‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 112 sur 157 · Benedi- ci- te fon · texte numérisé non relu

Benedi- ci- te fon

LA TRADITION BENEVENTAINE.

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y. Ouoni- am e-ripu-it nos ab infe-ris et de manu mor-tis liberavit

nos.

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y. Confi- temini Domino quonî- am bo-nus, quoni-am in saecu-lum mi-se-ricor- di-a e-jus.

Sous la forme mélodique que nous venons de donner, les Benedictiones bénéventaines du Vendredi-Saint figurent dans trois de nos manuscrits : le Graduel Vat. tût. 10671, le Missale Antiquitm VI. ?? de Bénévent, et le Graduel VI. 40 de la même bibliothèque (1). On peut toutefois observer que ce dernier est le seul qui nous ait conservé in extenso le texte des Benedictiones. Le Graduel de la Vaticane n'en contient plus actuellement que les premiers versets, toute la suite figurant dans un feuillet aujourd'hui disparu. Quant au Missale Antiquum de Bénévent — dont nous avons le témoignage complet. — il n'a pas cru devoir conserver le texte intégral des Benedictiones, mais les a réduites à quelques versets. Ce sont ceux-là mêmes que nous avons retenus dans la restitution qui précède. Sous cette forme réduite, on peut se faire une idée exacte de la composition, très prolixe en fait, conçue néanmoins d'après un nombre de formules mélodiques extrêmement réduit. Cette pauvreté très réelle permet d'ailleurs de résumer schématiquement l'ensemble de la pièce telle qu'elle figure dans le Graduel VI. 40. Nous le faisons en donnant successivement, pages 322-323, la série des premiers et des seconds demi-versets, ces derniers réduits à trois phrases seulement.

(1) Le Graduel VI. jç ne contient, pour sa part, que le prologue Tune hi très. Paléographie XIV.

Dactyle

Spondée

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Et lau- da- bi- Hymnum di- ci- Hymnum di- ci-

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et su-per-exaltaet su-per-exaltaet su-per-exalte-

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On le voit, l'inspiration mélodique de la série des premiers demi-versets se réduit, en somme, à fort peu de chose; à moins encore qu'il ne paraît sur le tableau précédent, puisque nous y avons représenté séparément les variétés dactyliques et spondaïques d'une formule substantiellement une. La seule particularité mélodique tranchant sur le reste de la pièce est relative à la double formule Anania, Avaria.

LA TRADITION BENEVENTAINE.

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Amen.

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Amen.

Quant à la seconde partie des mêmes versets, elle se compose uniquement de trois phrases parallèles, dont la première et la troisième terminent le premier et le dernier verset, tandis que la seconde sert de reprise pour tous les versets intermédiaires. L'incise mélodique l'uni, commune aux deux dernières et absente de la première, n'est d'ailleurs, on l'aura remarqué, qu'un redoublement de l'incise précédente

La liturgie bénéventaine ne redoutait pas, on le voit, les leçons prolixes. Déjà nous l'avons vue affecter comme leçon prophétique à la messe du Jeudi-Saint le Livre entier de Jonas, y compris son Cantique; et si nous n'avons ici, pour la seconde avant-messe du Vendredi-Saint, qu'un seul chapitre — assez long il est vrai — du Livre de Daniel, il faut convenir que l'exécution n'en devait pas être précisément allégée par la présence des deux Cantiques qui — il ne faut pas l'oublier — font partie intégrante de la leçon. Ni la longueur du premier, ni la prolixité mélodique du second n'altèrent en rien l'unité de la leçon elle-même : seul cas de lectio eum canticis que nous offre d'ailleurs la tradition liturgique.

De même qu'au cours de la première avant-messe bénéventaine. le répons Amiens meus faisait suite à la leçon de la Sagesse, de même la leçon de Daniel est suivie ici, en manière de graduel, du répons Tenebrœ.

Ce sont d'ailleurs les mêmes manuscrits qui témoignent pour l'une et l'autre pièce. Toutefois le Missale Aniiquum VI. 33 de Bénévent donnant simplement l'incipit du Tenebrœ, suivi de son verset seul intégralement noté, on en est réduit à deux manuscrits pour restituer le corps du répons; ce sont les deux Graduels Vat. lai. 10673 et Bénévent, VI. 40. Mais l'accord est si parfait entre ces deux témoins, et aussi avec le troisième pour ce qui concerne le verset, que la restitution de la pièce peut être opérée avec la plus grande sûreté.

Nous parlons évidemment ici de l'établissement de la ligne mélodique ; car, si tous nos manuscrits sont diastématiques, surtout le VI. 40 (pi. XVI-XVII), aucun d'entre eux ne comporte ni ligne ni clé. Aussi bien, il nous faut répéter ici ce que nous avons déjà dit à plusieurs reprises : cette restitution ne peut se faire qu'à une transposition près ; et c'est pourquoi elle doit être opérée, incise par incise, avant d'être définitivement fixée sur l'échelle, en tenant compte pour les transitions des indications diastématiques fournies, soit par les intervalles eux-mêmes, soit par les guidons à la fin des lignes.

