques)
Comme on le voit, la série des pièces de chant affectées par nos manuscrits à cette fonction du Mandatum est plus ou moins longue; mais leur liste peut en être dressée sans décalages ou presque, vu Tordre à peu près identique dans lequel elles se présentent dans les différents témoins; il n'y a que deux déplacements à signaler :
i° Le codex Bénévent VI. yo donne l'antienne Benedicta sit après l'antienne Ubi est caritas, et non pas avant comme les autres manuscrits;
2° Les deux Graduels Bénévent VI. }$ et Bénévent VI. 40 rejettent tout à la fin de la fonction les <.< versus» Ubi caritas et amor, alors qu'ils sont habituellement suivis du répons Lavi pedes, dans tous les manuscrits où ce dernier figure.
Mis à part ces « versus », dont la place vers la fin de la fonction ne semble pas très bien arrêtée (1), ce sont les pièces bénéventaines qui, dans tous les manuscrits, terminent la série. C'est que, en réalité, on s'est contenté de compiler les deux usages, en ajoutant à la liste des antiennes romaines les pièces correspondantes de l'ancienne liturgie de Bénévent.
Si l'on en juge d'après le témoin ancien le plus explicite de cette compilation, on se rend compte d'ailleurs que les antiennes romaines ont été seules retenues pour accompagner
(1) Relativement à ces versets Ubi caritas et amor, attestés par tous nos manuscrits sauf le Missaie Antiquum de Bénévent, nous nous contenterons de renvoyer à l'étude de dom Wilmart : L'hymne de la charité pour le Jeudi-Saint, parue dans La Vie et les Arts liturgiques, X (1924), pp. 250-259, et reproduite dans le recueil Auteurs spirituels et Textes dévots du Moyen-Age latin, Paris, Bloud et Gay 1932, pp. 26-36. Dans la tradition bénéventaine, l'ordre des versets est, en somme, celui qui est représenté dans l'étude de dom Wilmart par la lettre B; avec cette différence toutefois que la strophe XI ( Unanimiter) y est encadrée par deux strophes, toutes deux absentes du type B : la strophe VIII (Tota ergo) et la strophe Similes çuo cum beatis qui, comme aujourd'hui, termine la pièce.
le lavement des pieds proprement dit. Voici d'ailleurs le plan de la fonction telle qu'elle se trouve codifiée dans le manuscrit de Lucques (pi. XXXV-XLI) :
Après avoir seulement mentionné, pour la messe du Jeudi-Saint, la leçon de Jonas suivie du graduel Cbristus, l'ordo passe immédiatement au Mandatum /«Et finita cena pergant in capitulum et incipiunt Mandatum ». Celui-ci est accompagné de la série des antiennes romaines. « Et postquam abluti fuerint pedes omnibus, abluant ipsi lintea cum quibus fratres pedes terserunt, et cantent hanc antiphonam : Ant. Cum recubuisset...» C'est donc pendant que les frères lavent les linges qui leur ont servi à s'essuyer les pieds, que l'on chante la grande antienne Cum recubuisset, suivie des «versus» Ubi caritas et amor. «Post haec», continue l'ordo, « légat diaconus evangelium secundum Johannem : Et cena facta... ita et vos faciatis». C'est précisément, écourtée de son premier verset, la péricope XIII, 1-15 de S. Jean, que nous lisons encore aujourd'hui, tant à la messe du Jeudi-Saint qu'au Mandatum lui-même. Fait assez singulier, l'ordo de Lucques mentionne en outre, après le répons Lavi pedes qui suit cet évangile, une seconde péricope, beaucoup plus longue que la précédente, puisqu'elle embrasse plus de quatre chapitres de l'Evangile de S. Jean «Iterum subjungit diaconus : Amen amen dico vobis, non est servus major Domino suo... et ego in ipsis». Cette longue lecture, qui occupe, dans le codex, la seconde colonne du folio 153 recto, le verso du même feuillet, les folios 154, recto et verso ainsi que les deux tiers du folio iss recto, est tout simplement la suite de la précédente, et s'étend du chapitre XIII, 16 jusqu'à la fin du chapitre XVII, c'est-à-dire jusqu'au début de la Passion, dont le chant est réservé au lendemain. En fait, la lecture ici indiquée pour le Jeudi-Saint est d'une étendue considérable, sensiblement double de la Passion selon S. Jean(i). L'ordo de Lucques se termine par une brève rubrique relative au dépouillement des autels : « Exeuntes a mensa cum silentio pergant in ecclesia, et, finito completorio, omnes pergant ad altare, et sublevantes linteum altaris, cantent : Ant. Diviserunt. Insurrexerunt in me».
