Sitivit anima mea ad Deum forte m vivum
quando veniam et apparebo ante faciem Dei ?
4. Fuerunt mihi lacrimae meae panes die ac nocte, dum dicitur mihi quotidie : Ubi est Deus tuus?
Quant à la version textuelle suivie ici, elle est identique à celle du trait romain, qui reproduit elle-même exactement le Psautier romain. Si les différences que l'on peut relever entre les deux revisions de S. Jérôme sont assez minimes, elles n'en sont pas moins très caractéristiques : ici Quemadmodum desiderat cervus, et là Sicut cervus desiderat. De plus, dans l'incise ad Deum fort cm vivum, le mot fort cm de la Vulgate n'a pas d'équivalent dans le Psautier romain, non plus d'ailleurs que dans nos deux traits. C'est donc très précisément au Psautier romain qu'ils se rattachent tous deux; d'une manière indépendante toutefois, comme on peut le déduire : d'une part de l'existence d'un verset supplémentaire dans le trait romain ; d'autre part de ce fait que le même trait romain comporte une variante qui lui est propre : le pronom mei de l'incise ante faciem Dei mei qui termine son second verset.
Cette conclusion relative au Sicut cervus nous ramène donc très opportunément à la question que nous avions réservée, en terminant l'étude textuelle du premier de nos traits.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 373
Notre attention avait alors été attirée, on s'en souvient (p. 365), par ce fait singulier que les deux versions, romaine et bénéventaine, du trait Domine audivi, notablement différentes pour le texte, dérivaient respectivement de l'ancienne version et de la Vulgate, sauf toutefois pour le premier verset, identique de part et d'autre, et d'accord avec l'ancienne version. Et nous nous demandions comment interpréter ces faits singuliers. Mais, avant d'esquisser une réponse à cette question, il nous avait paru préférable d'étudier du même point de vue les trois autres traits qui, se présentant dans les deux liturgies sous des formes parallèles, pouvaient laisser espérer des remarques du même ordre.
Or, non seulement les trois traits en question n'apportent aucune confirmation aux hypothèses qu'auraient pu suggérer les faits relevés dans le premier, mais encore ils les contredisent de la manière la plus formelle. Tandis que, pour le Domine audivi — le premier verset excepté, — les deux textes différaient totalement et se rattachaient à deux versions nettement différentes de la Bible, il se trouve que les trois autres s'entendent au contraire parfaitement, pour toutes les parties qui leur sont communes, et se rattachent de la manière la plus nette, soit à l'ancienne version, soit au Psautier romain.
De l'ensemble de ces faits, on peut tirer plusieurs conclusions. La première, qui vise les trois derniers traits, c'est que, dans les deux liturgies, les compositeurs ont fait appel, non seulement aux mêmes textes bibliques, mais encore à la même version de ces textes; et cela pourtant, d'une manière indépendante, comme le prouve l'adoption par tel d'entre eux de passages négligés par l'autre. De ce point de vue, le cas du Vinea-Cantabo est particulièrement caractéristique; et le fait que les omissions ou les additions se présentent, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, rend vain l'argument sur lequel on pourrait s'appuyer, pour établir leur dépendance, si toutes les omissions étaient dans le même sens.
Mais il reste à expliquer le cas assez singulier du Domine audivi, dont le texte, emprunté dans l'ensemble à la Vulgate, possède cependant un premier verset, identique à celui du trait romain correspondant, et qui reproduit par conséquent l'ancienne version.
La seule hypothèse qui nous semble rendre compte de ces faits avec quelque probabilité consiste à admettre que le Domine audivi ne serait pas contemporain des trois autres traits bénéventains, mais leur serait postérieur.
Il est assez frappant, tout d'abord, que le Domine audivi ne fait pas partie de la série traditionnelle des quatre traits romains du Samedi-Saint, dont le premier, le Cantemus, est entièrement inconnu de la liturgie bénéventaine.
En second lieu, même dans la liturgie romaine, qui connaît bien, au Vendredi-Saint, le Domine audivi, celui-ci n'est pas un trait comme les autres, mais bien un graduel à plusieurs versets, ce qui le distingue très nettement des quatre traits du Samedi-Saint, qui sont tous des \s traits du VIIIe mode», c'est-à-dire des traits au sens strict (1).
(1) Nous faisons appel ici à des conclusions qui ont été développées ailleurs (Antip/io?ia/e Missarum Sextupkx, Vromant 1935, pp. li-lii), et d'après lesquelles le répertoire grégorien ne connaît qu'un seul type de trait, celui que nous désignons sous le nom de « trait du VIIIe mode ». Quant aux « traits du IIe mode », ils ne sont pas à proprement parler des traits, mais bien des répons graduels à plusieurs versets; ce qui explique, entre parenthèses, pourquoi la tradition nous a laissé maintes traces de leur exécution responsoriale (cf. p. 369, note).
Quoi qu'il en soit, ce Domine auJivi figure dans la tradition bénéventaine, et au Samedi-Saint. Comment justifier cette particularité?
Pour être logique, on doit expliquer la présence de ce trait au cours de la Vigile pascale exactement comme celle des trois autres traits, c'est-à-dire par la raison bien simple qu'ils sont les « cantiques » de la leçon qui précède. On est donc aussitôt conduit à penser que l'existence au Samedi-Saint du « cantique » Domine audivi implique celle de la leçon d'Habacuc, qui normalement l'introduit. Or, nous l'avons déjà observé, si cette leçon d'Habacuc ne figure pas dans les listes bénéventaines actuellement connues, on la trouve au contraire dans le Missel de Subiaco, qui se rattache bien à la tradition bénéventaine, quoique d'une manière assez libre.
Voici donc les faits :
a) c'est toujours au Samedi-Saint que figure le cantique bénéventain d'Habacuc;
b) la leçon correspondante ne se retrouve dans aucun document bénéventain au sens strict, au moins dans aucun de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous;
c) on la voit, par contre, indiquée dans un document bâtard, le Missel de Subiaco.
