BÉNÉVENT, VI. 38 BÉNÉVENT, VI. 39 BÉNÉVENT, VI
Les listes A et B différant simplement par la permutation des deux termes Hœreticus- Judœus) les listes B et C, par la permutation des deux termes Judœus- Arianus, il est aisé de rétablir l'enchaînement de ces trois listes, la série B étant intermédiaire entre A et C :
Hœreticus
Jtidœus
A rianns
Mais ceci n'est qu'un détail. Le fait intéressant, c'est que ce type de monitions n'est pas propre à l'Italie du Sud ; on en retrouve de toutes semblables dans plusieurs Eglises de la Haute-Italie. Celles que nous reproduisons dans le tableau ci-dessous, parallèlement à la liste bénéventaine, ont été en usage respectivement : à Milan (1), à Aquilée (2), et dans une autre église de l'Italie du Nord qu'il n'a pas été possible jusqu'ici d'identifier d'une manière plus précise (3).
Milan
Haute-Italie
Aquilée
Si quis catechumenus est
Si quis catechumenus est
Si quis catechumenus est
Si quis arianus est
procédât
procédât
secedat
secedat
Si quis hœreticus est »
Si quis Judœus est
Si quis haereticus est »
Si quis sabellianus est
Si quis Judœus est »
Si quis paganus est
Si quis arianus est »
Si quis nestorianus est
Si quis paganus est »
Si quis hœreticus est
Si quis manichœus est »
Si quis theodotianus est
Si quis arianus est »
Cujus cura non est
Si quis bonosiacus est »
Si quis macedonianus est »
Cujus cura non est »
Si quis paganus est »
Si quis pelagianus est
Si quis Judaeus est »
Si quis priscillianus est
Cui cura non est »
Si quis eutychianus est Si quis photinianus est Si quis hœreticus est
(1) Beroldus, sive Ecclesiœ ambrosianœ Mediolanensis Kalendarium et Ordines sac. XII, éd. Magistretti, Milan, Giovanola 1894, p. 95; Manuale ambrosianum, éd. Magistretti, t. II, Milan, Hoepli 1904, p. 124-125, note, et p. 168.
(2) De Rubeis, Dissertationes duœ. Prima de Turranio seu Tyrranio Rufino monacho et presbytero. Altéra de vetustis liturgicis aliisque sacris ritibus qui vigebant olim in aliquibus Forojuliemis provincia ecclesiis, Venise 1754» P- 245-
(3) Recueil d'Ordiues du XI' siècle provenant de la Haute-Italie (Milan, Ambros. T. 27. Sup.), éd. Lambot, dans Henry Bradshaw Society, vol. LXVII, Londres 1931, pp. 24 et xxvn.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 431
Entre toutes ces listes assez semblables, la parenté des deux séries milanaise et bénéventaine saute aux yeux. A part la mention des ariens qui ne figure pas dans la première, les différentes catégories d'exclus sont les mêmes ici et là; toutefois, pour ce qui concerne l'ordre des monitions, on doit constater que la série milanaise ne coïncide exactement avec aucun des trois groupes de Bénévent.
C'est au même type que se rattache l'ordo de la Haute-Italie conservé à la Bibliothèque Ambrosienne. Comme celui de Bénévent, il contient la mention des ariens, mais, en outre, celle de deux autres catégories d'hérétiques : les manichéens et les bonosiaques.
Quant à la liste d'Aquilée, sensiblement plus longue que les trois autres, on observera que, si elle détaille comme à plaisir une grande variété d'hérétiques, elle ne contient aucune exclusion contre les catéchumènes, les païens ou les Juifs. Ce ne sont donc pas les infidèles au sens strict que l'on vise ici, mais bien les seuls hérétiques. Parmi ces derniers ne figurent d'ailleurs, ni le manichéen, ni le bonosiaque : preuve que, malgré l'identité de forme, la liste d'Aquilée est indépendante, non seulement de celles de Milan et de Bénévent, mais encore de celle du rituel de la Haute-Italie. On ne peut pas toutefois ne pas remarquer l'accord des deux dernières listes sur la forme secedat, alors que les deux premières donnent uniformément procédât : simple variante d'ailleurs, et qui, malgré les polémiques qu'elle a pu soulever, n'en conserve pas moins le sens très net d'une exclusion (i).
(i) Dans une conférence qu'il fit à Rome en 1905, Mgr Stornaiolo donna communication de la découverte qu'il avait faite de notre série de monitions dans le codex Urb. 602 de la Vaticane. Du compte rendu publié dans la Rassegna Gregoriana, IV (1905), col. 338, il résulte que l'auteur appelait d'une manière toute spéciale l'attention des savants sur ce qu'il pensait être « l'unique exemple de la missa ou dimissio des infidèles avant le commencement de l'oblation et du sacrifice eucharistique ». Et il n'hésitait pas à conclure, de l'existence même d'un semblable formulaire, que « non seulement les catéchumènes assistaient à la liturgie, mais encore les hérétiques, les Juifs, voire même les simples curieux ».
On voit tout de suite l'erreur d'une semblable interprétation. Il faut dire, à la décharge de son auteur, que le codex Vat. Urb. 602 était l'unique témoin connu de lui, le seul précisément d'entre nos manuscrits où ces monitions figurent isolées, détachées de leur contexte, et d'ailleurs, nous l'avons dit (p. 429, note 2), de seconde main. Aussi était-il assez tentant d'y voir une formule de dimissio, assez semblable à celle que S. Grégoire rapporte dans la vie de S. Benoît : Si quis non communicat, det locum {Dialogues, 1. II, c. 23).
Contre cette interprétation, Bannister s'insurgea en déclarant qu'il considérait comme inadmissible la présence des Juifs durant les saints mystères; et que d'ailleurs il avait retrouvé la même série de formules dans un manuscrit de Bénévent, où elles faisaient partie de la liturgie baptismale. Mais, à son tour, il s'engageait dans une mauvaise voie, en déclarant que la série des procédât ne devaient pas s'entendre d'une mise en demeure de se retirer, mais bien d'une invitation à s'avancer, « de l'appel solennel de l'Eglise à tous les non-baptisés » {Rassegna gregoriana, loc. cit.). Dans le Journal of Theological Studies, VI (1905), pp. 603 et suiv., il reprenait de nouveau la question, en s'appuyant, cette fois-ci, sur trois de nos manuscrits : Bénévent, VI. jç, Va/lie. C. 32, Vat. Ottob.j?6,et,en outre, sur le rouleau de Bari publié dans le Codice diplomatico Barese, Bari 1897, vol. I, p. 209.
Sans prétendre s'ériger en arbitre entre les deux savants, Magistretti crut alors devoir élever la voix au nom de la liturgie milanaise. Dans la Revue Bénédictine, XXII (1905) pp. 569-572, il commençait par faire observer que la formule découverte par Mgr Stornaiolo n'était pas précisément nouvelle : deux exemples en avaient déjà été donnés par Thomasi (éd. Vezzosi, t. VII, pp. 9-10) pour le rit romain — son second manuscrit n'est autre que notre Missel Vat. Ottob. j?6, — et deux par Muratori pour l'ambrosien {Antiquitates Italicœ Medii /Evi, t. IV, Milan 1741, pp. 842 et 914).