C'est cette première étape de la restitution que nous donnons ici, utilisant pour chaque incise une clé qui permette de l'écrire aussi simplement que possible — en fait sans aucun accident, — mais ayant soin de ménager des blancs à chaque transition qui ne correspond pas au témoignage exact des manuscrits :

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LA TRADITION BENEVENTAINE.

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est, et

omnis

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* Tune.

Ceci fait, il reste à déterminer les transitions réelles indiquées par les manuscrits et à décaler comme il convient certaines de ces incises, de telle sorte que le tout puisse être écrit en n'utilisant que le seul accident si bémol.

Après les tâtonnements nécessaires, on aboutit à la restitution suivante, où il est désormais superflu de justifier le si bémol constant que l'on voit figurer dans plusieurs incises. Pour supprimer toute hésitation, nous figurons à la clé, soit le bémol, soit le bécarre, essentiels l'un ou l'autre selon les incises :

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J. Ec-

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it. * Tune.

Dans plus d'un cas, on aurait pu être tenté d'adopter des transitions un peu différentes, par exemple de monter d'une quarte toute la phrase A-B, ou. ce qui revient au même, d'écrire une quarte plus bas les deux phrases qui l'encadrent :

b^zi^izz^^ziz^i^^^^^l^^J ^nr-iTTVjVf^^^^v^ — i

ter- ram dum cru- ci- fi- xé- runt

ha^ïlNfy if^Avin " -^-|a% T^nr ■ 8if 8Na

Je- sum Ju- d;e- i. Et circa ho- ram

On peut penser que l'enchaînement eût été ainsi plus naturel, le mouvement ascendant de super universam terrain se poursuivant d'une manière très régulière sur le début de l'incise dum crucifixerunt . Il n'est pas douteux que, dans la restitution proposée, la transition résultant du départ sur dum à la quarte inférieure, avec passage du si bémol au si naturel, manque un peu d'aisance, il en est de même pour l'enchaînement avec la phrase suivante : Et circa horam. Le départ sur le mi après la cadence sur la constitue une transition très heureuse. Elle n'est pourtant pas admissible: paléographiquement parlant il n'y a qu'une seule manière d'écrire : celle que nous avons indiquée dans la restitution définitive. Dans le codex VI. 40 de Bénévent, par exemple (pi. XVI), le départ à. la quarte inférieure est formellement indiqué par un guidon pour la première transition ; et, pour la seconde, le départ à l'unisson, par la disposition même de la mélodie. Rappelons d'ailleurs que la phrase Et circa horam nonam exelamavit Jcsus reproduit, syllabe pour syllabe, note pour note, l'incise Reliquit cum Thomas qui clamahat dicens du graduel Vadit propitiator (p. 282); la transition mélodique qui introduit de part et d'autre cette même phrase musicale étant exactement la même : départ à l'unisson après la cadence identique qui termine la phrase précédente, dans l'un et l'autre cas.

Ajoutons que, pour la finale du verset, il y a désaccord, au moins apparent, entre les manuscrits. Après le grand climacus qui se termine sur la-sol, le Graduel de la Vaticane semble indiquer un intervalle de tierce ou même de seconde, alors que le Missel VI. 33 et le Graduel VI. 40 de Bénévent — ce dernier, le plus précis de beaucoup au point de vue diastématique, — donnent nettement la quinte. C'est cette dernière leçon que nous avons suivie ici. On notera d'ailleurs que, ainsi écrite, cette finale est identique à celle que nous avons donnée précédemment (p. 260) pour le verset Magistcr du répons Antc sex dics (1).

Comme nous l'avons déjà noté bien souvent, on n'aura pas manqué d'observer ici le parallélisme qui, une fois de plus, se manifeste entre les textes de la liturgie bénéventaine et ceux des autres liturgies, romaine ou milanaise. La plupart du temps, c'est, soit avec l'une, soit avec l'autre, que se présentaient ces rapprochements ; toutefois, nous avons déjà eu l'occasion de signaler un cas — celui du Vadis propitiator — où le parallélisme s'étendait aux trois liturgies. Il en est de même ici pour le répons Tcnchrcv dont le texte, substantiellement identique, s'accompagne, ici et là, de mélodies spécifiquement différentes, bien caractéristique chacune du génie propre de l'Eglise qui leur a donné naissance.

(1) Il est assez vraisemblable qu'on devait faire pratiquement sur « fre-mvàx » \e/a dièze correspondant au si naturel du répons Aiite sex (lies.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 327

Il y a toutefois cette différence entre le cas du Vadis propitiator et celui du Tenebrœ que, pour le premier, deux manuscrits de Saint-Pierre de Rome constituaient à eux seuls une variété à part, tandis que tous les autres témoins de tradition romaine s'unissaient avec les documents milanais sur une même leçoiv textuelle. Pour le Tenebrœ, les témoins du texte milanais et du texte romain constituent deux groupes bien tranchés, tandis que les deux antiphonaires de Saint-Pierre ne sauraient se séparer ici du groupe romain, puisqu'ils ignorent le répons en question.

Du point de vue de l'affectation de la pièce, le Tenebrœ suggère des remarques assez analogues à celles qui ont été présentées à propos du Vadis propitiator.

Tout d'abord, dans la tradition romaine, le répons Tenebrœ appartient normalement aux Ténèbres du Vendredi -Saint (i).