Il paraît assez difficile d'accorder cette série de constatations sans admettre que, étrangère à la liturgie bénéventaine primitive, la leçon d'Habacuc y a été introduite après coup, dans quelque document dont dépendrait sur ce point le Missel de Subiaco. Mais l'adoption de la leçon entraînait celle du cantique correspondant. Celui-ci n'existant pas dans la liturgie bénéventaine primitive, il aura donc fallu le composer. On devait se trouver alors à l'époque où la Vulgate, assez répandue, commençait à rivaliser, même dans l'Italie Méridionale, avec les anciennes versions. Empruntant pour la leçon le texte de la Vulgate, c'est à la même source qu'on aura eu recours pour le « cantique», sans se rendre compte à quel point ce parti était peu traditionnel, et jurait avec l'ensemble du répertoire (i). Quant à la mélodie, il est clair qu'elle devait être conçue dans un style assez semblable à celui des autres traits bénéventains. Mais, comme le plus embarrassant, dans toute sorte de composition, c'est de savoir par où commencer, l'auteur s'est laissé inspirer ici tout simplement par le trait romain correspondant, au point qu'il s'est contenté d'en reproduire matériellement l'intonation, quitte à reprendre ensuite sa liberté pour se rapprocher du style mélodique bénéventain. Fait assez singulier : le compositeur, qui a su borner son emprunt mélodique à l'incipit de la pièce, n'a pu s'empêcher, pour le texte, de reproduire en son entier la leçon romaine de tout ce premier verset, alors que la version qu'il avait sous les yeux — et qu'il devait utiliser pour le reste de la pièce, — n'était autre que la Vulgate.
Telle semble bien être la conclusion qu'on doit tirer de l'étude comparée de cette double série de traits, romains et bénéventains : pour les trois derniers, le Vinea-Cantabo, Y Attende et le Siait cervus, primitifs de part et d'autre, emprunt fait indépendamment
(i) N'est-ce pas d'ailleurs, aujourd'hui même, ce qui se passe dans l'Eglise romaine? C'est tout naturellement au texte courant, à la Vulgate, que les rédacteurs ont recours, lorsqu'ils composent de nouvelles messes ou de nouveaux offices; et, ce faisant, ils introduisent, sans s'en douter, une dualité de versions, dans nos livres romains, dont toutes les pièces anciennes sont empruntées, soit au Psautier romain, soit, pour les pièces tirées d'autres livres de l'Ecriture, à une ancienne version.
à la même version biblique : Psautier romain, ou ancienne version pour les pièces nonpsalmiques. Quant au Domine andivi bénéventain, il s'agit d'une composition postérieure, mise au point lors de l'adoption de la leçon d'Habacuc — conservée seulement dans le Missel de Subiaco, — et dont le texte est emprunté à la Vulgate, nouvellement en usage, tandis que le premier verset, inspiré pour l'intonation du trait romain correspondant, a conservé, et conservé seul, le texte de l'ancienne version.
UExsultet.
Comme nous l'avons déjà indiqué à plusieurs reprises, la Bénédiction du Cierge pascal se situait, à Bénévent, non pas au début de la Vigile pascale, mais au contraire vers la fin, immédiatement avant la dernière leçon.
Quoi qu'il en soit de l'origine de ce rite, le fait est qu'on le trouve attesté d'une manière très étendue, sinon universelle, dans toute la tradition manuscrite (i).
(i) La Bénédiction du Cierge pascal est attestée d'une manière certaine depuis le IVe siècle.
S. Augustin cite des vers composés par lui « in laude quadam Cerei )) (De civitate Dei, 1. XV, c. XXII, P. L., t. XLI, col. 467). Il n'est peut-être pas inutile de préciser, par contre, que le sermon De Cereo Paschali, admis par certains éditeurs parmi les œuvres douteuses de S. Augustin. (P. L., t. XLVI, col. 817-821), n'est certainement pas de lui.
Une lettre de S. Jérôme, datée de 384, ou peut-être même de la fin de 383 (elle a été écrite moins d'un an après la mort de Gratien, 25 août 383), nous a conservé la description quelque peu caricaturée de cette Laus Cerei : il s'agit d'une réponse adressée à un diacre de Plaisance, nommé PryESIdius, et qui avait demandé à l'auteur de lui rédiger son Prœconium. Pendant longtemps cette lettre a été considérée comme apocryphe; mais dom Morin en a restitué la paternité à S. Jérôme ( Un écrit méconnu de Saint Jérôme : La « Lettre à Présidius » sur le cierge pascal, dans Revue Bénédictine, VIII (1891), pp. 20-27; Pu's Réponse à quelques difficultés de M. l'abbé L. Duchesne, dans Revue Bénédictine, IX (1892), pp. 392-397; enfin Etudes, Textes, Découvertes, dans Anecdota Maredsolana, 2e série, t. I, Maredsous 1913, pp. 21-22). Cette lettre prouve avec évidence qu'il n'existait à cette époque aucune formule officielle pour la Bénédiction du Cierge pascal, mais seulement un thème général que les diacres développaient eux-mêmes, chacun selon son inspiration; ce qui explique la grande variété de formules que la tradition nous a conservées.
De fait, vers la fin du Ve siècle, au temps du pape Symmaque (415-422), on trouve deux Bénédictions de ce genre composées par Ennodius, diacre de Pavie (t 521), et vraisemblablement pour l'Eglise de Pavie elle-même (Opusc. ç et 10 : P. L., t. LXIII, col. 257 et 261, ou Monumenta Germaniae Historica, Auctorum antiquissimorum t. VII, Berlin 1885, pp. 18 et 109.)
Pavie est dans le diocèse métropolitain de Milan. En faveur de la formule encore en usage actuellement à Milan, nous avons le témoignage unanime de toute la tradition manuscrite ambrosienne (notamment le Sacramentaire de Betgame, éd. Cagin, p. 65; Magistretti, Manuale ambrosianum, Milan, Hoepli 1904, t. II, pp. 199-202; Gerbert, Monumenta veteris Lilurgiae alemannicae, p. I, Saint-Biaise 1777, pp. 81-82). Un autre texte, ambrosien lui aussi, mais qui se présente sous la forme d'une hymne, a été publié par Mercati dans le fascicule 12 des Studi e Testi, Rome 1904, pp. 24-36. Ajoutons que les vers composés par S. Augustin, et dont nous parlions il y a un instant, l'ont été vraisemblablement pour l'Eglise de Milan, ou pour une Eglise voisine.
Pour Ravenne, nous possédons une lettre de S. Grégoire-le-Grand lui-même ad Marinianum Ravennatem episcopum (Epist. 1. XI, Epist. XXXIII, /'. L., t. LXXVII, col. 1146), où il parle des « preces quse super cereum in Ravennati civitate dici soient ».
Un témoignage du VIIIe siècle atteste le- même usage pour Naples (Gesta Episcoporum JYeapolitanorum, dans Monumenta Germaniae Historica, Scriptores Rerum Langobardicarum et Ltalicarum, Berlin 1878, p. 426).