Selon l'usage ambrosien, à Laudes et à Vêpres, pendant le Carême, le diacre invitait les aspirants au baptême, les « compétentes », à quitter l'église majeure, et à se réunir au baptistère où, à la fin des offices, le
A elle seule, d'ailleurs, la dernière monition aurait dû éclairer le débat, ou même éviter qu'il pût naître. s\ Que ceux qui n'ont rien à faire ici avancent ! » c'est là un ordre qui ne paraît pas très logique; manifestement, il ne peut s'agir que d'une invitation à se retirer : Aussi bien, et quoi qu'il en soit du sens parfois ambigu du terme procédât (i), le contexte suffisait à faire comprendre qu'en l'espèce il s'agissait certainement d'une exclusion, et que, au moins dans le cas présent on devait considérer comme absolument synonymes les trois formes procédât, secedat et recédât.
Les indignes étant ainsi exclus, on procède à la Bénédiction des Fonts, suivie normalement de l'administration du Baptême. Une fois terminés ces rites, sur lesquels nous n'avons pas à insister ici plus longuement, la Procession de retour s'organise, au chant d'une antienne gréco-latine qui n'est pas sans analogies avec celles que nous avons déjà rencontrées, le Vendredi-Saint, pour l'Adoration de la Croix.
Sous sa double forme, grecque et latine, cette antienne est attestée par trois de nos manuscrits : le Graduel VI. 38 de Bénévent, le Graduel VI. 40 (pi. xxi), et les fragments de Farfa (pi. xxvn).
La diastématie très précise de ces trois manuscrits permet d'ailleurs une restitution aussi sûre que possible de la ligne mélodique. Quant à la clé, dont il n'y a pas trace dans nos documents, nous nous contentons de la proposer, en nous fondant sur l'identité de plusieurs cadences avec celles d'autres pièces précédemment étudiées.
prêtre se rendait pour réciter sur eux les prières dites « in baptisterio ». Procédant compétentes! c'est ainsi qu'était signifié ce renvoi, formule simple la première semaine, redoublée la seconde; après quoi un portier criait, à la porte de l'église : Ne quis catechumenus ! C'est cette même formule de renvoi qui met fin à tous les scrutins : « Dicta benedictione, rursus dicit diaconus excelsa voce : Procédant compétentes ! et respondent acolythi similiter; tune egredientur foras ». Telle est la manière dont on congédie les aspirants au baptême, tant à la fin de chaque scrutin que les Dimanches après l'Evangile; et cela, jusqu'au Dimanche des Rameaux. La troisième et la quatrième semaine, le cérémonial est sensiblement le même; mais le renvoi y est formulé un peu différemment : Procédant catechumeni 1 la troisième semaine; et, la quatrième : Procédant catechumeni! Catechumeni procédant ! Ces proclamations sont faites chaque jour, à Matines et à Vêpres. En outre, les Vendredis après chaque leçon, et les Dimanches après chaque oraison, les portiers criaient à toutes les portes de l'église : Ne quis catechume?ius! (Beroldus, pp. 82-83 et 93; Manuale ambrosianum, t. II, pp. 123-124). Cet ensemble de formules, nous fournit la preuve, non seulement que la distinction était toujours maintenue entre les catéchumènes et les « compétents », mais encore qu'on ne saurait donner à la forme procédant une autre signification que celle d'un renvoi : « ...tune egredientur foras. » C'est exactement dans le même sens que, aujourd'hui encore, le diacre chante, à la fin de la Messe ambrosienne, le Procedamus cum pace, qui correspond à Vite missa est du rit romain.
(1) Il n'est pas douteux, par exemple, que, tant dans VOrdo romanus VII pour les scrutins (Mabillon, Muséum Italicum, t. II, pp. 78-79; P. I. t. LXXVIII, col. 995-996) que dans les documents qui en dépendent, par exemple le Sacramentaire de Gellone (Martène, De Antiquis Eccksiœ Ritibus, t. I, col. 100), la formule Catechumeni procédant ! est bien une invitation pour les candidats au baptême à avancer. Une fois terminées les cérémonies d'initiation qui les concernent, c'est au contraire par une tout autre série de formules qu'ils sont congédiés : Catechumeni recédant! Si quis catechumenus est recédât! Omnes catechumeni exeant foras! (dans VOrdo VII : Mabillon, p. 79; P. Z., t. LXXVIII, col. 996, 998-999; dans VOrdo I, au Samedi-Saint : Mabillon, p. 24; P. I., t. LXXVIII, col. 955; dans Gellone : Martène, col. 100, 102). Il y a donc ici opposition très nette entre procédant et recédant. Mais il faudrait se garder de généraliser cette opposition, le terme procédant étant, on le voit, employé dans des sens fort différents, voire même contradictoires.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
Voici tout d'abord l'antienne sous sa forme grecque, transcrite avec son double texte, comme nous l'avons déjà fait le Vendredi-Saint :
^t=Âi
ns». > s ■ ^r* n
Ad-ça Doxa
sv 'J'^Îtto'.ç Os- w, xat. •- Ttl yt,ç sîp^- VY|, en ipsistis The- o, ke (e)-pi gis y-ri- ni,
àX- XïjXoûia, àX- Xr,-
al- le-lu-ia, al- le-
[fr^VAyE--^», >
Xoù- ta, àX- XriXouta.
lu- ia, al- le-lu-ia.
L'adaptation au texte latin est tout-à-fait correcte, et sa mélodie ne diffère de l'original que par le fusionnement ou la dissociation de quelques groupes, dans les cas où la traduction latine se trouvait présenter une syllabe de plus ou de moins que le texte grec :
1 A \ Jf\f\ A.
.sa» ■■ ■ .
É^P Ik J
r j | ■■it^B 1 g ^ F»
Glo-ri- a in excelsis De- o,
et in terra pax,
al- le-lu-ia,
al- le-
ijfcl
Tth
rf*L Am «NJê % ■ ■
lu- ia,
al- le-lu-ia (i).
Dans les fragments de Farfa, nous l'avons déjà fait observer (p. 426), l'exécution de cette double antienne est reportée au début de la Messe, à la place normale du Gloria.
La Messe.
Comme on peut s'en rendre compte en parcourant la série des ordines que nous avons reproduits, pages 341 et 345, nos manuscrits présentent une fois de plus, pour la Messe du Samedi-Saint, l'exemple d'une série de textes plus ou moins concordants, mais résultant tous de la compilation de l'ordo romain traditionnel avec l'ancien ordo bénéventain. Si l'on se reporte au contraire à la page 349, on pourra également constater que, selon une observation déjà faite à plusieurs reprises, les manuscrits cassiniens et le Missel de Caiazzo sont déjà entièrement romanisés : la Messe du Samedi-Saint telle qu'ils la présentent ne diffère pas de celle qui, aujourd'hui encore, figure dans le Missel romain. Il suffira donc d'en rappeler brièvement le plan pour permettre, par comparaison, de dégager des ordines plus complexes les éléments de l'ancienne fonction bénéventaine insérés ainsi ne pereant au cours d'un ordo spécifiquement romain.