Le Missate Antiquum VI. 31 de Bénévent est beaucoup plus bref. D'après lui, la fonction du Mandatum comprend léchant de quelques antiennes et du répons Lavi pedes, l'Evangile Cœna facta, et se termine par l'oraison Adesto Domine.
Quant au Missel VI. 30 de Bénévent, sensiblement plus récent que les deux précédents, il fait commencer la fonction par le chant des antiennes habituelles suivies de l'oraison Deus qui inhabitare. C'est alors seulement que l'Abbé procède au lavement des pieds des frères, pendant que l'on chante les «versus» Ubi caritas et amor et le répons Lavi pedes. La fonction se termine par le chant de l'évangile Ante diem festum, suivi de quelques versets et de deux oraisons : Adesto Domine, et Deus qui discipuloruni{2).
(1) Nous faisons observer que, les parties notées nous intéressant seules directement ici, nous avons omis, dans la reproduction du manuscrit de Lucques qui figure à la fin du volume (pi. xxxiv-xliii), de donner les folios 153 verso et 154 recto qui contiennent uniquement du texte.
(2) Sur la question du Mandatum en général, et en particulier sur l'usage d'une double péricope affectée à cette fonction, nous ne pouvons que renvoyer au Dictionnaire d'Archéologie chrétienne et de Liturgie, art. Lavement (des pieds), ainsi qu'à Martine, De Antiquis Ecclesioz Ritibus, 2e éd., t. III, Anvers 1737, col. 279-281, 323 et 330-331. En ce qui concerne plus spécialement les usages monastiques, notamment celui du Mont-Cassin, on pourra se reporter au De Monachorum Ritibus, Anvers 1738, col. 380-382.
Somme toute, de ces usages assez variés, il semble bien qu'on ne puisse retenir qu'une note proprement bénéventaine : le chant de l'Evangile à la fin de la fonction, après le lavement des pieds proprement dit. Celui-ci aurait été précédé, comme à la messe, d'un répons, en l'espèce, le Lavi pedes. C'est bien, en effet, la place que lui assignent les deux Missels VI. 31 et VI. 30 de Bénévent. Quant à celui de Lucques, il est assez vraisemblable que l'ordo dont il dépend devait être disposé de la même manière, le péricope du Lavement des pieds étant seule affectée au Mandatum, tandis que l'évangile le plus long appartenait à la fonction du matin, comme on le voit dans le Missale Antiquum de Bénévent.
Nous n'avons pas à insister ici sur toute la série d'antiennes qu'on retrouve d'une manière plus ou moins régulière dans toute la tradition romaine. Seules nous retiendront les pièces proprement bénéventaines : la grande antienne Cum recubuisset, l'antienne Dominus Jésus et le répons Lavi pedes.
De toute la série d'antiennes indiquées pour le Mandatum, l'antienne Cum recubuisset est la seule qui ne soit accompagnée d'aucune psalmodie; à la manière des grandes antiennes processionnelles elle se suffit à elle-même :
fryg-4-iS\ , y, M-rffc-
Cum recubu- isset Dominus Je- sus in do-
mo Simo- nis lepro- si, muli-er quae
yi^^^Vs Nu
tstiriPS
erat in civi-tate peccatrix habens
a-laba- strum unguenti, et se-
dens re-
=3vv
ffl:
*~ft*>, 1tyA-Jgf.-
tro secus pedes Do
mi-
ni,
la-
cry-
mis
pedes
jus ri- ga-
"Tvnr-J"
vit, et ca- pillis su-is ter-ge- bat, et unguen- to ungebat.