Quant à I'Espagnk, nous avons sur ce point le texte très important du IVe Concile de Tolède (633), au chapitre IX : « Lucerna & ceteus in prsevigiliis Paschae apud quasdam ecclesias non benedicuntur, & cur
Incontestablement, c'est pourtant l'Italie Méridionale qui a laissé sur ce point dans la paléographie liturgique les traces les plus imposantes.
a nobis benedicantur inquirunt. Proptcr gloriosum enim noctis ipsius sacramentum solemniter hœc benedicimus, ut sacras resurrectionis Christi mysterium, quod tempore hujus votivae noctis advenif, in benedictione sanctificati luminis suscipiamus. Et quia hsec observatio per multarum loca terrarum, regionesque Hispanise, in ecclesiis commendatur; dignum est, ut propter unitatem pacis, in Gallicanis (al. Gallicianis) ecclesiis conservetur...» (Hardouin, Acta Conciliorum, t. III, Paris 17 14, col. 582). Dans les Exempla scripturœ wisigothicœ, Heidelberg 1883, pi. n et ni, on trouvera une formule de Bénédiction du Cierge publiée par P. Ewald et G. Lowe, précisément d'après un manuscrit du VIIe siècle. Mercati en a donné une autre, de forme rythmique, dans le fascicule 12 des Studi e Tes fi, Rome 1904, pp. 40-43. Mais les textes les plus importants demeurent ceux du Liber Ordtnum, édition Férotin, col. 210-215.
Dans le texte du IVe Concile de Tolède que nous venons de citer, il faut évidemment entendre gallicanis des Eglises de la Gaule Narbonnaise, pour lesquelles seules le Concile pouvait légiférer; mais cela ne veut pas dire que, dans les Gaules proprement dites, la Bénédiction du Cierge n'ait pas été en usage à la même époque.
Bien au contraire, on la trouve expressément mentionnée dans tous les anciens témoins gallicans qui sont parvenus jusqu'à nous : le Missel de Bobbio (Henry Bradshaw Society, Vol. LVIII, Londres 1920, pp. 69-70), le Missale Gallicanum Vêtus (Mabillon, De Liturgia gallicana Libri III, Paris 1685, pp. 357-359, reproduit dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXII, col. 364-365), le Sacramentarium Gallicanum (Mabillon, Muséum italicum, Paris 1687, t. I, pars altéra, pp. 321-322, reproduit dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXII, col. 498-499), et le Missale dit « Gothicum » (Henrv Bradshaw Society, Vol. LU, Londres 191 7, pp. 67-69). A ces trois documents, qui sont tous de la fin du VIP siècle ou du début du VIIIe, on peut ajouter tous les Sacramentaires romains plus ou moins influencés par la tradition gallicane : le Reginensis 316 (éd. Wilson, Oxford 1894), les «gélasiens du VIIIe siècle», et après eux le Sacramentaire grégorien, ou plus exactement le Supplément du Sacramentaire d'Hadrien. Ajoutons que, sous le nom de Drepanius Florus, on trouve, parmi quelques autres, une pièce de vers intitulée De Cereo Paschali (P. L., t. LXI, col. 1087). Les critiques en ont successivement situé l'auteur : à la fin du IVe siècle, à la fin du VIe, ou au milieu du VIIe. En réalité ce Drepanius Florus n'est autre que le célèbre diacre-poëte Florus de Lyon, ce qui nous ramènerait à la première moitié du IXe siècle. (Cf. Monumenta Germaniae Historica, Poetarum Latinorum Medii Aevi, t. II, Berlin 1884, p. 564).
L'Irlande connaissait elle aussi, dès le VIIe siècle au moins, la Bénédiction du Cierge pascal, comme le prouve le témoignage de l'Antiphonaire de Bangor, qui contient à cet effet deux formules : une hymne quando Cereus benedicitur, et une formule plus brève ad Cereum benedicendum (The Antiphonary of Bangor, II, dans Henry Bradshaw Society, Vol. X, Londres 1895, pp. n et 33).
On le voit, si cette coutume de la Bénédiction du Cierge pascal n'était pas universellement adoptée, elle était du moins extrêmement répandue, au point qu'on la trouve dans quantité d'Eglises d'Italie, d'Espagne, de Gaule, d'Irlande, autant dire dans tout l'Occident. Qu'en était-il au juste sur ce point à Rome? Contre l'usage de la Bénédiction du Cierge pascal à Rome même, on invoque la lettre de S. Grégoire à l'évêque de Ravenne que nous avons mentionnée plus haut ; mais l'argument n'est pas très probant : du fait que la coutume existait à Ravenne, il ne semble pas qu'on soit autorisé à conclure qu'elle était inconnue à Rome, mais seulement qu'elle n'était pas adoptée partout. On fait état aussi d'un passage du Liber Pontificalis contenu dans la notice du pape Zosime (417-418), et qui attribuerait à ce pontife la concession de la Bénédiction du Cierge aux églises suburbicaires (Liber Pontificalis, éd. Duchesne, t. I, p. 225). Notons tout d'abord que si ce texte est généralement invoqué contre l'usage romain — le pape Zosime aurait toléré pour les Eglises suburbicaires une coutume non encore admise à Rome même, — on l'a aussi parfois entendu, dans un sens tout opposé, de l'extension aux églises suburbicaires d'une fonction normalement pratiquée à Rome. C'est notamment l'interprétation de dom U. Berlière : « Ce texte ne parle pas d'une institution du rite, mais, comme le pensent plusieurs auteurs, de l'extension à toutes les paroisses de Rome d'une cérémonie qui jusque là n'avait été en usage que dans les principales églises ou basiliques de Rome » (Revue Bénédictine, V (1888), p. 108). Il conviendrait donc déjà d'être prudent pour faire état d'un texte qui peut ainsi être revendiqué par les tenants de deux opinions aussi parfaitement contradictoires. Mais, ce qui ruine complètement l'autorité de ce témoignage, du point de vue qui nous intéresse ici, c'est qu'il figure seulement dans la seconde édition du Liber Pontificalis. Dans la première, il n'est nullement question du cierge, cereus, mais bien de la cire, cera :
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 377
Ce sont d'ailleurs là les seuls documents dont nous ayons à nous occuper ici directement, soit pour le texte, soit pour la mélodie, soit même pour le cérémonial.
