VL
na
mé-
cum
quae-
so
Dé-
rPm
G la]
et
ca-
gi- nem pec-
ca-
tô-
ru m
Sur les intonations, régulièrement adaptées, nous voyons se greffer quelques-unes des cadences déjà rencontrées précédemment, avec leurs différentes variétés : par exemple, pour ce qui concerne les deux premières, la présence ou l'absence du mi dans le groupe 3 avant la finale.
A prendre matériellement la mélodie, la troisième de ces incises serait mal adaptée, puisqu'il y faudrait un podatus sur la première syllabe de quœso; et, sur la seconde, une clivis fa-mi au lieu de sol-fa. Mais il n'est pas impossible que le compositeur ait ici luimême modifié quelque peu cette cadence pour permettre de lier Dei à l'adjectif omnipotentis qui suit, et éviter la coupure malheureuse : u na mecum, quœso, Dei / oninipotentis.
Quant à la cadence sur la : et caliginem pcccatorum, elle est ici seule de son espèce, mais se rattache à l'un des groupes déjà rencontrés (p. 411) dans le cas de division sur deux syllabes de la formule d'intonation (1).
(1) Dans le groupe des incipits en scandicus, nous avons vu précédemment deux cas (p. 411, note 1) où ce neume d'intonation s'était vu adjoindre un la supplémentaire de passage. On constate ici un fait analogue, dans deux cas également :
Em
in
ni- tâ-
te Spi-ri-tus
et
se-
tér-
ni Re-gis
Dans la première de ces formules, chacune des quatre notes — et en particulier le la surnuméraire — est appliquée à une syllabe distincte; dans la seconde, au contraire, le la en question est venu fusionner avec le si d'accent.
L'énumération des intonations dépendant de la même formule pourrait être ainsi terminée, après ce groupement en trois catégories selon que la progression fa-sol-si porte sur une syllabe, sur deux ou sur trois syllabes. Notre pièce nous présente pourtant encore quelques incipits dérivant du dernier de ces trois types par la suppression, soit du fa initial, soit même du fa et du sol.
Voici quelques intonations partant directement du sol :
G lai
Départ sur sol. '
fni
quae
quae
hô-
tâ-
di- e ti- is lem ac
ssètân-
eu- li tum
S lai
Per
ni- a
sae-cu-
la...
L'accent, on le remarquera, coïncide toujours avec le si isolé; aussi est-ce directement sur cette note que débutent plusieurs phrases commençant précisément par une syllabe accentuée ( i ) :
Dépari sur si. <
fm
in
qua
de-
strû-
ctis
• la
LJ
fm
fé-
sta
pa-
schâ-
li-a
triai
ât-
que
re-
gnân-
tem
C'est donc toujours à une 'note accentuée, on le voit, que correspond le si aigu de l'intonation, au moins lorsqu'il se trouve à l'état isolé, comme on peut le constater dans les tableaux des pages 411 {1414. Mais, quand le neume initial est un scandicus proprement dit (p. 410), le compositeur ne tient plus aucun compte de l'accentuation : il applique alors indifféremment le scandicus en question à la première syllabe de la phrase, que celle-ci soit ou non accentuée.
Les cadences réunies dans les deux groupes ci-dessus présentent toutes ceci de commun qu'elles comprennent deux syllabes entre les deux derniers accents. Quand le texte à adapter n'en comporte qu'une seule, le si initial se voit tout simplement adjoindre le la qui suit; l'avant-dernier accent se trouve alors affecté, non plus d'un si
(1) On pourrait, c'est vrai, contester la légimité de l'accentuation sur in, au début du premier exemple de ce groupe. Nous ne pouvons que constater ici l'assimilation de ce cas aux deux suivants.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
isolé, mais bien de la clivis si-la résultant de cette fusion. Voici d'ailleurs la série des cadences variées appartenant à ce type :
rSm
gau-
di-
rum
uni-
vér-
sum
mûn-
dum
fm
& fa
Cadences
sur fa.
pecca-
tô-
ru m
téne-
bras
nâs-
prôfu-
it
tm
grati-
am
in-
fûn-
dens
ag-
gre-
gâ-
ri
fm
CRa
Cadences
sur la. "
réd-
dit
grâ-
ti- se
tô-
to
côr-
dis
Déjà nous avons trouvé un cas de fusion analogue, dans le second type de cadence sur la de la page 411.
Telles sont, en somme, les règles de composition de cet Exsultet orné de Raguse, si toutefois il peut être question de règles, dans une pièce où les formules ne se retrouvent identiquement que d'une manière exceptionnelle. Tout en s'en tenant à un nombre de thèmes relativement restreint, le compositeur semble en avoir usé avec le plus de liberté possible, et sans s'astreindre à calquer de trop près les phrases les unes sur les autres. De ce point de vue, il n'est pas douteux que cet Exsultet de Raguse laisse une impression toute différente de celui de Farfa, et surtout de Bénévent, d'une monotonie qui surprend un peu quand il s'agit d'un chant de joie comme Y Exsultet.
Et cependant, si l'on y regarde d'un peu près, on n'est pas peu surpris de constater une parenté très réelle de fond entre VExsultet de Raguse et celui de Bénévent. Le fait est indéniable, par exemple, pour l'incise totius orbis se sentiat, identique de part et d'autre :
to- ti- us or-bis se sen-ti- at
Mais si, l'attention attirée par cette identité, on se prend à suivre parallèlement la mélodie de Raguse et celle de Bénévent, telle que nous l'avons reproduite, au moins pour le Prologue, pages 388-389, il devient aussitôt évident que VExsultet de Raguse n'est pas autre chose qu'une amplification mélodique de VExsultet bénéventain traditionnel. Pour s'en assurer, il suffira de jeter un coup d'œil sur les quelques incises suivantes, dont les
deux versions mélodiques ont été disposées parallèlement, pour en mieux faire ressortir l'identité substantielle :
henevenu . "■ ■ - ■■■
Cm
Jiaçuse. LJs * 1 .■■■
Exsultet jam ange-li-ca
et pro tanti Régis victori- a
Gaude-at se tantis
JË i
, «sa ♦, j — a. . .
fc=
t^vî^=;
tellus
to-ti-us orbis se senti- at
ami-sis-
se ca- h-ginem
Lae-tetur et ma-ter Eccle-si-a
ft
Fm
Lj^ ■
tanti
luminis
et magnis populorum vocibus
Per omni-a saecu-la sae-cu- lo- rum.
Ces quelques phrases sont toutes empruntées au Prologue; mais il suffirait de continuer la comparaison pour voir le même parallélisme se poursuivre dans toute la Préface.
Bref, YExsuItct de Raguse n'est pas une composition originale, comme aurait pu le laisser penser au premier abord sa contexture très ornée : c'est tout simplement une amplification de la mélodie traditionnelle et peu variée de YExsuItct bénéventain.
