‹ Paléographie musicale (volume 2)Chapitre 16 sur 157 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LE GROUPE BENEVENTAIN.

Lorsqu'on étudie à la lumière des principes que l'on vient d'exposer les manuscrits transmis par la tradition grégorienne, il en est qui, entre tous, ne peuvent manquer de retenir l'attention : c'est le groupe des manuscrits qui proviennent de l'Italie Méridionale.

Leur aspect extérieur, l'écriture surtout, suffirait déjà à les distinguer et à les caractériser.

Les manuscrits que la paléographie musicale étudie pour leur notation se présentent en effet, quant à la lecture de leur texte, dans des conditions exceptionnellement favorables. Calligraphiés le plus souvent avec un soin religieux, comme l'étaient d'habitude les livres destinés au culte, ils sont tous postérieurs à la réforme carolingienne et ne comportent donc plus, quelle qu'en soit l'origine, aucune des notes caractéristiques des écritures cursives, d'une lecture parfois si pénible. Pour les monuments grégoriens notés on peut dire que d'une manière générale les difficultés de cette nature n'existent pas; aussi n'en sont-elles que plus sensibles, lorsqu'il faut aborder l'étude des manuscrits de l'Italie Méridionale dont la calligraphie, d'une perfection si achevée, ne supprime pas les obstacles inhérents aux formes graphiques elles-mêmes.

Il y a là certainement une singularité qui pourrait contribuer à discréditer le témoignage de ces manuscrits dont on aimerait autant pouvoir se passer.

Caractéristiques par leur écriture, ces manuscrits ne le sont pas moins par leur notation musicale dont le style épais et lourd, surtout dans les manuscrits de basse époque, s'apparente de très près au style de la graphique elle-même.

L'aspect extérieur n'est cependant pas le seul critère auquel on doive se tenir pour juger d'un manuscrit; et l'on sait que, sous une graphique de tous points identique, se dissimulent parfois des traditions fort éloignées (i). Ce n'est pas le cas pour les manuscrits de l'Italie Méridionale; la similitude d'écriture y est bien l'indice d'une parenté profonde qui se trahit par toute une série de caractéristiques d'ordre liturgique et d'ordre mélodique : autant de notes communes à tous les manuscrits que les ressemblances graphiques avaient déjà permis de rapprocher.

(i) Les Bibles de Tours, par exemple, forment un groupe très bien déterminé paléographiquement, pas du tout textuellement. Cf. Samuel Berger, Histoire de la Vulgate, Paris, Hachette 1893, p. 225.

En un mot, les manuscrits qui proviennent de l'Italie Méridionale présentent éminemment ce double caractère dont nous avons dit tout l'intérêt : comparés entre eux, homogénéité parfaite; comparés aux autres manuscrits, indépendance dont il n'y a pas de type plus frappant dans toute la tradition grégorienne.

Il y a là un fait remarquable d'ordre général dont il convient de souligner toute l'importance. Les manuscrits qu'on est ainsi amené à rapprocher d'après leurs caractéristiques communes, et tout particulièrement d'après le critère des variantes rares, proviennent en général d'une région très bien délimitée qui s'est trouvée, pendant une période souvent assez longue, isolée du milieu extérieur. Les obstacles naturels, parfois aussi des raisons politiques ont contribué à rendre très difficiles sinon impossibles les relations avec les pays voisins.

La conséquence naturelle d'un pareil état de choses apparaît aussitôt : qu'un texte soit introduit dans cette région, il se trouve comme fatalement voué à évoluer de sa vie propre, à se transmettre en marge de la tradition, à donner naissance, en un mot, à une famille indépendante.

Du point de vue de l'histoire de la tradition, on comprend l'intérêt de ces groupes indépendants dont nous avons montré, du point de vue critique, l'importance capitale. Sans contact avec l'ensemble de la tradition, les altérations que subissaient ces textes devaient presque nécessairement se transmettre dans les copies postérieures sans possibilité d'amendement : c'est l'origine de ces variantes rares qui nous sont si précieuses pour grouper les manuscrits. II convient de le reconnaître, par contre, la régularité avec laquelle ces variantes rares se transmettaient est un gage de la fidélité avec laquelle l'ensemble du texte était copié. D'où l'importance de ces textes simples qui présentent, malgré leurs singularités, un caractère vraiment traditionnel : leur étude constitue la base la plus sérieuse d'un travail embrassant toute une tradition. C'est ensuite seulement qu'on pourra aborder d'une façon profitable l'examen des textes mêlés ; alors même qu'ils proviendraient du croisement des traditions les plus éloignées, il sera désormais relativement facile de reconnaître les influences variées qui ont concouru à leur formation. « Grouper d'après leur pays d'origine les manuscrits et les textes, prendre sur le fait les migrations des textes et chercher à les expliquer », tel est le programme que trace Samuel Berger au début de son Histoire de la Vulgate. « Ce travail est d'autant plus facile », ajoute-t-il aussitôt, « que certains pays ont été, pendant plusieurs siècles, pour des raisons diverses, tenus à l'écart de la civilisation chrétienne de l'Europe et ont conservé leur originalité locale presque jusqu'au milieu du moyen âge : telles sont l'Espagne et l'Irlande, séparées du monde latin, la première par l'invasion arabe, la deuxième par de vieilles traditions d'indépendance religieuse (i). »

Du point de vue grégorien, c'est certainement l'Italie Méridionale qui nous offre le type le plus caractérisé des traditions de cette nature, simples et homogènes.

(i) Samuel Berger, /oc. cit. p. VII.

Cttuf inm£.

ji

, n)tto

au ve

fi ^ furn â4«J«i'<*9.

l J\n \ J Tr J f J\ J ..

J'iJ-;jJ in

,, , .., sf* m^hI

iVb b, <njtf

la mf. ~>Lx

-hJi

juin 4um 1n>* .e H

Coin.

/ ' -A- fX

1 Pem ^^>»A) Kectne- Cottfa U .-rrc- eOv Itvumtl^ ^rec «ifme^

&ie- h>}oemfr 2»?ma.-fn tuflnifiM CofVt^«n?-o fatli

fricêjnf&cjugnor) feuftn.&- aommî'nottû)nfu»i^<3iw

<v ftf> CÇls ^uitbccti axi1~' m't

liilmmi

mi thi .

f» «™t*f a, îftcfu

1 *v£ft le- ''

«••T „W ce-' 2tt.fa. m8:# i'7^ U jy^

OJ' ji . J--, r 7 i p , "i^v *■

ënfcMC mtfW temtt* ^e^-iÛ^f? 6*11 ! n^ •^lV-

f>j> Pt^aefuw ^ fe" qaen .rtf,,,^ (m

qttr . Çoti fun retenir' e>i feuSfêeêti

lui qui cro

/fl' - y '

entf*- qutep !« fiif ^ "V; JÙ, >

lut

fn£ .

mt ne Recuit a^x£forietn mê»xvn &? cla>mofmê

. - - -vj.J-'-f JJ"J:r\

1nJ"

nef <j&uèy<uf ma-.

C?cj> nr»n «ef «vx?

t éd

AiJlA

.^^m«L^^^nn^beneâtC^rqatuen^,„n^m;a,mJn,b^

Mû

V A f - 1 „«* tf •

Page 1