allusion évidente à la Bénédiction par l'archidiacre du Latran de la cire destinée aux Agnus Dei. Voici d'ailleurs le texte très explicite de l'Appendice à YOrdo Romanus I, qu'il est bon d'avoir sous les yeux pour se faire une opinion exacte sur la question. L'Ordo fait allusion à la lampe, allumée le Jeudi-Saint au Feu nouveau, et qui doit être conservée « usque in sabbato sancto ad illuminandum cereum, qui eodem die benedicendus est ordine quo in Sacramentorum continetur » ; et il ajoute : « Et hic ordo cerei benedicendi in suburbanis civitatibus agitur ». Puis il poursuit : « Nam in catholica Ecclesia infra civitatem Romanam, mane prima, Sabbato sancto, in Lateranis venit archidiaconus in ecclesia, et fundit ceram in vas mundum majorem, et miscitat ibidem oleo, et benedicit ceram, et ex ea fundit in similitudinem agnorum, et servat eos in loco mundo. In octavas vero Paschse dantur ipsi agni ab archidiacono in ecclesia post Missas et communionem populo, et ex eis faciunt in domos suas incensum ad suffumigandum pro qualicunque eis eveniente necessitate » ; et de nouveau, il ajoute, comme précédemment : « Similiter in suburbanis civitatibus de cera faciunt » (P. Z., t. LXXVIII, col. 960-961). On trouvera des précisions toutes semblables, tant chez Amalaire (De Ecclesiasticis Officiis, 1. I, cap. XVII-XVIII, P. Z., t. CV, col. 1033-1035) que chez le pseudo-Alcuin (De divinis Officiis, cap. XIX, P. Z., t. CI, col. 1215). Notons simplement que ce dernier emploie la formule « In Romana enim Ecclesia infra Urbem » au lieu de « In catholica Ecclesia infra civitatem Romanam ». Quoi qu'il en soit, et malgré la date sensiblement postérieure des Ordines romani, il semble que leur témoignage permette de se rendre compte du sens réel qu'il faut attacher au texte du Liber Potilificalis.
Lorsqu'on examine la difficulté en soi — si l'on peut ainsi s'exprimer, — et indépendamment des documents, il apparaît clairement que, des deux Bénédictions, des Agnus Dei et du Cierge pascal, ce n'est pas la seconde qu'on puisse considérer comme un privilège proprement romain, et dont l'usage aurait été étendu dans la suite. Il y a là une cérémonie qui dérive en ligne directe du Lucernaire, et qui, même si elle n'est pas romaine au sens le plus strict, ouvre cependant la fonction du Samedi-Saint d'une manière éminemment traditionnelle. Telle quelle, elle n'apparaît donc pas comme réservée à une église particulière : partout où se célèbre la fonction du Samedi-Saint, elle est à sa place. Et c'est bien en effet ce qui ressort de l'étude des documents : les Sacramentaires indiquent tous la Bénédiction du Cierge pascal, quelle que soit l'Eglise pour laquelle ils avaient été écrits, et dans laquelle ils étaient appelés à servir. Il en est tout autrement de la Bénédiction des Agnus Dei, cérémonie strictement romaine, réservée à l'archidiacre du Latran — plus tard au pape lui-même, — et dont on ne trouve aucune trace dans les Sacramentaires, écrits pour les Eglises les plus variées. Des deux rites, c'est bien ce dernier, sans conteste possible, qui apparaît comme proprement romain, et dont l'extension, même aux autres églises de Rome, constituerait un privilège : privilège assez marquant pour que la concession en ait été insérée dans le Liber Pontificalis comme une initiative singulière du pape Zosime : <( et per parrocia concessa licentia ceram benedici ». Quant à la Bénédiction du Cierge pascal, elle n'apparaît pas comme assez caractéristique pour que sa concession — si concession il y a eu — ait pu mériter d'être l'objet d'une semblable insertion au Liber Pontificalis; et cela, qu'elle ait d'ailleurs été ou non en usage à Rome à l'époque du pape Zosime.
Mais pour en venir au fait qui nous intéresse ici, la Bénédiction du Cierge pascal était-elle pratiquée en réalité à Rome au VIe siècle? Pour notre part nous serions assez porté à le croire, et même qu'elle l'était déjà à la fin du IVe siècle. Comme l'a fort justement noté dom Morin, si la lettre à Prassidius prouve d'abord que, dès 384 au moins, cette Bénédiction était en usage dans l'Eglise de Plaisance, la manière dont s'exprime S. Jérôme laisse clairement à entendre que cette pratique n'était, ni une innovation de fraîche date, ni un rite particulier à Plaisance ; et, comme l'auteur de cette lettre écrit, sinon de Rome même, du moins de ses environs immédiats — vers cette époque S. Jérôme résidait normalement à Rome, où il était arrivé vers la fin de 382 pour n'en repartir qu'en 385, plus d'un an après la lettre à Prœsidius, — on peut légitimement penser que, dès la fin du IVe siècle, la Bénédiction du Cierge pascal était en usage, à Rome comme à Plaisance, et que, si elle n'y avait pas encore été admise en fait, S. Jérôme n'aurait pas manqué d'ajouter cet argument supplémentaire à tous ceux qu'il développe dans sa lettre. Nous serions donc assez porté à penser que, dès le IVe siècle, la Bénédiction du Cierge pascal était en usage à Rome; qu'à cette époque même elle n'y constituait pas une innovation; qu'enfin elle était déjà confiée au diacre, à qui revenait la rédaction de son Prœcofiium, en forme de préface, et sur les thèmes mêmes qui sont développés dans notre Exsulfet.
Paléographie XIV. 48
La première remarque qui s'impose, lorsqu'on veut traiter des témoins de ÏExsultet dans l'Italie Méridionale, c'est la forme très originale sous laquelle ils se présentent, sinon toujours, du moins assez souvent. Fréquemment, le texte en a été extrait du Sacramentaire, où il figure normalement, et écrit sur une longue bande de parchemin enrichie de miniatures. La Bénédiction du Cierge pascal a ainsi donné naissance dans l'Italie du Sud, du XIe au XIIIe siècle environ, à toute une classe de manuscrits d'un genre assez spécial : les rouleaux ÏExsultet. Ils se présentent sous la forme de bandes de parchemin, d'une largeur de 20 à so centimètres, d'une longueur qui atteint parfois huit mètres et davantage, et sur lesquels le texte de YExsultct a été transcrit intégralement, mais coupé de place en place par des miniatures qui sont la traduction vivante de chacune des phrases du texte liturgique. La décoration de ces rouleaux présente cette particularité qu'elle s'y trouve disposée en sens inverse du texte, et de telle sorte que les différentes scènes représentées apparussent successivement aux fidèles à l'endroit, tandis qu'ils entendaient les phrases correspondantes de YExsultet, au fur et à mesure que le diacre, du haut de l'ambon, chantait la Bénédiction en déroulant le ss volume » (1).