Ainsi se trouve donc ramenée à l'unité, même de ce point de vue particulier, la tradition bénéventaine, dont il ne subsiste plus ainsi qu'une mélodie unique, à laquelle se rattache V Exsultet de Raguse lui-même. Le premier Exsultet de Farfa reste seul en marge de cette tradition unanime; mais rien, somme toute, n'autorise à le qualifier de bénéventain au sens strict.
Le chant bénéventain de Y Exsultet se rapproche au contraire beaucoup des différents types de récitatifs que nous avons eu ici-même l'occasion d'étudier. Apparenté de très près au Cantique de Jonas (p. 272) et au Cantique d'Azarias (pp. 318-319), il est construit exactement sur les mêmes formules que l'introduction de ce dernier Cantique (p. 318); l'introduction et la conclusion du Cantique des Trois Enfants (pp. 320-32 1) sont également construits sur des thèmes tout semblables.
On a ici une nouvelle preuve de la pauvreté d'inspiration du répertoire bénéventain. qui pouvait ainsi se contenter d'un même type mélodique, substantiellement un, pour
LA TRADITION BENEVENTAINE.
toutes sortes de récitatifs, quel qu'en fût le caractère ou l'affectation liturgique, et qu'il s'agît de YExsultet ou bien des Lamentations (i).
(i) C'est, en effet, cette même mélodie qui fait le fond du chant des Lamentations. Et, puisque nous parlons ici pour la dernière fois des récitatifs bénéventains, on souffrira que nous disions un mot de la question des Lamentations à Bénévent. Sans doute elle n'entre pas directement dans le plan du présent travail, qui embrasse exclusivement l'Office de Jour; il n'y en aurait pas moins une lacune réelle, du point de vue « Paléographie musicale », à ne pas faire ressortir l'unité à la fois et la monotonie du répertoire bénéventain sur ce chapitre des récitatifs, qu'ils appartiennent d'ailleurs à l'Office de Jour ou à l'Office de Nuit.
Si l'on se reporte aux planches xxviii-xxxi qui accompagnent le présent volume, on y trouvera la reproduction de quelques feuillets du codex R. 32 de la Bibliothèque Vallicellane. Ce manuscrit est un recueil de fragments, dont plusieurs sont bénéventains (Cf. E. A. Loew, The Beneventan Script, p. 360). Les feuillets 21 à 26 proviennent d'un manuscrit de la fin du XIIe siècle (sur la planche xxvm, seul le folio 20, à gauche, est du début du XIe) ; on y trouve notamment les leçons des Ténèbres du Samedi-Saint, et en particulier celles du premier Nocturne, intégralement notées.
Nous transcrivons ici le début de la première Lamentation, telle qu'elle figure, pi. xxvm, au haut du folio 21 :
i=js
Heth.
Mi-se-ricordi-e Domini multe non sumus consumpti qui- a non de-fecerunt mi-sera-ti-o-nes
te
tx
te
e-jus. Heth. Nove di-lucu-lo multa est fides tu- a. Heth. Pars me- a Dominus dixit anima me- a.
te
te
proptere-a expectabo e- am. Theth. Bonus est Dominus sperantibus in e- um anime querenti- um il-lum...
Chaque verset, on le voit, comprend deux incises, dont la seconde n'est que la répétition mélodique de la première. La clé que nous avons indiquée semble impliquée par l'analogie de cette mélodie avec les autres récitatifs bénéventains, en particulier avec les Cantiques de Jonas et d'Azarias. Intonation, teneur et flexe de chaque phrase sont identiques; et, si la formule de cadence est ici quelque peu différente, elle ne s'en repose pas moins sur sol, comme dans les autres récitatifs. Cette manière d'écrire nécessite toutefois, autant qu'on en peut juger, le bémol constant; ce qui fait, somme toute, de cette récitation une sorte de psalmodie du IVe mode qui n'est pas sans analogies avec le Te Deum, ou bien le Gloria XV de l'Edition vaticane.
Au sujet de l'insistance marquée par les manuscrits sur certaines notes, on pourra observer la forme prolongée — et apparemment doublée — du dernier sol de récitation (pi. xxvm, ire ligne), aussitôt avant la chute au fa qui amorce la petite cadence; de même, à la 7e ligne de la même page, le quatrième neume, sur cum. Dans le même ordre d'idées, on peut noter la forme tremblée du podatus d'intonation, dans chaque incise : il ne s'agit que d'un bon appui, au début de la phrase, et non pas d'un doublement matériel.
Dans les récitatifs que nous avons d'étudiés jusqu'ici, nous avons vu réserver pour la finale de chaque pièce une formule un peu différente des cadences employées pour les autres phrases. Ici, le compositeur s'est borné à souder à la cadence habituelle le mélisme qui accompagne normalement le titre de chaque verset :
:tey£p
qui nutri- ebantur in croce- is amplexa-ti sunt sterco-ra.
La fin de la première leçon et le début de la suivante n'existant plus actuellement dans nos fragments (en raison de la disparition d'un feuillet simple entre les folios 21 et 22, pi. xxix), c'est à cette seconde Lamentation, construite sur la même mélodie, que nous avons emprunté la finale précédente, fol. 22v(pl. xxx).
Comme aujourd'hui, la dernière leçon du premier nocturne est, le Samedi-Saint, la Prière de Jérémie. Nous en transcrivons les premières phrases d'après le manuscrit de la Vallicellane, fol. 22v (pi. xxx) :
:*^vi:
Ora-ti-o Hieremi- e Prophète. Recordare Domine quid accide-rit no- bis intu-ere et respice oppro-
Paléographie XIV.
Le Cérémonial. — Parmi nos manuscrits, on n'en trouve que deux pour nous renseigner sur le cérémonial suivi, à Bénévent (i), pour la Bénédiction du Cierge pascal; ce sont : le Missale Antiquum VI. 33 de Bénévent (p. 344) et notre Graduel Vat. lat. 10673 (p. 338 ou p. 341), dont nous rappelons ici les termes, d'ailleurs tout semblables :
« Post haec accendatur ignis novus ex ignario vel alio quolibet modo ; dicaturque super eum oratio haec : Deus qui per Filium tunm angularem scilicet lapident. De quo igné benedicto accendatur cereus ; et, quasi ex occulto, proferatur in puplicum. Tune episcopus aut presbyter cum eodem cereo accendat Cereum preparatum ad benedicendum. Et accensum tangat cum Chrisma, faciendo in illum signaculum sanctae Crucis. Deinde diaconus sumens — vel tangens — Cereum ter pronuntiet : Lumen Christi. Respondetur in choro : Deo grattas. Et incipit benedicere Benedictio[ne] quae hic notata est : Exsullet jam angelica. Deinde incipit benedictionem cereis ».
Pratiquement, on commençait donc, après la onzième leçon et le chant des Benedictioues, à allumer le Feu nouveau, en un lieu et d'une manière qui ne sont pas autrement précisés : « ex ignario vel alio quolibet modo »; et l'on récitait sur lui l'oraison Deus guiper Filium fuuiu angularem scilicet lapident, la même qui, aujourd'hui encore, figure dans la liturgie romaine en tête de la fonction du Samedi-Saint. Rien ne laisse à penser que cette partie de la fonction ait été accomplie par l'évêque lui-même ou par le célébrant : l'un et l'autre ne seront expressément nommés que dans un instant; ici, il est dit d'une manière impersonnelle : «accendatur... dicaturque... ».
