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LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 201
Dans son état actuel, notre manuscrit commence donc au Dimanche de la Septuagésime, à l'avant-dernier verset du trait De profundis : [Si iniquitates observaveris Domine Domine] quis sustinebit.
Au bas de la page, en minuscules plus fortes, est indiqué le titre de la messe suivante : Dominica in Sexagesima. Introitus. Vient ensuite (page 4) la messe de la Quinquagésime, et puis (page 6) celle du Mercredi des Cendres, précédée simplement du titre : Item missa. Introitn; preuve que notre codex a été copié d'une façon toute matérielle sur un manuscrit plus ancien où figuraient les pièces de chant qui accompagnent habituellement la bénédiction et l'imposition des cendres. Le titre : Item missa suppose évidemment un autre titre : Feriet II II Caput jejimii, qui devait précéder ce groupe de pièces (1).
Le premier Dimanche de Carême, Dominica prima. Capud quadragesime (page 9), n'est séparé du Mercredi des Cendres que par les messes du Jeudi et du Vendredi. Du Samedi, primitivement aliturgique, aucune mention n'a été faite (2).
Au bas de la page 9, le titre de la messe du Ier Dimanche de Carême est suivi d'un autre titre, en majuscules hautes et grêles : IN NOM/NE DOMINI INCIPIT INTROITU.
Le scribe a voulu ainsi marquer le seuil de la sainte quarantaine, sur laquelle s'étend, dès le début de la page suivante, la bénédiction du Seigneur.
Les messes fériales de la première semaine se succèdent ensuite normalement jusqu'à la page 16 qui termine le premier quaternion. On remarquera, en tête des messes du Mardi et du Mercredi (pages 14 et 15), la mention de la station du jour. Ce sont les seules messes de notre codex où cette indication ait été conservée. Encore convient-il de noter que, si la première est correcte — la station de ce jour était en effet fixée à Sainte-Anastasie — la seconde est fautive : le Mercredi des Quatre-Temps de Carême, la station n'a jamais eu lieu à Saint-Laurent, mais bien à Sainte-Marie-Majeure. Il y aura eu probablement confusion avec la messe du lendemain, dont l'église stationnale était Saint-Laurent in Paneperna. Nous n'avons pas le moyen de contrôler quel était, dans notre codex, la station indiquée pour cette messe, puisqu'elle a disparu avec tout le quaternion qui la contenait.
(1) C'est le Mercredi des Cendres, on le sait, que commençait pour les pécheurs la pénitence publique qui ne devait s'achever que le Jeudi-Saint. D'abord réservée aux seuls pénitents, l'imposition des Cendres se généralisa peu à peu; mais c'est seulement en 1091, et précisément au concile de Bénévent, que le pape Urbain II en fit une obligation pour tous les chrétiens : « Omnes tam clerici, quam laici, ta m viri quam mulieres die illo (i. e. in capite jejunii) cinerem supra capita sua accipiant. » (Mansi, Sacrorum Conci/ion/m Nova et Amplissima Collectio, t. XX, col. 739). Primitivement, les antiennes relatives à la bénédiction et à la distribution des Cendres relevaient donc plutôt d'un rituel des pénitents que d'un graduel ou d'un missel; aussi conçoit-on qu'elles aient pu être volontairement négligées dans un manuscrit comme le nôtre, sensiblement antérieur au concile en question.
(2) Le Missale Antiquum VI. 33 de Bénévent, contemporain de notre codex et peut-être même légèrement antérieur à lui, affecte à ce jour une messe dont toutes les pièces de chant sont empruntées, comme aujourd'hui, à la messe de la veille. Il est assez curieux de noter que cette messe, tout comme celle du Samedi veille des Rameaux, y est précédée de l'indication : Sabbato ad elemosinam vacat.
Paléographie XIV. 26'
Du Mercredi des Quatre-Temps (page 16), nous passons donc ainsi directement (page 17) à la messe du IIIe Dimanche de Carême, vers la fin du second verset du trait Ad te levavi : [Ecce siait oculi servorum in manibus domino-] rum suorum. Ce sont ainsi une dizaine de messes qui ont disparu. Il eût été intéressant de savoir comment étaient traités en particulier le Samedi des Quatre-Temps et le Dimanche vacat qui le suivait; mais nous verrons plus loin que la comparaison avec les autres documents de la même école permet de combler cette lacune.
A partir du IIIe Dimanche (page 17), la série des messes quadragésimales se poursuit normalement.
Nous relevons brièvement les quelques particularités de notre codex.
Le Mardi de la IIIe semaine (page 20), après avoir indiqué par son incipit l'offertoire du jour Dextera Domiui, le scribe a écrit par distraction le début de l'offertoire du jour suivant Domine foc meeum qu'il a fait suivre du texte intégral de ses trois versets, demeurés comme lui sans notation. Le lendemain, il a pourtant transcrit à sa place l'offertoire du jour, intégralement noté, se contentant de renvoyer pour les versets à la messe de la veille.
Cette première inattention a dû quelque peu troubler notre scribe, car elle l'a entraîné dans un certain nombre d'autres distractions. On remarquera en particulier qu'il a oublié de transcrire la communion Notas qui, dans son modèle, figurait aussitôt après le dernier verset de l'offertoire dont il avait transcrit le texte à la messe de la veille. Il en est une autre qui porte sur la vocalise finale du verset du graduel. Cette magnifique vocalise de valde termine dignement l'admirable et si expressif morceau qu'est le graduel Miserere mihi. Or on pourra noter, page 21 , 2e et 3e lignes, que le mot valde est ici répété deux fois : particularité qui n'existe certainement pas dans l'original. Le fait est facile à expliquer. Si l'on considère la vocalise authentique
turba-ta est valde (1).
on pourra constater qu'elle comporte un piège, car le groupe » "»1« amorce une cadence assez usitée dans les graduels du VIIe mode :
Gk. Salvum fac populum. Y. Ad te la-cum. Fer. IV. H. II. Quad.