A plusieurs reprises, la question des rouleaux YExsultet a été abordée, mais à peu près uniquement du point de vue de l'Histoire de l'Art (2).
(1) Il est intéressant de noter qu'en raison de son caractère très particulier, ce genre de manuscrits a parfois été lui-même désigné sous le nom de « Bénédiction du Cierge », Benedictio Cerei. C'est l'expression qu'on trouve employée notamment dans le manuscrit c. 32 de la Bibliothèque Vallicellane (fol. 24"') : « Tune diaconus tollat Betiedictionem Cerei desuper altare. .. » (Cf. plus haut, p. 351, 3e colonne).
D'autre part, on peut également observer que le même genre de présentation, sous forme de rouleau, a parfois été utilisé, mais beaucoup plus rarement, pour des fonctions tout autres que la Bénédiction du Cierge pascal. C'est ainsi que la Cathédrale de Bari possède un magnifique rouleau enluminé pour la Bénédiction des Fonts. On en trouve également un dans le codex J24 de la Bibliothèque Casanate, qui se compose en réalité de trois rouleaux, découpés au XVIIIe siècle et réunis dans une reliure. Ces trois rouleaux contiennent respectivement : un Pontifical pour les Ordinations, un Ordo pour la Bénédiction des Fonts, et un Exsicltet. Cf. Seroux d'Agincourt, Histoire de V Art par les Mo?iumens, Paris 1823, t. V, Peinture, pi. xxxvn-xxxix, et t. III, Texte, pp. 45-46; Bertaux, L'Art dans l'Llalie Méridionale, Paris, Fontemoing 1904, pp. 214-216 et pi. ix; Marignan, Les Fresques de l'Eglise San Angelo in Formis, dans Le Moyen-Age, XXIII (1910), pp. 16 et 28-29.
(2) Nous donnons ici une simple énumération de ces rouleaux, en y ajoutant les principales références qui les concernent. Pour les seize premiers d'entre eux, la numérotation que nous indiquons est celle-là même qui a été adoptée par Bertaux dans son Iconographie co?nparée des rouleaux d'Exultet, jointe à son ouvrage L'Art dans l'Italie Méridionale, où il a étudié du point de vue de leur décoration les Miniatures des Rouleaux liturgiques : Chapitre V, pp. 216-240.
1. Le plus ancien et le plus important de ces rouleaux est YExsultet de Saint-Nicolas de Bari. Cf. Duchesne, Lettre à M. L. Delisle au sujet de la découverte de chartes byzantines à Bari, dans Comptes-rendus de l'Académie des Lnscriptions et Belles-Lettres, 1886, p. 279; Schlumberger, Les rouleaux d'Exultet de Bari et de Salerne, dans Comptes-rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1897, pp. 96-101, et planche, p. 58; Nitti Di Vito, Codice diplomatico barese, 1897, t. I, pp. 205 et suiv. ; E. A. Loew, The Betieventan Script, Oxford 1914, pp. 151, 335 et pi. vi, fac-similé n° 6 (p. 150). En se basant sur l'identification des personnages représentés par la dernière miniature, Schlumberger estimait que ce rouleau avait été écrit un peu avant 1067. Reprenant le même argument, Bertaux {op. cit., pp. 217-221 et pi. x) le vieillit d'un demi-siècle : il aurait été composé avant 1028.
2. Le texte de YExsultet de Bari se retrouve sur un autre rouleau appartenant à la Collégiale de Mirabella Eclano, près d'Avellino, à quelques milles de Bénévent. Dès le XIIe siècle, ce rouleau a été coupé
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 379
Le Texte. — En ce qui concerne le texte, YExsultet se présente, dans l'Italie Méridionale, sous deux types bien distincts. De ces deux textes, celui qui est devenu officiel dans le Missel romain est, incomparablement, le plus souvent attesté dans toute la tradition
après l'éloge de l'abeille, et complété par un autre rouleau, tout différent, tant par le style des miniatures que par le caractère de l'écriture, et même par le texte. Il a été décrit pour la première fois par Raimondo Guarini dans la séance du 5 avril 1829 de l'Académie Pontanienne de Naples. L'auteur de cette communication a publié ensuite une bonne description du manuscrit, ainsi que des textes et des calques : Osservazioni di Raimondo Guarini sopra un rotolo Eclanese ecciesiastico, dans les Atti delP Accademia Pontaniana, Naples 1832, pp. 75 et suiv. et pi. ii-vi. Cf. également Ebner, Handschriftliche Studien iiber das « Prœconium paschale », dans le Kirchenmusikaiisches Jahrbuch de Haberl, Ratisbonne, Pustet 1893, p. 78 et note 28; Schlumberger, op. cit., p. 101 ; Bertaux, op. cit., p. 221 ; Marignan, op. cit., pp. 18 et 33; Loew, op. cit., pp. 69 et 341.
3. Dans son Histoire de V Art par les Monume?is, t. V, Peinture, pi. liii-liv, et t. III, Texte, pp. 58-60, Seroux d'Agincourt a décrit et publié un rouleau qui était alors sa propriété, après avoir appartenu au Cardinal Borgia qui fut gouverneur de Bénévent. De fait, ce rouleau, qui se trouve actuellement à la Bibliothèque Vaticane, codex lat. Q820, provient de l'abbaye des moniales de Saint-Pierre de Bénévent. Il a été écrit pendant la première moitié du XIe siècle, avant 1050. On en trouvera des descriptions et reproductions partielles dans les ouvrages suivants : Ebner, op. cit., pp. 78-83 et note 31; Beissel, Vaticanische Miniaturen, Fribourg-en- Brisgau 1893, P- ioi n- I> Kraus, Geschichte der Christlichen Kunst, Fribourg-en-Brisgau, Herder 1897, t. II, p. 59; Bertaux, op. cit., pp. 221-224 et pi. xi ; Marignan, op. cit., pp. 18 et 29; E. A. Loew, Scriptura beneventana, pi. 54; The Beneventan Script, pp. 68 et 364; Bannister, Paleografia Musicale Valicatia, Leipzig, Harrassowitz 1913, n° 345, pp. 118-119 et pi. 68.
4. Bertaux (pp. cit., p. 224) signale un rouleau du XIe siècle conservé dans les Archives de la Cathédrale de Capoue, et assez analogue au précédent. Cf. également Ebner, op. cit., p. 78; Carta, Cipolla et Frati, Monumenta palœografica sacra, Turin 1899, pi. 32; Marignan, op. cit., pp. 19 et 35; Loew, op. cit., pp. 69 et 337.