Il est à peine besoin de souligner la répétition des mêmes motifs : sur le début des mots sedens et lacrymis, par exemple; sur la fin de sedens et de ejus; sur babens et capillis; mais surtout sur les deux incises alabastrum unguenti et et unguenti ungebat.
Cette grande antienne correspond, dans la liturgie bénéventaine, à l'antienne romaine In diebus iltis, que nous voyons figurer ici dans le manuscrit de Lucques.
Rome
In diebus illis
mulier quae erat in civitate peccatrix ut coguovit quod Jésus pecubuit in domo Simonis leprosi
attulit alabastrum unguenti
et stans rétro secus pedes Domini Jesu,
lacrymis cœpit rigare pedes ejus,
et capillis capitis sui tergebat,
et osculabatur pedes ejus,
et unguento ungebat.
Cum recubuisset Dominus Jésus
in domo Simonis leprosi,
mulier quae erat in civitate peccatrix
habens alabastrum unguenti,
et sedens rétro secus pedes Domini,
lacrymis pedes ejus rigavit,
et capillis capitis sui tergebat,
et unguento ungebat.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 287
Le parallélisme, on le voit, est loin d'être parfait. Il n'en est pas moins vrai que, mélodiquement, les deux pièces semblent bien dériver d'un original commun, comme le prouvent, outre l'échelle et l'ambitus qui sont les mêmes, certaines analogies qui vont même parfois jusqu'à l'identité : dans la phrase mulier quae erat in civitate peccatrix, par exemple.
C'est une parenté toute semblable, et même beaucoup plus précise, que l'on constate entre l'antienne Dominas Jésus affectée au Mandatum dans la liturgie bénéventaine et la pièce correspondante de la liturgie romaine, affectée aussi comme communion à la messe du Jeudi-Saint :
'♦V. * % ?V\ I.J in
Dominus Jésus, postquam cœna-vit
cum di- sci- pu-
lis su- is,
lavit pedes
■ i Jisa ;
•■.. s^n tu
■ ■ :. ■ *h *■ . 1 sP1^ m ■
Ri J ■■ r* ■ ■
e-orum et a- it il- lis : Sci- tis quid fece-rim vo-bis, ego Do- mi-nus et Ma-
<-ÏT* — rr-JL- ' > £=* | , j ^fc=* % «l ^ ,=t^=f
gi-ster? Exemplum dedi vo- bis, ut et vos i- ta fa-ci- a- tis. E u o u a e
Comme nous l'avons déjà signalé à propos de l'offertoire Papule meus (p. 266), nous sommes ici en présence d'une variété de la mélodie codifiée dans les livres romains, et non pas simplement d'une pièce qui en diffère par un nombre plus ou moins grand de variantes. La nuance est importante, car, si l'identité substantielle des mélodies prouve que nous avons affaire ici à des pièces dont l'original est certainement le même, il n'en est pas moins vrai que nous les trouvons attestées par deux liturgies différentes, où elles ont été respectivement stylisées dans l'esprit du répertoire où elles devaient servir. On remarquera en particulier, outre quelques formules assez peu grégoriennes, la répétition de certaines cadences, notamment de la cadence sur fa qui revient jusqu'à trois fois : sur cœnavit, sur feeerim vobis et sur dedi vobis (1). Il est clair qu'il ne s'agit pas là de variantes de la leçon romaine, mais bien de formules spécifiquement bénéventaines .