Gr. Benedicam Dominum. y. In Domino. . . laeten-tur. Dom. XII. post Petit.
GR. Audi filia. y. Specie re-gna (l). In festo Scœ Cœciliœ.
(1) Nous transcrivons ici simplement l'Edition vaticane.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 203
C'est cette cadence brève que notre scribe a indiquée tout d'abord. Mais il n'a pas tardé à s'apercevoir qu'il s'était trompé; et, sans effacer ce qui était écrit, selon un procédé que nous l'avons déjà vu plusieurs fois pratiquer, il a transcrit à la suite la vocalise correcte, en répétant le mot valde. Le détail est intéressant parce qu'il a été copié tel quel par d'autres scribes dont l'attention n'a pas été éveillée par la dualité de finales. C'est ainsi que le copiste du graduel Bénévent VI. 34 a reproduit sans hésitation l'erreur du manuscrit qu'il avait sous les yeux. Voici la traduction qu'il donne de toute cette finale ; elle prouve l'exactitude de notre explication :
^^^^sg^^^^
turba-ta est valde valde
Si nous continuons à feuilleter notre manuscrit, un détail attire l'attention, à la messe Fac mecum du Vendredi de la IIIe semaine : on y trouve deux fois la communion Qui biberit de la Samaritaine, au bas de la page 23 et en haut de la page 24. Les textes ne sont d'ailleurs pas tout-à-fait identiques : ici dabo, là dabovobis; ici dicit Dominas Samaritain', là simplement dicit Dominus. Quant aux mélodies elles sont absolument différentes.
A la messe du lendemain, page 2s, le même fait se reproduit pour la communion de la Femme adultère : deux antiennes mélodiquement différentes, mais ici identiques comme texte.
Du moins, dans l'un et l'autre cas, l'une des deux mélodies est substantiellement celle que nous a conservée l'Edition vaticane. Il n'en est plus de même au Mercredi de la IVe semaine (page 31) où la communion de l' Aveugle-né, dont notre manuscrit ne donne qu'une mélodie, est toute différente de la petite antienne du VIe mode que nous connaissons.
La même remarque vaut pour la communion de Lazare, à la messe du Vendredi suivant, page 33. dont on ne retrouve pas, sur Vidais Dominus, I'incipit syllabique à l'unisson.
Au Samedi Siticntes qui suit, on notera l'indication de deux graduels : Tibi Domine et I'incipit Ad Doininum dum tribularer, qui prouve l'existence à cette messe d'une double lecture avant l'Evangile. Nous n'en avons plus qu'une aujourd'hui.
Le Samedi suivant, veille des Rameaux, était, on le sait, aliturgique. Notre graduel a conservé (page 43), comme beaucoup d'autres manuscrits, la trace de cet état primitif dans la rubrique initiale : Sabbato ad helemosyna vacat; il n'en a pas moins, comme un grand nombre d'entre eux, comblé ce vide, mais ici d'une façon originale, et non plus seulement en faisant reprendre, comme la plupart des manuscrits, la messe de la veille ou d'un quelconque des jours précédents. On ne trouve cette messe Domine exaudi, sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir, que dans les seuls manuscrits bénéventains.
Notons encore, en passant, une petite distraction du scribe : son modèle lui fournissait deux offertoires au choix : Domine in auxilium et Domine ad adjuvandum; il a fait du second une communion, au moins quant au titre, car la communion Judiea Domine a bien été transcrite à la suite avec son titre correct.
Les antiennes et répons de la procession des Rameaux viennent ensuite (pages 44-47), précédant la messe du jour ; puis les trois premières fériés de la Semaine-Sainte, malheureusement interrompues au cours du graduel du Mercredi (page 52) par une lacune assez considérable qui embrasse tout le Jeudi et le début du Vendredi-Saint.
La première ligne de la page 53 nous situe, en effet, au dernier verset: Opérait eelos du premier trait Domine andivi de ce jour(i).
Jusqu'ici, la composition de notre codex n'a rien que de très normal : nous avons affaire à un graduel romain du type courant. II en est tout autrement lorsqu'on aborde les derniers feuillets du manuscrit, consacrés au Vendredi et au Samedi-Saints.
Les deux traits habituels Domine ainiivi et Eripe me du Vendredi-Saint sont en effet suivis, tout d'abord, d'un récitatif, écrit par la même main, mais en caractères minuscules sensiblement plus forts que ceux du texte courant; le scribe n'emploie les caractères de cette dimension que pour les titres. Le récitatif en question n'est autre que le début de la Prière de Jouas : Clamavi Je tribulatione, dont la fin nous manque, en raison de la disparition d'un feuillet entre les pages 54 et 55. La comparaison avec d'autres manuscrits permet d'évaluer à huit lignes de texte la longueur du fragment qui fait ici défaut. La fin de la Prière de Jouas occupait donc la moitié environ de la page 54". 11 nous manque par conséquent une page et demie de texte dont nous ne voyons pas, pour le moment, quelle pouvait être la composition.
