LA RECONSTITUTION CRITIQUE DE L'ARCHÉTYPE
Retrouver un texte qui s'écarte le moins possible de l'original, tel est donc le but que nous nous étions proposé. A cet effet le classement des documents connus s'imposait, classement qui devait aboutir à la construction du schéma représentatif de toute la tradition manuscrite parvenue jusqu'à nous. Si le classement de ces manuscrits connus a été conduit avec toute la précision voulue, leurs relations mutuelles seront résumées dans le schéma (fig. 2).
En possession de ce précieux instrument, la restitution critique du texte ne présente plus de difficultés, et la règle qui doit présider à son rétablissement est simple à formuler : la leçon critique est obtenue en appliquant le critère de la majorité aux archétypes de groupe.
Tout ce qui a été dit jusqu'ici dispense de s'étendre longuement sur la justification de cette règle : elle repose simplement sur cette notion très importante de probabilité entendue comme nous l'avons déjà précisé : il n'est pas probable, il n'est pas vraisemblable que deux copistes indépendants l'un de l'autre aient pu, d'une manière habituelle, commettre les mêmes fautes aux mêmes endroits en copiant le même modèle. Dès lors, si l'on connaît de l'archétype plusieurs copies indépendantes, il suffira de comparer leurs témoignages : les leçons fautives se trahiront d'elles-mêmes par leur caractère de rareté, souvent même d'isolement; au contraire la leçon authentique ralliera autour d'elle l'ensemble de ces copies indépendantes.
La reconstitution du texte de l'archétype se présente donc comme une opération à deux degrés :
i° restitution critique de chacun des archétypes de groupe.
20 restitution de l'archétype de toute la tradition à partir de ces archétypes de groupe.
On peut admettre que d'ordinaire il faudra reconstituer chacun des archétypes de groupe au moyen des manuscrits qui en dérivent : le schéma indique quels manuscrits il y aura lieu d'utiliser à cet effet, les règles de critique étant celles-là mêmes que nous venons d'indiquer pour l'archétype d'ensemble. Pour l'archétype Z, par exemple, quatre manuscrits suffiront : H, J, L et N; on comparera leurs témoignages en tenant compte de ce fait que L et N dérivent d'un même manuscrit t, tandis que H et J sont indépendants l'un de l'autre ainsi que de t (1).
(1) Nous avons désigné par des lettres minuscules, s et t, des manuscrits que l'on ne connaît pas, mais dont l'existence doit être postulée pour permettre une construction exacte du schéma à partir des faits observés dans les manuscrits connus.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 75
Il est important de remarquer que, au moins dans le cas des traditions acéphales, cette reconstitution des archétypes de groupe s'impose comme normale. Il est très rare, en effet, que l'un des manuscrits conservés puisse être utilisé directement pour la reconstitution de l'archétype. Au moment où s'ouvre pour les traditions de ce genre la période historique, elles se trouvent déjà si ramifiées, leur faisceau si étalé, qu'il est absolument indispensable de grouper ces manuscrits en familles comme nous l'avons fait. Aucun des manuscrits conservés n'est apte en général à tenir lieu de tout le groupe auquel il appartient; et cela pour une raison bien simple : pour qu'il pût en être ainsi, il faudrait que tout le groupe