5-6-7. La Cathédrale de Gaète possède trois rouleaux, dont deux du XIe et un du XIe-XIIe, qui ont été décrits et reproduits pour la première fois par Dom Latil, dans son travail sur les miniatures d'Exsultet: Le miniature net rotoli dell' Exultet : documenti per la storia délia miniatura in Italia, Mont-Cassin 1 899-1 901. Cf. également Bertaux, op. cit., pp. 224-225; Marignan, op. cit., pp. 18 et 31-32; Loew, op. cit., pp. 69 et 339.
8. Sous la cote lat. 3784, la' Bibliothèque Vaticane possède un fragment de rouleau, écrit au Mont-Cassin vers le milieu du XIe siècle, aux environs de 1060. Il ne subsiste plus actuellement que le prologue de YExsultet, à l'exclusion de la Préface. Au tome II de son De Cantu et Musica sacra, Saint-Biaise 1774, pi. xiii, 11, Gerbert donne un spécimen d'un rouleau qu'il avait vu à la Vaticane. Comme, de son temps, le rouleau Q820 (n° 3 ci-dessus) ne s'y trouvait pas encore, c'est donc certainement du 3784 qu'il s'agit. Sur ce rouleau on pourra voir aussi : Beissel, op. cit., p. 10, n. 1; Bertaux, op. cit., pp. 225-226 et pi. xn, 11; Marignan, op. cit., p. 18; Bannister, op. cit., n° 346, pp. 1 19-120, pi. 69, et n° 381, p. 134; Loew, op. cit., pp. 72 et 363.
9. Un autre rouleau cassinien, du XIe siècle également, mais complet celui-là, a été acquis au début du siècle par le British Muséum, où il figure actuellement sous la cote Add. 30337. On en trouvera quelques reproductions dans : The Palœografical Society, Londres, ire série, 1873-1893, t. III, pi. cxlvi; Rohault de Fleury, La Messe, t. VI, Paris 1888, pi. cdliii, p. 47 et p. 92; et dans Bertaux, op. cit. pp. 226-227 et pi. xn, 1. C'est à ce rouleau qu'est empruntée la dernière planche qui figure à la fin du présent volume. Cf. également Ebner, op. cit. p. 78; Kraus, op. cit., p. 59; Marignan, op. cit., pp. 19 et 36; Loew, pp. 71 et 340.
10. Enluminé au Mont-Cassin par un contemporain de l'Abbé Desiderius, YExsultet précédent a servi de modèle vers la fin du XIe siècle pour un autre rouleau, codex $Ç2 du fonds Barberini de la Bibliothèque Vaticane. De celui-ci, deux extraits ont été donnés par Gerbert, De Cantu et Musica Sacra, t. I, pi. m (p. 447), et t. II, pi. xiii, m; et un autre par Rohault de Fleury, La Messe, t. III, Paris 1883, pi. cxcvi et p. 38. Seroux d'Agincourt, de son côté, t. V, Peinture, pi. lv-lvi, et t. III, Texte, pp. 60-6 r, en avait donné plusieurs. Depuis, le rouleau a été publié intégralement et étudié par l'abbé Santé Pierai.isi, alors bibliothécaire de la Barberini : // Preconio pasquale conforme all'insigne frammento del Codice Barberiano, Rome 1883. Ce rouleau, qui provient de la collection réunie au XVIIIe siècle dans l'Italie Méridionale par le cardinal Santorio, a malheureusement été découpé en feuilles. Le texte en est d'ailleurs incomplet : tout le début
manuscrite : c'est la raison qui lui a fait donner le nom de Vulgate : terme qui n'est peutêtre pas très bien choisi, vu la signification très précise, et d'ailleurs réservée, qu'il a dans
manque. Mais il se trouve que, par un singulier hasard, cette partie détachée du rouleau se retrouve — ou plus exactement se retrouvait — dans le monastère même de Gerbert, qui en a fait graver une reproduction dans son De Cantu et Musica sacra, t. I, pi. iv (p. 534); il est d'ailleurs impossible de savoir ce qu'est devenu ce fragment depuis l'abandon de Saint-Biaise par les moines. La planche en question et d'autres extraits du rouleau primitif ont été donnés par Rohault de Fleury, La Messe, t. III, pi. cxcvi et p. 38, et t. VII, p. 93; et par Myrtilla Avery, The Barberini Exultet Roll in the Vatican Library, dans Casinensia, Mont-Cassin 1929, t. I, pp. 243-246 et pi. i-ii. Cf. également Ebner, op. cit., p. 78; Kraus, op. cit., p. 60; Bertaux, op. cit., pp. 227-228; Marignan, op. cit., p. 18 et 29-30; Loew, op. cit., pp. 72 et 364.
11. Un très important fragment à' Exsultet, enluminé vers 11 15 pour le monastère bénédictin de Saint- Pierre de Fondi, près de Gaète, est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris, nouv. acquis, lat. 710. Le rouleau de Fondi, qui a été décrit et reproduit par Dom Latil, est très étroitement apparenté au groupe formé par les trois rouleaux cassiniens : de la Vaticane (n°8), du fonds Barberini (n° 10) et du British Muséum (n° 9). Cf. également Kraus, op. cit., p. 59; Bertaux, op. cit., pp. 228-229; Marignan, op. cit., pp. 18 et 33-34; Loew, op. cit., pp. 69 et 356.
12. En outre, la Bibliothèque du Mont-Cassin possède elle-même un rouleau enluminé, contemporain de celui de Fondi, et qui a été copié dans le monastère bénédictin de Saint- René de Sorrente, au temps du pape Pascal II et de l'archevêque Barbato, entre 1106 et 1120, par conséquent, comme l'indique Loew, op. cit., pp. 76 et 353; en 11 13, croit pouvoir préciser Rohault de Fleury, La Messe, t. VI, pp. 92-93. Cf. également Caravita, L Codici e le Arti a Monte Cassino, Mont-Cassin 1869, t. I, pp. 303-308; Ebner, op. cit., p. 78 et note 30; Kraus, op. cit., p. 59; Latil, op cit.; Bertaux, op. cit., pp. 229-230; Marignan,*?/. cit., pp. 19 et 34.
13. Dans un recueil factice coté 1. B. 4c, il existe, à la Bibliothèque Nationale de Naples, des calques d'un Exsultet dont la trace est perdue et l'origine inconnue. D'après le style des miniatures et le costume des personnages, l'original devait être du XIIe siècle. Cf. Bertaux, op cit., p. 230; Marignan, op. cit., pp. 19 et 35. Le recueil en question contient également quelques calques des Exsultet de Bari et de Salerne.