A Bénévent au contraire, c'est bien aussi le Vendredi-Saint, mais à l'Office du matin, que le Tenebrœ est affecté, comme graduel de la deuxième avant-messe.

A Milan, la fonction du Vendredi-Saint commence par une avant-messe unique, toute semblable à la fonction romaine pour le plan, mais entièrement différente quant au choix des pièces. Le Tenebrœ y sert de transition entre la seconde lecture et le chant de la Passion. Comme on le voit, cette affectation est assez semblable dans les deux liturgies de Bénévent et de Milan. Deuxième pièce de chant dans l'unique avant-messe ambrosienne, le Tenebrœ sert d'unique graduel dans la seconde avant-messe bénéventaine.

Au groupe milanais proprement dit, qui est représenté ici par deux manuscrits : l'Antiphonaire ambrosien du British Muséum, codex B. M. add. 34209 (2) et l'Antiphonaire de Muggiasca, il faut ajouter, comme pour le Vadis propitiator, un certain nombre de manuscrits romains où figure, texte et mélodie, le Tenebrœ ambrosien.

Ce sont tout d'abord deux beaux manuscrits du XIe siècle, écrits en cette variété de la notation messine qui est caractéristique de la région de Côme : le codex 186 du Chapitre de Verceil, provenant de la Collégiale de Balerna (diocèse de Côme), et le codex E. 68 Sup. de la Bibliothèque Ambrosienne de Milan. L'organisation de ces deux Graduels correspond, pour la disposition de l'Office du Vendredi-Saint, à l'ordre traditionnel aujourd'hui encore en usage. On y trouve pourtant inséré, entre le trait Eripe me et le chant de la Passion, le répons Tenebrœ sous sa forme ambrosienne. Il est clair que cette pièce fait ici double emploi avec le trait qui précède.

Deux autres manuscrits, témoins comme les précédents de l'usage romain traditionnel, ont également adopté le Tenebrœ milanais, le Vendredi-Saint à l'Office du matin; mais

(1) Nous parlons ici de l'affectation normale du Tenebrœ; car on le trouve aussi parfois indiqué, soit pour certaines Heures de l'Office qui normalement ne comportent pas de répons — None et Complies du Vendredi- Saint, par exemple, — soit pour d'autres fonctions plus ou moins liturgiques, comme le Lavement des autels, ou la cérémonie, si répandue au Moyen-Age, de la Depositio Crucis. Mais il ne s'agit là que d'usages particuliers ; et il reste que, dans la liturgie romaine, la seule place officielle et traditionnelle du répons Tenebrœ, c'était, le Vendredi-Saint, l'Office des Ténèbres.

(2) Paléographie Musicale, t. V, pi. 247 et t. VI, p. 295.

ils l'ont inséré tout simplement parmi les pièces de chant qui accompagnent l'Adoration de la Croix : l'un aussitôt après les Impropères, l'autre immédiatement avant. Le plus ancien des deux, le Graduel 12} de la Bibliothèque Angelica, date du XIe siècle et provient d'une église de la région de Bologne ou de Modène; le second, codex O. /. 7 du Chapitre de Modène, également du XIe siècle, est un peu postérieur au précédent ; il provient peut-être de Ravenne. Au total, nous avons donc par conséquent six témoins du Tcncbrœ milanais, dont deux ambrosiens seulement, et quatre romains.

Le tableau suivant résume le témoignage de l'ensemble de la tradition manuscrite

relative à ce texte liturgique.

Rome

104 manuscrits

Milan

I Londres, B. M. add. 34209

IMuggiasca

TMilan, Ambr. E. 68

| Verceil, Chap. 186

1 Rome, Ang. 123

[modène, Chap. O. 1. 7

B EN É VENT

BÉNÉVENT, Chapitre, VI. 33 BÉNÉVENT, Chapitre, VI. 40 Rome, Vat. lat. 10673

Tenebne facta; sunt

dum crucifixissent Jesum Judœi, et circa horam nonam exclamavit1 Jésus voce magna : Deus, Deus2, ut quid me dereliquisti?

Tune unus ex militibus

lancea latus ejus perforavit',

et continuo exivit sanguis et aqua.

Et inclinato capite emisit4 spiritum.

y. s Et vélum templi scissum est

a summo usque deorsum,

et omnis terra tremuit. * Tune, vel* Et.

vel y.6 Cum ergo accepisset acetum

dixit : Consummatum est. * Et.

vel y. 7 Exclamans Jésus voce magna

ait : Pater, in manus tuas commendo

Spiritum meum. * Et.

1 exclamavit : 83 mss. ; exclamâbat : 21 mss.

a Deus, Deus : 54 mss. ; Deus meus : 35 mss. ; Deus meus, Deus meus : 5 mss. ; Deus : 4 mss. ; Deus, Deus meus : 2 mss.; Pater in manus tuas commendo spiritum meum : 4 mss.

t perforavit : 76 mss.; aperuit : 15 mss. L'incise Tune unus... aqua manque dans 13 mss. ; elle est reportée à la fin du répons dans tous les autres manuscrits, sauf l'Antiphotiaire de Çompiègne.

4 emisit : 97 mss.; tradidit : 7 mss.