A ce Feu, bénit comme il a été dit au moyen de l'oraison Deus qui Filium tuum angularem, on allumait un cierge, que l'on transportait aussitôt à l'ambon; et ceci, sans aucun cérémonial particulier; bien au contraire, cette translation devait s'opérer aussi discrètement que possible, et même, autant que faire se pouvait, passer inaperçue : « quasi ex occulto proferatur in puplicum ».
Remis entre les mains de l'évêque — ou de l'officiant, — le cierge ardent lui servait à allumer le Cierge pascal, sur lequel il faisait ensuite une onction en forme de croix avec le Saint-Chrême.
'—p — — +£• ■ | ■!■ — g ■ ■ »— ■ — i=ft-»-^-^4~" * i — ' p. — »8 r* ■
bri- uni no-strum. Heredi-tas nostra versa est ad a-li- e-nos. domus nostre ad extra-ne- os. Pupilli facti sumus
Ji — «^g*!— t~*~ ■— a— j — ^jzzjzp
absque pa-tre. matres nostre qua-si vi-du- e...
C'est exactement, on le voit, le récitatif que nous avons déjà si souvent rencontré, notamment pour la Prière de Jonas (p. 272) et la Prière d'Azarias (pp. 318-319). Le fait que nous le retrouvions ici pour accompagner la Prière de Jérémie tend à prouver que c'était là le ton réservé à toutes les « Prières )) ou « Cantiques » scripturaires, et quelle qu'en fût l'affectation liturgique. Le « Cantique des Trois Enfants » (pp. 320-321) est le seul qui ait été développé d'une manière plus ample.
Il est à peine besoin de l'ajouter, les deux mélodies de Lamentations que nous venons de reproduire se retrouvent dans d'autres manuscrits, avec quelques légères variantes d'adaptation qui n'en modifient pas le caractère. Il suffit d'en avoir reproduit ici le type d'après le codex R. 32 de la Vallicellane.
(1) Nous disons : à Bénévent; il n'y a aucun intérêt, en effet, pour nous actuellement à étudier le témoignage des documents entièrement romanisés, qui ne présentent plus aucune trace de l'ancien ordo bénéventain.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
C'est alors seulement que le diacre, prenant en main le Cierge, « sumens cereum », — ou simplement le touchant, « tangens cereum », d'après le Missale Antiquum, — chantait le Lumen Christi, auquel le chœur répondait Deo gratias :
Lumen Christi. ty. De-o gra-ti-as (i).
Comme aujourd'hui la formule était répétée trois fois, et suivie du chant de YExsultet.
Telle est, dans son intégralité mais aussi dans toute sa brièveté, la description de la Bénédiction du Feu nouveau et du Cierge pascal à Bénévent au XIe siècle, d'après les deux seuls manuscrits qui nous en aient conservé le témoignage.
Le Graduel de la Vaticane est seul à mentionner ensuite, pour terminer, une bénédiction de cierges — ou d'Agnus Dei? — qui, d'après le contexte, aurait été faite par le diacre lui-même, après le chant de YExsultet : « Deinde incipit benedictionem cerei » (2).
(1) Pour la triple formule Lumen Christi et sa réponse Deo graiias, nous n'avons, parmi nos manuscrits, que trois formules mélodiques complètes et certaines, assez semblables d'ailleurs :
i° Celle du codex C. 32 de la Vallicellane :
20 Celle du codex VI 29 de Bénévent :
El , 8
Lumen Christi. R?. De-o gra-ti-as.
m — n — rn
30 Celle du Missel de Caiazzo, Vat. Barb. lat. 603
Lumen Christi. R?. De-o gra-ti-as.
Lumen Christi. R?. De-o gra-ti-as.
Quant aux autres manuscrits, ils donnent tous des leçons incomplètes ou douteuses. Le Missel cassinien Vat. lat. 6082 suit exactement le Vall. C. 32, mais ne note pas la réponse. Il en est de même pour l'autre Missel cassinien, Vat. Ottob. 376, avec cette différence que la retombée de Christi se fait plus bas, sans qu'on puisse estimer au juste sur quel degré. La même observation vaut pour le Vat. lat. 10673 (pi- 7°. 7e ligne), qui part bien aussi de la même manière, mais retombe sur un degré plus bas, après le pressus de la première syllabe de Christi. La réponse Deo gratias (ligne suivante) y est construite sur la même formule, avec deux podatus pour commencer; mais l'interlignage est trop faible pour qu'on puisse juger de la diastématie du mot gratias Quant au Missale Atitiqiium VI. 33 qui, lui non plus, ne note pas la réponse, il se rapproche du Bénévent, VI. 29, avec cette différence qu'il donne un simple punctum sur la première syllabe au lieu du podatus :
Lumen Christi.
(2) En dehors de nos deux manuscrits, de Bénévent et de la Vaticane, le codex Vall. C. 32 (p. 351) est le seul qui donne quelques précisions sur cette fonction, mais sans se rattacher directement au même ordo. Pour la Bénédiction du Feu nouveau, il indique l'oraison Domine sancte Pater omnipotens, c'est-à-dire notre seconde oraison actuelle. Puis, sans parler aucunement des détails propres à la fonction bénéventaine, il décrit la petite procession, de l'autel à l'ambon. Le diacre prend sur l'autel la Benedictio Cerei, c'est-à-dire le rouleau YExsultet; et puis, précédé de deux sous-diacres et d'un acolyte portant le Cierge au bout d'un roseau, il sort par le milieu du chœur, sollicitant humblement la prière de ses frères : « et egrediens per médium chori, inclinato capite, dicat fratribus : Orate pro me ». C'est l'équivalent de la bénédiction que demande aujourd'hui le diacre au pontife ou au célébrant. Et puis, sans monter à l'ambon — ou plutôt avant d'y monter, — il entonne le Lumen Christi.
Il ne saurait être question pour nous de remonter ici aux origines, assez obscures d'ailleurs, de cette partie de la liturgie du Samedi-Saint. La question de la Procession du Lumen Christi a cependant fait l'objet d'une étude judicieuse du Rme P. dom B. Capelle, qui a eu le mérite d'éclairer les uns par les autres des textes, connus sans doute, mais que nul n'avait pensé jusqu'ici à rapprocher (i).
De ce travail nous retiendrons ici simplement les éléments qui permettent de rattacher à l'ensemble des textes les détails trop concis de notre ordo bénéventain.
Le plus singulier, au premier abord, est certainement cette translation — discrète au point d'être à peu près occulte — du cierge allumé au Feu nouveau, et destiné lui-même à allumer le Cierge pascal. Il y a là, malgré certaines analogies, un contraste absolu avec la fonction romaine correspondante, où la procession en question revêt au contraire une solennité absolument unique, avec son triple Lumen Christi réservé, à Bénévent, au Cierge pascal lui-même.