On notera que la présence dans les Graduels VI. 35 et VI. 40 de la variété bénéventaine de l'antienne Dominus Jésus, comme d'ailleurs du Popule meus, n'exclut pas la leçon romaine. Ce qui facilitait le maintien presque côte-à-côte des deux variétés de ces deux pièces, c'est qu'elles occupaient, dans leurs cadres respectifs, des places qui, pour être très voisines, n'en étaient pas moins différentes : la liturgie romaine affectant le Popule meus à la cérémonie de l'Adoration de la Croix, le Vendredi-Saint, et l'antienne Dominus Jésus, tant à la messe du Jeudi-Saint qu'au Mandatum, tandis que, à Bénévent,
(1) Dans le Graduel VI. 35 de Bénévent, la seconde de ces cadences a été influencée par la leçon romaine, comme d'ailleurs toute l'incise qu'elle termine. Voici la leçon indiquée par ce manuscrit (après correction d'une
petite erreur de clé) : <~j^ ■ J> ' f. , f' ^~!— ' ^~====
Sci- tis quid fece-rim vo- bis, ego Do- minus....
cette dernière était affectée exclusivement au Mandatum, le Popule meus servant d'offertoire, tant au Dimanche des Rameaux qu'au Jeudi-Saint.
C'est là un phénomène extrêmement curieux de voir figurer dans un même livre deux variétés différentes de ces pièces, dérivant certainement d'un original commun, et qui, après avoir évolué indépendamment l'une de l'autre, se trouvent ainsi rapprochées comme fortuitement par l'insertion de quelques usages bénéventains dans un cadre essentiellement romain. La coexistence dans les mêmes livres de ces doublets, stylisés de façons différentes, constitue un fait particulièrement suggestif, et qui méritait de retenir l'attention.
Pour ne pas se présenter exactement sous le même aspect, le cas du répons Lavi pedes n'est pas moins intéressant à étudier. Comme on peut le voir dans le tableau de la page 284, cette pièce est attestée par six de nos manuscrits, dont un seul, le Missale Antiquum de Bénévent, se contente d'indiquer l'incipit non-noté. La restitution que nous donnons ici est basée sur les cinq autres; elle ne soulève d'ailleurs aucune difficulté.
Tj-ïV
^^^^^^^^^Q%ïï7^r^— ~V ^. ■'•V.iï.-j
Lavi pe-destu- os, disci- pu- le; fe- ci te te- stem sacra-men- ti
f-fîr
me- i. * Mandu-ca- sti panem me-um; et tu qua- re si-ne causa si-tisti
g «T,. . ■„ —in — nAyfi^%it . g . r* a |,Na 1 !,, a * i~i~i~i
san-guinem me- um?y. Ho- mo unanimis, dux me- us et notus me-us,
qui si- mul me- cum. * Manducasti.
Nous avons là un magnifique répons du VIIe mode bénéventain, caractérisé, comme les répons correspondants de la liturgie romaine, par la mélodie de son verset. On y retrouve, bien entendu, les répétitions de cadences qui trahissent le compositeur bénéventain; par exemple sur feci te testent, sur sacramenti mei, sur sanguinem meum. Il n'en est pas moins vrai que, ici comme dans le répons du IVe mode Ante sex dies du Dimanche des Rameaux (p. 260), nous sommes loin de la prolixité fatigante de certaines autres pièces du répertoire bénéventain, surtout dans le genre graduel.
Le texte de notre répons ne manque pas lui-même d'intérêt. C'est, comme la communion Quis te supplantavit du Dimanche des Rameaux, une apostrophe au traître; mais, ici, elle lui est adressée par le Seigneur lui-même. Quatre incises très brèves, dont les trois premières rappellent à Judas le Lavement des pieds, l'Institution de l'Eucharistie, la communion où le Maître l'a admis comme les autres disciples; la troisième amène, par parallélisme, la question du Seigneur: «manducasti panem meum... sitisti sanguinem meum ». « Pourquoi donc, sans raison, as-tu eu soif de mon sang?» Expression bien hardie, et qui semble assez peu romaine d'inspiration. Spontanément on pense à un original grec;
le parallélisme ne rappelle-t-il pas d'ailleurs celui des impropères? Et l'hypothèse paraîtrait d'autant plus vraisemblable que la liturgie grecque fait, au cours de ces derniers jours de la Semaine Sainte, des allusions constantes à Judas. Pourtant aucune des pièces conservées aujourd'hui encore dans le Triodion ne nous semble pouvoir être considérée comme le modèle dont dépend directement notre répons.