(1) Entièrement d'accord pour la mélodie qui accompagne le texte latin, nos manuscrits présentent une seule variante pour l'original grec : sur la seconde syllabe deyr/ni, les fragments de Farfa omettent le podatus initial. Celui-ci ne figure dans aucun de nos manuscrits pour le texte latin; mais il convient d'observer que, pour ce dernier, on se trouve précisément dans un cas où il a fallu fusionner deux groupes, distincts dans l'original. Aussi l'adaptateur a-t-il probablement jugé que l'adjonction au second du quilisma précédent l'autorisait à laisser tomber ce podatus initial, qui serait donc régulier dans l'original. De toute manière, ce n'est là qu'un détail de minime importance.
Traditionnellement, ce sont donc les Litanies qui, à Rome, servaient de transition entre les cérémonies baptismales et la messe qui suivait, sans qu'il fût nécessaire de doter celle-ci de cet autre chant processionnel d'entrée qu'est l'introït (i).
Les Litanies terminées, le prêtre entonnait le Gloria in excehis (2) que suivait l'oraison De us qui banc sacratissimam noctem.
Venait ensuite la lecture de l'Epître aux Colossiens : Fratres, Si consurrexistis, après laquelle on exécutait l'Alleluia Confitemini et le trait Laudate Dominum. Entonné par le célébrant, précise le Vat. Ottob. ^j6, l'Alleluia est repris par le chœur. Le Graduel Bênévent, VI. 34 fait au contraire chanter l'Alleluia et son verset par le prêtre et ses ministres à l'autel, et réserve au chœur l'exécution du trait.
(1) Nous n'insistons pas sur la rubrique : « Deinde, cum prima Stella in caelo visa fuerit. ..» du Missel cassinien Vat. Ottob. 376 (p. 349). On la retrouve, presque dans les mêmes termes, dans plusieurs Sacramentaires anciens, celui de Gellone par exemple : « Baptismum expletum, revertit sacerdos cum omnibus ordinibus in sacrario; et, post paululum, incipiunt tertiam letaniam, et ingrediuntur ad missas in Vigilia ut stela in celo apparuerit. Et sic temperentur ut in Trinitate numéro ipsae letanie fiant. Expleta ipsa letania, dicit sacerdos Gloria in excehis Deo» (ms., fol. Ô2V); et de même dans le Sacramentaire d'Angoulême : «... et, post modicum intervallum, cum tercia letania ingrediuntur ad missas in vigilia ut stella in caelo apparuerit... » (éd. Cagin, p. 56'). Dom Martène, qui avait précisément publié ce dernier texte {De Antiquis Ecclesiœ Ritibus, 2e éd., t. III, Anvers 1737, col. 428), en cite quelques autres témoins, et notamment Gellone : «Quia rêvera hujus diei missa tota in nocte peragitur : unde & antiqui sacramentorum codices quales sunt Gellonensis, Remensis, Regius, Noviomensis annorum minimum 900. Turonensis, Dionysianus annorum 800. cum aliis pluribus non ante volunt missam inchoari, quant appareat una ex stellis in cœlo » {op. cit. col. 424). Mais le texte le plus intéressant relativement à cet usage de ne pas entonner le Gloria in excehis avant l'apparition de la première étoile — ou simplement de l'étoile — est certainement celui du Pontifical dit « de Poitiers », codex 227 de la Bibliothèque de l'Arsenal. C'est à un double titre qu'on y voit justifiée cette coutume : d'abord par la tradition apostolique sur la venue du Christ; ensuite par le témoignage de pèlerins revenant de Jérusalem, et d'après lesquels, la veille de Pâques, on attend dans l'église du Saint-Sépulcre qu'une lampe ait été allumée par le ministère d'un ange : « Omni autem sollicitudine procuretur ut Gloria in excehis Deo ea nocte ante non incipiatur, quant stella appareat in cœlo, quod tune rationabiliter peragi poterit, si peracto baptismate hora consideretur, & facto intervallo secundum congruentiam temporis letania terna ad introitum ita inchoetur, ut eadem finita secundum quod statutum est ab apostolis juxta evangelicam auctoritatem stella in ccelo apparente Gloria in excehis Deo incipiatur; ea scilicet ratione, ne populi ante médium noctis ab ecclesia dimittantur. Siquidem traditio apostolica est, média nocte in hujus sacratissimas noctis vigilia Dominum ad judicium esse venturum, juxta quod ipse in evangelio dicit, Media aute?n ?tocte clamor factus est, ecce sponsus vettit. Enim vero sicut veracium personarum relatione traditur, qui nostro tempore de Jérusalem advenerunt, hac auctoritate et traditione fidèles populi illuc instructi in sabbato vigiliarum Paschae in ecclesiam convenientes, quasi Dominum excepturi, ac velut ad ejus judicium prasparaturi omni devotione et sollicitudine intenti cum silentio et tremore horam in evangelio designatam prœstolantur. Clerus etiam ea nocte cum suo pontifice in ecclesia degens praedictam cum pavore et devotione expectat horam, nec ante ingrediuntur ad missas, quam una ex lampadibus in sepulcro Domini per angelicam illuminetur administrationem « {op. cit., col. 436; cf. également Dom Wii.mart, Notice du « Pontifical de Poitiers », dans Jahrbuchfiir Liturgiewissenschaft, IV (1924), p. 71).
(2) Le Gloria est qualifié d' (( Introitus ad Missam » par le Missel Vat. lai. 4770 : « Introitus ad Missam : Gloria in excehis Deo » (p. 341). Il est bien clair pourtant que ce sont plutôt les Litanies qui, dans cette fonction, jouent le rôle de l'introït, encore qu'au sens strict elles n'en méritent pas le nom; c'est la nuance que marquent habituellement les manuscrits : «pro introitu faciunt Letaniam» {Bênévent VI. 38, p. 341); «fiant Letanie III repetate/w introitu {Val. lat. 6082, p. 349);» ou encore : « incipiant Letanias usque in choro quia ipse Letanie pro introitu sunt ipso die » {Bénévettt, VI. 33, p. 345). Les Litanies ne sont pas l'introït : elles en tiennent seulement la place.
LA TRADITION BENEVENTAINE. 435
C'est sans luminaire mais avec encens (Vat. Ottob. 576) que se déroulait la procession de l'Evangile, où se lisait comme aujourd'hui la péricope V espère autem sabbati; après quoi nos manuscrits précisent tout de suite que cette messe du Samedi-Saint ne comporte ni Credo, ni offertoire, ni Agnus Dei, ni baiser de paix, ni antienne de communion. Le Vat. Barb. 603 dira un peu plus loin qu'on ne chante pas non plus le Pax Domini.