Examinons donc les faits d'un peu près.
C'est au Ve siècle, et à Jérusalem, qu'il faut nous transporter, pour avoir le témoignage le plus ancien relatif au rite que nous étudions. Au soir du sabbat, on y allume un cierge dans la Sainte-Anastasis; après quoi l'évêque allume trois autres cierges; et après lui les diacres; et enfin toute l'assemblée (2).
Au VIL siècle, on trouve un témoignage analogue, mais précisant que la réunion initiale de la Sainte-Anastasis se fait simplement entre l'évêque, les prêtres et les diacres, toutes portes fermées (2).
« Le sens de ces rites si caractéristiques est clair : c'est de YAnastasis que le Sauveur, Lumière du monde, sortit vainqueur le troisième jour. C'est pourquoi l'on s'y enferme pour allumer secrètement la flamme symbolique; c'est pourquoi de là part le vivant cortège des lumières jaillies au contact de ce Feu nouveau dont chacun s'illumine » (3).
De ce rite oriental il suffit de rapprocher celui que pratiquaient, dès le VIIe siècle, les Eglises d'Espagne, pour voir aussitôt se manifester une parenté incontestable (4).
(1) La Procession du Lumen Christi au Samedi-Sain/, dans Revue Bénédictine, XLIV (1932) pp. 105-119.
(2) Op. cit., p. 106.
(3) Op. cit., p. 107.
(4) Nous reproduisons ci-après le témoignage du Liber Ordinum {Le « Liber Ordinum » en usage dans V Eglise wisigothique et mozarabe d'Espagne du Ve au XL' siècle, éd. Férotin, Paris, Firmin-Didot 1904, col. 208-215). Ce document date matériellement du XIe siècle; mais, grâce à l'Antiphonaire de Léon (Antiphonarium mozarabicum de la catedral de Leôn, Léon 1928, p. 126), on atteint maintenant directement le IXe siècle. Des arguments de critique interne autorisent d'ailleurs à reporter ce rite au VIIe siècle, et même plus haut, au moins pour ses parties essentielles.
Ordo die Sabbato in Vigilia Pasche. — Die sabbato, ingrediente uigilia, hora diei nona signum sonat. Et congregatis omnibus, induunt se diacones uel clerici albas; et sedens episcopus in sede ad conscensorium, accedunt presbiteres, diacones, clerus omnisque populus ad episcopum et accipiunt ab eo cerea. Et s tantes in locis suis, ingreditur episcopus, cum presbiteris et diaconibus tantum, in thesaurum (la sacristie, ou, du moins, une des salles de la sacristie où l'on gardait les objets les plus précieux : le « trésor » ). Et clausis ostiis uel fenestris a uelis, ut nec ?nodicum quidem lumen foris uideatur, offertur episcopo a thesaurario petra, et esca, et excussorium ignis. Et mox ut ipse manu sua ignem excusserit, accenditur stuppa, exinde teda, ex ea ilerum lucerna ; de hac quoque lucerna
LA TRADITION BENÉVENTAINE. 421
« Dans la sacristie hermétiquement close s'est réuni le clergé, tandis que le peuple remplit l'église. L'évêque fait jaillir de la pierre le feu avec lequel aussitôt on illumine le grand cierge pascal. Bénédictions, puis, chacun ayant allumé son propre cierge à l'intérieur de la sacristie, sortie dramatique, ostension brusque du grand cierge au cri trois fois répété de Deo grattas. Procession dans l'église. Embrasement des lumières tenues par la foule. Arrivés au chœur, les deux diacres chargés respectivement de la « benedictio » de la lampe et du grand cierge vont s'acquitter de leur solennelle mission...
«La parenté avec les rites de Jérusalem est manifeste. La sacristie, ou Tcsaurns, a remplacé hardiment YAnastasis. Comme à Jérusalem le clergé seul y pénètre et l'on ferme les portes. Comme à Jérusalem chacun s'est muni d'un cierge qui sera allumé au feu nouveau. La procession qui s'organise est, comme à Jérusalem, un cortège de lumières. Enfin le symbolisme de la cérémonie est pareil. En Espagne le rite s'est fait plus descriptif,
cereum. Et, nemine suum cereum accendente, accedit episcopus benedicere lucernam, tenente eam diacono, qui eam in choro postea benedicturiis est. Et dicit episcopus benedictionem hanc :
Benedictio lucerne in sacrario. Exaudi nos lumen indeficiens...
Post hec accedit alter diaconus ad episcopum, portans eum quem benedicturus est cereum. Etfaciens in ipso cereo episcopus hanc crucem "âjw, benedicit eum bénédictions ista :
Benedictio cerei in sacrario. Ofiferimus tibi, Domine, cerei huius rutilantis speciem...
Hac explicita, incendit episcopus cereum suum de cereo benedicto, et ingrediens occulte clerus in sacrario, ut nec modicum quidem foris de incensis luminibus uideatur. Et accendunt presbiteres et diacones a cereo benedicto cerea sua; simili ter et omnis clerus. Et mox ut lola perincensa fuerint, stat episcopus iuxta ostium, et diaconus ante eum, tenens ipsum cereum, quem postmodum benedicturus est. Et subito, leuato uelo ostii, inponit episcopus : Deo gratias. Et sic ab omnibus non plus quant tribus uicibus replicatur.
Et postmodum inponit hanc anliphonam :
Ant. Lumen uerum inluminat omnem hominem in hune mundum uenientem. — Vers. .• Quoniam apud te est, Domine, fons uite, et in lumine tuo uidebimus lumen. Gloria et honor.
Et post Gloriam, antequam ad chorum perueniant, dum hec antiphona fuerit explicata, accedunt seniores populi, et accendunt a cereo bettedieto cerea sua. Et sic tenus ab alio, totius populi cerei inluminantur.
Cum au te m peruentum fuerit ad altare, dicit ipse diaconus qui lucernam benedicturus est : Erigite uos. — In nomine Domini nostri Ihesu Christi, lumen cum pace. Respondit clerus : Deo gratias.
Post lumen leuatum, dicit episcopus hanc orationem :
Oratio. Prima tibi et principalia Deus, Pater omnipotens, hec luminum munera in exordio uenerande huius noctis obtulimus, et ob honorem Dominice resurrectionis lucernam et cereum claritatis aptavimus...
Post hanc orationem, dicit diaconus : Aures ad Dominum. Respondit clerus : Habemus ad Dominum nostrum.
Item ille : Deo ac Domino nostro Ihesu Christo Filio Dei, qui est in celis, dignas laudes et gratias referamus. Responditur a clero : Equum et iustum est, dignum et iustum est.
His dictis, ittponit diaconus benedictionem lucerne : Dignum et iustum est... Et per ordinem benedictio usque in ûnem consummatur.