Au début de la page 55, où le scribe est revenu à son écriture normale, on reconnaît les chants ordinaires de l'Adoration de la Croix : le Trisagion Agios 0 Tbeos; les Impropères Popitle mens avec les versets Ego propter te. dont le texte a été serré au bas de la page s 5 et au début de la page s6.
A ces versets succèdent, pages 56 et 57, une série d'antiennes dont le texte est donné, tant en grec qu'en latin, avec les premiers versets des psaumes qu'elles accompagnaient, également dans les deux langues.
Avec l'hymne Pange lingna, pages s 7 et s8, nous nous retrouvons en terrain connu; mais celle-ci est suivie, au bas de la page 58, d'une nouvelle antienne gréco-latine, cette fois sans psalmodie.
Vient ensuite, à la dernière ligne de la même page, l'indication de la leçon de Daniel : Nabuebodonosor rex. De même qu'il avait donné plus haut la Prière de Jonas, notre codex se contente ici de noter la Prière d'Azarias. précédée de la petite introduction :
(1) La lacune, nous l'avons indiqué page 198, n'est ici que d'un feuillet double. Un calcul très simple permet de déterminer avec une certaine précision la place occupée par le Jeudi-Saint dans notre codex. Celui-ci comporte habituellement 17 lignes par page. La comparaison avec d'autres manuscrits permet de constater que toute la page 52* et les cinq premières lignes de la page 52 b étaient occupées par la fin de la messe du Mercredi. Par ailleurs, le début du trait Domine audivi occupait les neuf dernières lignes de la page 52 d . Il reste donc, pour le Jeudi-Saint, les 12 dernières lignes de la page 52'' , toute la page 52e et les 8 premières lignes de la page 52 e', au total 37 lignes, ce qui serait beaucoup trop pour la messe elle-même, \u (iue l'introït et l'offertoire ne devaient y figurer que par leur incipit. Nous avions donc certainement, dans les deux feuillets perdus, les pièces correspondant au Mandaium.
LA TRADITION BÉNEVENTAINE. 205
Stans autem Avarias orabit sic, aperieusque os suum in niedio ignis et ait. Le récitatif, très simple, est exactement le même que celui de la Prière de Jonas; il s'étend sur toute la page 59 et sur la première moitié de la page suivante. La Prière des Trois Enfants dans la fournaise, qui suit, est introduite elle-même par un petit prologue : Tune hi très quasi ex uno ore laudabaut et glorificabant et benedicebant Deum in fornace dicentes. Cette dernière Prière, à l'inverse des deux premières, n'est pas un simple récitatif, mais un chant très orné, dont il ne nous reste malheureusement que le début, en raison de la disparition du feuillet compris entre les pages 60 et 61.
A la reprise (page 61) on est assez étonné de voir figurer à l'office du matin, le Vendredi-Saint, les deux répons Tenebrœ et Amiens meus qu'on n'a pas coutume de trouver à cette place. Si les textes sont connus, les mélodies sont d'ailleurs bien différentes de celles des répons correspondants de l'office romain.
Sans autre indication, sans même passer à la ligne, le scribe insère ensuite quelques fragments particuliers du chant de la Passion : Jésus stetit ante président, et l'exclamation du Seigneur : Heli Heli, lama sabacthani. Hoc est : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me? Et puis, on ne sait vraiment pas pourquoi, reparaît une seconde édition du trait Domine audivi, suivi, comme la première fois (page 53), du trait Eripe me, l'un et l'autre selon la même version, textuelle et mélodique. Il ne faut pourtant pas regretter cette répétition, car, outre qu'elle nous permet d'avoir intégralement le texte du trait Domine audivi dont la page 53 ne nous avait conservé que le dernier verset, elle nous fournit le moyen de contrôler l'exactitude de la transcription. La comparaison des passages parallèles permet aisément de se rendre compte de la précision scrupuleuse avec laquelle sont reproduits les moindres détails de cette notation qu'au premier abord on aurait pu juger un peu spontanée, sinon barbare, et manquant probablement de toute la précision désirable.
La série des pièces de chant affectées au Vendredi-Saint se clôt par les trois grandes antiennes Cum fabricator, Cum Rex gloriœ et Ego sum alpha et 12, bien connues par ailleurs.
Ainsi se termine, dans un ordre qui n'apparaît pas très limpide, la série des pièces de chant destinées à l'office du matin, le Vendredi-Saint. L'utilisation de plusieurs d'entre elles resterait très problématique si le scribe n'avait eu soin de les faire suivre de deux pages de rubriques (65 à 67) qui sont d'un intérêt capital pour dégager de l'amalgame qui nous est ici présenté quelque chose des rites traditionnels et profondément originaux de l'Italie Méridionale.
Tout le reste du manuscrit (pages 67 à 70) est consacré à l'office du Samedi-Saint : Item in Sabbato Sancto. La disposition en est plus rationnelle, il faut le reconnaître, que celle de l'office de la veille. On y trouve, en effet, l'indication des cérémonies, des lectures et des pièces de chant, à peu près dans l'ordre où elles devaient être utilisées. Dans son état actuel, le codex se termine par quelques rubriques relatives à la bénédiction du feu nouveau et du cierge pascal, y compris les premières phrases
de Y Exultet. Ordre étrange, ici encore, car on sait que, dans l'usage romain, ces deux bénédictions précèdent la lecture des prophéties, suivie elle-même des litanies et de la messe. Il ne nous reste rien de toute cette fin de la Vigile pascale.