14. La Bibliothèque Casanate (anciennement des Dominicains de la Minerve) possède, sous la cote 724, un rouleau à' Exsultet du XIIe siècle qui a été coupé en feuilles, et relié avec d'autres rouleaux analogues comprenant, l'un un Pontifical pour les Ordinations, l'autre un Ordo pour la Bénédiction des Fonts. On trouvera un spécimen de cet Exsultet dans Gerbert, De Cantu et Musica sacra, t. II, pi. xm, 1. Les miniatures en ont été reproduites par Rohault de Fleury, La Messe, t. III,. pi. cxcm-cxciv et p. 36; et L Evangile, Tours, Marne 1874, t. I, pi. xxxiv, 3 et p. 105; pi. xxxix, 4 et p. 123; pi. xli, 2 et p. 137; t. II, pi. lxxxviii, 3 et p. 256; par Seroux d'Agincourt, op. cit., t. V, Peinture, pi. lvi, et t. III, Texte, p. 61; et par Ebner, op. cit., pp. 78-80, et planche (p. 77). Il faut ajouter que, par suite d'une inversion du cliché, la planche qui figure dans ce dernier travail reproduit l'original à l'envers. Depuis, le même rouleau a été décrit en détail, et en panie reproduit, par E. Langlois, Le rouleau ^'Exultet de la Bibliothèque Casanatense, dans Mélanges d'Archéologie et d'Histoire de l'Ecole française de Rome, VI (1886), pp. 466-482, et pi. vii-vm. Cf. également Kraus, op. cit., p. 60; Bertaux, op. cit., pp. 230-231 ; Marignan, op. cit., pp. 18 et 30-31; Loew, op. cit. pp. 68 et 358.
15. Un autre rouleau, dont on a supprimé le texte, se trouve actuellement dans les Archives de la Cathédrale de Salerne : il se présente sous la forme d'une série de miniatures cousues bout à bout. Ce rouleau date du
temps de l'évêque Romuald (f 1180). Cf. Rohault de Fleury, La Messe, t. VI, p. 92; Ebner, op. cit., p. 78; Kraus, op. cit., p. 59;Schlumberger, op. cit., p. 101; Bertaux, op. cit., pp. 230-231; Marignan, op. cit., pp. 19 et 34.
1 6. La Cathédrale de Pise possède trois rouleaux é' Exsultet, dont deux se trouvent au Museo civico, et un aux Archives capitulaires, à Y Opéra del Duomo. La bande la plus ancienne, codex 1820 des Archives, est écrite en une minuscule Caroline du Xe siècle. Ce rouleau ne contient, au début, que deux dessins à la plume; après quoi le texte de Y Exsultet est écrit tout d'un trait. Cf. Kraus, op. cit., p. 59; Bertaux, op. cit., pp. 237-238.
17. Des deux autres rouleaux de Pise, tous deux exposés au Museo civico, le plus ancien, qui date du XIe siècle, n'a certainement pas été composé en Toscane. L'écriture, qui est bénéventaine; la décoration, qui rappelle beaucoup celle des rouleaux de Sorrente et de Capoue, prouvent qu'il provient de l'une des cités de l'Italie Méridionale avec lesquelles le grand port toscan était en relations constantes. Les miniatures de ce
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 381
toute la littérature ecclésiastique. L'autre est YExsultet dit de Bari, parce qu'il a été publié pour la première fois d'après un rouleau de la Cathédrale de Bari.
rouleau ont été reproduites, en tout ou en partie, dans plusieurs ouvrages : Martini, Theatrum Basilicce Pisanœ, réimpression de 1878, pi. xxx; Rosini, Istoria délia Pittura italiana, Pise 1839, t. I, pi. 1 et xm; Seroux d'Agincourt, op. cit., t. V, Peinture, pi. lvi, et t. III, Texte, p. 61; Rohault de Fleury, La Messe, t. III, pi. cxcv et pp. 36-38; t. VI, p. 92; t. VII, pi. dxlvii et pp. 92-93; L'Evangile, t. I, pi. xxvi, 2 et p. 73; pi. xxxv, 2 et p. 105; pi. xxxvi, 3 et p. 109; pi. l, 5 et p. 236; t. II, pi. lx, 2 et p. 45; pi. lxxiv, 3 et p. 186; Fôrster, Denhnàler der Itahanischen Kunst, t. I, p. 11; Rohault de Fleury, Les édifices de Pise. Cf. également Ebner, op. cit., p. 78, note 29; Kraus, op. cit., p. 59; Bertaux, op. cit., p. 238; Marignan, op. cit., pp. 19 et 35-36; Loew, op. cit., p. 357.
18. Le troisième rouleau de Pise, qui est de beaucoup le plus récent, date seulement des environs de 1300. Il est écrit en gothique carrée, et noté sur lignes. Quant à sa décoration, elle ne se rattache en rien à celle des rouleaux de l'Italie du Sud. On a l'impression très nette que l'artiste pisan n'a retenu, du rouleau bénéventain qu'il avait sous les yeux, que l'idée de transcrire le texte de YExsultet sur une bande de parchemin; mais il a exploité cette idée à sa façon, et sans s'astreindre à reproduire le style de son modèle, ni même les scènes qui s'y trouvaient représentées. On trouvera un unique spécimen de ce rouleau dans Rohault de Fleury, La Messe, t. III, p. 37 et t. VI, p. 93. Cf. également Ebner, op. cit., p. 78, note 29; Kraus, op. cit., p. 59; Bertaux, op. cit., pp. 237-238; Marignan, op. cit., pp. 19 et 36.
19. Rohault de Fleury a retrouvé à Paris, au Cabinet des Estampes, la copie d'un Exsultet de la Cathédrale de Policastro, qui fait partie des papiers de Millin. Dans le t. VI de La Messe, pi. cdlxxiv et p. 92, il en a donné la reproduction intégrale.
20. Bertaux signale (op. cit., p. 225, note 4) un autre fragment $ Exsultet, réduit d'ailleurs à une simple miniature. C'est là tout ce qui reste d'un rouleau campanien du XIe siècle, analogue au grand Exsultet de Gaète; il a été publié par Dom Latil.
21 Outre YExsultet de Sorrente, (ci-dessus n° 12), le Mont-Cassin possède un fragment d'un autre rouleau un peu plus ancien (XIe s.) qui a été offert à l'abbaye par M. Caméra, d'Amalfi. Cf. Loew, op. cit., p. 353.