Post hanc, orat episcopus hanc orationem :
Oratio. Deus, qui filios Israhel educis ex Egypto, palpabiles Egypti tenebras relinquendo...
Explicita oratione, stat ille diaconus, qui lucernam benedixit in loco suo. Post hutte accedit alter diaconus, et benedixit cereum benedictione hac : Equum et iustum est... usque in finem.
Post hanc benedictionem, orat episcopus hanc orationem :
ORATIO. Expectati temporis, dilectissimi fratres, festiua sollemnitas...
Post hec, accedunt ipsi duo diacones et adorant episcopum oscillantes eum. Ille uero, gratias eis agens, salutat idem episcopus.
Après quoi commencent aussitôt les lectures.
pour marquer avec force que le Tesaurus tient lieu de X Anastasis d'où surgit soudain le « Lumen verum inluminans omnem hominem ». A Jérusalem l'éloquence des lieux dispensait de cet effort. Cependant l'ordo espagnol comporte aussi certains rites qui ne semblent pas venir d'Orient : le feu jailli de la pierre, le grand cierge qu'on va bénir solennellement, le triple cri. Or, tout cela se retrouvera dans plusieurs liturgies latines anciennes. Que conclure, sinon qu'on est en présence d'une adaptation, assez répandue en Occident, d'usages propres à Jérusalem, la ville sainte où s'étaient déroulés les mystères rédempteurs, et où leur commémoraison revêtait nécessairement un caractère de dramatisation locale inconnu ailleurs? La Semaine sainte porte encore d'autres marques semblables, et l'on s'étonne presque qu'on n'ait pas reconnu plus tôt les attaches hagiopolites d'une procession aussi étrange et anormale que celle du Lumen Christi » (i).
Pour être assez différent, le rite de Bénévent n'en présente pas moins avec celui de l'ordo espagnol des analogies plus profondes qu'il ne pourrait sembler au premier abord. Le diacre ne chante le Lumen Christi qu'une fois le cierge allumé et oint du Saint-Chrême. Quant à la procession, elle a précédé, réduite ici à sa plus simple expression : « quasi ex occulto proferatur in puplicum ». Mais la mystique du geste est bien la même que celle de Jérusalem et de Léon : brusquement doit surgir aux yeux des fidèles la lumière jusque-là cachée (2).
Comme nous avons déjà eu l'occasion de le rappeler à plusieurs reprises, et notamment page 371, la Bénédiction du Cierge pascal était située, à Bénévent, entre la onzième et la douzième leçon; ou, plus exactement, entre les Bencdictiones qui s'enchaînent normalement avec la leçon de Daniel et l'oraison Deus qui tribus pueris, destinée — son texte l'indique suffisamment — à couronner le tout.
(1) Op. cit., p. 109.
(2) Le Rme P. dom Capelle ajoute ici l'expression d'un doute : « Comment s'y prenait-on pour obtenir cet effet soudain? L'ordo ne le dit pas» (p. m). Réflexion qui semble bien due à une confusion. L'auteur écrit, en effet : «Brusquement doit surgir en public \& lumière jusque-là cachée»; commentaire évidemment inspiré du texte tel qu'il le transcrit : « quasi ex occulto proferatur in publicum ». Mais c'est puplicum que donnent nos manuscrits. Et, s'il est vrai que l'on trouve parfois dans les manuscrits le b changé en p, nous ne croyons pas qu'il y ait lieu de supposer ici cette altération, et de corriger en b le second p de puplicum. Le « puplicum », c'est l'ambon ; et notre texte dit tout simplement que, une fois le cierge allumé au Feu nouveau, on le transporte à l'ambon, où se trouve déjà préparé le Cierge pascal, sur la colonne que, dans l'Italie Méridionale, on voit normalement dressée à côté de l'ambon lui-même. Conçue le plus souvent dans le même style que lui, celle-ci avait généralement été exécutée par le même artiste. (On pourra voir dans l'ouvrage de Bertaux, P Art dans F Italie Méridionale, toute une série de ces magnifiques ambons avec colonnes assorties pour le Cierge pascal, notamment : pi. xi, p. 222; pi. xxm, p. 504; pi. xxv, p. 568; pi. xxvm, p. 602; pi. xxix, p. 606). Dès lors, il suffisait d'allumer le Cierge, disposé sur cette haute colonne au niveau même de l'ambon, pour qu'il apparût aussitôt aux yeux de tous comme le symbole du Christ ressuscité : Lumen Christi. L'ordo de Bénévent se comprend donc de lui-même, sans qu'il soit nécessaire d'en retoucher le texte, et laisse d'ailleurs intacte l'explication du Rme P. dom Capelle.
Ajoutons que, se basant sur l'autorité de son premier éditeur, Bannister (Ordine « ambrosiano » per la settimatia santa, dans Miscellanea Ceriani, Milan, Hoepli 1910, pp. 1 29-141), dom Capelle considère ce texte comme ambrosien, comme un «vestige de l'usage antique de Milan?». Déjà nous y avons fait allusion, et nous aurons encore l'occasion d'y revenir, il s'agit ici d'un emploi absolument abusif du mot ambrosien, et qui n'autorise nullement à considérer cet ordo, qui est proprement bénéventain, comme « notre seul témoin direct en pays gallican ».
LA TRADITION BENÉVENTAINE. 423
Comment expliquer cette insertion de la Bénédiction du Feu nouveau et du Cierge pascal au cours d'un groupe — leçon, cantique, oraison, — qui, de soi, forme un tout logiquement ordonné? Il n'est pas très aisé de le dire. A elle seule cette dislocation suffirait à prouver que l'ordre en question n'est pas primitif, et que la double Bénédiction a dû être incorporée après coup dans l'ordo à cette place anormale.
Une fois qu'on a dit cela, il faut bien reconnaître qu'on a simplement constaté le fait, sans expliquer pourquoi, à Bénévent, les deux Bénédictions ont été rejetées à la fin de la Vigile, alors que, partout ailleurs, ce sont elles qui ouvrent la fonction (i).
C'est d'une manière très certaine, au contraire, que l'on peut rendre compte de la raison pour laquelle cette double Bénédiction n'a pas été insérée après la douzième leçon, mais avant elle. Reportée, à Bénévent, tout à la fin de la série (cf, pp. 352-358), la leçon Hœc est hereditas y sert de transition toute naturelle entre la Vigile proprement dite et la Procession aux Fonts, durant laquelle on chantait l'antienne Omnes sitientes, tirée précisément du même passage d'Isaïe.