Pour le reste, la fonction ne comprend aucun élément qui ne soit bien connu : la Secrète Suscipe Domine quœsumus preces populi tui(i), la Préface Te quidem, le Communicantes et le Hanc igitur propres.
Pendant qu'on distribue la communion, le chœur chante, en manière de Vêpres, l'antienne Alléluia suivie du seul psaume Laudate Dominum omnes génies (2); après quoi le Missel de Caiazzo indique un verset : Resurrexit Dominus alléluia. Le Magnificat, accompagné de l'antienne Vespere autem sabbati termine ces courtes Vêpres, qui sont elles-mêmes suivies de la Postcommunion Spiritum nobis Domine ()).
Une série de Bénédictions qui n'appartiennent pas essentiellement à la liturgie de ce jour sont indiquées ensuite par les deux Missels Bénévent, VI. 33 et Vat. Ottob. 576. Le Missel Vat. lat. 4770 en contient également deux; mais il les a reportées entre l'antienne de communion et les Vêpres (p. 341).
Tels sont les éléments traditionnels de la messe romaine du Samedi-Saint; il suffira d'en faire abstraction pour dégager des ordos mixtes romano-bénéventains les quelques pièces qui, grâce à cette compilation, nous ont été conservées de l'ancienne liturgie locale.
(1) C'est la Secrète grégorienne, telle qu'on la trouve dans le Sacramentaire de Padoue et les différents exemplaires du Sacramentaire d'Hadrien. Elle figure ici dans trois de nos manuscrits, précisément les plus romains : les deux Missels cassiniens Vat. lat. 6082 et Vat. Ottob. 376, et le Missel de Caiazzo, Vat. Barb. 603, tous trois page 349. Parmi les autres, ceux qui indiquent les oraisons, le Vat. /at. 4770 (p. 341) et le Bénévent, Vf- 33 (P- 345) — auxquels il faut ajouter le Bénévent VI. 30, — donnent comme Secrète Suscipe Domine quœsumus {et) plebis tuœ et tuorum hostias renatorum..., c'est-à-dire la Secrète gélasienne telle qu'elle figure seule dans les Sacramentaires d'Angoulême, de Saint-Gall et de Rheinau. Quant au Beginensis 316 et au Sacramentaire de Gellone, ils donnent à la suite les deux oraisons, mais d'abord la Secrète gélasienne.
(2) Le Missel Bénévent, VI. 30, dont nous n'avons pas eu à invoquer le témoignage depuis le Jeudi-Saint (pp. 284-286), passe directement du Mandatum à la Messe du Samedi-Saint. Celle-ci est également du type romain; les Vêpres qui s'y trouvent insérées n'y sont pourtant pas accompagnées de X Alléluia traditionnel, mais bien de l'antienne In velamento, celle-là même, à quelques variantes près, qui figure dans l'Antiphonaire romain aux Laudes du Dimanche de la Sexagésime :
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In ve-lamento clamabat valde di-lucu-lo : De-us, De- us me- us, ad te de luce vigi-lo.
(3) Ici encore, il s'agit de la Postcommunion grégorienne telle qu'on la trouve dans le Sacramentaire de Padoue et les différents exemplaires du Sacramentaire d'Hadrien. Comme tout à l'heure pour la Secrète, elle est indiquée par nos trois manuscrits les plus romains : Vat. lat. 6082, Vat. Ottob. 376, Vat. Barb. 603; mais en outre par le Missel Bénévent VI. 33. Le Missel Vat. lat. 4770, au contraire, indique seul l'oraison Prœsta quœsumus omnipotens Deus ut divino munere, qui figure dans tous les gélasiens comme dernière Postcommunion; il y ajoute une oraison super populum : Digne nos Domine quœsumus qu'on retrouve, sinon dans le Reginensis 316, du moins dans tous les «gélasiens du VIIIe», comme dernière oraison de cette messe, sans qu'elle y soit d'ailleurs qualifiée de super populum.
Farfa
Rome, Vat. lat. 4770
Pros. Deus lux de lucc.
Au.. Confitemini.
Aix. Confitemini.
Pros. Lux de luce.
ALL. Resurrexit.
ALL. V. Laudate pueri.
ALL. Resurrexit.
y. Laudate pueri.
OFF. Omnes qui in Christo.
IÉP
OFF. Omnes qui in Christo.
OFF. Omnes qui in Christo.
COM. Ymnum canite.
COM. Ymnum canite.
COM. Ymnum canite.
Dans le tableau ci-dessus, nous avons résumé tout ce qui, dans nos différents manuscrits, pouvait nous intéresser relativement aux pièces de chant de la messe du Samedi-Saint; et, pour permettre de distinguer du premier coup d'oeil celles qui appartiennent à l'un ou l'autre répertoire, les incipits des pièces bénéventaines y ont été composés en caractères gras (1).
Pratiquement, et si l'on rattache, comme il est normal, aux Alléluias les versets, proses et prosuies qui en dépendent, nous voyons figurer en tout dans ce tableau six pièces, dont deux sont romaines, et quatre bénéventaines :
i° L' Alléluia Confitemini, avec ou sans la prose Lux de luce;
20 Le trait Laudate Dominum;
30 L'Alleluia Resurrexit, avec ou sans son second verset Laudate pueri] avec ou sans la prosuie Laudes ordo ;
40 Un autre Alléluia Resurrexit, construit sur une mélodie différente du premier, quoique sur le même texte; il figure d'ailleurs seulement dans le Graduel VI. 38, après le précédent;
S0 L'offertoire Omnes qui in Christo;
6° La communion Ymnum canite.
Une fois établi l'inventaire de ces pièces, il est aisé de rendre compte des solutions variées adoptées par nos différents manuscrits.
Tout à droite de notre tableau, le Graduel VI. 34 et le Missel VI. 30 n'indiquent que des pièces romaines : celui-ci le seul Alléluia Confitemini, celui-là l'Alleluia Confitemini et le trait Laudate Dominum; son tort a été de reporter après le trait la prose Lux de luce, qui normalement s'enchaîne avec l'Alleluia, et n'en est d'ailleurs que le développement.
(1) Dans ce tableau, nous avons cru pouvoir corriger quelques titres, manifestement fautifs si l'on compare entre eux le témoignage des différents manuscrits : tel verset dAlleluia intitulé proside dans le Graduel VI 38, ou bien l'offertoire intitulé verset dans le VI jj.
LA TRADITION BENEVENTAINE.
A1.1.. Confitemini (n.n.)
All. Confitemini.
All. Confitemini.
Tr. Laudate Dominum fu. h .) ALL. PROS. Laudes ordo.
ALL. PROS. Laudes ordo.
Tr. Laudate Dominum.
Seq. Lux de luce.
y. Resurrexit.
y. Resurrexit.
y. Laudate pueri.
y. Laudate pueri.
ALL. Resurrexit. (différent) .