5 y. Et vélum : 59 mss. (dont 1 comme 2e verset).

6 y. Cum ergo : 38 mss. (dont t comme 2e verset).

? y. Exclamans : 9 mss.

Tenebra; fadas sunt

super universam terram

dum crueifixerunt ' Jesum Judaei,

et circa horam nonam

exclamavit2 Jésus voce magna 3 :

Deus, Deus", quid5 me dereliquisti ?

Tune unus ex militibus lancea latus ejus perforavit6.

Et inclinato capite emisit spiritum.

y/. Ecce terraemotus factus est magnus ; nam vélum templi scissum est, et omnis terra tremuit. * Et.

1 Rome, Ang. : crucifixissent.

- Rome, Ang. : clamavit.

.! Milan, Amb. : vocem magnam.

* Rome, Ang. : Deus, Deus meus.

S Rome, Ang. : ut quid.

' Londres, /?. M. : aperuit.

Tenebne tactae sunt

super universam terram

dum crueifixerunt Jesum Juchei,

et circa horam nonam

exclamavit Jésus voce magna :

Deus, Deus, quid me dereliquisti ?

Et inclinato capite emisit spiritum.

Tune unus ex militibus

lancea latus ejus aperuit,

et continuo exivit sanguis et aqua.

y. Ecce terraemotus factus est magnus ; nam vélum templi scissumest, et omnis terra tremuit. * Tune.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 329

Attesté d'une manière absolument identique par les trois manuscrits que nous avons dits, le texte bénéventain ne comporte aucune variante.

En ce qui concerne la leçon romaine, les documents étudiés — au nombre de 104 — étaient trop nombreux pour nous permettre ici un apparatus détaillé. Comme nous l'avons déjà fait pour le Vadis propitiator, nous nous bornons donc à donner globalement le nombre des représentants de chacune des variantes.

Pour la leçon milanaise, le petit nombre des témoins autorisait une précision plus grande. Toutes les variantes qui ne sont pas purement orthographiques ont donc été relevées; elles témoignent, on le voit, que l'homogénéité du groupe, pour ne pas être aussi parfaite que celle des trois manuscrits bénéventains, n'en est pas moins très réelle (1).

Comme on peut en juger par le tableau ci-contre, le parallélisme des trois textes est vraiment satisfaisant, surtout si l'on observe que l'épisode du coup de lance, emprunté au récit de S. Jean, est fondu ici dans un texte emprunté à S. Matthieu.

Les variantes qui distinguent les trois versions se réduisent, en somme, à peu de chose :

i° L'incise super universam terrain, commune à Milan et à Bénévent, manque dans le texte romain.

2" Tous les manuscrits romains donnent la forme crucifixissent ; tous les bénéventains, crucifixerunt. A la seule exception du Graduel de l'Angelica, c'est aussi à cette dernière que se rattachent les textes milanais.

y La version romaine est la seule où l'incise interrogative soit amorcée sous la forme /// quid) les deux autres textes, de nouveau d'accord, se contentent de quid.

40 Tous les manuscrits bénéventains s'entendent sur la leçon aperuit; tous les milanais — sauf l'Antiphonaire du British — sur perforavit; les manuscrits romains se divisent sur ce point, avec prédominance toutefois de la forme perforavit.

y Dans le passage relatif au coup de lance, c'est la version milanaise qui s'écarte des deux autres, en omettant l'incise et continuo exivit saiiguis et aqua.

6° Enfin — et c'est là la variante la plus intéressante d'un certain point de vue, — il faut signaler la place qu'occupe ce passage relatif au coup de lance. Tandis que rien d'anormal n'attire l'attention dans le groupe très homogène des trois manuscrits bénéventains, on n'est pas peu surpris de constater l'unanimité des six témoins milanais sur un texte assez surprenant, où l'épisode du coup de lance se trouve rapporté avant la mort du Seigneur.

Sur ce point, la tradition romaine est assez dispersée. En ce qui concerne le texte, on peut la ramener à deux grands groupes : l'un qui mentionne l'épisode du coup de lance et le situe, comme à Bénévent, après la mort du Seigneur; l'autre qui n'y fait aucune allusion. A s'en tenir à ce témoignage des textes, isolés de leur mélodie, on pourrait

(1) La leçon vocem magnum du manuscrit de Milan n'ayant guère d'importance, il reste que, en dehors de l'unique variante aperuit de l'Antiphonaire du British, le seul manuscrit qui s'écarte du groupe, d'une manière relativement fréquente et non négligeable, est le Graduel de l'Angelica. La liberté avec laquelle il traite la mélodie n'est pas moindre. Il est clair pourtant que l'ensemble de ses particularités textuelles le rattache au groupe milanais; mais il faut bien convenir que c'en est un témoin assez indépendant.