Tel qu'il nous est parvenu, le graduel Vat. lat. 10673 comprend donc, aux lacunes près, toute la portion du Temporal comprise entre le Dimanche de la Septuagésime et le Samedi-Saint. Il est permis de se demander quelle était au juste l'importance du manuscrit primitif.
Disons tout de suite qu'il est impossible de savoir si le manuscrit dépassait le Samedi-Saint. Il existe, en effet, et en particulier dans l'Italie Méridionale, quelques manuscrits divisés en deux parties : Pars biemalis et Pars cestiva, la coupure se faisant précisément à Pâques. Par contre, un certain nombre d'indices nous permettent de reconnaître que le manuscrit primitif commençait au Ier Dimanche de l'Avent, et nous renseignent sur certaines particularités de son organisation :
i° A la messe du Jeudi après les Cendres (page 8), on trouve l'offertoire Ad te Domine levavi indiqué par son seul incipit. Cet offertoire existait donc déjà dans le manuscrit, et complètement noté : ce ne pouvait être qu'au premier Dimanche de l'Avent.
2° Deux autres offertoires des messes de Carême sont encore indiqués de la même manière :
a) A la messe du Lundi de la IVe semaine (page 27), l'offertoire Jubilatc Deo omnis terra avec renvoi : Require istud offertorium in Hebdomada II;
b) A la messe du Mardi de la IIIe semaine (page 20), l'offertoire Dextera Domini avec un renvoi analogue : Require rétro in Hebdomada IIII.
Les semaines ainsi numérotées sans plus de précision correspondent au Temps après l'Epiphanie. Les deux offertoires en question appartiennent en effet, le premier à la messe /// exeelso, le second à la messe Adorate Dominum. Notons cependant qu'aujourd'hui ces deux messes sont respectivement numérotées infra octavam Epiphanie? et /// post Epiphaniam, comme d'ailleurs dans la plupart des manuscrits. L'explication la plus plausible de la numérotation présentée par notre codex consiste à admettre que les messes des trois dimanches après l'Epiphanie faisaient partie d'une série de quatre dont la première était la messe Dum médium; ce qui conduit à supposer que cette série de messes était numérotée, dans notre manuscrit, non par rapport à l'Epiphanie, mais par rapport à Noël; organisation qui pouvait faire tomber la messe /;/ exeelso, soit avant, soit après l'Epiphanie (1).
(1) Cette disposition se rencontre parfois dans les manuscrits. Le graduel Munich, Clin. JOOJ, par exemple, donne la messe Dum médium pendant l'octave de Noël; immédiatement après la messe Vultum iuum du ier Janvier; puis la messe In excelso qu'il numérote Dominica I post octavam Domini. Ensuite seulement viennent la messe de la vigile et celle du jour de l'Epiphanie, que suivent la messe Omnis terra, et, après quelques fêtes de Saints, la messe Adorate.
LA TRADITION BENÉVENTAINE. 207
Dans notre codex, les introïts sont généralement suivis de trois indications : le Psaume; le Ton (i) de ce psaume, précisé sous la forme : T. V 'III par exemple; enfin l'intonation et la cadence finale du Gloria, exprimées sous la forme : oia seculorum amen, plus ou moins abrégée. Quant à la disposition relative de ces diverses indications — dont certaines font parfois défaut — elle est des plus fantaisiste. Si l'on désigne chacune d'elles par son initiale : P (Psaume), T (Ton) et G (Gloria), on constate que, sur 33 introits, on a :
10 fois le groupement P. T. G.
et une fois le Gloria seul.
Plusieurs de ces groupements sont évidemment illogiques, en particulier ceux qui indiquent le Gloria avant le Psaume. La raison peut en être que jamais le Psaume n'est noté; le Gloria, au contraire, l'est assez souvent : 1 1 fois sur 33.
On remarquera qu'à tous les introïts de la semaine de la Passion et de la Semaine-Sainte (sauf celui du Mardi-Saint), le Gloria est indiqué; et ce ne peut être dans le but de fixer le ton de la psalmodie, puisque, pour chacun d'eux, ce ton a été expressément précisé.
Il faut noter que, de temps à autre, on trouve, en outre des trois indications normales : Psaume, Ton et Gloria, un quatrième élément, constitué par un verset non scripturaire, et dont la place n'est pas non plus très bien déterminée. Voici comment il se présente au Jeudi après les Cendres, introït Diim clamarem, p. 8 :
Ps. Exaudi Tiens oxationem meam & ne despexeris àeprecationem. o i a seculorum amen. T. II II. y. Conditor pacis & fons luminis . qui liberavit nos de manu mortis / & vocavit nos ad premia regni ad quem ego.
Le Dimanche des Rameaux, page 47, un verset du même genre accompagne l'introït; mais il est indiqué immédiatement après le psaume :
Ps. ~Deus Dens rw«s respicé\ y. Sciens autem Dominus Hiesus quia non dereliquerat eum Pater pia voce clamavit & dixit. Domine. T. VIII. oiaeuoua en.
Tout comme les introïts, les antiennes de communion sont suivies de l'indication oia seculorum amen plus ou moins abrégée; elle manque cependant trois fois. Notons que les communions ne sont jamais accompagnées d'aucun verset, psalmique ou autre. Quant à la répétition de l'antienne, elle n'est indiquée qu'une seule fois, page 38, pour la communion Redime me. Par ailleurs, après la communion, la formule oia seculorum amen n'est pas
(1) Nous nous en tenons ici à l'expression de notre manuscrit qui emploie, comme cela se faisait couramment, non le terme de mode mais celui de ton.
notée une seule fois sur les trente-et-une fois qu'elle est écrite. Il est vrai que, comme pour les introïts, le ton de la psalmodie figurait en principe avant cette formule (i). En fait, il n'a été précisé que dix-neuf fois dans notre codex.