Ali., (sans y. Confitemini).
All. Confitemini.
Seq. Lux de luce.
OFF. Omnes qui in Christo.
Tr. Laudate Dominum.
COM. Ymnum canite.
Comme le précédent, le Graduel VI. 19 ignore l'offertoire et la communion, propres a Bénévent. Lui aussi indique l'Alleluia Confitemini et le trait Laudate : le premier sans prose, mais précédé lui-même de l'Alleluia bénéventain Resurrexit, avec sa prosuie et ses deux versets.
Si l'on se reporte au contraire tout à gauche de notre tableau, on y trouve le témoignage du plus ancien de nos manuscrits, le Missale Antiquum VI. 33 de Bénévent, où l'on ne saurait s'étonner de constater la présence exclusive de pièces bénéventaines : l'Alleluia Resurrexit, seul indiqué après l'Epître, sans second verset ni prosuie; et, en outre, l'offertoire et la communion. Quant aux feuillets de Farfa, ils nous fournissent ici un témoignage malheureusement très fragmentaire : on n'y peut reconnaître actuellement, d'après leur mélodie, que l'Alleluia Resurrexit, sans son premier verset mais avec le début du second, comme on pourra s'en rendre compte en comparant à la restitution que nous donnons plus loin, p. 442, la dernière ligne de la planche xxvn, à gauche. Le premier verset était-il indiqué après le second dans le manuscrit primitif? il est impossible actuellement de le dire, toute la fin de la messe ayant disparu, avec l'offertoire et la communion qu'on devait certainement y trouver.
Le Missel Vat. lat. 4770, qui fait suite dans notre tableau, a retenu pour son compte l'offertoire et la communion qui, probablement, lui ont paru combler une lacune; mais il n'a pas adopté l'Alleluia bénéventain. Fidèle au Confitemini, il a eu toutefois le tort de faire précéder cet Alléluia de la prose qui en est le développement; quant au trait, il l'a abandonné purement et simplement. Celui-ci n'a pas été non plus conservé par les deux Graduels VI. 35 et VI. 40 qui, au groupe des pièces bénéventaines tel qu'il figurait dans le Missel VI. 33, se sont contentés d'ajouter, en tête, l'Alleluia Confitemini avec sa prose.
De tous nos manuscrits, le Graduel VI. 38 est, apparemment au moins, le plus complexe. Cela tient à ce que son ordo se compose ici de deux parties, bien distinctes dans l'original (p. 341). La première est rédigée sous forme de rubrique, et ne mentionne,
en fait de pièces de chant, que l' Alléluia Confitemini et le trait Laudate Dominum, simplement par leur incipit non-noté; l'autre contient au contraire, à la suite, toute la série des pièces de chant. Aussi bien, il est aisé de reconnaître que la rubrique initiale dépend d'un ordo purement romain, tandis que l'ensemble des pièces qui suivent sont bénéventaines. Une exception a toutefois été faite pour l'Alleluia Confitemini, dont le verset n'a d'ailleurs pas été transcrit, mais seulement l'Alleluia initial, et, à la suite, la prose Lux de lucc. Comme nous l'avons déjà fait observer, il y a dans ce Graduel deux Alléluias Resnrrexit, dont le premier, celui-là même qui figure dans nos autres manuscrits, comporte prosuie et deux versets, tandis que le second, propre au VI. 38, n'a qu'un seul verset.
Bien qu'elle ne soit pas bénéventaine au sens strict, c'est-à-dire qu'elle n'appartienne certainement pas au répertoire des pièces de chant de l'ancienne liturgie locale, il nous faut donc étudier ici tout d'abord la prose Lux de luee, comme attestée à peu près uniquement par des documents bénéventains.
Encore convient-il d'établir ici une distinction ; parce que, sous un même titre, il existe en fait deux proses différentes, dont l'une est attestée par le seul Graduel VI. 38 de Bénévent, tandis qu'on connaît de l'autre plusieurs témoins provenant de l'Italie du Nord.
Voici tout d'abord la version qu'en donne, le Samedi-Saint, le Graduel Bénévent VI. 38; nous la transcrivons avec l'Alleluia qui l'accompagne :
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Aile- lu- ia.
Seq. Lux de luce De-us de tenebris fulget Averni Vespere, quae mane illucessit di- es. Victor
venit ab infe-ris, Sustu-lit inde su-is devicto principe mortis. Destruxit saevissima tartara.
Rese-ravit régna be-ata pi- is, ut capi-ant justi digna cœlorum praemi- a.
Cette prose, on le voit, n'est pas autre chose, mélodiquement parlant, que l'adaptation note pour note de l'Alleluia qui précède à chaque syllabe du texte.
Mais qu'est-ce au juste que cet Alléluia? Sans doute il commence bien comme celui qui accompagne le Confitemini, et il finit aussi comme lui. Mais le jubilus intermédiaire? Si l'on veut bien se reporter à la page 214 du présent volume, on pourra constater que ce grand mélisme n'est pas précisément un inconnu pour nous : il est emprunté tel quel à l'offertoire grégorien Gressus meos du Samedi de la IIIe semaine de Carême : c'est lui qui termine la pièce, après la reprise qui suit le second verset Cognovi. La constatation est intéressante, parce qu'il ne saurait y avoir ici aucun doute sur le sens dans lequel s'est fait
LA TRADITION BENEVENTAINE.
l'emprunt. Ne disposant pas, dans l'Alléluia Confitemini, d'une formule mélodique assez ample pour lui servir de thème au développement d'une prose, le compositeur s'est borné à emprunter cette longue vocalise à un offertoire du VIIIe mode du répertoire ancien, quitte à y raccorder, au début et à la fin, l'incipit et la cadence finale de r Alléluia Confitemini.
Telle est donc la forme sous laquelle, le Samedi-Saint, la prose Lux de luce se présente dans le Graduel Bénévent, VI. 38, adaptée d'une manière irréprochable sur l'Alléluia qui lui sert de thème. Tous nos autres manuscrits — et le Graduel VI. 38 lui-même, mais cette fois à la Vigile de la Pentecôte — donnent de cette même prose une version assez semblable, trop différente pourtant pour qu'on puisse considérer les deux pièces comme de simples variantes l'une de l'autre : certainement il y a eu ici un remaniement complet du texte. Voici d'ailleurs cette seconde version, restituée d'après l'ensemble des manuscrits bénéventains où nous l'avons trouvée attestée : les quatre Graduels Bénévent VI. 34, VI. 35, VI. 38 et VI. 40 (pi. xxn). Comme pour la première, nous faisons précéder ici la prose de l'Alleluia-type, tel qu'il figure, pour la Vigile de la Pentecôte, dans le Graduel VI. 38 :
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ït^S
Alle-
îu- îa.