Paléographie XIV. 42

se faire une idée fausse sur la version originale du Tenebrœ romain. Les remaniements assez considérables de la mélodie que l'on constate pour toute l'incise Et inclinato capite, l'absence de la phrase Tune unus dans un bon nombre de manuscrits, orientent vers cette explication, que l'ordre primitif du texte romain était précisément l'ordre anormal présenté par le texte milanais. Pour remédier à ce qu'il pouvait avoir de choquant sous cette forme, on l'a corrigé, soit en supprimant purement et simplement la phrase gênante, soit en la reportant à la place que l'on considérait avec quelque raison devoir être la sienne d'après l'Evangile, c'est-à-dire après la mort du Seigneur, et donc à la fin du répons. Mais une semblable permutation de deux phrases ne peut se faire aussi facilement dans une composition musicale que dans un texte littéraire ; presque nécessairement l'une et l'autre doivent se trouver gênées, dans un nouveau contexte qui n'est pas fait pour elles; sans compter que l'avant-dernière incise, reportée ici à la fin de la pièce, se trouve amenée à jouer en fait le rôle de cadence finale, ce à quoi elle pouvait n'être pas naturellement prédisposée. Bref, un remaniement de la mélodie devenait indispensable pour conserver à la composition un équilibre harmonieux. Exécuté ici d'une manière, là d'une autre, ce travail de réadaptation devait fatalement provoquer l'éparpillement de leçons divergentes dont la tradition donne ici un exemple peu commun.

L'hypothèse qui se dégage comme d'elle-même d'un ensemble de faits aussi bien établis pourrait se passer de justification ; on aime cependant à en relever au moins deux confirmations positives, dans des documents antérieurs tous les deux aux plus anciens manuscrits notés. Nous voulons parler de l'Antiphonaire de Compiègne, transcrit dans la seconde moitié du IXe siècle, vers l'an 877 (1), et du De Correctione antiphonarii d'Agobard qui date, lui, de la première moitié du siècle (2). Tous deux justifient de la manière la plus formelle l'explication proposée : l'ordre primitif du texte romain n'est autre que l'ordre anormal attesté par la tradition milanaise tout entière. C'est la raison pour laquelle nous avons cru devoir reproduire ce texte sous sa forme originale dans la colonne qui lui est consacrée plus haut, quitte à spécifier en note que, sur les 104 antiphonaires étudiés, celui de Compiègne est le seul qui atteste cet ordre, tandis que \) manuscrits ont supprimé la phrase Tune unus, et que les 90 autres l'ont reportée à la fin du répons, se divisant d'ailleurs d'une manière étonnante sur la mélodie de l'incise Et inclinato capite (3).

Peut-être le développement qui précède semblera-t-il un peu long si l'on réfléchit que ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas tant le Tenebrœ romain ou milanais que le Tenebrœ bénéventain. Cet exposé d'ensemble n'était pourtant pas inutile, si l'on considère les conséquences qu'on en peut tirer pour le texte bénéventain lui-même.

(1) 5. Gregorii papœ I. Opéra omnia, t. III, Paris 1705, col. 780, reproduit dans la Pairologie latine de Migne, t. LXXVIII, col. 766.

(2) P. L., t. CIV, col. 332.

(3) Nous résumons ici une étude d'ensemble sur cette question et sur un certain nombre de problèmes connexes, parue tout d'abord dans la Revue Grégorienne au cours des années 1934- 1936 sous la forme d'une série d'articles, réunis ensuite en brochure sous le titre : Le Répons « Tenebrœ » dans les liturgies Romaine, Milanaise et Bénéventaine. Contribution à F histoire d'une interpolation évangélique, Tournai, Desclée, 1936.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 331

Nous sommes en effet actuellement en possession de cette conclusion que, des trois versions du Tenebrœ, il y en a deux dont le texte primitif présentait la disposition anormale que l'on sait. Comme il apparaît clairement que nous sommes ici en présence de trois variétés d'une pièce dont le texte original est commun, on est tout naturellement conduit à se demander si la leçon bénéventaine, sous la forme irréprochable attestée uniformément par nos trois manuscrits, n'est pas elle-même le résultat d'un remaniement analogue à celui du texte romain primitif. On le voit, c'est là une hypothèse qui ne ressort pas directement de l'examen du texte bénéventain considéré en lui-même, mais seulement du parallélisme réclamé par la triple tradition romaine, milanaise et bénéventaine.

En l'absence de tout témoignage, liturgique ou extra-liturgique relatif à ce texte bénéventain du Tenebrœ, le seul critère qu'on puisse invoquer est 'celui de la mélodie elle-même. Sous toutes réserves, nous ferons donc observer — comme nous l'avons déjà fait précédemment à propos du répons Amiens meus (pp. 315-316), — que la formule bien connue sur la souligne, dans notre pièce, toutes les grandes cadences : sur terram, sur Judœi, sur Jésus, et même, si Ton veut, sur dereliquisti. Les cadences sur sol sont toutes des cadences moins importantes. Or il est curieux de noter que, sous sa forme actuelle, la cadence finale de la pièce est la formule sur sol, la même qui termine l'incise précédente, où elle a bien le caractère de cadence intermédiaire divisant en deux la dernière phrase. Au contraire la cadence de l'incise El inclinato eapite emisit spiritum est la formule sur la qui, dans la pièce, marque la plupart des grandes cadences. Ajoutons que, si l'on reporte à la fin de la pièce l'incise en question, les transitions sont tout aussi naturelles que dans l'écriture actuelle; peut-être même l'enchaînement de l'incise Et inclinato eapite est-il ainsi meilleur :

:8-rtr

5 r*rJr^==?SfrTWnr^ J iNa'V^-i : iQi,,iV,n,

de- re- li- qui- sti? Tune u- nus a- qua.