Dans l'ensemble, ces indications modales coïncident avec celles qui sont fournies par l'ensemble de la tradition et reproduites dans l'Edition vaticane. Il est toutefois un certain nombre de divergences qui demandent à être expliquées. Nous examinerons successivement le cas des introïts et celui des communions, après avoir donné la liste des pièces pour lesquelles le ton est précisé dans notre codex. Nous avons relevé dans deux colonnes différentes : Vat. Jat. io6j} et Edition vaticane les tons respectivement indiqués, lorsqu'ils sont différents; en cas d'accord, c'est dans la colonne médiane que nous avons noté leur témoignage commun.
Pages
Introïts
Tons
Exsurge
Dum clamarem ....
Sicut oculi
In Deo
Ego autem in Domino.
Salus populi
Fac mec.um
Verba mea
Laetare
Deus in nom i ne ....
Exaudi Deus
Dum sanctificatus . . .
Laetetur cor
Meditatio
Judica me
Miserere mihi ... conculcavit
Exspecta
Liberator
Omnia
Miserere mihi ... tribulor .
Domine ne longe .
Judica Domine ....
Nobis autem
In nomine
Vat. lat.
ioôj 3
un m
nu
nu m un
vu
nu
Edition vaticane
(1) Ces sortes d'indications sont assez rares dans les manuscrits. On en trouve cependant de toutes semblables dans le codex Home, Angelica 123 ainsi que dans le codex CV du Chapitre de Vérone, ce dernier en notation nonantolienne. Par ailleurs, on sait que le graduel Chartres 47 indique, lui aussi, d'une manière assez analogue les modes des diverses pièces, mais toujours sous forme d'additions marginales.
LA TRADITION BÉNÉVENTAINE. 209
Sur les trente-trois introïts que comporte notre codex, le ton manque huit fois; et sur les vingt-cinq fois où il est précisé, cinq fois il y a désaccord avec l'Edition vaticane(i). A quoi sont dues ces divergences?
Pour YExsurge, il y a probablement eu distraction : toute la tradition s'accorde pour en faire un Ier mode; l'indication du VIIe est donc certainement fautive et injustifiable. De même Y Ego autem est universellement donné comme du Ier mode : il n'y a donc aucune apparence qu'on puisse le considérer comme du IIIe. Notons toutefois que notre manuscrit est conséquent avec lui-même en faisant suivre, page 20, l'indication : T. III de la psalmodie du IIIe mode.
Le cas du Dnm clamarem est un peu différent. Sans aucun doute cette pièce a Tambitus et les formules — en particulier l'intonation — des introïts du IIIe mode; néanmoins, l'allure de sa finale explique, si elle ne la justifie pas, l'attribution au IVe mode. II existe d'ailleurs des manuscrits, le missel bénéventain Rome, Ottob. 576, par exemple, dont le verset psalmique est effectivement écrit en IVe mode. L'indication de notre codex se comprend donc dans une certaine mesure.
Du point de vue modal, le cas du Lœtare est plus intéressant. Voici en effet une pièce dont la dernière phrase se termine sur fa avec le si b constant; on pourrait donc l'écrire en finale sol avec si naturel constant. Ici encore, l'indication du VIIIe ton s'explique donc, quoiqu'il en soit du mode d'ailleurs très flottant de cet introït.
Nous en arrivons enfin à l'introït Miserere mihi du Lundi de la Passion. Il est clair que la leçon adoptée par l'Edition vaticane ne laisse le choix, si l'on considère sa finale, qu'entre le IIIe et le IVe mode; l'intonation achève de lever le doute, vu qu'elle est très nettement du IIIe. Mais il faut, pour se faire une idée exacte de la question, se rendre compte du témoignage de l'ensemble de la tradition. Or, s'il est vrai que certains manuscrits, et en particulier les documents sangalliens, indiquent ici la psalmodie du IIIe mode, il est non moins certain que de nombreux témoins finissent au contraire notre introït en premier mode. Citons, entre bien d'autres, les manuscrits Londres, B. M. 24680; Milan E. 68; Rome, Angelica 123, tous trois /// campo aperto; et, parmi les manuscrits diastématiques, les graduels Modem, O. I. 7; Plaisance 65; Plaisance S. Antonin; Rome, Vall. c. 52; le graduel de Rouen Paris, B. N. 904] etc.. sans omettre le manuscrit bilingue de Montpellier. Tous ces manuscrits ne divergent de la leçon adoptée par l'Edition vaticane que par la seule cadence finale :
Finale mi
Finale ré
^-j-^jK» At
ïcfd^raw
tri- bu-la- vit me
(1) Nous laissons bien entendu de côté pour le moment l'introït Domine exaudi du Samedi veille des Rameaux, puisqu'il n'existe pas dans l'Edition vaticane. Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur toute cette messe, propre aux manuscrits bénéventains. La comparaison n'est donc possible ici que pour 24 pièces.
Paléographie XIV. 27
Selon qu'on descend, sur la dernière syllabe de tribula-vlt, d'une tierce ou d'une qUarte, on se trouve donc en IIIe mode ou en Ier.