Seq.Lux de
luce De-us(de)tenebris illuxit Averni Vespere, quœ prima prefulget luce di-e-i.
i JL
Victor ab infernis reme-avit, nexibus atris Sustu-lit inde su-os devicto principe mortis. Tartara
saeva, cha-os destruxit mceni-a di-ra, Clausit et obscuras valvas aulasque ma-ligni. Régna be-a-
ta pi- is rese-ravit clausa polorum, Ut pa-te-ant digni sumentes praemi- a cligna.
Sur un texte assez semblable au précédent, bien que maintes fois en désaccord avec lui, nous retrouvons la même mélodie. On remarquera toutefois — et déjà nous avions fait une observation analogue à propos de la prosuie du Gressus meos, p. 214 note 4 — que certaines incises de la vocalise sont ici répétées deux et même trois fois, alors qu'elles ne l'étaient pas dans l' Alléluia précédent. Le motif A notamment, qui était seulement amorcé dans le premier, et conduisait tout de suite à la vocalise finale, est ici développé, et répété. Quant à la vocalise, indiquée cette fois sous forme suspensive, le compositeur l'a probablement jugée assez connue par ailleurs, et notamment par la leçon qui figurait déjà au Samedi-Saint, intégralement notée.
Sensiblement plus longue que la précédente, en raison du doublement — et même du triplement — du motif A, cette seconde version de notre prose n'est pas adaptée à l'Alleluia-type d'une manière aussi strictement correcte que la première (i).
Telle est donc la seule pièce non strictement bénéventaine dont nous ayons à nous occuper pour cette messe du Samedi-Saint. On saisit bien, ici encore, la nuance : pièce non bénéventaine si l'on pense à l'ancienne liturgie locale, la prose Lux de hier dépend au contraire directement de l'ancien répertoire grégorien, tant par l'intermédiaire de F Alléluia Confitemini que par celui de l'Offertoire Gressus meos, qui sont en l'espèce ses deux sources. Mais il se trouve que cette pièce, construite sur des formules grégoriennes sans être donc elle-même grégorienne au sens strict, se rencontre à peu près exclusivement dans des manuscrits de l'école bénéventaine, et sous une forme incomparablement plus fidèle aux mélodies originales que dans l'unique manuscrit étranger au groupe où nous ayons pu en constater l'existence et l'étudier (2).
(1) Outre que la vocalise de l' Alléluia est donnée ici sous forme suspensive, on constate qu'il y manque une fois la répétition de la formule A : la prose, elle, a trois versets sur ce thème.
Pour ce qui est de l'adaptation, syllabe par syllabe, de la prose à chacune des notes du mélisme, on remarque également que si, dans l'ensemble, la correspondance est régulière, on peut toutefois y relever plusieurs incorrections, soit quant au nombre des notes, soit quant à leur nature.
Tout au début, quelques hésitations dans l'adaptation viennent de ce fait que certains manuscrits ne donnent pas le de qui, dans plusieurs d'entre eux, précède le mot tenebris. Au verset Victor, on trouve sur la cadence atris deux sol, alors que le mélisme n'en comporte qu'un. Sur la finale mœnia dira du verset Tartara, il y a dans les manuscrits un certain désordre, dû à ce que plusieurs d'entre eux comptent quatre syllabes sur mœnia. Le verset suivant Clausit contient une syllabe de moins qu'il n'en faudrait pour l'adaptation régulière; aussi les manuscrits se divisent-ils : du second climacus, le Graduel VI 34 supprime tout simplement le fa final; le VI. 40 au contraire, pour éviter cette suppression, a ajouté ici au-dessus de la ligne un et supplémentaire qui fait évidemment double emploi avec le que de aulasque : ce qui n'a pas empêché le VI. 38 de l'insérer d'une manière définitive dans le texte. Le VI. 33 a peut-être été le mieux inspiré en la circonstance : il a joint tout simplement le fa en question au sol de la syllabe précédente, affectée ainsi d'une clivis ; c'est la solution que nous avons retenue ici-même, comme plus conforme à la fois au texte et à la mélodie.
Mais la division est surtout grande quand on arrive aux deux derniers versets : division plus apparente que réelle d'ailleurs. Sur l'incipit Régna, le VI. 34 et le VI. 33 sont passés directement du mi au do, omettant le ré intermédiaire, dont on ne saurait pourtant contester l'authenticité, si l'on tient compte de la progression très régulière du mélisme sous la forme d'une série de climacus descendants ; il en résulte un décalage dans toute la suite de l'adaptation, en avance ainsi d'une syllabe sur la mélodie; et le fait est d'autant plus net qu'en arrivant sur digni, au milieu du dernier verset, les deux manuscrits en question, disposant d'une syllabe de trop, se sont trouvés contraints de redoubler le sol, qui est simple dans l'original. Aussi avons-nous suivi dans notre restitution la leçon des deux Graduels VI. 38 et VI. 40 qui, dans ce passage, ne présentent aucun décalage dans l'adaptation. A partir de sumenles, les deux leçons se retrouvent donc d'accord; mais, partant toutes deux sur la, elles sont en contradiction avec la finale bien caractéristique du Conjitetnini, qui exigerait ici un sol. Quant à la cadence finale de la prose, il n'y a qu'une très légère variante à signaler : les deux Graduels VI. 34 et VI. 33 — ceux-là précisément que nous venons de trouver en faute — établissent cette cadence sur un sol précédé de trois la, tandis que les deux autres la font reposer sur deux la et deux sol. L'indécision vient de ce que, d'après l'original, on devrait avoir ici seulement trois syllabes : la dernière sur sol, les deux précédentes sur la. Aussi, en l'espèce, est-il plus satisfaisant de donner la préférence à la seconde leçon, quitte à redoubler le sol final.
(2) Parmi les deux autres témoins de cette prose que nous avons pu identifier, l'un n'est pas noté : le Missel de Subiaco, Rome, Vat. lat. 4770, dont nous avons dit à maintes reprises les attaches avec le groupe bénéventain (l'incipit tel qu'il le donne : Deus lux de luce — au lieu de lux de hue Deus — pourrait tromper
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 441
C'est donc maintenant des pièces strictement bénéventaines de la Messe du Samedi- Saint qu'il nous reste à traiter, c'est-à-dire des pièces qui, affectées à cette fonction dans l'ancienne liturgie de Bénévent, sont passées ensuite, en tout ou en partie, dans les diverses compilations romano-bénéventaines parvenues jusqu'à nous. Ces pièces sont celles-là mêmes qu'on trouve indiquées dans le Missale Antiquum VI. 33 de Bénévent, le plus fidèle ici à l'ancien usage local : l'Alleluia Resurrexit, l'offertoire Omnes qui in Cbristo, et la communion Ymnum canite qui, on le sait, n'ont pas leur pendant dans la liturgie romaine.
Sous sa forme le plus communément attestée, l'Alleluia Resurrexit nous est conservé dans huit manuscrits, qui, à part les fragments de Farfa, appartiennent tous à la Bibliothèque capitulaire de Bénévent ; ce sont : les deux Missels VI. 30 et VI. 33, et les cinq Graduels VI. 34, VI. 35, VI. 38, VI. 39 et VI. 40 (pi. xxn). Il est à noter d'ailleurs que, dans deux d'entre eux, le VI. 30 et le VI. 34, c'est à la messe du Jour de Pâques qu'on trouve cet Alléluia, et non au Samedi-Saint.