Et incli- na-to ca- pi- te emi- sit spi- ri- tum.

Sans doute il ne s'agit là que d'une hypothèse, mais d'une hypothèse qui n'est pas sans fondement, si l'on veut bien songer à l'unité certaine des trois textes, romain, milanais et bénéventain.

Le répons Tenebrœ, introduit, comme nous l'avons dit, le chant de la Passion. C'est la Passion selon S. Matthieu qu'on lisait à Bénévent le Vendredi-Saint ; et le Missel VI. 33 se contente de renvoyer au Dimanche des Rameaux, où le même évangile était lu in nocte. Il convient d'ailleurs d'observer que l'évangile du Dimanche des Rameaux commence au début du chapitre XXVI. tandis que la péricope consacrée au Vendredi-Saint commence seulement au début du chapitre suivant. Les dix premiers versets, nous l'avons vu, sont affectés à la première avant- messe; c'est au verset 1 1 que commence seulement la péricope de la seconde. Comme la prenière, elle est exécutée directement, sans Dominas vobiscum ni

Sequentia sancti Evangelii. Le diacre, monté à l'ambon, entonne tout de suite ce verset 1 i, sur la même mélodie que nous avons déjà" vu appliquer au premier verset de la leçon de la Sagesse :

i ■ ■ un.

Je- sus ste-tit ante praesidem (i).

La même formule est d'ailleurs employée de nouveau, vers la fin de la Passion, pour mettre en relief le cri du Seigneur :

J IkJil

sa ■ ' ■ ■ ■%

E- li, E- li, lamma sa- bacthani?

Hoc est :

De-us me- us, De- us me- us,

■ ■ nmm

ut quid de-re-li-quisti me (2)?

Et puisque nous venons de souligner que ce n'était pas la Passion selon S. Jean qui était lue à Bénévent le Vendredi-Saint, mais la seconde partie de celle de S. Matthieu, il est intéressant de préciser l'organisation des péricopes évangéliques qu'on lisait dans l'ancienne liturgie bénéventaine depuis le Dimanche des Rameaux jusqu'au Vendredi- Saint. Nous résumons ci-contre le témoignage du seul document qui nous renseigne sur ce point : le Missale Antiquum de Bénévent. Comme on peut le constater, cette répartition des lectures n'a plus rien de commun avec Tordre traditionnel du Lectionnaire romain.

(1) Cette mélodie est attestée par les quatre manuscrits du premier tableau (p. 297), à savoir : les trois Graduels Vat. lat. 10673, Bénévent, VI. jç et Bénévent, VI. 40, et en outre par le Missale Antiquum VI. jj de Bénévent. Le Graduel de la Vaticane donne même deux fois la mélodie : à la fin du premier ordo bénéventain (pi. 62), et à sa place au cours du deuxième ordo qui, en principe, ne comprend que des rubriques (pi. 67). Ajoutons que le Graduel VI. jç donne ici une mélodie légèrement plus ornée où se trouve exprimé le mi, soigneusement évité par les autres manuscrits (pi. XXIII) :

Je- sus ste- tit ante praesidem.

(2) Cette phrase n'est pas notée dans le Missale Antiquum de Bénévent, mais seulement dans les trois autres manuscrits signalés dans la note précédente. Comme pour l'intonation Jésus „ietit ante prœsidem, le Graduel de la Vaticane la donne deux fois (pi. 62 et 67). Quant au Graduel VI. jç, ;ù présente ici une leçon mélodique du même type que pour la phrase en question (pi. XXIII) :

^-^A-g-^A-g-j- s»fr

-i^A-g— 1- U frj![ZZZ! j<

E- li, E- li, lamma sa- bacthani? Hoc est: De-us me- us, De- us me- us, ut quid de-re-li-quisti me?

Ajoutons que le Graduel VI. jç est le seul qui donne à la fin de cett e phrase le podatus caractéristique des pénultièmes brèves dans les cadences dactyliques ; aucun autre manuscrit ne justifie cette leçon, qu'il ignore d'ailleurs lui-même, tant pour la cadence sabacthani que pour la cadence pr^xsidem dans la formule précédente.

LA TRADITION BENÉVENTAINE. 333

DOMINICA PALMARUM.

In nocte. Passio D. N. J. C. secundum Matthaeum '.

Ad Missam. Lacune*.

Feria II. Lacune.

Feria III. Non est servus majors... Joan, XII L 16-^2.

Feria IV.

/;/ nocte. Passio D. N. J. C. secundum Lucam «.

Ad Missam. Passio D. N. J. C. secundum Marcum s.

Feria V in Gêna Domini.

Ad Missam. Ecce venit hora... Joau, XVL 12 — XVII. 26. Ad Mandatant. Ante diem festum Paschae... Joan, XI IL 1-15.

Feria VI in Parasceve.

/;/ nocte. Passio D. N. J. C. secundum Joannem.

,, „ ri. Mane facto. . Matth., XX VIL 1-10.

Ad NonamM

\2. Jésus stetit ante praesidem... Matth., XXVIL 11-66.