Si Ton tient compte du caractère composite de l'ordo présenté par nos manuscrits, il faut, en effet, faire abstraction du trait Sicut cervus pour comprendre l'enchaînement de la Vigile pascale et de la Procession aux Fonts dans l'ancienne liturgie de Bénévent. Le trait en question est, en effet, le Sicut cervus romain. Et, s'il existe bien, nous l'avons vu, un
(1) La seule hypothèse que l'on puisse proposer — sous toutes réserves — pour rendre compte de cette anomalie — c'est que, dans cette fonction préliminaire, il faudrait distinguer deux choses bien différentes :
d'abord la Bénédiction du Feu nouveau, dérivant en somme directement de l'antique fonction du Lucernaire, et qui a une raison d'être très pratique : la nécessité d'éclairer l'église au cours de la vigile;
d'autre part la Bénédiction du Cierge pascal qui, en dehors de toute question matérielle — au moins après « stylisation » des rites, — n'a d'autre but que de représenter le Christ; et, une fois allumé, le Christ ressuscité- Or, s'il est tout-à-fait normal que l'église soit éclairée dès le début de la vigile — ce qui implique la Bénédiction du Feu, et en outre l'illumination de l'église par l'intermédiaire d'un cierge quelconque, allumé au Feu nouveau, — il ne l'est pas du tout que, au même moment, la Résurrection du Christ soit déjà impliquée par la présence du Cierge pascal, bénit et ardent. La réunion des fidèles pendant la Vigile pascale n'a pas pour but d'entourer le Seigneur ressuscité, mais bien de veiller, pour commémorer, dès l'aube, cette résurrection.
En sorte que, à prendre les rites dans leur sens le plus profond, si c'est bien au début de la Vigile que se place tout naturellement la fonction du Lucernaire, c'est seulement à la fin, juste avant la messe, ou bien aussitôt avant le baptême qui la précède, que l'on comprend la Bénédiction et l'illumination symbolique du Cierge pascal.
Mais, les deux rites étant conjugués — l'illumination du Cierge pascal dépendant de la Bénédiction du Feu, — on comprend que la première ait été le plus souvent attirée en tête de la fonction par la seconde; d'autant que l'emploi d'un cierge intermédiaire a probablement contribué à brouiller les choses, certains lecteurs n'ayant pas dû saisir que le cierge en question n'était pas le Cierge pascal. On comprend tout aussi bien — et c'est là ce qui nous intéresse davantage pour le moment, — que, la liturgie bénéventaine tenant à conserver l'illumination du Cierge pascal pour la fin de la Vigile, où elle a seule tout son sens, la Bénédiction du Feu ait été par le fait même retardée jusqu'à ce moment. Cette disposition suppose évidemment qu'on aura perdu de vue le sens de la fonction du Lucernaire; mais on pouvait, à une époque tardive, se borner à éclairer l'église par les moyens habituels, sans considérer comme indispensable que toute la lumière provînt du Feu nouveau, bénit le jour même; et l'on n'aura pas pris garde à l'illogisme qu'il y avait à bénir ce Feu nouveau à la fin de la Vigile.
Quoi qu'il en soit de la valeur de cette explication, le rejet de la double Bénédiction à la fin de la Vigile pascale n'en est pas moins attesté, lui, d'une manière indubitable, par toute l'ancienne tradition bénéventaine.
Rome, Vall. C. 32
Rome, Ottob. 576
Bénévent, VI. 33
Qitando procédant ad fontes .
Ant. Omnes sitientes...
Deinde Letania. Christe aud:
nos... Sancta Maria...
Si quis catechumenus...
Qiiando procedunt ad fontem dicunt ista :
Ant. Omnes sitientes...
Deinde circa fontem faciant Letaniam. Christe audi nos...
Sancta Maria...
Post Letaniam cantat diaconus hos versos. R7. diaconus similiter.
Si quis catechumenus...
Benedictio fontis...
Pergentibus ad fontem cantant :
Ant. Omnes sitientes...
Venientes ad fontem cantant Letanias.
Deinde dicat diaconus aut subdiaconus.
Si quis catechumenus...
Qitando procedunt ad fontem :
Ant. Omnes sitientes...
Letania. Domine défende nos...
Si quis catechumenus.
Ant. Doxa en ipsistis...
Ant. Gloria in excelsis..
trait bénéventain correspondant, la place assez artificielle et quelque peu instable que lui assignent ceux de nos manuscrits où il figure ne permet pas de déterminer d'une manière absolument certaine son affectation normale. On peut penser qu'il était chanté pendant la même Procession ; mais aucune rubrique ne le précise d'une façon formelle.
Il n'y a d'ailleurs pas lieu d'insister ici sur ce Sicitt cervus bénéventain, dont nous avons déjà parlé plus haut (pp. 371-372), avec le groupe des autres traits bénéventains.
La Procession aux Fonts.
Contrairement aux autres parties de la fonction du Samedi-Saint, l'ordo de la Procession aux Fonts nous a été conservé dans nos manuscrits, sensiblement tel qu'il se pratiquait à Bénévent, et sans addition d'éléments romains. Quelques divergences de détail rendent toutefois utile la confrontation de ces différents témoins, pour permettre d'en dégager avec le maximum de probabilité l'organisation bénéventaine authentique. Nous le faisons, comme d'habitude, en rapprochant les manuscrits dont le témoignage présente plus d'affinités (1).
(1) En ce qui concerne le Graduel VI. 38, nous ajoutons ici la mention des Litanies et de l'antienne Sitientes, grattées dans le manuscrit, et remplacées par une autre Litanie. Encore que les pièces primitives soient à peu près illisibles dans l'état actuel, on distingue cependant, pour la première, un eleison; et, pour la seconde, à défaut des paroles, la ligne mélodique de l'antienne Omnes sitientes, dont les neumes sont encore assez apparents.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
Farfa
[Letania].
Letania. Domine défende nos...
Qiiando procédant ad fontes :
[Ant. Omnes sitientes...]
Ant. Omnes sitientes...
Ant. Omnes sitientes...
Ant. Omnes sitientes...
Si quis catechumenus...
Si quis catechumenus...
Si quis catechumenus...
Si quis catechumenus...
Benedictio fontis.
Deinde benedicuntw fontes.
Revertentes omnes ad fontes cantent :
Expleto baptismo, cum reversa fuerint ad fontem cantent :
Letania. Domine protège nos...
Et alii faciant Letaniam.
Et pergentibns canendo in choro et finiantur, quia pro Introitu sunt, et juxta septiformi Spiritus Sancti.
Ant. Doxa en ipsistis...
Ant. Gloria in excelsis...
Et postea pergat sacerdos vel episcopus ad altare cantantes :
Ant. Transivimus per ignem et aquam...
Ant. Doxa en ipsistis...
Ant. Gloria in excelsis...
Peractis omnibus, redeunt a fonte.
Si l'on néglige pour un instant le fait que certaines pièces, indiquées par l'ensemble de ces manuscrits, ne le sont pas par tous, il ne reste entre eux qu'une seule divergence de quelque importance : la place assignée aux Litanies; c'est pour signaler cette variété que le titre en a été souligné dans le tableau ci-dessus.
Tandis que le Graduel VI. 39 de Bénévent — le VI. 38 aussi sous sa forme primitive — les indique tout au début de la Procession, avant l'antienne Omnes sitientes, c'est seulement après que les font chanter les quatre manuscrits de la page 424, au moment de l'arrivée aux Fonts. Les fragments de Farfa, eux, les rejettent après la Bénédiction des Fonts et l'administration du Baptême, au moment de la Procession de retour. Quant au Graduel VI. 35, il ne fait aucune allusion aux Litanies.