Sur ces sept manuscrits de Bénévent, il en est trois, le VI. 30, le VI. 33 et le VI. 34, qui lui assignent un unique verset; les quatre autres en indiquent un second, Laudate pueri) enfin, parmi ces derniers, le VI. 38 et le VI. 39 ajoutent encore une prosuie Laudes ordo, entre l'Alleluia proprement dit et son premier verset. Quant aux fragments de Farfa, on n'y trouve plus actuellement que l'Alleluia lui-même et le début du verset Laudate pueri, dont le texte a d'ailleurs disparu (1); mais la mélodie est très facile à reconnaître (pi. xxvn, dernière ligne à gauche), dès lors qu'on a pu la restituer d'après les autres manuscrits.
sur l'identité de cette pièce; en réalité, la suite du texte est bien la même que dans notre prose); l'autre est le Graduel de Ravenne(?), codex O. I. 7 du Chapitre de Modène (XIe s.), dont le texte est aussi le même, mais avec deux versets de plus à la fin :
Cum quibus angelicum spreta tellure squaloris Participes Christi possimus scandere nomen.
Quant à la mélodie, quoique construite sur les mêmes thèmes, elle présente trop de variantes avec celle de nos manuscrits pour qu'il ait pu être question de proposer ici une version « critique » qui, pratiquement, aurait reposé sur un choix arbitraire entre deux séries de leçons dont rien en soi ne permettait de déterminer la valeur. Mais nous avons fait la preuve que la vocalise en question était empruntée purement et simplement à une pièce ancienne du répertoire grégorien : c'est donc certainement la mélodie bénéventaine qu'on doit tenir ici pour authentique, comme suivant l'original de beaucoup plus près.
Dans le tome XXXVII des Atialecta hymnica (p. 30), Dreves a publié notre prose d'après trois manuscrits seulement : le Graduel de Ravenne dont nous venons de parler; un autre Graduel de Ravenne, codex Padoue A. 47, également du XIe siècle; enfin, un troisième manuscrit, daté de 107 1, et qu'il cite d'après Georgius, De Liturgia romani Pontifias, t. III, Rome 1744, p. 491. On a perdu la trace du manuscrit en question; il est toutefois permis d'affirmer qu'il s'agissait là d'un document romain du type des deux Graduels lat. 531Q de la Vaticane et F. 22 des Archives de Saint-Pierre. Dom Beyssac, en effet, a retrouvé naguère dans le codex lat. 17177 de la Bibliothèque Nationale de Paris deux feuillets copiés sur le manuscrit en question, et notamment la partie où figure la date. Parmi les pièces notées, cette copie contient en particulier le graduel furavit de la messe de S. Fabien et le Gloria laus du Dimanche des Rameaux, dont les mélodies sont exactement du même type que dans les deux manuscrits romains de la Vaticane et des Archives de Saint-Pierre.
(1) Il n'est pas possible de dire si, dans ce manuscrit, le verset en question a seul été maintenu, ou bien si le premier a été reporté à la seconde place; dans cette dernière hypothèse, il a entièrement disparu, avec la fin du verset Laudate.
C'est en nous basant sur l'ensemble de ces documents que nous donnons ici la restitution intégrale des différents éléments de cette pièce, étant bien entendu que tous ne sont pas uniformément attestés par la tradition manuscrite, mais seulement dans la mesure que nous venons de préciser.
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Alle-
lu- ia.
Pros. Laudes ordo in excelsis de- cantant agmina
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L%p. , fr^=* i% J< . /^^A i . %t f'\,\ Afr±=j
sacra.
Y. Resur-re-xit
tamquam dormi- ens Domi-
la «i ■ la ; fr ■ la j»
nus, quasi po-
V^'-iV
tens
^=pt5sd
■ ■ ■ ■ crapulatus a vi- no.
y. Lauda- te pu-e-ri Domi- num, laudate nomen Domi-
hTTJ ^'^ti-F^^Wfc^to^g?^:
ni. Sit no-
men Domi-
ni bene- di- ctum.
Dans l'ensemble, la restitution de cette pièce n'offre aucune difficulté, ni pour l'Alleluia initial, ni pour la prosuie qui en reproduit la mélodie note pour note, ni pour le verset Resurrexit, au moins jusqu'à la cadence finale. C'est qu'en effet, sur la dernière syllabe, les manuscrits se divisent en deux groupes très nets : les uns terminant sur ré, sensiblement comme l'Alleluia lui-même; les autres sur sol, après avoir monté d'une quarte tout le mélisme final, le sol initial excepté. La raison de cette divergence est évidente si l'on considère le second verset. Sans être matériellement calqué sur le premier, il en reproduit en effet plusieurs formules. Or, et malgré cette similitude, plusieurs manuscrits l'écrivent tout entier une quarte plus haut; ce qui explique aussitôt les divergences dans la finale du premier verset : il est clair que, selon la hauteur à laquelle on chantait le second, il convenait de l'amener de façon différente par une transition appropriée. Et voilà pourquoi nous constatons que, partant tous uniformément sur sol, au début de la dernière syllabe du premier verset, les manuscrits se divisent aussitôt après pour adopter deux écritures à un intervalle de quarte, selon qu'ils veulent terminer sur ré ou sur sol, afin de permettre, pour le second, le départ à l'unisson :
Bénévent, VI. 34; VI. 33; VT.3Ç; Far/a (1).
Bénêvent, VI. 30; l 'I. 33: VI. 38; VI. 40(2).
y ^''j'isiiy-
vi- no.
f. II. Lauda- te
(1) Le manuscrit de Farfa donnant le verset Laudate pueri aussitôt après l'Alleluia, la question de la transposition ne se pose pas pour lui : le verset part à l'unisson de la cadence finale de l'Alleluia, qui est sur ri dans tous les manuscrits où la clé est indiquée.
(2) Encore que très diastématique, le Graduel VI. 38 ne comporte ni lignes ni clés. Néanmoins, de temps à autre, une ligne a parfois été ajoutée après coup : ici c'est la ligne de /a. Trompé par l'analogie des deux
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 443
La solution ne s'imposait peut-être pas; elle se justifie du moins très bien. Il est à peine besoin d'ajouter que l'analogie avec le premier verset impose le bémol constant pour le second dans la seconde écriture; et même, bien entendu, pour la cadence finale du premier.