(1) Le manuscrit ne contient plus actuellement que la première partie du texte, depuis le début du chapitre XXVI jusqu'au verset 41 : Non potnistis una hora vigilare mecum? Vi[gilate. Tout le reste a disparu avec les feuillets qui suivent.

(2) Amputé comme il l'est actuellement, le manuscrit ne contient plus rien, ni de la Bénédiction des Rameaux, ni de la Messe elle-même; il n'est donc pas possible de savoir si l'évangile affecté à cette dernière était la péricope de la Bénédiction, ou bien, de nouveau, la Passion selon S. Matthieu.

(3) La lacune qui commence au Dimanche des Rameaux se termine au cours de cet évangile, au verset 18 du chapitre XIII : [Qui manducat mecum panem] levavit contra f/ie ca/caneum suum. Où commençait au juste la péricope en question? On peut observer que les quinze premiers versets de ce chapitre XIII sont affectés un peu plus loin au Jeudi-Saint comme deuxième évangile, c'est-à-dire comme évangile du Mandatum. Etant donné les habitudes du scribe, il n'eût pas manqué, à cet endroit, de renvoyer au Mardi-Saint si l'on avait pu y trouver le texte en question. C'est donc seulement au verset 16 que commençait la péricope de ce jour : Non est servus major ; incipit qui coïncide d'ailleurs avec celui de la seconde péricope affectée au Jeudi-Saint par le Missel de Lucques.

(4) Le manuscrit ne contient plus actuellement que le commencement de cette Passion selon S. Luc, depuis le début du chapitre XXII : Appropinquabat autem dies festus Azymorum jusqu'au verset 69 : Ex hoc autem erit Films hominis se\dens. Toute la fin a disparu avec les feuillets qui suivent.

(5) De cette Passion selon S. Marc tout le début a disparu, vraisemblablement depuis le commencement du chapitre XIV : Erat autem Pascha et Azyma, qui correspond au début de la Passion selon S. Luc, telle qu'elle figure le même jour dans le manuscrit comme évangile in nocte. Actuellement il ne reste plus de cette Passion selon S. Marc que la seconde partie, depuis le verset 2 du chapitre XV : [Et interrogavit eum Pila~\tus : Tu es Rex Judœoruml

(6) Pour ces deux péricopes de la première et de la deuxième avant-messes bénéventaines, le manuscrit se contente de renvoyer à la Passion selon S. Matthieu, dont le texte figure intégralement au Dimanche des Rameaux comme évangile in nocte. .

La Passion terminée, le prêtre revêt les ornements sacrés et commence les Orationes solemnes.

Comme on le sait, chacune de ces oraisons est précédé d'un petit prologue où le célébrant énumère les intentions auxquelles l'Eglise invite les fidèles à prier. L'intention formulée, le prêtre chante l'Oraison proprement dite. Cette dernière est pourtant précédée d'un double avertissement : l'un du diacre invitant les fidèles à fléchir les genoux, l'autre du sous-diacre, les invitant à se relever. Flectamus genua. Levate, telles sont les formules traditionnelles dans la liturgie romaine, et que nous trouvons également attestées dans un certain nombre de nos manuscrits; non toutefois dans les documents bénéventains au sens strict, qui conservent bien la première, mais remplacent la seconde par une formule équivalente : Erigamus nos. A Bénévent, les deux avertissements étaient d'ailleurs exécutés selon une mélodie particulière, dont nous n'avons trouvé l'attestation que dans le seul Graduel VI. ?p de Bénévent :

Flectamus genu-a. Erigamus nos.

Dans la discipline actuelle, ces deux invitations du diacre et du sous-diacre se suivent immédiatement. Il y a là, il faut bien le reconnaître, une anomalie qui révèle une incompréhension réelle des rites. L'intention de l'Eglise c'est clair, n'était évidemment pas de faire esquisser ici un simple geste. Dans la réalité, les fidèles commençaient par écouter debout l'exposé des intentions formulées par le célébrant; le diacre les invitait alors à s'y unir, non pas seulement d'esprit, mais même de corps, dans l'attitude humiliée et suppliante qu'exprime la génuflection. Les fidèles à genoux se recueillaient ainsi, en pensant vraisemblablement aux intentions particulières qui, dans le cadre de l'intention générale formulée par le célébrant, les touchaient de plus près; et c'est seulement au bout de quelques instants que le diacre les invitait à se relever : <* postquam oraverint » disent les deux manuscrits Bénévent, VI. 33 et Val. lai. 10673 (p. 297); ou, plus explicitement, le Graduel Bénévent, VI. }8 (p. 300) : « Et orent Pater noster. Et, postquam oraverint Pater noster, respondet alius diaconus : Erigamus nos » (1). Cela veut-il dire qu'on récitait pendant ce temps un Pater? Il semble bien que ce serait là interpréter les textes d'une manière un peu trop littérale; la rubrique en question signifie tout simplement que les fidèles se recueillaient à ce moment pendant le temps d'un Pater, après quoi, tous s'étant relevés, le prêtre résumait la prière générale dans l'Oraison officielle : la Collecte au sens le plus strict du terme (2).