C'est le dernier parti qu'ont adopté les manuscrits bénéventains ; mais ils l'ont fait un peu à leur manière. Si Ton admet, en effet, la psalmodie ordinaire du Ier mode avec finale sur ré, il faut bien avouer que la reprise de l'introït n'est pas très aisée :
...sae-cu- lo-rum. A-men. Mi-se-re- re mi-hi...
Cette intonation du IIIe mode s'enchaîne mal, il faut le reconnaître, avec la finale du Ier. Aussi les manuscrits bénéventains ont-ils pris ici le parti adopté par l'Edition vaticane dans un cas qui rappelle beaucoup celui que nous étudions : celui de l'introït Exaudi Domine du Dimanche dans l'Octave de l'Ascension. On sait que l'Edition vaticane note cet introït en clé de do deuxième ligne, avec récitation de la psalmodie sur mi, finale la, et reprise de l'introït à l'unisson sur la avec si b :
is-
...sae-cu- lo-rum. A-men. Exaudi Do- mi-ne...
De même les manuscrits bénéventains ont écrit l'introït Miserere mihi un ton plus bas qu'il ne Test habituellement, de façon à pouvoir repartir à l'unisson :
...sae-cu- lo-rum. A-men. Mi-se-re- re mi-hi...
On observera cependant que cette écriture implique le mi b. Mais comme les manuscrits bénéventains n'ont pas l'habitude d'indiquer les bémols, il n'est pas étonnant qu'on ait pu le chanter sans qu'il fût écrit ; il eût été évidemment plus régulier d'écrire en clé de do deuxième ligne, de façon à pouvoir employer à volonté le si, bécarre ou bémol.
11 faut en effet remarquer que ce n'est pas la mélodie intégrale de l'introït Miserere mihi qui est ainsi décalée dans les manuscrits bénéventains; sauf la finale, la dernière phrase y est écrite comme elle l'est partout. Voici d'ailleurs la leçon des manuscrits bénéventains comparée à celle de l'Edition vaticane qui, à la finale près, est celle de toute la tradition :
Vat.
"^TÎ^
Bén ,— -, J, ■ J..—-J,— |— ^^g— — ■ ^— g-^-ZZTT^ ^ ^
Mi-se-re-re mi-hi Domi-ne quoni- am conculca-vit me ho- mo to-ta di- e bel- lans
LA TRADITION BENEVENTAINE.
=flF*
^a^.aSa/s-r
quo- ni- am multi bel-
^■^■a^ jj
tri-bula
vit me. /*.$•. Conculcaverunt me inimi-ci me- i tota di- e
ab al-ti- tu-di- ne
lantes adversum me.
di- e-
Mi-se-re-re.
Ceci dit, il convient de reconnaître que cet ensemble de remarques ne résout pas entièrement la question, puisque notre codex attribue le Miserere mibi, non pas au Ier mode, mais au IIe. C'est déjà pourtant un commencement d'explication que d'avoir constaté la version en finale ré. Malgré cette analogie qui la rapproche d'une leçon souvent attestée, il convient de ne pas perdre de vue la réelle originalité de la version bénéventaine. Si l'on trouve, en effet, dans la tradition, de nombreux témoins de la finale en premier mode, ceux-ci ne s'écartent, en somme, de la leçon adoptée par l'Edition vaticane, que par les deux derniers neumes de la pièce. Les manuscrits bénéventains, au contraire, d'ailleurs pleinement d'accord entre eux, présentent en outre, relativement à l'ensemble de la tradition, un décalage de toute la pièce qui s'étend jusqu'à la dernière phrase exclusivement.
Dans la série des tons des communions, on peut également relever quelques divergences avec le parti adopté par l'Edition vaticane. Nous donnons ci-dessous la liste des antiennes de communion dont le ton est précisé par notre codex ; ce tableau est compris exactement comme le précédent, relatif aux introïts :
Pages
Communions
Tons
Scapulis
Passer
Quis dabit
Domine quis habitabit .
Jérusalem
Ab occultis
Laetabimur
Domine memorabor .
Dominus régit me
Hoc corpus
Redime me
Mémento
Ne tradideris ....
Pater
Erubescant et revereantur Adversus me ... .
Vat. lat.
Edition vaticane
un
Il existe, dans notre codex, dix-neuf antiennes de communion dont le mode est précisé. Mais nous avons dû réserver trois d'entre elles dont la mélodie est propre aux manuscrits bénéventains : les communions Nemo te condemnavit, Lutum fecit et Videns Dominus] nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir plus loin sur ces pièces.
Abstraction faite de ces trois communions, nous nous trouvons ici en présence de désaccords beaucoup plus nombreux, toutes proportions gardées, que pour les introïts : parmi les pièces- dont la mélodie est comparable, près de la moitié — 7 sur 16 — se voient affectées à des modes différents dans notre codex et dans l'Edition vaticane.
Quelques indications de notre manuscrit sont certainement fautives : ainsi l'affectation de la communion Mémento au VIIIe mode. Il n'existe pas de manuscrits où elle ne se termine en mi] et lorsque son mode est précisé, c'est toujours le IVe. Il faut en dire autant de la communion Ne tradideris. Elle comporte la finale 50/; et, lorsque son mode est précisé, c'est toujours le VIIe De même encore la communion Pater qui se termine toujours en sot, et toujours est affectée au VIIIe mode.
En ce qui concerne la communion Jérusalem, il n'y a pas lieu de s'étonner qu'elle ait vpu être considérée comme du IIIe mode plutôt que du IVe. Sa finale mi, son ambitus assez large, son intonation, expliquent suffisamment ce parti.