On ne retrouve pas trace non plus de cette pièce curieuse dans les livres milanais, malgré le titre Responsorium ambrosianum sous lequel elle est désignée dans le manuscrit de Lucques (pi. XXXIX). Elle ne figure pas davantage dans la tradition romaine. Il faut toutefois en signaler la présence dans ces deux antiphonaires B. 79 des Archives de Saint-Pierre et add. 29988 du British Muséum, qui représentent une tradition aussi singulière que mystérieuse (1). La mélodie du IIe mode indiquée, avec quelques variantes minimes, par ces deux manuscrits, est d'ailleurs toute différente de celle de Bénévent; nous la donnons ici d'après le manuscrit des Archives de Saint-Pierre :
fi-i\ . fr~U* \h> ' jj-r—L' r* yj,,t A j^ .* ^
La- vi pedes tu- os ; fe-ci te testem sacra- men-ti me- i. * Pa- ra-
\ \ 8'j^^^H^rey=, >* rv»i.,;flfr.l| Jw'» ■■'M., •> ^=3^=J
vi con-vi- vi-um; manducasti panem me- um; et tu qua- re sine cau-sa * 5 : t, : : +
^jto, , - s-* >, ii-^> j-__^
si- tisti sangui- nem me- um?y. Ho- mo pa-cis me- a^ in quo sperabam.qui ede-
' > /'♦ IV4^ ■ ' ■ ■ ' ■ ■ ■ J^V A i**\ j>: 1î
bat panes me- os, ampli- avit adversus me supplan- ta- ti- o- nem. * Paravi.
Les textes, on le voit, sont à peu près identiques; le premier ajoute simplement l'apostrophe discipule, mais ne contient pas l'incise paravi convivium. On ne saurait nier toutefois que, pour un texte non-scripturaire comme celui-ci, un parallélisme aussi précis trahit une communauté d'origine incontestable (2). Ajoutons que le manuscrit du British indique, lui aussi, la reprise Manducasti , et non Paravi comme celui de Saint-Pierre.
(1) Le texte du manuscrit de Saint-Pierre a été publié par Thomasi; le répons Lavi pedes s'y trouve aux Ténèbres du Jeudi-Saint. Cf. Thomasi- Vezzosi, t. IV, p. 89.
(2) Il est assez remarquable que l'idée, et presque les termes du répons Lavi pedes se retrouvent dans la préface qui figure, dans les « gélasiens du VIIIe siècle », à la Missa ad Vesperum du Jeudi-Saint. Voici le texte d'après le Sacramentaire d'Angoulême, éd. Cagin, p. 42 : Vere dignum et justum est... Per Christum Dominum riostrum. Quem in hac nocte inter sacras epulas convivantem, mens sibi conscia traditoris ferre non potuit, sed, apostolorum derelicto consortio, sanguinis pretium a Judeis accepit, ut vitam perderet quant distraxit. Cœnavit igitur hodie proditor mortem suam, et cruentibus manibus panem de manu Salvatoris exiiurus accepit, ut saginatum cibo major poena constringerei, quem nec subprema pie tas ab scelere revocaret. Patitur itaque Dominus nos ter Ihesus Christus Filius tuus cum oste novissimo participare convivio, a quo se noverat continuo traditurum : ut exemplum innocentie mundo derelinqueret, et passionem suam pro seculi redemptione suppleret. Parcit (Gellone : pascit) igitur mitis Deus barbarum Judam et sustinet in menia (Gellone : mensa) crudelem convivam, donec se suo laqueo perderet, qui de magistri sanguine cogitaret...