22. Un rouleau à' Exsultet, qui était naguère la propriété de Lord Crawford, se trouve actuellement à la Rylands Library de Manchester. Cf. Bannister, The « Vêtus Ltala)> Text of the « Exultef», dans The Journal of Theological Studies, XI (1910), p. 45; Loew, op. cit., p. 341.
23. La Bibliothèque Capitulaire de Troia possède un Exsultet du XIIe siècle, qui a été publié par Dom Latil. Cf. Loew, op. cit., pp. 77 et 369.
24. Il existe dans les Archives Capitulaires de la Cathédrale de Velletri quelques fragments de rouleaux dY Exsultet. Quatre d'entre eux proviennent d'un rouleau de la fin du XIe siècle. Cf. Fedele, Z' « Exultety> di Velletri, dans Mélanges d 'Archéologie et d 'Histoire de PEcole Française de Ro?ne, XXX (1910), pp. 313-320 et pi. vii-xi.
25. Trois autres fragments, conservés dans les mêmes Archives sous la cote 11 1, proviennent d'un Exsultet illustré par un artiste français, à la fin du XIIIe siècle ou au début du XIVe. Cf. Monaci, Un Rotolo miniato d'arle francese a Velletri, dans Mélanges Châtelain, Paris, Champion 19 10, pp. 440-441 et planches.
26-27-28. A cette liste, il semble bien qu'on devrait ajouter trois autres rouleaux, tous de Bari. Nous n'en avons, en effet, mentionné ci-dessus qu'un seul, le premier de la série. Mais, au témoignage de Mgr Duchesne (Comptes-rendus de P Académie des Lnscriptions et Belles-Lettres, 1886, p. 279, et 1897, p. 97), l'antique collégiale de Saint-Nicolas de Bari ne posséderait pas moins de quatre de ces rouleaux : celui dont nous avons déjà parlé, un autre qui daterait du XIIe siècle (op. cit , 1897, p. 101; Loew, op. cit., pp. 67 et 151), et deux autres dont il n'est rien dit de plus précis. Trois d'entre eux ont été utilisés par Bannister, The « Vêtus Itala » Text of the « Exultet », dans The Journal of Theological Studies, XI (1910), p. 47.
Bref, on peut dire que, dans l'ensemble, la coutume de transcrire YExsultet sur une bande de parchemin que déroulait le diacre est propre à l'Italie Méridionale. Sur vingt-huit rouleaux, entiers ou fragmentaires que l'on connaît, il y en a vingt-cinq qui ont été composés dans l'Italie du Sud. Parmi les trois autres, l'un, dû à un artiste français (n° 25), voisine, à Velletri, avec un rouleau authentiquement bénéventain (n° 24) ; les deux autres sont à Pise; et la présence, à Pise comme à Velletri, de rouleaux d'origine bénéventaine tend bien à prouver que c'est à eux qu'on doit attribuer la composition sous la forme de rouleaux des manuscrits non-bénéventains.
a) La « Vulgate ». — Le texte actuellement en usage dans l'Eglise romaine est donc celui qu'on trouve, de beaucoup, le plus anciennement et le plus universellement attesté dans la tradition. 11 figure notamment dans les Sacramentaires gélasiens du VIIIe siècle, ainsi que dans le Supplément du Sacramentaire grégorien. De là il est passé dans toute la tradition postérieure, non toutefois sans quelques retouches.
L'éloge de l'abeille, qui figurait certainement dans le texte primitif, comme il est facile de s'en assurer par le témoignage unanime de tous les manuscrits anciens, a probablement choqué les scribes par son allure trop virgilienne. Aussi cette partie du texte a-t-elle été l'objet d'amputations systématiques ; et la manière assez variée dont ces coupures ont été faites, ici et là, tendrait à prouver que l'initiative en a été prise d'une manière indépendante par des scribes différents. Le tableau ci-contre permettra de se faire une idée des solutions assez variées qui ont été adoptées sur ce point par des scribes appartenant pourtant tous à l'Italie Méridionale. Dans la première colonne, nous avons indiqué le texte primitif, avec les variantes qu'on trouve, non seulement dans ceux de nos manuscrits où il figure : Bor (Rome, Vat. Borgia 339), Far (Fragments de Farfd), OU (Rome, Val. Ottob. 5/6), Val (Rome, Vallicellane, c. 32); mais encore dans les principaux Sacramentaires, soit gélasiens : Gel (Gellone), Ang (A/igoulême), Gai (Saint-Gall) et Rhe (Rheinau). soit grégoriens : Had (Hadrien, éd. Wilson, basée notamment sur OU, Ottobonianus 3/3) (1).
Comme on le voit, en dehors des Sacramentaires proprement dits, on retrouve le texte primitif dans quatre seulement des manuscrits bénéventains que nous étudions ici : Rome, Vall. c. 32, Rome, Vat. Borg. 339, Rome, Vat. Ottob. 576, et en outre dans les fragments de Farfa. Dans ce texte complet, l'éloge de l'abeille ne commence en fait qu'avec le paragraphe Apis cœteris. Avant ce développement, il est pourtant fait deux fois allusion à l'abeille : à la fin de la phrase précédente, ...apis mater eduxit, qui introduit précisément l'éloge proprement dit; et puis, un peu plus haut, ...de operibus apum sacrosancta reddit Ecclesia : deux allusions très brèves où les puristes eux-mêmes n'auraient rien trouvé à reprendre, et qu'ils pouvaient donc très bien conserver, tout en sacrifiant le développement qui suivait. Mais on conçoit également que le scribe ait jugé suffisante la première mention de l'abeille, et englobé la seconde dans la même réprobation que l'éloge lui-même. De fait, on trouve bien l'une et l'autre solutions attestées dans notre tableau : tandis que l'amputation du texte commence seulement au début de l'éloge dans la seconde colonne, elle s'étend, dans la troisième, à tout le paragraphe précédent.
C'est la première de ces deux solutions que nous voyons adoptée dans le Missel romain, dont le texte diffère malgré tout de celui de la seconde colonne par la suppression intégrale de l'éloge de l'abeille, tandis que, dans les deux colonnes médianes, on en a au moins retenu le dernier paragraphe : O vere mirabilis apis..., et la comparaison avec la virginité féconde de Notre-Dame.
(1) Il a paru inutile de faire appel ici au texte, en général très incorrect, des Sacramentaires gallicans : Sacramentaire de Bobbio, Sacramentarium Gallicanum, Missale Gallicanum Vêtus, Missale « Gothicum », où figure également notre Exsultet; leur témoignage n'aurait servi qu'à multiplier, sans réelle utilité, les variantes de l'apparatus.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
Sacramentaires