La communion Adversus me nous présente, au point de vue modal, un cas tout à fait identique à celui de l'introït Lœtare : la dernière phrase du morceau en finale /<z avec si b constant — et mi non exprimé — peut être considéré, en principe, soit comme du Ve mode, soit comme du VIIe. Notons cependant que l'affectation au Ve est normale, même dans les autres manuscrits bénéventains.
Le cas de la communion Redime me est plus spécial. Elle est notée, dans l'Edition vaticane, en finale sot avec si naturel constant, le fa inférieur étant exprimé. Il est impossible, sous cette forme, de penser à en faire un Ve mode; tout au plus pourrait-on hésiter entre un VIIe et un VIIIe. En fait, on trouve l'une et l'autre affectation. Les deux seuls manuscrits bénéventains qui donnent une psalmodie après cette communion, Bénêvent VI. 35 et Vat. lai. 6082 l'écrivent en VIIIe mode. Le Ve ne serait admissible qu'avec Ie/##, ou, ce qui revient au même, en baissant toute la pièce d'un ton. Mais cette solution est certainement mauvaise; nous pouvons nous en assurer en remarquant que la cadence finale de notre communion :
se retrouve dans d'autres pièces, en particulier dans l'offertoire Precatus est, et toujours avec le fa naturel.
Nous en venons enfin à la communion Passer. En admettant même que la leçon de l'Edition vaticane soit correcte, il suffit de chanter cette pièce pour se rendre compte de la quantité de pièges qu'elle renferme, et, par suite, à quelles corruptions elle a dû être soumise de la part des chantres ou des copistes, sans parler des théoriciens. Effectivement,
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la restitution de cette communion n'est pas chose facile, tant est grand le nombre des divergences que l'on rencontre dans les manuscrits. Nous n'avons pas l'intention d'entrer ici dans le détail de ces désaccords, mais seulement d'expliquer si notre codex était fondé à considérer cette pièce comme du IIIe mode. L'examen de la tradition manuscrite permet de répondre par l'affirmative. Si la plupart des manuscrits terminent en effet la communion Passer sur le la avec 5/ naturel, on en trouve cependant, le graduel Bénévent Vï. 35 par exemple, qui la terminent en mi, donnant la cadence :
jfrJ yr ~ au lieu de
A , au lieu ae W——^
lau- da-bunt te lau- da-bunt te
Le témoignage du Tonale de Montpellier mérite ici une mention particulière. Il est curieux, en effet, de voir ce manuscrit écrire notre communion en finale la avec si naturel et cependant classer cette pièce, non pas dans le Ier ou le IIe mode, mais bien dans le IIIe. Ce manuscrit, où les pièces sont disposées, on le sait, par genre et par mode, insère la communion Passer peu après la communion Beatus servus et juste avant la communion Seapulis suis. Or le mode de ces deux dernières pièces n'est ni discutable ni discuté. La première est écrite, comme dans l'Edition vaticane, en finale la avec si b; mais, ce qui est plus intéressant, c'est que la communion Seapulis suis y est écrite de la même manière, et non, comme dans l'Edition vaticane, en finale mi. Dès lors il est permis de se demander si le copiste du manuscrit de Montpellier ne s'est pas trompé en transcrivant la finale avec des i droits au lieu â'i penchés, comme dans les deux autres communions. Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux qu'il classe la communion Passer dans les pièces du IIIe mode. La responsabilité de la classification représentée par le Tonale de Montpellier incombe, nous le voulons bien, aux théoriciens qui l'ont établie; il n'en est pas moins vrai, et c'est là seulement ce que nous voulions établir, que la communion Passer a parfois été considérée comme du IIIe mode; et cela, même par des manuscrits qui l'écrivaient en finale la avec si naturel.
Il nous reste, avant d'entreprendre l'étude de certaines particularités caractéristiques de la tradition bénéventaine, à dire un mot de l'emploi des prosuies dans notre manuscrit. Ce sont là, on le sait, des compositions littéraires conçues de telle manière qu'on puisse leur faire correspondre, dans une adaptation généralement syllabique, la mélodie de certaines vocalises que leur longueur rendait particulièrement difficiles à retenir (1). Notre codex nous fournit trois exemples de ce genre de composition, une dans un trait et deux dans des offertoires.
(1) Dans certains manuscrits, le graduel de Balerna (diocèse de Côme), Verceil 186; le tropaire de Novalèse, Oxford, Douce 222, par exemple, ces sortes de compositions portent le nom de verba.
Au IVe Dimanche de Carême, le second verset du trait Qui confidunt, commence par une vocalise d'une facture assez spéciale :
y. Mon- tes
L'évangile du jour rapporte le miracle de la multiplication des pains : Subiit crgo in montem Jésus : et ibi sedebat cum discipulis suis, dit le texte évangélique. L'auteur de la prosuie n'a eu qu'à s'inspirer de ce texte, en l'adaptant à la vocalise qu'il avait pour thème :
Pros. Mons magnus est, mons terri-bi-lis est ; ibidem Jésus sedebat docebat discipulos su- os. * g « — ■-■ — ■-
in circu-i-tu (î).
On trouve le même procédé appliqué aux vocalises parfois fort longues qui terminent les derniers versets des offertoires. Nous en avons un exemple à la fin de l'offertoire Gressus meos du Samedi de la IIIe semaine de Carême, page 25. Voici la grande vocalise finale du dernier verset Cognovi (2).