Paléographie XIV. 37
Malgré Tincipit qui leur est commun, les versets sont empruntés, au contraire, à deux psaumes différents : le verset romain provient du psaume XL, 10, selon l'ancienne version; le verset bénéventain, du psaume LIV, 14-15, commun au psautier romain et au psautier gallican; il est d'autant plus curieux de constater qu'ils ont exactement le même sens (1).
On remarquera que le dernier semble mieux choisi pour s'enchaîner avec la reprise extra-psalmique, tout en conservant l'idée contenue dans le psaume lui-même : «qui simul mecum dulces capiebas cibos », disait le psaume; le verset, conçu, lui, en style direct, enchaîne : «qui simul mecum... manducasti panem meum ». On peut donc le considérer comme mieux adapté au texte de notre répons que le verset de Saint-Pierre.
Du point de vue musical, il est intéressant de souligner le parallélisme qui existe, dans les répons bénéventains, entre les incipits des versets du VIIe et du IVe mode. Le dessin mélodique du mot Homo est tout semblable, en effet, à celui de l'incipit Magister dans le répons Ante sex dies (p. 260); la place sur l'échelle diffère seule, selon qu'il s'agit d'un mode ou de l'autre. La reproduction des mêmes formes mélodiques décalées sur la portée n'empêche d'ailleurs pas qu'elles ne soient très bien appropriées l'une et l'autre à leur fonction respective.
E. — Le Vendredi-Saint.
Si le Graduel lat. 10673 de 'a Bibliothèque Vaticane n'a rien conservé de la fonction du jeudi-Saint — sauf peut-être un fragment du Cantique de Jonas, — il contient, au contraire, tout l'ordo du Vendredi-Saint; un ordo extrêmement curieux, mais disposé dans un désordre dont peut seule donner une idée la comparaison avec les documents de la même école qui en ont encore conservé quelques traits. Aussi convient-il de le reproduire tout d'abord, avant de tenter une reconstitution de la fonction, basée en grande partie sur la distinction des éléments romains et bénéventains dont la compilation a fini par donner à la liturgie de ce jour un caractère vraiment hybride (2).
(1) Le parallélisme de ces deux textes apparaît mieux encore dans la traduction qu'en donne Crampon d'après l'hébreu :
« Même l'homme qui était mon ami, qui avait ma confiance et qui mangeait mon pain, lève le talon contre moi » (Ps. XL, 10);
« Mais toi, tu étais un autre moi-même, mon confident et mon ami. Nous vivions ensemble dans une douce intimité. . . » (Ps. LIV, 14-15) .
(2) Le codex étant sous les yeux du lecteur, nous n'avons pas cru utile d'en donner une édition diplomatique; nous nous contentons d'en reproduire exactement le texte, abréviations résolues, avec toutes ses incorrections et ses fautes. Plusieurs détails ayant été corrigés, soit par une deuxième main, soit par la première main elle-même, nous reproduisons dans chaque cas la leçon la plus correcte.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 291
ORDO DU VENDREDI-SAINT, d'après le codex Vat. lai. 10673.
[Tract Domine audivi...] (p. 53). y. Operuit celos majestas ejus & laudes ejus plena est terra. Tract. Eripe me Domine ab homine malo a viro iniquo libéra me. Qui cogitaverunt malitias in corde tota die constituebant prelia. Acuerunt linguas suas sicut serpentes venenum aspidum sub labiis eorum. Custodi me Domine de manu peccatoris & ab hominibus (1) iniquis libéra me. Qui cogitaverunt supplantare gressus meos absconderunt supervi laqueos michi. Et funes extenderunt in laqueo pedibus meis juxta iter scandalum posuerunt michi. Dixi Domino Deus meus es tu exaudi Domine vocem orationis mee. Domine Domine virtus salutis mee obumbra capud meum in die velli. Ne tradas me a desiderio meo peccato(p. 54)ri cogitaverunt adversus me ne derelinquas me ne umquam exaltentur. Caput circuitus eorum labor labiorum ipsorum operiet eos. Verumtamen justi confitebuntur nomini tuo et habitabunt recti cum vulto tuo.