(1) Parmi les sacramentaires anciens, on ne retrouve la mention de cette prière, « postquam oraverint », que dans un « gélasien du VIIIe siècle », Saint-Gall, 348, et dans un seul des représentants du Sacramentaire d'Hadrien étudiés par Wilson : le codex Ottoboniamis jij. Voici les transitions indiquées par les autres gélasiens : « et post paululum » dans le Reginensis 316 et le Sacramentaire de Gellone ; et simplement : « et iterum dicit : Levate », dans les deux Sacramentaires d'Angoulême et de Rheinau.

(2) Nous renvoyons à ce propos aux remarques très judicieuses présentées par le Rme Père Dom Capelle dans son article « Collecta » de la Revue Bénédictine, XLII (1930), pp. 197-204.

LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 335

Il ne s'agit pas pour les fidèles, on le voit, de s'isoler de la grande prière officielle de l'Eglise, mais bien de faire leurs ses intentions, non seulement dans le cadre de l'Eglise universelle, mais bien de chaque Eglise particulière, et même de chacun des individus constituant cette Eglise. Tout en priant pour toute l'Eglise et pour toutes ses intentions, il n'est aucunement défendu d'en préciser quelques unes ; et l'Eglise elle-même y invite lorsqu'elle fait annoncer au prêtre : « Oremus et pro catechumenis nostris » : ceux de toute l'Eglise, sans doute, mais plus particulièrement les nôtres. Ce sont toutes ces intentions, générales et particulières, que le célébrant résume ensuite dans la formule officielle de son Sacramentaire (i).

Nos manuscrits bénéventains ont l'avantage de marquer en outre, que selon son rôle traditionnel, c'est le diacre qui donne, non seulement le premier avertissement, mais aussi le second. Dans la discipline romaine actuelle, il eût été assez singulier de voir formuler coup sur coup par le même personnage deux ordres qui, donnés à si faible distance l'un de l'autre, semblent se contredire ; aussi le second est-il passé au sous-diacre. De ce dernier il n'est aucunement question dans nos manuscrits. Le second avertissement est formulé comme le premier par le diacre, ou au moins par un diacre.

Laissant de côté les quelques manuscrits — Lacques 606 (p. 300), les manuscrits cassiniens et le Missel de Caiazzo (p. 301) — qui insèrent ici l'Adoration de la Croix, nous constatons que, dans la tradition bénéventaine, la Messe des Présanctifiés s'enchaîne normalement avec les Orationes solemnes. Ici se placent donc le Pater et le Libéra. Quant au Pax Dotnini, il est expressément mentionné dans le Graduel VI. 40 (p. 297) et le Missel de Lucques (p. 300), tandis que le Graduel VI. 18 (p. 300) et le Missel de Caiazzo (p. 301) l'excluent d'une manière non moins expresse. Les autres manuscrits n'en parlent pas.

VAgnus Dei, au contraire, est formellement exclu par tous les manuscrits qui en parlent.

Comme aujourd'hui, le prêtre termine la fonction en prenant une parcelle de la réserve de la veille, qu'il met dans le calice en faisant un signe de croix, mais sans rien dire. Il se communie ensuite, ainsi que les clercs et le peuple; communion en silence suivie du chant des Vêpres.

(1) Il est difficile de ne pas souligner le caractère archaïque de ce type de prière, tout semblable à celui que pratiquaient les moines d'Egypte, et dont Cassien nous a gardé le souvenir : « Has igitur praedictas orationes hoc modo incipiunt atque consummant, ut finito psalmo non statim ad incuruationem genuum conruant... sed antequam flectant genua, paulisper orant et stantes in supplicatione maiorem temporis partem expendunt. itaque post haec puncto breuissimo procidentes humi, uelut adorantes tantum diuinam clementiam, summa uelocitate consurgunt ac rursus erecti expansis manibus eodem modo, quo prius stantes orauerant, suis precibus inmorantur. .. cum autem is, qui orationem collecturus est, e terra surrexerit, omnes pariter eriguntur, ita ut nullus nec antequam inclinetur ille genu flectere nec CUHI e terra surrexerit remorari praesumat, ne non tam secutus fuisse illius conclusionem, qui precem colligit, quam suam célébrasse credatur )) {Institutiones, 1. II, c. VII, éd. Petschenig, du Corpus de Vienne, t. XVII, pp. 23-24). Première partie de la prière debout, puis prostration en silence pendant quelques instants de recueillement ; après quoi tout le monde se relève, en même temps que celui qui doit conclure. On remarquera notamment le terme employé par Cassien : « omnes pariter eriguntur », qui concorde si parfaitement avec notre formule bénéventaine : Erigamus nos.

La distinction entre nos deux groupes de manuscrits : bénéventains au sens strict et bénéventains au sens large, se retrouve pour les Vêpres, qui suivent immédiatement la communion. Tandis que les derniers indiquent les antiennes et les psaumes traditionnels tels qu'on les trouve dans toute la tradition romaine, les premiers donnent des Vêpres spéciales, réduites à trois psaumes et à l'antienne de Magnificat. Nous reproduisons ici ces quatre pièces, restituées d'après les seuls manuscrits où elles figurent, intégralement notées : les trois Graduels VI. 38, VI. 39 et VI. 40 de Bénévent.

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