— j — ■— <i — à 4- — -i— à i-4 %%tj^r^ *
injusti-ti- a Domi- ne
La prosuie développe :
Injusti-ti- a3 longe sit a terra proculque a nobis4, numquam pare-at5 dominans nusquam6
(1) Nous donnons ici le texte et la mélodie du codex Bénévent VI. 34. Outre qu'il est d'accord avec un certain nombre d'autres manuscrits, il est plus correct que le texte du Val. lat. 106/3. Ce dernier dit, en effet : ibidem Jésus stabat docebatque discipulos, ce qui n'est pas conforme au texte de l'évangile où il est dit du Seigneur, non pas stabat, mais sedebat; pour gagner une syllabe, notre codex a dû ajouter un que après docebat, mais il lui manque suos à la fin, ce qui ne donne pas le nombre voulu de syllabes.
(2) Cognovi, Domine, quia œquitas judicia tua; et in veritate tua humiliasti me, ut non dominetur omnis injustitia.
(3) Notre codex ne répète pas le dernier mot sur la mélodie duquel est construite la prosuie.
(4) Les graduels Bénévetit VI, 34 et VI. 33, au lieu du texte proculque a nobis, répètent longe sit a terra. Le redoublement de ce motif mélodique n'existe pas dans les manuscrits les plus anciens, notamment dans le codex de la Vaticane; ainsi s'explique la répétition toute matérielle du même texte dans les deux manuscrits de
(5) Notre codex donne valeai, comme dans l'incise suivante; mais il apparaît bien, par la comparaison des textes, que l'auteur a voulu donner ici deux membres de phrases se correspondant, sans répétition des mêmes mots : numquam pareal dominans, nusquam valeai regnans. Comme les manuscrits sont d'accord sur le valeat du second membre, nous avons préféré donner, au premier, la leçon pareat des graduels Bénévent. VI. 34 et VI 35. C'est pour la même raison que, tous les manuscrits étant d'accord pour donner, dans le premier membre, la leçon numquam, nous avons conservé, dans le second, la leçon nusquam de notre manuscrit, alors que les deux autres graduels répètent numquam.
(6) Les graduels Bénévent VI 34 et VI. 33 répètent ici numquam. Cf. la note précédente.
LA TRADITION BENÉVENTAINE. 215
va-le-at regnans; sed nunc pro e-a tristans, nobiscum ca-ri-tas mane-at, ve-ri-tas luce-at ' jugi-ter
E==^— -T-t ,- - ... . ' ' ' ■ . 8*. - Afl-fc
ubique, vene-ranter dominanterque* : pi-e Christe venerande3, mi-serere Domi- ne. Ut..."
On trouve un développement tout semblable à la fin de l'offertoire Laudate Dominum dont le dernier verset Qtii timetis (5) se termine par une belle vocalise sur le mot Jérusalem :
in Je-ru-sa-lem.
La prosuie reprend le même dessin sur un texte développé :
In Je-ru-sa-lem tu-aî virtutes et laudes tu-se sunt Domine; et me-ri-to te célébrant nostrae canunt
voces, qui nos, ut me-ri-tos6 honores tibi referre7 que-amus, redemi-sti in Jérusalem s. Omnia...
Nous n'avons examiné jusqu'ici le codex Vat. lat. ioôji que d'une manière tout-à-fait générale, et dans la mesure où d'autres manuscrits n'appartenant pas à l'école bénéventaine pouvaient nous renseigner sur l'ensemble de son texte ou sur quelques-unes des particularités que nous y avons relevées. 11 reste maintenant à étudier celles de ces particularités qui, étrangères à l'ensemble de la tradition manuscrite, apparaissent comme propres aux témoins de l'Italie Méridionale, soit qu'on les trouve dans tous ces documents, soit qu'on ne les rencontre que dans un certain nombre d'entre eux. Mais auparavant il est nécessaire de donner une énumération, aussi brève que possible, des différentes sources qui nous ont servi dans cette étude comparative.
(1) Notre codex a ici interverti les deux mots veritas et maneat. Il est clair que la leçon caritas veritas rnaneat luceat ne saurait être conservée.
(2) La leçon veneranter dominanterque n'est donnée que par le seul codex VI. 34 de Bénévent; les deux autres ont transformé en s l'une ou l'autre des deux r : vénérantes dominanterque (Vat. lat. 10673); veneranter dominante sque (Bénévent VI. Jj).
(3) Le mot venerande a été oublié par notre copisle.
(4) Selon les mêmes principes, les divers auteurs ont composé des pièces différentes. La seule condition exigée de ce genre de compositions était leur adaptation mélodique, et autant que possible rythmique, à un thème donné. Les manuscrits aquitains, par exemple, donnent ici une prosuie d'un texte tout différent; on remarquera pourtant la suite des mots de trois syllabes : [terrea, infima, disponens] omnia, supera, infera, média, cœlica, qui correspondent, comme ici, aux temps ternaires, et en particulier aux cinq climacus.
(5) Qul timetis Dominum, benedicite Deum; benedictus Dominus ex Sion, qui habitat in Jérusalem.
(6) Bénévent VI. 34 : méritas.
(7) La leçon ferre de notre codex est trop brève d'une syllable; les deux autres manuscrits de Bénévent donnent : referre.
(8) Les manuscrits aquitains : Paris, B. N. 776; Paris, B. N. çoj, donnent ici le même texte, cà quelques minimes variantes près; de même le codex CVII de Vérone.