Quelle peut être la raison de cette transposition du second verset? Son texte Laudate pueri vise évidemment les nouveaux baptisés. Bien plus nettement que dans la messe romaine correspondante, on peut observer, en effet, la place que ceux-ci tenaient dans la liturgie bénéventaine de ce jour; c'était vraiment là leur messe : leur première messe, la messe de leur première communion, comme il est facile de s'en rendre compte d'après les deux pièces qu'il nous reste à étudier : l'offertoire Omnes qui in Cbristo baptiçati estis, Christum induisfis; et surtout la communion : Ymniim canite, agni mundi, lavacro fontis renati, satiati Corpore Christi. Aussi n'y a-t-il rien d'étonnant qu'on ait voulu donner à cette invitation à la louange un caractère plus joyeux qu'au premier verset. La transposition à la quarte conduisait très naturellement h l'effet désiré, sans qu'il soit nécessaire d'admettre que l'exécution en ait été réservée aux enfants, aux nouveaux baptisés eux-mêmes.
Du point de vue mélodique, il est inutile d'insister sur le caractère bien bénéventain de cette pièce. Les cadences finales de l' Alléluia et du premier verset sont d'un type que nous avons déjcà rencontré maintes fois dans diverses pièces du même répertoire; il faut en dire autant de la cadence pote/is, qui figure notamment, et à plusieurs reprises, dans la communion Quis te supplantavit du Dimanche des Rameaux (p. 266). Quant à la cadence Domini du second verset,- on la retrouve en particulier dans le trait Domine audivi, non seulement au premier verset, sur eonsideravi (p. 363), mais encore comme médiante de tous les versets suivants (p. 362).
Aussitôt après cette première forme de l'Alleluia Resurrexit, le Graduel VI. }8 en donne une autre, moins intéressante de notre point de vue, puisqu'elle n'est qu'une adaptation de l'Alleluia grégorien type Justus ut palma. Nous en donnons néanmoins la transcription, en complétant d'après les autres pièces du même type les deux vocalises de
versets, disposés dans ce manuscrit exactement comme dans le VI 40 (pi. xxn), le scribe postérieur a cru bien faire, en passant d'un verset à l'autre, de décaler brusquement sa ligne de fa, de telle sorte que le second se trouvât écrit sur les mêmes cordes que le premier. Mais, ce faisant, il ne s'est pas aperçu que, pour être justifié, ce changement d'échelle aurait dû être opéré, non après la cadence du premier verset, mais avant le mélisme final, ou plus exactement aussitôt après sa première note. En n'agissant pas ainsi, le scribe aboutit à faire prendre sur ré le second verset, alors que la cadence finale du premier n'a été élevée d'une quarte que pour permettre de monter d'autant le verset Laudate tout entier.
Quant aux deux manuscrits VI. 30 et VI. 33, on observera qu'ils donnent la finale transposée poulie premier verset, bien que le second n'y figure pas. Il n'y a aucun doute possible pour le VI. 30, qui est muni de lignes et de clés. Le VI. 33, il est vrai, est beaucoup moins diastématique; son témoignage n'en est pas moins parfaitement clair, dès lors qu'on connaît les deux siuls types auxquels il puisse se rattacher. Cette absence du second verset dans un manuscrit ancien comme le VI. 33 ne saurait d'ailleurs être invoquée contre son authenticité; et le fait qu'on y trouve indiqué le premier avec la cadence transposée incline au contraire à penser que le second est bien primitif; qu'il était effectivement exécuté une quarte plus haut; mais que, pour abréger, on l'aura parfois omis. La cadence transposée du premier verset est alors tout ce qui nous reste comme preuve de la disparition du second.
l'Alleluia et du verset, qui sont indiquées ici par notre manuscrit sous forme suspensive :
i>fl [' * *— — — *■ ■ 1 *g-*f^ — ?*«— 5 — »-^r — *♦ »J M Li —
-• rr-ï — *—
xit tamquam
• Alle-
îa.
y. Resur- re-
dor-mi- ens Domi- nus, quasi po-
tens crapu- latus a vino.
Nous n'avons rien dit du texte de notre Alléluia, qui cependant peut paraître assez singulièrement choisi; et le Resurrexit tamquam dormiens Dominas du début ne légitime que difficilement à nos yeux le quasi potens crapnlatus a vino qui suit. Il y a dans cette seule image appliquée au Seigneur une irrévérence qui, on le voit, ne choquait pas les anciens. Il leur suffisait que le début du verset fût assez bien approprié à la circonstance pour que, automatiquement, l'adoption de la suite fût également admise (i). Or, non seulement l'image n'a pas choqué les contemporains (2), mais encore il est tel d'entre eux qui n'a pas hésité à la forcer dans les termes; c'est ainsi que le copiste du Graduel VI. 35 s'est cru autorisé à remplacer potens par pot ans : quasi pofa/is crapulatus a vino. Correction évidemment suggérée par le contexte, mais qui, somme toute, n'aurait que l'intérêt d'une curiosité si le même texte ne se retrouvait, et précisément sous cette forme, dans la liturgie ambrosienne; et cela, non pas une fois en passant, comme une distraction de copiste, mais bien d'une manière très régulière, et chaque fois qu'il reparaît dans la liturgie, sous une forme ou sous une autre (3). En sorte que la variante potans apparaît, sans le moindre doute, comme la leçon authentique du répertoire ambrosien. Bien mieux : la forme potans est la leçon du Psautier ambrosien lui-même (4).
(1) Il n'est peut-être pas superflu d'observer que ce texte n'est pas emprunté à la Vulgate. Celle ci (Ps. LXXVII, 65), donne le verset en question sous une forme légèrement différente : Et excitatus est tamquam dormiens Dominas, tamquam potens crapulatus a vino. On ne trouve donc même pas ici le mot resurrexit qui, pratiquement, a décidé de son adoption pour la liturgie du Samedi-Saint.
(2) Pour expliquer l'application de ce texte au Seigneur, mort et ressuscitant, on peut utilement faire appel à ces concordances que les anciens aimaient à reconnaître entre les épisodes du Nouveau et de l'Ancien Testament. Si l'on se reporte par exemple au Commentaire sur S. Marc publié sous le nom de S. Jérôme, c'est Noé enivré qu'on y voit donné comme figure du Seigneur mort : « Hic adest Noe. inebriatus ac nudatus, cœlo et terra pallio tenebroso tectus, et homine irrisus » (P. L., t. XXX, col. 639). Si cet écrit n'est pas de S. Jérôme, il est du moins de la première moitié du Ve siècle, comme l'a montré dom Morin [Revue bénédictine, XXVII (1910), pp. 352-362).
(3) Ne pouvant utiliser ici le manuscrit du British Muséum (Paléographie Musicale, t. V-VI), dont il ne subsiste que la Partie d'hiver, nous renvoyons à celui de Muggiasca, où l'on trouvera notre texte employé jusqu'à cinq fois : comme ingressa, comme répons, comme offertoire, enfin dans deux Alléluias différents (pp. 3, 14, 17, 40, 489); et toujours avec la leçon potans. Pour ce qui concerne les textes seuls, on pourra se reporter au Matinale ambrosiaiium, éd. Magistretti, t. II, pp. 211, 215, 217, 224 ; c'est aussi la leçon potans qu'on y trouvera attestée unanimement.
(4) Manuale ambrosiaiium, t. I, p. 87.