Une autre divergence, très réelle quoique moins apparente sur le tableau — parce que l'ordre de succession des pièces ne s'en trouve pas modifié, — consiste dans la diversité d'affectation de l'antienne gréco-latine Gloria in excelsis. Tandis que le Graduel VI. ?S — et vraisemblablement aussi le VI. 40 — la fait chanter aux Fonts mêmes, comme il est permis de le comprendre, d'après la rubrique du VI. 38 qui la suit immédiatement : « Peractis omnibus, redeunt a fonte >\ il n'en est pas de même dans les fragments de Farfa, dont l'ordo est plus développé et quelque peu différent. Selon ses prescriptions, la Procession de retour se fait au chant des Litanies, qui soudent, comme aujourd'hui, la
Paléographie XIV.
première partie de la fonction à la messe qui suit. Arrivé au chœur, le célébrant gagne l'autel au chant de l'antienne Transivimus per ignem et aquam; et c'est seulement ensuite qu'on exécute l'antienne gréco-latine Gloria in excelsis, dont le texte a été vraisemblablement la cause de son transfert ici, juste à la place qui revient d'habitude à l'Hymne angélique.
Tout compte fait, ce sont les quatre premiers de nos manuscrits qui paraissent fournir l'organisation la plus authentique de l'ordo bénéventain; et, d'une manière plus précise, le Graduel VI. 40 qui, parmi eux, a seul conservé l'antienne gréco-latine. C'est donc lui que nous suivrons ici pour commenter cette partie de la fonction et en présenter les différentes pièces de chant.
Une fois achevée la leçon Hœc est bereditas, la Procession se forme donc et se dirige vers les Fonts baptismaux au chant de l'antienne Omnes sitientes :
O- mnes si-ti- entes, ve- ni- te ad a- quas; quae- ri- te Do-minum
dum inve-ni-ri pot-est, di-cit Domi- nus.
D'une facture bien bénéventaine, cette pièce est ici restituée d'après l'ensemble des témoins où nous l'avons trouvée attestée (1).
On remarquera en particulier la cadence finale dicit Dominas, déjà rencontrée précédemment dans l'antienne Dum sanctijieatus(p. 244), qui appartenait à la liturgie bénéventaine des scrutins. Liturgie du baptême, liturgie des scrutins, la coïncidence n'est peut-être pas tout-à-fait fortuite. C'est d'ailleurs précisément pour l'une de ces réunions préparatoires au baptême que l'on trouve le même texte indiqué dans les deux ordos du Sacramentaire de Gellone (2) ; par ailleurs, on sait que la même pièce subsiste, aujourd'hui encore, dans la liturgie romaine, sous la forme de l'introït Sitientes du Samedi avant la Passion, et, dans la liturgie milanaise, sous la forme du Confractorium du Dimanche des Rameaux.
Les textes, il est vrai, ne sont pas absolument identiques : l'antienne bénéventaine étant empruntée, partie au v. 1, partie au v. 6 du chapitre LV d'Isaïe, tandis que l'introït romain et le confractorium ambrosien proviennent uniquement du premier verset. Quant à l'antienne de Gellone, elle commence comme celle de Bénévent, mais s'écarte ensuite du texte d'Isaïe :
(1) Parmi ceux-ci figure notamment le Graduel Bénévent, VI. 40 (pi. xxi). Au bas de l'un des feuillets de Farfa (pi. xxvi, à droite), on reconnaîtra également le début de l'antienne, dont le texte a disparu.
(2) Dans l'un et l'autre, cette antienne est donnée pour accompagner la procession des quatre Evangiles. Indiqué seulement par son incipit dans le premier d'entre eux, sous la forme : Sicientes — sans omnes — venite ad aquas (ms., fol. 41'), le texte en est au contraire donné intégralement dans le second : Omnes sicientes venite ad aquas querite Dominum in diebus salutis et decantate notnini ejus benedictionem (ms., fol. 178). C'est ce second ordo qu'a seul reproduit Martène, De Antiquis Ecclesiœ Rittbus, 2e éd., t. 1, Anvers 1736, col. 101.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
Rome
Sitientes, venite ad aquas,
dicit Dominus :
et qui non habetis pretium,
venite,
bibite cum laetitia.
Milan
Sitientes, venite ad aquas,
dicit Dominus
et qui non habetis pretium,
venite et édite,
et bibite in laetitia.
Omnes sitientes, venite ad aquas; quœrite Dominum
dum inveniri potest,
dicit Dominus.
Gellone
(Omnes) sitientes, venite ad aquas ; quserite Dominum in diebus salutis
et decantate nomini ejus benedictionem.
On sait, par ailleurs, que le Sitientes romain se retrouve tel quel, texte et mélodie, dans les livres de la liturgie wisigothique, mais sous la forme d'une antienne. Dans son tome I, pi. 11, la Paléographie musicale en a donné naguère une reproduction phototypique d'après un manuscrit de Silos, le Liber Ordinum mozarabe de 1052 (i).
(1) Il est intéressant de souligner cette coïncidence entre les deux liturgies, romaine et wisigothique, non sans faire observer toutefois que, dans le Liber Ordinum — au moins sous la forme où il nous est parvenu, — l'antienne en question ne se présente pas précisément au cours de l'ordo du baptême, mais au milieu d'une série d'antiennes qui n'ont aucun rapport avec la liturgie baptismale (Cf. Le « Liber Ordinum » en usage dans l'Eglise wisigothique et mozarabe d'Espagne du cinquième au onzième siècle, col. 19). Il est donc possible que l'antienne Sitientes ait appartenu à la liturgie du baptême; aucun document mozarabe existant ne permet toutefois actuellement d'en déterminer l'affectation précise.
D'un point de vue très voisin, le Liber Ordinum nous renseigne au contraire très exactement sur une autre particularité de la liturgie wisigothique, qui éclaire et confirme d'une manière fort instructive les observations suggérées par notre ordo bénéventain; en ce sens qu'on y trouve aussi manifesté le souci de présenter la Procession aux Fonts comme une réalisation, une illustration du texte d'Isaïe : Sitientes, venite ad aquas...
Voici, en effet, d'après le Liber Ordinum de Silos {op. cit., col. 217-220), le cadre dans lequel se déroulait, en Espagne, la liturgie baptismale du Samedi-Saint. La Vigile pascale y comprenait onze leçons, suivies chacune normalement de deux oraisons, dont la seconde était annoncée par une brève monition du diacre formulant l'intention à laquelle tous devaient s'unir. Or, le cours régulier de la fonction s'y trouve interrompu, entre la troisième et la quatrième leçon, par l'insertion de tout l'ordo baptismal, précédé lui-même de la Procession aux Fonts. Voici, schématiquement, comment était organisée cette partie de la cérémonie :
[Lectio IIIa]. — Omnes sitientes...
Ln hac lectione tertia egreditur episcopus ad Fontem sacrum babtismtim celebrare.
Ordo baptizandi. — Fons in hoc die, siue in alio lempore quo babtizandum est, non de cisternis, sed de fluminibus impletidus est. Denique, post initium supradicte lectionis lertie, progreditur episcopus cum presbiteris et diaconibus lantum ad Sanctum Iohannem, tenentes omnes cerea sua, sedente chrisma uel sacra communione super altare Sancti Lohannis. Et descende/îles ad Fontem, stant diacones in circuitu Fontis, et infantibus in agnile per ordinem constiiutis, exurgit episcopus et orat orationem islam :
OR AT/0. Ad uenerabilem salutis eterne fontem gressibus concitis properantes...
Ltem ALI A EJUSDEM. Deum inmortalium munerum et salutarium gratiarum...
Prestet ipse Dominus.
Ista peracta, babtismum per ordinem celebratur.
Post lectionem uero tertiam, id est : Omnes sitientes, uenite ad aquas, dicitur hec
ORATIO. Omnipotentem Deum, qui sacerdotes suos Ecclesiarum presules ordinauit...
Post hec dicit diaconus : Pro sacerdotibus et ministris precemur Dominum.
[Oratio]. Dona, Domine, sacerdotibus tuis...
Deinde lectio Genesis :
Lectio IIIIa — Noe, quum quingentorum...
Après quoi la Vigile se poursuit normalement par la série des lectures, des oraisons et des monitions, sans autre discontinuité par conséquent que cette liturgie baptismale, insérée ainsi d'une façon assez surprenante
Commencée au chant de l'antienne Omîtes sitientcs, la Procession aux Fonts se termine par les Litanies : litanies, dont le texte comme le chant sont propres à Bénévent. Voici la leçon intégrale qu'en donne le Graduel VI. 39. le seul de nos manuscrits où elles soient écrites d'une façon absolument diastématique et avec clé :
î~" * — i — 1 3 — ■— ne —
Domine défende nos. Domine protège nos. Emmanu-el nobiscum De- us adjuva nos.
-*nftr
Ky-ri-e- leyson. Christe- leyson. Kyri- e- leyson. Christe audi nos. Sancta Mari- a ora pro
entre la troisième et la quatrième leçon, ou plus exactement entre la troisième leçon et les deux oraisons qui normalement la couronnent.
Et, ce qui surprend davantage encore dans l'ordo en question, c'est cette prescription formelle que la Procession aux Fonts s'organise pendant le chant de la troisième lecture : <( In hac lectione tertia egreditur episcopus ad Fontem sacrum babtismum celebrare ». Beaucoup plus bref quant aux rubriques, le Liber Comicus contient, aussitôt avant la troisième leçon, une prescription toute semblable : « In hac lectione pergit episcopus cum diaconibus ad fontes babtizare » {Liber Comicus, éd. Morin, dans Anecdota Maredsolana, vol. I, Maredsous 1893, p. 176); et de même l'Antiphonaire mozarabe qui permet, lui, de remonter jusqu'au IXe siècle : « In tertia quoque lectione episcopus ad baptizandum procedit » (Antiphonarium mozarabicum de la Catedral de Leôn, Leôn, 1928, p. 128).
Disposition singulière que cette Procession au cours d'une lecture !
Mais tout s'explique si l'on prend garde que cette lecture n'est autre que la leçon Omnes sitieiites. La liturgie wisigothique trahit donc ici exactement la même préoccupation que la liturgie bénéventaine : à savoir le souci de faire coïncider la Procession aux Fonts avec le chant du texte 0?nnes sitientes venite ad aquas, quel qu'en soit d'ailleurs le mode d'exécution : lecture ou chant proprement dit.
Cette disposition de l'ordo wisigothique est-elle primitive? Il ne semble pas. Et c'est ici le Liber Ordinum qui se trahit lui-même.
Une fois terminées les cérémonies baptismales, le texte reprend, en effet, par la rubrique : « Post lectionem uero tertiam, id est : Omnes sitientes, uenite ad agitas, dicitur hec. .. »; et ce sont alors les deux oraisons qui, normalement, concluent la troisième leçon.
Qu'est-ce à dire? Cette troisième leçon est depuis longtemps terminée — elle l'a été probablement au cours de la Procession aux Fonts; — et depuis, l'évêque a eu tout le temps de chanter deux grandes oraisons et d'administrer le Baptême solennel. On dirait volontiers : il y a longtemps que personne ne pense plus à cette troisième leçon... et c'est à elle pourtant qu'on nous renvoie ici.
La raison de cette rubrique est évidente si l'on veut bien considérer tout l'ordo baptismal, y compris la Procession aux Fonts, comme une interpolation. Qu'on supprime par la pensée toute cette partie, et la transition devient immédiatement évidente entre le texte qui précède et celui qui suit; notre rubrique signifie alors simplement : « après la troisième leçon, on chante les deux oraisons qui lui sont normalement adjointes », et rien de plus. Mais, l'ordo baptismal étant venu s'insérer d'une façon assez arbitraire au milieu de ce groupe de pièces qui constituent un tout, force a bien été, pour maintenir le lien entre lecture et oraisons, de rédiger la rubrique comme elle l'est ici.
Pratiquement, c'est donc la même idée qui a présidé aux remaniements de la liturgie wisigothique et de la liturgie bénéventaine du Samedi-Saint. Mais, à Bénévent, on a préféré ne pas changer la place des cérémonies du Baptême, qui terminaient traditionnellement la Vigile : c'est alors la leçon d'Isaïe qu'on a transportée tout à la fin des lectures et de manière qu'elle introduise comme naturellement la Procession aux Fonts; en Espagne, au contraire, on a préféré ne pas toucher à l'organisation d'ensemble des leçons; et c'est alors tout l'ordo baptismal avec la Procession qu'il a fallu anticiper, en l'insérant tant bien que mal aussitôt après la troisième lecture.
Il y a là une dualité de solutions qu'il était intéressant de souligner, pour montrer comment une même idée peut aboutir à des résultats très différents, quand elle est exploitée ici et là d'une manière indépendante.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
nobis... Christe audi nos (i).
La Procession une fois parvenue aux Fonts, le diacre — ou même le sous-diacre, selon le Missale Antiquum de Bénévent — procédait à une série de monitions, destinées à faire sortir tous ceux qui ne devaient pas assister aux cérémonies du baptême : à savoir tous ceux qui n'étaient ni fidèles ni s% compétents ». Ces formules étaient chantées sur un ton particulier, qui rappelle assez certains versets des traits du VIII0 mode, au moins sous leur forme authentique, avec la récitation sur le si. Nous en donnons ici la restitution, d'après l'ensemble des manuscrits où nous les avons rencontrées (2) :
• JJ* ■ ■ f^ ■ ■ ■ m** k.1 ■•"■ ■
Si quis catechumenus est pro- ce- dat! Si quis
hae-reti-cus est pro- ce- dat! Si quis JudaMis